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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 09:06

Bon anniversaire à Tonino Benacquista né le 1er septembre 1961.

 

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Et j'en profite pour préciser que ce roman a bénéficié d'une réimpression il y a quelques années et mettre en ligne une chronique que j’avais effectuée lors de sa parution fin 1992.

Au petit matin, Antoine est fort marri. Fini la fête, les petits fours et les verres de champagne. Il faut penser à aller se coucher. Mais Antoine n’est pas un fêtard ordinaire, il fait partie de la petit confrérie des parasites, des pique-assiettes professionnels qui s’invitent impunément dans les inaugurations, les réceptions et autres cocktails, se sustentant aux buffets garnis, ne possédant pas assez d’argent pour se payer un sandwich à la première brasserie venue.

Avec son copain Bertrand, surnommé Mister Laurence, il écume durant la nuit, les ouvertures de restaurants, les cérémonies, les soirées privées, se débrouillant pour obtenir un carton d’invitation, vrai ou faux, resquillant auprès des hôtesses, ou endossant sans vergogne la qualité de journaliste. Ces ingérences dans ces agapes ne sont pas toujours bien acceptées et Antoine s’est fait quelques ennemis, dont Gérard le portier-videur du Café-Moderne.

Un soir, alors qu’il s’empiffre gaillardement devant un somptueux buffet en compagnie de son pote Bertrand, l’accès ayant été facilité par la recommandation d’un certain Jordan, un nom-sésame, Antoine est invité un peu brutalement à rencontrer le maître de maison. Celui-ci garde Bertrand en otage, confiant le soin à Antoine de retrouver le nommé Jordan qu’il cherche depuis des mois. Débute une longue ballade en forme de cauchemar dans le Paris des fêtards, à la recherche du fameux Jordan, spécialiste du Bloody-Mary. Ce noctambule au faciès cadavérique laisse des traces derrière son passage, des traces indélébiles entre le cou et l’omoplate, sous forme de morsures. Les morsures de l’aube qui peuvent entraîner les morts sûres de l’aube quoique les protagonistes ne soient pas des premiers communiants.

De l’ébauche du vampirisme évoqué dans La comédia des ratés, son précédent roman paru à la Série Noire, aux Morsures de l’aube dans lequel l’expression mordre la vie à pleines dents prend une signification à double-sens, Tonino Benacquista joue sur le fil du surréalisme tout en restant dans le domaine du quotidien plausible. L’auteur de Epinglé comme une pin-up dans un placard de G.I., bluette parue en 1985 au Fleuve Noir, a bien progressé depuis ses débuts, quoique ce titre à rallonge était déjà prometteur et au dessus du lot de la production de cette maison d’édition populaire qui recherchait de nouveaux talents.

Mais depuis ses deux derniers romans, il s’engage résolument dans une voie à haut risque, en flirtant avec le fantastique, le vampirisme, sans jamais sombrer dans l’invraisemblable. Ses héros-quidam, qui à chaque fois se prénomment Antoine ou Tonio, rappellent au lecteur que l’auteur prend pour base de départ une expérience vécue, laissant courir son imagination au service d’une histoire. Des êtres torturés, sensibles, déchirés, reflet inconscient de Tonino Benacquista.

Sa maîtrise dans la construction de l’intrigue, alliée à une écriture fouillée, sans concession, et qui ne cesse de s’améliorer, lui ont valu le Grand Prix de littérature Policière et par deux fois le Prix 813. Mais les prix ne sont que des tremplins auprès des lecteurs, et comme Tonino Benacquista excelle dans la pirouette littéraire, il devrait s’élever encore un peu plus et mériter l’attention de tous et non plus que d’un aréopage d’inconditionnels du polar.

Comme je l’avais précisé en prologue, cet article a été écrit en 1992 et depuis ce dont j’augurais s’est réalisé.


Curiosa :

Ce roman aurait paraître en 1989 dans une version allégée aux éditions Patrick Siry, sous le titre Le fruit de vos entrailles et sous le pseudonyme de Marco Talma.


Tonino BENACQUISTA : Les morsures de l’aube. Rivages Noir n° 143. Editions Rivages. Novembre 1992. 224 pages.

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 12:23

Bon anniversaire à Noël Simsolo né le 31 août 1944.

 

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Des décès par overdose se succèdent à Lille: tout d'abord un jeune toxicomane sans domicile fixe, puis Séverine, une adolescente qui tapinait occasionnellement afin de se procurer sa dose. Le médecin légiste décèle du ciment dans la substance.

Kawiecwik, dit Kavec, grand-reporter de retour de l'étranger, n'a plus envie de bourlinguer. D'autant que Pénaboux, un fasciste, a pris les rênes du canard entre temps. A l'instigation de Michel Maure, son ami et rédacteur en chef du journal et Pénaboux, il se rend à Lille.

L'inspecteur Schneider enquête sur ces meurtres, auxquels il faut bientôt ajouter une troisième victime, Yasmin, prostituée elle aussi. Les pistes convergent vers Corto, un dealer qui passe la drogue de Belgique en France. Corto qui aimait Séverine se suicide. Décidée à se venger, la mère de Séverine tue Valzin, un vieux truand sur la brèche, que Schneider avait l'intention d'interroger. Schneider et son adjoint Croquet demandent à Joachim, un écrivain de romans policiers fouineur, de les aider dans leurs investigations.

