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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 15:44

Baskerville, la collection qui a du chien !

 

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A trente quatre ans, Spencer Tait est un homme rangé, méthodique, méticuleux, dont les habitudes quotidiennes sont réglées comme une montre suisse. Et son fidèle valet, Dormer, à son service depuis quinze ans, a calqué son mode de vie sur celui de son maître.

L'intrusion soudaine un beau matin, alors que Spencer vient de s'attaquer à un petit déjeuner copieux, de Claude Larcher bouleverse ses habitudes à un point qu'il ne peut imaginer. Son vieil ami Claude, qui a pourtant cinq ans de moins que lui, et qui physiquement et moralement diffère en tous points. Autant Spencer ne recherche pas la compagnie des femmes, qu'il les évite, un brin de misogynie latent l'obligeant même à les fuir, autant Claude Larcher est attiré par elles. Ingénieur, spécialiste de la construction des ponts et autres ouvrages, il revient de Nouvelle-Zélande où il a exercé son art durant quatre ans. Des retrouvailles dignement fêtées, et Spencer propose à Claude de l'héberger. Mais auparavant Claude Larcher doit passer à son club afin de relever son courrier.

Deux lettres, et quelles lettres, l'attendent qu'il s'empresse de montrer à son ami. L'une émane de son tuteur, l'avocat Hilliston qui l'a recueilli à l'âge de cinq ans, lui signifiant de se méfier d'un possible message d'une certaine Margaret Bezel et de le rencontrer aussitôt que possible. La seconde missive provient justement de cette Margaret Bezel lui affirmant qu'elle a des communications importantes à lui fournir concernant ses parents.

Tandis que Spencer achète et lit le dernier roman à la mode, Le secret d'un crime signé John Parver, Claude se rend à l'invitation de son tuteur. Hilliston lui narre l'histoire ses parents. Claude savait qu'ils étaient morts, mais les révélations de l'avocat le bouleversent. En effet, selon Hilliston, le père de Claude est mort assassiné, vingt-cinq ans auparavant, à Horriston, dans le comté de Kent, durant un bal masqué. Sa mère fut accusée du meurtre mais faute de preuve fut relâchée et mourut peu de temps après. Afin que Claude puisse en connaître tous les tenants et aboutissants, Hilliston lui remet un paquet de journaux de l'époque. Le jeune homme les lit dans une chambre d'hôtel afin de ne pas être dérangé, rejoint son ami Spencer le lendemain et lui raconte ce qu'il vient d'apprendre. Or Spencer connait déjà l'histoire de ce drame car Le secret d'un crime relate fidèlement ce fait-divers qui touche au premier chef Claude et avance selon une hypothèse logique le nom du coupable.

Mais ce drame est plus complexe qu'il y paraît. En effet, étaient présents à ce bal masqué, outre le couple George et Julia Larcher, Hilliston, l'ami de George, Jeringham, ami d'enfance de Julia Larcher et qui lui rend visite régulièrement ce dont George est jaloux. Julia est habillée en Marie Stuart, portant à sa ceinture un poignard. George est vêtu en Lord Darnley, deuxième époux de Marie Stuart. Les Larcher ont parmi leurs domestiques Mona et son frère Denis. Or selon les premiers renseignements Mona était enceinte des œuvres de Jeringham. Larcher a poignardé avec l'arme, retrouvée non loin du corps retrouvé près de la rivière et atteint d'un début de décomposition, arme que portait Julia lors du bal. Tels sont les premiers éléments dont dispose Spencer et émoustillé il se prend pour un détective, afin d'aider son ami Claude à résoudre cette énigme de plus de vingt cinq ans. D'autant qu'à part Hilliston, tous les protagonistes se sont fondus dans la nature.

Parmi les priorités, il lui faut découvrir qui se cache derrière le romancier John Parver. Spencer et Claude se rendent dans un salon à la mode, et auquel ledit Parver, tout auréolé de son succès littéraire, a été invité et qui s'appelle en réalité Linton et habite Thorston. Celui-ci avoue qu'il a appris cette histoire par son amie Jenny Paynton laquelle l'a découverte dans de vieux journaux cachés dans le grenier de son père. Claude rencontre à Hampstead Madame Bezel, une vieille dame paralysée. Première révélation de taille : celle-ci lui affirme qu'elle est sa mère !

Par un heureux hasard, Spencer possède un manoir à Thorston, et les deux amis se rendent sur place afin d'obtenir des éclaircissements de la part de Jenny, une jolie jeune fille de vingt-quatre ans.

Cette plongée dans la résolution d'un meurtre datant de vingt cinq ans s'avère être un véritable labyrinthe. D'abord un tunnel avec une lueur tout au fond. Mais en arrivant à ce qui ressemblait à la sortie, cette lumière n'est qu'un lumignon éclairant quatre ou cinq autres embranchements et il faut toute la perspicacité, l'énergie, la volonté de Spencer à aider son ami pour se retrouver dans ce dédale, A démêler le vrai du faux que les différents protagonistes vont colporter en affirmant qu'eux seuls détiennent la vérité. Car tous ces personnages, une fois les masques tombés, portent sur eux un autre déguisement qui induit en erreur nos détectives en herbe. D'ailleurs Claude est souvent découragé, désireux de laisser tomber et de simplement batifoler auprès de Jenny.

Ce roman de détection, sans policier, mais comportant une succession d'énigmes et de mystères, et de retournements de situation à profusion, est représentatif du début de XXème siècle sans pour autant se montrer mièvre ou ancré dans une époque révolue. Et l'on se prend à rêver au retour de romanciers maîtrisant leur intrigue avec autant de maestria. Si au premier abord on peut légitimement penser que les coïncidences sont un peu trop nombreuses pour être fiables, en avançant dans l'histoire on s'aperçoit que tout à été parfaitement pensé, réfléchi, raisonné par l'auteur, qui en outre possède une écriture fluide et limpide, dénuée de vulgarité. Mais cela est peut-être dû aussi aux traducteurs.


