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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 13:14

Bon anniversaire à Michel Del Castillo, né le 2 août 1933.

 

castillo2-copie-1.jpg


Si bien des personnes, des intellectuels qui ne connaissent rien à la littérature noire et la littérature policière que par la bande, affirment haut et fort que ce genre littéraire n’est qu’un sous-produit, juste bon à jeter, à flatter les goûts des lecteurs au Q.I. anormalement sous développé (Si, si, je l’ai entendu dire), il est réconfortant de se rendre compte que des écrivains renommés, reconnus et encensés, ne dédaignent se lancer à l’eau et même éprouvent une jouissance trouble et secrète, un peu perverse, à patauger dans une flaque d’eau que des esprits chagrins considèrent comme une mare fangeuse et boueuse.

Alors ces écrivains, lorsqu’ils sont intègres, reconnaissent volontiers que la littérature policière demande beaucoup de patience, de travail, d’imagination et de rigueur à l’auteur qui se lance ainsi bille en tête dans un genre qu’il connaît peu ou prou.

Michel Del Castillo lui-même avoue dans son avant-propos avec beaucoup d’humilité qu’il n’a pas écrit ce qu’il est convenu d’appeler un roman policier, soulignant que ni le crime et ni le coupable suffisent à définir le genre. De plus il ose défendre ceux qui sont catalogués comme véritables auteurs de la littérature noire. Non seulement il proclame « les premiers numéros de la Série Noire contiennent autant de chefs d’œuvre sinon plus que des volumes parus dans des collections dites blanches, mais ajoute : N’en déplaise aux esthètes, il y a plus de vigueur, de force, d’invention chez maint auteur de la Série Noire qu’il n’y en a dans les trémoussements d’André Gide. Une plus juste vision de notre siècle également.

Alors Mort d’un poète, roman policier ou pas ? Oui, si l’on considère qu’il y a crime, recherche d’un coupable, enquête. Oui, s’il y a dénonciation d’abus, de corruptions, de prévarications. Oui, s’il se veut le reflet d’une perversion politique dans laquelle le mal et le bien se déchirent au nom d’une doctrine non suivie à la lettre par ses concepteurs. Mais la notion de roman criminel est dépassée par l’ambiance, par l’atmosphère du roman dans son intégralité. C’est presqu’un pamphlet, une politique fiction dont le prétexte est policier.

Ali Tasko, secrétaire du poète Tchardine, décède dans un accident de voiture. Fait divers banal, sauf que la voiture, une Porsche rouge d’importation, a été sabotée. L’enquête sur ce décès plus que suspect est confiée au ministre de la Justice, Igor Vedoz qui se rend compte que cette mission n’est pas honorifique mais une véritable chausse-trappe. D’ailleurs doit-il enquêter sur l’accident lui-même, en rechercher les auteurs, ou découvrir ce que sont devenus des papiers susceptibles de compromettre le régime politique ? Des documents convoités par le Guide Lumineux, l’Invincible Maréchal Carol Oussek, président de la république de Doumarie, un président qui se conduit en despote royaliste.

castillo1D’autres personnages aimeraient connaître le sort de ces documents, dont la femme du dit président.

Un roman-fable que l’on peut lire au premier ou au second degré, selon l’état d’esprit du lecteur, selon qu’il recherche l’évasion pure et simple ou qu’il aspire à se délecter de scandales plus ou moins réels, plus ou moins étouffés.

Quant à moi, je l’ai lu avec un esprit critique, non pas en fonction du reflet, du mode de vie de tel ou tel pays, mais en tant que roman policier tout simplement. Et je dis : admis à l’examen de passage, cet examen qui tente de concilier deux frères ennemis de la littérature en proposant un seul géniteur pouvant vagabonder dans un genre ou un autre.

(Chronique radiophonique d’octobre 1989)


Michel Del CASTILLO : Mort d’un poète. Collection Crime Parfait. Mercure de France. 1989. Réédition Folio 1991.

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 15:35

Pour quelques accords de plus !

 

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Abandonnant (provisoirement ?) Tonton et ses sbires, les Marx Brothers de la littérature, les Charlots du roman policier, Samuel Sutra nous invite à plonger dans un univers qu’il connait bien : le jazz. Et comme il professe une même passion envers la musique que l’écriture, comme il y barbote avec un plaisir non coupable, nous suivons son nouvel opus avec un intérêt non dissimulé. Car Kind of Black, dont le titre est un clin d’œil à Miles Davis et son Kind of Blue, personnifie le genre de roman dont on attend avec impatience le mot FIN et dont on aimerait, paradoxalement, qu’il dure le plus longtemps possible.

Pour Stan Meursault, pianiste de jazz émérite et reconnu, c’est un grand jour. Ou plutôt ce sera une grande nuit. Sarah Davis va se produire pour un concert unique au Night Tavern, le renommé club de jazz où il joue chaque soir. Sarah Davis, c’est l’étoile accrochée au firmament du jazz, la nouvelle Billie Holiday, qui était partie aux USA pour faire carrière et qui n’était pas revenue depuis. Et cette fin de journée va se dérouler en toute tranquillité car un de ses élèves a fait défection. Car on peut être un musicien de jazz virtuose et donner des cours pour assurer sa subsistance et payer son loyer.

Au Night Tavern, Stan retrouve avec appréhension Sarah, qui n’a pas changé, peut-être embellie même. Elle est accompagnée de Baker son agent, et sous entendu son compagnon. Et tandis que Baker règle les derniers détails au bar, c’est le problème avec les imprésarios il y a toujours un tas de papiers à signer même pour un concert donné pour la gloire. Stan a obtenu le privilège de pouvoir enregistrer, grâce à un magnétophone astucieusement dissimulé, ce concert à des fins d’exploitation. Stan retrouve Sarah dans sa loge et ils ont beaucoup de choses à se dire, mais il y a comme un blocage. Que se raconter qu’on ne sait déjà après dix ans de séparation ?

Il s’installe sur scène avec comme accompagnateur un contrebassiste et un batteur, deux jeunes pétris de talent et la soirée risque d’être mémorable. Et elle l’est effectivement, mais pas dans le sens où les spectateurs l’entendent.

Stan entame de ses doigts déliés et papillonnant sur le clavier le morceau destiné à introduire (musicalement et sur scène) Sarah, mais point d’apparition. Alors il effectue son annonce au micro, mais toujours point de Sarah. Sarah qui ne risque plus de quitter sa loge, un poignard l’a envoyé au pays déjà encombré des jazzwomen.

Jacques est en vacances, en récupération, mais son patron ayant besoin de lui, il saute vite fait dans ses habits et arrive au Night Tavern sans perdre de temps. Jacques est policier, célibataire, et les vacances c’est pas vraiment son truc. Ce n’est pas tant parce que Jacques est meilleur que les autres que son patron fait appel à lui, mais bien parce qu’il est coincé. Il n’a personne d’autre sous la main, d’ailleurs Jacques n’aura qu’à prendre les premières dépositions, humer l’atmosphère, laisser travailler la scientifique, puis ce sera au tour de son collègue Blay, qui pour l’heure est injoignable, de prendre la relève. Jacques est fou de jazz, ce qui serait déjà une motivation pour empoigner au débotté le boulot.

