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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 04:41

Un journaliste se doit d’être au cœur de l’action !

Gaston MARTIN : Plus dans la course.

Si Gaston Martin, journaliste et narrateur de cette intrigue, se trouve propulsé rédacteur en chef du journal dans lequel il travaille, ce n’est pas grâce à ses compétences hors normes. Si, un peu, mais ce sont des circonstances néfastes qui ont amenées son patron à le désigner à cette responsabilité. Et il entame son nouveau job par une conférence de… presse avec ses collègues.

En effet, en trois semaines, trois assassinats ont été perpétrés sur la personne du chef de publicité, un reporter-photos, et leur collègue Emile, aimé de tous. Toutes les trois victimes d’un coup de poignard dans le dos. Mais l’assassin n’a-t-il pas eu le temps de récupérer son arme, qui est restée fichée dans le dos d’Emile ? Ou est-ce pour indiquer le nom du coupable ?

Car cette arme blanche fait partie de la collection de Zigowski, un collègue et meilleur ami de Gaston Martin. Ce brave Zig se défend mais Marco, le chef des informations, ricane et laisse planer la suspicion. Peut-être par jalousie. Le pauvre Zig s’enfuit, niant comme un perdu, ce qui n’arrange pas son cas.

Gaston mande sa secrétaire, la troublante Gisèle, puis convoque Triboulet l’homme à tout faire du journal. Triboulet mate sans vergogne Gisèle se gratter l’intérieur de la cuisse et se prendre pour Sophia Loren avec ses effets de seins à damner un saint. Triboulet en a les yeux qui roulent dans les orbites mais il est chargé d’une mission et quitte à regret le bureau de Gaston qui en profite pour lutiner Gisèle.

Triboulet est muni d’une lettre à l’intention de son ami Zodiaque à qui il demande d’enquêter, n’ayant qu’une confiance relative envers les roussins, c’est-à-dire la police. Zodiaque lui dépêche Dédé, son homme de confiance, un malabar qui en impose plus que le ministère des finances, de par sa corpulence. D’après un papier qui lui a été remis le matin même, l’explication de la provenance de ce document sera révélé plus tard, donc pour le moment nul n’est besoin de s’attarder dessus, les trois noms des défunts y figurent ainsi que trois dates. Coïncidence, les trois hommes ont été assassinés à neuf jours d’intervalle, et un quatrième nom est inscrit, celui de Gisèle. Or le lendemain ce sera le neuvième jour du dernier meurtre.

Gaston prend la menace au sérieux, mais malgré ses précautions, Gisèle est victime elle aussi d’un coup de couteau, dans son bureau, alors que la porte de communication a été fermée quelques secondes. Un meurtre en chambre close, presque, car Zig, Marco, Triboulet ont été à même d’entrer dans ce bureau au moment du meurtre.

 

Plus dans la course est une énigme policière classique, relevant du huis-clos car toutes les actions, et elles sont nombreuses, se déroulent dans les locaux du journal et de l’imprimerie.

Si Zodiaque participe activement, durant la seconde partie de cette enquête, il est toutefois en retrait par rapport à Gaston Martin, le narrateur, et surtout par rapport à Dédé son homme de main.

Le roman, l’intrigue et l’écriture sont ancrés dans les années 1950, avec un mélange d’argot et une intrique classique franco-américaine, tels qu’auraient pu en écrire, et en ont écrits les romanciers de cette moitié de siècle. On pense à Brett Halliday, à Peter Cheney, à San-Antonio par certains côtés, mais sans qu’il y ait véritablement une ressemblance ou un copier-coller. Le reflet d’une époque. Et il s’agit d’un argot compréhensible, non point comme celui employé par Ange Bastiani qui exigeait un glossaire.

Seulement la couverture ne reflète en rien l’intrigue puisque tout se passe en huis-clos. Donc pas de voiture rouge sur une route de montagne. L’illustrateur, non mentionné, s’est peut-être laissé influencer par le titre qui peut être pris à double sens.

 

Gaston Martin, de son véritable nom Gaston Martineau, né au Havre le 28 août 1924, mort au Mans le 21 juin 1986, fut journaliste, dessinateur, romancier, auteur de quelques 168 aventures de Zodiaque dans les années 1950. Il a également signé sous les pseudonymes d’Alain Descarmes et d’Aldé.

Gaston MARTIN : Plus dans la course. Les Aventures de Zodiaque N°92. Editions de Neuilly. Parution 3e trimestre 1955. 96 pages.

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 04:06

Déconfiné ?

KEMMEL : Je reviens de… (L’incroyable aventure).

La trentaine avenante et célibataire endurci, Henri Boulanger prend quelques jours de vacances à la neige. En cours de route il a fait la connaissance de Conchita, une Espagnole, mais alors qu’il est en train de déjeuner avec elle, dans l’hôtel où ils ont pris pension, il est attiré par une superbe jeune femme blonde prénommée Hubna. Il commence à lui faire la cour en suédois, au grand dam de Conchita.

Henri Boulanger est traducteur à l’Onu et parle couramment six langues, ce qui est un avantage dans la drague internationale. Et donc le lendemain, comme il n’y a pas de neige, ce qui est somme toute bête lorsque l’on veut faire du ski surtout à Noël, le restaurateur leur propose un panier garni pour un petit pique-nique sur le plateau. Et les voilà tous les trois grimpant hardiment mais arrivés à l’endroit idéal qu’elle n’est pas leur surprise de découvrir allongé sur l’herbe un sous-marin. Enfin c’est ce que croit Conchita qui se trompe. Il s’agit d’une soucoupe.

Les trois amis, oui ils sont devenus amis, tentent de repartir mais ils sont bloqués par une barrière électrifiée invisible. Et deux boules de feu ou de foudre les obligent à entrer dans l’appareil. Ils sont réceptionnés par des poulpes, attachés sur des civières, et endormis grâce à une injection. Au bout de quelques heures Henri se réveille, ainsi que ses compagnes ne les oublions pas, et bientôt ils distinguent une forêt, des villages. Toute une vie. La soucoupe s’est posée sur la face cachée de la Lune. Mais Henri et ses compagnes ne sont plus seuls.

