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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 08:50

Bon anniversaire à Virginie Brac, née le 25 juillet 1955.

 

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Eve Lambert porte bien mal son prénom. Elle n'a rien d'une beauté, au contraire. La trentaine revêche, un mètre quatre-vingts pour soixante-dix-neuf kilos mal répartis, le nez cassé, le bas de la figure parsemé d'acné comme si on lui avait postillonné du yaourt, la poitrine aussi plate qu'un plateau sur lequel se seraient égarés deux boutons de culotte, elle ne symbolise pas vraiment la beauté fatale.

Un soir elle occis ses patrons, pille le coffre-fort, embarque tout ce qui peut représenter une certaine valeur négociable, et s'évanouit dans la nature. Elle prend pension chez un couple de châtelains - la mère et le fils -  dont le manoir vétuste s'érige près d'un petit village coincé à la limite de l'Alsace et de l'Allemagne.

Dans le village proche vit une communauté d'ectoplasmes qui voient en elle la résurgence de Cœur-caillou, leur égérie disparue. Eve se rend à Francfort et à raison de plusieurs séances de lifting, de chirurgie esthétique, prend une nouvelle apparence, approche de la beauté. Elle s'entiche de la jeune maquilleuse qui la soigne et la prend à son service au manoir. Seulement des événements étranges se passent dans le château et les environs et elle a du mal à gérer ceux qui la considère comme une divinité.

Dans cet anodin petit roman (petit par le format et le prix mais non par le contenu), derrière l'extrapolation de l'anticipation, du fantastique et du surnaturel, Virginie Brac pose au moins une question fondamentale qui ne devrait pas laisser indifférent toute une frange de lecteurs.

Que se passerait-il si une centrale nucléaire explosait ? Quelles en seraient les conséquences et qu'adviendraient les habitants de la région sinistrée. Evidemment un phénomène s'est déjà produit, loin de nos frontières, à Tchernobyl dans l'ex-Union Soviétique, mais les informations qui nous sont parvenues restent relativement vagues, même si l'on sait qu'il y a eu des morts et que les radiations ont agi profondément sur la nature, particulièrement sur la faune. Un livre qui, mine de rien, avec humour parfois, et des personnages complètement déjantés, tisse l'angoisse. Virginie Brac est happée, vampirisée par son travail de scénariste pour la télévision, ce qui ne lui laisse guère de temps pour écrire. Dommage.


Virginie BRAC : Cœur-caillou. Fleuve Noir, collection Les Noirs N°32. Septembre 1997. 256 pages.

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 12:10

Hommage à Alexandre Dumas né le 24 juillet 1802.

 

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Si Alexandre Dumas est surtout connu pour ses romans historiques et de cape et d’épée, Les Trois Mousquetaires en tête, il ne faut pas oublier une partie de sa production, moins conséquente et plus confidentielle il est vrai, celle consacrée aux romans fantastiques. Par exemple Le Château d’Epstein, La femme au collier de velours ou pour ce qui nous concerne les Mille et un fantômes. Car La dame pâle n’est qu’un extrait de ce recueil d’histoires, et plus exactement les quatre derniers chapitres. Ce qui ne gêne en rien la compréhension du texte, puisque chaque historiette est indépendante des autres. On regrettera néanmoins une présentation de l’ouvrage complet dans ce recueil. Mais voyons un peu la trame de ce qui se révèle un drame fantastique :

1825. Fuyant la guerre qui sévit entre la Pologne et la Russie, Hedwige rejoint les Carpates sur les ordres de son père resté au pays. Le voyage se déroule dans le calme et la sérénité jusqu’au moment où se produit une attaque de bandits. Leur chef est un jeune homme d’une vingtaine d’années, et Hedwige serait tombée entre ses mains si un autre jeune homme n’était intervenu à temps pour la sauver. Il s’agit de Grégoriska, le propre frère du chef des Bandits nommé Kostaki. Tous deux nés d’un père différent sont les fils de Smérande, une riche héritière moldave qui vit recluse en son château des Brankovan. Et bien évidemment les deux frères vont tomber amoureux de la belle Hedwige, Kostaki se montrant jaloux, et Grégoriska tentant de celer ses sentiments. Smérande désire privilégier les souhaits de Kostaki, mais Edwige ressent une certaine répulsion à l’encontre de celui-ci.

Paru en 1849, au moment où le fantastique se meurt, Mille et un fantômes s’ancre dans un genre littéraire puisant dans le romantisme et le fantastique dont le chantre sera Charles Nodier. La dame pâle est un avant-goût du volume contenant Mille et un fantômes et La femme au collier de velours, qui date de 1850, deux titres parus en un volume chez Folio sous le numéro 4316.


Alexandre DUMAS : La dame pâle. Collection Folio 2€, n° 4390. Gallimard.

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 07:52

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Surtout ne vous méprenez pas. Du sexe il y en a, mais pour midinettes. Ou pour femmes en manque.

Car Alfred Brochel, alias Freddy le Galopin, le héros de ce roman, vend ses charmes et son savoir faire auprès de belles, et surtout moins belles, esseulées. Et pour avoir voulu narguer la directrice d’une agence un peu spéciale, le voilà aux abois.

C’est dans un camping qu’il trouve la délivrance sous la coupe d’une maîtresse femme, qui eut recours à ses services, devenue une sorte de camériste conseillère gouvernante de César Zarcé, le célèbre trafiquant d’armes retiré en Afrique pour raisons personnelles.