Au Night Tavern, Franck, son patron l’accueille soulagé. Jacques interroge les présents, c'est-à-dire Victor March, le patron de la boîte, Marianne, la serveuse, une superbe rousse à la quarantaine resplendissante, le technicien du son, les musiciens et Stan Meursault. Stan qu’il connait de réputation et c’est comme s’il approchait une idole. D’ailleurs il plaque quelques notes sur le piano, encouragé par Stan, mais il faut bien l’avouer, Jacques n’est qu’un amateur. Il a appris la musique, joué en dilettante, mais n’a jamais vraiment été jusqu’au bout de ses envies. Un honnête tapeur de touches. D’ailleurs Stan veut bien lui donner quelques cours. Mais le regard de Jacques est aussi attiré par la présence de Lisa, de la police scientifique. Il ressent quelque chose pour ce bout de femme, même s’il ne veut pas se l’avouer. Il faudrait interroger aussi Baker, l’imprésario. Mais celui-ci manque à l’appel. Il est reparti pour les USA aussitôt les papiers signés. Un départ précipité, une fuite ?

La soirée avait attiré beaucoup de monde, mais la cave ne pouvait contenir autant de spectateurs, et la plupart ont suivi les prémices du concert par retransmission interposée. Jacques demande à visionner les bandes vidéo, et quelque chose lui attire l’œil, fugacement. Quoi il ne saurait dire, alors même si le lendemain Blay prend la relève, Jacques tire un trait sur ces congés et va enquêter en parallèle avec la bénédiction de Franck, son patron. Et entre Jacques et Stan s’amorce une ébauche d’amitié, une complicité musicale.

Le lecteur habitué à ce genre de roman de suspense se doutera assez rapidement de l’identité du ou de la coupable, et de l’épilogue, mais ce petit travail des cellules grises est rapidement mis de côté. Car ce qui importe, c’est la bande-son qui imprègne l’ouvrage. Comme si le lecteur lisait tout en écoutant un enregistrement d’Oscar Peterson par exemple.

Samuel ne se gargarise pas d’un jargon spécifique, celui employé avec emphase par des chroniqueurs spécialisés et qui pensent qu’en utilisant des termes abstrus ils vont conquérir de nouveaux adeptes, ou qui veulent démontrer que ce sont des connaisseurs éclairés et que le quidam, qui tente de s’intéresser à leur prose, ne leur arrive pas à la cheville en rédigeant des papiers rebutants. Samuel Sutra reste simple, en véritable amoureux du jazz qui sait que le meilleur moyen de prouver cet attachement est de se mettre à la portée (eh oui) de son interlocuteur. Ce qui ne l’empêche pas parfois d’envoyer de petites piques envers des pratiques que tous les gamins dont les parents aimeraient les voir jouer d’un instrument ont eu à subir.

Deux ans de solfège au forceps, et du classique dans la foulée. Pour le jazz, faut attendre. Deux ans de solfège avant de toucher un instrument ! ça a suffi à dégouter des générations entières de gamins, qui auraient pu être des virtuoses si on les avait laissés tripoter un instrument. On dit « jouer » de la musique, mais en France, on ne l’a pas compris. On torture avant. C’est un peu comme si, dès la maternelle, on obligeait les gamins à apprendre la grammaire avant de les autoriser à parler.

Un peu de désabusement aussi dans son propos. Jacques se rend chez un disquaire afin de se procurer des enregistrements de Sarah Davis. Le vendeur lui fait remarquer que c’était avant qu’il fallait les acheter, maintenant c’est un peu tard. Et les radios ne sont pas en reste, qui découvrent qu’une excellente chanteuse de jazz se nommait Sarah Davis.

Quant au jazz en lui-même, il semble que c’est un domaine réservé, non pas à une élite, mais bien à des amoureux, et que ce n’est pas de la musique préfabriquée.

Le jazz. C’est une musique peuplée de morts. On vit à une époque où le plus gros vendeur de disques est un DJ, où ceux qui font les plus grosses carrières chantent en play-back des titres qu’ils n’ont pas écrits et dont ils ne comprennent même pas le sens. Moi, mon univers, il est peuplé de gars qui ont vécu dans la misère et dont on n’a découvert le nom souvent qu’après leur mort. C’est presqu’un univers posthume. Ainsi parle Stan !


Avec ce roman Samuel Sutra franchit quelques marches de plus vers les étages supérieurs.

 

Du même auteur :  Le pire du milieu;  Les particules et les menteurs;  La femme à la mort.

 

 

Samuel SUTRA : Kind of Black. Collection Lecture confort. Editions Terriciaë. 250 pages. 16,00€.

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 08:14

Bon anniversaire à Patricia MacDonald née le 1er août 1949.

 

 

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Après avoir passé douze ans en prison, Maggie Frazer trouve un emploi dans le journal local de Heron's Neck, petite île à une heure de la Nouvelle Angleterre. Emmet, le directeur, est absent. Des trois employés seul Jess, le rédacteur en chef, lui fait bon accueil. Les deux autres, Evy et Grace, font grise mine.

Evy, 18 ans, est secrètement amoureuse de Jess. Grace a peur que Maggie la supplante dans sa fonction de secrétaire. Maggie trouve un pavillon à louer mais aussitôt des distorsions se profilent dans sa vie quotidienne. Chez elle des objets changent de place. Alors qu'elle désire effectuer un achat, elle ne trouve plus son portefeuille et manque passer pour une voleuse.

Elle se refuse à répondre aux avances de Jess car elle se rend compte que cela peine Evy, mais succombe bientôt sous le charme du journaliste qui est divorcé. Elle ment mais cette attitude aggrave la situation. Owen, un photographe, est persuadé avoir déjà vu son visage. Lors d'une kermesse, elle propose de tenir un stand avec Evy et de confectionner un gâteau qui s'avère truffé de morceaux de verre. Elle soupçonne Evy de lui avoir joué ce tour pendable qui lui vaut l'hostilité de la population.

Sa liaison avec Jess lui rappelle un mauvais souvenir : sa liaison avec Roger, un homme marié, plus âgé qu'elle, et qui a été assassiné alors qu'ils rentraient après une escapade amoureuse au court d'un tempête de neige. Ce crime qu'elle n'a pas commis l'a conduite en prison. Elle ignore qu'Evy, qui vit avec sa grand-père infirme qu'elle maltraite, possède un dossier sur cet évènement. Roger n'était autre que le père de la jeune fille qui a décidé de se venger lors de la libération de Maggie. Evy enlève Jess à qui elle ne pardonne pas sa liaison avec Maggie et l'enferme dans sa cave en compagnie du cadavre d'Emmet. Elle a incité Maggie à venir dans l'île, en se faisant passer pour le directeur pour mieux exercer sa vengeance.

expiation2Ce roman gigogne, l'énigme principale découlant d'une autre énigme prépondérante dans le désir puis dans l'accomplissement d'une vengeance ruminée et transposée, contient également des éléments de psychanalyse freudienne avec l'attrait que ressentent les personnages féminins envers des hommes, mariés ou non, mais plus vieux, attrait issu d'un inceste frustré. Si le lecteur découvre, par les éléments disposés ça et là par Patricia Macdonald, le rôle d'Evy dans cette trame et son machiavélisme, il se demande toutefois si cette histoire peut aboutir dans une issue heureuse, sans être décevante. Un roman dont l'atmosphère nous rappelle quelque peu celle de William Irish, un compliment.

 

 

Patricia MACDONALD : Expiation. (The unforgiven - 1981) Trad. de l'américain : Roxane Azimi. Première édition Albin Michel, Spécial Suspense Aout 1996. 312 pages. Réédition Le Livre de Poche Septembre 1998. 320 pages.

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 14:36

A la ville comme à la campagne… attention à Lamarche !

 

lamarche


Quoi qu’en pensent certains, les villes ne sont composées que de petits villages, où tout le monde se connait, s’estime, se fréquente ou s’évite soigneusement. Les amours y naissent mais les drames éclosent.

