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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 12:34

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Les joyeuses, ce pourrait être cette partie de l’anatomie masculine qui permet la reproduction de l’humanité. Ce pourrait être aussi ces fioles de vin rosé que s’enfilent, joyeusement notre narrateur et quasiment tous les protagonistes de ce roman théâtral. Ce pourrait être enfin la pièce de théâtre, Les Joyeuses commères de Windsor de Shakespeare, et que doivent interpréter pour quelques représentations une troupe dont les membres sont professionnels sur le déclin et amateurs du cru. Du cru, le terme pour une fois est adéquat, car l’histoire se déroule à Sablet, fief du rosé et du Gigondas. Ces joyeuses du titre, c’est tout cela à la fois.

Jean-Pierre Bernier qui veut terminer sa carrière en beauté a donc décidé de monter les fameuses Joyeuses commères avec une troupe constituée de bric et de broc (surtout de brocs car le vin coule à flots) avec d’anciens camarades de théâtre et des plus ou moins jeunettes à fouler les planches, ainsi que des amateurs locaux, dont Serge le jeune instituteur, Bruno un adjoint au maire, Simone Cabrières qui préside aux destinées du domaine viticole, Edwige, sa mère qui aima Jean-Pierre en son temps et en même temps fricotait avec David, représentant en spiritueux et père de Rico.

Ah Rico ! Fédérico Peres de son nom, la vingtaine bégayante. Depuis son plus jeune âge Rico est encombré de la glotte, sa langue se colle au palais et lorsqu’il veut s’exprimer les mots sortent de sa bouche comme les balles d’une mitrailleuse enrayée. Il a trouvé la solution, se taire et écrire. Et ne voilà-t-il pas qu’il est désigné pour un petit rôle de nigaud dans la pièce, en plus de jouer celui de régisseur général.

Rico se découvre un penchant pour le rosé, et il s’aperçoit qu’en s’imbibant ainsi, il retrouve l’usage de la parole, usage perdu depuis si longtemps que tous ces compagnons, hommes et femmes, en sont tout ébaubis. Lui le premier. Les incidents, drolatiques ou sérieux se succèdent, influant parfois de façon néfaste sur les répétitions.

Ainsi, lors d’un challenge devant désigner qui interprétera un personnage, Bruno fait une chute qui le contraint à rester cloué sur un fauteuil roulant. Rico devient donc remplaçant haut le pied, la main étant occupée à tenir la bouteille dont il avale goulument le contenu. Mais ce n’est pas tout, car il faut compter aussi sur les histoires de famille : Edwige qui déclare enfin sa flamme à Bernier alors que son cœur oscillait depuis très longtemps entre David le père de Rico et le metteur en scène acteur, David qui revient à l’improviste. Emma, une actrice, et Béatrice, une toubib qui prête son logement, s’amourachent de Rico qui ne sait plus ou donner des bras. Sans oublier les accessoires, une vieille panière qui doit servir dans l’une des scènes et dont le fond est souillé de vin ou de sang, et un ravin tapissé de tesson de bouteilles. Jusqu’à la scène finale qui est un véritable feu d’artifice comme souvent dans les romans de Michel Quint.

 

Michel Quint, qui outre un bac philo en 1967, une licence de lettres classiques en 1970 et en 1971 une maîtrise d’études théâtrales à l’Université de Lille, a suivi à partir de 1965 les cours d’art dramatique du conservatoire de Tourcoing, participé aux réalisations de diverses troupes d’amateurs de la métropole lilloise, suivi des stages nationaux de réalisation et de mise en scène, Michel Quint connait bien son sujet. De plus il est professeur de lettres classiques et est responsable depuis 1983 d’une option Propédeutique théâtrale. C’est peu de dire qu’il connait sur les bouts du doigt et de la langue parlée et écrite le monde du théâtre, en particulier du théâtre amateur dans lequel les acteurs sont tout à la fois indisciplinés et professionnels grâce à leur foi.

Il nous décrit tout ce petit monde avec saveur, humour, justesse, tendresse et une pointe d’ironie. Michel Quint est un romancier à part dans la cohorte des auteurs de romans noirs ou policiers, tant par le ton que par le style. Intimiste, il s'épanouit dans le pathétique. Il écrit avec des phrases qui cinglent comme des coups de sabre à la surface d'une mare, faisant remonter à la surface des bulles d'où se dégagent des miasmes de souvenirs, ou avec des phrases bandonéon qui s'étirent à l'infini. J'avais écrit à propos de Sanctus (éditions du Terrain vague – 1991) que Michel Quint "se vautre dans l'écriture alliant au rêve un hyperréalisme débridé". Il le démontre une nouvelle fois avec brio.


A lire également de Michel QUINT : Bella Ciao et Cake-Walk.


Michel QUINT : Les joyeuses. Première édition Stock 2009. Réédition Folio N° 5153. 18 décembre 2010. 192 pages. 5,40€.

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 13:29

Paru à l'origine dans une collection pour adolescents, un livre qui vieillit bien puisqu'il est réédité dans une collection adulte !

 

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Il n’y a pas d’âge pour entrer en littérature. Certains à peine sortis de l’adolescence, ou encore enfants, pondent des textes, des romans, considérés aussitôt comme des chefs-d’œuvre, mais souvent la baudruche se dégonfle rapidement. D’autres attendent sagement et ne se découvrent un talent qu’à un âge déjà révolu, à la faveur ou à cause d’incidents affectant leur santé.

Ainsi Joseph Bialot écrit son premier roman, Le Salon du prêt-à-saigner, alors qu’il a 55 ans et se morfond à l’hôpital. Charles Exbrayat avait 51 ans lorsqu’il publia au Masque Elle avait trop de mémoire. D’autres exemples pourraient être répertoriés, mais contentons-nous de parler de l’auteur dont le roman est chroniqué ce jour : Alan Bradley. L’éditeur et d’autres sources nous précisent que cet écrivain a publié son premier roman à l’âge respectable de 70 ans. Quant aux romans, la série Flavia de Luce, ils peuvent être confiés aux mains et aux yeux d’enfants innocents dont la tranche d’âge est estimée entre 8 et 95 ans.