Et retrouvez le catalogue des Editions Rivière Blanche  ici


Fergus HUME : Le secret d'un crime. Traduction de Jean de la Vingtrie revue et complétée par Jean Daniel Brèque. Collection Baskerville N°14. Editions Rivière Blanche. Juillet 2013. 296 pages. 20,00€.

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 09:55

Une visite singulière de Paris !

 

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Eric Bernadi, étudiant en sémiotique et bûchant sur une thèse consacrée à Delacroix, travaille afin d’assurer sa pitance, soit comme guide sur les bateaux-mouches, soit comme vigile de nuit au musée d’Orsay pour le compte d’une société privée. Il fait équipe avec Polo, un ancien judoka, et est amoureux d’Odile, laquelle l’aime aussi, tout en accordant ses faveurs à des amants de passage.

Alors qu’un gardien attitré effectue sa tournée normalement, celui-ci s’aperçoit que la statue d’Ugolin, œuvre de Carpeaux, comporte non pas cinq personnages comme prévu initialement, mais six. Lorsqu’Eric et son ami prennent leur fonction, la police est déjà sur place, sous la houlette de l’inspecteur Couput. Et notre ami (on peut le qualifier ainsi) découvre avec horreur que parmi les personnages de la fameuse représentation d’Ugolin figure un être humain fondu dans la composition.

Ce n’est que le début d’une succession de crimes perpétrés par une entité appelée, faute de mieux, le Soudeur et qui se révèle être le fameux fantôme rouge des Tuileries, un ectoplasme monstrueux. Des confidences recueillies par Eric auprès d’Aurélie, une jeune bretonne descendante du commandant Servat, lequel fut l’un des protagonistes de la Commune et plus particulièrement dans ce quartier situé entre les Tuileries et le Musée d’Orsay.

Un lien étrange apparie ce bronze de Carpeaux à une autre composition, signée celle-ci de Rodin, La Porte de l’Enfer, et à un tableau célèbre de Courbet, L’origine du Monde. Eric plonge tête baissée dans ce mystère, attiré par les charmes d’Aurélie.

Le Fantôme d’Orsay, texte, paru initialement chez Lefrancq en 1999, et entièrement remanié par l’auteur, nous plonge dans un univers mi-policier, mi-fantastique, prenant pour cadre des décors connus, et pourtant historiquement méconnus de la plupart des Parisiens.

D’emblée François Darnaudet donne le ton et entraîne le lecteur dans une histoire palpitante, sans lui laisser le temps de reprendre son souffle. Pas de tergiversations, de philosophie de comptoir, de mise en condition progressive. Mais en même temps il s’agit d’un ouvrage qui dénote de la part de son auteur une solide connaissance, ou du moins une documentation impressionnante de l’art plastique en vogue à la fin du XIXème siècle mais également d’événements le plus souvent traités à la légère, sur une page et encore, dans les manuels d’histoire.

 

Dans Les Dieux de Cluny, nous retrouvons Eric Bernadi et le commissaire Couput, précédemment chargé en tant qu’inspecteur, de l’enquête sur le Fantôme d’Orsay ainsi qu’Odile. Couput est appelé d’urgence sur le théâtre d’un meurtre, le cadavre d’un homme coupé en deux, de haut en bas, en travers, comme la représentation du valet de trèfle d’une carte à jouer, ayant été découvert au cœur du quartier latin, dans les ruines des thermes de Cluny.

Pendant ce temps, Bernadi qui se remet peu à peu de son aventure précédente, est à Bruxelles, où il a décidé de reprendre la piste Rodin à zéro. Il veut comprendre le parcours de l’artiste, peintre et sculpteur, passé à la postérité après avoir été l’élève de Carrier-Beleuse.

Des débuts misérables, un passage comme nègre et principal exécutant des œuvres signés du maître alors en vogue, puis l’éclosion du génie avec des statues et compositions vouées à la postérité. Bernadi est fasciné par la relation charnelle, tumultueuse, entre Rodin et Camille Claudel.

Un inconnu, qui lui fait part de son désir de le rencontrer depuis de longues semaines lui propose de l’éclairer sur Rodin et La porte de l’enfer. Et c’est ainsi qu’il lui révèle l’existence de fissures et qu’il traque en compagnie de Gardiens triés sur le volet, des entités pouvant déchaîner la résurgence de Dieux Gaulois enfermés depuis des siècles par les Romains. Quatre Dieux disséminés à Bruxelles, Paris, Rome et Florence. Or il se pourrait que justement l’un de ces Dieux maléfiques se soit libéré à Paris, alors qu’il était muré dans les Thermes de Cluny. Bernadi, Couput et Odile aidés des Gardiens des fissures vont tenter d’annihiler le réveil de ces créatures.

François Darnaudet réinvente des légendes lutéciennes sous forme d’apocalypse, mettant en scène des personnages ayant existé, Courbet, Rodin et d’autres, offrant une autre vision, une autre conception de leurs œuvres. En même temps il s’amuse à rendre hommage à des personnages actuels du monde des arts et lettres, peu connus ou pas assez du grand public. Ainsi Gilbert Gallerne alias Gilles Bergal, Daurel ou Davrel, selon les romans, qui participa avec lui à l’écriture de nouvelles, ou Bernadi, peintre occitan, romancier à la NRF du temps de Camus, dessinateur de bandes verticales, auteur de la fresque de Collioure et illustrateur de la couverture d’un des romans de Darnaudet : L’appel de Collioure. Mis à part ces petits private-joke (comme on dit en français) les deux romans en un volume de François Darnaudet possèdent un souffle, un imaginaire impressionnant, une recherche et une documentation très riches afin d’étayer des histoires qui laissent le lecteur pantois. Avec en prime un intéressant et mouvementé voyage dans les égouts de Paris. Un volume qui n’est pas réservé uniquement aux amoureux de fantastique, de légendes lointaines, d’art plastique. Un réel bonheur 

de lecture, que l’on aimerait pouvoir prolonger par d’autres aventures, qui espérons-le, sont en gestation.