En effet à bord de la soucoupe sont également présents un pasteur Anglais et l’une de ses fidèles paroissiennes ainsi qu’un mécano vivant à Puteaux. Il raconte qu’il a été happé, alors qu’il se promenait du côté de Sartrouville à l’aide d’un immense filet de pêche venu du ciel. Et ce n’est pas tout. Car il y a également des vaches, des moutons, des poules, et autres animaux de la ferme ramassés dans les mêmes conditions de chalut. Naturellement, tout ce petit monde a faim et ils se rabattent sur le lait des vaches, une première depuis bien des décennies pour le mécano qui aurait préféré un bon petit vin de Touraine ou d’ailleurs.

Donc débarquement sur la face cachée de la Lune et nos astronautes malgré eux sont face à des humains venus de Mars. Les poulpes ne sont que des serviteurs occupés à régler de multiples tâches d’intendance. Ces Martiens prennent d’abord Henri et consorts pour des animaux comme ceux qu’ils ont déjà récupérés, mais en langage des signes et autres façons de s’exprimer, bientôt Martiens et Terriens vont pouvoir communiquer, aidés de boitiers mis au point par les kidnappeurs venus d’’ailleurs.

Et c’est ainsi que débute la folle équipée des six prisonniers de l’espace, leur débarquement sur Mars, puis une visite prolongée sur Vénus, découvrant que la technologie de leur ravisseurs est d’une modernité confondante, ayant plus de cinq cents d’avance sur les technologies terriennes. Et surtout, le nucléaire est banni de leur bagage scientifique depuis des siècles après avoir eux-mêmes goûté à la guerre atomique.

Nos amis vont vivre des aventures… rocambolesques spatiales !

 

L’humour règne sur ce roman, mais un humour qui confine à la dérision, au quolibet parfois, à un détachement de la part du personnage principal qui prend les événements à la légère tout en étant sensible à leurs aléas. C’est surtout dans la mise en scène et dans la narration que cet humour s’exprime le mieux, parfois dans les dialogues. Cela m’a fait penser, époque oblige, à Robert Lamoureux, dans les situations cocasses décrites.

Mais sous ces propos racontés avec raillerie, se cachent quelques énoncés qui ne dépareraient pas de nos jours et sont souvent empreints d’une sobre gravité.

Je vais boire du lait… Je ne sais pas traire une vache ! Je connais six langues à fond, j’ose le dire… Mais je suis incapable d’extraire une goutte de lait du pis d’une vache, fut-il plein à craquer ! Ah, les lacunes du bachot et de l’éducation moderne !

L’automatisation est portée à un degré tel sur Mars, que le travail est superfétatoire.

Ne travaille pas qui veut, vous savez ! fit N°1. Les machines font ici presque tout. Pour les surveiller, on a d’autres machines ! Quelques ingénieurs suffisent ! Leur durée de travail est de deux heures une semaine sur quatre… Mais cela va être prochainement réduit encore, paraît-il.

 

Quant à ce que pense de l’armée Henri Boulanger, via l’auteur interposé, je vous laisse découvrir son opinion savoureuse.

J’étais épouvanté. Sur la Terre avant mon départ – même à l’O.N.U. – on parlait de la guerre atomique fort paisiblement. Il ne faisait aucun doute que l’éventualité n’est fut acceptée par tout le monde, hormis quelques savants que l’on priait de se taire. Ils avaient inventé la bombe ; on les avait payés, félicités, décorés. L’emploi de leur engin regardait maintenant les généraux et non eux. Les généraux étaient ravis d’avoir à manier une arme aussi épatante. Si elle amenait la Fin du Monde ? Allons donc ! Un général ne croit pas à la Fin du Monde. S’il avait assez d’imagination pour cela, il ne serait pas général !

 

A de nombreuses reprises, évocation est faite concernant le Prince de Monaco et son attirance pour la pêche.

 

Sous le pseudonyme de Kemmel, se cachait le créateur du personnage du capitaine Sauvin, alias le Poisson chinois, c’est-à-dire Jean Bommart. Il a écrit de nombreux romans policiers et d’espionnage qui connurent un grand succès depuis le milieu des années 1930 jusqu’au milieu des années 1970, édités aussi bien dans la collection Le Masque qu’en Série Noire, pour ne citer que les plus célèbres.

D’ailleurs le lecteur qui s’intéresse aux dédicaces et aux envois qui précèdent le début de l’histoire, savaient sans qu’on le leur souffle que Kemmel et Jean Bommart n’étaient qu’une seule et même personne grâce à cette petite phrase : A Jean Bommart mon alter ego.

KEMMEL : Je reviens de… (L’incroyable aventure). Collection Anticipation N°84. Parution 1er trimestre 1957. 192 pages.

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 04:02

Ohé! Ohé! Matelot,
Matelot navigue sur les flots…

Howard PEASE : Le capitaine Jarvis

Renvoyé de l’école militaire de West Point, sis dans l’Etat de New-York, le jeune Stuart Ormsby n’a pas l’intention, et encore moins l’envie, de rentrer chez son père, un officier militaire strict et rigide. Orphelin de mère, Stuart décide alors de quitter le pays et au bout de cinq mois à parcourir le Canada comme trimardeur, il arrive enfin à Vancouver.

Il est racolé sur le port par un marin qui lui demande un petit service afin d’échapper aux douaniers. En récompense l’homme l’emmène en canot jusqu’à un cargo, le Nankin, qui mouille au large. Mais là où il n’est pas chic, c’est de le présenter un peu plus tard comme passager clandestin au capitaine du navire, le capitaine Jarvis. Franchement Bashford n’est pas un type sympa, et comme il est le second du capitaine, il s’octroie le beau rôle.

