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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 12:27

Par l’auteur du Naïf qui en était un !

 

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« Dans le domaine de l’écrit, le genre policier, ce chancre, a dévoré la littérature pure… » Cette phrase, cette diatribe écrite par Paul Guth en 1972, un 22 janvier pour être précis, va coller à la peau de ce naïf et ce n’est certes pas Le retour de Barbe Bleue qui va rehausser le prestige de celui que les académiciens ont rejeté par plusieurs fois. En fait, Paul Guth a réussi un « crime parfait » : sa crédibilité est morte.

Bédar-sur-Gigonette, charmante petite cité du Vaucluse, est en proie à une émotion justifiée. Pour la première fois depuis sa création, le village connaît l’opprobre : un crime, un assassinat vient d’être perpétré sur la personne d’Olivier, un jeune employé de banque. Il a été étranglé avec une écharpe rouge. L’inspecteur Froidemont, surnommé le Columbo français, est dépêché sur place. « Quel rapport avec Columbo ? — Ton trench-coat miteux… Ton allure un peu voûtée. Ton geste en biseau, de la main droite… Ton œil qui dit merde à l’autre… » La parodie jusque dans le personnage. A se demander ce que peut bien lui trouver son épouse Isabelle, de trente ans sa cadette, belle, amoureuse, capricieuse et drôle.

Revenons à notre cadavre qui attend bien sagement sur son lit de mort la venue de l’inspecteur qui, lors de son examen, découvre un poil noir sur une lèvre du mort. Renseignement pris, il s’agit d’un poil de …barbe (on a eu chaud !) qui n’appartient ni à la victime, ni à son entourage. La légende de la Barbe-qui-tue enfièvre la région avignonnaise, d’autant que huit personnes décèdent, qui étranglée, qui empalée, avec toujours sur le cadavre ou à proximité, des poils de barbe. Tous similaires. Une publicité dans les journaux locaux attire l’attention de Froidemont. Une publicité insolite concernant un cirque, plus précisément un numéro de trapéziste.

Effectivement, cette attraction a de quoi fasciner : un géant cagoulé s’avance majestueusement sur la piste, commence son numéro, puis corse la difficulté. Enlevant son masque, il dévoile une barbe immense, d’un noir de jais. Il s’élance d’un trapèze à un autre, s’accrochant à l’aide de son système pileux. Délirant. Le numéro n’est pas terminé. Le personnage entame alors un strip-tease intégral qui révèle un corps féminin. Devant les yeux horrifiés des spectateurs et de Froidemont, elle commet son neuvième crime : elle jette le funambule dans la cage aux lions. Sans mal, Froidemont l’interpelle et elle lui avoue ses motifs, reconstitutions à l’appui. Repoussée par un garçon, elle l’a tué et ce meurtre lui a apporté la jouissance : c’est l’engrenage. Afin de parvenir à l’orgasme, il lui faut tuer, tuer, et toujours le même type de mâle. Tombée amoureuse de Froidement, elle lui déclare sa flamme à la prison de la Santé. Devant le refus du policier, elle tente de l’étrangler. Heureusement pour le Columbo français, Isabelle, son épouse, abat d’un coup de revolver cette amante poilue. Rideau.

Terminé. Ouf ! Ce roman n’est qu’une parodie, qu’une caricature, qu’un succédané, qu’une falsification, qu’une contrefaçon de roman policier. En un mot une supercherie. Afin de cacher le manque d’enquête véritable — le minimum pour un roman policier, — Paul Guth se réfugie dans la description d’un simili-érotisme médical. Je comprends maintenant pourquoi Paul Guth a tant vitupéré contre le roman policier : il est incapable d’en écrire un et se venge par dépit en effectuantdes déclarations qui se retournent contre lui. C’est au pied du mur qu’on voit le maçon. Paul Guth, ce cancre… Un qui a dû s’amuser, c’est Pierre Marie Valat, le dessinateur de la couverture de cette œuvre qui, espérons-le, j’espère restera unique : il dévoile la solution en première et quatrième de couverture !

 

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A lire dans la même collection :  Meurtre à l'anglaise de Didier Decoin;  Le jardin des délices de Camille Bourniquel et sur  

Action-Suspense : L'angle mort.

 

Paul GUTH : Le retour de Barbe Bleue. Collection Crime Parfait. Editions Mercure de France. Février 1992. 192 pages. 12,96€.

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 12:24

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Recevoir des lettres anonymes de dénonciation, pour un fait-diversier travaillant dans un journal local, est monnaie courante. Pourtant conscience professionnelle ou prescience, Mathieu Launet pour une fois ne jette pas à la poubelle le corbeau, au contraire le contenu lui aiguise sa curiosité naturelle.

Cette bafouille lui conseille de se renseigner sur les agissements d’un certain Legris ainsi que sur ceux de sa femme. Legris possède un C.V. long comme l’autoroute ferroviaire Lille-Perpignan : kinésithérapeute, ostéopathe, spécialiste des traumatismes du sport et des problèmes neurologiques, diplômé en psychologie, champion d’arts martiaux, conseiller auprès du ministre des sports, numismate et expert en minéralogie, enfin bref quelqu’un que tout le monde trouve éminemment sympathique. Y aurait-il quelque chose de moche derrière cette façade d’immeuble neuf ? Sa femme, quant à elle s’affiche sans pudeur, dans un magazine pornographique, en pleine page, entourée de jeunes hommes habillés en militaires. Peut-être à rapprocher avec le camp de Tarcenans dont il est question dans la lettre. Tout de même pour une directrice de MJC, s’exposer ainsi, c’est de la provocation, même si elle aurait été démise de ses fonctions récemment, selon certaines sources bien informées.