Zarcé se prend pour un descendant de Jules César, ressemble à Napoléon et désire que sa fille lui donne un rejeton de haute noblesse. Il l’a donc mariée à un vague héritier génétique de l’empereur François-Joseph, un berger tyrolien un peu simplet. Hélas les amours entre les deux tourtereaux forcés ne produisent pas de fruit. Zarcé les oblige à vivre leur lune de miel prolongée sur une gondole, au milieu d’un marigot putride. Freddy est désigné pour suppléer les défaillances de l’époux. Il y va de sa réputation et d’un héritage que les proches de Zarcé convoitent. Aubépine, sa fille, en premier.

Siniac est un auteur à part dans le giron de la littérature policière française. On pourrait parler de San-Antonio, de Jarry, de Westlake, de Hiassen, mais cela reste du Siniac pur jus, avec sa façon de décrire ses personnages atypiques et farfelus (à l’instar du graphisme débordant de Dubout), de les mettre en scène avec une faconde satirique, de construire une histoire plausible complètement loufoque dans un décor d’opérette, d’annoter ses propres délires, inventions, erreurs voulues ou non, de parsemer le tout d’un humour féroce et jovial, de mener le lecteur par le bout du nez sur les traces d’un safari exotique de pacotille et de le laisser subjugué par ce foisonnement imaginatif et caustique.


Pierre SINIAC : De l’horrifique chez les tarés. Rivages/Noir N°364. Juin 2000. 320 pages. 8,65€.

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 16:14

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Si nous portons tous en nous des gènes héréditaires, certains individus reçoivent en héritage des signes particuliers, physiques ou psychiques, qui les handicapent plus qu’autre chose. Des marques de fabrique comme des taches de naissance, ou la propension à une surcharge pondérale, ou autres. Je ne vais pas rédiger un catalogue de ce genre de désagrément. Ainsi dans la famille Slick, on est policier de père en fils, ou presque, car le géniteur d’Andrea fut soldat et tueur avant de se suicider.

Non, le signe particulier des Slick réside dans cette particularité de prévoir qu’une personne qui les regarde va mourir dans peu de temps. Les yeux de leur interlocuteur (ou interlocutrice, il faut respecter l’égalité des sexes dans tous les domaines) s’ils sont blancs, que l’iris et la pupille sont vitreux, c’est l’assurance d’un décès dans quelques minutes ou quelques heures. En général d’un accident violent. Et les Slick ne peuvent guère changer le destin, sauf en de rares circonstances.

Ce don de voyance, Andréa Slick l’a découvert à l’âge de sept ans, le jour où il a trouvé son père suicidé. Sa mère est morte peu auparavant d’un accident de la circulation. Selon son grand-père, un ancien de la DST qui en 1963 a éliminé sans état d’âme un criminel de guerre nazi, ce cadeau héréditaire s’estompe vers les quarante ans. Mais entre temps, que de contrariétés à subir et de fardeaux à porter.

Le corps d’une jeune femme, mutilé, rasé entièrement de la tête aux pieds, numéroté, tatoué d’un soleil noir et d’une citation de Darwin constitue le premier cadavre d’une longue série. Les orbites, après énucléation, ont été bouchées par une sorte de cire blanche.

Commissaire à la BRI, Andréa est chargé de l’enquête qui s’annonce douloureuse. Aidé par son collègue Alex, plus jeune et à l’humour parfois lourd et déconcertant, et d’autres membres de différents services, dont Laura Blatteswski dont la mission est de croiser les informations dans des bases de données informatiques, Andréa va bientôt pouvoir identifier le cadavre. Un nouveau corps est retrouvé, celui d’une Asiatique dont les parents vivent dans le quartier de Chinatown new-yorkais. Selon la mère de Jade, la première victime, sa fille adolescente sortait avec un homme imberbe et crane rasé, habillé en motard. Mais en comparant deux photos dans de Jade, Andréa est interloqué. Sur l’une Jade possède une chevelure noire, sur l’autre elle est rousse. La mère avoue que depuis quelque temps Jade arborait un look gothique.

Après une négociation avec un preneur d’otage qui se termine mal, Andréa se rend à New-York où il rencontre les parents de Lily, la deuxième victime dont la disparition avait été signalée depuis quelques semaines. Lily était rousse. Bientôt un faisceau de convergences conduisent les policiers vers les Hells Angels parisiens, plus particulièrement une section dissidente.

Andréa détient en Anna une bouée de sauvetage. Anna possède un secret de naissance dont elle ne connait qu’une partie. Et entre les deux partenaires, les deux amants, c’est elle la plus forte mentalement, tandis qu’Andréa succombe souvent à ses démons, à l’alcool et aux envies de suicide. Il replonge de temps à autres dans l’enfer de l’éthylisme mais il compte bien s’en sortir un jour grâce à Anna.

Anna a un rendez-vous chez un gynécologue mais elle ne donne plus de nouvelles à Andréa qui s’inquiète. A raison, surtout lorsque le policier établit une relation avec les cadavres. Anna est rousse.

