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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 13:25

Une énigme patronymique...

 

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Un premier roman, une autobiographie plutôt, vendue à trois cent-cinquante mille exemplaires, pour un coup de maître, c’est un coup de maître !

Seulement L’enfance rouge de Miléna Kadoch n’est qu’une fiction sortie de l’imagination de l’auteure. Son enfance tragique en Roumanie, son père violent, alcoolique, son instituteur, le Camarade Directeur de l’école, qui tous deux lui faisaient subir les pires avanies, n’ont soit jamais existés, soit ne se sont jamais comportés de la façon décrite. Jamais l’humble ferme dans laquelle elle a vécu, n’a été rasée par des bulldozers afin de construire des étables modernes, jamais ils n’ont été expulsés vers des mines de charbon.

Mais l’éditeur, les lecteurs, les critiques littéraires, tous ont cru sur parole et sur papier ce que Miléna avait écrit. Et le succès étant au rendez-vous, elle est invitée à participer à un salon littéraire particulier.

Philippe Ayraud, magnat de la presse, du sport et de la communication, a la rafraîchissante idée d’organiser une course autour du Pôle Nord, à la voile, sans assistance et les participants doivent revenir avant être pris dans la glace. Le départ aura lieu de la rade de Brest. En ouverture à ce défi, il invite huit auteurs de romans noirs de la planète en résidence, chargés de faire frissonner durant trois jours le public. Ces huit pointures du roman noir, six Français et deux étrangers se nomment : Jean-Pierre Corsa, Fred Caillas, David Battham, Franck Martinet, Stewart Granger, les maîtres des ventes de l’hexagone, ainsi que l’Islandais Erikdür Analson et l’Américain Michael Sidony. Il n’y a que sept auteurs, me direz-vous avec juste raison. En effet la huitième merveille du monde littéraire n’est autre que Miléna.

Caryl Ferey s’amuse dans ce court roman à mettre en scène, à leur insu ou avec leur aval, nous le saurons peut-être un jour, huit auteurs renommés. Mais saurez-vous reconnaître qui se cache derrière ces figures ?

Une parodie loufoque et joyeuse, irrévérencieuse et salutaire, un regard distancié et amical (si, si !) sur ses confrères et l’organisation de salons littéraires et manifestations organisées par des personnages qui n’y connaissent rien matière de littérature, quel que soit le genre, mais veulent frapper un grand coup et édifier le public.

A noter que Chérie noire est également le titre d’une pièce de théâtre de François Campeaux adaptée au cinéma sous le même titre et dont les interprètes principaux étaient Marpessa Dawn, Jean-Jacques et Marthe Mercadier.


Caryl FEREY : Chérie noire. Illustrations de Charles BERBERIAN. Les Petits Polars du Monde 2013 N°4. 2,00€.

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 07:43

Bon anniversaire à Jean-Paul Nozière né le 7 juillet 1943 !

 

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Ils ont quinze ans, ou presque, ils sont inséparables depuis leur toute jeune enfance et même avant, ils partagent le même banc à l’école, et par effet de mimétisme, ils se ressemblent jusque dans leur façon de s’habiller. Ils, ce sont Charlotte et Simon.

Ne sachant trop quoi faire en cet après-midi du début des vacances de la Toussaint, ils décident d’assister à une vente aux enchères assez particulières. Le mobilier d’un homme, Gert Fröbe, qui a été assassiné peu de temps auparavant, doit être dispersé et c’est l’occasion rêvée pour les deux gamins de visiter la maison du meurtre. Charlotte et Simon s’introduisent dans la demeure. Une vitrine recèle une véritable collection de décorations, d’insignes, de fanions, d’origine allemande, remontant à la période nazie.

Etrange vente aux enchères qui se déroule à l’extérieur. L’huissier propose un meuble et l’un des acheteurs éventuels parmi la quinzaine de participants n’offre qu’un montant dérisoire. Personne ne surenchérit, à la grande surprise de l’huissier et des jeunes adolescents. Et ainsi de suite pour les autres objets qui trouvent preneurs sans que la foire d’empoigne habituelle à ce genre de liquidation mercantile se déchaîne. Tandis que Silmon reste afin d’assister à cette mascarade, se proposant de s’amuser en s’invitant dans les débats lors de la vente des décorations, Charlotte retourne dans la maison.

Sur le mur d’une des pièces du sous-sol elle lit une inscription pour le moins énigmatique.

Faites sortir les rats des villes.

Patiente, demain est à toi.

Ogonok

Mais surtout elle est interloquée lorsqu’elle se trouve nez à nez avec un inconnu qui tente de la rassurer et lui confie une pochette noire qu’il a extraite du foyer d’une des chaudières. Il récupérera l’objet plus tard lui affirme-t il. Mais lorsque Charlotte rejoint Simon dans la cour, un cri jaillit de la maison. L’homme vient d’être assassiné.