Cet ouvrage double existe également en Format Kindle, les deux titres étant vendus séparément 3,04€.

 

François DARNAUDET : Les Dieux de Cluny, précédé de Le Fantôme d’Orsay. Editions Nestiveqnem. Novembre 2003. 332pages. 18,70€.

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 08:17

Un métier d'avenir ?

 

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Lorsqu'il revient sur Terre, après plusieurs mois d'incarcération sur Mars, Franck Paramont ne se leurre pas et pourtant l'improbable se produit. Son ancien employeur a besoin de lui, et cela pourrait se traduire par une libération. Pour l'instant il ne s'agit juste qu'une sortie provisoire, mais c'est déjà mieux que rien.

Franck Paramont est extracteur de mémoire et Warwick a intercédé auprès des autorités afin de le libérer provisoirement, et peut-être définitivement si sa période de probation est concluante. Norman Gore, le patron de Nikton a recours aux services de Warwick car il s'agit de récupérer les données enregistrées dans le cerveau de Xavier Styx, décédé depuis peu. Si Paramont est un spécialiste du mortis memoria, il sait toutefois que le meilleur agent est Artie Schneidermann, celui qui lui a appris le métier. Mais Artie est interné pour des troubles psychologiques et c'est peut-être la porte de sortie pour Paramont, s'il accepte la mission bien entendu. Malgré tout Paramont demande un délai de réflexion, sachant pertinemment que le lendemain il acquiescera à la demande de son patron et de Norman Gore.

Nikton stocke des quantités conséquentes de données informatiques, et a pour clients de grosses entreprises dont tout récemment un consortium qui regroupera sous peu la plupart des laboratoires de recherches médicales et pharmaceutiques. Or une attaque informatique a été perpétrée sur les serveurs de Nikton, ce qui peut mettre en péril l'entreprise et Gore pense que Styx serait un traitre.

Les premiers tests passés par Paramont, après quelques mises à jour de son implant, sont assez concluant pour qu'il se mette à pied, ou plutôt à cerveau d'œuvre. Mais avant il veut rendre visite à sa femme qui gît dans un institut. Elle a été assassinée, alors qu'elle attendait à la pharmacie, par un dénommé Ion Ripley, ce qui entraîné la déportation sur Mars de Paramont, car sans avoir demandé une autorisation, il avait sondé les neurones du meurtrier. Son compte en banque renfloué par une dizaine de milliers de crédits-monde, la nouvelle monnaie, il peut payer ses dettes auprès du directeur de l'institut de cryogénisation où repose Eva.

Le travail peut enfin commencer, et assisté d'une nouvelle coéquipière, Donna, il commence à recueillir les pensées de Styx avant la décès de celui-ci et conservées provisoirement grâce à un produit magique. Il leur faut se dépêcher avant que tout se délite. Mais Paramont ressent des séquelles de son intervention, migraines, saignements de nez, et surtout l'intrusion de l'image de sa femme. Les images captées ont été enregistrées et en compagnie de Donna il vérifie cette impression. Ce n'est pas vraiment sa femme et la robe rouge qu'elle porte n'est pas tout à fait la même mais... Une nouvelle séance les déconcerte. Sept minutes de la mémoire de Styx ont été effacées, ce qui laisserait supposer que le mort ne serait pas à l'origine des fuites de données de chez Nikton.

 

Les amateurs de science-fiction, d'anticipation, d'enquêtes dans les milieux financiers et stratégiques vont se régaler. Les nouvelles conditions de vie, les technologies de pointe qui commencent à être élaborées de nos jours avec les empreintes digitales servant à ouvrir des portes et autres systèmes liés à l'informatique, l'air vicié, les constructions disposées comme une forêt qui s'élancent à l'assaut du ciel et autres innovations servent de décor futuriste à ce qui est en même temps un thriller angoissant (ce qui entre nous est un pléonasme). Et ce que nous connaissons aujourd'hui en matière de toute puissance des grands groupes industriels n'est rien comparé à ce qui nous attend. Déjà les laboratoires pharmaceutiques et phytosanitaires disposent de l'homme comme de marionnettes et de cobayes.

Mais je suis plus branché Historia que Science et vie et je n'ai pas vraiment pris de plaisir à lire cette histoire, ce qui ne veut pas dire qu'elle soit mauvaise. C'est simplement une question de goût, et j'espère bien que je serai le seul à partager mon avis, car ce roman vaut le détour pour tous ceux qui possèdent un esprit scientifique ou apprécient ce genre d'histoire. Je n'ai pas accroché même si parfois je me délecte de certains romans d'anticipation. Mais celui-ci, pour moi, est trop technique et j'en perds la saveur de l'histoire. Je préfère l'avouer même si l'auteur attend des éloges et des compliments. C'est bien écrit mais un peu trop ardu pour moi. Rendez-moi Alexandre Dumas, ses émules et ses continuateurs, je me sentirai plus à l'aise.


Sylvain BLANCHOT : Mémoire classifiée. Editions du Masque. Mise en vente le 18 septembre 2013. 452 pages. 17,00€.