Et Stuart n’a plus qu’à obéir et effectuer des tâches subalternes. Il se lie d’amitié avec deux autres jeunes matelots, Toppy, un Londonien gouailleur, et surtout Ted Moran, surnommé Joe Macaroni, dont ce n’est pas le premier voyage en compagnie du capitaine Jarvis. Il apprend à Stuart, devenu Alabam, contraction d’Alabama état dans lequel il est né, que le navire traîne dans son sillage une mauvaise réputation. Lors des trois précédentes traversées vers la Chine, via Yokohama au Japon, les trois capitaines sont décédés dans des conditions douteuses.

De nombreux incidents se produisent. Stuart surprend une conversation en pleine nuit, conversation qui ne manque pas de l’inquiéter. De plus il assiste en compagnie de Moran à une tentative d’assassinat du capitaine. Un couteau est lancé par un hublot de la cabine du marin. Mais d’autres événements se produisent et un début de mutinerie est enclenché par Bashford aidé par quelques-uns de ses séides. L’équipage est partagé en deux clans.

Le voyage se poursuit dans des conditions houleuses, aussi bien à cause de la météo que de la vindicte de Bashford et ses hommes. Et un jour, le capitaine Jarvis disparait et Bashford en tant que second du navire se proclame capitaine, à la place du capitaine. En compagnie de Moran, de Toppy, du cuisinier chinois qu’il a longtemps soupçonné, et de deux ou trois autres marins, Stuart effectue sa petite enquête, et il va aller de surprise en surprise. D’abord Ted Moran qui disparait, probablement tombé à la mer et noyé. Un marin décède dans des conditions mystérieuses et le capitaine Jarvis essuie des coups de feu tirés d’un sampan.

 

Ce roman, publié aux Etats-Unis en 1929, s’inscrit durant la tentative de prise du pouvoir par le Kuomintang, parti nationaliste chinois qui perdure toujours à Taïwan. Mais le pouvoir en place combat cette révolte en important par exemple des armes du continent américain. Or ce n’était pas la mission première du Nankin, chargé de convoyer des médicaments et des denrées, et autres.

Les épisodes malheureux, les tentatives d’assassinat aussi bien auprès du capitaine que d’autres membres de l’équipage, des attaques maritimes, un typhon, des personnages inquiétants rencontrés lors de l’escale à Yokohama et à Mijo, au Japon, puis la rencontre avec des Chinois, des pirates, le travail ingrat des Gueules noires ou soutiers, s’enchaînent à un rythme soutenu.

Les Chinois ne sont pas systématiquement dénigrés, comme c’était usage courant à cette époque qui ressentait la phobie du péril jaune. Certains, dont Stuart, affichent nettement un à-priori envers notamment Wu Sing, le cuisinier chinois, lequel est toujours flanqué de son petit singe. Mais Ted Moran prend la défense du cuistot et de ses compatriotes en déclarant :

J’ai connu un grand nombre de Chinois en Californie, où j’ai toujours vécu. Ce sont en général des hommes loyaux, des travailleurs courageux et habiles, des amis fidèles.

 

Ce qui change de l’opinion souvent professée par bon nombre d’auteurs. Et n’oublions pas non plus que des milliers de Chinois furent mis à contribution à la fin du 19e siècle pour la construction du chemin de fer transcontinental américain dans des conditions préjudiciables à leur santé.

Mais Howard Pease n’est pas toujours tendre envers ses compatriotes. Ainsi, lors de l’escale japonaise, les marins n’ont pas manqué de fréquenter débits de boissons et lorsqu’ils rentrent péniblement à bord, ils sont fin saouls.

La façon dont les marins se comportaient aux escales devait en effet donner aux Japonais une fière idée de la supériorité Occidentale ! Wu Sing était le seul à ne pas être rentré à bord en état d’ivresse.

 

Quant à Billy Sanders, le steward qui est préposé à l’habillement et infirmier sur le Nankin, il donne une définition du toubib qui est plus celle d’un profiteur et d’un opportuniste que d’un véritable homme de l’art médical.

Asseyez-vous, reprit le steward, et retroussez la jambe de votre pantalon, pendant que je vais préparer de la gaze et du mercurochrome. Vous allez voir, il n’y a pas meilleur infirmier que Billy Sanders pour guérir toutes les petites écorchures que peut se faire un marin. Si j’avais suivi ma vocation, je ne serais pas steward mais médecin. Parfaitement, docteur en médecine, avec une moustache et une petite barbiche, comme il se doit, et je gagnerais des milliers de dollars à persuader les jolies femmes qu’elles doivent se faire soigner pour des tas de maladies qu’elles n’ont jamais eues.

 

 

Howard PEASE : Le capitaine Jarvis (Shangai passage – 1929. Traduction Pierre Bonvallet). Illustrations de Psim. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution 1952. 254 pages.

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22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 03:52

Un homme confiné… Volontairement !

Rex STOUT : Le secret de la bande élastique

Le pachydermique et gargantuesque détective en chambre Nero Wolfe a décidé de pratiquer un sport ! Et durant un quart d’heure, de 15h45 à 16h00, il lance des séries de cinq fléchettes dans une cible. Et naturellement, lorsqu’il manque celle-ci, la fléchette tombe. Charge à Archie Goodwin, son secrétaire de la ramasser. Ce qui amène Archie à s’intéresser à un article de journal concernant un certain marquis de Clivers, un Anglais venu aux Etats-Unis pour régler des problèmes diplomatiques et financiers. Ceci n’est pas anodin car Clivers s’intégrera rapidement dans le récit.

Mais Nero Wolfe s’occupe également de ses trois mille et quelques orchidées, qu’il élève amoureusement dans une serre située au dernier étage de l’immeuble qu’il habite. D’accord, il a un jardinier pour l’aider. Disons qu’il les surveille amoureusement et procède parfois à quelques ajustements, des greffes et autres.

Ce jour-là, Néro Wolfe a de nombreux rendez-vous à honorer. Et comme il ne se déplace jamais, qu’il ne sort jamais de chez lui, c’est à ses clients potentiels de se rendre ponctuellement à son bureau, ou, le cas échéant, le soin de rencontrer ses clients à leurs bureaux est dévolu à Archie Goodwin.