Si Simon désire confier l’enveloppe, qui est scellée, à la police, Charlotte préfère s’intéresser d’abord au contenu. Celui-ci contient un carnet et des feuillets, traduits en anglais, en russe et en français. Le carnet et les traductions portent le sceau du Berlin Document Center. Mais surtout, et ça Charlotte l’a compris tandis que Simon pataugeait, c’est qu’il y est question d’or. D’or enfoui quelque part, non loin de chez eux dans la forêt. Alors, au lieu d’informer la police, nos intrépides futurs et jeunes aventuriers décident d’envoyer une partie des documents à la presse. Et tout contents ils se rendent à la salle de jeux où, stupeur, Charlotte est abordée par l’un des acheteurs présents lors de la vente aux enchères. Un dénommé Chico qui souffle à Charlotte : Ogonok s’intéresse à ton joli minois, ma belle. Tu as toutes les raisons de trembler.

Effectivement Charlotte et Simon se sont mis dans un drôle de pétrin. Ils ignorent que des membres du réseau Ogonok, originaire du Paraguay et d’obédience nazie, sont également à la recherche d’un trésor allemand. Ils ont aménagé une partie de la forêt comme terrain de survie, loué à des amateurs d’airsoft le week-end, et que le précieux carnet et les renseignements qu’ils contiennent leur étaient indispensables afin de découvrir l’emplacement de la cachette. Et pour cela, ils sont prêts à tout.

 

J.-P.-Noziere.JPGThéoriquement destiné aux enfants de plus de neuf ans, ce court roman peut-être lu avec plaisir par les adolescents et les adultes qui retrouveront les ingrédients d’une chasse au trésor implacable. La résurgence d’un fanatisme nazi n’est pas un leurre, une chimère, mais une réalité bien concrète qui se confirme de jour en jour, comme nous le prouvent certaines scènes récentes. Et les Assassins du Cercle rouge ne sont, hélas, pas une véritable invention de l’auteur, du moins certains faits et événements appartenant à l’Histoire ou issus de notre quotidien sont là pour en témoigner.

Clin d’œil ou réminiscences littéraires et cinématographiques inconscientes, les patronymes de certains personnages renvoient à des personnes célèbres. Par exemple Charles Palance, grand, très maigre, la figure tout en os, nous fait penser à Jack Palance, le célèbre acteur de cinéma, Christian Fletchère, le plus renommé des mutins du Bounty, et quelques autres.

Ce roman a paru en 1990 sous le titre Le Ventre du Bouddha aux éditions Hachette.


Jean-Paul NOZIERE : Les assassins du Cercle rouge. Flammarion Jeunesse.

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 14:26

Hommage à Arthur Conan Doyle, décédé le 7 juillet 1930.

 

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Arthur Conan Doyle est l’exemple type de l’auteur littéraire vampirisé par le personnage qu’il a créé. Un personnage dont il voulait absolument se détacher mais qui lui a collé aux basques toute sa vie comme une sangsue qui n’aurait pas son compte de globules rouges. Un personnage dont il pensait se débarrasser à bon compte en le poussant dans les chutes de Reichenbach mais qu’il fut obligé de ressusciter sous la pression de l’opinion publique, sous celle de sa mère, mais également de pressants besoins d’argent. Ce personnage, cette créature, vous l’avez deviné, se nomme Sherlock Holmes.

Un Sherlock Holmes qui a fait suer sang et eau à son géniteur mais qui lui a permis d’atteindre la consécration littéraire, ce que justement Conan Doyle n’a jamais supporté. Malgré ses efforts pour écrire des livres ambitieux et historiques, ceux-ci n’ont jamais obtenu le succès auquel il était en droit d’escompter. Sauf peut-être sa série de nouvelles consacrées au Brigadier Gérard.

James Mc Cearney, Ecossais, maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris, présente et dévoile un Conan Doyle inconnu, inattendu, toujours partagé entre son goût pour la science mais aussi pour le spiritisme, l’irrationnel, un écrivain ambivalent, déchiré, enthousiaste, naïf, aux préjugés parfois fortement ancrés, visionnaire et conservateur, courageux, sportif, défendant avec fougue ses idées mais détestant la politique politicienne.

Mc Cearney ne se contente pas d’être le biographe de Conan Doyle, il analyse également à travers l’auteur ses personnages et ses romans.

Il est généralement convenu que Sherlock Holmes a été créé sur le modèle de Bell, un professeur que Conan a eu à Edimbourg. C’est exact mais également plus complexe : c’est un personnage de fiction fait de contrastes et de contradictions. Quant au personnage de Watson, c’est un peu Conan Doyle lui-même transposé.

