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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 15:30

Un Loupo loupiot pas loupé passé à la loupe...

 

loupo.jpg


Vous prenez un quart d'Auguste Le Breton, cuvée Les Hauts-murs, un quart de Léo Malet période La vie est dégueulasse, un quart d'André Héléna façon Les compagnons du destin, un dernier quart de José Giovani, vous ajoutez quelques pépites d'argot des cités, vous agitez, vous laissez reposer, vous saupoudrez d'une pointe de Bobby Lapointe, et vous pouvez déguster en égoïste le nouveau JOB, tranquillement installé dans votre fauteuil.

Il ne faut pas s'étonner si Loupo vit renfermé dans un studio au dernier étage d'un immeuble parisien près de la Nation. S'il entasse ses affaires, des armes, des sacs bourrés de billets qu'il a aménagé pour s'en faire un fauteuil, dans un placard dont les deux portes sont continuellement ouvertes. S'il dort toujours habillé, un flingue à portée de la main. S'il rêve, ou plutôt cauchemarde les nuits. Tout petit il avait pris l'habitude de rester des heures enfermé dans un cagibi tandis que son père, mais était-ce vraiment son géniteur, répandait violemment son fiel courroucé sur sa mère, en ne ménageant pas sa voix, ses cris, ses éructations. A quatre ans il s'est échappé et retrouvé dans un commissariat. Comprenant ses déboires, l'administration l'a placé dans un orphelinat puis dans un centre de détention. Il s'y est fait des amis, des potes qu'il voit toujours, Kangoo, Le Chat et deux autres qui lui rendent service de temps à autre.

Loupo est devenu un petit braqueur, aidé en cela par Kangoo qui l'emmène sur les lieux du hold-up en moto, et qui surveille la rue tandis que Loupo ramasse l'argent. Une banque, une poste, un cinéma, Loupo ne se pique pas d'ostracisme, tout lui convient. Il arrive toujours avec une arme à la main, tire un coup en l'air, peut-être pour conjurer le sort, car il se souvient toujours d'un braquage qui s'est mal terminé, à ses débuts.

Ce jour là il est réveillé en sursaut par Kangoo, car ils doivent peaufiner le prochain hold-up, toujours proposé par Le Chat qui travaille dans les assurances et leur fournit une liste des coups possibles. La dernière fois, c'était au Gaumont Italie, un cinéma. La guichetière, une jeune femme fort avenante, lui avait souri, et sous une impulsion qu'il n'a pu contrôler, il y est retourné, il a pris un ticket pour voir Mauvais sang, la rouquine derrière sa vitre l'a reconnu, pourtant il n'avait plus son casque de motard, et elle lui a donné rendez-vous à la fin de la projection. Elle est belle. Il est timide, alors il n'a pas osé la raccompagner jusqu'au bout.

Le lendemain comme prévu départ pour la banque où le hold-up doit avoir lieu. Bizarrement un vigile est à l'entrée, ce qui n'était pas prévu. Tant pis. Tandis que Kangoo attend dehors, la moto prête à démarrer - chapeau les roues ! - Loupo se dirige vers le guichet et comme à son habitude, afin de bien montrer sa détermination, il tire un coup de feu vers un panneau. Erreur, un gamin jouait derrière, sérieusement blessé, peut-être mortellement atteint. Tout en ordonnant d'appeler une ambulance, il veut quand même récupérer l'argent escompté, mais le directeur de l'agence lui signifie que les coffres ne contiennent rien, ou presque, ayant été averti du hold-up. Double coup sur la tête pour Loupo qui s'enfuit en compagnie de Kangoo.

Il rentre chez lui complètement démantibulé, effondré, ne sachant que faire. Sur son palier la gamine, pas bête, l'attend. Elle l'a suivi la veille et elle sait où il habite, alors ils entrent dans le studio, puis... Permettez-moi de ne pas vous déflorer tous les détails mais de revenir à nos moutons, le braquage loupé. J'allais oublier, elle s'appelle Nora.

Loupo est furieux. D'abord un gamin sur la conscience, ensuite il est persuadé qu'il a été dénoncé, mais par qui c'est ce qu'il doit découvrir. Et puis normalement Le coup, celui qui est prévu prochainement, le dernier, il lui faut le réaliser. Pour cela il a besoin d'un lance-roquette. Une bande des cités pourrait éventuellement le lui fournir, mais ils ne sont pas clairs. Loupo s'y rend, quand même, avec Kangoo, et des armes de poing efficaces. Tellement efficaces qu'elles vont cracher la mort. Il ne faut pas s'en prendre à ses amis, et le meneur de la cité a froissé Le Chat dans sa vie privée. Loupo sait aussi qui l'a trahit, comment et pourquoi, et le voilà lancé sur la piste d'un vieux à l'oreille déchiquetée qui n'est pas sorti d'un roman d'Edmond About. C'est plutôt lui qui le serait à bout...

 

Bien installé sur le siège arrière de la moto, avec Loupo aux commandes, ou JOB, je ne sais plus trop car tout c'est déroulé si vite, je me suis payé une virée qui restera marquée dans mes annales de lecteur. A fond la caisse, limitation de vitesse bafouée; nous avons franchi allègrement la ligne jaune de la légalité, roulant à contresens, défiant les voitures de flics lancées à nos trousses, empruntant des chemins de traverse, nous baladant même sur des toits parisiens glissants, mais pas avec la moto, à pied, je précise au cas où, attention à la chute, et lorsque le voyage s'est terminé, je me suis demandé si je ne venais pas de vivre un rêve et avais vécu toutes ces tribulations par procuration. A peine remis de ces aventures, encore tremblotant, je vous livre les sensations ressenties et vous invite à les partager. Et encore, je ne vous ai pas tout dévoilé !

Au fait j'ai évoqué plus haut Bobby Lapointe. Vous vous demandez peut-être pourquoi. Tout simplement à cause de ce genre de phrase :

Mon premier coup, frac pour le fric, fric-frac et braque la banque. Un branque, ouais, à l'époque....


Jacques-Olivier BOSCO : Loupo. Jigal Polar, éditions Jigal. Parution septembre 2013. 200pages. 16,80€.

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 08:08

Le Rouletabille marseillais...

 

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Le cocher numéro 7 d’une société de transport hippomobile marseillaise ne pensait certes pas être réveillé par des coups de feu. Il s’était endormi dans le parc de la Villa aux Loups après avoir mené sur place deux voyageurs, une belle femme âgée d’une trentaine d’années et un jeune homme frisant les vingt ans. Il avait pour consigne d’attendre ses voyageurs durant un temps indéterminé, aussi le voiturier en avait profité pour se reposer. L’incident se déroule à quelques kilomètres du centre de Marseille, à La Panouse, un hameau dans lequel ne vivent que peu de personnes. La Villa aux Loups, comme sa voisine où le jeune homme est allé quérir un cahier avant de rejoindre sa compagne, ne servent que d’habitations estivales.

Après avoir tenté d’ouvrir en vain la porte de devant, puis celle de derrière, Marius le cocher alerte la campagne environnante et des autochtones arrivent à la rescousse. Après une heure d’effort, enfin l’entrée daigne céder sous les coups de masse et les voisins découvrent à l’étage un bien curieux spectacle.