Le lendemain, lundi 7 octobre, Nero Woolfe reçoit donc en son bureau Perry, président d’une société de vente de produits exotiques, et accessoirement membre du conseil d’administration de la banque du détective. Bref un personnage important. Perry déplore le vol de trente mille dollars et les soupçons sont portés sur Clara Fox, employée chargée du service des télégrammes de la société depuis trois ans. Perry ne la soupçonne pas vraiment mais c’est son vice-président qui l’affirme. Alors Perry désirerait prouver ou démontrer l’innocence de la jeune femme. Archie Goodwin doit se rendre au siège de la société, mais auparavant il reçoit un visiteur qui a l’apparence d’un vieux cow-boy, se nommant Harlan Scovil. Le nouveau venu prend Perry pour un certain Mike Walsh. Scovil devait venir à 18 heures avec les autres, c’est-à-dire la fille de Vic Linquist, une autre jeune fille et le fameux Mike Walsh, et peut-être George Roxley, trois ou quatre personnes dont il ne connait pas les visages, qu’il n’a peut-être jamais fréquentés, puisqu’il vient du Wyoming. Il évoque également le marquis de Clivers. Tiens, encore lui !

Archie se rend donc au siège de la société dirigée par Perry et rencontre les différents individus qui pourraient être incriminés pour ce vol, dont Muir, le vice-président, la secrétaire de celui-ci et Clara fox, qui lui fait une agréable impression. Puis il repart, retournant chez Nero Woolfe.

Pendant ce temps Harlan Scovil a quitté l’immeuble et il sera retrouvé plus tard, mort. Et enfin Goodwin peut recevoir, en compagnie son patron, les quémandeurs du rendez-vous et il est surpris de retrouver Clara Fox, accompagnée de Hilda Linquist et de Mike Walsh. Nero Woolfe est fort intéressé par l’histoire que ceux-ci lui racontent et qui prend sa source quarante ans auparavant dans le Nevada.

Le père de Clara Fox faisait partie de la Bande élastique, ainsi surnommée parce que son chef, Rubber Coleman, se relevait toujours d’un bond lorsqu’il était à terre. Et George Roxley, lui aussi membre de cette Bande élastique et qui était promis à la pendaison, s’est évadé en achetant une monture grâce à l’argent subtilisé à la bande et provenant d’un vol.

Si vous ne venez pas à la police, la police vient à vous ! C’est ainsi que deux représentants de force de l’ordre tentent d’entrer de force chez Nero Wollfe. Mais ils sont rapidement boutés sur le trottoir. Le détective pachydermique qui ne perd pas son flegme et continue d’enfiler les bouteilles de bière, propose à Clara Fox de s’installer dans une des chambres de l’appartement. Niant le fait de cacher la jeune femme à Cramer, inspecteur de police venu annoncer que l’argent dérobé à Perry a été retrouvé dans la voiture de Clara. Et que Mike Walsh a lui aussi été mortellement blessé.

Et c’est ainsi que de trois affaires, dont une ancienne, et des personnages qui apparemment ne se connaissaient pas se trouvent embringués dans une histoire où réapparait le fameux marquis de Clivers, nom et titre qui ne sont que des emprunts.

 

Avec l’âge les goûts changent, évoluent, et pas toujours dans le bon sens. Alors que plus quarante ans auparavant je m’étais délecté à la lecture de quelques romans de Rex Stout, dont les principaux protagonistes étaient Nero Woolfe et Archie Goodwin, leur trouvant une intrigue sérieuse et des traits d’humour, je me suis ennuyé à la relecture de celui-ci.

Je l’ai trouvé verbeux, bavard, n’avançant pas dans l’intrigue. Ennuyeux en quelque sorte. Pourtant, le roman dit d’énigme, comme celui-ci, m’a toujours plus intéressé que le roman dit noir. Alors, mauvaise pioche de ma part, probablement. Ou peut-être faut-il chercher des causes extérieures à cette désaffection, le confinement par exemple.

L’illustration de couverture ne correspond en rien à Nero Wolfe, qui est un véritable tonneau de bière sur pattes. Il est donc logique de penser qu’il s’agit d’Archie Goodwin qui est représenté.

 

Rex STOUT : Le secret de la bande élastique

Contrairement à ce que l’éditeur affirme en quatrième de couverture, c’est-à-dire que ce roman n’aurait pas été réédité depuis 1949, il a bien été réédité :

Publié en français sous le titre La Bande élastique. Collection Le Scarabée d'Or no20. Gallimard. 1938.

Réédition Collection L'Homme aux orchidées no3 Paris. Fayard. 1949. Réédition collection Le Club des Masques no252. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1975

Réédition, collection Les Classiques du crime. Édito-Service. 1981.

Publié en français dans une nouvelle traduction intégrale de Pascal Aubin sous le titre La Bande élastique dans Rex Stout, volume 1. Collection Les Intégrales du Masque. Librairie des Champs-Élysées. 1996

 

Rex STOUT : Le secret de la bande élastique (The Rubber band – 1936. Traduction par E. Michel-Tyl). Collection Rivages/Mystère N°1. Editions Rivages. Parution 14 janvier 1988. 224 pages.

ISBN : 9782869301276

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21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 04:30

Après, le leitmotiv fut : Faites l’amour, pas la guerre !

Frank G. SLAUGHTER : Non pas la mort, mais l’amour

Désabusé et cynique, le capitaine Richard Winter est chirurgien dans l’armée américaine et pour l’heure il se trouve dans le camp du 95e Hôpital américain de campagne, près de la côte anglaise où sont regroupés médecins et infirmières.

Avant pour l’embarquement le lendemain vers une destination inconnue, il se tient au bar, ingurgitant quelques boissons alcoolisées.

C’est un solitaire qui a participé comme chirurgien dans les combats en Espagne ainsi qu’à la bataille de Dunkerque. Pourtant il s’est lié avec un jeune lieutenant, Terry Adams, qu’il connait seulement depuis six mois. Or Winter apprend que la célèbre journaliste Linda Adams est non seulement sa sœur, mais qu’elle va participer à la mission qui leur sera dévoilée lorsqu’ils auront quitté le port. Il retrouve également un condisciple de la faculté de médecine, Bill Coffin, spécialiste du cerveau.