A travers cette biographie extrêmement fouillée, passionnante, précise, critique, Conan Doyle est présenté tel qu’en lui-même, sans fards. Mc Cearney ne se veut être ni l’apologiste, ni l’encenseur d’un auteur paré de toutes les qualités. Non, il le fait revivre avec ses qualités certes, mais aussi ses défauts. Un homme qui prône le divorce sous certaines conditions mais ne comprend pas l’action et le mouvement des Suffragettes ; un scientifique qui s’emballe devant une photographie représentant des fées ; un sportif accompli, un grand voyageur qui délaisse un peu sa femme et sa famille. Tout en aimant sa femme et lui restant fidèle, il s’éprend avec passion d’une jeune femme.

Conan Doyle, c’est tout ça et bien plus encore et Mc Cearney a écrit un bien beau et grand livre qui donne envie non seulement de relire les aventures de Sherlock Holmes mais aussi les autres œuvres de ce grand littérateur.

Léger reproche que je ferais à cette biographie, c’est le manque de documents iconographiques ainsi qu’une chronologie en fin de volume. Tout petit reproche eu égard au magnifique travail d’analyse et de synthèse effectué par James Mc Cearney qui a écrit le livre en français. Donc un ouvrage qui n’a pas subi, comme cela arrive parfois, les outrages de la traduction et en fait un livre de référence.

A lire de Arthur Conan Doyle : Ecrit dans le sang et Le pacte des quatre.

 

James Mc CEARNEY : Arthur Conan Doyle. Editions de la Table Ronde.

 Octobre 1988. 372 pages.

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 08:57

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Certains lecteurs, chroniqueurs ou non, affirment ne jamais relire un livre. A mon avis, c’est une erreur, car par exemple, moi-même ayant lu les aventures de Sherlock Holmes il y plus de quarante ans, je ne pensais pas retrouver autant de plaisir à le rencontrer à nouveau et surtout à relever des passages qui à l’époque ne m’avaient pas marqué.

Ainsi dans le premier chapitre la conversation entre Holmes et son ami Watson est révélatrice. Holmes s’injectant une solution à sept pour cent de cocaïne et Watson lui effectuant des remontrances, lui démontrant les effets néfastes de cette passion, ou de ce besoin, et Holmes réfutant les arguments de son compère.

La diversion se profile sous les traits de Mary Morstan, une jeune fille qui vient requérir les services du célèbre détective et de son compagnon. Son père, officier dans un régiment des Indes, ne lui a plus donné de signe de vie depuis décembre 1878 (nous somme en 1888), alors qu’il devait la rejoindre dans le pensionnat à Edimbourg où elle était placée suite à la mort de sa mère. Il lui avait envoyé un petit mot de Londres et depuis plus rien, il s’est envolé laissant ses bagages à l’hôtel où il était descendu. Il n’avait qu’un seul ami dans la capitale, le commandant Sholto qui appartenait au même régiment que le disparu.

Quelques années plus tard, une petite annonce dans les journaux s’enquérait de son adresse. Peu après elle recevait une énorme perle envoyée par un expéditeur inconnu. Et comme cela pendant six ans. Cette fois c’est une lettre qu’elle a reçue lui demandant de se rendre en compagnie de deux amis devant un théâtre. Sur la recommandation de son employeur, miss Cecil Forrester, qui a eu recours par le passé aux services du détective, elle requiert donc l’aide de Sherlock et de son compagnon. Aide qui naturellement lui est acquise, Sherlock trouvant enfin un dérivatif.

Thaddeus Sholto, le fils du commandant aujourd’hui décédé, les a convoqués afin de remettre à la jeune femme un trésor mais pour cela ils doivent se rendre chez son frère jumeau Bartholomew. Or arrivés à destination miss Morstan et ses deux compagnons ne peuvent que constater l’assassinat de Bartholomew. De nombreuses péripéties attendent Sherlock et Watson, qui sont à la recherche d’un homme à la jambe de bois et d’un gnome au faciès effrayant.

Cette fois la genèse de cette histoire prend sa source durant la révolte des cipayes en 1857, dans la colonie anglaise des Indes. Mais si Conan Doyle appuie son intrigue sur une histoire passée, ceci ne prend pas le pas sur l’intrigue comme dans Ecrit dans le sang (Une étude en rouge), le premier roman écrit par Conan Doyle. En dehors de l’enquête proprement dite à laquelle participe Watson, la vie sentimentale du bon docteur connaitra un tournant décisif.

Enfin, ce roman contient les prémices des ingrédients largement utilisés par les auteurs de romans policiers et d’aventures par la suite même si certains thèmes avaient déjà été traités auparavant : meurtre, vol, trahison, vengeance, trésor et gémellité, (l’intrusion de jumeaux étant largement exploitée dans tous les domaines et à toutes les sauces), course poursuite sur la Tamise, et les errances d’un chien dont le flair supplée aux déductions du détective. Cette nouvelle édition du Signe des quatre bénéficie d’un titre plus en rapport avec le contenu du livre.


Arthur Conan DOYLE : Le pacte des quatre. Traduction nouvelle de Béatrice Vierne. Editions Anatolia. 9 avril 2010. 186 pages.