Impasse du Paradis, drôle de nom pour ce qui est un enfer vécu au quotidien par les habitants et ceux qui l’empruntent.

Dans cette impasse gîte un café, Chez Camille, fréquenté par les habitués. Une ambiance feutrée, vieillotte, désuète, dans laquelle l’odeur de la vinasse et de la bière aigre se mêle à celle du chien mouillé. Les flippers et la télé toujours allumée alimentent un brouhaha discret. Discret, comme les patrons, des gens aimables au sourire accroché en permanence.

A une fenêtre de l’étage, une gamine qui regarde à longueur de journées à travers les carreaux sales. Pour ce que l’on peut en voir elle est habillée de guenilles. Elle est maigre et pâle. Patrick, un consommateur qui prend le fond de ses verres pour une boule cristal, est plus obnubilé par Pôle Emploi que par cette silhouette figée.

Mona qui arpente le trottoir, plaçant dans son soutien-gorge les billets froissés des clients, a elle aussi remarqué l’enfant. De même que Maria Conception, la bignole qui sort les poubelles, ou encore Jimi qui joue au découpage de bras avec une seringue, comme les gamins qui plantaient des aiguilles autour d’un dessin pour le découper. Jusqu’au jour où la gamine ne se tient plus à la fenêtre. Mais on retrouve Patrick qui a le droit de garder son gosse de temps en temps et lui offre les manèges, beaucoup de tours, des friandises et tout ce que le gamin désire malgré qu’il ne touche que le RSA (revenu sévèrement anémié).

Il y a aussi Monsieur Jo, et Marianna, qui était toujours gaie, chantonnant en préparant la popote. A côté, sur le même étage du sixième, Louis, qui rêvasse, se remémorant le bon temps lorsqu’il taquinait le goujon dans la Charmette chez son grand-père. Et la Charmette, ce petit ruisseau il en aurait bien besoin, l’incendie embrasant l’étage. Et Momo, qui lorsqu’il croise Jimi affalé dans l’impasse ne prend pas la peine de l’aider, croyant que le pauvre bougre a bu plus que de raison, plus que de raisin. De toute façon Momo, il pense à son chien qu’il a retrouvé les quatre pattes en l’air. C’est pas du jeu. María Conception, pour boucler les fins de mois qui sont toujours difficiles nettoie les toilettes de la gare. Un petit boulot à mi-temps. Et on en trouve de drôles de choses dans les toilettes. D’ailleurs ce n’est même pas drôle. Surtout la découverte d’un sac plastique. Un grzand coup de balai.

A Lusigny les Charmette, on pourrait croire que tout est simple ; le grand air c’est bon pour la santé. Et pour le moral. Mais non, il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Tiens, lorsque le fils rentre après des années d’absence, ce n’est pas forcément le retour de l’enfant prodigue.

Comme dans tous les petits villages, et les grandes villes, le point de rendez-vous, c’est le café. Par exemple pour Jean-Robert, le châtelain, qui peut s’encanailler à l’abri des regards courroucés de sa femme. Gégé et Francis épluchent le journal, plus particulièrement les petites annonces. Ce n’est pas que Francis a besoin d’un nouveau tracteur ou de pièces détachées, non, il recherche une compagne. La femme au foyer. Parce que Labour est dans le blé, c’est bien gentil mais faut s’inscrire et avoir un minimum de présence. Etre un vrai gai-luron ou un misogyne invétéré. Et puis ils sont sélectionnés comme les bestiaux à un comice agricole dans l’émission. Alors lorsqu’ils lisent : Je suis belle et j’adore m’amuser… nul doute que la perle rare est là entre les lignes.

Tandis que celui-ci s’abreuve copieusement, nonchalamment allongé sur une méridienne, la femme de Jean-Robert s’exerce au ball-trap. Malheureusement elle ne touche jamais sa cible, au grand amusement de Jean-Robert qui ne ménage pas ses railleries. Ceci se passe au grand air, mais dans les maisons du village, les petites méchancetés ordinaires vont bon train. Trois femmes mangent en silence, la pitance déposée dans des assiettes dont l’image du fond figure trois citrons sur fond bleu. Et la nourriture a vraiment un goût acide, car le père n’est pas là.

Derrière ses carreaux, la vieille regarde le temps passer, ses voisins se disputer, et rumine quelques petits meurtres, pour le plaisir, car même si on est âgée, y’a des moments où tout énerve. Par exemple les deux hommes qui se battent pour une histoire de chat perdu, ou empoisonné, allez savoir. Mais les adultes ne sont pas les seuls à vouloir changer le monde. Les enfants aussi. Par exemple Tante Amélie qui se remémore sa jeunesse, lorsqu’elle faisait du cheval sur la statue érigée dans un angle de la cour de l’école. Un ange c’était, elle s’en souvient bien. Et puis les autres, les vrais enfants, ceux qui prennent le car et tarabustent Michel, le conducteur.

Des scènes de la vie quotidienne, de petits faits-divers inspirés de la réalité, retranscrits comme de nombreux épisodes d’un feuilleton parfois macabre, chaque événement possédant ses propres protagonistes qui parfois s’échappent et vont voir si dans un autre épisode, ce ne serait pas mieux. Des tranches de vie d’où s’exhale l’humour noir, celui sans lequel la vie ne vaudrait pas d’être vécue. La mort rôde en permanence, attendant ses prochaines victimes, comme l’eau qui dort qui ne souhaite qu’une chose, une offrande juvénile.

Léo Lamarche œuvre dans l’intimisme, dans le minimalisme. Elle peaufine ses textes et souvent l’épilogue est terrible. Plus dure sera la chute ! Léo Lamarche n’encombre pas les étals des libraires. Elle est rare, et comme tout ce qui est rare, elle est précieuse.


Lire également de Léo Lamarche : Macadam blues


Léo LAMARCHE : Nous sommes tous des assassins. Nouvelles. Collection l’Atelier. Editions Souffle court. 142 pages. 7,90€.

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 14:29

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Pourriez-vous vous présenter ? 

Je suis né le 27 mars 1934 à Lausanne et ai suivi des études à la fois littéraires et scientifiques. J’obtiens le Prix de poésie de l’Association des Ecrivains Vaudois à 15 ans et demi. 

Au même moment, révolté par un article sur la jeunesse, j’envoie une réponse cinglante qui me vaut d’être engagé à raison d’un papier (tribune libre ou conte) par mois ! Je ne cesserai plus, dès lors, d’être journaliste même en faisant d’autres métiers simultanément. 

J’ai découvert le roman policier grâce au coiffeur de sa mère, monsieur Wagner, qui a eu l’idée de donner à lire à ses clientes non pas des magazines mais des romans et qui a constitué pour cela une bibliothèque de prêt. Avec toute la collection du Masque, tout Arsène Lupin, Rouletabille, etc. Tout cela gratuitement, pour moi, à partir de l’âge de 10 ans. 

A noter, détail sans relation avec le polar : dans l’immeuble voisin de celui du coiffeur vit une dame, Mme Blanche Derval. Dans Nadja, André Breton cite le nom de cette comédienne qui l’a profondément marqué et dont il ne sait pas ce qu’elle est devenue. Elle est là, à Lausanne où elle donne des cours de théâtre. En particulier à Jean-Marc Bory – un camarade de classe et future vedette d’un film de Cayatte et du film Les Amants, de Louis Malle avec Jeanne Moreau - et à Nelly Borgeaud - camarade de classe de ma sœur et vedette de nombreuses pièces de théâtre à Paris. Parmi mes autres camarades, il faut citer Jacques Chessex, futur écrivain vaudois et Prix Goncourt. 