De nombreuses infirmières sont également présentes dans ce camp et un bal est prévu la veille de l’embarquement. Par elles, Gina Cole et son amie Carolyn Rycroft, qui espèrent bien faire bonne impression sur le beau chirurgien dont la popularité liée à sa séduction n’est pas passée inaperçue du personnel médical féminin. Et en effet elles n’ont aucun mal à se faire inviter pour quelques danses, échanger des baisers au clair de lune, et Linda Adams n’échappe pas à cette attirance.

Rick Winter donne rendez-vous à la belle Gina Cole dans sa chambre, mais les éléments belliqueux contrarient ce qui devait la concrétisation d’une soirée réussie. Les avions allemands pilonnent la base, et le black-out est décrété. Il se réfugie dans la pièce en compagnie d’une jeune femme inconnue qui vient de le percuter au dehors. Les bombes se rapprochent, ils se glissent sous la table afin d’éviter les projections diverses, et les corps en profitent pour se rapprocher au point de conclure dans un artifice dont il gardera le souvenir. Au petit matin la belle inconnue est partie, emmenant un vêtement appartenant à Rick et laissant sa cape sur laquelle figure un monogramme.

Enfin l’embarquement se réalise et au revoir l’Angleterre et bonjour l’inconnu. Gina Cole dépitée jette son dévolu sur Terry Adams, car même en temps de guerre les besoins charnels se font ressentir. Terry Adams est en proie à un cruel dilemme. Jeune marié, il a laissé sa femme au pays, aux Etats-Unis, et il ne veut pas la tromper. Pourtant Rick Winter, toujours cynique, lui a fait la leçon. Il l’a même encouragé à profiter des bonnes occasions s’ils s’en présentaient.

Le convoi à peine parti, au large de l’Espagne, des avions allemands survolent les navires. Des dégâts sont enregistrés et Rick doit s’occuper des blessés. D’ailleurs il est là pour ça. Le navire sur lequel les chirurgiens toubibs et infirmières ont embarqués a été détourné de sa fonction première, celle des croisières, et a été transformé en hôpital maritime. D’autres incidents les guettent et enfin arrivés en vue d’Alger la Blanche, c’est le débarquement sur la plage, une répétition générale du Débarquement de Normandie. Puis l’unité médicale s’enfonce dans le désert rejoignant la Tunisie avec tous les aléas que cela comporte. Jerry, diminutif de German équivalent à notre Boche français, ne se laisse pas empiéter sur le terrain conquis sans riposter et les Stukas, via la voie des airs, ou les chars, contrarient la marche de l’armée américaine.

Rick peut apprécier en cours de route le professionnalisme de ceux qui sont partagent cette épopée héroïque, dont les infirmières Carolyn, Gina, et même Linda qui ne perd en aucun cas son sang-froid. Ce qui n’est pas toujours celui de son frère Terry.

 

Publié en 1950 aux Etats-Unis, ce roman est ancré dans des épisodes de la Seconde Guerre Mondiale, dont l’Opération Torch qui vit la prise d’Alger le 8 novembre 1942.

Le titre, qui est emprunté à un poème de Robert Browning, pourrait laisser croire qu’il s’agit d’une histoire d’amour comme bon nombre en ont été écrites et considérées souvent comme des bluettes. L’extrait de poème récité par Rick lorsqu’il batifole sous la table avec son inconnue, et celle-ci décline le dernier vers : Non pas la mort, mais l’amour.

Mais s’il fallait un support pour cette histoire, c’est bien la guerre qui est en première ligne, avec ses morts et ses blessés. Rick Winter pratique de nombreuses interventions chirurgicales, différentes les unes des autres, s’attirant l’ire du chirurgien-chef Strang. En effet il opère et soigne selon des protocoles qui sortent de l’ordinaire, ce qui n’est pas du goût de Strang. L’éternel problème des méthodes nouvelles pas encore admises par les anciens qui se réfèrent à de vieilles pratiques qui souvent sont plus mortifères que les expérimentales.

Non pas la mort, mais l’amour est un documentaire puisé à la source, écrit alors que la guerre faisant encore rage, agrémenté d’une histoire d’amour mais également un hommage au courage du personnel médical qui œuvre sur le terrain, étant souvent en première ligne. Et Rick Winter se trouve plus à l’aise lors de ses interventions chirurgicales que dans l’aménagement de sa vie sentimentale.

 

Il est cruel à l’homme qui va au feu pour la première fois de rester dans l’attente et l’indécision.

Frank G. SLAUGHTER : Non pas la mort, mais l’amour (Battle Surgeon – 1944. Traduction de Doringe). Collection Romans. Editions Presses de la Cité. Parution 3e trimestre 1960. 428 pages.

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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 03:14

La tête et les jambes…

Serge BRUSSOLO : Le dragon du roi Squelette.

Dirigée par Graccus, le chef des gardes, un être impitoyable, une étrange caravane se rend à Kromosa.

Un chariot, tiré par des esclaves, transporte une énorme flèche destinée à tuer le dragon qui veille d’une façon maléfique sur la cité.

Accompagnent cette caravane, Massalian, magicien forgeron qui a forgé cette flèche à l’aide matériaux secrets, Junia, une géante au passé indéfini, et Shagan, le cul-de-jatte.

Junia et Shagan ne peuvent vivre l’un sans l’autre. L’une possède la force et la mobilité, l’autre l’intelligence. La tête et les jambes en quelque sorte.

La caravane avance difficilement dans un paysage désertique composé d’argile mouvante. Les cadavres des esclaves qui sont morts à la tâche entravent la lente progression de l’attelage humain.

Junia et Shagan sont envoyés en éclaireurs, à charge pour eux de requérir du renfort. Mais l’arrivée dans la cité maléfique n’est pas sans périls. Enfermés dans un ghetto, ils sont aux prises avec des enfants gnomes et pour rejoindre le roi Wälner ils doivent braver des dangers sans nombre.