La jeune femme, Marguerite Casals la femme d’un urologue renommé, est allongée sur le lit, quasiment nue et offrant ses appâts aux regards concupiscents des intrus, deux trous dans la tempe. Le jeune homme, Henri Champsaur un étudiant en lettres, est à terre adossé à un canapé, habillé, un revolver dans la main, la mâchoire fracassée par une balle qui s’est logée dans le cerveau. Un double suicide à n’en pas douter, d’autant qu’une lettre explicative est posée en évidence.

Eugène Baruteau, qui vient d’être promu commissaire central et est en passe d’emménager à l’Evêché, en informe aussitôt son neveu Raoul Signoret, journaliste au Petit Provençal, lequel ne demande qu’à exercer son métier de chroniqueur judiciaire grâce aux renseignements délivrés par son oncle. Raoul se rend donc sur les lieux, qui ne sont pas encore du crime, et interroge les voisins qui ne demandent qu’à s’épancher. De petites contradictions dans les faits, dans les déclarations, dans le déroulement des événements impriment moult points d’interrogation dans l’esprit du journaliste. Par exemple, le document découvert auprès des amants, du moins c’est ainsi qu’ils sont considérés par tous, n’est qu’une lettre écrite sur une feuille de cahier d’écolier, pas vraiment le genre de papier utilisé dans ces cas extrêmes. Et puis au fur et à mesure de son exploration auprès de la famille des deux morts et des amis, certains faits ne concordent pas. Ainsi la missive reçue par la mère d’Henri deux jours après cet acte définitif. Ou qui aurait dû être définitif, car le jeune, malgré la balle qui lui a traversé la tête de bas en haut, est plongé dans un coma prolongé mais pas forcément irréversible.

Celui qui est le plus en colère dans cette affaire est bien évidemment le veuf. Faut le comprendre. Lui, porter des cornes, qui pourraient lui servir à accrocher sa blouse de mandarin, c’est inconcevable. D’ailleurs il vitupère, accusant Henri d’avoir hypnotisé son épouse et d’avoir abusé d’une femme sans défense. Un événement anodin va conforter Raoul dans sa prescience. Alors que tous les Marseillais sont agglutinés sur le Vieux Port ou embarqués dans des barcasses, prêts à s’enthousiasmer aux exploits d’un inconscient sautant du pont transbordeur dans la rade, Cécile, la jolie compagne de Raoul aperçoit une jeune femme tomber à la baille et se débattre dans les flots. Antonella, la rescapée, et son ami Félix invitent Raoul et Cécile chez eux pour les remercier. Coïncidence, Antonella connaissait la défunte et avait remarqué que celle-ci était sujette à des endormissements, des hinoptismes comme ils disent, provoqués par le reflet de la lumière sur une cuiller par exemple. Quant à la vertu de madame Casals, elle aurait été protégée par son appartenance à la religion réformée. Un autre témoignage, celui de Paul Chabert, condisciple et ami d’Henri, conforte Raoul dans son intuition que le suicide supposé pourrait être un meurtre déguisé.


villa-aux-loups.jpgCe dixième volet des aventures d’Eugène Baruteau et de son neveu Raoul Signoret, probablement la dernière selon l’éditeur au grand dam des fidèles lecteurs qui suivent cette série, nous montre la cité phocéenne avant l’explosion démographique, les coulisses d’un journal et des personnages atypiques qui y travaillent, des événements qui se sont déroulés durant cette période, des avancées médicales ou paramédicales établies par les professeurs Charcot et Bernheim et successeurs. Les annotations en bas de pages apportent des précisions sur des faits-divers, toutes sortes de digressions qui rendent l’intrigue attrayante et s’insèrent dans le récit en y apportant par petites touches de couleur des informations souvent utiles. Quant à Raoul Signoret, il doit la vie à sa passion et ses entrainements rigoureux de la boxe française. Jean Contrucci sait mieux appâter les lecteurs qu’Eugène Baruteau les poissons lorsqu’il sacrifie à sa passion de l’halieutique maritime et ceux-ci (les lecteurs) mordent volontiers à l’hameçon.

 

Citation : Il n’y a pas de mystères, mon cher, il n’y a que de grandes ignorances… Ce qui permet à la religion de mettre son grain de sel partout. Tant que nous ne pourrons pas donner d’explication scientifique à un phénomène, il y aura toujours une soutane pour brandir le mot « mystère », et mettre le doigt de Dieu dans l’œil des crédules.


Jean CONTRUCCI : La somnambule de la Villa aux Loups. Les nouveaux mystères de Marseille 10ème épisode. (Première édition Editions Jean-Claude Lattès. Août 2011). Réédition Le Livre de Poche. Parution le 13 novembre 2013. 456 pages. 7,10€.

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 16:51

C'est cadeau !

 

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Cher Père Noël,


Permets-moi de te signaler que les éditions SKA viennent de publier un livre numérique relatant tes aventures réelles ou fictives dans un recueil écrit par vingt-deux trublions, des petits sauvageons à mon sens.

Je sais qu'en ce moment tu prépares activement ta prochaine distribution de cadeaux, vingt-quatre heures pour tout enfourner dans des cheminées qui n'ont pas toujours été ramonées. Et auparavant, tu dois vérifier si ta hotte n'a pas subi de dégradations, si les rennes sont fringants, et les rênes astiqués, si ton GPS est à jour... Je sais que plus les années passent moins de paquets tu as à transporter, à cause de la récession mondiale quoique la population augmentant, mais aussi à cause d'un phénomène auquel nul ne peut échapper : le présent virtuel ! Tu vois même moi je sacrifie à cette nouvelle mode en t'écrivant une lettre virtuelle.

Lorsque j'étais jeune, cela fait si longtemps mais je m'en souviens encore, le matin de Noël, je me précipitais au pied du sapin et arrachais fébrilement les emballages afin découvrir avec joie et émerveillement les dernières nouveautés de la Bibliothèque Verte ou de la Collection Rouge & Or. Maintenant un clic suffit pour voir arriver dans sa boite aux lettres, elle aussi virtuelle, des ouvrages qui n'ont aucune consistance physique. Je sais que c'est bon pour la Planète, enfin on essaie de me le faire croire, plus de gâchis de papier. Mais je pense aux nombreux emplois détruits, imprimeurs, diffuseurs, distributeurs, postiers, libraires, bibliothécaires, et je me demande ce qu'ils vont devenir...

C'est donc avec un malin plaisir que je vais te dévoiler la trame de certaines de ces historiettes écrites par des auteurs qui, peut-être, possèdent un ressentiment quelconque envers ta fonction. Quelques-unes seulement car je sais que tu pourras les lire en entier grâce aux tablettes et autres liseuses que tu vas déposer au pied des sapins. Ne t'offusques pas de mon propos, car il est de notoriété publique que parfois, comme les douaniers, tu vérifies des objets, d'ailleurs pour preuve certains parviennent en mauvais état. De plus comme les éditions SKA proposent ce recueil en téléchargement gratuit jusqu'au 15 janvier 2014, je comprendrai fort bien ta légitime curiosité.

Mais trêve de tergiversations et prenons quelques exemples concrets.