Violent, sanguinolent, morbide et fascinant, ce roman d’Olivier Maurel nous plonge dans l’enfer d’un schizophrène dont le lecteur suit comme un voyeur malsain les forfaits. Peu à peu cet individu se dévoile et son identité est dévoilée, mais le roman n’est pas fini pour autant. Si les policiers savent son nom, ils ne connaissent pas ses motivations, et ses points de chute. Ils sont en possession de quelques éléments qu’il leur faut affiner et surtout éviter que d’autres cadavres viennent jalonner leur enquête.

L’aspect parfois trop documenté, par exemple j’aurais aimé que la description des pratiques anatomiques du tueur soit moins explicite, ou encore les différentes coordinations entre services de police avec acronymes à la clé, alourdit la lecture pour quelqu’un qui est sensible et souhaite que l’action soit privilégiée au détriment d’aspects peu ragoûtants ou techniques. D’autres se régaleront à la découverte des scènes dites gore, se plongeant avec délice dans l’horreur. L’auteur qui a été directeur de prisons et est aujourd’hui sous-préfet se complait dans les descriptions, écrivant comme s’il était voulait combattre des phantasmes. Ce n’est pas ma tasse de thé, mais reconnaissons-lui un réel talent de conteur et de metteur en scène.

Un roman qui entraine un phénomène de répulsion attractive ; un livre que l’on repousse mais que l’on reprend fasciné, comme les gamins qui mettent leurs mains devant les yeux afin de ne pas voir quelque chose qui les horrifie mais qui prennent bien soin d’écarter les doigts.


Olivier MAUREL : L’autel des naufragés. Jigal Thriller. Editions Jigal. 264 pages. 18,50€.

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 13:59

Et en verlan ?

 

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Ne vous y trompez pas, le titre de ce roman pour le moins bizarre, trouve toute sa justification lorsque je vous aurais signalé que le « héros », le personnage principal de l’intrigue est un Eugène de Rastignac moderne. En effet dans le roman de Balzac, vous aviez compris l’astuce je suppose, Eugène de Rastignac est un jeune homme ambitieux, qui découvre ce que l’on appelle la bonne société et se montre prêt à tout pour parvenir au but qu’il s’est fixé. Ce jeune loup devient banquier puis expert en luttes d’influence.

Jean Demester possède un peu le profil de ce Rastignac, mais au départ, il ne sait pas qu’il va devenir un rouage important de la banque d’affaires Zalbac Brothers. En réalité il subit l’effet papillon.

Alors qu’il conduit un taxi dans les rues enneigées de New-York, Jean est obligé de freiner brutalement une Maybach lui ayant quasiment coupé la route. Un dialogue s’échange entre Jean et le passager de la voiture de luxe. Autour de la musique d’abord, mais jean ne se fait pas prendre au piège. Il est violoniste amateur et connait ses classiques. Quant à ses études, il les a dirigées vers les maths et la finance. En repartant l’homme lui glisse sa carte de visite au nom de Bruce Zalbac, président de la banque d’affaires Zalbac.

Jean est né de père inconnu, selon sa mère un étudiant américain venu passer ses vacances aux Andelys, et il a effectué ses études, d’abord de violon espérant devenir l’élève d’un maître prestigieux, puis de finances pour atterrir dans une succursale bancaire miteuse de Bretagne. Au bout de quelques mois, il avait craqué et claqué la porte et avait porté son dévolu sur les USA, devenu orphelin à la suite du décès de sa mère dans un accident. A New-York il avait tâté à de nombreux petits boulots avant de trouver sa chance en Bruce Zalbac. Au début, il est grouillot, servant des cafés, reliant des photocopies, s’esquintant les yeux devant l’écran de son ordinateur, intégrant des dizaines de chiffres dans des tableurs. Pas vraiment exaltant mais il a un pied comme stagiaire dans la grande banque d’affaires et cela seul compte. Son mentor, Paul Donovan, lui mène la vie dure mais il encaisse tout, en se promettant qu’un jour il saura lui rendre ses amabilités. De stagiaire il devient employé et monte rapidement en grade grâce à son esprit d’analyse et ses facultés d’anticipation, encouragé par Bruce Zalbach qui ne lui ménage pas pourtant les vexations.

Le véritable déclic se déroule dans le loft qu’il habite en compagnie de quelques colocataires. Ceux-ci ont pris l’habitude d’organiser des fêtes qui durent tard dans la nuit. Un soir il est nez à nez avec Stéphane d’Aubry, un ancien condisciple chez les Jésuites des Andelys, qui a fait son trou à Bercy, étant directeur-adjoint de cabinet. Stéphane lui présente Charlotte Lancier, l’une des nombreux héritiers Hermitage, la célèbre marque de luxe française. Charlotte ne se contente pas de percevoir les dividendes mais elle est résolument impliquée dans l’avenir du groupe, responsable notamment de l’implantation de nouveaux magasins de par le monde. Entre Jean et Charlotte quelques atomes crochus fusionnent, au grand désappointement de Stéphane qui ne sert que de chaperon à la jeune fille alors qu’il souhaite plus.

Charlotte sert de tremplin à Jean dans la banque Zarbac, car il doit envisager des négociations pour une entrée en bourse du groupe familial. Mais en finances, rien n’est simple. Tout se joue entre manipulations, mensonges, croche-pieds, jalousies, dés pipés, et quelques jeunes femmes sans scrupules. Et il ne faut pas oublier que plus l’on grimpe plus on se rapproche du précipice.

