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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 14:34

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Vouloir comparer un écrivain à un autre est un exercice difficile et périlleux. Comment va réagir le premier nommé en le confrontant directement à un confrère, même décédé. Ne va-t-il pas se sentir frustré, vexé, mortifié, humilié, de voir accoler son nom à celui d’un autre si célèbre fut-il. Un écrivain ne rêve-t-il pas de posséder son propre style ? Et oui, je sais et pourtant je n’hésite pas, la lecture de L’écume des nuits d’Alain Page m’a fait penser à Henry Miller, l’auteur sulfureux de Plexus, Sexus et autre Nexus. Non il n’y a aucune parodie, aucun plagiat, aucune ressemblance, simplement une atmosphère, celle de l’autobiographie que pudiquement on noie sous le nom générique de roman. Simplement cet univers gentiment érotique que tout adolescent ou presque découvre avec appréhension et avidité. Le narrateur est obligé de quitter Nantes, sa ville natale, et suivre ses parents dans une sorte de château de dix-sept pièces à Meudon Bellevue, la maison familiale ayant été bombardée. Son père résistant, ayant pratiqué tous les métiers ou presque s’établit comme coupeur de tissu pour la fabrication de costumes. L’adolescent de seize ans continuera ses études à Paris, mais il est attiré par le Quartier Latin et Saint-Germain des prés. Il jette aux orties sa défroque de scout et d’enfant de chœur. Il va même, afin de gagner quelque argent nécessaire à sa vie germanopratine, à sa survie, approvisionner des dames pipi qui officient dans les sous-sols des cafés en cigarettes américaines de contrebande.

Il découvre l'existentialisme ou plutôt l'Animalisme Il passe ses après-midi dans des cafés comme le Dupont Latin, le Flore, les Deux Magots, au Bouillon Chartier, à La Boule d’or, au Luco (Le Luxembourg), ses soirées au Lorientais où officie Claude Luter, au Tabou où joue de la trompinette Boris Vian, dans des salles de cinéma dont l’obscurité se révèle propice à des investigations manuelles, rentrant le soir chez ses parents à Meudon Bellevue lorsqu'il ne loupe pas, volontairement ou non, son train. Il apprécie en guise d’études l’observation tactile de ce qui se cache sous les jupes portefeuille des jeunes filles, ayant toutefois eu un avant-goût de pilosité chez sa cousine plus âgée, découvrant l'amour, l'acte d'amour, mené à bon terme ou interrompu, les doigts cajoleurs de jeunettes en mal d'aventure dans des braguettes qui ne demandent qu'à s'épanouir, qu’elles s’appellent Suzanne, Diane, Monique, Marie, Clara… Il se trimbale partout ou presque avec un carnet de croquis, dessinant mais aussi rédigeant des textes et des poèmes, n'osant pas encore se qualifier d'écrivain mais plutôt de noircisseur de papier. Il côtoie des célébrités et de futures vedettes : outre Claude Luter et Boris Vian, il approche Gréco Jean Marais, Gérard Philippe, Jean Sol Partre et Simone de Bovouard, comme les avait surnommés Boris Vian, et quelques autres moins connus dont Le Major, l’homme à l’œil de verre qui décèdera quelques mois plus tard en se défenestrant, Radiguet, le neveu de l’auteur du Diable au corps, “ Mowgli ” Jospin. Il préfère s’encanailler avec la bande du Quartier Latin qu’avec les Bellavistiens (habitants de Bellevue), et note les lectures prioritaires suggérées par ses compagnons : Joyce, Yeats, Camus et bien d’autres, mais la claque il la reçoit en découvrant la Série Noire ainsi que les éditions du Scorpion via un auteur nommé Maurice Raphaël, qui deviendra plus tard au Fleuve Noir Zep Cassini et plus connu sous le nom d’Ange Bastiani. Un de ses mentors lui déclare même :“ … ne vous croyez pas obligé de lire nécessairement utile. En matière de lecture, il faut savoir aussi s’encanailler. Un jour le tri se fait de lui-même. Moi aussi, j’ai imaginé être Lupin quand j’étais jeune. Il faut des livres qui font grandir mais il en faut d’autres qui font rêver. ”

Alain Page dans cette fiction autobiographique ou cette biographie romanesque, nous plonge dans le Paris d’après guerre, ou plutôt dans un quartier de Paris qui veut s’étourdir après avoir reconquis la liberté de pensée, de paroles, d’actes, une liberté factice, se saoulant d’alcool, de jazz, de be-bop, d’interminables discussions littéraires, philosophiques, cinématographiques. Une période qui dure trois ans environ, car peu à peu, le quartier est gangrené par les touristes, les bourgeois, et autres parasites. Alain Page exprime le désarroi d’une adolescence perturbée, assoiffée de connaître autre chose que ce qu’il a vécu durant la guerre et refusant ce que lui promettent ses parents en guise d’avenir. Il n’oublie pas les bons mots, malgré la tristesse, le spleen, qui parfois le ronge, le désabusement qui est le lot de bien de ses condisciples, les désillusions comme celle qui suit la spoliation de sa première nouvelle devant être publiée. Page 20 Alain Page écrit : “ D’ailleurs, ce trop joli prince aux amitiés allemandes, illustré par Pierre Joubert, suscite chez moi une perplexité d’après-guerre. Ne serait-il pas le symbole de cette complicité d’auteurs fascisants et néanmoins français qui ont tenté de vendre à une jeunesse non moins française des cousins en quelque sorte germains, juste un peu trop blond aryen pour être honnête ? ” . Le fameux Prince Eric de Serge Dalens, auteur qui suscita bien des controverses et fut le chantre du scoutisme. Alain Page nous doit maintenant une suite à ce roman et nous entretenir des années cinquante, de ses années cinquante.