 

Le dragon du roi Squelette est un peu la suite des aventures de Junia et de Shagan, dont on a fait la connaissance dans Le tombeau du roi Squelette, et l’on retrouve différents protagonistes tels que Massalian, le magicien forgeron, ou le Roi Squelette.

Mais Junia joue un rôle plus important, plus prépondérant que dans el précédent roman.

Le personnage possède plus d’ampleur, si je puis m’exprimer ainsi en parlant d’une géante.

Le dragon du roi Squelette, comme le définit si bien Serge Brussolo, est un conte horrifique et doit être lu comme tel. Pourtant les thèmes du ghetto et de la ségrégation sont toujours d’actualité.

 

Serge BRUSSOLO : Le dragon du roi Squelette. Collection Anticipation N°1664. Editions Fleuve Noir. Parution janvier 1989. 192 pages.

ISBN : 2-265-04035-5

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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 04:11

Quand Histoire et Humour cohabitent !

Patrick WEBER : L’Aiglon ne manque pas d’aire.

Pour les brocanteurs et les antiquaires, un vide-maison est souvent source de découvertes intéressantes qui ne passionnent pas forcément le grand public. Il suffit de découvrir l’acquéreur adéquat par la suite.

Et Valdémar Aigle qui est venu au métier d’antiquaire par hasard, alors qu’il se destinait à l’étude des amphibiens, et après avoir changé souvent de direction professionnelle, a appris le métier avec Bertrand. Depuis, quoiqu’encore jeune, il vole de ses propres ailes, au grand dam de son ancien ami. Et c’est ainsi qu’il est amené à établir un recensement chez un certain Lucien Michepape, bouquiniste sur les quais.

Michepape est mort tout seul dans son petit appartement au cinquième étage d’un immeuble de la rue Vieille du temple, le jour de son soixante-dix-septième anniversaire. C’est bête. Un petit-neveu, le reliquat de la famille, est sur place afin de surveiller Valdémar dans ses recensements. On ne sait jamais, des fois que des objets passeraient à l’as. Toutefois le jeune antiquaire réfrène rapidement l’enthousiasme de ce parent encombrant.

Parmi tous les objets, souvent anciens, qui sont disséminés dans l’appartement, Valdémar remarque une constante. Nombreux sont ceux qui ont un certain rapport, et même un rapport certain avec celui qui devait régner sous le nom de Napoléon II et qui ne fut que l’Aiglon. Lui-même n’est pas insensible à cette figure historique surtout connue grâce à Edmond Rostand. D’ailleurs il ne s’appelle pas Aigle pour rien.

Parmi le fatras accumulé, Valdémar met la main sur des documents qui l’intriguent puis l’intéressent au plus au point. Toutefois il s’étonne de ne voir à aucun endroit une photographie représentant Michepape. Il ne pourra donc pas mettre un visage sur ce nom. Il décide alors, afin de s’imprégner du fantôme virtuel de l’ancien locataire, de résider dans ce petit appartement, délaissant pour quelques jours son logement personnel qui se trouve également dans le Marais.

Les documents consistent en un acte de naissance de l’Aiglon, attestant de sa postérité, ainsi que d’une lettre autographe du jeune Prince. Lettre autographe dans laquelle il évoque son enfance et sa peur de la mort, car il est persuadé que quelqu’un veut attenter à sa vie.

Or, c’est un peu ce que ressent également Valdémar qui retrouve souvent sur son chemin un personnage énigmatique, apercevant de la fenêtre un individu de le prenant en photo, ou lors d’une absence de sa part, que le petit appartement a été visité, tout se retrouvant sens dessus dessous. Des intimidations auxquelles il ne veut croire jusqu’au jour où dans une boîte il découvre son chat Khéops égorgé. Il en est affecté. Ne risque-t-il pas de subir le même sort ? Heureusement, il peut compter sur son voisin pour lui fournir des renseignements sur l’ancien locataire. Un voisin qui pourrait endosser le rôle de gomme tant sa femme est effacée.

 

Tragi-comique, ce roman explore deux périodes, à deux cents ans d’écart.

Le personnage de Valdémar Aigle est attachant, même s’il travaille parfois en dilettante, délaissant sa petite boutique. Ainsi que son amie Saskia, qu’il ne voit que de temps à autre. Il est plus préoccupé par les deux documents en sa possession et les nombreux avatars dont il est l’objet, voire la victime.

La tension monte progressivement, et l’épilogue n’est pas téléphoné.

Le contenu des documents que certains aimeraient bien lui subtiliser, est dévoilé sous forme de feuilleton, intégré dans la rédaction des aventures de Valdémar. Et l’on découvre un Aiglon aux ailes rognées qui professe à l’égard de son père une véritable fascination. Et c’est la vie de celui fut successivement roi de Rome, roi de Parme, duc de Reichstadt, son amour pour l’archiduchesse Sophie, sa tante par alliance, ses différents déménagements, dédaigné par sa mère l’impératrice Marie-Louise, et bien d’autres événements fictifs ou réels qui sont ici décrits avec la force et la justesse d’un historien, mais peut-être avec un peu plus d’empathie et de chaleur.

Un roman intéressant dont les doubles intrigues passionneront les lecteurs, même s’ils ne sont pas forcément attirés par l’Histoire et plus particulièrement par la vie de l’Aiglon.

A noter l’amusant jeu de mots du titre.

Patrick WEBER : L’Aiglon ne manque pas d’aire. Le Masque Jaune N°2534. Editions du Masque. Parution le 25 mai 2011. 320 pages.

ISBN : 978-2702436134

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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 04:44

Araignée du matin, chagrin
Araignée du soir, espoir
Araignée du midi, pas d’appétit ?

Fritz LANG : Les Araignées

Entrons dans l’univers du délire, de l’aventure, de l’exotisme bon enfant et quelque peu irréel.

Kay Hoog est un riche jeune homme, sportif accompli, qui excelle dans tous les domaines, érudit et connaissant de très nombreuses langues, à l’esprit curieux et téméraire. Intrépide il fonce tête baissée dès que l’occasion lui est donnée de démontrer ses qualités intellectuelles et physiques.