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 08:01

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Ce roman de Conan Doyle mettant en scène pour la première fois Sherlock Holmes revient sous un nouveau titre alors qu’à l’origine il était intitulé Une étude en rouge. Et à la lecture ce changement de titre est évident et justifié. A la relecture devrais-je écrire, car ce roman, ainsi que Le Signe des quatre qui devrait être réédité prochainement dans cette collection sous le titre Le Pacte des quatre, je l’avais découvert à l’adolescence, et s’il m’en restait quelques bribes perdues aux tréfonds de ma mémoire, il faut avouer que je l’ai redécouvert avec plaisir.

Et certains passages auxquels à l’époque je n’avais guère prêté attention cette fois m’ont particulièrement intéressé. Par exemple ce passage au cours duquel Watson pose cette question, anodine en apparence, mais qui révèle une des facettes de Sherlock Holmes, et dont la réponse est quelque peu méprisante, hautaine, arrogante. « Avez-vous lu les ouvrages de Gaboriau ? [demanda Watson] Peut-être Lecoq est-il à la hauteur de l’idée que vous vous faites d’un détective ? ». Sherlock Holmes laissa entendre un reniflement sardonique. « Lecoq n’était qu’un lamentable propre à rien, dit-il d’un ton irrité. Il n’avait qu’une seule chose en sa faveur : son énergie. Ce livre m’a vraiment rendu malade. La question était de savoir comment identifier un prisonnier inconnu. J’aurais pu le faire en vingt quatre heures. Lecoq en a eu pour six mois ». [Watson] étai[t] assez indigné d’entendre traiter de façon aussi cavalière deux personnages qu’[il] avai[t] admirés. « Ce garçon est peut-être fort intelligent, me dis-je in petto, mais il est à coup sûr très prétentieux ».

Les deux hommes venaient juste de faire connaissance lorsque cet échange eut lieu, ce qui explique surement ces prises de position qui permettent à l’auteur de revendiquer son admiration envers Gaboriau et de définir le caractère de Sherlock Holmes en peu de mots. La seconde partie qui m’avait parue incongrue, lorsque j’avais lu ce livre il y a plus de quarante ans, c’est ce retour en arrière, ce voyage au pays des Mormons. Ce qui prouve toutefois que cela m’avait marqué inconsciemment.

Et cette étude des mœurs de ce que l’on peut considérer comme une secte, prend une importance capitale dans ce récit, car Conan Doyle ne se contente pas d’un simple jeu de piste mettant en scène Sherlock Holmes mais bien d’écrire un roman sérieux, humain, démontrant les méfaits d’une poignée de personnes qui se réclament d’une église tout en en bafouant des valeurs supposées. Il est à noter que Watson en tant que médecin militaire à la fin de ses études, fut affecté en Inde afin de participer à la deuxième guerre d’Afghanistan. Et il n’en rapporta, outre une blessure, que cette constatation désabusée : « Cette campagne fut pour beaucoup une source d’honneur et d’avancement, mais je n’y trouvais, quant à moi, que malheur et désastre ». Rien de bien changé cent trente ans plus tard.

La traduction dépoussiérée de Béatrice Vierne apporte une vigueur au texte, une modernité tout en respectant ce côté vieillot de bon aloi des textes fondateurs de la littérature policière. A lire et à comparer avec les précédentes traductions si vous en possédez, et goûtez la différence.


Conan DOYLE : Ecrit dans le sang. Nouvelle traduction par Béatrice Vierne. Editions Anatolia. 5 novembre 2009. 188 pages. 19,20€.

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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 15:44

Lames à l'oeil et aux oreilles !

 

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Reconverti comme détective privé après avoir passé trente ans dans la police new-yorkaise, Thel Avogaddro est confronté à un léger problème. Il ne suffit pas d’avoir pignon sur rue pour appâter les clients, mais posséder un site informatique, site que son ami John Davenport s’escrime à installer depuis quelques heures, est le petit plus indispensable. Alors qu’il se familiarise avec tous les logiciels installés, son ancienne coéquipière déboule toute pimpante.

Carol a non seulement procédé à une chirurgie mammaire, non point pour développer sa poitrine mais au contraire pour la réduire. Du 100D elle est passée au 95B ce qui est encore confortable pour le repos d’une tête fatiguée. Et Carol a quitté la police pour venir travailler avec lui. C’est à ce moment qu’arrive une cliente, fragile d’aspect, mais la mission qu’elle veut lui confier est, de prime abord, assez compliquée.

La soixantaine bien conservée et bien entamée, fumant et buvant comme si elle n’avait que faire de sa santé, qui d’ailleurs est chancelante, elle requiert une mission qui change des affaires d’adultères. C’est un avocat du cabinet Bousquié de Cincinnati qui lui a conseillé de contacter Thel, lequel tombe des nues car il ne connait aucun Bertram, l’avocat, ni de cabinet Bousquié. Mais une affaire ne se refuse pas.