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 07:47

Hommage à Maurice Limat né le 23 septembre 1914

 

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Maurice Limat est un vieux routier de la littérature populaire. Il a œuvré aussi bien dans le roman policier, notamment sous les pseudonymes de Maurice Lionel ou Maurice d'Escrignelle pour des petits fascicules dans les différentes collections des Editions Ferenczi, mais également pour des romans d'aventures, des romans fantastiques ou de science-fiction. Etant donc un vieux routier il possède à fond les ficelles du métier et ses romans s'en ressentent.

Une imagination fertile déclenchée par un tout petit rien, une image, un article, et tout de suite on assiste à une histoire solidement charpentée, structurée, enchanteresse. Certes il a passé sa vie à écrire des histoires afin de divertir bon nombre de lecteurs, et comme bien d'autres, il n'a pas toujours été récompensé, n'a pas toujours été montré en exemple, mis peut-être même mis à l'index par certains intellectuels de la SF française qui l'ignorent dans leurs anthologies ou leurs études.

Ce qu'on lui reproche, c'est de savoir écrire des histoires passionnantes. Ce n'est pas l'hermétisme dans l'écriture qui amènera de nouveaux lecteurs. Les romans de Maurice Limat sont limpides, faciles à lire certes, mais au combien prenants, attachants, intéressants. Ce sont des romans que l'on dévore jusqu'à la dernière ligne et après on a les yeux pleins d'images. Fournisseur de rêves et de détente Maurice Limat sera peut-être reconnu un jour par ses pairs, l'étant déjà par ses lecteurs durant des décennies.

J'ai écrit que ses romans étaient limpides. Ce roman l'est doublement puisqu'il traite d'un thème cher au roman d'aventures : les cités antique et mythiques perdues, les continents sous-marins engloutis suite à un cataclysme et dont l'Atlantide est l'exemple le plus souvent utilisé. Dans ce roman, c'est une autre civilisation que nous fait découvrir Limat, une civilisation vivant au milieu du Pacifique et ayant un rapport avec l'île de Pâques.

Francis, jeune ingénieur, et son ami Rerehi, un Polynésien, sont envoyés en éclaireurs parmi les quelques mille et un atolls qui parsèment l'Océan Pacifique à la recherche d'un galion espagnol ayant appartenu à l'expédition de Magellan. Ils préparent le terrain pour la venue d'un navire océanographique et d'une espèce de char sous-marin. En plein milieu du Pacifique, alors qu'ils pêchent, ils aperçoivent une femme blonde à la chevelure abondante, à l'épiderme étonnamment blanc, fendant les flots avec une facilité déconcertante et à une vitesse incroyable. Rerehi ne peut échapper à l'appel de la sirène et Francis plonge à sa suite afin de porter secours à son ami. Commence alors une fantastique aventure sous-marine.

 

limat.jpgMaurice Limat est décédé le 21 janvier 2002 à Sèvres après avoir écrit e, cinquante trois ans (de 1935 à 1988) 472 romans. Atoxa-des-abysses est son dernier roman publié.

Dans cette chronique écrite lors de la sortie du roman, et j'insistais sur la non reconnaissance de Maurice Limat comme véritable auteur populaire. Pourtant quelques études étaient parues dans de petites revues confidentielles comme Le Fulmar en 1983. Depuis, Maurice Limat a eu l'honneur d'articles publiés dans le Dilipo coordonné par Claude Mesplède, ou le Dictionnaire du roman populaire francophone sous la direction de Daniel COmpère.

La revue L'Œil du Sphinx a édité un remarquable ouvrage, Maurice Limat, L'entreprise du rêve (264 pages; 16,00€; mars 2002), comprenant entre autres une bibliographie complète, chronologique, par éditeurs et collection et par titre.

Les éditions Rivière Blanche ont réédité sous format E-Books 26 titres de Maurice Limat et c'est à consulter ici

 

Maurice LIMAT :Atoxa-des-Abysses. Fleuve Noir Anticipation N° 1599. Editions Fleuve Noir. 192 pages. Décembre 1987.

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 12:55

C'est en Svetambre... comme aurait pu chanter Gilbert Bécaud !

 

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Comme son titre l’indique, l’univers des nouvelles de Lucie Chenu s’articule surtout autour des enfants, avec une pointe de magie, d’angoisse, de fantastique, de féérie poétique.

L’inspiration nait dans un ressenti, une émotion, une image, une extrapolation de faits divers issus le plus souvent de petits événements vécus par l’auteur, ou encore un défi entre auteurs, des mots imposés, un premier paragraphe suggéré. Une interversion entre réalité et virtuel, un prolongement rêvé, ou cauchemardé, une extrapolation de situations de la vie courante.

Ainsi l’histoire d’une petite fille et de sa mère se promenant dans la campagne et narrée dans Vent d’Autan relève d’un événement réel mais exploité avec une légère transposition, ainsi que dans Carnaval dont le titre est tout un symbole ou encore dans La source qui prend son origine par une journée de grosse chaleur alors que l’auteur rêvait d’une bonne douche.

Autres personnages récurrents, les animaux quels qu’ils soient. Les oiseaux dans Les aigles de Valmy, parc ornithologique près de Banyuls qui offre des attractions touristiques avec des perroquets, des rapaces, des cigognes et bien évidemment des aigles. Seulement la représentation ne se déroule pas comme les autres jours, les oiseaux sont nerveux et les cigognes perdent chacune une plume sur des enfants, tandis qu’une femme se comporte bizarrement. Le village-aux-chats nous entraine dans le sillage de ces contes animaliers chers à Perrault et ses confrères, tandis que dans Ecoutez la légende tout se joue sur la chute, tout comme dans Guide de la métamorphose animale à l’usage des sorciers débutants.