 

Jan Thirion nous déclare sans ambages, en se mettant dans la peau d'un gamin, peut-être celui qu'il fut : Quand je vous dis que j'y crois plus ! Titi alors qu'il est en voiture avec son père, s'écrit, J'y crois plus à cette connerie. Et pour bien marquer son refus il envoie son doudou sur le pare-brise. Le père tente de temporiser, mais rien n'y fait. Il est vrai que ses copains à l'école ont tout fait pour qu'il n'y croit plus pourtant il a été photographié dans des supermarchés sur les genoux du bonhomme en rouge. A l'école les festivités se préparent, un repas pantagruélique est servi, puis vient l'heure de l'arrivée du Père Noël. La maîtresse et son assistante partent le réceptionner mais elles tardent. Alors Titi part les chercher et il va se rendre compte que le Père Noël existe vraiment.

Roland Sadaune nous propose La paire de Noël. Bob, SDF, a un rendez-vous au Père-Lachaise pour une petite réunion et il se prépare de bonne heure car il ne veut pas rater ça. Caché dans les toilettes il attend que les gardiens évacuent le cimetière, poussant les retardataires. Mais celle qu'il attend se fait désirer. A la place il aperçoit deux femmes en rouge qui s'ébrouent sur la tombe d'Edith Piaf. Drôles d'oiseaux.

Max Obione n'y va pas par quatre chemins lorsqu'il écrit Farcie. Mais il ne faut pas prendre l'héroïne de cette histoire pour une dinde, enfin, pas dans le sens que vous pensez. Sauf si vous pensez à ce que je pense ! Quand on vous dit que la cuisine est mère de volupté.

Laurence Biberfeld se lâche, osant déclarer Joyeux Noël, patron ! Mais après tout c'est son droit. Elise, caissière, est fière. Elle assure le quota en matière d'insertion d'handicapés dans le magasin. De plus pour le patron, c'est tout bénéfice, elle ne parle pas et il la paye deux tiers du smic. Mais Elise a autre chose en tête. D'abord elle sait parler, ensuite elle est la dernière à la fermeture du magasin. C'était prévu, car aussitôt elle en fait le tour et s'introduit subrepticement pas un vasistas. Une épingle à cheveu et hop, le tour est joué. Le coffre-fort s'ouvre comme la gueule d'un dauphin attendant sa sardine. Et voilà, la sirène qui n'était pas prévue se met de la partie. Vite, les billets, les rouleaux, tout est enfoui dans la combinaison d'Elise, non pas le vêtement sexy, et il n'y a plus qu'à échapper aux flics qui arrivent et à croire au Père Noël.

 

Te faut-il plus d'exemples ? Non, tu préfères te faire ta propre opinion, et je te comprends, comme aurait dit... mais pas de politique, nous ne sommes pas là pour ça. Permets-moi toutefois de t'indiquer les noms des acteurs de cette amusante, noire, et érotique parfois, pantalonnade dans l'ordre de leur apparition ainsi que les textes qu'ils revendiquent et dont ils ne sont pas peu fiers.

 

Le Renne s’habille en rouge, par B. Vitiello.  

Noël au balcon, par Pascal Jahouel.

Mères Noël & C°, par José Noce.

Joyeux Noël, patron ! par Laurence Biberfeld.

Santa Claus’trophobe ! par F. Membribe.

Ryan’s Nativity, par Franq Dilo.

Composez le 24-25 ! par Claire Rivieccio.

Quand je vous dis que…. ! par Jan Thirion.

La clé, par Gérard Streiff.

Moi, Père Noël… par Francis Pornon.

Mon dernier Noël, par Francis Zamponi.

Papa Nono, par Klod SolØy.

Illuminés, par Frédérique Trigodet.

Les jouets de l’Histoire, par H. Benotman.

Le père Noël est à l’envers, par A. Seyfried.

Les mitraillettes du Père Noël, par José. Noce.

La paire de Noël, par Roland Sadaune.

Réveillon de minuit, de Malavallon & Colize.  

La commande, par Nigel Greyman.

Rudolf &C°, par Ava Ventura.

Révélation de Noël, par Michel Baglin.

Farcie, par Max Obione.

 

Il ne me reste plus, cher Père Noël, qu'à te souhaiter bonne lecture en découvrant ces aventures que tu as vécues par procuration.


Sacré Noël. Sous la houlette de Jeanne DESAUBRY. Collection Culissime. Editions Ska.

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 08:45

L’Evangile selon Saint Marc : Je te lessiverai…

 

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Avoir un mal de tête carabiné après s’être adonné à une soirée trop arrosée entre amis, c’est courant. Mais découvrir une femme nue sur la plage de Benidorm en Espagne, où Daemon vient de se réveiller l’esprit embrumé, cela l’est moins. D’autant que cette apparition tient entre ses mains la tête tranchée d’une autre jeune femme aux cheveux roux.

Tandis qu’à Paris, Patrick Boudou, le patron du magazine Paris Flash et trois autres de ses collaborateurs, dont Katie Jeckson la photographe, regardent avec horreur une vidéo qui vient de leur parvenir, Marc Torkan, l’ancien journaliste est en mission en Thaïlande, à Bangkok.

Dans les locaux de Paris Flash, le poids des mots le choc des photos, la vidéo reçue sous forme de fichier montre une jeune femme à la bouche distendue par un bâillon en forme de boule de caoutchouc de couleur rouge vif. Seul son visage apparait à l’écran mais en fond sonore les spectateurs peuvent entendre un moteur électrique similaire à une perceuse et une voix féminine prononcer en anglais Tuez-moi, tuez-moi. Un court message accompagne la vidéo et Patrick Boudou pense qu’il est destiné à Marc Torkan : mon nom est légion car nous sommes beaucoup. Un extrait de la Bible et plus précisément de l’Evangile selon saint-Marc.

L’informaticien de service, pourtant expérimenté, ne peut remonter à la source et Katie pense alors à l’un des amis hackers. Elle essaie de joindre par téléphone Marc mais celui ne répond pas à ses premiers appels. Enfin elle l’obtient et lui narre l’horreur qu’elle vient de voir sur l’écran de l’ordinateur, tandis qu’il lui annonce qu’il se trouve à Bangkok.

Paris Flash est branché sur les émissions d’informations télévisées espagnoles. C’est ainsi qu’ils apprennent le drame qui s’est déroulé sur la plage de Benidorm. Aussitôt Katie est envoyée sur place accompagnée de Nathalie qui doit rédiger le texte. Circonstances aggravantes, peu après le tueur présumé est retrouvé mort, suicidé dans une maison ainsi que le cadavre de la jeune femme à la tête coupée. Katie et Nathalie parviennent à s’infiltrer dans la maison et prennent en photo une étrange inscription figurant sur un mur : Teknokillers. Comme l’homme que Marc et elle avaient traqué un an auparavant. Mais au pluriel. D’ailleurs une affaire similaire se produit en Hollande.