Né au XXe siècle, je m’intéresse aux arts de mon siècle : la littérature (rencontre avec Blaise Cendrars, essai sur l’écrivain suisse C.-F. Ramuz, etc.), le cinéma, l’art abstrait, le roman policier et le jazz (je suis l’un des créateurs du Jazz Club de Lausanne, fais du violon, de la batterie, du trombone, de la contrebasse, de l’harmonie, des chansons et entre à la SACEM avec Charles Aznavour comme parrain), donne de nombreuses conférences dans la banlieue sud et est de Paris sur l’histoire du jazz, du blues et du gospel, et dirige pendant un peu plus de deux ans l’orchestre de jazz du théâtre de Villejuif dans les années 60). 

Prestidigitateur pendant un peu plus de deux ans, je passe quatre ans au service de presse d’Universal Film à Paris (mes collègues sont Claude Chabrol à la 20th Century Fox, Bertrand Tavernier chez Melville, etc.). Je participe à la promotion, avec les réalisateurs et acteurs, de la Soif du Mal (Orson Welles), Spartacus (Stanley Kubrick), Stella (Melina Mercouri), de westerns (avec en particulier ceux d’Anthony Mann), de comédies (dont plusieurs de Blake Edwards… Rencontres avec Cary Grant, Rock Hudson, Tony Curtis, Doris Day, etc.). 

Je deviens rédacteur en chef d’un magazine de cinéma en décembre 61 puis directeur de la rédaction d’un ensemble de magazines féminins. 

Je redeviens pigiste et travaille simultanément pour Planète (Louis Pauwels et Jacques Bergier), Age Tendre et Tête de Bois (en particulier les deux grands dossiers sur l’histoire du rock et le western), etc.  

Avec trois copains, Luc Geslin (ex-photographe de cinéma formé à l’écriture), Jean-Claude Guilbert (futur écrivain, journaliste, aventurier, ami de Hugo Pratt, l’auteur de Corto Maltese) et Bernard Rapp (télévision et cinéma), je suis engagé pour une nouvelle aventure en décembre 1969 : Maurice Renault, le directeur de Mystère Magazine, version française du mensuel américain Ellery Queen’s Mystery Magazine, est souffrant depuis deux ans. Les ventes du magazine s’en ressentent.

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Sur les conseils de Jacques Bergier, les éditions Opta engagent donc le quatuor d’amis pour redresser la barre. Très vite, Bernard Rapp et Jean-Claude Guilbert vont être pris par d’autres occupations. Luc Geslin prend alors la rédaction en chef (qui se limite essentiellement à choisir les nouvelles et à les faire traduire si nécessaire) tandis que moi-même, le seul des quatre à avoir une vraie culture polar (merci M. Wagner) anime le magazine : interviews (plus de 40 dont Simenon, Japrisot, Léo Malet, Patricia Highsmith, Eric Ambler, San Antonio, Pierre Boileau, Thomas Narcejac, G.J.Arnaud, Michel Lebrun, Exbrayat, Brice Pelman, Manchette, ADG, etc., etc.), fiches techniques sur des auteurs ou des personnages, nombreux échos sur l’actualité du polar, etc. Tant d’occupations nécessitent des pseudonymes comme Julien Moret, Jeff Palmedo et autres Kurt Färber ! 

Mystère Magazine retrouve donc son souffle. Malheureusement, Daniel Domange, directeur des éditions Opta, se tue dans un accident d’avion en 1971. Les éditions Opta vont alors souffrir de mauvaises directions qui provoquent finalement leur liquidation. Avec Luc Geslin j’essaie de relancer un Magazine du Mystère puis un nouveau Mystère Magazine avec changement de format, mais en vain. Il manque un service de distribution professionnel. 

Je travaille alors comme lecteur pour une grande maison d’éditions et « nègre » avant de participer à la création du grand magazine de nature Terre Sauvage restant plus de quinze ans en tant que conseiller scientifique, grand reporter, et responsable de l’actualité avant une retraite méritée à la fin de l’an 2000. 

Je continue alors comme « nègre », journaliste occasionnel et anime chaque début d’année l’édition du Prix Mystère de la Critique créé en 1972. Et je suis devenu depuis membre du jury du Grand Prix de Littérature policière. 

Auriez-vous des anecdotes concernant votre passage à Mystère Magazine ?

Lorsque j’ai commencé ma série d’interviews pour Mystère Magazine, je faisais des fiches techniques signées de mon nom. J’ai donc décidé d’utiliser l’un de mes pseudonymes, Julien Moret pour ces entretiens. C’est à ce moment que Luc Geslin m’a demandé : Est-ce que je peux les cosigner avec toi car dans mon rôle de sélectionneur de nouvelles, ma signature n’apparaît nulle part et c’est ennuyeux pour l’obtention de la carte de presse…  

Et c’est ainsi que Luc a cosigné ces interviews. Il a assisté à quelques-unes, les plus prestigieuses comme Simenon ou Patricia Highsmith mais sans jamais intervenir dans la conduite du dialogue et dans sa réécriture. J’avais alors un magnéto Toshiba autoreverse qui permettait un enregistrement de deux heures suivi automatiquement d’un autre enregistrement de deux heures, sans manipulation. Cette fonction me fut précieuse avec Frédéric Dard qui n’aimait guère qu’on enregistre sa voix. Le magnéto fut planqué au sommet d’une armoire et Frédéric finit par l’oublier. D’où la spontanéité de ses réponses. 

L’enregistrement de Georges Simenon fut à mon sens un grand bide… car l’auteur de Maigret annonçait quelques jours plus tard à un autre journaliste qu’il cessait d’écrire (des romans). Un scoop raté mais il faut dire que j’avais trouvé le personnage infiniment déplaisant ! Seule consolation, le rendez-vous avait lieu à Epalinges, au-dessus de Lausanne. Or toute ma famille est originaire de ce lieu. Ce fut quelque part un peu un retour aux sources ! 

Autre anecdote. A la fin de 1970, je voulais m’entretenir avec un écrivain pour lequel j’avais une grande admiration : Stanislas-André Steeman. C’est à ce moment qu’intervint Maurice-Bernard Endrèbe en indiquant que ce serait bien d’interviewer d’abord Léo Malet, lequel Léo était alors dans une situation financière difficile. Un peu de publicité rédactionnelle ne lui ferait pas de mal. Ce fut donc le cas. Mais hélas le texte consacré à Léo Malet fut suivi d’un autre beaucoup plus court, l’annonce du décès de Stanislas-André Steeman.  

Lorsque nous nous sommes rencontrés en 1998, je crois, vous m’aviez confié que vous aviez travaillé comme nègre, notamment pour un auteur du Fleuve Noir, pour cinq ou six romans. Seulement vous ne pouviez m’en dire plus car l’auteur en question était toujours vivant ? Pourriez-vous m’en dire plus aujourd’hui ?

Aux éditions OPTA, pour Mystère-Magazine et pour Espionnage (entre autres !), il est vrai que j’ai utilisé beaucoup de pseudonymes, Julien Moret, Georges Chimère, Monica Lice, Kurt Färber, Jeff Palmedo, etc. Tous ont une petite ou une grande histoire. Mais il faut dire aussi que ces deux magazines n’étaient pas les seuls organes de presse pour lesquels je travaillais. J’étais alors un peu boulimique de travail. Et j’avais aussi commencé, simultanément, une carrière de nègre, d’abord pour un auteur du Fleuve Noir (mais comment s’appelait-il donc, celui-là… !!!), puis pour  un ex-ennemi public n° Un… Suivirent une comédienne, un devin, un spéléologue, etc. A l’époque, le travail de nègre était mal reconnu. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. 