Je gisais, morte, dans le cimetière.Ainsi débute cette histoire, une phrase qui rassurons-nous n’est qu’une rêverie de gamine. Flavia de Luce, dont le père est autoritaire, dont les deux sœurs, Daffy alias Daphné et Fély, Ophélia, plus vieilles qu’elle, se montrent infectes à son égard, et sa mère est décédée alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. Comment voulez-vous que dans ces circonstances Flavia ne se laisse pas aller à des pensées morbides ? Flavia n’est pas tout à fait morte puisqu’elle ressent les affres de la faim. Et c’est ainsi que parcourant le cimetière elle découvre entre les stèles, à plat-ventre sur une tombe, une jeune femme pleurant. Rien de bien grave affirme Nialla, juste que tout va mal, qu’elle s’est disputée avec Rupert et que la camionnette est tombée en panne. Rupert Porson est marionnettiste, une célébrité télévisée parait-il, mais en 1950 peu de personnes sont adeptes de cet écran à domicile, et encore moins à Buckshaw le village où habite Flavia.

Bref, Rupert est marionnettiste et Nialla son assistante. Rupert, contrairement à Nialla, n’est pas un Apollon. Grosse tête, physiquement, et boiteux, il a une jambe appareillée, il cultive également l’agressivité à l’encontre de Nialla. Et selon toutes apparences ils ne vivent pas dans l’opulence, obligés de se déplacer de village en village et assurer leurs prestations à bord d’une camionnette déglinguée. Le recteur de la paroisse leur propose de donner deux manifestations, l’une enfantine et l’autre destinée aux adultes deux jours plus tard. Pauvre mais digne, Rupert accepte cette transaction qui n’est pas une simple obole.

Le père de Flavia est un philatéliste acharné, Daffy est passionnée par la littérature fantastique et d’épouvante ainsi que par la poésie, Fély n’est préoccupée que d’elle-même. Flavia est férue de chimie et comme l’un des membres de sa famille possédait un petit laboratoire, elle engrange les expériences. Vive, intelligente, aventureuse, curieuse, chipie, Flavia traînaille volontiers et est toujours prête à donner un coup de main, surtout aux personnes étrangères à sa famille. C’est ainsi qu’elle accompagne Rupert et Nialla sur le chemin qui doit les conduire chez un garagiste, qu’elle aperçoit Meg la folle, une vieille femme attirée par les objets métalliques comme le poudrier miroir de Nialla, qu’elle se rend à la ferme de Culverhouse dont la fermière à quelque peu perdu la tête depuis que Robin son fils âgé de six ans a été retrouvé pendu dans la forêt cinq ans auparavant. Et puis il lui faut aller chercher à la gare Tante Félicie la grincheuse, renseigner Mutt Willmott qui se présente comme un producteur à la BBC, épier Gordon le père de Robin se disputer avec Rupert, et bien d’autres occupations encore comme parler avec Dieter, un ouvrier allemand qui travaille à la ferme de Culverhouse et arbore fièrement son costume d’ancien prisonnier de guerre. Heureusement elle a Gladys, sa bicyclette, qui lui permet de se rendre partout même là où il ne faudrait pas.

Elle assiste à la première représentation de Jacques et le haricot magique et tout le monde est subjugué par la dextérité de Rupert et son ingénieux système électrique pour faire évoluer les décors. Seul point qui la choque, la marionnette figurant Jacques ressemble trait pour trait à Robin. Et lors de la seconde représentation, les adultes qui n’avaient pas assisté à la première sont tout autant bouleversés. Certains même quittent la salle. Et lorsque le géant articulé Gallingantus doit s’écraser sur la scène, c’est Rupert qui tombe, mort, apparemment électrocuté.

Pour Flavia de Luce, il s’agit de relever un défi. Comprendre ce qu’il s’est véritablement passé ce soir-là et en remontant le temps démontrer que Robin ne s’est pas pendu. Une forme d’orgueil qui la pousse à vouloir battre l’inspecteur Hewitt sur son terrain. Comme je l’ai déjà écrit, Flavia est vive, intelligente, aventureuse, curieuse, chipie, mais également intuitive, prompte à la déduction, et surtout elle peut interroger innocemment les divers protagonistes, faculté que ne possèdent pas les policiers qui doivent enquêter selon les éléments qu’ils détiennent. On ne se méfie pas souvent assez de petites filles de bientôt onze ans à la langue pendue et qui sait tirer les vers du nez sans avoir l’air d’y toucher.

 

Bradley1.jpgPublié dans une collection jeunesse, probablement parce que l’héroïne est une gamine, ce roman est tout autant destiné aux adultes qui pourront réviser leurs cours de chimie et porter un autre regard sur des enfants apparemment normaux, et qu’on traite comme tels alors qu’ils possèdent un QI nettement supérieur à la moyenne. Mais les sœurs et le père de Flavia ne la considèrent que comme un élément négligeable, sur laquelle ils peuvent passer leur humeur, ce en quoi ils ont tort. Une série qui lorgne du côté de Sherlock Holmes tout en gardant une fraicheur juvénile.

 

 

 

 

Alan BRADLEY : La mort n’est pas un jeu d’enfant. (The weed that strings the hangman’s bag – 2010). Traduit de l’anglais (Canada) par Hélène Hiessler. Première édition Collection MSK, éditions du Masque. Septembre 2001. 384 pages. 17,30€. Réédition 10/18 collection Grands Détectives. 360 pages. 7,50€. Parution le 3 octobre 2013.

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 09:27

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Même si l'appellation a changé, devenant directeur financier, le travail de chef-comptable est de vérifier les factures qui sont adressées à l'entreprise où il est employé.

C'est ainsi que Lucien Ponsard relève des erreurs manifestes dans le calcul de la TVA de trois factures transmises par les établissements Floricole, une société de pépiniéristes basée à Nantes. Il veut leur téléphoner mais aucun numéro ni adresse ne sont indiqués. Il laisse le soin à sa secrétaire, Louise, d'effectuer quelques recherches. Celles-ci s'avèrent vaines, la société n'apparaît nulle part sauf sur le registre du commerce. En outre les vingt-trois arbres adultes prévus ne sont que des buissons. Immédiatement il en réfère à son patron, Bernon, le directeur de l'entreprise du même nom, qui travaille notamment dans l'immobilier et dont la plupart des marchés proviennent de la mairie de Tracy, dirigée par le sénateur-maire Rupert.

Bernon, qui fait l'ignorant devant Ponsard, alerte immédiatement son ami Rupert lequel fait appel à Cano, président-directeur général d'une société de conseil en recrutement, une couverture respectable pour des activités qui le sont moins. Rupert et Cano se sont connus durant la guerre d'Algérie, ils se sont liés d'amitiés et depuis l'un a souvent recours à l'autre pour divers petits boulots. Rupert demande à Cano de faire éliminer Ponsard qui vient de mettre des bâtons dans la roue de la fortune. Car bien évidemment les fausses factures, car il s'agit de fausses factures, permet à Rupert et consorts d'engranger des sommes rondelettes, et plus particulièrement à Rupert qui brigue un maroquin.