Pendant ce temps Marc, accompagné de Kiefer, un garde du corps imposé par une richissime femme d’affaires israélienne se démène à Bangkok. Elle a créé une association nommée Uriel, chargée d’enquêter sur les violences faites aux femmes de par le monde. Elle-même a perdu sa fille un an auparavant par la malveillance du Teknokiller. Le corps d’une jeune femme a été retrouvé flottant dans les eaux du Chao Praya, le fleuve qui traverse Bangkok. Sur place, Marc et son ombre Kiefer apprennent en soudoyant un haut gradé de la police qu’il s’agit d’une prostituée russe qui aurait voulu voler de ses propres ailes. Ils s’attachent les services d’un fixeur, un homme sensé les conduire où ils désirent, et rencontrer des personnes susceptibles de leur apporter des éléments de réponses ou des précisions. C’est ainsi qu’ils se rendent sur l’autre berge du Chao Praya, dans le quartier de Thonbury. Ils tombent dans un guet-apens dressé par des policiers mais grâce aux réflexes et à l’art de la guerre de Kiefer, ancien commando des forces spéciales israéliennes, ils parviennent à éliminer leurs agresseurs. Mais la partie n’est pas terminée. Et d’autres aventures mouvementées les attendent, d’autant qu’ils ne peuvent pas rejoindre leur hôtel cerné par les forces de l’ordre. Tout en fuyant à bord d’un taxi, Marc ne cesse de songer à la clé USB reçue quelques mois auparavant, contenant l’image de Jillian, présumée disparue à Bali lors de l’incendie d’une boite de nuit, incendie dans lequel aurait péri Ulrich Ladik, le Teknokiller. Un message était joint à la clé : ATTENDS. REGARDE. ECOUTE… ET REJOUE.


chant-diable2.jpgPoint n’est besoin d’avoir lu la première aventure de Marc Torkan et Katie Jeckson, Le chant des âmes, pour comprendre cette intrigue mouvementée, puisque Frédérick Rapilly la remémore peu à peu au fil des chapitres. Mais il est intéressant de la lire, même après ce roman, tout en connaissant ou supposant connaître l’épilogue, car cela permet de mieux appréhender les différents personnages qui gravitent dans cette histoire.

Frédérick Rapilly est un spécialiste des thrillers, et il connait bien son sujet. Le chasseur présumé n’est-il qu’un appât, et pourquoi ?

Aussi les scènes d’action, de violence, les pérégrinations en tout genre, les rebondissements, les petits secrets concernant les personnages dévoilés peu à peu, l’imbrication de deux affaires n’ayant apparemment aucun corrélation, font que le lecteur ressort de cette histoire complètement abasourdi, d’autant qu’il ne peut lâcher, ou difficilement, le livre avant de connaître l’épilogue.

Le tout est empreint d’une musique techno ou rock. Chaque chapitre est annoncé par un extrait de compositions des Rolling Stones, Sympathy for the devil, Paint it black par exemple, Bob Sinclar y fait de la figuration intelligente et une playlist est déclinée et proposée en fin de volume.


Frédéric RAPILLY : Le chant du diable. (Première édition : Collection Thriller. Editions Critic. 252 pages. 16€). Réédition Pocket 14 novembre 2013. 288 pages. 6,10€.

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 14:13

La femme d'exception n'est pas une exception...

 

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Connues ou méconnues, ces femmes que nous présente Chloé Chamouton méritaient bien que l'auteur leur consacrât quelques pages, à part une peut-être qui ne me semble pas à sa place ici. Mais foin de toute polémique, feuilletons cet ouvrage et découvrons celles qui d'une façon ou d'une autre force notre respect, quel que soit le domaine dans lequel elles se sont illustrées, aussi bien dans le monde des arts, de la science, de l'engagement humanitaire ou politique, de la religion, du patrimoine... au travers des siècles.

Autant se débarrasser tout de suite, de celle qui à mon sens n'a pas vraiment sa place dans ce recueil, c'est à dire Madame de Sévigné. Elle qui a usé de nombreuses plumes d'oie (pauvres bêtes !) pour écrire ses lettres à sa fille mais à d'autres personnes comme son cousin Coulonges. D'ailleurs je me suis perdu un peu dans la datation et la chronologie, mais ce n'est qu'un détail. En effet la brave marquise dans ses épîtres se moquait ouvertement des pauvres Bretons en les regardant du haut de son château de Vitré : faner est la plus jolie chose au monde, c'est retourner le foin en batifolant dans une prairie. Et pour rester dans l'actualité, en 1675 elle s'insurge contre les Bonnets rouges qui se révoltent contre la hausse des taxes du papier timbré (Comme quoi le pouvoir est toujours timbré) en écrivant On dit qu'il y a cinq ou six cents bonnets rouges en Basse-Bretagne qui auraient bien besoin d'être pendus pour leur apprendre à parler. Un peu plus loin : Dès qu'ils voient les soldats, ils se jettent à genoux et disent mea culpa, c'est le seul mot de français qu'ils sachent. Moi, j'en connais d'autres en français comme errare humanum est, par exemple, grosso modo.

Attachons plutôt à découvrir ou redécouvrir quelques figures plus sympathiques, même si au premier abord elles ne sont guère reluisantes. Ainsi Marion du Faouët née dans une famille de miséreux, qui travaillent comme journaliers ou colporteurs selon les saisons. A l'âge de dix ans elle perd son père. Elle entame sa "profession" de voleuse à dix-huit ans. Tandis que sa mère s'installe sous les arbres ou au porche d'une chapelle pour vendre ses babioles, Marion en profite pour dévaliser les étals bien approvisionnés ou délester le bourgeois d'une bourse trop encombrante pour lui. Et peu à peu elle attire autour d'elle une quarantaine de malandrins devenant à vingt-trois ans chef de bande. Mais de ses rapines elle en redistribue une partie aux miséreux, ce qui n'empêchera pas la populace de la huer lors de ses arrestations. Elle fut considérée comme une Robin des bois en jupon, ce qui attire toujours la sympathie.

lambilly.jpgSi certaines personnes trouvent que les femmes ont la langue bien pendue, pour Marie-Victoire de Lambilly cette facilité d'élocution fut bénéfique pour son entourage. Née à Rennes en 1767, Marie Victoire épouse un gentilhomme de la région, Jean-Baptiste de la Villirouët qui a treize ans de plus qu'elle. Dans sa jeunesse elle fut une jeune fille impétueuse, franche, déterminée. Fidèle, aimante, elle éprouve une admiration sans borne pour son mari. Or la Révolution passe par là mais tous deux sont profondément chrétiens et royalistes. Jean-Baptiste part pour Jersey rejoindre l'Armée des Princes. Comme elle est l'épouse d'un insurgé elle est placée en prison dans un ancien couvent. Elle nie toute activité politique mais ses accusateurs n'en ont cure. Elle pense à ses enfants aussi elle écrit de longues lettres, touchantes, émouvantes, choisissant ses mots avec soin, et les administrateurs du district lui permettent de recevoir ses enfants durant la journée. Ce n'est qu'une première étape, et ses facultés naturelles d'avocate, profession qui alors n'était pas exercée par une femme, lui permirent d'autres soulagements et obtenir des libertés pour son entourage et les siens.

Anita Conti, dont vous avez peut-être lu le nom au fronton d'établissements publics, écoles par exemple, était une personne qui n'avait pas peur de se jeter à l'eau. D'ailleurs, c'est ce que fait son père en la balançant à la mer, alors qu'elle n'a qu'un an, à trente mètres du rivage, histoire de lui apprendre à se débrouiller. Ce contact avec l'eau salée lui donnera le goût de la faune marine en particulier et de la biologie marine en général, et elle deviendra la première femme océanographe, établissant des cartes marines des lieux de pêche, cartes qui n'existaient pas. Pourtant ce n'est pas si vieux que ça, puisqu'elle a vécu de 1899 jusqu'en 1998. Elle fréquentera de nombreux écrivains ou hommes politiques dont Jean Giraudoux, Edgar Faure ou encore Pierre Mac Orlan qui la baptisera Celle-qui-écoute-parler-les-livres. Mais la mer ne sera pas sa seule occupation.