Malgré les réticences de son chef de rédaction, Mathieu commence à enquêter sur Legris qui voue une phobie des communistes, dénonçant un péril, malgré des déplacements en Bichkhistan. Et ce ne sont pas ses relations avec le député Roncière qui vont empêcher Mathieu de poursuivre ses investigations. Au contraire. D’abord Mathieu n’apprécie pas du tout le député, alors pourquoi se gêner ? Et quand des rumeurs mettent en cause un homosexuel en forêt de Fontainebleau, des racontars que le commissaire Berche veut prendre à la légère mais qui intéressent fortement Launet, non pas à cause de détails croustillants mais bien parce que Legris et des militaires seraient impliqués dans cette affaire, cela incite le journaliste à continuer ses fouilles. Et puis cela ne peut que lui changer les idées car depuis une semaine Launet n’a pas de nouvelles d’Isabelle, sa copine.

Mais une autre Isabelle s’immisce dans sa vie privée, la secrétaire parlementaire du député, et elle en a des révélations à lui fournir, même que cela ne plait pas à son petit ami, une brute aux ordres de Legris et qui écraserait bien notre fait-diversier afin de l’empêcher de mettre son nez là où il ne faut pas. Launet n’aime pas ce genre d’interdit et il n’en faut pas plus pour qu’il s’obstine à remuer la vase et tant pis si les remugles sont trop forts pour nez et âmes sensibles.

 

Ce roman emprunte des thèmes toujours d’actualité, le personnage influent qui s’érige en tyran, la résurgence d’idées nazies, les maltraitances sexuelles auprès de jeunes militaires, des SDF paumés et subissant le rejet d’une frange de la population, la formation de sectes non considérées comme dangereuses.

C’est aussi la constatation de dérives occultées par des hommes politiques trop préoccupés par leur avenir. Ainsi que la déficience de rédacteurs en chef de journaux qui ne veulent pas déplaire à ceux qui tiennent les manettes du pouvoir, et parfois de l’argent. Outre l’intrigue, l’auteur nous rappelle que le fait-diversier est par essence chargé de couvrir les événements, quels qu’ils soient, d’où certaines extrapolations, qui coupent parfois le récit, mais le lecteur ne comprendrait pas que le journaliste ne couvre que cette affaire, d’autant que le responsable d’agence n’est pas franchement emballé par ses investigations. Et l’épilogue n’emprunte pas les sentiers balisés auxquels on était en droit de s’attendre, ce qui aussi un bon point. Dommage que le titre du livre soit par trop explicite.


Didier FOHR : Une secte et quelques monstres. Collection Borderline. Editions Territoires Témoins. Septembre 2009. 184 pages. 18,00€.

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 08:16

Point n’est besoin de compulser un quelconque Guide du Broutard, du Petit Rusé ou autre publication du même acabit, car nulle part vous ne trouverez trace de ce camp au nom si avenant.

 

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Camp Paradis est situé quelque part en Afrique, coincé entre la forêt et la brousse, la rivière Tiplok traçant son sillon en cascades non loin. Pa et Ma sont aux commandes du Camp Paradis. Pa a connu des déboires professionnels, et il est gros, comme un tonneau. Ma, qui dirigeait une maison de filles, est plus sèche et maigre qu’un cep de vigne. Ils accueillent les Eclopés de la vie, des gamins qui pour une raison ou une autre doivent quitter leur foyer familial. Ils sont là pour deux ou trois jours, des semaines et même des années comme Boris.

Boris est arrivé un beau jour amené par un ami de son père. Il n’a jamais connu sa mère et a été trimballé au rythme des déplacements du prétendu colonel Youri Cholokov. Cholokov est un trafiquant d’armes et il a installé sa base en un lieu appelé les Cygnes noirs. Mais pensant avec raison que ses activités pouvaient être dangereuses pour le gamin, il avait demandé à son adjoint de confier Boris à Pa et Ma. Boris a quatorze ans et il rêve de devenir écrivain. Aussi il consigne dans de petits carnets ses faits et gestes, ce qu’il ressent, ce qu’il sait de son passé puis les événements qui vont se dérouler. Il participe aussi à la vie de Camp Paradis, soignant les lapins et les poules, s’occupant du potager et tuant des Salopards, les serpents qui grouillent dans les environs. Pa se rend parfois à Borudji ou à Bangalori, situés respectivement à une trentaine et une centaine de kilomètres de Camp Paradis, à bord d’un vieux pick-up. Car si la petite communauté ne manque pas de vivre, il faut penser à s’approvisionner en eau potable, en carburant pour le groupe électrogène, en cigarettes et alcool pour Pa. Jusqu’au jour où Victoire débarque.

Pa et Ma attendaient Victoire, ils étaient prévenus de son arrivée, mais elle s’est pointée avec un jour d’avance. Victoire est une gamine de treize ans, hargneuse, vindicative, mais ce n’est qu’une façade. Victoire avait déjà fait un séjour à Camp Paradis, deux ans auparavant, mais elle avait été obligée de regagner Bangalori. C’est Ma qui raconte l’histoire de Victoire, un précédent dans la communauté où personne ne pose jamais de question sur l’origine des arrivants. Victoire est Laotienne, vendue par son père à l’âge neuf ans à de riches Vietnamiens. Ceux-ci se sont installés à Bangalori et Victoire est devenue leur esclave. C’est pourquoi elle s’était enfuie une première fois, mais cette fois, elle est sûre que personne ne viendra la réclamer. Victoire apprivoise un petit singe qu’elle nomme Joli Cœur, comme dans Sans Famille d’Hector Malot.

Boris est tout étonné de voir un jour arriver un jeune garçon habillé en militaire. En réalité c’est une fillette de douze ans qui s’est rasé les cheveux, a enfilé les vêtements et pris l’identité d’un enfant-soldat. Fatouma a elle aussi participé à la guerre durant un an et elle s’y connait en armes. Mais ces horreurs lui taraudent l’esprit et la nuit elle crie. Elle trouve refuge auprès de Boris, se glissant dans son lit la nuit, car la maison des filles et celle des garçons sont séparées.