Ali et Léonard sont chargés de l'élimination. Les deux hommes se sont connus lorsqu'ils étaient dans un centre pour enfants, abandonnés ou ayant des problèmes avec la justice, ou encore parce que leurs parents ne pouvaient plus les élever. Un épisode vécu lors leur long passage au Mas Saint-Paul les a rapproché et depuis ils effectuent ensemble des coups de mains. Léonard est un homme renfermé, ne laissant à personne la possibilité de lire ce qu'il ressent. Ali est plus expansif, sans pour autant parler à tort et à travers. Ali conduit la moto tandis que Léonard abat tranquillement Ponsard rentrant chez lui après sa journée contrastée. Il avait remis sa démission puis après avoir réfléchi avait voulu revenir sur sa décision, mais il n'avait pu communiquer à Bernon son retour en arrière.

La mort de Ponsard affecte profondément Louise, qui aimait en secret le directeur financier. Louise travaille depuis plusieurs décennies chez Bernon, malgré un léger handicap. Elle est extravertie, s'agite beaucoup, surtout en dehors de son travail. Elle parle à la petite voix qui habite son corps et son esprit, gesticule et ne passe pas inaperçue dans la rue et pas forcément à cause de ses cheveux qui tirent sur le rose. Alors elle décide de s'introduire dans le bureau de Ponsard, qui depuis son décès est fermé à clé et photocopie le dossier gênant. Mais sa conduite n'est pas passée inaperçue de Bernon.

Ali n'est pas à l'aise car s'il est habitué des coups de main c'est la première fois qu'il participe à un meurtre envers un individu qui n'est pas un malfrat et n'a pas d'antécédents. Un meurtre inutile à son avis. Il se rend cher Ponsard et recueille le petit chat que celui-ci possédait depuis quelques temps.

La rencontre entre Louise et Ali va décider en premier lieu du sort d'Ali mais aussi de tous ces protagonistes qui pensaient avoir éradiqué l'épine que Ponsard leur avait enfoncé dans le pied. Mais aussi le sens du devoir, la conscience professionnelle de l'inspecteur Borgoni, qui contrairement au commissaire Ravier, un incapable talonné par le procureur, n'est pas inféodé aux édiles. Sans oublier l'apport précieux de Georges, obèse mais efficace, ancien condisciple d'Ali et Léonard au Mas Saint-Paul et avec qui Ali a gardé des relations.

Une fausse facture, un employé consciencieux, une secrétaire amoureuse et un peu fofolle, un tueur qui regrette son acte, il n'en faut pas plus à André Fortin pour écrire un roman sobre, rigoureux, et au combien d'actualité. Car le système des fausses factures et des édiles se servant au passage a de tout temps été une pratique illégale mais difficile à éradiquer. Tant de personnes gravitant dans des milieux politiques sont impliquées que la justice préfère fermer parfois les yeux, même si depuis quelque temps les affaires de concussion, délits d'initiés, de malversations sont plus traquées qu'auparavant. Mais André Fortin, qui connait bien son sujet, il fut lui-même juge, ne nous embarque pas dans un roman délire mais au contraire dans une intrigue solide et crédible même si cela ne parait pas évident. Revenez un peu en arrière et penchez-vous sur le cas d'un maire de père en fils de la région PACA.

André Fortin ne joue pas avec les effets de manche, pas de grandes envolées, tout est en nuance même si certains personnages peuvent sembler dérisoires. C'est ce qui leur donne ce côté attachant et André Fortin se démarque de ses confrères romanciers en livrant un récit qui ressemble presque à une biographie, tout au moins à une enquête implacable vue des deux côtés de la barrière.

Et le chat Ponsard là dedans me demanderez-vous ? Il est l'élément de la parabole de cette histoire. Recueilli par Ponsard, puis orphelin, à nouveau recueilli par Ali et délaissé pour des circonstances indépendantes de sa bonne volonté, il va se montrer faible, décharné, un SDF félin cherchant sa pitance dans des poubelles jalousement gardées par un congénère et par la suite se montrera plus associable et vindicatif que ceux auxquels il se frottait avant de devenir un nanti. Et la morale s'appliquera aussi bien à lui qu'aux être humains.


André FORTIN : Le chat Ponsard. Editions Jigal, collection Jigal Polar. Parution septembre 2013. 248 pages. 18,00€.

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 09:45

C'est sympa de leur part !

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Les romans humoristiques ou à tendance humoristique sont trop rares parmi la production actuelle pour les oublier lorsqu’un auteur, même débutant, s’y colle.

C’est ainsi que Cicéron Angledroit, auteur et héros de De la part des enfants s’inscrit en marge de l’actualité polardeuse. Son roman a paru il y a déjà un peu plus d’un an (lorsque j’écrivains cette chronique en 2002) mais il n’est jamais trop tard pour réparer un oubli.

Cicéron Angledroit est donc détective en banlieue parisienne. Divorcé il a une fille à charge, confiée à sa mère (la mère du détective, je précise) et côté finances, ce n’est pas la joie. Entre deux constats d’adultère, il passe son temps avec Brigitte, une pharmacienne mariée mais délaissée.

Une vieille dame lui demande d’enquêter sur la mort de son époux, décès survenu dix ans auparavant d’une crise cardiaque, mais qu’elle juge peu naturelle. Il a pour habitude de prendre son café matinal dans un bistrot d’une galerie marchande et ce matin là, une explosion jette la perturbation parmi les promeneurs. Un SDF qui s’était probablement emparé d’une valise oubliée et tentait de l’ouvrir rejoint le pays des sans logis.

Parmi les témoins René employé pour ranger les caddies et Momo, qui vend le Belvédère, journal des sans abris. Entre l’enquête à lui confiée par la vieille dame et la prolifération d’attentats envers les petits voleurs, jeunes ou vieux, Angledroit ne va perdre son temps et va même trouver quelques heures de libres pour consoler la belle-fille de sa cliente.

 

Ecrit à la première personne, ce roman oscille vers l’humour mais ne vous y trompez pas, l’épilogue est noir. Parfois on pense un peu à San-Antonio à ces débuts, lorsque l’histoire n’était pas délayée dans une logorrhée verbeuse. D’ailleurs l’un des personnages se prénomme Félicité, presque pareil que la mère du célèbre commissaire. Et l’auteur narrateur parle à son lecteur de la même façon. Malgré quelques imperfections, et quelques coquilles mais nous y sommes habitués même chez les grands éditeurs, ce roman est plaisant à lire et délasse après une longue journée de labeur. Le sourire est omniprésent, pourtant, vous vous en rendrez compte à sa lecture, le sujet est grave.