Kavec rencontre Frédéric, le directeur d'une société qui appartient à Pénaboux, puis David Boulieu, un ex-gauchiste comme lui maintenant affilié au PS. Il sent qu'on veut le manipuler ou qu'il dérange. La drogue trafiquée provoque une nouvelle victime : un chef d'orchestre dont l'intendant s'était ravitaillé en ville. La police organise une immense rafle à la chasse de clochards, dealers, junkies et prostituées, parmi lesquelles Marie qui servait d'intermédiaire entre Corto et ses revendeurs.

Reprenant les thèmes de la ville pourrie, et du tueur fou, Canino, un alias qui a du chien, nous délivre un roman qui prête plus à sourire qu'à pleurer. Une accumulation de mélos dans un roman démagogique qui se veut noir, dénonciateur, moralisateur. Kavec, au passé d'extrême gauche, entretient envers les forces de l'ordre une inimitié profonde, mais caractériel, il se montre encore plus violent que les policiers dont il abhorre pourtant les méthodes.

Le personnage de Joachim, écrivain, collectionneur de vieux livres, cinéphile, portant une écharpe blanche, buvant du Jack Daniels, pourrait être une extrapolation de l'auteur.

W. A. Polar, dans le numéro 8 de la revue Polar, avance l'identité de Jean Edern Hallier, avec l'humour qui lui est particulier. Or cette description me rappelle étrangement un auteur de romans noirs et cinéphile: Noël Simsolo, qui, fait étrange, a été chargé de mission à la culture pour une manifestation à Lille. La chasse au pseudonyme n’est plus lancée, car il s’agit bien de Noël Simsolo qui empruntera ce pseudonyme pour deux romans.


CANINO: Mort blanche. Crime-Fleuve Noir n°33. Fleuve Noir. Octobre 1992. 224 pages.

 

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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 16:08

Il y a le ciel, le soleil et la mer...

 

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Il y a aussi des estivants, des résidants à l'année, des marchands ambulants à la sauvette.

Momo est l'un des ces jeunes qui se trimballent d'un bout à l'autre de la plage, avec des foutas sur l'épaule, proposant ses serviettes de bain aux baigneurs. Mais il n'a guère de succès et cela le rend morose car il sait que son père ne va pas apprécier son retour avec un porte-monnaie vide. Avec ses dix-sept ans, sa casquette, son bermuda long à fleurs et ses baskets avachies contenant de petits sachets de drogue, autre vente à la sauvette pour son compte personnel, il a fière allure Momo et les filles se retournent souvent sur son passage.

Il rencontre sur son chemin monsieur Gendry, professeur de seconde au lycée. Il ne l'apprécie guère, et c'est réciproque. Luc Gendry, malgré les résultats décevants de son élève, a appuyé son passage en classe supérieure, simplement pour ne plus l'avoir en cours l'année prochaine. Mais il est un peu spécial, Luc Gendry. Maigre, efflanqué, il reluque les gamines, et possède des tendances pédophiles et visionne lorsqu'il le peut des films pornos. Des bruits courent sur ses tendances sexuelles dans la cour de récré, mais à mots chuchotés.

Monsieur Bob, un Noir américain imposant malgré ses soixante-seize ans, veuf, installé en France car sa femme était originaire de la région, est discret sur son ancienne profession qu'il a exercée durant quarante ans. Il travaillait dans le Texas, à Huntsville, mais il n'en parle guère. Juste de petites phrases qui prêtent à confusion. Etait-ce un ancien truand qui aurait végété à l'ombre pendant quatre décennies ? Un maton qui gardait les prisonniers entassés dans le couloir de la mort ? Les avis sont partagés mais les opinions sont échangées en catimini, derrière son dos.

Monsieur Chen pratique son art de masseur chinois en surveillant les déambulations des policiers qui arpentent de temps à autre le boulevard, jetant un œil sur la plage. Les masseurs officiels se sont plaint de la concurrence illégale.

Et puis il y a Mélody. Seize ou dix-sept ans, blonde aux cheveux longs, grand sourire, yeux de biche, ravissante. Elle accompagne sa copine Douna, moins intéressante physiquement. Elles arrivent de Clermont-Ferrand, l'extrême nord pour les locaux, dans les bagages des parents de Douna. Le soleil brille dans le ciel, mais aussi sur la plage à cause de Mélody qui ne passe pas inaperçue. Aussi bien de Momo, qui l'aborde et échange quelques mots avec elle, que de Luc Gendry et de monsieur Bob. Gendry aimerait bien butiner Mélody et il enrage que Momo fasse le cacou. Car il est jaloux Gendry. Il voudrait que Mélody soit pour lui, rien que pour lui.

Mais Mélody, malgré sa jeunesse, sait ce qu'elle veut et surtout ce qu'elle ne veut pas. Et lorsque tout ce petit monde va se retrouver, on ne sait pas qui verra le bout du tunnel.