Alain PAGE : L’écume des nuits. Pascal Galodé éditeurs. Parution Aout 2009. 570 pages. 24,00€.

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 07:48

Mère Noël Mère Noël où êtes-vous

Mère Noël Mère Noël montrez-vous

Avez-vous une mini-jupe êtes-vous un peu sexy

Est-ce que le Père Noël vous sort dans les boîtes de nuit

Pierre Perret.

 

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S'il y en a un qui n'aime pas Noël, c'est bien René Vindi. Tout ce qui a un rapport avec Noël, le rituel, le folklore, les festivités, le père Noël, tout. Un moment dans l'année qui le déprime, le rend morose, le laisse comme une larve, le démantibule, l'assomme, l'occis.

Malgré qu'il déteste le froid, il est sorti dans la ville avant l'affluence prévisible. Harnaché comme s'il baguenaudait au Pôle Nord, plus de couches de vêtements sur lui qu'un mille-feuilles gastronomique. Puis il est rentré et depuis un Père Noël est enfermé dans un cagibi.

René Vindi est un obsédé maniaque, minutieux, méticuleux. Il traque le moindre grain de poussière, n'hésitant pas à repasser derrière sa femme de ménage, pourtant très bien payée, une lingette pour essuyer, épousseter, frotter, astiquer. Et des lingettes, il en possède toute une palanquée, chacune d'elles ayant une fonction précise.

L'opération nettoyage menée à bon terme, René Vindi rend une petite visite à son hôte particulier puis il se douche consciencieusement, se vêt comme s'il devait se rendre dans un endroit sélect, se verse un verre de vermouth, place sur son lecteur un CD censé contenir un florilège des plus beaux adagios, s'installe dans un fauteuil douillet de qualité, puis il réfléchit, il pense, il se plonge dans son enfance, extirpant des images qui lui tiennent à cœur pour des raisons particulière. Ensuite...

Noël, pour certains ce mot est synonyme d'enfance heureuse, de réunions familiales, de joie, de gaieté, d'attente dans la découverte des cadeaux qui n'apparaissaient qu'un petit matin au pied d'un sapin majestueux ou malingre, les chaussures cirées et miroitantes. La désillusion quelquefois car le distrait Père Noël n'avait pas apporté dans sa hotte distributrice la totalité de la commande écrite laborieusement.

Chacun de nous peut envisager Noël selon ses propres souvenirs, ou ceux qu'il aurait avoir, ou par des images issues de dessins animés ou de lectures (Ah Dickens !) mais Gilles Vidal nous propose une autre piste, pas forcément empruntée par le traineau et les rennes. Une piste touchante, émouvante, révoltante, que certains ont peut-être connue, ce que je ne souhaite pas mais toutes les... pistes sont à envisager.

Je vous invite à vous rendre pour votre plus grand plaisir sur le site des éditions SKA, et si vous êtes l'heureux possesseur d'une tablette, d'une liseuse ou tout autre moyen de lecture électronique vous y découvrirez un cadeau de Noël sympathique.

De Gilles Vidal lire également :  Mémoire morte et  Histoires vraies à Paris.

Un entretien avec Gilles Vidal.
Gilles VIDAL : Revival. Collection Noire Sœur. Editions Ska. 20 pages. 0,99€.

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 14:26

Séance de rattrapage...

 

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Coincée entre la voie ferrée du RER C et le bois des Tantes le bien nommé, entre Viroflay et Chaville, s’étend une bande de terre transformée en jardins ouvriers. Cinq cabanes de jardin construites à l’aide matériaux de récupération, un potager, du linge qui sèche sur un fil tendu entre deux poteaux. L’endroit a été surnommé le Quai des Gueux, un terrain appartenant à la SNCF qui dans sa grande mansuétude tolère cet aménagement. Cela dure depuis vingt ans, depuis que Luigi a aménagé ce camp de fortune. Capo, Krishna, Bocuse, Betty Boop et la Môme vivent dans une entente parfaite et presqu’en autarcie. Ils n’ont pas l’électricité et ont raccordé l’eau courante à un point d’eau. Parfois Bocuse, qui est le cuistot, d’où son surnom, effectue des remplacements dans une supérette tandis Betty Boop récupère les détritus dans les poubelles. Pas n’importe quoi, juste ce qu’il leur faut pour vivre. Pas de gâchis non plus chez eux. Ce sont des SDF. Sans Domicile Fiable. A moins que ce sigle signifie Sans Doute Foutus. Allez savoir.

Luigi est de retour depuis quelques mois après avoir purgé dix-sept ans de prison pour un meurtre qu’il a avoué. Il se trimballe avec un chariot de supermarché, dans lequel il emmagasine quelques bricoles. Et ce jour-là alors qu’il rentre tranquillement la Môme lui dit de dégager rapidement. Ce n’est pas parce qu’elle est fâchée, mais juste pour le prévenir. Trois Bleus sont venus peu auparavant et elle a peur que Luigi soit incarcéré de nouveau. Le motif réside en trois corps de jeunes femmes retrouvées sur les rails, en piteux état. En pièces détachées, très exactement. Pour la Môme c’est un dingue qui a accompli ce forfait mais elle a peur pour Luigi, à cause de ses antécédents.