Comment a été-créé Le Prix Mystère de la critique ? Etait-ce pour pallier un manque, pour honorer une forme de la littérature policière ?

En 1971, travaillant au mensuel Mystère Magazine, je découvre qu’il existe alors 60 000 prix annuels pour les poètes. Et très peu pour les auteurs de romans policiers, sinon des prix attachés à des maisons d’édition (le Grand Prix du roman d’aventure au Masque, les Palmes d’Or du roman d’espionnage au Fleuve Noir, le prix du Quai des Orfèvres chez Fayard, etc.), à part le déjà mythique Grand Prix de Littérature policière créé par Maurice-Bernard Endrèbe. 

Il y a donc place pour un autre prix indépendant de toute influence éditoriale ou financière. Et, pour moi, l’idée du jury s’impose aussitôt : grâce à Mystère Magazine, je fréquente les rares critiques ayant la possibilité de parler de romans policiers, lesquels ne sont pas très en vogue dans les milieux littéraires, par snobisme ou ignorance. Le Prix Mystère de la Critique naît donc de cette réalité.

Au début comment était composé le jury ? Etait-ce uniquement des critiques professionnels issus de la presse écrite ? Combien étaient-ils ?

Le premier jury compte huit personnes ayant des rubriques régulières. Dont MM. Boileau et Narcejac, Maurice-Bernard Endrèbe et Michel Lebrun. Trois critiques se sont récusés : le Genevois François Fosca (auteur en 1937 de Histoire et technique du roman policier) pour raisons de santé, Jacques Sadoul et Francis Lacassin pour raisons professionnelles. 

En 1973, les critiques sont au nombre de onze, avec en particulier l’arrivée de Noëlle Loriot (Laurence Oriol) et Jean-Claude Zylberstein. 

Ce nombre ne cessera de grandir (34 en 2013 dont trois Suisses et un Belge) grâce à la reconnaissance littéraire du polar dans tous les milieux de la société et à la création de dizaine d’autres prix.

Aujourd’hui avec l’arrivée de nouveaux médias la donne a changé. Des chroniqueurs possédant un blog sont incorporés. Un changement salutaire ?

Aujourd’hui, modernité oblige, les membres du jury du Prix Mystère de la Critique ne sont plus seulement des journalistes de la presse écrite. La radio, la télévision et les blogs d’Internet ont modifié les critères de leur choix. Ce qui a le mérite de donner encore plus de poids et de popularité à ce prix. Et de le rajeunir. 

Pour un juré, il lui suffit de communiquer la liste des dix meilleurs romans, français ou étrangers, qu’il a le plus appréciés durant l’année écoulée, des romans parus pour la première fois en français durant cette année écoulée. Certains, selon leurs goûts, proposent essentiellement des romans français, d’autres des étrangers. Ainsi naît un équilibre salutaire. 

Avoir de nombreux jurés offre plus d’un avantage même si cela occasionne une bureaucratie et un dépouillement plus lourds : un critique qui veut favoriser le roman d’un de ses copains va citer ce roman dans sa liste. Si le roman est bon, il sera sans doute cité par d’autres jurés ; s’il est mauvais, il n’aura qu’une voix sans importance. D’autre part, étant donné le nombre de romans inédits qui paraissent chaque année (actuellement autour de 1500 !!), un critique ne peut tout lire (environ 200 pour ma part) et il va découvrir d’autres ouvrages grâce au choix de collègues ayant parfois des goûts différents.  

Le prix est-il seulement honorifique ?

Depuis sa création, le Prix Mystère de la Critique est resté honorifique. Certes, on pourrait trouver un organisme public ou une société privée capable de financer une récompense sonnante et trébuchante pour le(s) lauréat(s) mais cela risquerait de se faire au nom de l’indépendance des résultats. 

Il me semble qu’à l’origine le prix était destiné à un roman dit de mystère, d’où son nom. Or depuis quelques années la préférence va aux romans noirs. Qu’en pensez-vous ?

Si ce prix a commencé à récompenser des romans de facture plutôt classique (suspense, roman d’énigme), sans doute parce qu’ils étaient les meilleurs à l’époque, le roman noir (français et américain) est vite intervenu dans le choix des critiques. 

Au départ, le Prix entendait récompenser un roman français, un roman étranger, un recueil de nouvelles ainsi qu’un roman d’espionnage. Il a vite fallu se limiter aux romans français et étrangers sous peine d’éparpillement n’intéressant plus la presse et la publication des résultats. 

Il m’arrive, après le dépouillement, d’être surpris par le choix final de l’ensemble des jurés. Voire… ne pas être d’accord avec ce choix (c’est rare mais cela m’est arrivé au moins deux fois). Mais cela fait partie des surprises du Prix Mystère.

Autrefois les noms des récipiendaires n’était connu que lors de la remise des prix. Aujourd’hui, avec Internet, les résultats sont proclamés bien avant la remise officielle. Est-ce normal ?

Aujourd’hui, les noms des récipiendaires sont connus avant la remise officielle du prix, remise qui se fait depuis plusieurs années à la Bilipo (Bibliothèque des Littératures policières), à Paris (merci à Catherine Chauchard, Alain Regnault et Samuel Schwiegelhofer). Ce n’est pas très grave et les indiscrétions se font vite du côté des attachées de presse, des éditeurs voire des critiques eux-mêmes. Notre monde est à la communication rapide et cela donne l’occasion de faire parler plusieurs fois du Prix Mystère. 

Le Prix Mystère de la Critique a-t-il encore de longues années devant lui ?

Quel est son avenir ? 

De la même manière que le Grand Prix de Littérature policière a survécu et fort bien à la disparition de Maurice-Bernard Endrèbe, je pense que le Prix Mystère survivra à la mienne (79 ans en 2013 !)… 

Je crois que le polar a tout à y gagner ! 

Et comme on ne peut terminer un entretien sans la question rituelle : quels sont vos projets ? je vous la pose.

A bientôt quatre-vingts ans, il est temps que je mette un peu d’ordre dans mes écrits. Je suis donc en train de revoir toutes les interviews réalisées pour Mystère-Magazine, le Magazine du Mystère, plus quelques autres, afin d’en faire un gros volume. Mais cela exige un immense travail car il faut tout réactualiser, rechercher ceux qui ont eu la chance de survivre, préciser certaine descendance cinématographique pour leurs personnages, etc. 

Et je découvre toujours avec un plaisir insondable l’évolution du roman policier devenu polar, ce que me permettent mes fonctions de créateur du Prix Mystère de la Critique et de membre du jury du prestigieux Grand Prix de Littérature policière.

 

Un album photos de Georges Rieben autour du monde :

 

Sur les chemins de G(rande) R(andonnée) !


 Birmanie.jpg

Promenade sur l'eau en Birmanie

 

Bresil-Iguacu.JPGau Brésil Iguaçu

 

Chiens-de-tr-JPGMaître chien de traîneaux !

 

Volcan-Chili.JPGEn arrière-plan un volcan chilien

 

rieben.jpgGeorges Rieben n'a pas peur de se mouiller !

 

Philippe-Clay-copie-1.JPG

Derrière la moustache tenue par deux doigts : Philippe Clay

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 07:51

visage


Être placée dans une institution en Suisse, même si c’est pour son bien, pèse pour Anne qui s’ennuie. Elle s’enfuit et rejoint sa mère à Cannes. Jessica fait contre mauvaise fortune bon cœur, ce qui est une façon de s’exprimer car elle possède une immense fortune héritée de son premier mari, le père d’Anne. Il était le propriétaire d’un laboratoire de parfumerie et produits divers de maquillage dont a héritée Jessica, mais est décédée dix ans auparavant. D’ailleurs entre son père et Anne, il n’y avait guère d’affinités.