Brigitte Aubert nous a habitué à changer constamment de style, et si elle place son histoire à Cannes, ville qu'elle connait bien pour y être née et y vivre, ce n'est pas pour rien. En un trait de plume elle décrit les vacanciers, et mène ses protagonistes là où elle veut, avec une écriture dégraissée, hachée parfois, en une courte succession de mots qui plantent immédiatement le décor. Le court va bien à Brigitte Aubert qui se montre aussi à l'aise dans la nouvelle que dans les textes plus longs. Et elle est admirablement servie par les dessins en noir et blanc de Cabanes qui jouent sur le côté sombre et sur la lumière. L'un des meilleurs Petits Polars du Monde de cette série, car l'on sent que Brigitte Aubert ne s'est pas contentée de placer un texte qui trainait dans son tiroir , mais qu'elle s'est prise au jeu.


Brigitte AUBERT & Max CABANES : Boulevard du Midi. Petits Polars du Monde N° 12. 56 pages. 2,00€.

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 15:57

Allez hop, tout le monde à la campagne !

 

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Après vingt ans passés à Détroit, Arthur Scott revient dans le Kansas, accompagné de sa femme Celia et de leurs trois enfants, Elaine, l'aînée, Daniel et Evie la petite dernière qui l'est aussi physiquement. Ce n'était plus possible pour Arthur de vivre à Détroit car les émeutes raciales de cette année 1967, ainsi que les appels téléphoniques déplacés destinés à Elaine, l'ont incité à revenir au pays. Pourtant s'il avait quitté le Kansas deux décennies auparavant, c'était bien pour échapper à un secret entourant le décès de sa sœur Eve.

Alors que la petite famille entassée dans deux voitures arrive près de chez la mère d'Arthur, un incident se produit. Des rouleaux d'herbe sèche emportés par le vent franchissent la route sans regarder et sans prévenir. Celia fait une embardée et Daniel est persuadé qu'un homme a traversé la voie, mais il est bien le seul à l'avoir vu. Enfin tout le petit monde arrive chez Reesa, la mère d'Arthur, où ils s'installent provisoirement.

L'ombre d'Eve plane toujours sur la maison familiale. Evie trouve des robes neuves, jamais portées et elle aimerait les essayer. Puis des photos aussi et la ressemblance entre elle et sa tante est frappante. Si Eve est évoquée, Arthur et Celia ne lui disent pas qu'elle est morte et Evie pense qu'un jour elle fera sa connaissance. Mais ses parents sont loin de penser à ça. Les habitants de la région non plus d'ailleurs. Un détenu, Jack Mayer, s'est évadé de l'hôpital fédéral de Clark City. Or une jeune fille, Julianne Robison n'est pas rentrée chez elle. Nul doute qu'il s'agit d'un enlèvement et le coupable est tout désigné. Encore faudrait-il le retrouver.

D'autres personnes, dont le shérif Floyd Bigler, pensent que Ray, dont un œil est vitreux et regarde dans le sens opposé du bon ce qui ajoute à sa déchéance physique, serait à l'origine de cette disparition, pour ne pas dire enlèvement. Car Ray, le beau-frère d'Arthur, possède une série de casseroles derrière lui. En effet il devait se marier avec Eve. Or après le décès de celle-ci, dans des circonstances mal définies, il a épousé sa sœur Ruth.

Ce ne serait pas grave en soi. Une promise disparue, que l'homme se marie avec la sœur d'icelle, personne n'y trouverait quoi que ce soit à dire, sauf que Ray est souvent ivre, pour ne pas dire en permanence dans un état éthylique, et il bat Ruth. Arthur et Celia s'en rendent compte alors ils décident d'héberger Ruth au grand dam de Ray qui va jusqu'à la relancer à l'église. Or Ruth, elle s'en aperçoit bientôt, est enceinte. Parturiente elle l'a déjà été à deux ou trois reprises, mais les bébés ne sont jamais parvenus à terme. Probablement les mauvais traitements que Ray lui a infligé.

Daniel, le fils d'Arthur et de Celia, s'il ne réussit pas à se faire des copains à l'école, tout comme Evie d'ailleurs rejetée à cause de sa petite taille, Daniel fréquente Ian, un handicapé dont les jambes sont toutes déglinguées. Ils baguenaudent souvent ensemble dans la campagne, accompagnés parfois des frères de Ian, et c'est ainsi que Daniel apprend à tirer à la carabine. Point n'est besoin de lui montrer longtemps, c'est comme s'il avait un don.

Les semaines passent, Julianne n'est toujours pas retrouvée. John Mayer non plus. Et les incidents se multiplient chez Arthur. Olivia, la vache qu'ils ont eue à leur arrivée a des velléités de liberté, et Ray multiplie les coups de colère, venant les narguer jusque chez eux ou chez Reesa, la grand-mère, tentant de récupérer sa femme. Quand à Elaine elle s'est trouvé un ami en la personne de Jonathan, lequel rend de grands services à Arthur, et ils pensent au mariage. Ruth prépare des repas qu'elle offre à Mary et Orville les parents de Julianne. Car Mary, Eve et elle étaient amies dans leur jeunesse, cousant les robes, préparant le mariage d'Eve avec Ray. Tout semblait simple à l'époque.

 

Catalogué roman policier, Bent Road est beaucoup plus que cette appellation. Il s'agit d'une chronique rurale et l'on peut suivre à travers quelques personnages, la vie presque quotidienne d'une communauté mais surtout le retour au pays d'Arthur et de sa femme, les démêlés avec Ray, le beau-frère, ainsi que la découverte pour Elaine, Daniel et Evie de la vie à la campagne. Nés dans une ville mais en butte aux événements raciaux, ils s'immergent dans un environnement auquel ils n'ont pas été habitués. Mais le racisme est aussi présent sous une forme latente dans le Kansas et cela influe sur le comportement des habitants.