Alors qu’il participe à une course de canots automobile, il pêche en mer une bouteille dans laquelle il découvre un message émanant d’un éminent professeur disparu au Mexique depuis des années.

Kay Hoog se verra confronté à de multiples dangers au pays des Incas, poursuivi par des membres de la terrible secte des Araignées, qui signe ses forfaits d’un animal factice, et principalement la belle et troublante Lio Sha.

Puis il est sur la piste d’un diamant sur lequel figure une tête de Bouddha, une pierre précieuse activement recherchée par les Araignées et toujours son ennemie intime, Lio Sha.

 

On ne peut parler de racisme mais les Chinois sont catalogués comme des êtres fourbes, sournois, les Noirs sont décrits de façon caricaturale, bref toute la panoplie ridicule et parodique en vigueur à l’époque, c’est-à-dire au début du XXe siècle.

Un univers imaginaire, démesuré, aventureux, mystérieux qui eut ses défenseurs en la personne d’écrivains prolifiques et de cinéastes à l’âme d’enfant.

Parfois un peu naïf, vivant, Les Araignées est un roman inédit et le seul écrit par Fritz Lang, à ne pas confondre avec Jack. Un roman enlevé, un peu désuet mais charmant qui nous replonge dans les livres légèrement candides dont on pouvait se délecter lors de notre adolescence.

Fritz LANG : Les Araignées (Die Spinnen – 1919). Traduction et postface de Georges Sturm. Collection Bibliothèque du Mystère. Editions du Rocher. Parution 2 octobre 2002. 212 pages.

ISBN : 9782268044088

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16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 03:01

Faisans et malfaisants…

Roald DAHL : Danny, le champion du monde

Ayant perdu sa mère à l’âge de quatre mois, le jeune Danny a été élevé par son père William qui tient un garage station-essence dans un petit village de l’Angleterre.

Ses jouets furent naturellement des pièces détachées de moteurs de voiture, se débarbouillant à l’huile de moteur. Son père a été nourrice, mère, père, professeur jusqu’à l’âge de ses sept ans où il put enfin intégrer l’école communale. Seul le garage est en dur, et ils vivent dans une roulotte de gitans, placée sur une parcelle de terrain, avec la cabane au fond du jardin pour soulager vessies et intestins.

Mais Danny ne se plaint pas, il est heureux avec son père qui s’occupe de lui mieux que pourrait le faire une nourrice ou une famille d’accueil. Souvent ils sortent en forêt et le père apprend au fiston les secrets de la nature. Son père lui apprend à construire des cerfs-volants, des montgolfières, et l’autorise même à entrer et sortir les voitures dont ils ont la charge des réparations. Des réparations auxquelles Danny a participé activement :

Tu veux que je te dise, Danny ? Tu es sans doute le meilleur mécanicien de cinq ans au monde.

 

Quant à l’école, il ne se débrouille pas trop mal, aidant même parfois un copain lorsque celui-ci planche sur un problème de mathématiques. Ce qui n’est pas du goût de l’instituteur dont la férule est toujours prête à taper sur des doigts fragiles et enfantins.

Un soir, alors que Danny atteint ses neuf ans, il se réveille et s’aperçoit que son père n’est pas dans sa couchette. Naturellement Danny s’inquiète mais ce n’était qu’une petite escapade paternelle qui de temps à autre braconne. Il lui délivre même ses petits secrets transmis de père en fils pour attraper en fraude les faisans, par exemple. Car des faisans, le bois d’Hazell’s Wood n’en manque pas, surtout lorsque la saison de la chasse se profile.

Le propriétaire, monsieur Hazell, un brasseur au caractère acariâtre, possède outre le bois, les champs qui s’étalent alentour de la station-service, plaçant le garage et le lopin de terre qui l’entoure dans une enclave.

Un soir, le père ne rentre pas à l’heure dite et Danny n’écoutant que son courage, emprunte un petit véhicule qu’ils viennent de réparer, et le voilà sur la route, conduisant très prudemment jusqu’au bois. Il récupère son père qui était tombé dans une fosse profonde, creusée exprès pour décourager les braconniers.

Alors comme la saison de la chasse approche, et que monsieur Hazell a fait rentrer près de deux cents volatiles pour la partie de chasse qu’il va organiser pour ses amis, des personnages riches et influents dont il veut s’attirer les bonnes grâces, le père se demande comment s’emparer des faisans et c’est Danny qui lui souffle en partie la solution. Il faut déjouer la présence des garde-chasses et mener à bien leur petite expédition nocturne. Et tant pis pour le malfaisant monsieur Hazell !

 

Danny le champion du monde est un roman charmant qui bafoue allègrement la morale, car l’on sait que le braconnage est une forme de vol. Mais quand c’est fait au détriment d’un individu hautain, méprisant (et méprisable), arrogant, et je pourrais continuer longtemps ainsi dans ma déclinaison de qualificatifs pas vraiment élogieux mais représentatifs du personnage, on pardonne.

Mais ce qui pourrait se réduire à une farce est également une histoire naturaliste, la faune et la flore étant décrites avec un côté apologique, même si le fait de braconner se réduit à se sustenter. Cet acte est loin de celui de la chasse telle qu’envisagée et pratiquée par Hazell (et bien d’autres aussi bien en Angleterre qu’un France) avec les rabatteurs qui ramènent un gibier qui est d’élevage et qui n’a jamais connu les joies d’évoluer en liberté.

 

Laisse-moi t’expliquer un peu ce qu’ils appellent la chasse au faisan, dit-il. D’abord elle n’est pratiquée que par les riches. Il n’y a qu’eux qui puissent se permettre d’élever des faisans dans le seul but de les abattre à coups de fusil une fois qu’ils sont arrivés à maturité. Ces riches imbéciles dépensent chaque année de véritables fortunes pour acheter de petits faisans dans des élevages et pour les élever dans des volières spéciales jusqu’à ce qu’ils soient assez vieux pour être lâchés dans les bois. En forêt, les jeunes oiseaux se comportent alors comme de véritables poulets. Les gardes les surveillent en permanence et les nourrissent deux fois par jour avec le meilleur blé, si bien qu’ils deviennent rapidement si gras qu’ils peuvent à peine voler. On engage ensuite des rabatteurs qui balaient les bois en claquant des mains et en faisant autant de bruit que possible pour pousser les faisans à demi domestiques vers les fusils des chasseurs, qui sont pour la plupart inexpérimentés. Et puis, pan, pan, pan, et les faisans se mettent à pleuvoir.