Un héros, qualification un peu trop ambiguë pour ce genre de roman, disons un personnage principal doit-il se révéler sympathique, engendrer une empathie avec le lecteur ? Ce n’est pas indubitable car les financiers de par leurs agissements contraires à la morale, ne sont certes pas des hommes auxquels on porte volontiers un sentiment d’attirance. Et dans la lignée des antihéros célèbres, n’oublions quelques personnages de roman fameux tel Fantômas qui inspire fascination et répulsion en même temps. Donc le lecteur ne vibre pas aux heurs et malheurs de Jean Demester, son ascension inéluctable puis ses problèmes qui risquent de le mener à une chute irréversible, mais il s’immerge avec complaisance dans le bourbier de la finance. Cela lui permet de mieux comprendre les remous qui agitent la bourse et l’auteur met le doigt sur certaines pratiques qui peuvent mettre en danger l’économie des états.

Rapide, vif, écrit à l’aide de courts chapitres comme excelle à le faire James Patterson par exemple, ce roman se lit facilement alors qu’on était en droit de s’attendre à un ouvrage ardu. Karel de la Renaudière évite les pièges de la pédagogie fastidieuse et nous offre un regard éclairé sur les arcanes de la bourse et du monde des finances.

 

Lire l'avis de l'ami Pierre sur Black Novel

 

Et dans le même registre lire également ma chronique sur Escroc City


Karel de la RENAUDIERE : Zalbac Brothers. Editions Albin Michel. 320 pages. 20,00€.

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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 08:29

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Nul doute que le lecteur, en refermant ce livre, aura en tête quelques affaires franco-politico-financières actuelles. Je citerai, sans trop en dévoiler, l’affaire Clearstream, les affaires Tapie-Lagarde, et bien évidemment le crack boursier de la Société Générale et l’affaire Jérôme Kerviel. Toutes affaires qui ont fait et font encore les délices des journalistes, lesquels souvent extrapolent, se fiant aux déclarations des uns et des autres sans vraiment connaître les tenants et les aboutissants. Moi non plus d’ailleurs, je vous rassure, mais moi je l’avoue. Après avoir édicté ces prolégomènes, qui vous sembleront plus relever de la politique que du thriller financier, passons à l’objet même de ces remarques.

Journaliste au Financial Telegraph de Londres, spécialiste de l’analyse financière et boursière, Niccolo Lamparelli se voit proposer une place comme analyste boursier dans l’une des plus grande banques d’investissement de la City. Le grand patron de la division Etudes et Analyses, Larry Sikorski, lui propose une offre alléchante en terme de rémunération et de bonus, offre que Niccolo ne peut refuser.

Devenir analyste chez Saracen Laing est la consécration de son savoir-faire et de ses compétences. Il est placé sous la houlette du Ruppert, le chef de groupe de la division Telecom, et s’occupe pour le premier temps de petits titres. Bientôt ses rapports d’analyse sont appréciés de tous et il se forge une solide réputation au sein de la banque d’investissement. De plus Niccolo côtoie régulièrement son vieil ami Jack Ford, un ami de plus de vingt ans, ayant été élevés pratiquement ensemble, ayant reçu les enseignements d’un vieux sage Japonais. Jack, comme tous les analystes et les traders ne comptent pas leur temps passé au bureau, et délaisse quelque peu sa femme Donna. Leur mariage bat de l’aile, sans qu’il s’en rende vraiment compte, mais ce qui importe à Donna c’est l’argent ramené au foyer, car c’est une acheteuse obsessionnelle compulsive de produits de luxe.

Les résultats encourageants obtenus font de lui une référence sûre auprès de ses clients, et bien vite il accède à des titres de sociétés plus importantes. Seulement, honnête et intransigeant, il n’accepte pas de se plier aux exigences de Larry Sikorski et de son bras droit Ruppert qui aimeraient parfois qu’il révise ses analyses dans leur sens. C’est ainsi qu’héritant du dossier Globecom, il conseille de vendre, alors que Sikorski exige que le titre soit poussé à l’achat. La Bourse donne raison à Niccolo, la valeur du titre baisse régulièrement, mais pour le directeur de Globecom, qui possède d’autres visées, il estime que ce n’est que temporaire, émettant toutefois des réserves quant aux capacités réelles de Niccolo. Donna, s’apercevant que sa carte bleue n’est pas assez approvisionnée, téléphone à son mari mais c’est Larry qui répond et lui propose de lui avancer de l’argent.

En coulisse un mystérieux Docteur Picton magouille avec le fils d’un émir influent et richissime d’un petit état du Golfe, tandis que Veyrieras de la Financial Services Authority, un organisme chargé de la surveillance et de la régulation des marchés financiers, et sa responsable Amanda Sanderson, ont dans le collimateur Larry Sikorski. Mais ils n’ont rien de véritablement probant à se mettre sous les crocs. Jack est retrouvé mort, un suicide apparemment, mais l’inspecteur Dan Harcourt et son adjointe le sergent McKeever prônent en vain la thèse de l’assassinat. Niccolo est effondré et après une ascension remarquable, c’est le début de la régression.