Et puis Julien, son beau-père, déclare au contraire qu’Anne a bien fait de venir les retrouver. Il est vrai qu’Anne s’entend mieux avec Julien qu’avec Jessica sa mère.

Oui, quand j’écris s’entend bien, c’est à prendre au figuré car Anne est sourde et muette, et elle tient dans sa main en permanence un tableau ou un bloc de papier, ce qui lui permet de converser plus facilement, même si elle sait lire sur les lèvres.

Amado, un jeune dragueur, aborde Anne qui est amusée par la tête du jeune homme lorsqu’elle lui apprend son handicap. Mais Anne, si elle n’a pas encore connu le loup, comme il était écrit dans les bons vieux romans à l’eau de rose, n’est pas pimbêche pour autant et ils deviennent rapidement amis. D’autant qu’elle lui offre quelques billets, car Amado est fauché.

Julien est musicien, pianiste, auteur-compositeur. Pour l’heure il n’est pas encore très connu, mais cela ne saurait tarder. Corinne, une jeune chanteuse qui se produit à Cannes interprète quelques-unes de ses chansons. Ce n’est pas encore la gloire mais qui sait. Jessica connait quelques personnes influentes dans le milieu musical et elle lui arrange un rendez-vous avec un producteur télé qui éventuellement pourrait recourir à ses services pour la bande annonce d’une série. Seulement Jessica est jalouse et elle soupçonne qu’entre Corinne et Julien, ils ne se contentent pas d’échanger des partitions et qu’ils sont sur la même longueur d’onde. Elle n’a pas tort.

D’ailleurs Anne non plus n’est pas dupe et elle demande à Amado de surveiller Julien et Corinne, puisqu’il peut se déplacer rapidement et incognito avec sa moto. Et elle a rapidement conformation de ses soupçons.

Julien se rend à Paris afin de rencontrer le producteur conseillé par Jessica et retrouve par hasard un ami avec lequel il a effectué son service militaire en Algérie. Pendant ce temps Jessica se renseigne sur Corinne et une soirée est prévue.

Avec peu de personnages, Jean-Pierre Ferrière monte une intrigue savamment agencée et si le lecteur pense connaître la solution finale, s’il croit anticiper les événements en imaginant tel ou tel épilogue, il se trompe. Car tout l’art de Jean-Pierre Ferrière est de savoir faire monter la pression, le suspense, et en maître machiavélique il dirige à sa guise ses différents protagonistes, y compris le lecteur. Le thème de la femme fortunée remariée avec un homme plus jeune qu’elle, ne possédant pas un fifrelin, et attiré par une jolie jeunette, est un thème que l’on pourrait penser éculé. Le théâtre de boulevard et les vaudevilles l’ont largement exploité et pourtant tout n’a pas encore été exploré.

Jean-Pierre Ferrière se complait à décrire les relations Homme-femme (vous mettez le pluriel où vous voulez), et en peu de mots il croque psychologiquement ses créatures avec justesse et finesse. Point n’est besoin de longs paragraphes ennuyeux, en quelques lignes tout est décrit. Avec simplicité, fluidité et limpidité.

Ce roman se déroule au début des années soixante, ce qui lui apporte une saveur particulière. Les prolétaires roulent en 2CV ou en Dauphine, et ils découvrent des musiques nouvelles dont le jerk.


Jean-Pierre FERRIERE : Ma mort aura ton visage. Collection Rose Noir. Editions Campanile. 160 pages. 6,90€.

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 07:46

PlusJamaisCa_couv.jpg


Le 3 septembre 1939 marque un tournant dans la vie de Pierre, six ans, et sa sœur Joséphine qui elle est âgée de douze ans. Ils ne le savent pas encore mais leurs parents en sont conscients. La France et l’Angleterre viennent de déclarer la guerre à l’Allemagne qui vient d’envahir la Pologne. Quelques mois s’écoulent avant que la soldatesque allemande déferle et investi le port du Havre.

Les mois, les années passent. Le père de Pierre et de Joséphine, qui travaille à la centrale électrique décède dans un accident sur son lieu de travail. Les Havrais connaissent les privations et leur mère a bien du mal à leur trouver la nourriture nécessaire à leur survie. Les bombardements pilonnent la population et les blessés sont nombreux. Le pire est à venir.

En septembre 1944 l’avancée des Alliés se précise et l’aviation britannique pilonne la cité portuaire. Joséphine s’est engagée dans les équipes nationales et aide avec les autres volontaires les démunis, les sans abris, les victimes. Avec sa mère Pierre se réfugie dans le tunnel Jenner qui doit relier la ville basse au plateau. Mais ce n’est qu’un cul de sac car les travaux entamés en 1939 ne sont pas terminés. Les galeries s’effondrent et Pierre est l’un des rares survivants à être recensés. Sa mère sera retrouvée plus tard, morte, écrasée par l’éboulement. Mais Pierre ne l’apprendra qu’au bout de quelques jours.

Il recherche sa sœur qui en compagnie de ses camarades est réfugiée au Guillaume Tell, célèbre café du centre ville. L’édifice a été bombardé, pourtant elle essaie de retrouver des survivants. Elle aussi sera prise sous les décombres de l’incendie qui s’est déclaré et Pierre sera définitivement orphelin. Tandis qu’il s’inquiète pour sa mère et sa sœur, il assiste un chirurgien au Bois Cody, l’aidant à soigner les blessés, en cautérisant les amputés et en changeant les pansements. Et lorsque qu’il apprendra qu’il est devenu orphelin, c’est tout naturellement que le chirurgien l’adoptera avec l’accord de sa femme et du gamin.

En novembre 2012, l’ex-commissaire Hyacinthe Téodovna, devenue agent de sécurité dans un supermarché du quartier de l’Eure, quartier sensible depuis des décennies, est alertée par une caissière. Une cliente vient de s’effondrer devant sa caisse. La vieille dame rapidement secourue avoue avoir eu un malaise car son fils est décédé quelques jours auparavant. Hospitalisé à l’hôpital Pierre-Janet dans une unité de soin d’office carcérale, il s’est suicidé en se pendant à l’aide de ses draps. Elle a assisté à l’enterrement mais n’a pu voir le corps de son fils.

Hyacinthe habite chez son amie Sabine, médecin légiste. Enfin pas chez elle vraiment mais dans une dépendance de sa propriété, tout comme leur autre amie Célia. Les trois femmes s’entendent bien, mangent chez l’une ou chez l’autre selon l’occasion, et se racontent leurs petites histoires. Mais Hyacinthe et Célia évitent de parler d’un passé un peu trop douloureux. C’est ainsi que Sabine se retrouve avec un cadavre sur les bras, celui d’un accidenté de la route. L’homme, qui était nu, s’est jeté sur une voiture en pleine nuit. Mais les blessures qu’il porte ne sont pas toutes dues à l’accident. Or, en comparant les deux affaires, il semblerait que le détenu et l’accidenté soit le même personnage. Ce qui intrigue Hyacinthe, qui si elle ne fait plus partie de la police, n’en a pas moins gardé son esprit d’investigatrice et d’enquêteuse. Les trois femmes vont unir leurs efforts pour résoudre cette énigme aidée un petit génie informaticien qui peut bidouiller dans n’importe quel ordinateur.

 

Autant l’avouer tout de suite, si j’ai bien aimé ce roman, c’est d’abord par ses qualités mais aussi parce qu’il m’a ramené plus de soixante ans en arrière, lorsque j’habitais la commune de Sanvic, située sur les hauteurs du Havre et qui fut commune indépendante jusqu’en 1955 et que j’ai fréquenté, nul n’est parfait, l’église Saint-Denis, qui n’est pas une petite église mais ressemble, dans mes souvenirs à une cathédrale.