Trois femmes, à quelques jours de distance. L’inspecteur Evariste Blond (prononcez Blonde comme James Bond) du 36 quai des Orfèvres hérite de l’enquête. Il en profite pour convier sa stagiaire Christelle, qui doit terminer dans peu de jours son bain dans l’antre de la Criminelle et s’ennuie copieusement à rédiger ses rapports. Il lui demande si Timothée, son fiancé qui vient la chercher de temps à autre, pourrait les aider. Christelle se défend de posséder un quelconque ami encore moins un ami, ce n’est juste qu’un sous-colocataire qui vit avec elle, un point c’est tout. Des précisions qui ne sont pas à négliger et dont se moque Evariste Blond. Timothée va s’infiltrer, s’il le peut dans le Quai de Gueux tandis que lui et sa nouvelle et toute fraîche adjointe vont repérer les lieux. Et pour faire bonne mesure, Sonier, Florence pour les intimes, agent des RG, est elle aussi sur l’affaire car dans sa partie c’est une spécialiste. Son travail, c’est de travailler sur les ordinateurs, à la recherche de sites plus ou moins malsain. Et il faut aussi écouter les avis du médecin-légiste. De quoi en perdre la tête. Comme les deux jeunes femmes dont la partie pensante n’a pas été retrouvée. Un point de l’affaire à élucider, l’autre étant : meurtre ou suicide. Et s’il s’agit d’un suicide, où les têtes ont-elles pu se planquer ?

Pendant ce temps, Luigi déambule à pied avec son chariot avec en tête (oui, lui, il l’a sur les épaules) retrouver son copain Jérôme et Lula, là-bas du côté d’Ermenonville. Tout en sachant que son passage en prison, sans toucher le bonus du Monopoly, et que les Bleus qui sont à sa recherche, c’est bien pour lui mettre les morts des jeunes femmes sur le dos. Déjà qu’il y a dix-sept ans…

 

Herve-Sard.JPGHervé Sard bouscule les à priori, les préjugés, les opinions toutes faites sur le monde, de plus en plus débordant du cadre strict d’une cours des miracles, des mal logés, des SDF, des marginaux. De ceux qui sont rejetés par la société mais sont récupérés lors de certaines échéances. Les faire-valoir, malgré eux, d’âmes bien pensantes à des fins électoralistes. Mais il n’entre pas dans le misérabilisme de bon aloi, il ne force pas le trait. Ce sont des personnages comme vous et moi, pas aujourd’hui penserez-vous mais demain peut-être, qui ont connu le malheur, n’ont pas réussi à surmonter les difficultés, ou ont choisi délibérément la voie de la liberté. Quelques scènes sont particulièrement significatives. Et il est démontré que les plus démunis peuvent eux aussi pratiquer la charité envers les plus riches qu’eux. En certaines circonstances. Et si le mot n’était pas un peu galvaudé, je parlerais d’humanisme.

Si je devais retenir, outre l’histoire dans son ensemble, quelques impressions de lectures, ce seraient les échanges quasi philosophiques entre Timothée et Krishna. Sur la religion, sur Dieu, ou celui qui est appelé Dieu quelle que soit la religion, et autres pensées sur le bonheur, la théorie de l’univers. Les hommes ont créé la religion. Donc les hommes ont créé Dieu. Croire en Dieu, c’est croire en l’homme. Ou Il est préférable de connaître l’ignorance que d’ignorer la connaissance. Enfin Le plaisir est l’ingrédient d’un mets dont nul ne connait la recette. Bien entendu, pour apprécier toute la saveur de ces citations, il faut les lire dans le contexte, mais je n’ai pu résister au plaisir de vous en dévoiler la teneur. Et comme pense Krishna : Remuer la boue, ça ne la fait pas disparaître, et si le niveau baisse c’est qu’elle a éclaboussé.


Hervé SARD : Le crépuscule des Gueux. (Première édition Collection Forcément Noir. Editions Krakoen décembre 2011). Réédition collection Lunes Blafardes N°24. Editions Après la Lune. 208 pages. 11€.

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 08:57

Un piratage, sans ratage !

 

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Malgré les différences qui existent entre leurs conditions sociales et familiales, Rachid et Bastien, treize ans, sont amis, ce qui les distingue de la plupart des adultes.

Rachid vit seul avec sa mère, son père qui travaillait depuis douze ans en France avait été arrêté peu de temps après s'être séparé de Mireille, sa femme, au motif qu'il n'avait pas de papiers ni carte de travail. Et il avait été reconduit au Maroc comme un voleur, la honte l'empêchant de garder des relations avec sa famille. Rachid est passionné par les ordinateurs, seulement il n'en possède pas. Alors il utilise celui des parents de Bastien lorsque la mère de celui-ci l'autorise, ou il se rend dans un cybercafé où il peut s'adonner à sa passion durant deux heures, le soir, lorsque sa mère est partie effectuer des heures de ménage, des remplacements qui ne lui permettent que de s'offrir le minimum vital.

Bastien vit dans un pavillon situé dans un lotissement en bordure de forêt, il a son père et sa mère ainsi qu'une petite sœur, et ses heures de loisirs sont consacrées à des promenades dans les bois. Rachid participe à ses équipées et Bastien n'hésite pas à l'inviter pour que Rachid s'adonne à sa passion informatique.

Lors d'une promenade en forêt les deux amis aperçoivent un panneau annonçant la construction prochaine d'un grand ensemble résidentiel avec installations sportives, commerces, et le fin du fin, crèche et maison de retraite. De quoi passer toute sa vie dans le même endroit. Leur coin privilégié va être saccagé, ce qui ne les fait pas rire. Les animaux vont fuir à cause de la circulation, ils ne pourront plus construire de cabanes, tous inconvénients liés à ce projet qui pour eux n'a aucun sens. Rachid décide de se renseigner mais ce soir là il ne peut accéder au cybercafé. Le week-end se passe et le lundi matin, les deux amis se retrouvent au collège afin de profiter des ordinateurs de la bibliothèque, n'ayant pas classe car les examens du brevet commencent. Puis ils décident de se renseigner à la mairie auprès du service de l'urbanisme mais ils se font jeter comme des malpropres. Pis, le père de Bastien n'est pas content de leurs démarches, car il a un contrat avec la mairie et il serait dommage que celui-ci saute, obérant les finances familiales.