L’utopie n’est pas loin comme dans Traitement de texte, une nouvelle répondant aux trois lois de la robotique édictées par Isaac Asimov. D’autres détonnent comme Les trois sabres, dont on pourrait trouver une inspiration japonaise mais le jeu de tarot sert de déclencheur, ou Le théâtre de Barbe-Bleue qui pourrait illustrer l’un des sept péchés capitaux : la gourmandise.

Sans vouloir véritablement passer un message politique, Lucie Chenu n’oublie pas les préoccupations actuelles, principalement les ségrégations et les discriminations, les outrages et les humiliations subies par les femmes, les animaux et la nature. Mais ceux-ci peuvent se venger, il ne faut pas l’oublier. Ce qui prime toutefois dans ces nouvelles c’est la tendresse qui s’en dégage, même si elle n’est pas forcément apparente.

 

Certaines de ces nouvelles, écrites à deux, quatre ou même six mains, ont été déjà éditées dans de petits fanzines ou sur le net mais elles méritaient une audience plus large. J’espère que via Rivière blanche ce sera effectif, ce qui ne serait que justice. Ce livre est accompagné d’une très belle préface de Nathalie Dau et de dix neuf hommages écrits par, entre autres, Jean-Pierre Andrevon, Jean-Michel Calvez, Claude Ecken, Noé Gaillard, Pierre Gévart ou encore Joëlle Wintrebert.


Lucie CHENU : Les enfants de Svetambre. Nouvelles. Rivière Blanche 2065. 304 pages. 20,00€.

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 13:21

Aujourd'hui, journée mondiale de l'Alzheimer. Un livre de circonstance !

 

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Si je tiens mon carnet de bord, mon journal intime comme une gamine énamourée ayant échangé son vrai premier baiser avec celui qu'elle considère comme son Prince Charmant mais qui deviendra bien vite son Prince Marchand en gros et en bétail, c'est à l'instigation du docteur, mince, je ne me rappelle plus son nom. Attendez, cela va me revenir. Ah oui, le docteur Granger.

Il faut dire qu'à quatre-vingt huit ans, je suis née le 6 janvier 1920 à Melun, j'ai les neurones qui commencent à s'empâter ou à s'entourer de filaments, ce qui me perturbe la mémoire récente. Mais je me souviens bien du Vendeur de Salles de bain qui est venu m'importuner et qui pensait m'arnaquer. Je l'ai poursuivi avec la Jaguar, muni de mon pistolet et d'un œil atteint de la cataracte. Alors forcément je me suis retrouvée dans le fossé, l'arme à feu valdinguant dans un fourré. Tiens, faudra que je le récupère, on ne sait jamais. Bilan quelques semaines à l'hôpital puis retour à la maison.

Au fait, je ne me suis pas présentée. Je m'appelle Gisèle Mathurine Léonce Teillard, épouse Galandeau. Mais mes amis, dont Maurice, qui est décédé, me disait Minette. Maurice, Etienne, Jeannot, Poulet, presque tous ont disparu, dans des circonstances tragiques. J'avais une jeune sœur aussi, Armande, que j'ai quittée lorsque j'avais dix-neuf ans. Elle n'en avait que douze et comptait sur moi. Elle m'en a toujours voulu. Mais elle est décédée, après avoir vécu aux USA, s'être mariée avec un ancien GI et avoir eu un fils. Edouard, alias Eddy, qui s'est présenté un beau jour, après mon accident. Est-ce vraiment mon neveu, ou un policier, à moins que ce soit quelqu'un qui en veut à mon argent. Qui sait, il débarque comme ça, comme si c'était naturel.

Le docteur, comment se nomme-t-il déjà, Granger, oui, Granger, a accéder à ma demande d'avoir une infirmière. Noémie s'occupe donc de mes médicaments, même si je possède un semainier et que je pourrais très bien gérer ma consommation toute seule, même si j'ai des trous de mémoire. Oh, mais je me souviens bien d'avant, quand avec Maurice, Jeannot, Etienne et Poulet, nous formions une bande. D'ailleurs j'ai dû m'exiler et je ne suis rentrée que lorsque tout a été prescrit. Faut avouer que sur mon CV, ces quelques lignes peuvent attirer les chacals : Complicité de vol à main armée, complicité d'escroquerie en bande organisée avec destruction de documents constituant la preuve d'un délit, entrave à la justice, corruption active, blanchiment d'argent, délit d'évasion par effraction... et j'en oublie peut-être.

Je gère mes comptes moi-même, même si parfois j'ai tendance à m'embrouiller dans le rendu de monnaie. Mes codes, j'ai tendance à les oublier, mais depuis un certain temps, j'ai l'impression que quelqu'un visite mon ordinateur. Alors il me faut aller dans un cybercafé, en cachette, car je soupçonne Léonie, ou Eddy de vouloir s'intéresser à magot. Ou les deux, Noémie et Eddy car je les ai surpris, mais je ne me suis pas fait remarquer, en train de perpétrer la tradition du simulacre de reproduction.

Et que dire du Père Simon, toujours à me lorgner du haut de son perron. S'il croit que je ne le vois pas ! D'ailleurs j'ai appris qu'il n'est arrivé au village que trois semaines avant moi alors que je pensais qu'il faisait partie des meubles, comme mes vieux voisins, que je ne fréquente pas.

Léonie, Eddy, Eddy, Noémie, peut-être bien que l'un des deux, plutôt Eddy d'ailleurs, serait le fils de Thiriet, celui s'est retrouvé le nez dans les pâquerettes grâce à nous, Maurice, Etienne, Jeannot et Poulet. De toute façons Thiriet père, je ne souviens plus du nom du fils, n'était pas quelqu'un de bonne compagnie....