 

Ce roman réédité sous le titre de Sois Zen et tue-le est disponible chez publibook au prix de 21,00€ et au format Kindle pour 10,99€.


Cicéron ANGLEDROIT : De la part des enfants. Goutte d’Or productions. Décembre 2000. 256 pages. 14,90€.

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 14:50

Suite des aventures de Mickey Bolitar.

 

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Si le décès de son père dans un accident de la circulation taraude toujours l'esprit de Mickey Bolitar, d'auprès faits lui vrillent l'esprit. Pas seulement parce que la femme Chauve-souris l'a abordé quelques jours auparavant en sortant de chez elle et en affirmant que son père n'était pas mort, mais aussi parce que la photo du Boucher de Lodz, prise au milieu des années 1940 en Pologne, représente l'ambulancier qui a désincarcéré le corps de son père. Il se souvient très bien des traits de celui-ci, un homme blond aux yeux verts cerclés de jaune. La photo est en noir et blanc, mais il n'y a pas à s'y tromper, c'est le même.

En compagnie de Spoon, le fils du concierge un peu décalé, faussement niais, et d'Ema, la jeune gothique secrète, Mickey fait partie des exclus de l'école de Kasselton. Rachel, la bombe du lycée, est bien avec eux, parfois, mais elle fait aussi partie de la bande de Troy Taylor, le fils du commissaire de la ville. Elle forme avec Mickey un binôme pour les cours d'histoire, et elle les a aidé lors de l'affaire Ashley (voir chronique de A découvert), ce qui attise la jalousie de Troy. Mais pour l'heure ce qui alimente les conversations des étudiants, c'est la venue dans leur ville d'Angelica Wyatt, actrice de cinéma et icône des jeunes. Et des figurants seront engagés. Mickey a beau envoyer des textos à Rachel, celle-ci ne lui répond pas.

Mickey est réveillé au petit matin et emmené à Newark, la ville la plus proche où il est interrogé par une policière. Taylor est présent aussi mais ce n'est pas lui qui mène la danse. C'est alors que Mickey apprend qu'une fusillade a éclaté la veille au soir chez le père de Rachel, que sa mère est morte, qu'elle-même est blessée et a été transportée à l'hôpital.

L'Homme chauve, qu'il a déjà rencontré à plusieurs reprises dans l'épisode précédent, lui demande si Rachel ne lui aurait pas confié un paquet et il est question du Refuge Abeona. Mickey ne comprend pas et passe à autre chose car une sélection de basket pour les équipes scolaires aura lieu le lundi suivant et il espère bien être sélectionné et pouvoir sacrifier à sa passion comme son oncle Myron.

Tisiphone_abeona.jpgMickey veut absolument rendre visite à Rachel et Spoon, toujours aussi débrouillard, se déguise en docteur mais il est un peu jeune pour donner le change. Ema qui les accompagne trouve la solution et Mickey peut s'introduire dans la chambre de Rachel. Toutefois il est surpris d'apercevoir punaisé sur la porte de la chambre un dessin représentant un papillon, un Tisiphone Abeona, un de plus. Dans le couloir il entend Taylor arriver et vite il se cache sous le lit. Or les propos tenus par le commissaire vont à l'encontre de ce qui pourrait faire avancer l'enquête. Et Mickey doit trouver une astuce pour ne pas se faire repérer lorsqu'une infirmière décide d'emmener Rachel dans son lit passer des examens.

La maison de la femme Chauve-souris l'attire toujours et il s'y rend. Il découvre un grand nombre de photographies d'enfants or sur l'une d'elle il lui semble reconnaître quelqu'un. Il y retourne en compagnie d'Ema afin de découvrir le passage conduisant au garage mais un individu est caché dans la bicoque et bientôt le feu ravage la maisonnette.

Le casier de Rachel à l'école est fermé par un nouveau cadenas, et il veut absolument savoir ce qu'il renferme. En compagnie de Spoon et d'Ema il force la serrure et trouve à l'intérieur un sac empli de billets de banque et de poches de poudre blanche. Seulement deux malfrats, qu'il a déjà aperçu près de la maison de Rachel discuter avec son père, les ont suivi et veulent s'emparer du butin.

 

Poursuivant l'histoire entamée dans A découvert, Harlan Coben avance dans son intrigue ou plutôt ses intrigues. Car si à la fin du volume le meurtre de la mère de Rachel est résolu et expliqué, d'autre faits restent dans l'ombre. Bien sûr le lecteur en apprend un peu plus sur Ema et ses tatouages, et des zones d'obscurité s'éclaircissent. Seulement Mickey reste sur sa faim en qui concerne le Boucher de Lodz, l'ambulancier qui en est la copie conforme, et surtout son père. Il en apprend un peu plus sur son oncle Myron, qui n'exerçant pas la profession d'avocat que ses études auraient pu lui faire envisager ni le basket dont une blessure a brisé prématurément la carrière, est agent de stars. Mickey apprend aussi que ses incartades peuvent lui nuire pour la sélection dans l'équipe première de basket de l'école. Et ses relations avec le commissaire Taylor et avec son fils par voie de conséquence, ou l'inverse, sont tendues à l'extrême. scoubidou.jpg

La petite bande qu'il forme avec Spoon et Ema, plus Rachel, qui si elle végète à l'hôpital ne prend pas une part active dans ce scénario, tout en étant un élément clé, ce quatuor me fait un peu penser aux quatre personnages d'une série de dessins animés, deux gars et deux filles, Sammy le dadais, Fred le beau blond et chef incontestable du petit groupe, Daphnée la jolie rousse et Véra la petite brune à lunettes. Mais sans le chien Scooby-Doo.

Si Mickey professe une véritable passion envers le basket, il est néanmoins lucide : Je n'aime pas l'importance qu'on donne aux matchs, en les comparant à des batailles, voire même à des guerres. Les supporters, les commentateurs sportifs devraient s'inspirer de cette petite phrase et ne plus nous bassiner avec ils auraient dû tuer le match ou ils ont réalisé le hold-up parfait, des locutions totalement inutiles pour ne pas dire débiles.

Entre roman pour adolescents et pour adultes, A quelques secondes près est nerveux, sans passages inutiles, sans temps morts, sans digressions oiseuses et d'une lecture agréable, avec toutefois quelques interrogations dont celle sur l'utilité ou non de mentir en certaines occasions.


