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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 09:53

« C’est Malvy, c’est Malvy, je n’y peux rien, c’est elle qui m’a choisi… »

 

ignobles-Bordelais.jpg

 

chantait approximativement Salvatore Adamo, dans les années 75.

C’est ce que pourrait fredonner Gabriel Lecouvreur en décachetant l’enveloppe que vient de lui remettre Gérard, le patron du bar-restaurant Au pied de porc de la Sainte-Scolasse. Il était arrivé dans le rade avec à la main un bouquin qu’il venait d’acquérir chez un bouquiniste et dont la couverture ainsi que le titre l’avaient attiré. Une vive discussion s’ensuit sur ce roman qui fut adapté au cinéma. Gérard le bistrotier est furieux et l’un des consommateurs, Milton Edouard, prof de lettres, s’interpose afin de fournir des indications historiques sur cet ouvrage et son auteur. Il s’agit du Juif Süss de Lion Feuchtwanger, un écrivain allemand issu de la bourgeoisie juive et dont le livre était une condamnation de l’antisémitisme mais dont le propos fut détourné lors d’une adaptation cinématographique.

En mémoire de soirées passées ensemble à Collioure mais aussi et surtout parce qu’il est dans une mauvaise passe Gaston Galois--Malvy demande à Gabriel de venir l’aider. En réalité il est franchement dans la panade. Fabrice Doucrier, jeune journaliste récemment diplômé a été retrouvé mort sur les berges de la Garonne et Gaston est fortement soupçonné de l’avoir assommé puis jeté à la baille.

Gaston avait entrepris d’effectuer des recherches généalogiques sur sa famille et son nom de Malvy. Et il avait constaté que pratiquement tous ces ancêtres avait été enseignants, originaires du Quercy ou de Gascogne. Or le nom de Malvy est attaché à celui de Dreyfus, car un Louis-Jean Malvy, ténor du Parti Radical avait été ministre de l’Intérieur durant la première guerre mondiale (et grand-père de Martin Malvy, adhérent PS et auteur d’un score fleuve lors des régionales de 2010). Pacifiste convaincu il s’était attiré les foudres de Clémenceau, d’un côté, et de l’extrême-droite royaliste menée par Léon Daudet, de l’autre. En 1917 Louis-Jean Malvy passa en Haute Cour de Justice et fut condamné à cinq ans de bannissement du territoire français. Cinq ans plus tard il était réélu député en terre quercynoise.

Gaston Galois--Malvy et Louis-Jean Malvy ont-ils en commun un lointain cousinage ? Des recherches généalogiques le détermineront peut-être. Doucrier signait des articles dans différentes petites revues dont Rock33 et surtout la Dernière Action Française, journal des dissidents royalistes géré en sous-main par Charles de Villeneuvette et dont les bureaux se situent à Bordeaux. Comme Gaston est un ami, perdu de vue il est vrai, et que Chéryl s’est entichée de Jean-Pascal un jeune stagiaire même pas majeur, Le Poulpe décide d’aller dans le Bordelais et d’enquêter.

Avec Olympe la sœur de Gaston il va se retrouver au cœur d’une affaire mi-politique mi-crapuleuse, dans laquelle les RG s’ingénient à vouloir s’immiscer. Gabriel fera la connaissance entre autre de Nadine, dernière petite amie officielle de Doucrier, lequel signait dans la DAF D’Oucrier, patronyme qui lui conférait un petit air de noblesse. Nadine est ostréicultrice et je ne peux m’empêcher d’établir un parallèle entre les huitres et les journaux : dans les deux on trouve des perles, plus souvent dans les journaux, je le concède, que dans les mollusques du bassin d’Arcachon.

 

Ce qui prévaut dans ce roman de François Darnaudet, ce n’est pas tant l’intrigue que la partie documentation sur l’origine des Malvy et sur l’Action Française de Léon Daudet, Charles Maurras et quelques autres. Mais également ce constat qu’Internet n’a pas que du bon. Ainsi lorsque Gaston effectue des recherches sur l’origine du nom Malvy il tombe sur des sites pronazis insinuant que Malvy serait un dérivé de Malca-Lévy. Des affirmations gratuites qui évidemment sentent l’antisémitisme et ne sont que des prolongements des allégations édictées par Maurras, Daudet et consorts. Par ironie Gabriel se présente comme journaliste à Généalogie, revue dont le nom se passe de commentaires, sous le pseudo de Gabriel Dreyfus.

Ce livre est hautement recommandable, ne serait-ce que pour démontrer que l’hydre antisémite n’a pas fini de nous pourrir l’existence. Et comme à mon habitude, je n’ai pu m’empêcher de relever certaines petites phrases explicites : « De toute manière, les flics avaient de moins en moins de prétexte crédible pour mettre qui leur plaisait en garde à vue ». Ceci pour la partie bon sens populaire et que ne désapprouveront pas la plus grande majorité de nos concitoyens qui se retrouvent en geôle pour des peccadilles. Pour la partie humour, je vous propose celle-ci : « Un chauve de deux cents kilos traversa la pièce, les poings fermés, et le visage dur comme une réforme de l’UMP ». Et pour confirmer le proverbe qui dit « jamais deux sans trois », la petite dernière : « Personne ne veut de moi… Je finirai seule et abandonnée, comme Bayrou ». Etonnant non ?


Une version numérique est disponible sur AmazonKindle pour 2,99€.


François DARNAUDET-MALVY : Les Ignobles du Bordelais. Le Poulpe N°272. Editions Baleine. 8,00€

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 15:39

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A quatre-vingt dix ans, Robert Danglars revient sur un épisode marquant de sa vie, entre 1943 et 1945, alors qu’il n’avait que vingt ans et s’est trouvé mêlé, comme des milliers de Français à des faits tragiques qui ont entachés le milieu du vingtième siècle. Né en 1923 au Havre, il perd son père, employé à la Compagnie Générale d’Electricité, à l’âge de deux ans et est élevé entouré de l’affection de sa mère et de sa grande sœur Marianne. Par son oncle Fernand, qui se définit anarcho-syndicaliste, il apprend que son père était engagé dans le mouvement socialiste mais surtout était profondément pacifiste, même en ayant participé à la Grande Guerre. Blessé par trois fois, il était revenu du front avec la gangrène à la jambe gauche, le rendant enfin à la vie civile fin 1917. C’était un être un peu naïf.