 

tartine-01.jpgCondensé entre La Vieille dame indigne de René Allio en 1965 et Tatie Danielle, le film d'Etienne Chatilliez sorti en 1990, de Ma Dalton et de Tartine Mariol surnommée Tante Tartine, l'héroïne de BD des années 50/60 (je sais, on a les références qu'on peut) ce roman met en scène une vieille femme au passé trouble, qui vit avec ses souvenirs et est atteinte des prémices de plus en plus prégnants de la maladie d'Alzheimer. Mais avec des traces de paranoïa, ce qui n'arrange rien.

Minette ressent les affres de la maladie, ce qui ne l'empêche pas de porter un regard critique sur les personnes qui composent son voisinage. De même, si elle s'est fait arnaquer, il ne lui a pas fallu longtemps pour s'en rendre compte. Elle raisonne avec lucidité, malgré sa maladie qui est en phase moyenne. Ça fait un bail que je le sais, que ça ne tourne plus rond là-haut. Mais je n'y pensais pas. J'ai toujours été forte pour ça, pour ignorer ce qui m'emmerde. Jusqu'au jour où ça n'a plus été possible. Et il faut avouer qu'elle ne s'embarrasse pas de principes, sinon des siens.

Lorsqu'elle s'imagine, à tort où à raison, c'est tout l'intérêt de la suite de l'histoire, qu'aussi bien Eddy, qu'elle appelle plus tard, Emile, que Noémie transformée selon les jours en Léonie, que le père Simon, sont à la recherche de son magot, elle joue au chat et à la souris avec eux. Elle entame même une véritable partie mentale d'échec. Et son idée est de déplacer son argent en se rendant à Monaco puis de finir sa vie dans une île des Caraïbes.

Anouk Langaney signe son premier roman et révèle un potentiel imaginatif assez impressionnant dans la maîtrise de son sujet. Maintenant il ne nous reste plus qu'à attendre son prochain opus afin de déterminer si les espoirs contenus dans celui-ci se confirment.

Voir la critique de Claude sur Action-Suspense.
Anouk LANGANEY : Même pas morte ! Editions Albiana, collection Néra. 140 pages. 15,00€.

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 09:44

Bon anniversaire à Stephen King, né le 21 septembre 1947.

 

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Un ouvrage de référence consacré au Maître de Bangor, c’est-à-dire Stephen King himself.

Laurent Bourdier, après une rapide présentation de ce phénomène de l’édition qu’est Stephen King et une biographie sommaire, s’attache à disséquer l’œuvre selon les thèmes développés dans les ouvrages du fantastiqueur le plus traduit dans le monde.

L’unité géographique et les personnages récurrents, deux thèmes qui au premier abord échappent au lecteur peu sagace, puis les thèmes prédominants comme la religion, la technologie, le pouvoir politique et le capitalisme, et surtout l’enfance.

Enfin la relation entre les héros de Stephen King et l’auteur lui-même, à travers quelques uns de ses romans les plus célèbres. Misery par exemple.

Laurent Bourdier met l’accent sur le rejet par les universitaires du phénomène King, sur sa popularité contrebalancé par un accueil critique timide. Symptôme qui ne se limite pas aux Etats-Unis et aux auteurs de romans populaires d’outre atlantique. En France aussi nous possédons des romanciers qui sont lus par des millions de personnes mais sont ignorés par l’intelligentsia littéraire. Mais ceci est un autre débat.

Un ouvrage extrêmement fouillé, érudit mais en aucun cas ardu à lire. Afin de ne pas tomber dans les lieux communs je n’écrirai pas qu’il se lit comme un polar, mais presque. Il devrait non seulement combler les amateurs, pour ne pas dire les passionnés de Stephen King, mais également les curieux qui n’ont lu que quelques romans du maître et désirent en connaître davantage sur sa vie et surtout son œuvre.


Laurent BOURDIER : Stephen King, parcours d’une œuvre. Collection Références N°11. Editions Encrage. Avril 1999. 160 pages. 10,00€.

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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 08:14

Le 5 octobre paraîtra aux éditions de l'Archipel le nouveau roman de Michel Quint : Veuve noire. En attendant pourquoi ne pas lire ou relire ce livre ?

 

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En ce premier janvier, la famille Cordier s'achemine le père, Sigismond, la mère, Lilas, et le fils, Nicolas, dix huit ans, qui se traîne comme un boulet. Un rituel qui les mènera chez mémé Zélia, puis chez tata Margot, ensuite chez les sœurs Maton et enfin, dernière visite aux Desurmont.

Dans un fossé gît le cadavre de Noré. Tandis que papa et maman sont partis chercher du secours, Nicolas reste. Les souvenirs remontent, ceux qu'il a vécu, ceux qu'il a appris au hasard de son enfance. L'arrivée de Noré dans le village comme forain, défiant le mur de la mort à bord de sa moto, puis l'accident. Nicolas avait sept ans, mais il se rappelle tout. Papa descendant dans la fosse; Mélie, une jeune fille qui mangeait une tarte en face de lui et dont les miettes ont peut-être provoqué la chute du saltimbanque. Le corps de Noré sur une table dans le café tenu par mémé Zélia et Mélie déposant comme une obole le reste de son gâteau sur la combinaison du motard. Puis le mariage de Noré et de Mélie.

Nicolas n'était pas né, mais il revit pourtant la rencontre de son père avec sa mère, Lilas. Lilas, aguicheuse, servant des bières ou des verres de gnôle dans le café tenu par ses parents et s'extasiant derrière la vitrine pour la Buick de Roland qui en profitait pour la peloter, sous les yeux de Sigismond. Et l'accident de voiture qui coûta la vie à Roland, les plaies de Lilas, les cicatrices recousues par mémé Zélia dans le gallodrome devant les parieurs de combats de coq.