Deux autres enfants permanents s’installent à Camp Paradis. D’abord Serge, à qui il manque un bras, mais qui se débrouille fort bien malgré son handicap, amené par sa mère, et enfin Djodjo, un loupiot de sept ans continuellement affamé. D’ailleurs Boris et ses jeunes compagnons l’ont trouvé en train de dévorer les légumes du jardin, comme ça, sans fioriture, la terre ne le rebutant pas.

Seulement entre les Boulabas et les Calades, les deux ethnies qui se partagent, se divisent plutôt le pays, c’est la guerre pour la suprématie du pouvoir. Entre le président en exercice et le prétendant, c’est un affrontement sans pitié. Après avoir décimés les bergers Mossi, qui ne demandaient rien et se contentaient de vaquer sur les plateaux en gardant leurs animaux. Les armées se rapprochent du Camp Paradis, d’ailleurs Fatouma a aperçu une compagnie de soldats, le bataillon Justice, dont elle connait certains membres. Cela sent mauvais mais Pa et Ma n’osent croire qu’un jour ils devront déménager. Pourtant un oiseau de mauvais augure, figuré par un avion, plane sur leurs têtes, apportant le malheur.

Nul n’est besoin de préciser le pays, qui d’ailleurs n’est jamais indiqué, car le lecteur pourra se référer à des événements qui ont secoué l’Afrique dans les années 90. Ce roman humaniste, comme pratiquement tous ceux qu’écrit Jean-Paul Nozière, est destiné à un lectorat d’adolescent, à partir de treize ans précise l’éditeur. Mais éventuellement les parents pourront suppléer en apportant des informations plus concrètes, surtout s’ils lisent ce roman avant leur progéniture. Et s’ils ont quelque peu oublié la guerre ethnique qui a opposé les Tutsi et les Huttus, ils peuvent retrouver les éléments en parcourant Internet. Et peut-être leur expliquer les ravages de la colonisation qui a créé des pays en ne tenant pas compte des réalités, des rivalités tribales, déplaçant des populations, les obligeant à cohabiter sans tenir compte de leurs cultures ancestrales.

Un roman poignant, émouvant, même si par certains côtés une pointe d’humour se dégage parfois. Il est bon de permettre aux jeunes générations d’accéder à l’information récente, à leur dessiller les yeux, à leur expliquer certains événements et leurs prolongements. Inculquer la haine comme certains le font, dresser des communautés les unes contre les autres, leur montrer du doigt les frontières et les obliger de regagner un pays d’où ils sont impitoyables chassés, n’a jamais résolu quoi que ce soit et démontre que la haine de l’autre est une erreur manifeste, engendrant une violence attisée par des assoiffés de pouvoir qui manipulent des individus acquis à une cause délétère.

 

A lire du même auteur dans la même collection : Un été algérien, Le Ville de Marseille, et chez Thierry Magnier : Que deviennent les enfants quand la nuit tombe ?


Jean-Paul NOZIERE : Camp Paradis. Collection Scripto ; éditions Gallimard. 272 pages. 10,65€.

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 14:54

C’est de saison !

 

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Troisième volet des aventures de Marzi, personnage que je découvre, La grande morille est un roman déroutant. Et en ce qui me concerne, je ne peux dire que j’ai accroché à cette histoire et aux personnages qui évoluent dans cette intrigue qui se déroule sur trois jours dans une narration alternée. Cela m’a fait penser aux personnages créés par Pierre Siniac et qui ont fait vibrer bon nombre de lecteurs à la fin des années soixante-dix, mais auxquels je n’avais pas adhéré non plus, Luj’Inferman et la Cloduque.

Mais je n'empêche personne, au contraire, de découvrir cet univers, nul n'est infaillible et chacun possède ses propres centres d'intérêts.


Dimanche matin vespéral dans un troquet liégeois. Il n’est pas encore sept heure, pourtant Marzi est déjà debout, s’engouffrant dans le troquet A mon usine, les bras encombrés d’un énorme paquet. Un individu portant un masque de Mickey tente de le lui subtiliser, mais Marzi veille. Coups de poing, coups de bottines, coups de couteau, l’individu est vraiment mal, allongé à terre. Marzi soulève un coin du masque, reconnait son ex-supposé voleur, et quémande une ambulance. Aux deux brancardiers qui se pointent, toutes sirènes hurlantes quelques minutes plus tard, il désigne non le cadavre mais le paquet convoité. L’arrivée à l’hôpital s’effectue dans un désordre indescriptible, digne d’une scène de Grand-Guignol.

Le vendredi précédent, Marzi le maffieux et sn ami Outchj ont rendez-vous avec Popette et trois autres personnages, hommes et femmes, hauts en couleurs pour une ballade en forêt. Outchj est tout guilleret d’aller à la chasse aux champignongnons, mot qu’il utilise pour désigner les mycoses forestières, le tout accompagné d’une nuitée dans une cabane solitaire. Mais cette promenade bucolique se transforme rapidement en randonnée pseudo militaire puis en lupanar.


Ce roman complètement déjanté, ou plutôt décalé, et parfois à tendance scatologique, est le type même de roman qui ne peut laisser indifférent. Soit on aime et on dévore, soit on n’apprécie guère malgré quelques pointes d’humour, et on se dit qu’on a sûrement perdu son temps. Je penche pour la seconde proposition, n’étant que peu réceptif à ce style de roman, d’intrigue, d’histoire, mais ce livre fera le bonheur de lecture pour ceux qui désirent de l’innovation, et se laissent volontiers emporter par des audaces narratives abracadabrantes et sortir des sentiers battus. Ce n’est pas forcement ma tasse de thé, mon assiettée de boudin aux pommes comme on dit en Normandie, ou ma poêlée de champignons, mais le lecteur n’est pas formaté, heureusement, et celui qui aime ce style imaginaire déconcertant sera ravi.


Citation : Il remâche tant ses sombres pensées qu’elles s’installent dans sa tête, s’y assoient en tailleur et allument un feu de joie, si bien que Marzi n’a d’autre choix que de rentrer À mon usine pour rafraîchir son bulbe rachidien et les autres parties desséchées de son cerveau, la reptilienne surtout.