Puisque j'ai écrit le mot occupation, penchons-nous sur le cas de bohec.jpgJeanne Bohec surnommée la plastiqueuse à bicyclette. Née à Plestin les grèves, sympathique commune des Côtes d'Armor, Jeanne Bohec rêve de devenir capitaine, d'un navire qui bourlinguerait sur toutes les mers. Mais elle poursuit des études scientifiques et devient aide-chimiste. Le 18 juin 1940 elle part de Brest pour rejoindre l'Angleterre sans avoir entendu l'appel en provenance de Londres. Elle a du mal à se faire accepter comme combattante, elle ne mesure que 1,49 m, mais elle est persévérante et revenue en France, grâce à ses talents de chimiste, elle fabrique des bombes avec des produits qu'elle parvient à trouver dans les commerces. Elle se déplace à bicyclette, ce qui est plus pacifique aux yeux des occupants, étant même prise en stop sur les camions allemands, la soldatesque prenant en pitié cette jeune femme.

Revenons à la mer, puisque l'eau est un élément majeur de la Bretagne, et à une femme, non moins courageuse que celles déjà présentées, mais dont les exploits sont tombés dans les oubliettes de la mémoire collective, en dehors de la Bretagne, mais que les Ouessantins n'ont pas oubliés. Le 2 novembre 1903, rose héréRose Héré qui a alors bientôt quarante-quatre ans, sans instruction et ayant toujours travaillé comme domestique sur l'île, va, parce qu'elle s'est réveillée plus tôt que d'habitude, peut-être à cause d'un pressentiment, sauver la vie de quatorze marins dérivant à bord d'un canot. Le Vesper, un cargo transportant du vin et des bougies à destination de Rouen, s'est fracassé contre les nombreux rochers et écueils qui entourent l'île de Ouessant. N'écoutant que son courage elle va se lancer à l'eau, accrochée toutefois à un filin que les marins lui ont lancé et qu'elle fixe au rivage. Car Rose Héré ne sait pas nager!

Le destin de Jeanne de Belleville sera également lié à la navigation, parce que son mari Olivier de Clisson a apporté son soutien à Jean de Montfort en intelligence avec les Anglais contre Charles de Blois, neveu de Philippe VI de Valois au début de la guerre de Cent ans. Outre la manière usée par le roi de France pour attirer Olivier dans un piège, un prétendu tournoi, ce sont les suites réservées à son corps qui enflamment la belle Jeanne de Belleville. Elle deviendra pirate (et non corsaire comme je l'ai lu à plusieurs reprises dans le texte) animée par une soif de revanche bien légitime. Il ne faut pas mépriser une femme amoureuse ! 

Ces femmes décrites dans ce livre ne sont pas toutes des aventurières ou rebelles, elles sont aussi courageuses, ou encore se sont fait connaitre par leur façon de vivre. Ainsi Marie Dorval qui deviendra une tragédienne donnant la réplique à Frédérick Lemaître, devenant la maîtresse d'Alexandre Dumas puis d'Alfred de Vigny, devenant sa muse et son inspiratrice, se liant d'amitié avec George Sand. On ne peut passer sous silence Céleste de Chateaubriand, l'épouse du célèbre vicomte; Juliette Drouet le grand amour de Victor Hugo; Liane de Pougy célèbre courtisane élevée sous la férule d'une éducation religieuse dans un couvent de Sainte-Anne d'Auray dans le Morbihan et qui finira ses jours comme novice dans une congrégation religieuse; Joséphine Pencalet, qui mena la révolte des sardinières pressurées dans les usines de conserve à Douarnenez ou encore Marie-Angélique Duchemin première femme française à se voir décerner la Légion d'honneur.

En tout vingt portraits de figures exemplaires bretonne, même si certaines ont dérogé à la morale, qui nous sont proposés dans un ouvrage dont chaque chapitre est précédé d'une photographie plus ou moins ancienne. Malgré les petites réserves émises quant à certaines erreurs dans les datations ou l'emploi peu approprié de certains mots, je conseille cet ouvrage à tous ceux, Bretons ou non, qui apprécient les hommages, mérités, apportés aux femmes, à la Femme et qui s'intéressent aux exploits, retentissants ou non.


Chloé CHAMOUTON : Femmes d'Exception en Bretagne. Collection Femmes d'Exception; Le Papillon rouge éditeur. Parution 11 octobre 2013. 272 pages. 20,50€.

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 10:07

 

Bon anniversaire à Hervé Jaouen né le 18 novembre 1946.

 

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Six nouvelles composent ce recueil dont le thème central est la mort acceptée, sinon provoquée. Le suicide consécutif à une dérive que ne veulent plus subir les protagonistes de ces histoires. Des personnages qui sont lassés de se confronter à un destin cruel, impitoyable ou tout simplement indifférent. Ils choisissent le terme d’une vie devenue pour eux trop lourde et cherchent le refuge, la liberté dans un ailleurs peut-être problématique mais qui devrait se révéler plus doux que ce qu’ils ont subi depuis leur naissance ou presque. Ce peut être aussi un accroc dans une existence encore jeune alors que tout pourrait leur sourire même s’ils sont nés dans une famille dont les prétentions sont loin d’être bourgeoises. Quoique l’origine familiale et l’épaisseur du portefeuille paternel ne soient pas des critères de longévité. Mais voyons un peu plus en détail ces tranches de vie contées avec sensibilité par Hervé Jaouen.


Le jeune homme qui souriait tout le temps met en scène un employé de banque dont la principale singularité est de tout le temps sourire, acceptant les remontrances sans broncher, ne dévoilant rien de sa vie privée. Il a toujours vécu chez papa maman, de modestes employés, a poursuivi des études lui permettant de trouver un travail dont personne d’autre ne voulait. Il n’a pas de petite amie, mais cela ne le traumatise pas. Mais il possède un secret et le jour où il ne pourra plus s’extérioriser avec, ce sera le début de la fin.


Dans La montre, le “ héros ” est un gamin à qui le grand-père a cru bon de donner sa montre-gousset. Il est fier de cette remarquable relique, mais le temps joue contre lui, ou plutôt ses condisciples lui jouent un sale tour. Jusqu’au jour où il se voit supprimer par sa mère son argent de poche pour un malheureux paquet de cigarettes qui traînait.


Autre hisporte2.jpgtoire poignante, ce qui ne veut pas dire que les autres ne le sont pas, mais celle-ci plus particulièrement, La prairie, qui narre la vie d’un couple de paysans qui à force de courage, de travail, parvient à s’établir, à posséder leur maison, à être des gens respectables, eux qui ont débuté comme commis de ferme à douze ans. Ils ne se sont jamais dit je t’aime, cela leur semblait superflu, ils ont construit leur couple sans heurt, ils sont eut des enfants qu’ils ont élevés dans la dignité des personnes simples et respectueuses, jusqu’au jour où l’homme a démissionné et s’est laissé aller, usé par le labeur.

 


Des histoires simples, émouvantes, de tous les jours, sans artifices, sans misérabilisme, mettant en scène des personnages ordinaires, modestes, faibles parfois au contact d’une société qui s’acharne à les briser, à les mutiler, à les humilier. Une dérive insidieuse qui guette chacun de nous, pour peu que l’on ne sache se rebeller contre les vicissitudes d’un monde qui ne pense que profit, rentabilité, avec comme matériel l’arnaque, la répression, le mépris.


 

Hervé JAOUEN : Merci de fermer la porte. Editions Denoël. Parution novembre 1999. 174 pages. 13,75€. Réédition Folio. Août 2001. 186 pages. 5,40€.