faucon-rouge.jpgUn des professeurs d’histoire, syndicaliste et militant à la SFIO (Section française de l’Internationale socialiste, ancêtre de l’actuel Parti socialiste) l’incite à devenir Faucon rouge, mouvement de jeunesse lié au mouvement ouvrier et de la pédagogie nouvelle. C’est tout naturellement que Danglars entre à l’école Normale et devient instituteur. Après quelques remplacements en Seine Inférieure (l’ancien nom de la Seine Maritime), il est muté en Bretagne, à Daoulas, près de Brest. Il a eut le temps d’entrer dans le mouvement trotskyste, mouvement en total désaccord avec les stalinistes qui sont montrés du doigt après le pacte germano-russe. Depuis ceux-ci sont entrés dans la Résistance, certains même avant, reniant la ligne parisienne du Parti communiste français, mais les récriminations sont toujours vivaces. Alors à Daoulas, Danglars est contacté par quelques trotskystes qui proposent une autre alternative à la Résistance, une vision plus pacifique de combattre les nazis. Les Trotskystes entretiennent une haine vivace aussi bien envers les Nazis, qu’envers les stalinistes et les résistants gaullistes. Pour eux, les alliés, Churchill, de Gaulle, Roosevelt et autres figures comme Krupp, Schneider, Ford, Rockeller, ne sont que les représentants du capital. Et Danglars se remémore cette phrase d’Anatole France, qui fut vilipendé par les surréalistes, phrase citée dans une lettre de son père que lui avait remise à quinze ans son oncle Fernand : On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels. Pourtant, au moment où il rédige ce témoignage, Danglars revient sur ses idées préconçues : Aujourd’hui j’estime que nous avions tort de mettre les nazis et les alliés dans le même panier.

La ligne trotskyste consiste à détourner les soldats allemands de la botte nazie, car ils pensent, avec juste raison, que ce sont pour la plupart du temps des ouvriers comme eux. Et en distribuant des tracts incitant les belligérants teutons à prendre conscience qu’ils sont manipulés par des fanatiques, en leur demandant d’arrêter les combats, de déserter éventuellement, ils sont persuadés que ce bain de sang sera tari. Ce qui n’est pas la façon de procéder des staliniens qui perpétuent les sabotages alliés aux autres Résistants, les partisans gaullistes. Seulement si parmi les Allemands les pacifistes ne manquent pas, les nazis possèdent de fervents supporters parmi les opportunistes, notamment le Parti national breton qui pense pouvoir acquérir l’indépendance de la Bretagne. Danglars est englué dans un système complexe, ainsi que ses amis, les responsables de la région brestoise, Pleton, Ned, Delphine et quelques autres dont il ne connait pas les noms, seulement les alias. Il traduit des textes en allemand, il utilise la poly-copieuse et les stencils de l’école afin de pouvoir imprimer les tracts. Et lorsque des dirigeants parisiens viennent sur place afin de définir leur conduite, certains rechignent car les envoyés ne se rendent pas compte de la réalité. Les murs ont des oreilles, mais les collègues ont des yeux. Des traitres signalent les agissements des trotskystes et ceux-ci sont abattus par les nazis et leurs séides français, ou emprisonnés. C’est le cas de Danglars qui se retrouve à Pontaniou, la geôle brestoise, puis à Rennes. C’est là que le directeur de la prison lui signifie que s’il ne remplit pas une mission, sa mère et sa sœur seront considérés comme des traitres et que leur vie ne dépend que de lui.

 

Dans ce roman déstructuré Danglars narre dans un premier temps les heures passées dans un des wagons à bestiaux en compagnie d’une centaine de prisonniers formant le convoi qui les mène de Compiègne vers Buchenwald. Les avanies subies, les exactions des SS, la faim, la soif, l’avilissement dont ils sont sujets, les dégradations humaines et mentales endurées.

Puis il revient sur la vie du camp de Royallieu, les brimades dont il fait l’objet, moins qu’aux autres peut-être, car il sait qu’il est un peu protégé, devant remplir une mission. Enfin après avoir raconté ses mois passés à Daoulas et Brest, il décrit la longue période où il est enfermé à Buchenwald. Des événements qui ont marqué sa mémoire d’une empreinte indélébile. Il ne raconte que ce qu’il a subi, ce à quoi il a assisté, le camp de Buchenwald représentant une population équivalente à celle d’Aix en Provence, ne s’étendant pas sur ce qui se passait en dehors de son environnement. Les milliers de détenus qui stagnent dans ce camp ne sont pas tous des résistants. Les droits communs sont logés à la même enseigne, seuls les triangles apposés sur leurs vêtements les différencient. Pour schématiser les triangles rouges sont les opposants politiques, les triangles verts, les droits communs et les résistants allemands, les triangles bleus les émigrés, les triangles marrons les tziganes, les triangles violets les Témoins de Jéhovah… Et tout ce petit monde, tout en étant dans la même galère, ne se supporte pas forcément.

Mais comment retrouver ce Maurice Paul, l’homme qui le but de sa mission. Et pourquoi essayer de le supprimer dans un camp d’où il est impossible de s’évader et dont l’avenir des « résidents » est pour le moins incertain ? Danglars de pose de nombreuses interrogations concernant sa mission.

Danglars fait partie de ses nombreux hommes de l’ombre, de ceux qui ont pris part activement à la résistance, d’une manière moins spectaculaire que d’autres, car il était et est resté un pacifiste convaincu. Il essaie d’analyser d’un point de vue personnel, mais sincère. Ce témoignage, que j’ai tenu à laisser avant de disparaître, n’est que l’histoire d’un homme ordinaire, ni meilleur ni pire que tant d’autres, que son refus de l’injustice a conduit à des choix qui n’étaient pas sans danger, et auquel l’évolution de l’histoire donne froid…

Il précise en outre que sa mémoire, comme celle des hommes en général, est sélective, et tel événement qui marque l’un ne laisse que peu de trace chez un autre.

Roger Martin prend à bras le corps l’Histoire comme il secouerait un pommier pour en faire tomber les fruits et les étaler afin de les trier au grand jour et démontrer que la réalité n’est parfois qu’une image déformée et qu’une pomme à l’apparence saine peut-être véreuse.