Pascal LECLERCQ : La grande morille. Editions Coups de tête N° 41. 168 pages. 12,50€.

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 13:19

et avec tous les autres...

 

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Un appel téléphonique, des nouvelles de Judith et des enfants, tout va bien ils rentrent bientôt de leur voyage, tu peux reprendre ta petite occupation, regarder la télévision en attendant que la petite famille débarque, sauf que tu es dérangé par des coups frappés à la porte, deux policiers qui te demandent si Judith était ta femme et qui t’annoncent qu’elle s’est plantée dans un virage, tout le monde est mort, alors tu pars en vrille, tu te retrouves déboussolé, ton frère, ton ami Sylvain t’aident pour les démarches, te soutiennent, tu vas voir les petits corps à la maison funéraire, te recueillir peut-être, mais tu craques, tu rentres, tu pleures, ne t’occupes plus de ton magasin de sport, ne te laves plus, ne rases plus, que les autres éventuellement, tu divagues dans les rues, te comportes comme l’affreux Mister Bean dans le métro, pendant que les parents s’embrassent ne surveillant plus le landau du gamin, landau que tu pousses sur les quais alors que la rame démarre, cris des géniteurs, affolement, panique, descendre à la prochaine station et reprendre le train en sens inverse, alors que toi tu fais comme si de rien n’était, entres dans un bar, enfiles les bières les unes après les autres, remarques une jeune femme qui te dévisage, sourire un peu perdu, vous faites un peu connaissance, elle s’appelle Mélanie et elle aussi possède un lourd passé dont elle ne veut pas te parler, tu désertes ton appartement, oublies ta famille proche, tes amis, même Sylvain, et tu erres, entres dans un magasin, achètes des DVD que tu empiles dans un grand sac, puis tu les jettes du haut d’un pont sur les voitures qui passent, les boitiers s’écrasent sur la route, sur les toits des véhicules, mais cela n’apaise pas ta fureur, la neige tombe, tu prends ta voiture et tu continues ton périple à l’aveugle, prends un appartement dans le même immeuble que Mélanie, ton courroux te fais perdre la notion de la vie quotidienne, Mélanie t’emmènes chez une association qui retape une maison qui a brûlé, ils sont plusieurs à repeindre, à refaire les boiseries, le prêtre qui dirige ce collectif de bénévoles est un vieux monsieur qui te propose de les aider, une thérapie qui devrait te permettre de te reconstruire, mais tu refuses tu continues à divaguer et à t’enfoncer encore un peu plus, aspiré comme dans un grand tourbillon qui te brasse, te fait perdre la tête, et tu bois, bières sur bières jusqu’au moment où tu dérailles complètement, n’es plus capable de te gérer et commets l’irréparable…

Je n’ai pas l’habitude d’interpeller ainsi le visiteur, mais j’ai essayé de rendre le ton, la forme, le style de Patrick Senécal dans ce court roman qui décrit la déchéance d’un homme complètement désorienté, déstabilisé en apprenant la mort de sa femme et de ses deux enfants. Pris dans un engrenage infernal le « héros » de cette histoire forte, dense et intense, s’enfonce peu à peu dans le marécage de la dépression, ne se contrôle plus. Le narrateur s’adresse au lecteur comme si celui-ci était ce quidam qui subit ces tribulations qui vont le conduire en enfer. Un exercice de style qui ne déroute même pas tellement on est pris aux tripes, on ne fait plus attention que l’auteur te confie le premier rôle, on est partie prenante et l’on se demande comment vont se terminer nos pérégrinations dans la blancheur de la ville de Montréal, blancheur qui tranche avec la noirceur de l’ouvrage.


Patrick SENECAL : Contre Dieu. Collection Coups de Tête n°39. Editions Coups de Tête. 2010. 128 pages. 11€.

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 12:15

Un Gaulois chez les Dieux égyptiens ou Lorsque la mite au logis fait des trous à l’histoire.

 

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Bien installé dans son fauteuil et ses habitudes, Lasser, le détective privé dont on a pu faire la connaissance dans  Lasser, détective des dieux, sirote tranquillement et en toute sérénité un whisky sec, tout en somnolent malgré le bruissement du papotage des pachas assis non loin. L’intrusion inopinée d’Isis, toujours aussi belle et parfumée fait s’envoler comme un essaim de mouches les consommateurs de l’hôtel Sheramon du Caire.

Lasser sent que les ennuis vont commencer mais il faut bien gagner sa croûte et il a envie de s’acheter une voiture neuve. Isis est furieusement embêtée car sa future belle-fille a disparu. Aglaé est la fille du dieu des dieux grecs et l’une des Trois Grâces, et n’importe lequel des invités à la noce prochaine peut être considéré comme le ravisseur potentiel. Même Seth, le frère d’Isis. Et si elle engage Lasser pour cette nouvelle enquête, c’est bien parce qu’elle n’a pas confiance dans les Medjais, la police de Pharaon dirigée par Hussein Pacha Rouchdy, le chef de la garde. Deux bagues, dont une qui servira de sésame à Lasser lorsqu’il sera à Alexandrie, une autre pour ses défraiements ainsi qu’un bracelet pour s’acheter le véhicule tant convoité, cela suffit à Lasser pour annihiler ses réticences.

Lasser se rend chez Vulcain, qui a quitté ses forges de l’Etna pour s’installer comme garagiste et casseur à Memphis, afin d’acquérir une voiture sport. Une Bugatti rouge lui fait de l’œil, mais il ressort propriétaire d’une Mercedes-Benz 710SSK Trossi (voir l’image ce sera plus simple) et rentre au Caire fier comme un paon. Son amie Fazimel, réceptionniste au Sheramon, et accessoirement son assistante, ne peut se libérer mais elle lui fournit quelques noms de collègues à Alexandrie.