Lilas mise à l'index, fille perdue et dévoyée mais dont Sigismond demandera quand même la main. Puis l'installation de Noré tenant une boutique de cycles et de mobylettes, Mélie à la caisse. Et tata Margot, la jeune sœur de Lilas, considérée comme la pure de la famille et qui s'envoya en l'air le jour où l'on enterrait le grand-père de Nicolas et l'intoxication des convives par des champignons servis au cours du repas des funérailles. Nicolas et Mélie surprenant tata Margot et Noré dans leurs ébats. Noré qui aimait les deux femmes et les honorait à tour de rôle. Mélie s'empiffrant de champignons vénéneux puis mourant quelques mois plus tard. Un suicide, mais pour le village, c'était Noré le coupable, le meurtrier.

Puis la longue déchéance de Noré devenu clodo, s'habillant de bric et de broc, provocateur, mais auquel tata Margot devenue institutrice puis directrice d'école, s'accrochait telle une sangsue.


cake walk1Le cheminement de ces rois mages modernes est un véritable parcours du combattant. Nicolas et ses parents, assurés que tata Margot calmée les rejoindra, terminent leur pèlerinage annuel chez les Desurmont. Thérèse, la fille aînée à la libido exacerbée, joue avec les sens de Nicolas tandis que François, le frère annonce à ses parents stupéfiés qu'il arrête ses études.

 

Michel Quint est un romancier à part dans la cohorte des auteurs de romans noirs ou policiers, tant par le ton que par le style. Intimiste, il s'épanouit dans le pathétique. Il écrit avec des phrases qui cinglent comme des coups de sabre à la surface d'une mare, faisant remonter des bulles d'où se dégagent des miasmes de souvenirs, ou avec des phrases bandonéon qui s'étirent à l'infini. J'avais écrit à propos de Sanctus que Michel Quint se vautre dans l'écriture alliant au rêve un hyperréalisme débridé. Il le démontre une nouvelle fois avec brio.

Lire également du même auteur :  Bella Ciao.


Michel QUINT: Cake Walk. Editions Joëlle Losfeld. Première parution avril 1993. Réédition collection Arcanes novembre 2001. 214 pages. 8,65€.

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 15:26

Le bon gars du Gabon

 

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Le lundi matin, c'est un rituel, le capitaine Koumba et son adjoint Owoula, de la Police Judiciaire de Libreville, sont convoqués par le colonel Essono afin de faire le point sur les affaires en cours. Certaines d'entre elles sont résolues ou sur le point de l'être, mais d'autres restent en suspens. Dont plus particulièrement le vol du chéquier de l'ancien ministre des Mines et du Pétrole Odilon Mébalé.

Mais il y a aussi cette affaire de photos de gamines nues qui circulent sur Internet, gamines qui se sont suicidées par la suite. Enfin une mère et son bébé se sont fait renverser par une voiture qui a pris le large sans demander son reste. Une partie du numéro d'immatriculation a pu être relever mais la voiture de marque japonaise est représentée en trop grand nombre dans la cité pour être rapidement localisée. D'autant que les différents services auxquels les policiers pourraient avoir accès ne sont pas informatisés et les recherches risquent de prendre des mois avant d'obtenir un résultat concret.

La découverte d'un cadavre sur la plage du bord de mer, près du Palais Présidentiel, attire les curieux, l'attraction du jour. Les deux gendarmes du Service des Recherches, Boukinda et son coéquipier Envame sont dépêchés sur les lieux. Il se peut que l'homme soit mort par noyade, et la balle qu'il a reçu dans la gorge aura sans aucun doute accéléré cette submersion. D'après son état physique cela fait déjà un petit bout de temps qu'il a passé de vie à trépas. Et, détail macabre, deux doigts de sa main gauche ont été sectionnés. Comble de l'ironie, la douille qui a servi au meurtrier à perpétrer son forfait est retrouvée dans une poche du défunt.

Le corps mort rend son identité : il s'agit de Roger Missang, journaliste aux Echos du sud, hebdomadaire qui a eu plusieurs fois les honneurs d'être suspendu pour des articles jugés non conformes à l'esprit démocrate de la République du Gabon et offensants envers le parti dirigeant. Et bien évidemment la première des suppositions qui vient à l'esprit de nos gendarmes du service de recherche est qu'il s'agit d'une d'un règlement de compte politique. Or nous sommes en 2008, et des élections présidentielles auront lieu en 2009. L'actuel président est candidat à sa propre succession. Envame et Boukinda ont recours à Gaspard Mondjo, fondateur et rédacteur-en-chef de l'hebdomadaire L'Enquêteur spécialisé dans les faits-divers.

Mondjo propose d'autres pistes, mais la douille est du même calibre, et provient de la même arme que celle qui a exécuté Pavel Kurka, ancien soldat de l'armée tchèque, cousin éloigné de la femme de Baby Zeus, le ministre de la Défense, lequel est le fils du Président. Kurka était le chef des gardes du corps de Baby Zeus. On ne sort pas de la famille ! D'autant que Baby Zeus lui aussi brigue la place de président.

Les enquêtes menées d'un côté par Koumba et Owoula, de l'autre par Bukinda et Envame vont se croiser, et s'ils ne s'entendent guère, ils vont devoir quand même collaborer.

Selon les termes consacrés, ce roman est une fiction, quoiqu'inspiré de personnages et de faits réels. Et Janis Otsiémi se lâche dans la description de la politique menée au Gabon, et ne se prive pas de taper à gauche et à droite. Dans un style fleuri, il décrit son pays coincé entre modernisme et conservatisme rétrograde. Le musée National des Arts et Traditions ne contient que de pâles copies d'œuvres disséminées de par le monde. Ce qui permet à Janis Otsiémi d'écrire : La colonisation n'a pas seulement été une mission civilisatrice, mais aussi un pillage des biens et des âmes.