Les vacances. En général, Bastien part chez ses grands-parents, puis à la plage en compagnie de ses parents. Rachid lui reste à la cité Mermoz de la ville de Saint-Pierre. Cette année, c'est différent, pas pour Bastien, mais pour Rachid qu'un oncle vient chercher afin de l'emmener au Maroc connaître ses grands-parents.

A la rentrée, les travaux ont démarré. Le terrain est entouré de grillage, un vigile surveille les lieux accompagné d'un chien, comme si quelqu'un allait leur voler les grues. Elles ont d'ailleurs une drôle de forme les grues. Rachid fonce plus que jamais dans les méandres d'Internet, s'infiltrant dans l'ordinateur du chantier, et ce qu'il découvre ne lui plait pas du tout, mais alors pas du tout. Faut croire que ses investigations ne plaisent pas non plus à quelques personnes. Blake Snake alias Jean-Michel, le patron du cybercafé, est agressé. Puis c'est l'appartement de Rachid d'avoir de la visite. Et ceux qui se sont infiltrés n'ont pas fait dans le détail. Ils ont tout ravagé, comme s'ils recherchaient quelque chose, mais quoi. Sûr que Rachid a mis ses doigts sur le clavier là où il ne fallait pas.

 

Il est de bon ton de critiquer négativement les gamins des banlieues, de les accuser de passer des heures sur des jeux vidéos, sur un ordinateur, de vadrouiller, mais ne pallient-ils pas les déficiences des adultes qui ne pensent qu'à leur quotidien et leur confort ? Ceux qui alertent leurs concitoyens sur certaines dérives étant considérés comme des marginaux, des contestataires pour un rien, de doux rêveurs, des empêcheurs de tourner en rond. Les autres, la majorité, se réveillant trop tard et accusant les services publics, le gouvernement de tous les maux alors qu'au départ, ils n'étaient ni pour, ni contre, ils s'en moquaient, pourvu que cela ne rompe pas leur train-train quotidien. Alors demandez-vous à quoi s'occupent vos enfants lorsqu'ils passent des heures sur leur ordinateur et au lieu de les accabler, posez la question de savoir ce qui les intéresse, les passionne, quelles sont leurs inquiétudes, leurs priorités.

pauletlestaff.JPGD'accord, ce que j'écris est idyllique, utopique, mais on peut rêver, non ? Et je pense que les enfants, les préadolescents seront intéressés par cette histoire qui sort des sentiers battus.

Et parfois, plus je vieillis, je me dis qu'il vaut mieux avoir confiance aux gamins qu'à certains adultes. Et si mes propos vous semblent sibyllins, lisez le livre.

Si l'éditeur procède à une réimpression de cet ouvrage, ce que je souhaite, il serait de bon goût qu'il rectifie la petite coquille qui apparait en quatrième de couverture, car à mon avis, cela fait mauvais effet.

A lire égalment de Jeanne Desaubry : L'incendie d'Halloween.
Jeanne DESAUBRY : Hacking ! Collection Jasmin noir, éditions du Jasmin. Parution le 24 septembre 2013. 128 pages. 9,90€.

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 08:59

Hommage à Howard Fast, né le 11 novembre 1914.

 

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Depuis des décennies, des romanciers s'échinent à prouver que tout n'est pas rose dans le meilleur des mondes chez l'Oncle Sam, et qu'il faut gratter le vernis pour s'apercevoir que le chancre étale ses ravages dans toutes les couches de la société, celle étant en vue, l'écorce, cachant bien les attaques de la maladie mais se révélant la plus atteinte.

 

Joe Cullen qui, comme bon nombre de militaires, est revenu du Vietnam désabusé, veut se confier, se confesser. Il s’adresse d’abord à une prostituée, puis à un prêtre. Mais aucun d’eux ne veut ou ne peut lui apporter la paix, le réconfort moral, l’absolution d’un geste dont il se sent entièrement responsable.

En dernier recours, il se rend dans un commissariat miteux d’un quartier de New-York. Là, il avoue avoir tué un prêtre au Honduras. Mais plus que la mort du religieux, dont on n’a pas retrouvé le corps, c’est ce qui tourne autour de ce meurtre qui amène le lieutenant Freedman et le sergent Ramos à pousser leurs investigations.

La confession de Joe Cullen est enregistrée en vidéo par Freedman qui la transmet au district attorney Timberman. Joe accuse la CIA de fournir des armes aux guérilleros honduriens, acceptant en paiement de la drogue. Timberman envoie la bande à Washington mais elle est immédiatement classée « top secret ». Ginny Selby, son assistante, rencontre Cullen pour se faire une opinion.

Cullen dénonce notamment un général, Swedenham, un colonel, Yancy, et deux pontifes politiques milliardaires du nom de Lester et Monty, des truands qui se masquent derrière une respectabilité bourgeoise. Ceux-ci connaissent les démarches effectuées par Cullen ainsi que le nom des personnes rencontrées par l’aviateur. Ils tiennent un conseil de guerre pour l’éliminer. L’épuration commence autour de Cullen par la prostituée et le prêtre catholique.

 

Howard_Fast.jpgHoward Fast, tout comme Dashiell Hammett, eut à souffrir du Maccarthisme dans les années cinquante, lors d'une chasse aux sorcières communistes particulièrement aveugle. D'ailleurs pour continuer à écrire il dut changer de nom de plume devenant E.V. Cunningham et bon nombre de ses romans sont parus sous cet alias en France. A près de quatre-vingts ans (ma chronique date de 1991) Howard Fast se montre toujours aussi virulent. Si Steinbeck et Erskine Caldwell, entre autres, démontraient l'existence de la misère dans le petit peuple, Howard Fast s'indigne, stigmatise et vitupère contre la classe dirigeante, et ses engagements extérieurs, sans parler de sa politique intérieure.