Un roman puissant, poignant, fortement charpenté, documenté et précis, qui montre que malgré toutes les exactions qui ont été commises, l’être humain continue les mêmes erreurs. Les Juifs, les homosexuels se trouvaient propulsés au ban de la société. L’homophobie existe toujours, l’antisémitisme aussi, des prises de positions auxquelles il faut ajouter le rejet des roms, des gens du voyage et bien d’autre. Dernière petite précision. Le Front National d’aujourd’hui n’est qu’une usurpation d’identité. Durant la guerre le Front national, créé en 1941 par les communistes le 15 mai 1941, et qui se nommait Front national pour la libération et l’indépendance de la France, regroupait les Francs-tireurs et partisans français (FTPF) et comptera dans ses rangs de nombreux résistants non communistes. Sans oublier les MOI (Main d’œuvre immigrée) qui ont participé activement à la Résistance. Aujourd’hui les immigrés sont classés la plupart du temps comme indésirables.

Non, l’être humain n’a pas retenu la leçon.


Roger MARTIN : Dernier convoi pour Buchenwald. Editions du Cherche-Midi. 432 pages. 19€.

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 08:07

Hommage à Tony Hillerman né le 27 mai 1925

 

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Œil pour œil, dent pour dent !

Un vieil adage que Henry Highawk, conservateur au Smithsonian Institue, musée d’histoire naturelle de Washington, décide de mettre en application. Sa grand-mère était une indienne Navajo, et même si lui-même n’est Navajo que pour un quart, il se sent proche de ces tribus. Proche par le cœur, proche par le sang, portant en lui un héritage héréditaire auquel il tient. D’ailleurs il rêve d’être reconnu à part entière comme Navajo.

Aussi il braque les feux des projecteurs et des médias sur lui en prélevant dans un cimetière des os provenant de Blancs défunts. La raison en est bien simple : pourquoi un musée sous couvert de recherches scientifiques, anthropologiques, ethniques, entreposerait les restes de 18000 squelettes d’origine indienne et que la loi punirait la profanation de tombes de ceux qui furent les envahisseurs, les spoliateurs ? Juste revendication qui n’est pas perçue comme telle par tout le monde.

Un mandat d’arrêt est lancé contre Henry Highhawk suite à ce forfait, ce qui ne l’empêche nullement d’assister à un « Yeibichei », cérémonie rituelle Navajo, au Nouveau Mexique. C’est là que Jim Chee, agent de la police tribale Navajo procède à son arrestation. Non loin de là, en Arizona, toujours sur le territoire de ses ancêtres, un inconnu est découvert mort assassiné près des rails du chemin de fer. L’enquête est confiée à Joe Leaphorn, lieutenant de police Navajo. Mais les Indiens ne sont pas les seuls à vouloir préserver leur identité, leurs racines. Jim Chee et Joe Leaphorn se retrouvent à Washington dans des enquêtes parallèles puis convergentes, au cœur d’un complot chilien, masques Incas et bombes à l’appui.

 

La frontière entre roman policier et littérature générale est de plus en plus ténue, et avec Tony Hillerman et quelques autres, il ne s’agit plus de lectures pour passer le temps. Pour tuer le temps serait-il plus juste d’écrire. Ce sont des œuvres de réflexion sur l’intégration, la cohabitation des peuples, et au travers d’une littérature dite légère ou cataloguée comme telle, c’est la remise en cause de la spoliation morale et physique de peuples au profit d’aventuriers, d’émigrants souvent sans scrupules. Nous sommes loin des westerns dans lesquels Indiens ou Peaux-Rouges devaient se contenter d’un rôle attribué arbitrairement. Celui des méchants.

Tony Hillerman aurait pu se contenter d’écrire des histoires simples pour remettre les pendules à l’heure, dénoncer les méfaits des pionniers et faire connaître les us et coutumes de peuples souvent mal intégrés dans leur propre pays, sur leur propre territoire d’origine. Il a choisi d’écrire des romans policiers parce que « c’était ce qu’il y a de plus difficile ».


Tony HILLERMAN : Dieu-qui-parle. Rivage Noir n° 122. Editions Rivages. (Réimpression). 352 pages. 9,65€.

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 12:41

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Il a été surnommé Nano par son père, aujourd’hui disparu, mais le brave homme connaissait-il le grec lorsqu’il l’a ainsi appelé ? Pas sûr. Il n’empêche que lorsque son copain Smaïn l’a affublé d’un tel sobriquet et qu’il a dit qu’en grec, cela signifiait Nain, Nano n’a pas apprécié. Pourtant pour ses quatorze ans il n’est pas grand, mais on ne commande pas la nature. Et puis Smaïn est un farceur qui ne peut pas s’empêcher de sortir des blagues vaseuses uniquement pour faire un bon mot et s’amuser. C’est un taquin qui tient à son statut.

Nano lui est un imaginatif. Il est un gardien de but renommé et acclamé, surtout lorsqu’il arrête des coups francs lors d’un match de football dans le Stade de France. Bon, d’accord, ce n’est pas le stade parisien, mais la cour de l’immeuble où il vit et dont la mère est concierge. Bon, d’accord, le coup franc est propulsé sur l’un des poteaux qui est figuré par les cartables de deux gamins, mais quand même… Et il croit percevoir la foule crier sa joie en provenance des fenêtres donnant sur la cour, mais presque tout le monde est parti en vacances. D’un magistral coup de pied, il envoie le ballon sur la terrasse d’un appartement. Vite une échelle et comme c’est lui qui a envoyé le boulet, c’est à Nano d’aller le récupérer. Hélas, il est sujet au vertige et heureusement José, un SDF qui s’est installé depuis peu dans la cour, le supplée.

Les vacances ! Nano va rester à Paris tandis que Smaïn va profiter des bienfaits du soleil à Fréjus. C’est pas juste ! Nano aura pour seule consolation de passer une heure par jour à potasser ses maths, une matière qu’il n’apprécie vraiment pas, et s’il rechigne, des cours particuliers se profilent à l’horizon. Il en pense la nuit, l’empêchant de dormir. C’est ainsi qu’il aperçoit deux individus chargés de cartons entrer subrepticement dans l’immeuble. Et puis que fait cette femme d’un abord peu sympathique à trainer dans les couloirs qui desservent les caves ! Elle a beau dire qu’elle est nouvelle dans l’immeuble, qu’elle recherche son local afin d’y entreposer des cartons car son nouveau logement est plus petit que l’ancien, cela trottine dans l’esprit de Nano. Encore plus lorsque, montant un paquet à monsieur Carme, Nano entend à travers la porte de l’appartement des bruits de voix, comme des disputes.