Les représentants de forces de l'ordre, qui étaient déjà les protagonistes de son précédent roman Le Chasseur de lucioles, sont des hommes les autres. Ils sont pour la plupart des adeptes de la cuisse tarifée, possèdent une ou des maîtresses, ce qui les met dans une position indélicate lorsque celle-ci se retrouve enceinte, car leur femme ou concubine est jalouse et ne peut accepter ce genre de situation, ce qui se comprend. L'antagonisme entre services différents n'est pas l'apanage d'un pays et l'on retrouve ce cas de figure un peu partout, au grand dam de la résolution d'enquêtes parfois. Et les douaniers mangent souvent au râtelier.

Si j'ai écrit que le style de Janis Otsiémi est fleuri, ce roman est toutefois moins décalé, moins haut en couleurs que ces précédents et je pense plus particulièrement à La vie est un sale boulot qui rappelait plus nos auteurs des années cinquante avec un mélange d'argot et d'expressions locales jouissives. Le contexte ne s'y prêtait peut-être pas, car plus ancré dans le domaine politique. Un roman caustique qui devrait intéresser de nombreux lecteurs qui recherchent autre chose qu'un roman noir américain, malgré la référence à James Ellroy, et une plume alerte, corrosive et sarcastique.


De Janis Otsiémi :  La vie est un sale boulot,  La bouche qui mange ne parle pas et  Le chasseur de lucioles.


Janis OTSIEMI : African tabloïd. Editions Jigal. Septembre 2013. 208 pages.16,80€.

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 08:38

Bon anniversaire à Jean-Pierre Andrevon, né le 19 septembre 1937.

 

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Jean-Pierre Andrevon, qui sous le pseudonyme d’Alphonse Brutsche, écrivit quelques magnifiques romans dans la défunte collection Angoisse du Fleuve Noir, est un authentique romancier populaire dont le talent s’exerce aussi bien dans l’angoisse que le policier, le roman noir ou la science-fiction. Dans son nouveau roman, il allie le roman noir et policier au roman d’angoisse, angoisse au quotidien sans pour cela puiser dans le fantastique. Tout en dans l’atmosphère, dans la description, dans la narration à la première personne du singulier.

Sous le lit où il s’est réfugié, Jack Frazetta, petit voyou sans grande envergure, orphelin depuis de trop longues années, revit sa participation dans le braquage raté d’une banque. Le hold-up qui tourne mal à cause d’un grain de sable. L’instigateur, le mentor, le chef est abattu par le vigile. Folco, qui devait les attendre au volant de la voiture destinée à les emporter au loin, n’a pas attendu son reste et s’est carapaté comme un foireux. Jack s’est enfui avec le butin. Il a planqué la sacoche dans un terrain vague, s’est retrouvé dans un quartier qu’il ne connaissait pas, s’est engouffré dans une maison par une fenêtre mal fermée, et s’est glissé sous le lit d’une chambre inconnue.

Ce qu’il n’avait pas vu de prime abord, c’est que ce lit était habité. Quelqu’un dormait au dessus de lui. La tuile. Surtout ne pas se manifester, rester le plus sage, le plus immobile, le plus silencieux possible. Il pense sa dernière heure arrivée alors qu’il éternue. Non. Le pire, il s’en rend compte rapidement, c’est qu’il n’y pas une personne dans ce lit, mais deux. Un couple.

Lui, Bill, est plutôt vindicatif et rabroue pour un rien sa femme. Elle, Agathe, est atteinte d’une maladie qui pourrait être le cancer. Comme la mère de Jack, décédée alors qu’il n’avait que seize ans. Bill ressemblerait plutôt à son père qu’il n’a guère connu, assez cependant pour que sa mémoire en reste marquée à tout jamais à cause des brimades et des coups dont il fut gratifié gamin. Donc Agathe est malade et reste couchée toute la journée. Bill est chauffeur de car scolaire et part tôt le matin. Jack profite de ces moments de calme pour sortir de sa cachette et se restaurer, et faire ses besoins, au grand dam de Bill qui accuse son épouse de se lever durant son absence et de simuler sa maladie. Les jours se passent, puis les semaines. Jack aménage sa cachette afin de la rendre un peu plus habitable.

Ce roman est un véritable huis clos écrit à la première personne, au cours duquel le narrateur se remémore le braquage, son enfance, ses déboires d’adolescent. Sans se montrer réellement sympathique, Jack parvient à émouvoir le lecteur, à l’entraîner dans ses angoisses de reclus, ses craintes d’être découvert, ses inquiétudes lorsque malencontreusement il produit un bruit incongru, ses affres lorsque son estomac, ou autre organe, se rappelle à son bon souvenir. La solitude portée à son paroxysme et avec laquelle il doit composer. L’angoisse au quotidien, sans artifices, sans la moindre once d’apport fantastique, sans appel au surnaturel. En réalité une parabole sur le manque d’amour, qu’il soit maternel ou autre, sur la transposition des sentiments, sur l’acceptation ou non de la solitude. Un roman qui se lit d’une traite et qui oblige à regarder sous le lit s’il n’y a pas d’autres habitants que les habituels moutons, lesquels ne sont pas atteints de la fièvre aphteuse, eux, mais nous sortons du sujet comme disait le gars qui avait terminé sa petite affaire.

Du même auteur, lire les chroniques de : Le météore de Sibérie et 66 synopsis et autant d'histoires à écrire.

 Jean-Pierre ANDREVON : La cachette. Le Masque Moyen Format. juin 2001. 228 pages.

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