Harlan COBEN : A quelques secondes près. (Seconds away - 2012. Traduction de Cécile Arnaud). Editions Fleuve Noir. Parution 5 septembre 2013. 336 pages. 18,90€.

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 13:09

Un carré d'as gagnant !

 

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Sous un coffret qui se déplie comme un porte-carte, véritable objet de collection, quatre nouvelles consacrées aux femmes en colère. Trois auteurs, trois hommes, une femme, mais une femme en colère vaut bien trois mâles.

Alors commençons par les auteurs masculins, par ordre alphabétique :

 

Didier Daeninckx : La sueur d'une vie. 24 pages.

femmes1.jpgSanta-Maria de Cicero, paisible commune ibérique rythmée par les nombreux et coûteux travaux engagés par le maire et qui vident les caisses de la cité. La monarchie est au plus mal et la télévision ne manque pas de rappeler les dérives de Juan Carlos et sa famille. Au stade El Sardinero de Santander doit se produire la coqueluche espagnole clone de Justin Bieber et drainer toutes les gamines énamourées. Tout va bien, vous pouvez dormir tranquille. Sauf une dizaine de vieilles femmes qui s'intéressent de près à la Nova Caixa, la caisse d'épargne espagnole qui réalise des travaux au cas où il y aurait encore quelques personnes pour placer l'argent difficilement économisé et annihiler l'effet néfaste des voitures bélier. Or justement, ces dix femmes, âgées entre soixante-treize et quatre-vingt dix ans, voire plus, ont une réclamation à émettre auprès du directeur de la caisse.

Comme à son habitude, Didier Daeninckx lève le voile, montre les plaies de la société et gratte aussi bien les hommes politiques que la finance.

 

Marcus Malte : Tamara, suite et fin. 32 pages.

En tout homme sommeille un cochon. Et Tamara prend ce dictonfemmes2.jpg au pied de la lettre en pendant par les pieds deux hommes, des jumeaux, les égorgeant, récupérant leur sang dans des bassines, brûlant leurs poils et hachant leur chair pour les transformer en saucisses et autres charcutailles. Car elle leur en veut Tamara et ne leur pardonne pas les saloperies qu'elle a endurées par leur faute. Tamara est née le 1er mai 1946 à Saint-Laurent du Maroni, en Guyane, France. Elle y tient à cette précision. France. Le plus grand département français.

Comme elle le souligne : à ma connaissance les indigènes n'ont supplié personne de venir les coloniser. A ma connaissance il n'existe pas encore d'instrument pour mesurer le degré d'appartenance à la nation.

Mais qu'est-ce qui a bien pu enrager autant Tamara pour qu'elle soit réduite à transformer son hangar en abattoir et elle en charcutière.

Marcus Malte signe là un texte poignant mettant en avant ce racisme pernicieux tapi dans les campagnes où la couleur de peau indispose les habitants qui n'aiment pas les étrangers. Or sorti du village tout le monde est étranger, même les villageois des communes environnantes.

 

Marc Villard : Kebab Palace. 40 pages.

femmes3.jpgIl neige sur Ritsheim, et pour Cécile, marcher pieds nus, le long de la rambarde de la quatre-voies, c'est un vrai chemin de croix. D'autant que la veille, Cécile s'est une fois de plus, malgré ses nombreuses mais inefficaces résolutions, biturée puis est tombée dans un coma éthylique et emmenée au poste de police. Sa fille Lulu, Lucienne dans la vie civile et âgée de seize ans est venue la chercher et a payé la note du cafetier malgré le manque d'argent criant pour leur suffire à survivre. Lulu a quitté l'école car elle veut travailler, mais elle est trop jeune. Il ne lui reste que sa clarinette, et la pension envoyée par son père.

Elles vivent dans un mobile-home, non loin de la cité asiatique. Et justement elles découvrent une jeune fille étendue dans la boue, les bras liés dans le dos, des cordes lui cisaillant les seins, et un couteau planté non loin du nombril. Elle ne peuvent plus rien pour elle. Alors elles rentrent et Cécile continue sa cure de désintoxication en buvant pastis pur, vin blanc d'Alsace, bières et autres liquides qui l'emmènent dans les toilettes. Au Kebab Palace, Lulu remarque dans l'arrière-salle une exposition de photographies, d'asiatiques nues, menottées, ficelées. Il parait, d'après le patron et le photographe, qu'elles sont d'accord. Mais alors pourquoi la jeune morte figure sur une de ces photos ?

Marc Villard entretient envers les faibles, les déshérités, les perdants de la vie une affection et une empathie qui se ressent dans pratiquement tous ses livres, recueils de nouvelles ou romans. Il les décrit comme ils sont, avec une tendresse bourrue. Je ne dévoilerai pas l'épilogue, mais pendant un certain temps j'ai pensé que le photographe était Romain Slocombe.

 

Dominique Sylvain : Disparitions. 32 pages.

Je sais, vous allez me reprocher de ne pas connaitre mon alphabet,femmes4.jpg puisque je place Dominique Sylvain en dernière position, après le V de Villard. C'est normal parce que Dominique est une jeune femme fort avenante, au joli sourire et il me fallait bien lui donner une place d'honneur. Comme un dessert frais après un bon repas.

Cédric et Elsa s'aimaient d'amour tendre mais ne pouvaient avoir d'enfant. Cela commence comme un conte de fée sauf que la fée n'avait pour baguette magique que celle du mari. Et ils avaient été obligé d'avoir recours à une mère porteuse. Seulement Issara, la mère de substitution et Cédric avaient donné un coup de canif dans la procuration. Depuis ils vivent à Bangkok, avec leur enfant, et Elsa frustrée est bien décidée à les rejoindre car même si le ventre d'Issara a porté pendant neuf mois le résultat de la rencontre de ses ovules avec les spermatozoïdes de Cédric, cet enfant est le sien. Et puis elle aime toujours Cédric qu'Issara lui a volé par la même occasion.

Dominique Sylvain se penche sur le douloureux problème de ces mères porteuses, ces mères par substitution qui enfantent afin de rendre service à un couple dont le seul désir est de pouvoir se dire qu'ils seront un jour des parents comme les autres. Seulement il existe toujours des problèmes qui se dressent, et ce n'est pas forcément une question de morale.

 

Quatre beaux textes écrits par des auteurs pour qui l'humanisme n'est pas un vain mot, et que les troubles d'une société en déliquescence ne laissent pas indifférents.