Principalement visée, la CIA, dont on connait le laxisme ou l'ambigüité parmi certaines affaires en dehors des frontières des Etats-Unis, particulièrement dans les pays d'Amérique Centrale.

De quoi ternir le rêve américain, l’image de marque de la bannière étoilée et de ce qu’ils représentent comme symboles : Liberté et Justice.

A lire également :

Signés Howard Fast : Mémoires d'un rouge; Un homme brisé; L'Ange déchu et Sylvia, tous aux éditions Rivages.

Signés E.V. Cunningham : Alice; Oh Lydia; Penelope; Samantha; La poudre aux yeux; Le facteur Crésus; Les morts s'affranchissent; Quatre dames damnées; Le Jap se débride; Le noyé de Beverly Hills, On m'a volé mon Ange... chez différents éditeurs (Presses de la Cité, Série Noire, et parfois réédités sous le nom d'Howard Fast chez Néo, Folio, Les Belles lettres...), sans oublier Spartacus maintes fois réédité.

 

 

Howard FAST : La confession de Joe Cullen (The Confession of Joe Cullen - 1990. Traduit par Patrice Couton). Editions de l'Atalante. Parution juin 1991. 288 pages. Réédité au Livre de Poche Thriller N° 7589. Octobre 2002. 280 pages.

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 17:44

Pour production de vin de messe ?

 

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Sur la hauteur du Mont Brouilly se dresse la petite chapelle Notre-Dame-des-Vins que Berthe et Simone Lulute, des sœurs septuagénaires et légèrement tourneboulées du ciboulot, entretiennent de temps à autre. Et comme il serait inconvenant qu'un chien pénétra dans l'édifice religieux, elles laissent Coquette baguenauder dans les environs. Epoussetage et décrassage sont les deux mamelles du nettoyage, et elles ne ménagent pas leur peine. Or elles sont interrompues par des furieux aboiements de Coquette. La chienne vient de découvrir quelque chose, ou plutôt quelqu'un qui ne devrait pas se trouver là. Un homme allongé au sol, égorgé, et comble de surprise tout autour du cadavre sont fichés en terre des os de poulets, des plumes de volaille, des bouts de bois fourchus et dessiné grossièrement, un pentacle.

chapelle-du-mont-brouilly-visorando-2897.jpgAussitôt prévenus la gendarmerie, la brigade criminelle puis les spécialistes scientifiques arrivent sur le terrain. L'adjudant-chef Fernandez reconnait en le mort le maire du village de Saint-Vincent-les-Vignes et aussitôt il en informe Archibald Sirauton, l'adjoint de l'édile et ancien juge d'instruction.

Archie, pour les intimes, dernier né d'une dynastie de riches vignerons de la région et d'une mère américaine a préféré laisser tomber la toge pour se consacrer aux ceps et se vêtir d'une tenue idoine, portant des cheveux longs, ce qui intrigue évidemment ceux qui ne le connaissent pas, le prenant pour un bredin, terme local signifiant un simple d'esprit. Fernandez l'appelle donc chez lui, et aussitôt Archie se rend sur le lieu du drame en compagnie de Filoche, un jeune qui avait mal débuté dans la vie dérobant en solitaire des bijoux, et avait comparu devant Archie, lequel pour de bonnes raisons décrites dans le roman l'avait pris en amitié et depuis cet ancien résident des institutions pénitentiaires vit au domaine.

Si Filoche et le chien Tirbouchon, un Labrador à qui il ne manque que la parole et encore, accompagnent Archie, c'est pour une raison bien simple. Tandis qu'Archie sera occupé avec la maréchaussée, et nonobstant la présence du commissaire imbu de sa personne mais pas très futé nommé Poussin, qui se prend pour un coq mais se conduit comme un canard boiteux, Filoche promenant Tirbouchon, ou le contraire, vont ratisser en catimini le terrain à la recherche d'éléments ayant échappés à la sagacité des pandores et autres représentants des forces de l'ordre.

Joseph Marzot, le défunt maire, avait acheté quelques mois auparavant une petite propriété nommée le Vignoble du Diable, Appellation d'Origine Controversée, mais cette possession alimente quelques jalousie. Et puis les langues vont bon train, s'il ne s'agit pas d'une affaire de sorcellerie, cela pourrait s'y apparenter. Selon Simone Lulute, il ne faut pas aller chercher loin, c'est un coup des Naturiens.

Naturia est une secte basée à quelques kilomètres de là, dans un bois, et dirigée par Viridomaros. Il s'agit d'une trentaine de personnes attirées par la Nature et vivant nues. Sous le nom de Viridomaros se cache un personnage du nom de Richard Quatrepoint, ancien PDG d'un laboratoire pharmaceutique et condamné pour irrespect des protocoles en utilisant des cobayes humains pour ses expériences. Or Quatrepoint a purgé sa peine de prison en compagnie d'un cambrioleur qui aurait raflé pour des millions d'euros de bijoux. Mais ce voleur est décédé en prison, or c'était justement l'ancien propriétaire du Vignoble du Diable. Quatrepoint avait voulu acheter le terrain qui pourrait recéler les bijoux mais il s'était réveillé trop tard et la vente lui était passée sous le nez. Manque de flair pour un mage qui entretient des relations avec bon nombre de dieux celtes.

Quatrepoint, alias Viridomaros, constitue une piste sérieuse, mais d'autres se profilent à ne pas négliger. Et Archie va s'employer à les vérifier toutes, en compagnie de Xavière, son amie, comédienne de son état, de Filoche qui a découvert près de la voiture du maire un gant exhalant des senteurs peu agréables, de Bougonne, sa cuisinière qui possède un don de voyance et de Tirbouchon, qui doit posséder quelques gènes issus de ses ancêtres qui auraient frayé avec Milou.