Passons, avant d’aller plus loin dans l’histoire, aux présentations. Ingrid Malowre (clin d’œil à Marlow ?) est née le 8 janvier 1942 en Allemagne. Sa mère, Gertrud, avait fui l’Allemagne nazie avec dans ses bras sa fille en décembre 1943 et elles s’étaient installées dans une pension du New-Jersey. Mais Gertrud est décédée en novembre 1946 d’un accident de la circulation et son sac a disparu. Des clients de la pension ont recueilli Ingrid lui donnant leur nom de famille, Malowre, puis ils ont déménagé et Ingrid a été placée dans une famille d’accueil. Les Malowre sont décédés eux aussi. Fin de la tragédie, la jeune Ingrid a vécu par la suite dans un relatif apaisement. L’histoire pourrait s’arrêter là, et Tehl se demande ce qui amène Ingrid dans son bureau.

La presque septuagénaire sort alors une pochette plastifiée de son sac contenant une carte postale représentant un paysage de Tanzanie, expédiée de Stone Town en 1945, adressée à sa mère et comportant un message pour le moins sybillin ainsi rédigé en allemand:

Ma chérie. Je suis assis sur un tas d’or grâce à mes oreilles. Je vous rejoins dès que je le peux et à nous la belle vie ! Embrasse notre petite Ingrid. H.

Ingrid a déjà procédé à quelques recherches auprès de Bertram, l’avocat, ainsi qu’auprès du ministère fédéral des armées à Bonn et au consulat, mais c’est resté sans suite. H. Scharwzbrod s’est comme volatilisé dans la nature après l’envoi de cette carte et le cabinet vient d’apprendre son décès. Votre mission monsieur Avogaddro, si vous l’acceptez, ne sera pas rémunérée selon les conditions habituelles (ah zut !) mais s’il s’agit d’un pactole et que vous le retrouvez, vous en aurez la moitié (Ah bon !). Mais pour cela il faut retrouver le trésor s’il existe. Et un tas d’or, c’est vague, et que viennent faire les oreilles là-dedans ?

Grâce à Dexter, un ami, vieux musicien de jazz, Thel met le doigt sur l’énigme des oreilles, mais il lui reste aussi à définir à quoi correspond ce tas d’or. Zanzibar, la Tanzanie, sont des réserves aurifères très convoitées, mais il faut déjà déterminer quel rôle jouait Shwarzbrod. Alors tandis que Thel se renseigne auprès de différents interlocuteurs, Carol se rend en Allemagne. Un petit subterfuge lui permet de mettre la main sur de précieux renseignements mais elle est victime d’un accident, et se retrouve à l’hôpital dans un état jugé très sérieux.

U-149-Le30juin1945Wilhelmshaven.jpgComme si les difficultés concernant l’énigme du tas d’or ne suffisaient pas, le Mossad s’invite dans la danse. Et cela fait des vagues, comme les sous-marins, ou plutôt les submersibles qui plus de soixante ans auparavant servaient de cage à Schwarzbrod et ses compagnons.

Débutant comme un roman policier classique, référence non déguisée à Chandler, bientôt cette intrigue bascule dans le thriller pur jus avec moult rebondissements et des incidents qui risquent de faire capoter, couler, irrémédiablement l’enquête. Tandis que Carol végète dans un hôpital allemand, Thel parcourt le monde dans une chasse au trésor effrénée. Thel lui rend puis il s’enfonce dans au cœur de la Tanzanie, et fait connaissance de deux lionnes, le Mossad toujours à ses trousses. Il multiplie les rencontres et se rend même jusqu’au Yémen. Des incursions géographiques certes, mais aussi dans le passé, avec la Kriegsmarine et les océans pour toile de fond, ainsi que la spoliation des Juifs, cela ne vous aura pas échappé.

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Action, frisson et suspense sont au rendez-vous de ce roman qui joue sur la chaleur africaine et la fraîcheur océane, dans une ambiance légèrement jazzy.

A lire également de l’auteur : A pas comptés.

 

En guise de dessert je vous propose quelques citations :

 

Les Noirs faisaient ainsi leurs emplettes dans les boutiques juives et ne les considéraient pas comme des Blancs. Le leitmotiv : Vous aussi vous étiez des esclaves, avant nous.

 

La ségrégation était parfois pire entre nous. Tu sais… Mona album chez Blue Note avec Miles… Quel raciste, celui-là. Il se croyait supérieur de par ses origines, ses traits parfaits…

 

Une enquête est un combat terrible et exaltant, qui se gagne centimètre par centimètre.

 

Plus on vieillit, plus les traits d’un visage en sommeil deviennent mortuaires.

 

La capacité de grandir est de savoir retarder ses désirs.

 

Si Dieu avait placé les yeux sur le devant de notre visage, ce n’était pas pour regarder en arrière.