Ces quatre livrets peuvent être également achetés séparément au pris de 4,00€ chacun, mais il serait dommage de faire l'impasse sur le coffret.


Femmes en colère : quatre nouvelles signées Didier DAENINCKX, Marc VILLARD, Marcus MALTE et Dominique SYLVAIN. Editions IN8, collection Polaroïd. Parution le 3 octobre 2013. 18,00€.

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 08:36

Dans Paris à vélo...

 

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Des rumeurs courent dans Paris en cette nuit du 6 juin 1944. Les Américains et les Anglais auraient débarqué en Normandie alors qu'Hitler et ses acolytes étaient persuadés que le Pas de Calais serait le théâtre des manœuvres. D'ailleurs ils en sont toujours persuadés, les côtes normandes n'étant à leurs yeux qu'une diversion.

A Montmartre, dans le cabaret le Cramoisi, Anne Vincent la chanteuse et Jean Leblanc, le prestidigitateur illusionniste devisent, le tour de chant terminé. Mado, la gérante des lieux surveillent son petit monde, principalement les entraîneuses Lilly Nevers et Louise Cravelon qui partagent le champagne avec deux officiers Allemands. Max officie au bar, tandis qu'Yves Scotto, ancien boxeur mi-lourd filtre les entrées. L'établissement appartient à Franck Torso, un truand dont Mado est la maîtresse.

Jean Leblanc n'est pas qu'illusionniste, travaillant parfois pour la télévision, c'est également un habile pickpocket et la conversation entre deux Allemands assis près de lui l'a fortement intéressée, car il comprend leur langue. Louise Cravelon part en compagnie de Wrang, un officier allemand. Ils doivent se rendre dans un hôtel proche et Jean Leblanc les suit espérant pouvoir subtiliser une enveloppe qui dépasse de la poche du compagnon de l'entraîneuse. C'est alors qu'un jeune homme blond tranche la gorge de l'officier et s'enfuit à vélo. Jean est précédé par un inconnu en canadienne qui s'empare du portefeuille du cadavre ainsi que de l'enveloppe. Jean est frustré et fournit des indications contraires aux soldats qui se précipitent sur les lieux du drame. Louise était sa complice et cela ne s'est pas déroulé comme convenu. Toutefois il a eu le temps de voir le visage du voleur.

L'enveloppe que possédait Wrang est prisée par bon nombre de personnes. Jean devait la remettre au lieutenant-colonel von Weissregen, homme de confiance de Goering. En effet elle contenait des documents importants, dont la photo d'un tableau de Vélasquez que Wrang devait remettre à Himmler, ainsi qu'une liste d'officiers susceptibles de tremper dans un complot contre Hitler. Grâce à son ami d'enfance, le commissaire Pierre Cavet, Jean peut consulter les fiches des voleurs recensés, mais celui qu'il recherche n'y figure pas.

Serge Loviot, le cycliste, n'est pas un Résistant. C'est un indépendant qui ressent des pulsions meurtrières et il n'en est pas à son premier meurtre, toujours à l'encontre d'officiers allemands qui déambulent seuls ou presque. Il est coursier et transporte notamment les manuscrits de Léopold de Maureille, qui signe des romans policiers, à l'éditeur Bertrand Frémaux ou à sa dactylo Yvonne Huillet.

Paul Saltion, l'inconnu qui a profité de la bonne occasion, vit justement de l'argent des autres tout en émargeant dans la Résistance. Saltion sait qu'il est recherché par tous les malfrats sous les ordres de Torso, et il en a parlé à Lilly, alors il lui faut trouver autre chose. Il tente d'échanger les Marks et les bijoux que contenait le portefeuille et les propose à son voisin, qui l'a déjà soigné, le docteur Louis-Ferdinand Destouches, plus connu sous son nom d'écrivain Céline.

Louise Cravelon est soupçonnée par la Gestapo d'être de mèche avec le meurtrier-voleur, car pour tous et selon les déclarations de Jean Leblanc, il n'y avait qu'un seul homme, mais elle est relâchée.

Frank Torso est un impulsif mangeant au râtelier de la Gestapo. Lui aussi est embarrassé par ce vol de document car Ingrid Schwartzblutt, la responsable du Sicherheitsdienst, la police de la police gestapiste, lui enjoint de retrouver les documents compromettant les officiers félons.

 

Ce roman n'est pas sans rappeler les feuilletons d'autrefois où moult personnages évoluaient dans un périmètre restreint, ici Montmartre et plus particulièrement Pigalle, sans pour autant être en relations. En effet tous ses personnages, plus quelques autres qui jouent les seconds rôles dont Sacha Guitry, Albert Camus, le docteur Petiot qui s'est fondu dans la nature et réapparait parfois sous les traits du capitaine Henri Valéry, Céline se côtoient, se croisent, ayant parfois des affinités, étant souvent des inconnus les uns pour les autres mais qui apprendront à se connaître, voire à s'aimer, ou à disparaître de la circulation dans des conditions violentes. Certains sont pathétiques comme Lilly l'entraîneuse atteinte de tuberculose. Une fresque historique qui repose sur des événements, des épisodes réels de la Libération de Paris comme par exemple la prise par des policiers résistants de la préfecture de police.

Si certains œuvrent dans la Résistance, et découvriront au fil de l'intrigue qu'ils appartiennent à des mouvements divers sous des alias, d'autres sont carrément pro-Allemands ou mangent à tous les râteliers. Officiellement ils ont des accointances avec les Nazis, officieusement ils émargent aux Francs-Tireurs et Partisans, jouant un double-jeu dangereux. Mais au sein même de la Résistance des acrimonies se font jours entre les Communistes dirigés par Rol Tanguy et les partisans du Général de Gaulle.

Scindé en trois parties, ce roman s'articule autour de trois dates phares : Le 6 juin 1944, jour du débarquement, du 18 au 20 juillet 1944, alors que des échauffourées sérieuses mettent aux prises la Wehrmacht et la Gestapo, et les quelques jours précédents la libération de Paris avec l'entrée des chars de la 2ème DB du général Leclerc le 24 août 1944.

Si Noël Simsolo évoque des personnages réels dans son roman, Céline, Sacha Guitry, Jean Cocteau, Petiot et d'autres, des personnages fictifs se glissent dans son intrigue. Par exemple le commissaire Brulls, Christian Brulls étant l'un des nombreux pseudonymes de Georges Simenon pour des romans d'aventures, Jean Leblanc, que l'on pourrait assimiler à Maurice Leblanc le créateur d'Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur. Enfin, une petits place est accordée à un obscur peintre qui sans être présent joue un rôle incontestable : Canino. Or le nom de Canino a été employé comme nom de plume par Noël Simsolo lui-même pour deux romans parus dans les années 1990 au Fleuve Noir.