Des personnes atypiques parsèment cette histoire dont, outre ceux que j'ai déjà vaguement présentés, deux prétendants au fauteuil de maire, des vignerons aussi dissemblables qu'un melon et une asperge, qui se détestent cordialement depuis la nuit des temps, et même avant, sans oublier leur progéniture, et quelques autres que vous découvrirez au fil de l'intrigue. Par exemple Poussin, dont je vous ai entretenu au début de ma chronique, qui est un homme obtus, obstiné. En ces périodes de crise, il aurait fait un bon ministre.

Les temps sont durs pour Bougonne qui lisait l'avenir dans le marc de café, quoique depuis l'invention des dosettes elle ne pratiquait plus. Cet exemple n'est qu'un aparté démontrant le côté humoristique du récit mais également que le progrès n'arrange pas les affaires de tout le monde, ceci n'étant qu'une réflexion hors sujet. Quant à Alouette, autre personnage atypique, il serait vain de penser qu'elle se laissera plumer facilement.

Ce roman possède deux intrigues qui vont se chevaucher et il s'avère que le progrès n'est pas forcément synonyme d'humanisme, mais je n'en dévoile pas plus, je ne voudrais pas spolier l'auteur qui s'est décarcassé à écrire un roman frais, léger, gouleyant, fruité, pétillant, ou plutôt perlant comme le Beaujolais nouveau, à consommer sans modération. Dans la majeure partie du roman c'est l'humour qui prédomine mais bientôt le noir s'invite dans le rouge et les cinquante dernières pages sombrent dans un épilogue qui donne froid.

Dernière petite citation à déguster : Sais-tu ce qu'est un show de chippendales ? Une boucherie où les femmes bavent devant la viande sans pouvoir en acheter... Frustration garantie.

 

A lire du même auteur : Va, brûle et me venge; Pars et ne dis rien; La gaga des traboules; Comptine en plomb et Paraître à mort.


Philippe BOUIN : Le vignoble du Diable. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution le 3 octobre 2013. 324 pages. 20,50€.

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 13:50

De quoi se faire du mauvais sang...

 

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Quelle réaction auriez-vous si vous ouvriez votre porte à une jeune fille que vous connaissez et qui se présente à vous ensanglantée ?

C’est à ce spectacle auquel est confrontée Julianne laquelle appelle immédiatement Joe O’Loughlin, son mari dont elle est séparée. Mais Sienna Hegarty, la gamine de quatorze ans, s’enfuit. Joe part à sa poursuite et la retrouve près de la rivière dans un état catatonique. Les ambulanciers sont rapidement sur place et emmènent la gamine ainsi que Joe qui est mal en point par sa course effrénée. Joe est atteint de la maladie de Parkinson, et parfois il ne peut contrôler ses membres. Mais il ne pense pas à son état, il est sous le choc. Sienna est la meilleure amie de sa fille Charlie et comme sa mère travaille de nuit, elle couche assez souvent chez lui, enfin ce qui était chez lui.

Le corps de Ray Hegarty, un ancien policier qui a créé sa propre petite entreprise de sécurité, est retrouvé mort, assassiné. Les soupçons se portent immédiatement sur Sienna, mais Joe n’abonde pas dans cette hypothèse émise par Ronnie Cray, la responsable du service d’enquête criminelle.

Joe est un psychologue qui a abandonné son cabinet et travaille depuis à temps partiel dans un lycée. Il collabore occasionnellement avec la police et il se trouve doublement impliqué dans l’enquête sur la mort de Ray Hegarty. Sienna est l’amie de sa fille Charlie, mais elle possède des antécédents douloureux. Sa sœur Zoe a été agressée quelques mois auparavant et depuis elle est en chaise roulante. Son tourmenteur est suivi psychologiquement par Joe. Son frère Larry est une petite frappe qui fréquente un parti néo-nazi. Quant à Sienna, Joe s’est aperçu qu’elle procédait à des scarifications sur ses membres, et ce genre d’automutilation n’est pas anodin.

Sienna, tout comme Charlie, fait partie d’une petite troupe théâtrale de l’école. Joe s’aperçoit lorsqu’il se rend à l’une des dernières répétitions que Sienna semble subjuguée par son professeur d’art dramatique Gordon Ellis. Les voisins, qui sont toujours quelque peu à l’affût, signalent qu’ils ont aperçu Sienna et Gordon s’embrasser dans la voiture du prof. D’ailleurs Ray et Gordon auraient eu des mots. Ce n’était qu’une impression selon celui-ci.

Peu à peu en interrogeant les uns et les autres, en les forçant à se dévoiler, en étayant ses questions grâce à sa persuasion psychologique, Joe en apprend de belles. Ray Hegarty était peut-être un bon policier, estimé de ses collègues, mais Joe est persuadé que chez lui, en cachette de sa femme, il procédait à quelques privautés avec ses filles. Mais Gordon Ellis n’est pas net non plus. Lui aussi aurait eu des relations avec des jeunes filles, dans un collège précédent. Et sa femme est plus jeune que son âge avoué. Leur fils Billy, que Sienna allait garder de temps à autre, est issu d’un précédent mariage mais la femme de Gordon a disparu un beau jour, sans laisser de traces.

Joe, malgré Ronnie Cray qui ne veut pas qu’il mette son nez et ses oreilles dans cette affaire, Joe s’implique et demande à un ami ancien inspecteur de la police métropolitaine en retraite depuis cinq ans de l’aider. Vincent Ruiz accepte de quitter Londres et de fouiner à Bath et ses environs sur les lieux du drame, ainsi qu’à Bristol, plus loin même s’il le faut.