 

Roald DAHL : Danny, le champion du monde (Danny, the Champion of the World – 1975. Traduction de Jean-Marie Léger). Illustrations de Boiry. Le Livre de Poche Jeunesse N°53. Parution 1981. 224 pages.

ISBN : 9782010147692

Première édition : Collection Bel Oranger. Editions Stock. 1978.

Nombreuses rééditions.

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15 avril 2020 3 15 /04 /avril /2020 03:14

Ce n’est pas comme ça qu’on parle aux dames !

Max-André DAZERGUES : Vous serez nue mercredi soir.

Elégant, Max Dormoise l’est certes, mais désargenté car s’il travaille, honnêtement, c’est en dilettante. Il passe souvent son temps entre sa maîtresse officielle, Elyane, et son occupation favorite, déguster des verres dans le bar Chez Germaine, proche des Champs-Elysées. Et ce soir là, alors que les patrons sont absents pour des raisons diverses, et qu’il lutine la serveuse Armande, une jolie rousse entre dans le café désert, alors que l’heure de la fermeture approche.

La jeune femme qui se prénomme Maritza et est Roumaine d’origine demande à Dormoise de lui rendre un petit service. Téléphoner à un numéro qu’elle lui fournit, et dont il se souviendra malgré les brumes éthyliques qui commencent à lui encombrer le cerveau. C’est un homme qui lui répond, à la voix rogue, et Dormoise prétend s’être trompé de numéro. C’était juste une confirmation de la présence de cet individu que désirait Maritza. Puis la jeune femme raccompagne Max Dormoise jusque chez lui, à l’entrée d’un hôtel proche du quartier Saint-Lazare, lui affirmant qu’elle aurait peut-être besoin encore de lui.

Un peu plus tard, alors Maritza est en aimable compagnie avec son amie Mireille, dans sa petite maison à Neuilly, Cyril Gazan refait surface alors qu’elle l’évite, ou essaie de l’éviter. Gazan trafique dans des affaires louches, et elle n’a pas envie de le revoir. Pourtant il se rend chez elle, et il lui annonce qu’il va revenir avec un personnage qui se cache sous le nom du Colonel et qu’il a besoin d’elle pour ses affaires. En la quittant il lui affirme qu’elle sera nue, mercredi soir.

Maritza n’a pas du tout envie de revoir Cyril Gazan, dit le Levantin, mais elle ne peut se dérober, aussi elle demande à Max Dormoise de se présenter chez elle le jour dit. Seulement l’entrevue ne se déroule pas comme elle l’espérait. Cyril Gazan commence à la bousculer, la brutaliser sous les yeux du Colonel et de Max Dormoise. Pis, les deux hommes au lieu de venir à la rescousse de la jeune femme aident le Levantin dans son entreprise de déshabillage. Max Dormoise est envoûté par la beauté de la jeune femme, il est subjugué et est quelques peu statufié, se montrant lâche.

Cyril Gazan n’avait qu’un but pour opérer ainsi sur une femme sans défense. Non point la violer, mais montrer au Colonel que Maritza porte un tatouage, un Edelweiss rouge. Max Dormoise se trouve entraîné malgré lui, poussé par le besoin d’argent, dans une sombre affaire émaillée de quelques scènes pseudo-érotiques, dont les échanges entre Maritza et son amie Mireille, ou l’aspect voyeuriste dont se délecte la grasse copine de Cyril Gazan, mais de façon édulcorée.

 

Roman policier et roman d’espionnage, Vous serez nue mercredi soir est également un livre coquin, réservé, selon la quatrième de couverture de l’époque aux adultes, malgré cette réédition de la fin des années 1960. Comparé à ce qui fut publié à peu près à la même époque, ce roman est une bluette. En effet Emmanuelle, le fameux ouvrage édité sous le nom d’Emmanuelle Arsan fut publié en 1967 également mais qui l’avait déjà été, clandestinement, par Eric Losfeld en 1959 et 1960.

Il n’y a rien de franchement érotique dans Vous serez nue mercredi soir, juste quelques allusions. Et peut-être sont-ce les amours saphiques entre Maritza et Mireille qui auraient pu éventuellement choquer la censure lors de sa première parution en 1955, mais pas de quoi casser trois pattes à un canard ou tâcher un pantalon masculin. D’autant qu’en 1954, Histoire d’Ô signé Pauline Réage, de son vrai nom Dominique Aury, abordait de façon plus crue les liaisons charnelles d’une jeune femme avec divers partenaires dans des pratiques sadomasochistes. Pour une première lecture, car la pensée de l’auteur en est beaucoup plus profonde. Et ce roman obtint en 1955 le Prix des Deux-Magots, ce qui lui conféra une audience certaine tout en étant vendu discrètement.

Vous serez nue mercredi soir, un roman quelque peu banal dans son propos érotisant mais qui retient le lecteur grâce aux personnages, plus ou moins sympathiques et le plus souvent antipathiques d’ailleurs, mis en scène par Max-André Dazergues. D’ailleurs on relèvera une certaine similitude en le patronyme du personnage principal et celui de l’auteur. C’est le fond de l’intrigue qui est à retenir, et qui explique le pourquoi de ce tatouage et de son appellation d’Edelweiss rouge.

 

On fait ce que l’on veut d’un homme en lui laissant espérer qu’il peut vous avoir un jour dans son lit !... Et l’on n’est pas toujours obligée de tenir parole, n’est-ce pas ?

Max-André DAZERGUES : Vous serez nue mercredi soir. Collection Parme 2e série N°6. Editions de l’Arabesque. Parution 4e trimestre 1967. 256 pages.

Première édition : Collection Légère N°6. Editions de l’Arabesque. Parution février 1955.

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  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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