Les deux histoires, celle d’hier avec Pierre, et celle d’aujourd’hui avec ce personnage qui meurt deux fois en des endroits différents, s’entremêlent pour se rejoindre dans un final qui ne manque pas de suspense et d’angoisse. Evidemment la partie historique, celle de la guerre et des ravages causés par les bombardements prend une grande place dans cette intrigue, mais les fils sont lâches, distendus et pourrait faire l’objet d’un roman à elle seule.

Hyacinthe est une femme au profit particulier et son passé ne plaide pas en sa faveur, d’ailleurs c’est pour cela qu’elle a été mise en disponibilité. Mais elle possède néanmoins un certain charme, une présence, un charisme comme il est bon de dire actuellement, qui ne laisse pas indifférent le lecteur. Elle a un chien, Broc, normal dans sa profession, mais aussi Youri, un iguane que l’on voit trop peu rarement.

L’auteur marie à souhait et avec machiavélisme passé et présent et on se laisse embarquer dans son récit qui navigue entre hier er aujourd’hui sans casser le rythme. On suit avec plaisir les différents protagonistes en se demandant quand et comment ils vont se rejoindre. Et c’est réussi. Il est seulement dommage qu’Aude Lhôtelais sacrifie à une mode, celle de l’érotisme, et ces quelques courts passages me semblent superfétatoires. Ils sont décrits d’une façon clinique alors qu’en procédant avec poésie cela eut été plus en harmonie avec le texte, lui apportant des moments de détente.

Nonobstant ce petit bémol, le roman d’Aude Lhôtelais est un formidable voyage tragique dans une ville qui fut sinistrée et dont l’architecture réalisée par Auguste Perret à la fin de la guerre est aujourd’hui classée au patrimoine de l’Unesco. La reconstitution est époustouflante et l’on suit Pierre dans ses diverses péripéties avec intérêt. La suite emprunte à un roman policier classique, même si les éléments qui gravitent autour relèvent du thriller, et plus particulièrement du thriller médical. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que toute forme de recherche scientifique salutaire ne peut se faire sans une dose d’extrapolation schizophrénique.

 

Mais Aude Lhôtelais manie également l’humour noir. Par exemple cet épisode qui relève de la tragicomédie : le cadavre d’une femme à la morphologie imposante ne peut entre dans le scanner de l’Institut Médicolégal à des fins d’autopsie. Aussi il est fait appel à l’Ecole Vétérinaire de Maisons-Alfort dont les services possèdent un appareillage permettant d’autopsier les gros animaux !


Aude LHÔTELAIS : Plus jamais ça ! Collection Polars en nord. Editions Ravet-Anceau. 288 pages. 11,50€.

 

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 13:27

Bon Anniversaire à Jack Higgins né le 27 juillet 1929.

 

cornouailles.jpg


Une mission à peine terminée, Craig Osborne est à nouveau sur le pied de guerre. Et c’est bien de guerre dont il s’agit puisque nous sommes en 1944 et que les Forces Alliées préparent activement le Débarquement. Une opération périlleuse, secrète, en trompe l’œil.

Les Allemands se doutent de la prochaine offensive, seul reste à définir le point stratégique. Dans les états-majors de la SOE anglaise et de l’OSS américaine, tout le monde s’active. Il faut d’abord faire croire à l’ennemi que le débarquement aura lieu sur les plages du Pas de Calais, tandis que les Alliés doivent impérativement connaître les dessous du fameux Mur de l’Atlantique.

Craig, qui vient d’abattre en Bretagne le général SS Dietrich, est blessé au cours de sa fuite. Recueilli par la jeune et jolie Anne-Marie qui le soigne, il peut rejoindre l’Angleterre.

Etrange personnage qu’Anne-Marie Trevaunce qui avec sa tante, la comtesse Hortense de Voincourt, joue un double-jeu dangereux. Tout en collaborant avec l’ennemi, les deux femmes aident les résistants de la région.

A peine de retour en Angleterre, Craig Osborne doit repartir pour la Bretagne car Rommel va présider une conférence qui aura lieu justement au château de Voincourt, avec dans ses bagages les plans du système de défense du mur de l’Atlantique. Craig est aidé par des hommes et du matériel d’origine allemande. Mais Anne-Marie est présumée morte au cours d’un voyage à Paris et il faut lui trouver une remplaçante. Commence alors une partie de dupes. Tout est tronqué depuis le début. Chacun des participants porte un masque et il est difficile de séparer la vérité du mensonge.

Maître à bord après Dieu, Dougal Munro est le responsable de la SOE, Special Operation Executive, Section D, surnommée service des coups fourrés. Munro joue avec ses hommes comme s’il ne s’agissait que de simples pantins. Il tire les ficelles, les amenant là où il veut, tout en prévoyant leurs réactions. Il n’hésite pas non plus à en sacrifier pour ce qu’il considère être la bonne cause. Mais Munro n’est qu’un homme après tout, et parfois il peut se tromper ou les ficelles casser.

Situé entre le thriller et le roman d’espionnage, Opération Cornouailles est le roman d’aventures type. Un genre dans lequel Jack Higgins est passé maître. Souvenez-vous : Un aigle s’est envolé ou La nuit des loups. Son histoire compliquée à souhait n’est pourtant que la relation de ce qu’aurait pu être l’un des épisodes secrets de la Seconde Guerre Mondiale. De ce qui aurait pu, ou a été, allez donc savoir avec ce diable de conteur.

De son vrai nom Harry Patterson, Jack Higgins a également signé sous les pseudonymes de Martin Fallon, Hugh Marlowe et James Graham.

En France on peut trouver ses romans sous ses divers pseudonymes chez Robert Laffont dans la collection L’Agent Secret (Martin Fallon), au Masque ou à la Série Noire (Harry Patterson), aux Presses de la Cité (James Graham).


Jack HIGGINS : Opération Cornouailles. (Cold Harbour – 1990. Traduction de Françoise et Guy Casaril) Albin Michel. Février 1991. 300 pages.


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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 09:09

tresor-staline.jpg

 

 

Un vieux château transformé en hôtel, le château de Caillet entouré d’un grand parc, implanté dans le Val d’Oise et facilement accessible de Paris, tel est le Rêvotel, géré par Marc-Georges Benadur.

En fait cette demeure appartenait à Marlène de la Fédoyère, mais des revers d’argent l’ont obligée à se séparer du domaine, contre compensation, évidemment. Le nouveau propriétaire est Robert Lesage, vénérable truand jamais arrêté mais fiché auprès des services de police et Marlène s’est mariée avec Benadur, gardant ainsi une main sur son ex demeure.

Si Kléber, le vieil homme à tout faire, est resté parce qu’il ne savait pas où aller, Gaby la vieille servante a préféré quitter les lieux et se réfugier dans les bois environnants. L’hôtel accueille une clientèle variée, issue de tous horizons, dont des familles comme ce père accompagné de ses deux filles et de son ami, des amoureux en goguette et l’expression l’amour rend aveugle est parfaitement justifiée dans ce cas, des chercheurs, des membres du Besef (Bloc éthique des entrepreneurs français) en séminaire, des membres du CRAC 40, des touristes Russes venus pour des raisons bien particulières, raisons qui se greffent sur l’exposition internationale de Paris en 1937 et ses suites et qui ont bien connu Lesage vingt ans auparavant.