 

Est-ce à cause de cette enquête dans laquelle il est impliqué par la bande, est-ce parce que sa maladie le perturbe, est-ce parce qu’il est séparé de sa femme Julianne et qu’il vit seul en compagnie de son chien et d’un petit chat, est-ce parce que le soir il s’installe sur le muret en face de la maison où habitent sa femme et Charlie, est-ce parce qu’il a une brève liaison avec Annie Robinson, une prof de l’école, est-ce parce que sa femme sort avec un autre homme, est-ce parce que lorsqu’il s’exprime pour définir le profil psychologique d’un protagoniste ou lorsqu’il converse avec lui qu’il utilise des mots qui ne sont pas issus du langage amphigourique de sa profession, est-ce parce que la résurgence néo-nazie s’invite dans cette affaire, est-ce parce que ce sont des gamines perturbées et abusées qui sont le centre d’intérêt de cette histoire, est-ce pour toutes ces raisons que Joe O’Loughlin est sympathique ?

Oui, car si Parkinson lui joue des tours, c’est un battant, et il continue son enquête contre vent et marée. Il sera blessé moralement, physiquement, il connaîtra bien des déboires, il sera meurtri, mais le lecteur n’aura pas vu passer le temps, car malgré les 600 pages, il n’existe quasiment pas de temps morts.

 

 

Michael ROBOTHAM : Saigne pour moi. (Bleed for me – 2010. Traduction de Sabine Boulongne). Première édition Editions Jean-Claude Lattès. mars 2012. Réédition Le Livre de Poche. Parution 6 novembre 2013. 600 pages. 8,10€.

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 09:01

Bon anniversaire à Jean-Hugues Oppel né le 9 novembre 1957 !

 

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Jérôme-Dieudonné Salgan : marié, deux filles, la quarantaine bien conservée malgré un début d’embonpoint, bonne situation puisque directeur des ventes. A acheté sa maison, en banlieue, au comptant s’il vous plait !

Il ne dédaigne pas quelques expériences extraconjugales avec sa secrétaire, ses employées, les femmes de ses clients, et pourquoi pas quelques respectueuses en cas de besoin pressant et inopiné.

Côté relations, deux bons amis, Georges et sa femme Julie. Georges qu’il connait depuis dix-huit ans et avec qui il a pas mal bourlingué. Alors Jérôme est heureux. Heureux de rentrer chez lui ce soir-là, au volant de la voiture de Georges, la sienne étant en panne. Il est un peu en retard, la faute à son travail. Retard qui se trouve amplifié à cause d’un dingue du volant. Retard d’un quart d’heure. C’est peu dans la vie, c’est beaucoup pour la mort.

Quand Jérôme arrive enfin chez lui, c’est la consternation, la colère, la folie, l’abattement, l’effondrement. Sa maison brûle. A l’intérieur sept personnes. Aucun survivant. Après quelques mois passés dans une clinique psychiatrique, Jérôme se retrouve seul, désemparé, mais le destin veille. Devant un bar est stationnée la fameuse voiture, cause de son retard la nuit tragique. Et si les occupants du véhicule étaient à l’origine du drame ?

Dès lors Jérôme n’a plus qu’une idée, se venger. Mais comme le lecteur pourra se rendre compte en lisant ce roman, tout n’est pas toujours très clair, et la raison d’état entraîne parfois un état de déraison.

 

Avec une écriture nerveuse, incisive, déroutante parfois, sans fioritures inutiles, Oppel prouve que la fiction policière est d’abord une littérature d’action qui doit frapper et émouvoir le lecteur. Ce roman publié en 1988 à la série Noire était le premier de Jean-Hughes Oppel en solo, signé d’ailleurs tout simplement Oppel, lequel par la suite nous a offert d’autres excellents romans souvent dans des tonalités différentes. Piranha Matador (réédité chez Folio Policier N° 217) à la SN, puis Ambernave, Brocéliande sur Marne, French Tabloïd, Chaton trilogie, Réveillez le Président, entre autres, chez Rivages.


Jean-Hughes OPPEL : Barjot !  (Réédition de Série Noire 2119). Rivages Noirs N°806. Parution 12 novembre 2011. 208 pages. 8,15€

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 15:01

Pour montrer patte blanche ?

 

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Si ses vocalises n'atteignent pas la puissance de celles de la Castafiore, les dégâts qui se produisent ce jour-là, alors que, comme à son habitude, Luna chante debout devant sa fenêtre ouverte, une explosion assourdissante se produit. Elle ne s'exprime jamais aussi bien que dans le bruit environnant, mais pour le coup Luna est choquée, d'autant qu'elle aperçoit collée sur la porte de sa chambre une énorme araignée noire à cinq pattes. Jamais encore elle n'avait vu ça, mais après vérification il s'avère que l'arachnide n'est autre qu'une main enduite de fioul.

La détonation a été entendue par tous les habitants de la petite ville de Bolbec, et naturellement les langues vont bon train. Serait-ce l'usine voisine de Port-Jérôme qui connaitrait des ennuis ? Ce n'est seulement qu'un ouvrier travaillant dans le jardin des voisins de Luna qui a mis au jour une bombe allemand datant de la fin de la guerre, laquelle bombe n'avait encore pas rempli son office. C'est ce que découvrent les policiers, le commissaire par intérim Faidherbe en tête, en ratissant en compagnie des techniciens de la police scientifique le jardin de la propriété des de Bourdon-Buchy, vieille famille d'origine noble mais fauchée. Vivent dans ce manoir délabré la comtesse Josépha, veuve, et sa fille Luna, trente-deux ans, chanteuse. Luna est surtout connue sur Internet et participe à des crochets locaux, mais elle ne désespère pas de se faire au moins un prénom dans le milieu artistique.

Le commandant Faidherbe, qui précédemment était affecté à la sécurité présidentielle, est en poste au Havre mais détaché temporairement à Bolbec. Il découvre son nouveau poste de travail et ne connait pas encore tous les membres du commissariat. Aussi est-ce avec étonnement qu'il apprend que le jeune homme, habillé façon gothique avec des chaines autour du cou et un tee-shirt à la gloire des Béruriers Noirs qui se promenait dans la propriété, est un lieutenant de la brigade. Mais la question primordiale est : cette main était-elle orpheline, et d'autres débris peuvent-ils être encore disséminés, et où ?