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 08:51

Bon anniversaire à Michel Quint, né le 17 novembre 1949.

 

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Il existe de petits plaisirs dans la vie qu’il faut entretenir et partager. Ainsi le bonheur de retrouver quelqu’un que l’on connait depuis de longues années, près de trente ans, et que l’on fréquente par procuration. Ainsi Michel Quint que je revoie toujours avec le même contentement mais trop épisodiquement, se rappelle à mon souvenir par romans interposés. Je retrouve dans son dernier ouvrage cette ambiance, ce maniement des mots et des phrases qui permet de discerner le style qui a fait le succès de cet auteur. Son essence, sa Quint essence si je puis me permettre ce mauvais jeu de mots. Mais contrairement à ses précédents romans et pour reprendre une phrase que j’avais utilisée pour chroniquer quelques-uns de ses livres, écrivant Michel Quint se vautre dans l'écriture alliant au rêve un hyperréalisme débridé, dans Les Amants de Francfort il se montre plus réservé, plus discret, moins hyperbolique dans ses descriptions.

Le Salon du livre ou Foire du livre de Francfort est la plus grande manifestation littéraire du monde, la plus vieille aussi puisqu’elle remonterait à l’époque de l’invention de l’imprimerie par Gutenberg et bien évidemment elle draine bon nombre d’auteurs, d’éditeurs, de tous les membres de la confrérie du livre et de l’écrit. Florent Vallin petit éditeur parisien, patron des éditions En Colère, ne peut manquer ce rendez-vous annuel qui se déroule au mois d’octobre. Il souhaite que des confrères allemands et américains s’intéressent à son catalogue afin de conclure quelques contrats de traduction bénéfiques pour lui et ses auteurs. Pourtant il possède un contentieux avec l’Allemagne. Son père y a été assassiné en 1977 alors qu’il était en déplacement professionnel.

Sous les auspices, tutélaires ou non, de Fitz, un agent américain qui barbote dans les milieux littéraires et de Sandor, un vieil homme qui se réclame de Vlad Tepes et considère qu’il est la Hongrie à lui tout seul, ancien agent de sécurité exerçant une fonction indéterminée dans l’hôtel de luxe où est hébergé tout ce petit monde, Vallin fait la connaissance d’un couple, Hermann et Ilse, qui se propose de parler affaires avec lui, contrats à la clé. Il aperçoit également une jeune femme en rouge, Léna, avec laquelle il fait plus ample connaissance au cours d’un buffet organisé en l’honneur du livre et de ses représentants. Ils sont irrésistiblement attirés l’un vers l’autre, et l’aimant les pousse à devenir amants. La nuit même alors qu’ils batifolent dans la chambre de Vallin, Hermann et Ilse sont assassinés à coups de couteau.

Vallin possède ses bureaux à Paris et emploie une secrétaire d’origine Roumaine, Zina, qui partage son bureau et éventuellement sa couche. Sa femme Clémence dont il est séparé et son fils Maxime, âgé de dix ans, sont toujours à Lille. Il leur rend visite de temps à autre, sans plus. Clémence et lui se sont connu tout jeune, ils ont été élevés ensemble, leurs pères étant amis. Lorsque le père de Clémence est décédé, par la faute d’un camion se trouvant par hasard sur son passage, les parents de Vallin ont recueilli la gamine. Puis le père de Vallin est mort assassiné en Allemagne, et sous son corps a été retrouvé un vieux journal annoté par Baader. Alors affirmer que Vallin père a été tué par des hommes de la RAF, Rote Armee Fraktion, plus connue sous la dénomination de Fraction Armée Rouge ou plus communément la bande à Baader, vient tout de suite à l’esprit des policiers et des journalistes.

Clémence est atteinte d’une tumeur au cerveau. Une opération est envisagée, mais elle veut auparavant résoudre le mystère de son grand-père Louis, et retrouver des documents lui appartenant. Or parmi les dossiers en leur possession, et en les décryptant, Clémence et Vallin se rendent compte d’une anomalie. Louis Vallin, qui était ouvrier zingueur avant guerre aurait été, non pas enrôlé de force dans le STO, mais qu’il se serait mis à disposition comme volontaire demandant à travailler dans une ferme. Mais il manque un dossier que Vallin se promet de récupérer.

Quand la petite histoire se catapulte avec la grande, trois périodes s’érigent avec leur lot de mystères. Louis travaillant en Allemagne durant la guerre, le père de Vallin se faisant tuer en Allemagne dans des conditions mal définies, Vallin lui-même ayant une liaison en Allemagne avec une femme qui lui donne un prochain rendez-vous qu’un an après, et le couple assassiné à l’aide d’un couteau. Luna en possède un mais celui-ci comporte des traces de sang frais, qui s’avère être le sien, et d’autres traces qui sont trop vieilles pour l’impliquer dans ce meurtre.

Michel Quint nous entraîne dans un récit qui pourrait être un drame familial recueilli auprès de personnes ayant subi ce genre d’avatar, et aménagé avec un suspense supplémentaire. Bon nombre d’hommes ayant été enrôlé dans le STO l’ont-ils été de force ou par convenances personnelles ? Et combien de meurtres ont été imputés à la bande à Baader et autres terroristes à tort. Michel Quint reprend le thème de la mémoire, l’explore, la triture et tient son lecteur en haleine, l’envoutant avec une écriture travaillée et qui semble pourtant si limpide. Et ces pans de l’histoire collent à la mémoire collective et individuelle comme l’adhésif au doigt du capitaine Haddock.


Lire du même auteur : Bella ciao; Cake walk; Les Joyeuses; Veuve Noire


Michel QUINT : Les Amants de Francfort. Editions Héloïse d’Ormesson. Parution août 2011. 234 pages. 18,00€. Existe en version E-book.

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 10:00

Pour quelque Page de plus...

 

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Les nostalgiques de la fin des années cinquante et des années soixante, ainsi que des éditions Fleuve Noir, retrouveront avec plaisir ce romancier qui fut l’un des auteurs majeurs des collections Espionnage (40 titres), Spécial-Police(39 titres) et L’Aventurier (14 titres). Qui a oublié les aventures de l’agent secret Calone ou de l’émule d’Arsène Lupin qui se cachait sous l’alias de L’Ombre ? Les cinéphiles connaissent certainement son nom, mais pour le commun des lecteurs, qu’en est-il ? Il est vrai que les scénaristes ne possèdent pas, en général, l’aura des réalisateurs et des interprètes. Pourtant le succès d’un film leur doit tout autant. Il est également à l’origine de la série télévisée les Cordier, juge et flic. Aujourd’hui, cet octogénaire n’a perdu en rien son souffle et sa vitalité d’écriture. Il n’est plus astreint à un cahier des charges en nombre de pages comme l’exigeait des maisons d’éditions telles que le Fleuve Noir, aussi il se défoule et ce roman de 720 pages possède toutes les qualités que les feuilletons qui firent le bonheur de lecteurs assoiffés de romans épiques au long cours.