Des contrats s’établissent, des alliances se forgent, souvent au lit car cela laisse moins de traces, sauf dans les draps, que des papiers signés surtout lorsqu’il y a usurpations d’identité, et les magouilles vont bon train. Cyrus Moore, qui lui-même est un fin analyste boursier sous le nom de Cyrus Mewawalla, et dont il pourrait être le portrait de Niccolo, nous plonge dans les arcanes des banques et sociétés d’investissement. Dont le mot d’ordre est : « Je ne vous paie pas, les gars, pour être de bons analystes. Je vous paie pour que vous nous gagnez de l’argent ». Tout est résumé dans cette petite phrase.

Il existe bien dans l’entreprise un service de déontologie, mais ce n’est qu’une façade, et il ne pèse pas lourd devant l’avidité redoutable des chefs de service. « Ils arnaquent tout le monde ; ils se servent de leur jargon juridique pour que leurs profits acquis par duperie paraissent légaux. Et que fait l’Etat pendant ce temps-là ? Rien ! Il ferme les yeux ! ». Les grenouillages en tous genres font florès, encouragés au contraire. Tout est bon pour que les profits engrangés soient optimisés. D’ailleurs comme le déclare Larry en réponse à la question « Mais si un analyste a un brusque accès d’intégrité, que ferez-vous pour le convaincre de marcher droit ? », est assez significative de la moralité de ce milieu : « Ce genre de personne n’existe que dans notre imagination. Pure chimère. On n’en trouve qu’au cinéma. Dans la vie réelle, les choses sont beaucoup plus simples que ça. Les enjeux sont trop gros. D’un simple coup de fil, je peux ruiner la vie d’un individu ».

Un regard acerbe sur un mode comportemental que l’auteur connait bien, et le lecteur pourra se demander comment un trader, genre Jérôme Kerviel, pouvait agir seul sans que les responsables ne soient pas au courant de ses actes. En réalité il ne fut qu’un lampiste, mais comment le prouver ?

Il faudrait toutefois éviter de loger tout le monde à la même enseigne. Certains, sous des dehors cyniques possèdent un fond d’honnêteté et d’intégrité et une parcelle en jachère dans laquelle l’honneur est toujours présent. Et parfois à l’issue de certains événements et par amitié, cet honneur est remis en valeur. Un livre document romancé impitoyable que le lecteur soucieux de mieux comprendre le fonctionnement des banques d’investissement devrait acquérir. Surtout s’il joue parfois en Bourse, se fiant aux recommandations édictées par d’éminents financiers qui poussent à vendre ou à acheter des actions sur de simples intuitions, se révélant de véritables gourous de la Finance. Mais ceci n’est que mon avis personnel, celui d’un profane en la matière ce qui ne l’empêche pas de réfléchir parfois.

 

 

Cyrus MOORE : Escroc City. (City of Thieves – 2009; traduit de l’anglais par Dominique Defert). Editions Jean-Claude Lattès. Mai 2011. 430 pages. 22,30€.

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 14:49

Le cachot qu'a froid !

 

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Après avoir été policière durant deux ans, Diane Beaufort s’est tourné vers le journalisme. D’abord reporter sans frontière puis, ne supportant plus la vue de cadavres et des ravages des guerres, elle s’est lancé dans l’écriture d’articles dans des magazines féminins. Plus particulièrement des papiers sur la psychologie du couple et les relations parents-enfants. Mais elle a eu besoin de changer d’air ce qui ne l’empêche pas de tenir un carnet de bord. Car son ambition est de rédiger un roman, et afin de couper les ponts, elle prend un congé sabbatique puis elle part se ressourcer en Ecosse. Depuis très longtemps elle vit avec un souvenir douloureux, la perte de son bébé. D’ailleurs elle est suivie par un psychiatre, Harrison, qui est devenu un ami. Elle est célibataire et cet état lui convient fort bien. A cinquante-cinq ans elle est encore séduisante, aventureuse, curieuse, avide de mouvements.

Elle s’installe dans un hôtel des Highlands, au calme pense-t-elle. Par les journaux, elle apprend qu’une jeune femme a été retrouvée égorgée. Peu après c’est au tour de Julianne, une des serveuses de l’hôtel, qui est retrouvée dans le même état. Ses vacances ne s’annoncent pas aussi paisibles qu’elle l’envisageait. Ce qui ne l’empêche pas de sympathiser avec deux Québécois, comme elle, et au cours d’une conversation, elle apprend que ce sont deux jeunes mariés, originaires de Chicoutimi, demeurant donc non loin de chez elle.

Jérémie Boislevent et sa femme Sarah sont en voyage de noces. Sarah aurait préféré Venise ou Paris, mais comme ce sont ses parents qui leur ont offert le voyage, ils n’ont pas osé refuser. Une promenade est envisagée, afin de découvrir le château de Highstone, qui est érigé fièrement sur les hauteurs et qui date du Moyen-âge. Il est toujours habité. Une visite conseillée par la mère de Sarah. Ils sont reçus par William Mac Doorn, l’héritier du Lord, et Conrad Whitness, le secrétaire et guide occasionnel. Puis par Lord Mac Doorn, le propriétaire, et sa femme. Un petit historique du château leur est conté. Un baron français, le seigneur de Hautefaille, aurait été enfermé dans les cachots au XIIIe siècle, pour avoir fauté avec la châtelaine alors que son mari était parti guerroyer. Mais Sarah ne se sent pas bien, elle ressent comme des malaises puis des hallucinations. La vision d’une femme tenant dans ses bras un bébé. La rentrée à l’hôtel est précipitée.