Nano décide de mener sa propre enquête, tout en échangeant les nouvelles avec Smaïn qui profite du beau temps, des filles, des joies de la plage et ne lui laisse pas le temps d’en placer une, ou qui se moque de lui comme à son habitude. Et c’est en vagabondant dans le parc situé non loin de l’immeuble que Nano assiste à un événement étrange. José, le SDF qui couche sous des cartons, José qui a mis à disposition des passants une sébile et un petit écriteau les incitant à déposer leur obole, José possède un téléphone portable ! On aura tout vu !

Quand on est imaginatif et sujet au vertige comme Nano, on ferait mieux de rester tranquillement dans la petite loge de concierge qui leur est alloué gracieusement par le syndic, action de grâce reprochée par quelques locataires jaloux probablement. Nano va se souvenir de ces quelques jours du mois de juillet alors que le soleil s’amuse à échauffer les sens et les esprits.

DominiqueDominique-Forma.JPGForma qui nous avait déjà régalé avec Sans vérité paru chez le même éditeur dans la collection Rat noir destinée au plus grands, signe une historiette digne des auteurs tels que Paul Berna (Le cheval sans tête) et ceux qui ont pris la relève, Jean-Paul Nozière, Jean-Hugues Oppel, Pascal Garnier, Didier Daeninckx et quelques autres qui jouent sur la sensibilité sans tomber dans la mièvrerie.

Nano apprendra, et le lecteur par la même occasion, qu’il faut toujours se méfier des apparences, mais surtout que dans des cas extrêmes, le courage vient spontanément ou presque, pour peu que l’on fasse abstraction de ses peurs et phobies, sans pour cela vouloir en tirer gloire.


Dominique FORMA : Nano. Editions Syros, collection Souris noire. 144 pages. 6€.

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 06:35

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Lire est une chose sérieuse, tout autant qu’écrire, puisque ces deux matières sont enseignées depuis la maternelle jusqu’après et encore plus loin. Mais sérieux ne signifie pas ne pas se permettre de jouer avec les situations réelles ou fictives, d’apporter sa contribution personnelle à tel ou tel personnage qui selon la formule consacrée, toute ressemblance avec…, d’ajouter un soupçon d’humour et d’humeur au texte écrit dans un moment de colère ou autre.

Le roman policier, ou le roman noir, offre l’avantage incontestable à son auteur de se mettre dans la peau des chansonniers du temps jadis, temps pas encore révolu quoique la mode du satiriste a nettement évolué, et qui se permettaient de brocarder, souvent sans réelle méchanceté, les aléas et les dérives de la IVème république. Aujourd’hui on trouve des ouvrages qui extrapolent, jouent les pythonisses, donnent une version anticipée des faits qui pourraient s’avérer exacts selon les résultats d’élection, qui à en croire les sondages, sont acquis avant même d’aller se déplacer aux urnes.

 

Dans Chaton trilogie de Jean-Hugues Oppel, la donne est simple, selon les conseils donnés en quatrième de couverture : Un livre à lire d’urgence avant les élections… et à relire après à la lumière des résultats. Bon les résultats, nous les connaissons tous, nous ne nous transformerons pas en politologue dissertant avec emphase sur ce qui aurait dû arriver si, sur ce qui va se passer malgré que, sur le nombre d’abstentionnistes, sur la fourchette allouée aux partis politiques, etc.…

Dix cadavres sont découverts dans un pavillon de banlieue, et comble d’atrocité, dans une chambre gît celui d’un homme amputé des mains et de la tête. Dans la cave, un laboratoire sophistiqué de chimiste clandestin en état de fonctionnement, avec les ingrédients. L’auteur de ce carnage ne s’est pas intéressé à ce labo qui pourtant recèle une véritable fortune. Quant à ce massacre, il n’est pas évident de le cataloguer entre une rivalité entre trafiquants de drogue, une vengeance entre malfrats, ou une vengeance personnelle. La commissaire Valérie Valencia, chargée de l’enquête part du principe qu’il s’agit d’une vengeance personnelle, sorte de croisade moderne qui prend ses racines dans des manœuvres politico-financières dont le sommet serait la tête de l’état. Résumé comme ça, cela paraît un peu mince, mais Oppel joue au chat (ce n’est pas une métaphore) et à la souris avec son lecteur, tout en l’aiguillant sur la bonne piste.

 

Un roman qui s’inscrit dans le catalogue du réalisme à grand spectacle comme il nous l’offre depuis quelques romans dont Six-pack et Cartago. Un virage ancré dans une real-society dont nous sommes tous acteurs, plus ou moins concernés. Je regrette personnellement la période emphatique, poétique au cours de laquelle il se montrait, lyrique, sensible, émouvant et humoristique, comme dans Ambernave ou Brocéliande sur Marne, qui déjà était une fable poétique et sociale, mais on ne peut qu’applaudir à ce roman dont l’écriture est un véritable staccato. Et pour les lecteurs avertis, mais nous le sommes tous, les petites références sont un véritable plaisir, un private-joke en français. Je citerai par exemple, mais je ne donnerai pas toutes les clés, la référence à C’est beau une ville la nuit de Richard Bohringer. Et que dire de cette société qui s’appelle Vettas & Vargier, à traduire par Vettier et Vargas, ou encore ce cadre frais émoulu du nom de Mizioff (Francis Mizio), ou encore ce personnage influent de l’économie du nom de Pierre Antoine de Vallières (le baron Seillières, ancien patron du MEDEF), et j’en passe, sinon où serait l’intérêt de la découverte et celui de la recherche ? Je vous le demande !

Rappelons que la première édition de ce roman date de janvier 2002, mais que tout autre date pour l’intrigue est également valable.


Jean Hugues OPPEL : Chaton : Trilogie. Rivages Noir N° 418. Janvier 2002. 9,65€. Réimpression avril 2013.

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 13:54

Prix du premier roman du festival de Beaune 2013.

 

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Cantonné dans le rôle de photographe sportif, éventuellement pour des magazines people (vous savez ces magazines qui parlent des célébrités d’où l’expression peuple peut-être) Matthieu Berger fut un grand reporter de guerre, ramenant des reportages très prisés. Mais depuis la mort huit ans auparavant, de Marie sa femme qui était enceinte, dans un accident d’automobile, il a descendu l’échelle. Voire même dégringolé.