Par souci des convenances, il vaut mieux que certaines choses soient murmurées. Le mensonge, la dissimulation, les non-dits règlent la vie quotidienne des habitants qui vivent souvent en circuit fermé, habitués à se côtoyer mais à se retrancher derrière leurs petits secrets. Le prêtre est un élément important de cette communauté, édictant ses lois, la religion passant avant toute chose. C'est ainsi que le père Flannery se retranche derrière le sacrement du mariage afin d'inciter Ruth à retourner vivre avec Ray, sachant malgré tout qu'en guise de cadeau d'accueil Ruth recevra une volée.

lori.jpgUn roman naturaliste à rapprocher des œuvres de George Sand, Emile Zola, John Steinbeck, Ron Rash et quelques autres qui démontrent que la campagne sous des dehors bucoliques peut parfois s'avérer cruelle. Lori Roy est née et a été élevée au Kansas, et donc décrit ce qu'elle connait, soit pour l'avoir vécu elle-même, soit en se remémorant les discussions familiales. L'ambiance des petites bourgades, l'atmosphère feutrée ponctuée de coups de gueule, les ressentiments, les suspicions, les jalousies, la rudesse physique et morale des petits exploitants agricoles.

Ce roman a reçu le prix du meilleur roman policier (l'Edgar Award 2012) aux USA, et à mon humble avis c'est amplement mérité et justifié. Les lecteurs qui la plupart du temps sont hostiles à ce genre littéraire et qui par inadvertance ouvriront ce roman réviseront leur jugement au bout de quelques pages et ne lâcheront plus le livre avant la dernière page. Maintenant il ne reste plus à Lori Roy qu'à confirmer.

 

 

Lori ROY : Bent Road (Bent Road - 2011. Traduction de Valérie Bourgeois). Editions du Masque. 350 pages. 19,50€.

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 12:24

Dans un gant de fer...


Hommage à Frédéric H. Fajardie né le 28 août 1947.

 

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A peine rétabli dans ses fonctions de commissaire divisionnaire à la brigade criminelle, Padovani, après un séjour dans un placard pour incartades, est confronté à une série de meurtres.

Un jeune homme est retrouvé aplati comme une galette sous un bulldozer; un juge d'instruction et sa femme sont défenestrés; un collègue envers lequel il ne ressent aucune estime est abattu de trois balles dans la tête; un couple non légitime de présentateurs vedettes de la télévision s'envoient en l'air dans une chambre meublée grâce, ou à cause, d'une charge de dynamite; un fleuriste, intrigué par la présence sur les lieux du drame d'un homme ganté de velours noir, est crucifié à un arbre.

De plus Padovani est confronté à un autre problème : des individus se réclamant de la Géorgie libre et socialiste ont braqué une banque à l'aide d'un bulldozer. Le conducteur de l'engin se pend dans sa cellule. Padovani rameute ses troupes, les fidèles Hautes Etudes et Primerose, et embauche deux autres policiers. Leur passé ne plaide guère en leur faveur mais Padovani, anarchiste dans l'âme aime côtoyer ce genre de collègues indisciplinés et au cœur gros comme la main.

Tous les défunpatte-velours2.jpgts avaient un rapport plus ou moins direct avec un ministre en activité qui a su louvoyer au cours des différents changements de majorité. Une aubaine pour Padovani qui exècre les politicards. Il focalise son enquête sur les proches de l'homme d'état.

 

Après une semi retraite littéraire, Padovani nous revient toujours aussi hargneux, aussi anti conformiste qu'au cours de ses précédentes aventures. Et Frédéric Fajardie assène toujours ses coups de gueule par personnage transposé, en véritable écorché vif. Derrière le mur de cynisme érigé par Fajardie, fleurissent deux coquelicots fragiles: humour et sentimentalisme. Il nous propose des scènes dignes des meilleurs surréalistes, telle cette connivence qui s'établit dans le métro entre les voyageurs et un faux Roumain, véritable mendiant professionnel.


Frédéric H. FAJARDIE : Patte de velours. Editions de La Table de Ronde. 293 pages. Aout 1994. Réédition Collection La Petite Vermillon. Septembre 2003.

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 08:00

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Dans la chaleur étouffante de la forêt guyanaise quelques destins vont se croiser, pour le meilleur et pour le pire. Au bord du fleuve Oyapock, les villages sont blottis tandis que plus loin, dans les placers, travaillent les orpailleurs et les garimpeiros, les clandestins, qui utilisent le mercure pour séparer les particules d'or.

carbet.jpgRégina, beau nom pour une enclave dans la sylve ! Le docteur Chevalier repense à ce qui s'est déroulé la veille. Peut-être aurait-il dû agir autrement, mais il n'est pas enquêteur après tout. On est venu le chercher pour qu'il soigne le Brésilien, mais il s'est bien rendu compte que les blessures n'étaient pas dues à un simple accident. Le docteur Charpentier n'a pas pour habitude de se mêler aux affaires des autres. Il a quitté la métropole parce qu'il avait envie de connaître autre chose, de se rendre utile. Dans sa famille il est de coutume que le premier-né soit médecin, et comme il est enfant unique, il a obéi aux règles, mais en se contentant de devenir généraliste. Puis il est parti, quittant la froide métropole en pensant à une rémission. Alors il soigne et il se cuite au whisky, juste deux trois verres au bar du Caïman noir mais toujours une bouteille pleine dans son carbet.