Sarah se confie à Diane. Non, elle n’est pas enceinte comme le supposait la journaliste, au contraire car elle ne veut pas d’enfant pour le moment. Et, deux mois auparavant, une stagiaire de l’agence de voyages dans laquelle elle travaillait, lui a fait des révélations. Non point des prédictions, mais des secrets sur ses vies antérieures. Une scène notamment se déroulant au Moyen-âge. Elle aurait été une noble ayant eu un enfant adultérin et aurait été enfermée dans un cachot par son mari. Un peu l’histoire que Lord Mac Doorn leur a racontée.

D’autres jeunes femmes sont égorgées et l’inspecteur Doris ne parvient pas à découvrir le moindre indice. Le tueur en série ne laisse aucune trace d’ADN ou autre. Toute fois il porte ses soupçons sur William Mac Doorn. Diane est fortement surprise, et tout un chacun le serait à moins, quand Sarah, qui depuis sa première visite à Highstone est sur les nerfs, avoue à sa nouvelle amie qu’Aileen Mac Doorn la châtelaine est sa mère biologique.

Les péripéties ne manquent pas dans ce roman où le mot suspense prend toute sa valeur. L’intrigue navigue entre Ecosse et Canada et Sarah connaitra de nombreuses frayeurs. Le couple qu’elle forme avec Jérémie risque d’éclater à plusieurs reprises, mais Diane veille. D’ailleurs, afin que le couple puisse vivre sereinement, elle les invite dans un chalet qu’elle loue, non loin de chez les parents respectifs de Sarah et Jérémie.

Marie-Bernadette Dupuy joue avec les nerfs du lecteur, accumulant les incidents, les rebondissements et les meurtres qui sont enregistrés aussi bien en Ecosse qu’au Canada. Car le tueur semble bien être avoir franchi l’océan.

Malgré quelques ficelles parfois un peu grosses, mais qui sont effacées aussitôt par les événements, ce roman est magistralement construit, accumulant les scènes d’angoisse, les retournements de situation et les révélations, même si parfois le lecteur se doute de ce qui va suivre, ou peut être légèrement énervé par l’attitude et les dialogues un peu simplets entre Jérémie et Sarah. Le roman idéal pour l’été.


Marie-Bernadette DUPUY : Le cachot de Hautefaille. (réédition de JCL éditions – 2009). Editions de L’Archipel. 408 pages.19,95€.

 

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 07:57

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Quelques années après la fin de la guerre de Cent ans, les chevaliers n’ont pas grand chose à faire, alors ils se combattent dans des tournois qui en laissent plus d’un sur le carreau.

Gilles, le jeune écuyer, est habitué aux victoires de son maître, même si celui-ci ne paie pas de mine. C’est comme au catch, ça ne paie guère mais au moins on a la possibilité de se faire une renommée. Jusqu’au jour où y’a un chevalier qui arrive, comme ça, bêtement, alors qu’il n’était pas invité, et qui fout la baraque en l’air. Une sorte de Don Quichotte de pacotille avec son armure toute rouillée. Sauf que le poignet lui ne l’est pas rouillé, et boum, le chevalier se retrouve à terre, et il n’a pas le temps de s’en rendre compte que Dieu ou le Diable s’est déjà emparé de son âme. A la guerre comme à la guerre, il faut se plier aux principes.

Gilles devient le nouveau serviteur de cette casserole ambulante qui n’a pas de marque, je veux dire dont personne n’a vu le visage. Aurait-il quelque chose à cacher ? Cela se pourrait bien car alors qu’ils voyagent peinards, d’un seul coup le chevalier annonce à son écuyer que comme c’est la nouvelle lune, il doit être attaché sur le sol, fortement, par les poignets, sinon il risque de devenir méchant. Gilles se doit d’obéir alors il ligote les membres de son nouveau seigneur et maître à des piquets fichés en terre et il se dit maintenant je vais piquer un bon roupillon.

C’est sans compter sur la force de la nature et le chevalier dans une crise de démence se libère à la façon d’Houdini, dont il ne connaît pas l’existence et pour cause, et le voilà gambadant dans la forêt et qui se prend pour l’ogre. Coup dur pour Gilles qui ne s’attendait pas à ça. Mais bon, comme il doit respect et obéissance à son nouveau maître, faut bien se plier aux exigences de celui-ci. Seulement ce n’est pas pour batifoler au clair de lune qu’ils parcourent la sylve.

manoir-sortileges1.jpgUn prieur a confié une mission au chevalier et ce n’est qu’avec l’aide de Gilles qu’il peut la réaliser affirme-t-il. Il doit retrouver un grimoire contenant des formules magiques capables de le désenvoûter selon le religieux. Ce manuscrit est enfermé dans un manoir depuis longtemps assailli par les éléments et gardé par un troupeau de moutons qui n’ont de paisibles que la réputation de leur race. Avec une sauvageonne qui se prétend sorcière ils arrivent enfin sur place et commence alors le plus gros du travail.

La magie, l’angoisse, l’épouvante sont au rendez-vous de ce roman moyenâgeux dont l’action se déroule en la forêt de Brocéliande, de si sinistre réputation. Là encore la vedette est en partie tenue par une bâtisse recelant de profonds mystères, là encore à chaque fois que l’on pense être confronté à d’horrifiques sorcelleries, l’auteur prend le contre-pied de ce qu’il a écrit ou évoqué quelques lignes, quelques paragraphes auparavant.