Tranquille à bord de sa voiture de luxe, Lasser roule vers Alexandrie lorsqu’à un certain moment, toujours celui où on s’y attend le moins, il est dépassé en trombe par une automobiliste qui lui fait une queue de poisson. De plus il se fait enguirlander copieusement par cette magnifique créature qu’il croisera souvent à son hôtel et en d’autres endroits, par exemple dans le palais d’Horus, le fiancé d’Aglaé et fils d’Isis, où s’active Sarq Ôsis le maître de cérémonie survolté.

Zeux, le père d’Aglaé, est mécontent et si ça continue cela risque de dégénérer en incident diplomatique. Selon certaines rumeurs Aglaé est une chipie, invivable, mais Horus est amoureux. Lasser ne sait pas par quel bout prendre cette enquête jusqu’au moment où Seth, dont il garde un mauvais souvenir d’une affaire précédente les ayant mis aux prises, lui demande de le disculper et de retrouver la belle enfuie. Enfuie ou enlevée.

A la réception de l’hôtel, un message l’attend lui demandant de se rendre à un endroit réputé mal famé afin de rencontrer quelqu’un susceptible de lui fournir quelques indications. Hélas, lorsqu’il arrive à l’adresse indiquée, l’homme est moribond, ayant été agressé. Il ne peut, avant d’expirer, que lui souffler un mot en grec. Bientôt le bâtiment est la proie d’un attentant et Lasser en réchappe de justesse.

mercedes_benz_710_ssk_27-240-300-hp_02.jpgDans ses rêves il revoit souvent Sphinxy, son indicateur préféré décédé dans une précédente aventure, qui essaie de communiquer avec lui. Afin de savoir ce qu’il veut lui communiquer, Lasser doit rencontrer Sphinxy au Royaume des morts, un endroit dont on ne revient jamais ou presque. Heureusement, il retrouve son ami Nephertoum, le fils de Sekhmet, qui s’amuse à se transformer en chat, ainsi qu’Hâpi, le taureau ailé. Quand à la charmante (physiquement) et insupportable jeune femme qu’il a rencontrée à plusieurs reprises, il s’avère qu’elle n’est autre que Médée, qui se prétendait journaliste, et a été nommée détective à la solde de Zeus. Elle est trop souvent entre ses jambes (quoi que parfois cela soit agréable) pour être honnête. D’ailleurs elle s’ingénie à contrarier l’enquête de Lasser qui se lasse.

Il va falloir que Lasser affronte moult dangers, peaux de bananes glissées sous ses chaussures par les Dieux et demi-dieux, aussi bien Egyptiens, que Grecs, ou même Sumériens. Il retrouve même un vieil ennemi, le dieu gaulois Taranis de funeste mémoire paternelle. Il va sauter du haut du phare d’Alexandrie, voyager dans le royaume des morts, essayer de résoudre une énigme abstruse, Sphinxy aime fournir des renseignements sous forme de devinettes, puis rejoindre Babylone, affronter encore des dangers dont il s’en sort grâce à ses amis, éventuellement Isis ou Médée, qui agit toujours avec une arrière pensée, évoluer dans une fête foraine, hauts le cœur assurés, et même prendre un taxi en tapis volant.

En cette année 1935, l’Egypte et les autres pays bordant Mare Nostrum sont toujours sous la domination des Dieux de la mythologie, égyptienne, sumérienne, grecque et autres. Ces Dieux se montrent à l’instar des humains, dédaigneux, fourbes, revanchards, vindicatifs, belliqueux, toujours en conflit entre eux et leurs collègues issus d’origines diverses. Mais ils peuvent faire également preuve de mansuétude, de fidélité, entretenir des amitiés, se montrer courageux, cela ne leur est guère difficile puisqu’ils possèdent des dons d’invisibilité et des possibilités de pratiquer la magie afin de se sortir de situations délicates. Mais ils ont également leurs failles, et ce n’est pas pour rien qu’ils ont recours à des humains comme Lasser afin de débrouiller l’écheveau complexe de leurs inimitiés.

Ce roman fantastique, ce dernier mot étant à prendre dans tous les sens du terme, marie allègrement enquête policière et magie, onirisme et action, dépaysement et histoire ancienne, humour, émotion et angoisse. Un véritable régal pour ceux qui désirent lire autre chose qu’un livre banal reposant sur une intrigue habituelle visitée à moult reprises.


Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser, mariage à l’égyptienne. Editions Critic. 320 pages. 18€.

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 14:12

Six personnages en quête d’hauteur.

 

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A l’aéroport de Sanaa, six personnes attendent de pouvoir débuter leur périple oriental. Angus, serrurier arbore en toutes occasions sa caméra. Gaulthérie sa femme qui brigue la présidence des dames patronnesses de Colombus dans l’Ohio, en remplacement d’Eunice qui ne se représente pas, et pour cela il lui faut effectuer un Document d’Orientation Stratégique, ce qui l’a menée à choisir la découverte du Yémen. Daisy, l’herboriste rondelette, célibataire et sans petit ami, désire accumuler de nouvelles connaissances en préparations de décoctions, et autres pharmacopées à base de plantes médicinales. Elle s’enthousiasme à tout moment pour rien. Angela exerce une profession médicale et elle soutient un point de vue diamétralement opposé à celui de Daisy, ce qui l’amène souvent à entrer en conflit avec la jeune fille. Lofton son mari est professeur d’histoire, et se débrouille fort bien en langue arabe. Il est habillé d’une veste aux multiples poches, ce qui lui permet de se déplacer les mains libres. Angéla et lui forment un couple de Noirs de Chicago, une proximité qui déplait à Gaulthérie, laquelle entretient des sentiments racistes. Enfin, dernier voyageur, Syd, persuadé de détenir le Talent, celui de faire parler les autres afin de tout connaitre d’eux et de les manipuler. Il se prétend être un Jardinier de l’âme. Et s’ils sont au Yémen, c’est un peu par hasard.