Faidherbe rencontre les voisins à qui appartenait la cuve à fuel, qui d'ailleurs n'est plus en service depuis longtemps, l'ancien propriétaire ayant changé de mode de chauffage depuis belle lurette. Ces octogénaires se promenaient dans le parc municipal au moment de l'explosion, et donc ils ne savent rien. Seulement la femme, dont la cafetière est légèrement entartrée, demande si par hasard il n'aurait pas des nouvelles de Jacques, leur fils qui a disparu quelques années auparavant désirant échapper à l'incorporation militaire.

Le technicien de la police scientifique ainsi que le médecin légiste s'attellent à la rude tâche de déterminer l'origine du fuel ainsi que la date approximative de la mort du cadavre dont ils n'ont qu'une main. Faidherbe confie à Caras, le lieutenant gothique et à Virginie Blanchamp, une policière débrouillarde, de s'atteler à la recherche de différents éléments, dont le fournisseur de fuel à des époques plus ou moins précises, selon les résultats des spécialistes.

Lors d'une sorte de radio-crochet en plein air organisé par la commune de Bolbec et auquel participe Luna, la vedette du pays cauchois, un orage éclate, les Bolbécais s'éparpillent et Faidherbe se réfugie en compagnie de Luna dans un véhicule. Un projectile rebondit sur le pare-brise et Faidherbe annonce à sa compagne qu'il s'agit d'une chauve-souris en perdition. En guise de chiroptère, il s'agit de la main manquante qui a rebondi et Faidherbe la glisse délicate dans un emballage papier afin de procéder à de nouvelles analyses et éviter une nouvelle commotion à la chanteuse.

 

Auteur bicéphale et quadrumane Robert Vincent concocte un histoire plaisante qui même si elle se déroule au pays d'Arsène Lupin, est loin de l'évoquer et serait plus en adéquation avec l'univers de Maupassant.

Bien évidemment la fin Seconde Guerre Mondiale, puisque la genèse du récit se déroule en août 1944, joue un rôle primordial mais soixante ans plus tard, en août 2006 il ne s'agit plus de guerre mais de ce que l'on pourrait surnommer un simple fait-divers détonant. Les bombes qui ont fait long feu sont souvent retrouvées en Haute-Normandie au hasard de fouilles et de constructions diverses, mais également dans une grande partie du nord de la France, qu'elles soient d'origine teutonne ou lâchées par les Alliés lors du Débarquement. Sont évoqués aussi des épisodes, heureux ou malheureux selon les personnes qui ont eu à les subir, le plus souvent éprouvants d'ailleurs, qui ont découlé de l'Occupation, et quelques décennies plus tard, c'est toujours d'actualité. Des faits qui auront de lourdes conséquences par la suite.

Les auteurs ont réussi à coordonner ces deux époques et à livrer une histoire, sur laquelle plane un léger voile humoristique, voile aussi léger que celui qui vêtait les femmes au Premier Empire, allongées sur leur méridienne, recevant des invités pour des causeries littéraires ou autres. Un humour qui n'efface pas le tragique de certaines situations. Quant au parcours de ces deux mains, il est habilement exploité, et si j'étais vous, je n'hésiterais pas à demander à faire vérifier votre cuve à fuel, si vous en possédez une naturellement.


ROBERT VINCENT : La main noire. Collection Polars en nord N°144 ; éditions Ravet-Anceau. Parution le 25 septembre 2013. 176 pages. 9,50€.

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 09:01

Bon anniversaire à Bertrand Puard, né le 7novembre 1977.

 

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Angoissant, à la limite du fantastique, Alice au pays des cauchemars de Bertrand Puard, qui signe également Ewan Blackshore. Dans ce roman nous retrouvons l’ex-inspecteur Kite dont la précédente aventure avait été décrite dans Musique de nuit. Après quelques années de prostration, au grand dam de sa femme qui tente par tous les moyens de le remettre sur les rails de la vie, lui proposant même un séjour dans une petite île écossaise dont une fontaine posséderait selon de vieilles superstitions des vertus médicinales.

De quoi remettre la gorge et les cordes vocales de Kite en bon état de fonctionnement. Ce qui n’était pas prévu au programme : la tempête, l’obligation de Michelle de regagner l’Angleterre, et surtout le cadavre d’une petite fille découvert par l’ex-inspecteur. Drôle de cadavre, si je puis m’exprimer ainsi, puisque la petite fille est nue, avec greffé dans le dos des ailes. L’île baigne dans une étrange atmosphère rythmée par des évènements à la limite du supportable.

Un étrange vengeur masqué se prétend le défenseur des enfants et coupe les mains des parents qui se mettent en faute en maltraitant leur progéniture. Alice est une gamine chef de bande possédant une aura maléfique sur les membres de sa petite confrérie, fille du seigneur local.

Kite va connaître les moments les plus affreux de son existence et il en aura bien du mal à s’en remettre, s’il s’en remet.

Bertrand Puard nous plonge dans une atmosphère fantastique, placée dans un contexte du non-sens britannique, dont le plus célèbre exemple est Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

Fantastique mais également angoissant, à la limite de l’horrifique, de la terreur, de l’insoutenable pour des nerfs de plus en plus éprouvés. Une réussite dans un genre pas toujours facile à interpréter pour des esprits trop cartésiens. Il faut laisser aller son imaginaire et se guider par un nouvel auteur dont les fantasmes sont parfois vénéneux.


Bertrand PUARD : Alice au pays des cauchemars. Grand Format, Le Masque. Novembre 2001. 280 pages.

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