 

Vous pouvez également visiter le site de l'auteur ici


Chris COSTANTINI : Lames de fond. Editions Glyphe. 268 pages. 16,00€.

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 13:55

Au moins le cadavre n'a pas froid !

 

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Un certain Shaner Weier pénètre indigné dans le bureau de Mario Balzic, le chef de la police de Rocksburg : il se présente comme le responsable de l’église luthérienne locale depuis une semaine et demande la fermeture d’un sex-shop. Balzic tente de calmer l’olibrius offusqué, puis demande à son adjoint de se renseigner sur ce pasteur nouvellement arrivé. Peu après, il apprend qu’un homosexuel a été découvert assassiné dans la ruelle à l’arrière du sex-shop. Perturbé par l’état de santé de sa mère, hospitalisée à la suite d’un accident cardiaque, Balzic assume toutefois ses responsabilités de chef de la police. La victime a été frappée de vingt-neuf coups de couteau ; le meurtrier semble avoir été en proie à une folie colérique.

Le père Marrazo a eu une conversation téléphonique avec une femme qui lui a avoué avoir de graves problèmes. Balzic accepte de rencontrer l’inconnue ; mais, fortement troublée, elle ne se confie que peu à peu : son mari la bat et elle soupçonne son fils d’être le meurtrier.
Sa mère décède alors que Balzic s’était assoupi à son chevet. Son enquête et ses problèmes familiaux le perturbent fortement, mettant en péril son ménage. Tandis qu’il se recueille au funérarium, un homme demande à le voir. Il s’agit du mari de la femme qui lui a parlé. Il hurle, menace Balzic, le bouscule et repart énervé à bord de son véhicule.

Dans cette fausse enquête de Balzic, ou plutôt cette enquête tronquée, puisqu’il n’a pas à se déplacer, les éléments venant à lui, les sentiments, la douleur, les réflexions, la philosophie du policier priment. Mais surtout nous partageons l’émotion d’un homme qui vient de perdre sa mère et qui prend conscience des perturbations de la cellule familiale et du quotidien auquel il n’avait jusqu’alors pas prêté attention : l’une de ses filles se teint les cheveux ; l’autre profère des mots grossiers qu’il lui reproche alors qu’il en fait autant. Enfin, il se retrouve seul face à sa femme pour qui sa mère était une amie, un support, qui ne comprend pas que Balzic fasse passer avant tout le devoir de sa charge.

Balzic, comme dans Un homme exaspérant, se voit confronté à l’administration pénitentiaire en des démêlés à la limite du gag, mais révélateurs des bouleversements provoqués par de telles circonstances.

Un roman dans lequel les considérations extra-policières ne s’inscrivent pas en marge de l’enquête, mais font partie intégrante de l’histoire.


K.C. CONSTANTINE : Meurtre au soleil. (Unshine Enemy, 1990 - Traduction de Fabienne Poloni). Editions du Rocher. Novembre 1992. 230 pages.

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 15:40

Une randonnée ferroviaire qui déraille…

 

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Elle devant et lui derrière, à grimper les pentes pyrénéennes ou à les redescendre en évitant de se casser la figure. Elle c’est Roxane, et il ne risque pas de la perdre de vue avec ses cheveux rouges qui se balancent tel un fanal. Lui, c’est Raoul, du moins c’est ce qu’il lui dit. Et s’ils se promènent dans la montagne, ce n’est pas pour une randonnée de plaisir. Ils fuient la maréchaussée.

Roxane suinte la colère par tous les pores de sa peau, ses yeux sont deux silex, elle arbore un masque revêche, mais lorsqu’elle parle du train jaune, celui qu’ils vont prendre Raoul et elle, alors se transforme. La grincheuse, la colérique devient comme une luciole qui irradie dans la nuit, et ses anneaux plantés un peu partout dans les oreilles, le nez, le nombril et j’en passe sûrement, sont à l’unisson.

L’idée de Roxane pour échapper à la maréchaussée est d’emprunter, sans payer, ce fameux train jaune, appelé ainsi à cause de sa couleur, mais surnommé Tue chien pour des raisons qui méritent explications. La voie ferrée comporte trois rails, les deux habituels, plus un au milieu qui sert de conducteur électrique. Or de nombreux chiens se sont faits électrocuter en vagabondant sur le ballast. Raoul manque l’apprendre à ses dépends mais heureusement Roxane veille au grain. Le train jaune qui part de Villefranche de Conflent attaque la montagne jusqu’à Latour de Carol près de la frontière espagnole va bientôt passer.

train-jaune.jpgRoxane suivie de Raoul monte à bord, un exercice d’acrobate à l’égal des brûleurs de durs chers à Léo Malet et aux auteurs américains de la première moitié du XXe siècle. Ils s’installent dans un compartiment quasiment vide mais aperçoivent un véhicule de la maréchaussée qui file sur la route contiguë à la voie ferrée. Les gendarmes sont à la poursuite de Raoul qui a effectué un braquage dans un café, empochant la recette du jour, cinquante euros, peut-être le début de la fortune, mais ce n’est pas forcément pour ce vol minable qu’ils montrent les dents. Quant à Roxane elle aussi possède son secret, et se montre vindicative à l’égard des gendarmes.