Matthieu Berger a fréquenté la prestigieuse école de journalisme de Lille, puis il a sillonné le monde, se rendant dans tous les points chauds : Rwanda, Sierra Leone, Tchétchénie, Afghanistan. Depuis sa tendre enfance il est ami avec Jean-Eudes Duplessis alias JED (j’aide ?), d’extraction nobiliaire, lui qui est d’origine prolétaire dans un petit village de Normandie. Depuis ils ne se sont pas quittés de vue, même s’ils ne se rencontrent plus très souvent. Alors qu’il bourlinguait de gauche à droite, JED se tournait vers le journalisme lui aussi, mais dans les affaires. Ils ont créé ensemble une agence tandis que Marie était présentatrice vedette d’une chaine d’information permanente. Aujourd’hui JED est le bras droit de Michel Zeinoun qui possède un empire médiatique mondial. Empire qui échouera à JED à la mort prochaine et annoncée de Zeinoun, son fils André qui navigue de cure de désintoxication en cure de désintoxication, tout en franchissant allègrement les lignes blanches des affaires légales, n’étant pas susceptible d’en prendre les rênes.

Matthieu se voit confier un travail de voyeurisme, le genre de trucs auxquels sont friands les abonné(e)s de Newspeople, le magazine qui lui a commandé quelques clichés. Il doit surprendre Jimmy Rowland, la jeune star en devenir du football francophone, un métis de vingt ans, déjà international, qui joue dans l’équipe de L’Association Sportive Parisienne, club rival du PSG mais qui bat de l’aile n’ayant pas les mêmes opportunités financières auprès des Qataris. Après l’entrainement Jimmy Rowland rentre dans sa modeste résidence de 600m2, accompagné des membres habituel de sa cour, et il vaque. Perché sur les branches d’un arbre, Matthieu patiente. Enfin deux limousines arrivent et quelques créatures de rêve en sortent afin de combler activement la soirée de Rowland et consorts. Matthieu peut enfin régler son appareil photo et prendre en action Rowland avec une jeune fille, blonde et sans conteste d’origine slave. Son petit travail terminé il envoie les clichés sur son ordinateur et celui du magazine puis il rejoint la côte normande s’adonner à sa passion, le poker. Au petit matin il s’endort dans sa maisonnette de campagne qu’il avait achetée avec Marie. Le soir il se rend dans un café et découvre au fil des pages le visage de la prostituée avec laquelle Rowland avait passé la soirée. Elle a été retrouvée morte dans la forêt de Meudon mais est inconnue des services de police. Matthieu rentre précipitamment à Paris et s’aperçoit que les photos qu’il avait transmises la veille ne sont plus dans son ordinateur. Dans l’ordinateur du magazine non plus d’ailleurs. Matthieu décide de rendre compte aux policiers mais Barul, son responsable, lui signifie un non péremptoire. Global, dont Newspeople dépend, ne veut pas que l’info dont dispose Matthieu soit ébruitée. Rendez-vous est pris pour une rencontre avec le boss, un certain Dumas, dans un palace parisien. Etonnement et joie de Matthieu lorsqu’il reconnait en Dumas son ami JED. JED possède une solution, raconter l’histoire à l’un de leurs anciens condisciples, Pélissier, devenu commissaire de police à la Crim, pas vraiment fréquentable mais qui est redevable auprès de JED pour une affaire qui aurait pu tourner en eau de boudin.

Pendant ce temps Rowland est plus qu’embêté et il se confie à son agent. Matthieu le rencontre mais la jeune star le prend de haut et se conduit en petit loubard jusqu’à ce que le journaliste lui fasse comprendre qu’il est au courant de ses frasques. Matthieu n’en reste pas là et grâce aux infos récoltées par JED et Pélissier, il apprend que la morte, d’origine slave effectivement, appartenait à un cheptel de call-girls. Il décide de mettre son nez là dedans et tente de soutirer des renseignements auprès d’une des jeunes femmes qui émargent à la société de complaisance pour hommes seuls. Elle lui livre bien quelques détails, mais alors qu’il veut la reconduire en voiture, il se rend compte qu’ils sont suivis. Un accident provoqué l’envoie au pays des songes tandis que sa passagère décède. Apparemment ce n’est pas assez car un individu louche tente de le trucider mais Matthieu doit la vie sauve grâce à une hachette lancée de main de maitre par un homme chargé de le surveiller et le défendre au cas où. C’est beau l’amitié !

Une conférence de presse est organisée afin d’annoncer le transfert de Rowland, transfert auxquels s’attendent les journalistes qui se sont déplacés en masse et qui était prévu dans un grand club européen. La douche froide ! En réalité il évoluera dans le club d’Achkhabad, la capitale du Turkménistan, qui va acheter à prix d’or quelques internationaux. Le but est de monter une équipe jouant dans le championnat russe et capable en deux ans de rivaliser avec les plus grands clubs européens. Tandis que cinquante pour cent de la population turkmène vit en dessous du seuil de pauvreté, les dirigeants cèdent à la mégalomanie.

A la suite de la tentative d’assassinat sur sa personne Matthieu part pour l’Irlande dans une propriété appartenant à JED. Il y fera quelques rencontres intéressantes, se remettant peu à peu de ses émotions. Mais cet incident a été bénéfique et il reprend du poil de la bête. Grâce à l’aide de JED, il part enquêter en Turkménistan, connaissant de nombreux avatars. Les péripéties ne manquent pas, il frôle la mort à plusieurs reprises, mais il est joueur, alors le quitte ou double ne l’effraie pas. Selon les circonstances et les partenaires de jeu évidemment.

 

Un roman d’aventure qui nous plonge dans les arcanes du football, nous emmène dans la compagne verdoyante irlandaise, dans la nouvelle république du Turkménistan qui peut se permettre bien des fantaisies grâce aux gisements de gaz naturel, lesquels ne dureront que le temps de se tarir. Un roman qui offre des moments d’action intenses et quelques pages d’amour, des retournements de situation imprévus, des révélations et des preuves d’amitiés, des faux semblants aussi. Des alternances de trépidations, de frissonnements, de combats, d’émotion, mais aussi de petites réflexions bien venues.