Depuis quelques temps des messages signés Les Compagnons d’Eleusis fleurissent sur Internet, pourtant les membres du Cartel, le banquier Georges Verdier en tête, pensaient bien s’être débarrassés de la nébuleuse avec la mort d’Emmanuelle. Métamorphose est le maître mot, les Compagnons d’Eleusis annonçant que l’or n’est plus la valeur refuge des spéculateurs et thésauriseurs de toutes nationalités, mais un métal inconnu, nommé tout simplement Métal. Un petit cube est envoyé via la poste aux membres du Cartel mais le laboratoire chargé de l’analyser explose. Romain Delamare, le petit-fils de Verdier, vient d’apprendre une mauvaise nouvelle. Son père, un journaliste qui avait déserté le foyer familial, s’est suicidé. Il ne l’a guère connu, mais quand même c’était son père. C’est le consulat de France en Grèce qui a signalé le décès de Vincent Delamare à la mère de Romain.

Durant les funérailles, dans le cimetière parisien, Verdier aperçoit une vieille connaissance perdue de vue depuis des années, Beaumont, qui n’a pas changé physiquement. Un notaire, qui n’est pas celui de la famille, leur apprend qu’il doit leur remettre des documents. L’enveloppe, mise à l’abri dans un coffre-fort, contient une chemise sur laquelle est inscrit Le dieu sans visage. Mais les feuillets sont vierges de toute écriture, et les membres de la famille qui participent à cette réunion pensent qu’une substitution a été effectuée. Alors qu’il n’avait jamais remis les pieds dans la maison familiale sise en Sicile, Verdier, sa fille, son petit-fils accompagné de son amie Lola décident de partir sur l’île.

Mais Romain, aussi têtu que son père, est bien décidé à retrouver les traces de celui-ci et éventuellement découvrir quel est le sens du message qu’il voulait lui faire passer. Il embarque donc avec Lola pour la Grèce et rejoint le port de Lepsina ou Elefsina, anciennement dénommé Eleusis. Il retrouve des amis de son père dont un professeur dont le fils a lui aussi disparu, puis sur des indications qui lui sont données rejoint la Crête afin de retrouver le bateau de son père, un voilier tout noir. Un individu s’est installé sur le navire prétendant que Vincent Delamare lui en a fait cadeau. Mais ce n’est pas ce genre d’héritage que Romain cherche, et lorsqu’il rentre à l’hôtel où il loge avec Lola, celle-ci a disparu. Commence une longue partie de cache-cache avec la jeune femme, celle-ci ne répondant pas à ses appels puis lui envoyant des texto lui demandant de la rejoindre.

Seulement Romain est accaparé par d’autres activités, notamment des rencontres inopinées avec une famille vivant dans un grand domaine, l’Olympe. Y vivent des jeunes gens et des jeunes filles répondant entre autres aux noms d’Ariane, Aphrodite, Jason, Oria, Tessa ou encore Sybille, tout ce petit monde placé sous la coupe d’un patriarche, Appolonakis. Mais il semblerait que ces personnages possèdent la faculté de ne pas vieillir et de mourir, portant en permanence un médaillon fabriqué d’un métal inconnu sur lequel figure d’étranges inscriptions, genre idéogrammes. Ce domaine possède également la particularité d’être nimbé d’un nuage, le cachant aux survols d’hélicoptères. Ces supposés descendants des dieux grecs ne sont pas bien vus dans l’île ce qui n’empêche pas Romain de les rencontrer. Il effectue de nuit une plongée non loin du rivage, grâce à un papier émanant de son père et qui lui a été remis par l’un des amis rencontrés à Eleusis. Ce papier signale les longitude et latitude d’un endroit secret. Il découvre sous la mer une mystérieuse grotte et suit des indications fléchées et phosphorescentes.

 

metamorphoses-eleusis.jpgUn roman complexe et foisonnant dans lequel le lecteur est aspiré, voyageant entre mythologie grecque et crétoise et l’univers actuel régi par la finance et l’informatique. Un thriller teinté de fantastique, mais un fantastique qui ne gêne en rien les cartésiens puisque celui-ci s’inscrit dans une atmosphère qui baigne dans une allégorie mettant en scène des divinités. Un peu comme, même si l’on n’aime pas le fantastique, on se laisse porter par les contes de Grimm, Perrault, Andersen, mais version adulte. Apparemment Alain Page est fâché avec Internet, cet outil qui permet de transporter les informations sans que celles-ci soient vérifiées et vérifiables. Internet. International défouloir, vaste ramassis de vérités, de contrevérités, d’approximations, de mensonges éhontés et d’affirmations douteuses, c’est le vecteur privilégié pour balancer tout et n’importe quoi, plus souvent le pire que le meilleur. Dans cette vaste volière, au volatile caquetage, les corbeaux s’activent, les faisans s’agitent, les perroquets répètent à l’envi et les pigeons se pâment. En attendant de se faire plumer. Conséquence, il se moque également des internautes : Les internautes ne vivent que dans l’événementiel, les internautes sont de petites bêtes versatiles. Mais tous les jours des affabulations circulent sur ce nouveau média et les exemples ne manquent pas.

Mais Alain Page pointe aussi les dérives de la spéculation : Une nouvelle vague de spéculation sauvage s’est emparée des marchés qui, maintenant, jouent inconsidérément contre les Etats au risque de faire voler en éclats un système que plus personne ne contrôle. C’est dans ces périodes explosives que les peuples perdent confiance et se révoltent si leurs dirigeants sont trop faibles pour s’opposer à ces manœuvres car la solution, à ce stade, ne peut-être que politique. Et nous vivons effectivement à une époque où la spéculation va bon train, que ce soit sur l’or ou les denrées alimentaires, et bien des chefs d’état ne contrôlent plus l’aspect financier, et justement nous assistons à des embryions de débordements, Espagne, Grèce justement, alors qu’Alain Page avait écrit ce roman bien avant l’actualité qui agite l’Europe, et d’autres pays.

 

A lire également d'Alain Page : L'écume des nuits

Voir aussi mon entretien avec

l'auteur.

 

Alain PAGE : Les métamorphoses d’Eleusis. Première édition Collection NEO, éditions du Cherche-Midi. Mai 2011). Réédition Pocket Thriller. Parution le 14 novembre 2013. 864 pages. 9,10.

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 08:48

L'arbre qui cache la forêt...

 

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Depuis qu'il est rentré d'Europe où il a participé à la guerre, d'abord comme consultant dès 1914 pour le gouvernement américain puis comme combattant en 1917, Byron Aldridge n'est plus le même. Il a préféré vadrouiller comme policier dans différents états du Sud avant de s'installer en Louisiane au lieu de rentrer chez lui à Pittsburg et retrouver sa famille, son père gros industriel dans le bois, et son jeune frère Randolph. Il travaille depuis quelques années à la scierie Nimbus, une exploitation forestière sise non loin de Poachum, comme agent de sécurité.

victrola.jpgC'est là qu'un jour un agent d'Aldridge père, prospectant l'achat de scieries, le retrouve et en informe son patron qui aussitôt achète l'exploitation qui n'est plus gérée que par le directeur adjoint. Randolph est dépêché sur place et le voilà promu nouveau directeur. Il est à même de se rendre compte que son frère Byron est mentalement atteint par son passé de combattant dans la Meuse. Il ingurgite trop de whisky, écoute des ballades, principalement irlandaises, sur son phonographe Victrola et surtout se montre violent envers les employés qui eux-mêmes n'hésitent pas à sortir rasoirs et autres armes. Byron est marié avec Ella qui ne dédaigne pas le whisky elle non plus.