Drôle d’équipe que forment le capitaine Rospovitch et le gendarme petit Maurice. Ils sont comme chien et chat, parlent par sous-entendus, comme ceux qui font croire qu’ils savent mais ne connaissent pas. Et l’otage, car pour eux il n’y a aucun doute que Roxane a été prise en otage, que l’otage donc est bien mal partie. La vertu de Roxane est un sujet de conversation permanent tandis qu’ils se lancent sur les trousses des fuyards. Ils ne sont pas seuls à traquer Raoul et Roxane, les grands moyens sont employés. Et les hélicoptères, coléoptères pas collés à terre, vibrionnent dans les cieux, surveillant les déplacements du couple.

Serguei Dounovetz manifeste à l’encontre de ses personnagesTrainjaune_03.jpg une tendresse bourrue qu’il nous communique et nous vibrons à l’unisson, espérant que ces deux personnages vont pouvoir fausser compagnie à leurs poursuivants. Sous l’humour noir se dessine une triste réalité. Celle de la mémoire des hommes. L’Histoire de France et du monde ne prend que quelques pages dans les manuels scolaires, mais celles qui ont été vécues par d’humbles personnes sont souvent effacées et perdurent parfois des années, des décennies, même si les actions n’ont été perpétrés qu’en quelques jours, qu’en quelques heures, voire quelques minutes.

En réalité plusieurs histoires se catapultent dans ce roman, les histoires intimistes des protagonistes, des histoires isolées qui se relient peu à peu et cheminent sur les rails de l’incertitude.

Si Jean-Bernard Pouy a signé la préface, ce n’est pas pour rien car il professe à l’égard des trains une véritable passion. Or Le Train jaune, ou Canari, est une histoire en elle-même que Serguei Dounovetz évoque rapidement juste pour planter un décor utile et vivant. Et l’action de ce roman est à inscrire plus dans un trajet effectué par un TGV que par un tortillard.


Voir également l'avis de Claude sur  Action Suspense.


Serguei DOUNOVETZ : Tue Chien. Préface de Jean-Bernanrd Pouy. Editions Alterbooks. 128 pages. 12,50€.

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 08:11

Hommage à Pascal Garnier, né le 4 juillet 1949.

 

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Au lendemain de la Libération, trois adolescentes de Saint-Martin sur Cher, Arlette la forte en chair, Gisèle la forte en gueule et Lucienne la forte en thème, sont tondues sur la place publique pour avoir couché avec l’envahisseur. Certains s’attèlent à la tâche par répression, d’autres pour prouver leur bonne foi après des moments d’égarement avec les Allemands. Gisèle et Lucienne n’ont pas supporté l’affront et sont parties vers d’autres cieux, Arlette elle est restée au pays.

Cinquante ans plus tard, venant d’Arras et désirant visiter les châteaux cathares, voyageant en compagnie d’une amie, Luce tombe en panne de voiture non loin de Saint-Martin. Le garagiste n’a pas la pièce adéquate afin de dépanner son véhicule et les deux femmes sont obligées de s’installer à l’hôtel. Gisèle revient au même moment sur les lieux de son enfance, afin d’assister à l’enterrement de sa mère. Arlette veuve d’un boulanger et menant à la baguette le commerce familial, est affligée d’un fils, Laurent, qui accumule les bêtises.

Les retrouvailles des trois anciennes amies organisées par le coup de pouce d’un destin farceur se font mi-figue mi-raisin. Le temps des réminiscences est sonné et quelques explications se doivent d’être approfondies. Pour Laurent, c’est peut-être aussi l’heure d’assumer enfin sa quarantaine atteinte à coups de larcins, de défis à la maréchaussée, de bouteilles éclusées en compagnie d’amis fauchés mais solidaires devant un verre, plein de préférence.

Une parenthèse dans une existence sabordée pour trois femmes, trois adolescentes à l’aube de leur destinée. Elles ont eu le courage de surmonter l’épreuve et ont connu des fortunes diverses. Pascal Garnier, dans ce roman, efficace dans la concision, narre ces retrouvailles inopinées simplement, avec humanisme, un peu comme le faisait Simenon, portant un regard attendri mais non moralisateur sur ses personnages et nous réservant un final qui pourrait être celui d’un conte de fée. Mais Pascal Garnier possède plus d’un tour dans son sac, et sous la candeur se cache la rouerie. Un excellent roman qui dépasse le cadre du roman noir mais y trouve pour autant une place privilégiée.


Pascal GARNIER : Parenthèse. Editions Plon. 19 aout 2004. 176 pages.