Le bar du Caïman noir est tenu par Thomas, un affairiste véreux qui lui aussi a quitté la métropole, et depuis gère ses affaires louches tout en étant derrière le bar. Caporal Bob, un ancien légionnaire d'origine polonaise, à la cinquantaine bien conservée, lui sert d'homme de main, de garde du corps, de videur. Sofia est serveuse au Caïman noir, mais ne se contente pas de distribuer les verres. Elle loue à l'occasion ses charmes. Elle est Brésilienne, pense souvent à sa petite sœur. Son parcours de prostituée a débuté lorsqu'elle était toute jeune et elle a connu bien des vicissitudes avant d'atterrir à Régina. Frantz est un natif, un indigène, un Amérindien. Il trafique lui aussi et transporte à bord de sa pirogue des objets en fraude. Il est en relation avec Thomas. Mais en tête il n'a qu'une idée: nuire aux garimpeiros qui saccagent la faune et la flore avec leurs produits nocifs.

Mais au bar du Caïman noir, des visiteurs viennent déguster les produits locaux ou reluquer Sofia. Des Russes qui travaillent avec les experts de Kourou, des soldats qui sont là pour faire régner l'ordre et surveiller les placers. Des travailleurs aussi, souvent immigrés et sans papiers.

Alia est chercheuse, spécialiste en microbiologie, et depuis un an elle est sur place en compagnie d'autres scientifiques dont Jean-Paul qui malgré son âge, le double de celui d'Alia, n'hésiterait pas, si l'occasion se présentait, à tromper sa femme. Mais Alia le rabroue, gentiment. Son travail avant tout. Elle s'est donnée du mal pour parvenir à un statut de scientifique car son origine de beurette de banlieue ne plaidait pas en sa faveur. Elle est tenace Alia, elle sait ce qu'elle veut. A Paris, elle voyait Simon. Simon est consultant, aimant la fête, les belles fringues, jouissant de la vie sans retenue avec pourtant une faille dans le cœur. Tous les trois mois, ils dînaient ensemble, mais cela n'est jamais allé plus loin. Pourtant ils se connaissent depuis des années. Simon, comme tous les protagonistes de cette histoire qui possèdent leurs failles, leurs fractures, leurs ressentiments, issus d'un environnement social ou familial, est en lutte avec sa mère. Celle-ci est une bourgeoise femme couguar mais il ne connait pas son père. Sa mère a toujours trouvé un échappatoire pour ne pas répondre à ses questions concernant son origine. D'ailleurs sait-elle vraiment qui est son père ?

L'histoire débute le lendemain du jour où c'est arrivé. Puis brusque retour en arrière, un an, huit mois, quatre mois, six mois et ainsi de suite jusqu'au jour, le dernier chapitre, où lecteur parvient à la date ultime et fatidique, le jour où c'est arrivé.

Mais avant ce jour où c'est arrivé, l'auteur campe le décor, lregina.pnges personnages, fouillant leur passé, narrant leurs tribulations, la Guyane devenant une échappatoire ou une résurrection, les mettant peu à peu en présence les uns des autres, mais pas tous ensemble, abandonnant parfois Régina pour Paris, les faisant se côtoyer, décrivant leurs qualités et leurs défauts, quelques fois compatibles, mais pas toujours.

Si on entre de plain-pied dans ce pays, où la commune de Régina existe réellement et dont la superficie est plus grande qu'un département métropolitain, ce n'est pas pour admirer une carte postale mais pour s'imprégner des problèmes qui lui font perdre son identité ancestrale. L'appât de l'or, la convoitise des orpailleurs illégaux, défigure ce coin de terre. Les nuisances ne datent pas d'aujourd'hui.

Le candidat député est passé avec des caisses de bières er d'alcool. C'est ce qu'ils ont retenu de sa profession de foi. A les en croire, c'était écrit depuis le premier jour où le premier Blanc apporta avec lui les maladies, la frénésie de la conquête et le goût fiévreux pour le métal jaune. Frantz n'accepte pas cette fatalité. Et pas seulement parce qu'il n'est pas tout à fait comme eux, parce qu'il est le descendant d'un bâtard, fils d'une femme palikur engrossée jadis par un prêtre alsacien.

Et aujourd'hui qu'en est-il?

La boue des placers et le mercure invisible descendent vers les villages, poisons sournois entraînés par le courant. Des enfants tombent malades sans qu'on puisse déterminer avec précision la nature du mal. Des plaques sur le corps, des malformations, des taches et des yeux presque aveugles. Leurs mères leur font boire des décoctions et les transportent jusqu'au lointain centre médical. Personne n'est capable de leur dire de quel mal ils souffrent. A moins que personne ne souhaite leur dire la vérité. On évoque la fatalité et la malchance plutôt que le mercure et encore moins le cyanure que des sociétés pourtant officielle utilisent pour purifier le minerai.

Le profit sera toujours le fer de lance de la société et des gouvernements au détriment de la santé humaine et du respect de la nature. C'est ce que s'efforce de démontrer au delà de l'intrigue Denis Humbert dans son nouvel opus riche d'humanisme.