Noël SIMSOLO : Paris Chaos. Libération, 1944. Collection Cœur Noir. Editions de l'Archipel. 350 pages. 18,95€.

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 12:21

Bon anniversaire à Dominique Sylvain, née un 30 septembre !

 

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Blaise Reyer est un flic mal dans sa peau qui aime travailler en solitaire.

Devant enquêter sur Boniface, un trafiquant de drogue, il fracture la porte de son loft, pensant découvrir un indice. Chou blanc.

Toutefois, il reconnaît par hasard en l’un des voisins de Boniface un ancien condisciple d’école qui paralysé à cause d’un accident se meut en fauteuil roulant.

Emmanuel Sollier philosophe à ses temps perdus dans un café et joue de temps à autre de la guitare, bref une vie sans imprévu. L’imprévu se charge de frapper à sa porte sous les traits de Rose Danjou, professeur de français de Jonas, le fils de Boniface, un fils délaissé, qui a perdu sa mère suite, selon les rumeurs, à une overdose.

Rose s’inquiète et elle n’est pas la seule. Madame Daoda, la propriétaire n’est pas très satisfaite de la réparation de la serrure chez son locataire. Sollier n’ose pas avouer que Reyer en est le fautif, mais promet de tout faire pour contenter la brave dame, boutiquière spécialisée en meubles africains. Et voilà l’engrenage s’est mis en route, insidieusement, rompant l’existence monotone de Sollier.

Un parcours dans le XIème arrondissement que n’aurait pas désavoué Léo Malet.

La comparaison s’arrête là, car Dominique Sylvain possède son propre style et il eut été dommage qu’elle en emprunta un. Une histoire sordide qui ne se termine pas très moralement, c’est selon les goûts, mais qui permet au moins à Reyer de se sentir sinon apaisé, du moins un peu plus serein.

Quant aux différents protagonistes, dont certains sont franchement truculents, les bons sont bons, les méchants méchants, et pourtant il n’y a pas trace de manichéisme. Et pour le plaisir, une petite citation rassurante : Les gens qui font du sport ne se droguent pas trop, sauf les champions.


Dominique SYLVAIN : Les passeurs de l’étoile d’or. Collection Noir Urbain, éditions Autrement. Photographies de Stéphanie Léonard. Septembre 2004. 120 pages

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 13:17

Certains partaient acheter une boite d'allumettes et ne revenaient jamais !

 

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Lucas, treize ans, est parti un samedi midi afin d'acheter un magazine de foot et il a disparu. Ses parents sont inquiets, et des portraits ont été affichés à Longjumeau et dans les environs. Le capitaine Jean-Baptiste Le Goff du SRPJ de Versailles est en charge de l'enquête. Il rencontre les parents qui ne voient pas pourquoi Lucas aurait fugué. Les petits problèmes existaient bien, des résultats moyens à l'école, de petites bricoles sans importance. Au collège, les avis sont unanimes. Lucas ne s'impliquait pas assez, c'était un solitaire. Il avait bien un copain avec qui il faisait ses leçons, sans plus.

Pendant que les policiers battent la campagne, Lucas est enfermé dans un grenier. Sa fugue l'avait fatigué et un homme l'avait réveillé la nuit alors qu'il s'était endormi près d'une haie. L'homme avait voulu le rassurer mais il s'était évanoui. Il sort de sa torpeur pour se rendre compte qu'il est chez un ogre et sa femme. Enfin ce serait plutôt sa femme qui serait la sorcière. Avec ses cheveux rouges, toujours en train de grogner, de rouspéter, de gueuler après son bonhomme, après le gamin, mal attifée, une véritable mégère.

Le capitaine Le Goff est mal dans sa peau. Sa femme l'a quitté emmenant dans ses bagages leur fille. Heureusement le travail est là pour lui occuper l'esprit. Le cadavre d'un gamin d'une dizaine d'années est découvert près d'un centre commercial à Villebon sur Yvette, non loin de Longjumeau. Apparemment il s'agirait d'un Rom étranglé. Il ne peut donc s'agir de Lucas, mais la piste d'un tueur en série n'est pas écartée. Un témoin se présente spontanément auprès des services de Le Goff mais quelque chose dans sa déclaration retient l'attention du capitaine. Ayant un problème avec son véhicule Michel Besson s'était arrêté sur le parking du centre commercial et avait aperçu un individu qui avait déchargé un sac extirpé d'une voiture blanche. Il n'avait pas pu distinguer le numéro d'immatriculation. Quant à l'heure, c'était aux environs d'une heure du matin. Or selon le médecin légiste, la mort serait survenue vers les trois ou quatre heures du matin. Le Goff est sceptique, intrigué par cette déposition. Ça lui apprendra à vouloir être un citoyen honnête à Besson.

Lucas parvient à s'échapper de chez ses bourreaux et lorsque Le Goff, guidé par le gamin parvient à l'antre, les vautours se sont envolés. Mais Le Goff fouille la maison découvrant un carnet d'adresses qui semble ne recéler que des adresses de correspondants ayant eu des ennuis avec la justice. Seul un certain Claude échappe aux recherches. Les deux vautours aux ailes rognées seront rattrapés mais il est indéniable que ce ne sont pas eux qui sont à l'origine de la mort du Rom.

Pour autant Le Goff ne lâche pas la piste Besson. Un nouveau meurtre est perpétré sur la personne d'un ado âgé de dix-huit ans. Cette fois son identité est connue et Le Goff et ses hommes remontent son parcours chaotique. Besson est homosexuel et ses fréquentations ne sont pas forcément reluisantes. C'est ainsi que, via ces deux sentiers semés d'embûches, Le Goff est sur la trace d'un triste sire surnommé l'Invisible. Il aurait pu tout aussi bien être surnommé l'Anguille car partout où Le Goff pense le trouver, l'homme s'est déjà faufilé vers un autre endroit. Et Le Goff n'est pas au bout de ses peines, car outre ses affaires de cœur, les problèmes liés à son prochain divorce et la garde de sa fille, un inconnu s'est infiltré dans son appartement lui dérobant des papiers, et il reçoit par téléphone des menaces impliquant justement son enfant.