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 06:43

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Un ouvrage biographique est intéressant à plusieurs titres. Une raison cinématographique bien sûr mais aussi une raison plus personnelle puisque Michel Boujut revient sur un épisode de sa vie dont il peut être fier nonobstant les considérations émises par quelques vieilles badernes.

« On peut vivre avec ses souvenirs, sans les interroger à tout bout de champ, quand bien même ils ne dorment que d’un œil. Les années de jeunesse repeintes aux couleurs Ripolin, ça ne donne jamais rien de bon. Du reste la nostalgie n’est pas mon fort, je n’ai jamais porté ma désertion en bandoulière ». Et voilà, le gros mot est lâché. Désertion !

Etre déserteur en temps de paix, apparemment pour les instances militaires c’est rédhibitoire. Tout juste n’est-on, lorsque l’on quitte l’armée, qu’un réfractaire, un insoumis. Et décider de divorcer avec l’armée alors que le mariage n’a jamais été consenti par les deux parties, que le voyage de noce est programmé, la destination choisie unilatéralement, cela n « engage » guère à continuer, à prolonger un ménage bancal, forcé.

En ce 13 mai 1961, alors que l’auteur bénéficie de trois jours de permission qu’il passe à Paris, il lit sur une manchette de journal que Gary Cooper vient de décéder. Il fête seul son anniversaire, ses vingt et un ans. Et dans sa tête trotte la lecture d’un livre scandaleux, La Permission de Daniel Anselme. Il a quitté le camp de La Braconne, drôle de nom pour une caserne, situé sur la commune de Brie près d’Angoulême, sa permission en poche. Le 2ème classe Michel Boujut n’a jamais apprécié « les humiliations ordinaires de sous-officiers hargneux qui marchent à la bière et au pastis, les insultes et les punitions à répétition ».

Il dit au revoir à la Grande Muette et se terre, sur les conseils d’une connaissance, dans les salles de cinéma. Ces bienheureuses salles permanentes dans lesquelles il se gave de films qu’il assimile avec contentement. Car pour lui, visionner un film, ce n’est pas seulement une occasion de passer le temps, c’est un plaisir qu’il déguste depuis sa jeunesse lorsque son père les emmenait lui et sa mère en moto se faire une toile. Mais son dégoût de l’armée, inconsciemment il le possède dans ses gênes.

Son grand-père est décédé le 19 septembre 1914, à Auberive, non loin du camp de Mourmelon. Un grand-père abusé par le bourrage de crâne des journaux et les rodomontades revanchardes. Il était parti la fleur au fusil, le fusil ne lui a pas servi à grand-chose, la fleur s’est retrouvée sur sa tombe. Le père de Michel Boujut est resté prisonnier dans un stalag durant quatre ans et demi. Comment voulez-vous après ça avoir la fibre militariste ?

Paradoxalement le jeune Michel Boujut aime les films de guerre, même si certains sont des contrefaçons de l’histoire, des odes à la colonisation comme Fort Alamo. La colonisation justement, c’est un peu le symbole de la guerre d’Algérie à laquelle il ne veut pas participer. Taper sur des autochtones, les tuer ou se faire tuer, plus peut-être, torturer ou se faire torturer, tout cela pour une idéologie qu’il ne comprend pas. Pour certains le spectre de l’Indochine est présent, chez les officiers surtout qui veulent prendre une revanche. Une revanche sur qui, sur quoi ? Sur de pauvres hères qui désirent leur indépendance, qui refusent le diktat des exploiteurs. Le paradoxe des militaires qui boutaient hors de France les Allemands envahisseurs et qui s’agrippaient à un bout de terre de l’autre côté de la Méditerranée.

Le jeune Michel Boujut bénéficiera de complicité pour passer la frontière belge puis ironie du sort s’expatrier en Allemagne et enfin en Suisse.

Avec sobriété Michel Boujut nous invite à partager ses souvenirs, sa rébellion, mais aussi son amour du cinéma, cinéma qui le lui rendra bien car devenu critique il côtoiera bon nombre d’artistes, acteurs, réalisateurs, sans que pour cela il perde son indépendance d’esprit. Un extrait de vie dont il avait sans doute envie de parler mais sans vouloir se justifier. Comme quelqu’un qui au détour d’une conversation livrerait des confidences, puis passerait à autre chose, sans s’appesantir, sans s’apitoyer, sans ruminer, sans esprit rancunier envers une époque ou des hommes. Le livre terminé, le lecteur garde l’impression d’avoir passé un bon moment avec un ami.

Critique de cinéma et de jazz, il a écrit un temps dans Jazz Magazine par exemple, Michel Boujut est également l’auteur d’essais et de romans de fiction, dont Souffler n’est pas jouer.


Michel BOUJUT : Le jour où Gary Cooper est mort. Editions Rivages. Hors collection Poches. 176 pages. 7,65€.

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