Un livre fascinant et bouleversant, pas tant pour l'épilogue que l'on attend toutefois avec impatience, que par la description des vies antérieures des protagonistes.


Denis HUMBERT: Le bar du Caïman noir. Editions Presses de la Cité. 284 pages. 19,00€.

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 12:14

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Cela fait la une des journaux, des magazines, cela se transmet de bouche à oreilles, mais quoi donc? Le retour d'Antoine de Caunes au Grand Journal de Canal+ est annoncé partout ! Alors, pourquoi ne pas évoquer l'une des activités, à laquelle il aura sacrifié le temps de quelques romans, celle de romancier.

Parodie du roman policier américain, on retrouve dans ce C'est Beau mais c'est triste qui met en scène le personnage de Sam Murchison, lequel évoluait déjà dans C'est beau mais c'est chaud (même éditeur, en 1990. On sent comme une influence de San Antonio et le style narratif est plaisant même si cela ne confine pas au chef d'œuvre. Cela se lit comme une récréation, histoire de se changer les idées et de prendre du bon temps.

Sam Murchison, détective privé à New-York, sorte de Mike Hammer antifasciste (non, c'est une mauvaise image), plutôt de Philip Marlowe sentimental, découvre son ami Joe dans un bien triste état. Mort, pendu comme une vulgaire carcasse de viande chez le boucher, pieds et mains coupés. Dans la consigne de Grand Central Station qui servait de coffre-fort à Joe, Sam trouve, outre les affaires habituelles, un billet d'avion aller-retour New-York/Paris, un carnet d'adresse, et une bouteille de vin datant de 1942 à l'étiquette un peu spéciale, rédigé moitié en français moiti‚ en allemand.

A Paris Sam retrouve son copain Antoine de Caunes lui-même, présentateur vedette et bouffon d'une émission télévisée culinaire, sorte de Jean-Pierre Coffe.

Coups tordus, échanges de pruneaux indigestes, jolies filles pas farouches, réparties caustiques, tout les poncifs sont accumulés et pourtant ça se lit avec jubilation. D'autant qu'Antoine de Caunes n'est pas toujours très tendre avec les personnages réels évoqués dans ce roman narré par Sam, lui-même étant une sorte de faire-valoir.


Antoine de CAUNES : C'est beau mais c'est triste. Editions Fleuve Noir. Octobre 1998. 276 pages.

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 14:39

A table !

 

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Vous ne pouvez vous rendre compte à quel point la perte d'une mère peut désemparer un grand enfant qui a toujours dépendu de sa génitrice. Gilbert Joussin par exemple, obèse, solitaire, qui a recours deux fois par mois à des professionnelles du sexe pour assouvir sa libido, avec l'argent que sa mère lui donnait, le compte exact. Mais s'il est désemparé, c'est parce que sa mère s'occupait de tout. Elle faisait les courses et lui préparait à manger. Il n'avait qu'à se rendre sur son lieu de travail, une quincaillerie, et à se laisser vivre. A écouter aussi les objurgations de sa mère qui n'arrêtait pas de lui recommander de cacher ses grandes dents pointues, à bien se nettoyer les ongles, et de se méfier des tâches sur ses vêtements, de ne pas se faire remarquer en un mot.

Maman est décédée et il est désorienté. Alors qu'il est en proie à des pensées moroses, la sonnette de la porte d'entrée retentit. Une jolie jeune femme répondant au nom de Ghislaine Dorval déclare qu'elle a vu le corbillard devant chez lui le matin, et comme elle habite dans la même rue, elle est venue afin de le réconforter et lui préparer à manger. Il est vrai qu'il n'a pas belle apparence Gilbert Joussin, lui qui avait été surnommé Face de lune par ses copains d'école. Elle s'impose et ouvre le réfrigérateur afin de trouver quelques denrées à cuisiner et manque tomber dans les pommes. Quelle drôle d'idée aussi que d'entreposer un pied humain.

Remise de ses émotions Ghislaine s'incruste et conduit même Gilbert dans sa chambre à coucher. Après avoir longuement mélanger leurs membres, c'est l'heure de la discussion. Ghislaine est infirmière et des cadavres, elle en côtoie assez pour ne plus en faire cas. Elle le quitte, mais pas pour longtemps. Dans la journée du lendemain il se prépare son pied en ragoût qu'il avale gloutonnement. Mais si la cave est fournie en vin, les provisions de cochon blanc, comme disait sa mère, vont commencer à manquer et il va falloir trouver une solution. Il est dérangé dans ses pensées par des bruits de motos. Il s'affole. Serait-ce des policiers? Non, tout simplement des jeunes gens genre punk qui le narguent et déposent dans sa boîte aux lettres un message déconcertant: Nous avons la marchandise qui t'intéresse... Ce n'est pas tant la teneur de ce petit mot qui le perturbe, mais bien d'apprendre que d'autres personnes connaissent ses besoins et sa maladie.

Ghislaine, bonne pâte, se propose, comme elle est infirmière, de lui fournir des denrées, périssables évidemment. Elle a des accointances avec un médecin légiste aussi cela ne devrait pas poser de problèmes. Nonobstant, Gilbert n'est pas rassuré. Pourquoi sa voisine d'en face, une quinquagénaire encore appétissante, est toujours en train de le surveiller? Et les motards, pourquoi lui ont-ils laissé un mot? C'est dur de pouvoir manger à sa faim sans attirer les regards des autres.