Entre Longjumeau et ses environs et Paris, Le Goff va mener son enquête dans différents cafés et brasseries ou se rend ou rendait régulièrement son homme Invisible. Principalement des établissements dédiés aux homosexuels. Le métier de policier n'est vraiment pas de tout repos, et la cirrhose du foie n'est pas considéré comme un accident du travail.

 

Après un début un peu hésitant, l'envol du roman prend son véritable envol dans la seconde partie. Comme si Marie-Laure Banville avait débuté timidement son récit, s'enhardissant au fur et à mesure du déroulement de l'intrigue.

En effet la fugue/rétention de Lucas semble placée dans cette intrigue comme pour donner de l'épaisseur au roman, mais pas forcément à l'histoire. Et pourtant, elle se révélera indispensable pour la compréhension de l'épilogue.

Marie-Laure Banville joue avec les faux-semblants, les vraies fausses pistes, celles qui emmènent Le Goff et ses hommes sur des chemins de traverse. Un effet de miroir dont le côté glace nous reflète les travers de l'homme, de soi-même, et le côté tain la véritable nature brute de l'être humain.

L'écriture manque parfois de consistance et d'un seul coup, comme le vent qui apporte la tempête, elle possède des fulgurances qui transcendent le récit. Mais ce n'est qu'un premier roman et Marie-Laure Banville possède déjà les prémices d'une grande. Sur la quatrième de couverture, il est précisé que l'auteure est amatrice du genre policier et de ses auteurs majeurs américains et français. Point ne lui est besoin de vouloir les imiter comme il semblerait qu'elle veuille le faire en certains passages. Les petits maîtres, comme il est convenu de le dire, savent aussi écrire et racontent souvent des histoires plus intéressantes que ceux qui sont considérés comme majeurs.

Il a commencé par ressembler à Alain Delon et puis il finit comme tout le monde : une belle demeure en ruine, à la façade mal ravalée par les injections.


Marie-Laure BANVILLE : Achève, et prends ma vie. Editions Pascal Galodé. 23 Septembre 2013. 292 pages. 20,00€.

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 09:03

En voyant les policiers, les SDF n'avaient qu'un seul mot d'ordre : Tous aux abris !

 

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Dans les quartiers pauvres de New-York, Manhattan, Le Bronx, Bowery, sévit un tueur qui systématiquement s'attaque aux sans-abris, aux déshérités. Il les décapite, ne laissant sur les lieux de son crime que le corps. Le tueur disparait avec la tête de ses victimes, macabre trophée.

La plupart de ceux qui trouvent refuge sous des cartons, sous des porches d'immeubles, sur des bancs publics, dans des abris-bus, sont réduits à l'état de loques humaines à cause de la drogue, de l'alcoolisme, du chômage, de la maladie, de l'adversité.

Parmi eux, Bone, un sans-abri un peu spécial. Miséreux mais propre, il déambule dans les rues depuis un an, un os fossilisé à la main. Amnésique, il a même perdu l'usage de la parole. Jusqu'au jour où, miraculeusement ou à la suite d'un choc, après quarante-huit heures passées accroupi dans la boue, sous la pluie de Central Park, il recouvre la possibilité de parler.

Recueilli par Ann Winchell et Barry Prindle qui travaillent pour la Human Resources Adminsitration, une association caritative, il est soupçonné par la police, en particulier par le lieutenant Perry Lightning, d'avoir assassiné vingt-huit clochards. Il portait au cou une médaille appartenant à la dernière victime et ses mains, les manches de sa veste étaient poisseuses de sang.

Ali Hakim, un psychiatre d'origine pakistanaise, tente bien de l'interroger, mais Bone ne se souvient de rien. Il se sent dans la peau d'un inconnu. Seuls quelques brèves flashs fugitifs lui traversent l'esprit, mais il ne parvient pas à les associer à quelque chose de concret. Qui est-il ? Il n'en sait rien. Coupable, il veut bien se rendre à la justice, mais tout d'abord il veut en avoir la preuve matérielle. Il faut démontrer sa participation aux meurtres ou découvrir qui est à l'origine de ces massacres. Surtout il veut savoir qui il est et comment il est parvenu à cet état de déchéance.

Une bande de jeunes voyous commandée par un albinos nommé Lobo le traquent. Bone replonge dans l'enfer de la rue. Hébergé dans un centre pour sans-abri, une espèce de refuge camp de concentration, il est en butte aux exactions des gardiens. Il erre dans les rues à la recherche de son passé, de son identité, du moindre indice qui lui permettra de subir un choc capable de le faire renouer avec ses antécédents. S'il trouve des amis disposé dans cette quête, il trouve également sur son chemin des personnages qui s'acharnent à le voir plonger un peu plus dans l'horreur. Comme s'il était particulièrement visé, comme s'il détenait un secret préjudiciable à une tierce personne.

Le thème du personnage amnésique qui doit se défendre bec et ongles contre des accusations de meurtres, qui doit prouver son innocence, ce thème a été souvent exploité dans le roman noir, dans le roman policier. Pourtant George C. Chesbro avec Bone renouvelle le genre, le transcende presque, y apportant la touche de sensibilité, l'humanisme nécessaire à faire comprendre le désarroi d'un homme atteint d'amnésie et perdu dans une ville hostile.

George C. Chesbro va plus loin en entraînant son lecteur dans le dédale des quartiers mal famés de New-York, mais également dans, ce qui est à ma connaissance une première, les souterrains de la métropole, les galeries, les catacombes. Une ville dans la ville, creusée parfois depuis des centaines d'années et inconnue du grand public. Un monde souterrain d'où devrait jaillir paradoxalement la lumière.

Mais Bone c'est également un cri de désespoir, un réquisitoire. Ainsi un personnage s'exprime en ces mots violents : Vous êtes libre ici, mais ça signifie également que vous êtes libre de dégringoler, d'avoir faim, d'être malade, de perdre votre toit. Bien sûr on ne vous laissera pas mourir. Mais dans ce pays, quand vous perdez, vous perdez pour de bon. On vous donne juste de quoi survivre, et en échange on vous vole votre amour-propre. Cette société ne vous laisse pas mourir, elle vous en donne envie. L'Amérique est un endroit terrible, vraiment terrible, si vous glissez du barreau de l'échelle, ou si vous n'avez jamais réussi à trouver l'échelle.

Réflexion désabusée qui malheureusement ne s'applique pas aux seul Etats-Unis.


George C. CHESBRO : Bone (traduction Jean Esch). Première édition Rivage/Thriller 1991. Réédition Collection Rivages/Noir N° 164. Editions Rivages. 464 pages. 9,65€. Réimpression Juillet 2013.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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