Non invités mais qui font partie intégrante du paysage, deux individus louches qui n’hésitent pas à supprimer les curieux qui les dérangent dans leur travail de recherches. Tout ce petit monde se croise, se reconnait vaguement, se dissimule, fait semblant, s’emberlificote, recherche la paix, un trésor ou comment faire encore plus de profit. En toile de fond la fameuse glacière de Staline dont Marlène est si fière. Et lorsqu’un Russe a perdu son alter égo, l’ambiance dégénère, surtout quand des sangliers s’invitent à la visite du parc. Un mâle édenté, surnommé Attila, est pris en chasse afin d’occuper les esprits et démontrer que certains des participants à la curée savent se servir d’une arme, seulement dans les entrailles du solitaire est retrouvée la carte d’accréditation du Russe disparu.

En prenant pour base de son intrigue des faits réels dont la découverte en 2004 dans la glacière d’un château du Val d’Oise des reliques des massifs qui ornaient l’entrée du pavillon soviétique lors de la fameuse exposition universelle de 1937, Gérard Streiff nous propose une fiction dont le début et l’épilogue ne dépassent pas vingt quatre heures. Un épilogue qui se clôt en un véritable bouquet infernal. Tous les participants à cette tragédie comique sont plus ou moins farfelus, à tout le moins atypiques, dignes des films noirs de Georges Lautner et Michel Audiard dont Les tontons flingueurs en sont le fleuron.


Gérard STREIFF : Le trésor de Staline. Collection Forcément Noir, éditions Krakoen. 2010. 190 pages. 10,20€. Existe en version numérique à 3,00€.

 

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 12:26

Petiot de nom, Petiot dans la conscience !

 

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Lorsqu’en ce mois d’avril 1946, le jeune gardien de prison Pierre entame sa première nuit de garde, il est fier et intimidé. Il a été affecté au quartier 7 et plus particulièrement à la surveillance de la cellule 7. Cela ne fait qu’un an qu’il est devenu surveillant et il n’a pas bénéficié de formation à proprement dit. Il a appris sur le tas, or la tâche qui l’attend n’est pas vraiment de tout repos. Le prisonnier dont il est en charge est promis à la guillotine et il serait mal venu qu’il s’échappât ou se suicidât.

Ce prisonnier qui fait l’objet d’autant d’attention n’est autre que le docteur Petiot. Soir après soir s’engage entre les deux hommes un dialogue et Pierre est fortement intéressé par ce que lui narre le célèbre toubib accusé de vingt-six assassinats mais qui en revendique soixante-trois.

Petiot n’est pas du tout d’accord avec les juges et les journalistes, se défendant d’avoir perpétré des meurtres sur des innocents. Il affirme avoir servi dans la Résistance en créant son propre réseau et ses victimes n’étaient que des nazis ou des collaborateurs. Pierre écoute les déclarations du médecin, cherchant à démêler le vrai du faux mais surtout il est fasciné par cette logorrhée. En effet Petiot ne se contente pas de se défendre, il entreprend de raconter quelques histoires mettant en cause des médicastres ayant eu maille à partir avec la justice aux XIXe siècle et début du XXe.

Parmi les mobiles récurrents des meurtriers, l’argent et l’amour arrivent en tête. Petiot connait les histoires de ses confrères meurtriers sur le bout de son scalpel et Pierre est stupéfait et captivé par ces récits, quémandant parfois des explications, ou s’insurgeant. La première affaire évoquée est celle du docteur Edmond de la Pommerais. L’homme de l’art est un envieux et il veut accéder le plus rapidement possible à la fortune et à la reconnaissance. C’est dans ce but qu’il se marie. La mère de la future épouse est réticente mais de la Pommerais produit devant le notaire des actions empruntées à un ami. Sa femme est fortunée, mais le patrimoine fond rapidement entre les mains du toubib qui a alors recourt à un système d’assurances-vie. Il prend en même temps une maîtresse. Commence alors un engrenage infernal et il accumule les assurances-vie et bien entendu les meurtres. Il empoissonne ses victimes à l’aide de produits qui sont théoriquement indétectables à l’époque et dont il connait les effets, étant homéopathe.

Pierre s’intéresse au cas Petiot en épluchant les journaux, et il démontre qu’il est au courant de tous les méfais dont son prisonnier est accusé. Il sait même que Petiot avait oublié de payer ses impôts. Ce qui lui vaut cette répartie : J’avais déclaré le dixième de ce que j’avais gagné, ce qui prouve que je suis français… J’allais tout de même pas être le seul con à ne pas frauder le fisc… Car Petiot est un cynique et il ne s’en cache pas.

Le docteur Palmer était un accro aux jeux et aux paris, les dettes s’ensuivent et le meilleur moyen de les honorer est d’envoyer ad patres les créanciers. Théodore Durant, un Canadien, ne vit que pour le sexe. Afin d’échapper à ses pulsions, il adhère aux idées rigoristes des baptistes et il est soumis à un régime sévère d’abstinence. Seulement il est nommé assistant à l’école du dimanche et il se retrouve environné d’une ribambelle de jeunes filles. Il succombe à la tentation et va assassiner peu à peu ses élèves ou leurs jeunes institutrices qui se débattent lorsqu’il veut leur démontrer sa virilité trop longtemps contenue.

Le docteur Bancal se suicide avec sa maîtresse par amour. Enfin, il essaie de tuer sa maîtresse et veut se suicider après. Mais son plan ne fonctionne pas comme il l’aurait souhaité. Le docteur Castaing s’amourache d’une veuve âgée de dix ans de plus que lui et qui possède déjà trois enfants. Comme il est jeune et plein d’allant il lui en fait deux autres. Seulement il est pauvre et il faut nourrir tout ce petit monde. Alors afin d’assainir ses finances il va empoisonner ses voisins, peut-être pas le père, la père et l’oncle qui seraient décédés de mort naturelle en quelques mois, mais le hasard fait bien les choses. Aussi il s’intéresse à l’héritage des deux fils et s’arrange pour le capter.

Petiot continue ainsi à narrer les méfaits de ses confrères meurtriers tout en digressant sur l’opportunité de fréquenter les prostituées, quoique Marthe Richard vient de décréter la fermeture des maisons closes. Car les prostituées, selon lui, sont plus enclines à assouvir les sens des hommes par des pratiques que les légitimes se refusent à effectuer.

Construit un peu sur le mode narratif des Mille et une nuits, treize histoires vraies concernant des médecins meurtriers sont enchâssées dans le récit du docteur Petiot à l’édification de son gardien. Treize histoires qui s’échelonnent au long des nuits au cours desquelles Pierre surveille son prisonnier et discute avec lui, le contredisant parfois. Ce qui nous change agréablement de l’habituelle succession sans lien des comptes-rendus d’affaires judiciaires sans âme. Le liant entre ces narrations permet de mieux aborder la face mystérieuse du docteur Petiot et de comprendre ses affabulations ou ce qu’il avance comme arguments pour établir sa défense.

Les titres des chapitres sont également savoureux et sont placés sous le signe de l’ornithologie : Le moineau et le grand-duc, Le geai paré de plumes de paon, Petit-à-petit l’oiseau fait son nid, Le ménage va mal quand la poule chante plus haut que le coq, On ne peut pas empêcher les oiseaux de malheur de voler au dessus de nos têtes, Coq en pâte, Vieux corbeaux… autant de références qui amènent à penser que Pierre, et le lecteur, ne sont pas des pigeons.


A lire du même auteur : Si ce sont des hommes... , Les empoisonneurs, 13 affaires criminelles, Les trains du crime.

Serge JANOUIN-BENANTI : 13 médecins criminels. Docteur Petiot et Cie. Editions L’Apart. 376 pages. 20,00€.

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