Tout est expliqué de façon rationaliste et pourtant le lecteur ne peut s’empêcher de vibrer, de ressentir de l’effroi en lisant les chapitres goulûment. De la belle ouvrage monsieur Brussolo. On ne s’en lasse pas.


Serge BRUSSOLO : Le manoir des sortilèges. Le Masque Grand Format 1999. Réédition Le Livre de Poche. Novembre 2001. 318 pages.

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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 13:46

Sans salade....

 

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Muté à Rome, suite à une promotion disciplinaire, après avoir exercé ses talents à Palerme puis Venise, l’inspecteur Carlo Barone est nommé dans le service en charge de la défense du patrimoine culturel italien. Auparavant il était à la crim’ mais il avait craqué en Sicile, suite aux souffrances endurées par un collègue torturé par la Mafia. Seulement ses premiers débuts à Rome sont entachés de retrouvailles auxquelles il aurait aimé échapper.

Il retrouve coup sur coup quelques éléments femelles qui s’étaient improvisées détectives privées amatrices, enquêtant en parallèle avec lui sur des affaires vénitiennes. D’abord Vittoria, qui comble de malchance a passé un concours et a été nommée dans son service. Ce n’est pas qu’elle manque de charme, mais Barone la comparerait bien à un fox-terrier, pour ne pas dire un pitbull tellement elle s’accroche à ce qu’elle entreprend. Puis il retrouve Sumo, ainsi surnommée à cause de sa stature imposante. Enfin, cerise sur le gâteau, Madame dont il a un souvenir exécrable. Tout ça lors d’une banale enquête dans l’enceinte de la villa Médicis.

Banale, pas tant que ça car un gamin a été retrouvé mort dans les souterrains qui, il faut l’avouer, sont délaissés. Seulement le môme a été décapité, un couteau planté dans une orbite, les lèvres cousues, quelques organes vitaux ont été prélevés et une gamelle de tendrons de veau aux carottes est déposée près de son corps. Un délice selon Doc Paolo qui goûte à la sauce. Il lui reproche seulement d’être froide. C’est dans ces circonstances qu’il aperçoit Sumo qui vaque aux cuisines, puis Madame qui accompagne le directeur de l’Académie de France.

Des festivités sont prévues, notamment un spectacle théâtral imaginé par Grifo, un jeune metteur en scène qui dirige des gamins muets issus de l’immigration. Des artistes plasticiens sont là, des archéologues également et un concert de Pierre Boulez est programmé. Plus quelques autres réjouissances dont la venue de Monseigneur Monolo. Sans compter sur la présence, non souhaitée, de l’ancien directeur de la villa Médicis, le comte B. K2R. Outre Vittoria, Barone est assisté de Condor, Ciak, Babbo, Francis, dont chacun possède un caractère bien particulier, et il lui faut bien tout ce petit monde pour tenter de résoudre l’enquête car le commissaire Dannunzio, imbu de sa personne, le talonne.

Personne n’a signalé la disparition du gamin retrouvé dans les souterrains, et il est envisagé de se renseigner dans un camp de réfugiés, des immigrés de toutes nationalités, surtout en provenance des rives de la Méditerranée. D’autres cadavres sont au menu de Barone, dont un qui gît au milieu d’un plat de lentilles, plat traditionnel italien pour les fêtes du Nouvel An puisque selon une superstition cette légumineuse apporte richesse et chance tout au long de l’année. Pas pour tous apparemment.

 

Un roman dont l’intrigue oscille entre bouffonnerie et tragédie dans un cadre historique et culturel. La bouffonnerie de certaines scènes, la découverte des corps avec des préparations culinaires par exemple, les démêlés de Grifo avec ses figurants, les agacements de Barone face à son supérieur ou ses adjoints, son aversion envers Sumo, Madame, ses colères, son attrait envers Gisèle, sa compagne, et bien d’autres petits faits engendrent une bonne humeur que gomment d’autres épisodes, ceux notamment des gamins immigrés et qui font l’objet de rejet.

Mais Vittoria n’est pas en reste et s’énerve facilement elle aussi. Ses prises de bec sont nombreuses, quel qu’en soit le sujet. Par exemple lorsqu’elle s’insurge contre les préceptes catholiques et qu’elle reproche à Monseigneur Monolo bien des thèses rétrogrades : Et votre pape qui est contre l’usage du préservatif pour combattre le sida ! C’est de la non-assistance à personne en danger ! Elle enfonce le clou en affirmant et tutoyant l’évêque : ton pape est rétrograde, négationniste, antisémite…

Le lecteur passe du rire aux larmes sans discontinuer. Et l’auteur, en réalité les deux auteurs puisque se cachent sous les initiales C. pour Colette et M. pour Monique, deux sœurs, nous emmènent sur un terrain qu’elles connaissent bien. Colette est peintre et enseigne les arts plastiques et Monique préside la fondation Romaeuropa qu’elle a créée et dont il est largement question dans cet ouvrage, et elles ont donc écrit sur des sujets qu’elles maitrisent. Mais, parfois j’ai eu l’impression d’être un spectateur dans une salle de cinéma arrivant alors que le film est déjà commencé et d’avoir loupé un ou des épisodes. Ce qui m’a obligé à garder ma concentration en permanence.