Si cette lecture pourrait se montrer peu ragoutante au premier abord, le lecteur plonge dans cette histoire et sans s'en rendre compte la dévore. Un humour noir pimente cette intrigue qui, je n'irai pas jusqu'à écrire fait saliver, mais est assez deuxième degré pour que l'on se paie une bonne dose roborative de détente.

Le volume contient en outre onze nouvelles qui pour la plupart ont été publiées dès l'aube des années soixante-dix dans de petites revues qui, sans vouloir être vexant, furent assez confidentielles. Comme La mort dans un verre vide, parue dans Lunatique N°6 en 1971 et signée Jean-Pol Laselle, l'un des pseudonymes utilisés par Brice Tarvel à ses débuts. Cette nouvelle met en scène, comme souvent dans l'œuvre de Tarvel, un enfant. Son institutrice a demandé aux élèves d'apporter un objet original. Il est fier d'avoir trouvé quelque chose mais son père n'aurait peut-être pas dû placer cet objet sur l'armoire. C'était trop tentant.

La petite fille dans le cimetièredate de 1983, parue dans Le Chat Murr N°5 sous le nom de Nicolas Olsagne. Clotilde est une gamine qui a été placée dans une famille d'accueil, mais elle est considérée comme une servante. Il n'y a pas d'amour ou d'affection de la part des Blanchardin, et elle le leur rend bien. Une Cendrillon moderne. Sa mère décédée lui manque et elle se rend dans le cimetière, un couteau à la main, dans un but bien précis. Une nouvelle à chute comme aimait à les écrire Fredric Brown et les connaisseurs apprécieront.

Si ces nouvelles ont été réécrites à l'occasion de la parution dans ce présent volume, figurent également des inédits comme Ce lac aux eaux si froides. Audrey est illustratrice. Longtemps elle a dessiné des motifs pour papiers peints mais elle a eu l'occasion de se reconvertir pour signer des couvertures de livres. Elle vient de s'installer avec sa fille de cinq ans à Epinal, un retour aux sources. Son petit chien étant décédé brutalement, sans prévenir, elle se rend dans une animalerie avec Héloïse. Faut-il s'étonner qu'elle retrouve une ancienne camarade, quoi que le mot soit un peu exagéré, de classe ? Lucine est restée de forte corpulence, un peu hommasse. A l'école elle multipliait les blagues douteuses comme accrocher un poisson pourri lors du 1er avril, ou remplir le cartable de la maîtresse d'une douzaine de têtes de poules tranchées. Il est vrai qu'elle n'avait qu'à se servir son père étant aviculteur. Lucine offre deux petites souris à Héloïse puis s'incruste chez Audrey. Audrey a un pressentiment, surtout lorsque Lucine l'invite chez elle, dans son élevage à quelques kilomètres de la ville. Elle se serait bien passé de ce séjour mais Héloïse a l'air si contente ! Frissons assurés avec une fin ouverte, comme si Brice Tarvel avait l'intention de cannibaliser cette histoire, c'est à dire de la développer et d'en faire un roman.

Un régal d'humour noir, fin, subtil parfois, même les scènes dans lesquelles Gilbert Joussin montre son appétence d'anthropophage. Dans certains romans noirs, les scènes de violence, de torture sont plus explicites, insoutenables et développent plus d'horreur que dans ce roman. C'est en quelque sorte une récréation apéritive.

Le lecteur peut retrouver Gilbert Joussin dans Le bal des iguanes.  ainsi que mon portrait de Brice Tarvel.
Brice TARVEL: La chair sous les ongles. Collection Noire N°51. Editions Rivière Blanche. 284 pages. 20,00€.

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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 12:39

 

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Jolie-planete1.jpgAttention, un titre peut en cacher un autre. En effet, en 1987, les éditions Fleuve Noir publiaient un titre homonyme dans la collection Anticipation sous le numéro 1556, signé Christopher Stork, pseudonyme de Stéphane Jourat qui signa aussi, seul ou en collaboration, sous les alias de Jérôme Belleau, Christopher Stork, Stève Stork, Marc Avril, Marc Revest, Michel Saint-Loup. D’où une certaine confusion dans laquelle le site Noosfère est tombée, attribuant le roman de Jacques Hoven, présenté ici, à Christopher Stork, ce qui pourrait laisser supposer une réédition.

Le héros de cette histoire est un ancien ESOE, titre ronflant pour un Explorateur Sensitif d’Outre-Espace. Il possède le sixième sens, celui de la télépathie, et c’est pour cela qu’il avait été embauché dans la Fonction Publique Sidérale. Mais à cause d’une grosse boulette il a été révoqué, sa femme l’a mis dehors, et depuis il s’est reconverti comme détective privé au sein de la Spatial Détective Investigation, en tant qu’exo-sexologue. Un métier comme un autre, il faut bien gagner sa vie. Il est chargé par son nouveau patron d’aller sur une petite planète et d’enquêter afin de déterminer si elle est accueillante et si ses éventuels habitants sont prêts et disponibles pour recevoir des touristes.