Ainsi, le journaliste sportif qui est en Matthieu ne peut s’empêcher d’être agacé par le comportement de Rowling et de la jeune génération de footballeurs. Matt était frappé par l’attitude désinvolte et dédaigneuse de cette nouvelle génération de footballeurs. Ils gagnaient des sommes indécentes. Ils possédaient tout ce dont ils avaient probablement rêvé lorsqu’ils étaient petits dans leur banlieue défavorisée. Voiture de luxe, villa hors normes, reconnaissance. Quel que soit leur physique, ils pouvaient mettre n’importe quelle bombe atomique dans leur lit. Malgré tout cela ils donnaient toujours l’impression de faire la gueule et de trainer les pieds pour aller s’entraîner comme s’ils devaient descendre au fond de la mine. Il ne vous reste plus qu’à mettre des noms sur ce genre de sportifs, point n’est besoin de chercher loin.

Matthieu Berger, c’est un peu l’auteur. En effet Cyrille Legendre a suivi pratiquement même parcours professionnel que son héros et il s’est spécialisé dans le sport, évoluant dans le milieu de football, étant tour à tour rédacteur, photographe et chargé de communication. De plus il cultive un goût prononcé pour les voyages et s’intéresse à la géopolitique et les pages consacrées à la Turkménie et à son régime politique ne sont pas dues au hasard.

Un roman puissant, dont l’intrigue est située en 2003, qui augure une belle carrière à l’auteur, pour peu que celui-ci n’ait pas grillé toutes ses cartouches dans son intrigue.


Cyrille LEGENDRE : Quitte ou double. Le Masque Poche 17. Editions du Masque. 360 pages. 6,60€.

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 07:51

Un Poulpe envasé...

 

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Gérard, le patron du bar-restaurant Au pied de porc de la sainte-Scolasse, est inquiet par le comportement affiché de son client favori, Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe. Celui-ci est atteint de ce qu’il appelle le grand blanc et que d’autres désignent sous les noms de stress, blues, cafard ou encore spleen. Pour le réactiver il tente de lui parler, en pure perte.

Il suffit d’un entrefilet dans Le Parisien, même pas daté du jour, pour éveiller la curiosité de Gabriel. Une certaine Brigid Waterford a découvert, à Toulon, une jeune femme morte tenant entre ses cuisses un sac contenant un vase dit Au phare d’Alexandrie, une antiquité inestimable en provenance d’Afghanistan. Brigid Waterford, Gabriel s’en souvient bien malgré les neuf ans passés depuis leur première et dernière rencontre. Une belle rousse aux yeux verts. Enfin, un rayon de soleil se profile dans la grisaille qui embrume les idées du Poulpe.

N’écoutant que son instinct, il se dirige vers le musée Guimet, et bingo, Brigid est effectivement là, devant l’entrée. Pourquoi le musée Guimet ? Parce que tout simplement c’est là où théoriquement doit se trouver le fameux vase. Alors, celui que détenait la jeune femme ne serait qu’un faux, une habile reproduction ? Brigid, qui avait aperçu la morte quelques mois auparavant lors d’une soirée huppée, a eu le temps de s’emparer, avant de prévenir la police, de son argent, de ses papiers et de remarquer quelques tatouages sur les bras et le haut du corps de la défunte.

Gabriel accepte de suivre Brigid en Espagne, Barcelone et Cadaques, puis Séville, à la recherche du tatoueur lequel pourrait la conduire jusqu’au domicile de la morte et éventuellement à un magot. Une petite fortune qui permettrait à Brigid de se remettre à flots, et de partir à Malte, en Colombie, ou ailleurs, loin.

 

Ce nouvel épisode du Poulpe, qui chronologiquement se situe avant Certains l’aiment clos de Laurent Martin, nous emmène sur les traces d’un trafic d’antiquités, trésors retrouvés à Begram, site archéologique situé au nord de Kaboul qui fut surnommé l’Alexandrie du Caucase et dont certaines pièces sont répertoriées au musée Guimet. Ceci pour alimenter la trame de l’enquête menée par Brigid et Gabriel.

Mais se greffe en toile de fond, l’attirance entre Brigid et Le Poulpe, ainsi que les problèmes de conscience de celui-ci concernant ses relations avec Chéryl. Leur couple a-t-il un avenir, aime-t-il vraiment Chéryl, quels sont les sentiments de Chéryl à son égard, doit-il effectuer une alliance charnelle avec Brigid et plus si affinités au détriment de longues années de vie plus ou moins communes avec Chéryl ?

Ce roman est aussi un hommage implicite au Faucon Maltais car Brigid est l’arrière arrière petite fille de Brigid O’Shaunessy, celle qui inspira Dashiell Hammett, mais aussi à Humphrey Bogart et John Huston, et bien sûr Marcus Malte qui le premier a mis en scène Brigid Waterford dans Le Vrai Con maltais. J’allais oublier de signaler que Brigid lit Alice au Pays des Merveilles, parce qu’elle a aperçu le cadavre grâce à un petit lapin blanc. Alors, De l’Autre côté du miroir, la suite, n’est-il pas une préfiguration des hésitations sentimentales du Poulpe ?


Maïté BERNARD : Même pas Malte. Le Poulpe n° 263. Editions Baleine. Janvier 2010. 7€.

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 13:05

Présentation d’Oskar éditeur par lui-même :  Logo-Oskar-couleur.png 

Créé en 2004, Oskar éditeur est spécialisé dans les ouvrages à contenu pédagogique et éducatif : des livres qui veulent faire réfléchir sur l'histoire, la société et le monde et aider à se construire une culture personnelle.

Oskar Éditeur publie près d’une centaine de livres par an, répartis entre une trentaine de collections qui s’adressent à un large public :

-      À partir de 3 ans : collections « Albums », « Mes Premiers Apprentissages », etc.

-     À partir de 5 ans : collections « Premières Lectures », « Premières Lectures Classiques », etc.

-   À partir de 7 ans : collections « Deuxièmes Lectures », « Bibliothèque Oskar », etc.

-      Pour tous les âges : collections « Histoire et Société », « Les Aventures de la Musique », « Romans », « Court Métrage », « Trimestre », « Dessine et Peins », etc.  

 

La philosophie d’Oskar :

Oskar est éditeur.

Il voyage, il rencontre des gens de tout âge, de tout pays.

Ces gens lui racontent la vie, l’amour, la guerre, leurs joies et leurs doutes.

Des petites et des grandes histoires. Et lui, il en fait des livres.