C. M. VEAUTE : Meurtres à la romaine. Collection Le Masque Poche n° 26. Editions du Masque. 482 pages. 7,20€.

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 11:54

Le pendant de Jeux de mains...

 

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Malgré son nom, Chance Brandt n’en a pas vraiment. Pris sur le fait de tricher lors d’un devoir sur table, il écope d’une punition de trente soirées de travaux d’intérêt général.

Il doit remplacer durant quelques heures Duboff, le bénévole qui s’occupe du marais aux oiseaux de Playa, à Los Angeles, un endroit préservé des méfaits de la civilisation. Lorsque peu avant sa fin de service Chance reçoit un appel téléphonique anonyme lui annonçant qu’un cadavre vient d’être déposé près d’une pièce d’eau, il pense que quelqu’un lui fait une farce.

Seulement le cadavre existe bel et bien, avec toutefois une main tranchée. L’endroit est apparemment fort prisé car les policiers découvrent trois autres corps, qui gisent dans la boue depuis quelques mois, et possédant en commun le fait d’avoir une main tranchée. L’identité du premier cadavre est rapidement établie. Il s’agit de Selena, jeune femme pianiste qui aurait pu connaitre le succès mais se contentait de servir de professeur à un jeune prodige, Kelvin Vander, dont les parents peuvent se permettre de lui offrir des cours particuliers quel que soit le domaine éducatif.

Mais les Vander sont en voyage en Asie et le régisseur, Travis Huck, d’un abord antipathique, reçoit avec réticence les enquêteur, c'est-à-dire Milo bombardé lieutenant en charge des enquêtes spéciales, Moses Reed, un jeune inspecteur, et Alex Delaware, psychologue consultant. Selena avait quitté sa famille cinq ans auparavant ne donnant que rarement des nouvelles à sa mère et ses deux frères. Toutefois la belle Selena n’était peut-être pas si sage qu’il y paraissait car en remontant son passé proche, il s’avère que celle-ci jouait du piano dans des clubs échangistes et des soirées privées. Participait-elle à ces jeux amoureux tout comme le couple Vander ?

Simon Vander s’était remarié et avait eu une fille de sa précédente épouse. Une piste à ne pas négliger, d’autant qu’Aaron Fox le frère utérin de Moses Reed, ancien policier reconverti comme détective, s’invite dans l’enquête. Il représente Simone Vander la fille de Vander, et celle-ci semble professer à l’égard de Kelvin une véritable affection. L’identité des trois autres corps est plus difficile à établir mais les policiers parviennent à découvrir qu’il s’agissait de prostituées. Duboff est lui-même assassiné de nuit dans le parc alors qu’il souhaitait vérifier quelque chose, du moins c’est qu’il avait prétendu auprès de son amie Alma Reynolds qui l’accompagnait en voiture. Quant à Chance, qui se conduit comme un adolescent prétentieux et je-m’en-foutiste, il se rappelle avoir vu un inconnu chauve remettre une enveloppe à Duboff, un généreux donateur semble-t-il.

Bob Hernandez est un personnage continuellement en manque d’argent et pour essayer de se refaire, il participe souvent à des ventes aux enchères, espérant dégoter l’objet rare qui lui permettrait enfin de régler ses dettes et repartir sur un bon pied. Mais cette fois il semble bien que les dollars qu’il a consacrés à acheter, on ne sait ce qui lui a passé par la tête, le contenu d’un box dont le locataire a oublié de régler les deux derniers mois de location, comprenant un vieux vélo et deux sacs poubelles. Et les sacs ne contiennent que de vieux journaux invendables et une boite en bois d’une essence rare, espère-t-il.

Mais ce coffret recèle des os, propres, et dont la reconstitution pourrait former trois mains. Bizarre ! Il se résout à remettre sa trouvaille aux policiers qui devraient en faire un bon usage.

 

Outre Milo Sturgis et Alex Delaware, l’intérêt se porte sur quelques personnages dont ceux des frères Moses Reed, un Blanc, et Aaron Fox, un Noir, qui ne s’apprécient guère. Leurs rencontres s’effectuent souvent dans des restaurants, ce qui permet de percer un peu leur profil psychologique via leur façon de manger.

Le lecteur est un peu comme le passager d’un véhicule conduit par l’auteur. Au départ, le temps passe vite, comme dans les sorties de ville où l’œil est attiré par de multiples attraits qui se profilent de chaque côté. Puis peu à peu la voiture, le roman, prend son rythme de croisière sur une autoroute balisée et le moteur ronronne, la somnolence s’installe perturbée par de petits écarts qui empêchent de véritablement s’endormir. Le conducteur, le romancier, est bavard, et le voyage s’étire en longueur et en langueur.

Puis la fin de la promenade littéraire se profile, l’intérêt est à nouveau sollicité et à la fin du parcours, le voyageur peut se faire la réflexion qu’il a passé un bon moment, pas toujours exaltant, mais agréable quand même. Quant au titre français, il est particulièrement en adéquation car selon l’adage populaire, jeu de main…


Jonathan KELLERMAN : Jeux de vilains (Bones – 2008. Tarduction de William Olivier Desmond. Réédition de Seuil policiers, éditions du Seuil). Editions Le Point Policier. 01/03/2012. 504 pages. 8,00€.

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