Après un voyage éprouvant dans un cargo de l’espace, le Magellan, commandé par le capitaine Zorba, notre exo-sexologue se retrouve sur une plage de la planète Wahit. Un soulagement pour notre explorateur qui a été obligé de partager sa cabine avec un Rigélien, lequel se satisfaisait charnellement seul, perturbant son sommeil. Wahit se révèle un véritable petit paradis sans âme qui vive, jusqu’au jour, le troisième en réalité, où son sens télépathe se met en route. Il entend des voix, mais n’aperçoit personne. Seul ? Seul ? Seul ? sont répétées ces questions qui appellent une réponse, mais laquelle et à qui ?

Puis se sont des litanies, en forme de commandements, qui lui polluent le cerveau. Genre : « L’amour pluriel tu ne feras, que toujours seul, uniquement… ». Ce genre d’énigme a pour le don d’énerver notre explorateur jusqu’au moment où parcourant la forêt il tombe nez à nez, façon de parler, avec deux espèces de larves arboricoles, sorte de boudins blancs avec de légères excroissances, qui se carapatent à l’aide de mini-montgolfières. Le narrateur est bien décidé à rejoindre à bord de son canot aéronautique la première navette ou cargo aérospatial qui passe à proximité, lorsqu’il entend des Bip, Bip, comme dans les dessins animés de la Warner mettant en scène Bip-Bip et Vil Coyote.

Mais ceux-là, c'est-à-dire les sons qu’il entend dans sa tête, sont nettement plus harmonieux, joyeux, comme un appel de jeune fille énamourée. Et ce qu’il découvre alanguie sur une crête rocheuse le laisse « figé sur place, jambe droite à demi levée en avant, à la manière d’un épagneul qui déguste, dans une vibrante immobilité après une longue traque, une vision de perdrix dans l’exact prolongement de sa truffe ».

Il n’en croit pas ses yeux et tombe amoureux de cette belle androgyne peu farouche. Et apparemment ce sentiment est réciproque et partagé. Fill, ainsi se prénomme-t-elle, veut absolument lui présenter Trois. Et voilà notre missionnaire du tourisme embarqué dans une drôle d’histoire, drôle pour le lecteur, mais pas pour lui.

Ce roman qui n’a que peu de relations avec la science fiction, sauf quelques petites parties techniques et l’extrapolation dans le temps et les voyages intergalactiques, se rapproche plus du fantastique léger, du conte merveilleux et philosophique. Les scènes cocasses se multiplient ainsi que les quiproquos, dont naturellement le narrateur fait les frais. Je ne m’étendrai pas sur le sujet (façon d’écrire !) mais sachez que libertinage, amours galantes, systèmes de reproduction innovants, tissent la trame de ce roman dans lequel le narrateur reste englué avec sa vision judéo-chrétienne de l’amour charnel.


Jacques HOVEN : Une si jolie petite planète. Rivière Blanche N° 2066. 168 pages. 16,00€.

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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 08:03

Hommage à Howard Philips Lovecraft, né le 20 août 1890.

 

night-ocean.jpg


Le nom de Howard Philips Lovecraft est indissolublement lié à celui de Cthulhu et autres monstres issus de divinités malignes. Pourtant son œuvre n’est pas essentiellement composée à partir de ces créations qui marquèrent sa production littéraire.

Pour preuve ce recueil de nouvelles intitulé Night Ocean, titre éponyme de la première de ces nouvelles mais aussi la plus longue.

L’intérêt de ces courts récits, souvent de jeunesse, est important car il éclaire l’œuvre lovecraftienne. Et l’intérêt est double puisqu’il permet de découvrir que Lovecraft n’était dépourvu ni d’humour ni d’érudition.

Jugés comme mineur par S.T. Joshi, le préfacier de ce recueil, ce sont pourtant des textes accomplis qui sont présentés aux lecteurs. Et des textes mineurs, il en faut pour pouvoir savourer des textes dits majeurs.

Que ce soit dans L’Histoire du Nécronomicon, dans Ibid ou encore dans Douce dame Ermangarde ou le cœur d’une paysanne, le plaisir de la découverte est intact. Ce sont comme des bouffées de fraîcheur dans une œuvre principalement axée sur l’angoisse.

night-ocean1.jpgD’autres petits joyaux sont au sommaire de ce recueil. Des textes écrits en collaboration avec R. H. Barlow mais surtout Le défi d’outre-espace rédigé par Catherine L. Moore, Abraham Merritt, H. P. Lovecraft, Robert E. Howard et Frank Belknap Long, texte qui est au Fantastique ce que L’Amiral Flottant est à la littérature policière.

Le défi d’outre espaceest évidemment inégal dans sa conception et seuls Lovecraft et Howard tirent leur épingle du jeu. Mais Night Ocean n’est pas uniquement réservé à un certain type de lecteurs. C’est une source d’inspiration et en même temps une leçon pour les auteurs débutants. En effet Le livre de Raison recense non seulement les clés des trames, des idées qui peuvent donner matière à des récits d’épouvante, mais c’est aussi un mode d’emploi pour la rédaction de ces récits.

Oserais-je ajouter que celui qui fut surnommé le Solitaire de Providence est la providence des solitaires !


Howard P. LOVECRAFT : Night Ocean et autres nouvelles (The Night Ocean. Belfond 1986. Traduction de Jean-Paul Mourlon). Collection Fantastique, éditions J’ai Lu N°2519. Dernière édition février 2005. 250 pages. 5,00€.

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