 

Il en a vu des choses Oskar. Il a promené sa silhouette dans toutes sortes de lieux :

lieux de mémoire, lieux de tous les jours, endroits étranges ou dangereux.

Il connait les horizons les plus lointains

mais n’aime rien tant qu’un brin de causette au café du coin.

 

Oskar ne quitte jamais son chapeau, c’est même à ça qu’on le reconnaît.

C’est un chapeau singulier, commun et exotique à la fois, un peu bohémien, un peu sioux, élégant, généreux et rebelle.

 

C’est le chapeau d’Oskar quoi…


Maintenant le mot de l'Oncle Paul : 


En compulsant le catalogue des éditions Oskar, et plus particulièrement dans la collection Histoire et société, Récits de vie ou générale j’ai trouvé quelques titres qui ne manqueront pas d’intéresser les curieux, férus d’histoire, et amateurs de ces événements ou tranches de vie longtemps cachés d’un voile pudique. Par exemple, des titres dus à des auteurs connus dans le monde de la littérature jeunesse et des romanciers qui œuvrent plus généralement dans la littérature policière ou noire.


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Au hasard de mes découvertes :


Yves Pinguilly : Toussaint Louverture, l’arbre noir de la liberté.


Eric Simard : Rosa Parks, la femme noire qui refusa de se soumettre ; Martin Luther King, Je suis un homme.

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Gérard Streiff : Richard Sorge, l’espion qui a vaincu Hitler.


 

Didier Daeninckx : Avec le groupe Manouchian, les immigrés dans la Résistance ; La prisonnière du Djebel.


Goskar3.jpguy Jimenez : Morts pour rien ? 11 novembre 1918. 

 

Alain Bellet : Le chevalier Duguesclin mène l’enquête ; Toinette, fleur de pavé, 1856.


Thierry Maricourt : Les Vikings contre Hitler.


Boskar4éatrice Nicodème : Couleur vanille, le destin d’un jeune esclave de l’ile de la Réunion.

 

 

Roger Martin : Ku Klux Klan 1, des ombres dans la nuit; Ku Klux Klan 2, les cagoules de la terreur.

 

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Ceci n’est qu’une toute petite sélection, relevée un peu partialement, je l’avoue, mais Oskar propose bon nombre d’autres collections, des romans axés Fantasy ou Policier, signés Evelyne Brisou-Pellen, François Joly, Jacques Mondoloni, Yves Pinguilly, ou encore Martine Bruce… la fille de Jean Bruce !

 

Alors, un conseil d’ancien : laissez-vous Oskariser, et rendez vous sur le site des Editions Oskar.

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 06:45

Quand les usines ne sont pas délocalisées, elles sont victimes d’un incendie. Le résultat est le même, des dizaines d’employés au chômage. Mais dans le dernier cas, c’est la fatalité. Quoique…

 

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Fait-diversier au journal local, Mathieu Launay est rapidement sur place lorsque l’information lui parvient. Une trentaine de salariés de l’usine qui fournit des pièces spécifiques pour de grandes marques de luxe stagnent déboussolés, des Turcs en majorité. C’est Ismet, le contremaître, qui en arrivant tôt le matin a découvert le sinistre. Les pompiers s’activent. Deux trois femmes sont rassemblées auprès d’une autre, d’aspect physique assez imposant. L’un des ouvriers lui précise que le patron n’est jamais là, mais que c’est la Grosse qui porte la culotte. D’ailleurs cette jeune femme, vêtue d’un imperméable, s’approche de lui d’une démarche saccadée et l’apostrophe lui reprochant d’être tel un charognard et demande à Akham, l’ouvrier, de venir avec elle.

Mathieu s’introduit dans le bâtiment et un pompier lui montre dans une pièce un jerrican d’essence qui n’aurait pas dû se trouver là ainsi qu’une silhouette noircie sur un pan de mur. Selon l’homme du feu, l’incendiaire a dû être projeté et doit en garder des séquelles. Matthieu en profite pour prendre quelques photos puis se retrouve nez à nez avec son ami Toussaint, le policier.

Pour être journaliste, Mathieu n’en n’est pas moins homme. Il a un mal de dent insoutenable et il lui faut trouver un homme de l’art rapidement. Toutefois sa conscience professionnelle l’oblige à se rendre au journal et Gormeau, le responsable de l’édition locale est comme à son habitude sur les dents. Il veut absolument un papier du feu de Dieu sur l’incendie. Mais au moins Mathieu repart avec un nom : Jean-Marie Storkel, un pro de la molaire dont Cindy l’assistante est pour le moins avenante et incisive. Auparavant, Mathieu appelle Akham qui lui offre quelques renseignements sur la patronne par intérim. Elle ne crache pas sur les hommes et tout le monde y passe, chacun ayant droit à sa sucette, avec néanmoins une préférence pour Ismet bombardé contremaître un an auparavant, probablement pour services rendus.

Chez le dentiste, alors qu’il patiente allongé sur le fauteuil et que Cindy le prépare, Mathieu surprend une conversation téléphonique pour le moins édifiante. D’après les quelques mots échangés, il apprend que Berche, le commissaire de Varengeville, est Franc-maçon mais plus étonnant, la Grosse, que l’on pourrait tout aussi bien surnommer la Prédatrice et de son nom Brigitte Duris, serait une sœur. Et qu’il faudrait la protéger !

Il n’y a pas de fumée sans feu, et Mathieu décide de se renseigner auprès de quelques compagnons fiables, Hébuterne par exemple, ancien journaliste et Pygmalion d’hommes politiques, Pierrot un collègue, Patrick le photographe attitré du journal, Toussaint et Morel son adjoint, Baldelli et peut-être Aysun la sœur d’Akham, infirmière à l’hôpital, qui lui signale que son frère a été agressé par une bande mafieuse d’origine turque nommée les Loups Gris. Elle lui remet subrepticement une enveloppe contenant quelques petits mots. Les premiers sont adressés à Akham et signés la Grosse. Des mots dans lesquels elle déclare sa flamme au jeune Turc. Mais un autre plus révélateur est adressé à Ismet, dans laquelle elle parle d’une maison en construction en Turquie et qui fait aussi référence à Basinger, le patron de l’entreprise. Et là cela sent le roussi, car Basinger, jeune patron ambitieux mais qui s’est fait avoir, apprend aux policiers et à Matthieu que Brigitte Duris, qu’il avait embauchée sur recommandation quelques mois auparavant, a détourné des fonds et que la boîte est en péril.