Annapurna, l’accompagnateur, Américain de nationalité mais Yéménite de cœur, arrive enfin pour réceptionner tout ce petit monde et leur faire découvrir le Yémen, hors de sentiers battus. Après leur arrivée à l’hôtel ils visitent le soukh, apprennent qu’il faut marchander sous peine de vexer les vendeurs, essayent de s’intégrer dans la vie locale, sont surpris du décalage existant entre le monde ancien, le soukh par exemple, et le quotidien moderne matérialisé par le téléphone portable et Internet. Ils peuvent s’informer et c’est ainsi qu’une info pour le moins bizarre leur est dévoilée.

A Sidney, en Australie, un meurtre retient l’attention des médias, pour des intérêts divers. Une vieille dame a été assassinée, son corps a été découvert dans une cabane de jardin fermée de l’intérieur. Un meurtre en chambre close, sans aucun doute, pourtant les enquêteurs portent immédiatement leurs soupçons sur Samy, le coursier de la victime. Un coupable idéal puisque Samy est aborigène. Le professeur Adolphus Peter Klein, archéologue de renommée internationale, demande à l’un des anciens élèves, Julius, d’enquêter et si possible de prouver l’innocence de Samy dans ce qui est appelé le mystère Delanda. Et il lui enjoint de s’associer avec Lulabelle, une collègue de Julius, professeur elle aussi mais d’économie. Julius est estomaqué et réticent. Lulabelle lui rappelle trop Maddie, sa femme décédée quelques années auparavant et dont son esprit ne veut pas admettre la mort. Julius vit en permanence avec Maddie à ses côtés.

Annapurna propose à ses touristes une excursion à Barâqish et le petit groupe s’installe dans un minicar afin de se rendre sur place. Seulement des hommes armés sur la route leur bloquent le passage. Interdit de s’approcher de la forteresse, ordre du Cheikh Yazîd ibn Sâlah al Amr (retenez ce nom, je ne le réécrirai pas). Pourtant la visite était prévue, un accord ayant été passant entre Annapurna et le Cheikh. Quelqu’un d’autre s’est ingénié à fausser le jeu. Malgré tout le Cheikh accepte, après palabres, à recevoir le petit groupe et leur faire visiter la forteresse. Bientôt voici nos voyageurs en haut des remparts en train de s’amuser à vérifier si les ruines sont encore en bon état, si aucune pierre ne peut se détacher.

La vérification semble prouver l’intégrité de la construction, quoique... C’est ainsi qu’ils assistent peu après, alors qu’ils sont en bas à regarder des journalistes américains filmant les ruines en compagnie d’hommes du Cheikh et d’Annapurna, qu’une pierre se détache et tombe sur l’un des gardes. Le plus étonnant résidant en ce que la brique ne tombe pas véritablement à la verticale, mais parait léviter un certain moment, se déplacer légèrement à l’horizontale avant de percuter un des gardes en burnous.

Un incident malencontreux qui va faire le tour du monde sur Internet, puisque filmé, et être visionné également en Australie. Pendant ce temps Julius, se demande comment il va pouvoir résoudre l’énigme qui lui est confiée. Même si la solution pourrait lui être dévoilée en lisant Le Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie. Du moins c’est ce que le professeur Klein prétend. Pendant ce temps à Barâqish, Gaulthérie, Angus, Daisy, Angela, Lofton et Syd, qui selon le Cheikh ne sont pas des otages mais des invités, d’ailleurs ils se demandent ce que pouvaient bien faire sur place des journalistes, se posent des questions sur les événements récents qui se sont déroulés au pied de la forteresse ainsi qu’en Australie. Car Angus et Lofton sont des amateurs de romans policiers, surtout ceux mettant en scène des crimes impossibles ou des meurtres en chambre close. Des cameraclosistes impénitents qui se passionnent pour ce genre littéraire et possèdent de sérieuses références.

Mais l’influence des Djinns, des sorciers, des dieux aborigènes est évoquée, supposée, souvent prégnante dans les deux cas, et les mystères aussi bien du côté yéménite qu’australien s’épaississent, alimentés par les légendes locales, et ceux qui y croient les entretiennent ou en usent pour abuser.

Un livre qui nous change du roman noir, roman exotique ou d’action habituel, puisque les mystères décrits sont englobés dans une sorte de polar ethnographique dans lequel l’ancien et le moderne se catapultent dans deux endroits de la planète, éloignés de milliers de kilomètres, mais dont les origines sont obsédantes, résistantes, entretenues. Si le Yémen reste une région peu touristique, d’ailleurs à la fin du roman le soulèvement de Sanaa est évoqué, l’Australie est considérée, tout comme les Amériques, comme des continents neufs, annexés, socialisés, développés par des migrants venus des antipodes, et dont les origines, les ethnies qui y vivaient depuis des milliers d’années, ont été pourchassées, mises sous l’éteignoir, décimées, leurs cultures artistiques, intellectuelles, religieuses n’étant considérées que comme du folklore pour touristes. Une population mise au ban de la société comme les Amérindiens d’une part et les Aborigènes de l’autre. Et ce roman leur rend hommage aux aborigènes et à leur culture ancetrale. Si le début du roman est un peu longuet, bien vite le lecteur comprend qu’il est plongé dans une sorte d’œuvre initiatique, où l’illusion règne en maitre, où la magie prend une place prépondérante, où l’auteur se joue du lecteur en lui proposant plusieurs facettes relevant de la prestidigitation littéraire envoûtante. Les phénomènes de mirage, de bilocation ou apparenté c'est-à-dire le don d’ubiquité, surtout au Yémen, interpellent, interloquent mais trouvent une explication logique digne des grands maîtres, Dickson Carr, qui n’est pas cité, et quelques autres dont Ellery Queen. Le mystère est expliqué tout en gardant une part de mystère.

Les dialogues sont présentés comme cela se déroule souvent dans la vie quotidienne, lorsque trois interlocuteurs ou plus sont en présence. Quand une des personnes discoure, une autre continue à émettre son opinion qui n’a rien avec le sujet de la conversation, ou se parle mentalement récapitulant certains événements, certains faits, ce qu’elle devrait faire, s’échappant de son rêve pour placer une parole pour revenir ensuite dans ses déambulations erratiques intérieures.

Le roman d’énigme, et plus principalement les meurtres en chambres closes et les crimes impossibles, est considéré comme un genre littéraire mineur, futile, sans profondeur. Hélène Calvez avec Un rêve en noir et blanc démontre magistralement le contraire, alors que certains romans noirs actuels sont plus axés sur la violence au détriment de la réflexion.

Quelques exemples :

Dans une dictature comme dans une démocratie, le sauveur est celui qui a initié le désordre.

 

L’intimité est à la confession ce que l’érotisme est à la pornographie : un paravent.

 

Un scientifique est un menteur qui s’ignore.

 

La machine à laver ne lave pas bien le linge ; ça consomme de l’électricité et beaucoup d’eau. Et puis, tu sais, nous, ici, on récupère la dernière eau de rinçage pour la cuisine.


Hélène CALVEZ : Un rêve en noir et blanc. Editions Atria. 486 pages. 21€.

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 08:26

Une participation exceptionnelle de Pascal Dugommier, invité d’honneur.

 

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Qu’est-ce qu’un beau roman ?

… Si ce n’est d’inviter un lecteur à s’inventer, dans son propre univers, une certaine capacité de lire les vies qui l’entourent et de s’accorder avec l’Humanité.

 

Pascal Dessaint a fait, depuis longtemps, le choix de construire ses romans dans l’accumulation primitive des vies de ses personnages.

Les avis, et commentaires, des unes et des uns, constituent un récit où se croisent les amours et amitiés qui charrient tous les sédiments de passés enfouis…

Ainsi émergent toutes les promesses jamais tenues, les renoncements et s’imagine l’envie de changer un certain monde. Un autre Monde ?

Ses romans, au travers d’un événement dramatique, rendent compte de ces terribles errements, lâchetés confrontées à la Réalité que vit tout un chacun.

Dans « Maintenant le mal est fait », l’écrivain a quitté les canaux de Toulouse et les maisons et les âmes abîmées du côté de Dunkerque pour emmener ses vies au bord d’une falaise sublime. La mer, on y va, pas sûr qu’on en revienne indemne.

 

Edith, Serge, Elsa, Marc, Germain, Garance, Bernard, George, Justine et Arnaud constituent une pyramide humaine, comme celle que les gymnastes sont capables de présenter en spectacle. Mais un porteur défaillant peut faire tomber, à tout moment, le brillant édifice. A la fin, il ne restera que ceux qui auront choisi de trier, auront été capables de remplir, chacun, son sac de galets… et de le remonter au tout haut de ses faiblesses, de la si belle falaise.


En plus d’une construction littéraire sans faille, Pascal Dessaint nous offre une écriture soignée, rigoureuse, dépourvue de tout artifice.

Naturaliste averti, il offre pour décor de son roman, le chant d’un merle, le déplacement d’un crapaud, une petite chouette interloquée, l’hésitation d’un moineau, la trace que laisse un lézard surpris, le parfum d’un bosquet de genêts quand le soleil tape fort sur ses fleurs.

Avec tous ces fragments de vies humaines, parfois très animales, Pascal Dessaint nous a écrit une histoire faite de quelques bouts de vie, de lambeaux de sentiments, de fragments d’amours dans lesquelles notre espoir s’insuffle et respire.

 

Ah, j’oubliais, il est question, dans ce roman, d’un petit coléoptère : Osmoderma eremita, le pique-prune qui, de son très ancien passé d’existence, plusieurs centaines de millions d’années, n’a jamais piqué une seule prune.

 

Et retrouvez mon premier entretien avec Pascal DESSAINT Ici


Pascal DESSAINT : Maintenant le Mal est fait. Editions Rivages. avril 2013. 18,50€.

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 12:59

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Les incidents qui émaillent les faits-divers concernant la SNCF, qui à l’origine étaient des compagnies ferroviaires privées, ne datent pas d’aujourd’hui. Des incidents comme les retards dus à des problèmes techniques, à des actes de malveillance, à des sabotages, les vols, les agressions dans les voitures de voyageurs ou d’employés, plus ou moins rugueuses et qui se terminent parfois par mort d’homme, tout ceci existe depuis les la construction des premières voies ferrées. Serge Janouin-Benanti recense en treize nouvelles romancées, issues d’incidents ayant réellement existés, quelques uns de ces épisodes qui ont marqué pendant plus de cent ans l’univers ferroviaire.


Ainsi dans Pas de rails chez moi !  qui se déroule au début des années 1830 nous assistons au combat entre une vieille fille, la demoiselle Dumarest, et les représentants de la Compagnie du chemin de fer de la Loire lors de la construction de la troisième ligne réalisée en France entre Andrézieux et Roanne. Déjà se retrouvent tous les ingrédients qui aujourd’hui tiennent une place prépondérante dans notre société et deviennent générateurs de conflits sociaux : l’expropriation, les propriétaires non indemnisés, les mariniers en colère, le train devenant une concurrence au transport fluvial. Mais l’un des administrateurs est persuadé « que le progrès social passe par le progrès technique ».

Première malle sanglante, la plus longue nouvelle de ce recueil, est une enquête à double inconnue. Une malle contenant le cadavre d’une femme a été oubliée dans une gare de la ligne Mulhouse-Strasbourg. Il était enfoui sous des linges, et afin de caler le corps le meurtrier l’avait amputé des deux jambes. Pour le commissaire Roata, le problème consiste non seulement à découvrir le criminel mais également l’identité de cette femme.

A bas le chemin de fer !  se déroule fin février 1848, alors que le petit peuple s’enflamme contre Guizot, qui refuse les réformes électorales et qui devant les revendications du prolétariat déclare « enrichissez-vous ! ». Sans pour autant préciser s’il faut travailler davantage. Excédés les ouvriers se rebellent et vengent en détruisant des lignes de chemin de fer, des gares de la proche banlieue parisienne et des ponts. Car là aussi, ils pensent que le train est source de destruction d’emplois.