Mais pour retrouver Brigitte, il faudrait envoyer des signaux de fumée à tous les guetteurs du coin. Elle est mal en point, grièvement brûlée, pourtant elle arrive à échapper à tous. Elle a d’abord été dissimulée chez l’un des Francs-maçons, qui était sûr de faire une bonne action, puis elle a été placée à l’hôpital d’où elle s’est échappée et depuis elle court dans la nature.

L’enquête menée par Mathieu et Toussaint occasionne quelques coups et blessures au journaliste, et va les entraîner sur les antécédents de Brigitte Duris, notamment à La Rochelle où elle était employée précédemment. D’autres plaintes sont signalées, maintenant que les journaux se sont emparés de l’affaire. A chaque fois elle entrait dans une société comme comptable, savait se rendre indispensable au patron puis liait des liens d’amitiés avec l’épouse de celui-ci, et bilan, des fonds détournés et des entreprises sur la paille. Mais il n’y a pas que ça, car il s’avère qu’une filière turque serait à l’origine de contrefaçons.

Les meurtres ou tentatives de meurtres s’enchainent, et les Francs-maçons locaux sont bien embêtés. Toutefois comme le fait remarquer Mathieu, plus lucide que certains de ses concitoyens : Il va falloir faire attention aux fantasmes et aux idées reçues dans cette histoire. C’est encore un coup à jeter le discrédit sur toute une communauté.

Ce n’est qu’une fiction et pourtant combien de journalistes peu scrupuleux et d’hommes politiques qui n’hésitent pas à jeter de l’huile sur le feu, entonnent la main sur le cœur que tout ce qui arrive, c’est la faute aux étrangers, de préférence d’origine méditerranéenne. En effet s’il y a quelques moutons noirs turques qui gravitent dans ce roman, ils ne sont qu’une poignée mais l’attention se focalise sur eux. C’est le lot de toutes les communautés d’origine étrangère qui vivent en France. C’est bien le personnage de Brigitte Duris qui marque au fer rouge l’esprit du lecteur. Une prédatrice qui manipule aussi bien les hommes que les femmes. Une femme forte physiquement et psychiquement. Elle les réduit en esclavage et peu lui chaut les conséquences. Quant à la relation entre Matthieu et sa compagne Milie, qui veut écrire un roman sur cette affaire, elle oscille entre le chaud et le froid.


De l'auteur, chez le même éditeur, lire : Une secte et quelques monstres et

Les filles maléfiques.

 

Didier FOHR : L’Ogresse met le feu. Collection Borderline. Editions Territoires Témoins. 196 pages. 20€.

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 11:09

Et qu’elle parte loin…

 

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Dédié à José Giovanni, un Maître, ce livre est imprégné de l’atmosphère de celui qui de repris de justice devint scénariste, romancier, dialoguiste et réalisateur, empruntant à son expérience personnelle la trame de ses ouvrages. Aussi ne faut-il pas s’étonner de l’influence qu’a ressentie l’auteur de ce roman. Et naturellement l’intrigue se déroule dans les milieux des malfrats, à Nice plus précisément, avec des incursions en Italie et en Calabre.

Lorsqu’Isa, la vingtaine, découvre sa cousine Maria, morte, une seringue dans le bras, elle se garde bien de prévenir la police. Son premier coup de fil est destiné à Franco, le père de Maria, lui saura que faire. Complètement désemparé, Franco abandonne son bar, et se rend en voiture en Italie, afin de se vider le cerveau tout en se remplissant l’estomac de grappa. Il passe sa colère sur des Albanais qui ont spolié des amis d’enfance en Calabre puis au retour il organise un conseil réunissant la famille et quelques malfrats. Peut débuter alors la vengeance orchestrée par la famille Ranzotti.

Les trois truands convoqués sont rapidement blanchis, cependant Franco persiste dans son idée. Maria ne s’est pas suicidée mais est décédée d’une overdose, soit parce que la drogue était trop pure, soit parce qu’elle était mélangée à des substances toxiques. Remontant soigneusement le fil du temps, se renseignant auprès de qui elle aurait pu s’approvisionner l’après-midi précédant le décès, les membres du clan Ranzotti partent à la recherche du dealer supposé être à l’origine du drame. Et les armes n’ont pas le temps de rouiller. Tant pis pour les dégâts de la narine, ils n’avaient qu’à ne pas mettre leur nez là où il ne fallait pas.

Qu’ils soient petits loubards de banlieues ou jeunes millionnaires américains et russes, ils n’échappent pas à la vindicte du clan Ranzotti composé des frères de Franco, des fils et des neveux et de quelques séides qui exécutent sans mot dire. Mais attention aux bavures ! Il ne fait pas bon s’attaquer aux enfants, même s’il s’agit d’une erreur très regrettable. Car Lucas Murneau, qui a passé plus de vingt ans en Amérique du Sud et plus spécialement en Colombie revient à Nice, suite à un coup de nostalgie. Il veut voir sa fille, qu’il n’a pas connu et sa petite fille âgée aujourd’hui de trois ans. Surnommé Le Maudit ou encore La Muerte il a l’habitude de la viande froide, d’ailleurs c’est sa spécialité, mais il n’apprécie pas du tout la boucherie en gros, surtout lorsqu’il en est la victime collatérale.

 

Encore une histoire de gangsters, de truands comme en ont écrites des auteurs tels que Giovanni, Le Breton, Héléna, et bien d’autres. Mais Et la mort se lèvera ne laisse pas de place au fameux honneur des voyous comme l’ont chanté certains romanciers issus du milieu. Une histoire carrée, violente, qui ne cherche à disculper aucun des protagonistes, les rendre meilleurs qu’ils sont. Jacques-Olivier Bosco se refuse à tout sentimentalisme exagéré, à tout misérabilisme, à toute apologie, à toute fantaisie. Une écriture qui se lit comme l’on déclame du rap, du slam, une incantation à la vie, à la mort, à l’amour, avec dans le brouillard de petites lueurs de poésie qui s’allument comme les feux-follets dans les cimetières.


Du même auteur lire

Aimer et laisser mourir.

 

Jacques Olivier BOSCO : Et la mort se lèvera. (réédition de Jigal Polar Grand Format – février 2010). Jigal Polar Poche. Editions Jigal. 352 pages. 9,50€.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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