Le train des plaisirs nous offre une autre (ré) jouissance des bienfaits charnels du chemin de fer. Mais là ou le bât blesse, c’est lorsque les deux personnages incriminés sont une jeune femme réputés pour sa pudeur et un responsable de l’ordre des capucins partis en guerre contre les livres qu’il juge licencieux et qu’il brûle sur la place publique.

Dans Assassinat en wagon, il s’agit d’un ancien prisonnier qui pense gagner sa vie en détroussant des voyageurs solitaires dans les voitures de 1ère classe, tandis que Affaire d’état qui narre aussi l’assassinat d’un voyageur, va plus loin puisque le défunt n’est autre qu’un préfet de l’Eure qui convoyait de l’argent afin d’indemniser sur des fonds issus de la caisse noire du ministère de l’Intérieur des candidats à la députation. Ce qui engendre naturellement un scandale. D’autant que ce préfet était réputé pour sa propension à dilapider la fortune familiale entre les jeux et ses maîtresses. Survolons allègrement les décennies et rendons-nous durant la seconde guerre mondiale, pendant la résistance en 1942, alors que les cheminots favorisent les passages à la frontière d’Espagne de résistants et autres, désirant quitter le sol français et gagner l’Angleterre, dans cette nouvelle intitulée Sacrifice ultime et dont l’héroïne, Colette, voyage en vélo, ce qui nous ramène légèrement à « La bicyclette bleue » de Régine Deforges.


Dans ces treize nouvelles qui parcourent une période allant de 1832 à 1942, Serge Janouin-Benanti nous emmène à la rencontre de faits-divers qui se sont réellement déroulés, en leur donnant une saveur historique et des relents d’escarbilles, avec des épilogues qui ne sont pas toujours en faveurs des enquêteurs. Treize nouvelles qui ont alimenté l’imaginaire d’auteurs de romans policiers et parfois suppléé à leur inspiration.

 

A lire du même auteur : Si ce sont des hommes... et  Les empoisonneurs, 13 affaires criminelles.


Serge JANOUIN-BENANTI : Les trains du crime. Treize affaires criminelles ferroviaires. Editions L’Apart. Collection Crimes et Mystères. 390 pages + 16 pages iconographiques en noir et blanc. 22€.

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 12:32

Avant d’endosser l’habit vert d’académicien, Jacques Laurent portait celui d’aventurier littéraire sous le pseudonyme de Cecil Saint-Laurent.

 

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Immortalisée à l’écran par Martine Carol dans un film de Richard Pottier en 1951, cette héroïne du XVIIIe siècle apparait dans le roman de Cecil Saint-Laurent en 1947. Issue d’une famille de hobereaux qui habitent près de Blois où elle vit en sauvageonne, Caroline de Bièvre est une gamine naïve, folâtre et légèrement égoïste. Son père ayant obtenu une charge auprès du Roi, toute la famille s’installe à Paris.

Caroline se lie d’amitié avec Charlotte dont les parents sont des bourgeois aisés. Une vie futile commence, ponctuée de bals et de réceptions. Caroline découvre les premiers émois charnels avec Gaston de Sallanches dans le bois de Vincennes, le jour où les Parisiens s’emparent de la Bastille. Pourtant elle se marie avec Georges Berthier, le frère de Charlotte, républicain convaincu. Peu à peu les nuages s’amoncellent sur leurs têtes. Girondins traqués par les Jacobins, Georges et ses compagnons doivent fuir.

Commencent alors pour Caroline, qui rêve de s’embarquer pour l’Amérique, des années d’aventures, de combats, de tragédies. Son long périple la conduit de la Bretagne à Paris en passant par la Gironde. De retour dans la capitale, elle pense enfin goûter au plaisir charnel dans les bras de son mari. Mais elle est emprisonnée à la Conciergerie, puis dans une maison dite de santé, refuge des pourchassés de la Terreur. Sans ressources et promise à la guillotine, elle parvient à filer pour Londres, subissant moult péripéties sur un navire pirate. En Angleterre, elle connait la déchéance et la misère. De plus elle met au monde un garçon, prénommé Anne, dont la paternité est des plus aléatoires. Elle le place en nourrice et revient en France avec des émigrés royalistes, chargée d’une mission qu’elle ne peut accomplir, navigue entre Chouans et Républicains, et après un nouveau séjour en prison à Saint-Brieuc, retrouve Paris.

Gaston est marié à Charlotte, et Georges son mari est devenu l’un des membres actifs du Directoire. A la suite d’un coup d’Etat, Georges est envoyé au bagne en Guyane. Caroline obtient la permission de le retrouver. Elle organise son évasion, mais Georges décède au cours de leurs tribulations dans la forêt. Elle revient en France puis part pour l’Italie rejoindre Gaston. Charlotte est morte, Gaston en prison. Pourra-t-elle le délivrer. Vivre près de son enfant qui est sans doute le fils de Gaston ?

Ce gros roman de Cecil Saint-Laurent, réédité à de nombreuses reprises, suivi par Le Fils de Caroline et Les Caprices de Caroline, occulte presque toute l’œuvre de son auteur protéiforme. Sous son véritable nom, Jacques Laurent (1919-2000) obtient en 1971 le prix Goncourt pour Les Bêtises et il entre à l’Académie Française en 1986. Parmi son abondante bibliographie et sous divers pseudonymes on retiendra Captain Steel, Lucrèce Borgia, L’Assassin frappe avant d’entrer, L’Erreur (C. Saint-Laurent), Quand la France occupait l’Europe (Albéric Varennes), Les Corps tranquilles et Le Petit canard (Jacques Laurent). Il est également critique de théâtre sous la signature de Jean Parquin, tout comme il est aussi Laurent Labattu, Gilles Bargy et bien d’autres.

 

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Jacques LAURENT : Caroline chérie. tomes 1 & 2. Editions de L’Archipel. 500 pages chaque et 17,50€ chaque volume.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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