Le nouveau directeur de la scierie a du mal à canaliser les pulsions de ses bucherons, scieurs, mécaniciens, vivant en plus ou moins bonne intelligence. Ils dorment dans des baraquements, blancs et noirs séparément, et pour la plupart sont célibataires. Ils se regroupent le soir dans un saloon tenu par Galleri, boivent, perdent leur argent dans les machines à sous, au poker ou autres occupations propres à échauffer les esprits, les prostituées par exemple, professionnelles ou débutantes, fournies par un truand sicilien installé dans la région.

Randolph possède une gouvernante, May, jeune et jolie jeune veuve, une métisse dont la couleur de peau la fait passer pour une blanche, et qui n'a qu'un souhait avoir un enfant d'un blanc. Il écrit de longues lettres à son père afin de l'informer des travaux, et à sa femme Lillian qui s'ennuie et est restée à Pittsburg. Ils n'ont pas encore d'enfants, malgré leurs essais et cela la désole.

Les bagarres sont trop répétitives et les blessés et les morts quicypres.jpg en résultent handicapent la bonne marche de l'entreprise. Un donneur de cartes, Vicente, est accusé de tricherie, ce qui déclenchent bagarres en chaine, et les deux frères décident de fermer le saloon le dimanche, au grand désespoir de Galleri. Il n'est pas le propriétaire, et n'est qu'un homme de main, comme Vicente, de Buzetti, un mafieux qui sévit avec sa bande dans la région. Or Buzetti veut garder la main mise sur son univers du jeu, de l'alcool et de la prostitution et entre lui et les frères Aldridge débute une guerre larvée. Les incidents se multiplient. Les dents d'une scie circulaire débitant les tronçons de grumes de cyprès, la richesse de la région, en planches, bardeaux et autres pièces de bois prêtes à être expédiées par bateaux à aubes, les dents de cette scie sont cassées et propulsées occasionnant de nombreux dégâts parmi les ouvriers présents. Un acte délibéré car une tige de métal avait été fichée dans le tronc, et enfoncée afin qu'au premier regard nul ne s'aperçoive de ce sabotage. D'autres méfaits sont à mettre au compte de Buzetti et de ses hommes. Le Sicilien en personne accompagné de quatre séides vient provoquer les frères Adridge mais il est accueilli à sa descente de train par Randolph et quelques-uns de ses employés armés. L'affrontement tourne court mais il promet de ne pas en rester là et sa promesse sera tenue.

Lillian s'ennuie et elle décide de rejoindre Randolph, d'abord en étant hébergée à Tiger Island (devenue aujourd'hui Morgan City) puis directement à la scierie. Randolph est inquiet pour elle, mais sous des dehors fragiles, c'est une femme de tête. Et elle a des idées. D'abord faire construire une école car quelques enfants vivent sur l'exploitation et elle ne veut pas qu'ils soient des laissés pour compte, puis une église, ce qui occupera les résidents le dimanche.

 

cypres-chauve2.jpgUne chronique de la vie en communauté au début des années 1920 en Louisiane, dans la moiteur, la touffeur, l'humidité, la boue, les marécages, les incidents, les bagarres, les jalousies, l'alcool, les serpents, les redoutables mocassins d'eau, et les alligators... Deux mondes qui s'affrontent, entre Randolph, qui n'a jamais connu autre chose que la cellule familiale et la dépendance au père, et celui de Byron qui eut à souffrir, physiquement, mentalement, psychiquement de la guerre et dont il garde encore les stigmates. C'est le premier mort qui coûte. Et Byron perdu dans ses souvenirs lancinants, a toujours devant les yeux les scènes d'horreur des tranchées, déclarant, avec juste raison :

Je ne comprendrai jamais pourquoi le gouvernement des Etats-Unis m'a donné carte blanche pour loger des balles de calibre .30 dans des gamins allemands patriotes, alors que la loi, ou les destins ne me laissent pas pourchasser et expédier en enfer un cyclope tueur d'enfant qui brandit des serpents.

Pour comprendre la seconde partie de cette diatribe, il vaut mieux lire l'ouvrage car il serait indécent de ma part de l'expliquer au risque de trop en dévoiler.

Tim Gautreaux ne s'attarde pas sur la description de la flore locale, préférant s'attacher à l'ambiance, à l'atmosphère des relations tendues entre ouvriers et des conflits qui naissent pour un rien, entre les mafieux siciliens dirigés par Buzetti et les frères Aldridge, ou encore dans les changements progressifs dans leurs pensées et leurs actes.

Un roman âpre, rude, sensible, touchant, émouvant, violent, avec des personnages qui traversent l'époque avec leurs défauts et parfois leurs qualités, tout en se posant des questions sur le bien fondé de leurs actes et de leurs responsabilités.

Tim Gautreaux entre dans le cercle des écrivains américains du Sud dont actuellement Ron Rash est devenu actuellement le chef de file incontestable, mais que l'on pourrait rapprocher de quelques romanciers français qui décrivirent la rudesse de leur région, les conditions de vie et de travail, le difficile retour à la vie civile. Je pense notamment à Jean-Pierre Chabrol avec Le Crève-Cévennes notamment ou encore à Charles Exbrayat pour quelques romans non policiers comme Jules Matrat, Un matin, elle s'en alla, Ceux de la forêt.

Et au moins j'aurai appris qu'un constable qui est un policier ou un officier de police n'exerçant qu'en Grande Bretagne ou au Canada pouvait aussi exister aux USA dans les années 1920.

Né à Morgan City en 1947 Tim Gautreaux décrit une région, sa région, qu'il connait bien.


Tim GAUTREAUX : Le dernier arbre (The Clearing - 2003. Traduit par Jean-Paul Gratias). Collection Cadre vert. Editions du Seuil. Parution le 26 septembre 2013.416 pages. 22,00€.

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 08:53

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 L’écume des nuits  est sous-titré Roman. Ne serait-ce plutôt une autobiographie romanesque ?

écumeIl s’agit effectivement d’une autobiographie mais d’une autobiographie particulière. Toute autobiographie a deux filtres : celui qu’impose le temps qui passe (la mémoire plus ou moins fidèle) et celui du choix inévitable à faire (si l’on a bonne mémoire) entre l’essentiel et l’accessoire. Dès l’instant où l’on doit faire un tri, l’objectivité s’éloigne et l’on se retrouve à mettre en forme un certain nombre d’éléments qui disent la vérité sans dire toute la vérité. Au fil des ans, mon écriture a été essentiellement romanesque, aussi certain choix et certaine sublimation du réel m’ont fait penser qu’il était plus honnête de sous-titrer, Roman, ce texte qui n’a gardé qu’un peu plus de la moitié de ce qui avait été écrit à l’origine sur ces quatre années. Mais même sublimés, les événements vécus, les rencontres effectuées, sont bien le reflet de certaine réalité.

Avez-vous côtoyé tous les artistes qui évoluent dans L’écume et quel souvenir en gardez-vous ?

Oui. Il y avait aussi bien d’autres personnalités : Camus, Vaillant, Queneau, Astruc, Gélin, Corbassière, notamment. Marlène Dietrich et Charlton Heston y sont même passés. Mais j’ai tenu à ne mettre en situation que ceux avec lesquels j’avais eu des d’échanges. Ado de seize-dix-sept ans, ma timidité de provincial m’empêchait, à l’inverse d’un Radiguet (le neveu de Raymond) d’aller facilement vers les autres. Néanmoins, j’ai eu la chance d’être pris en sympathie par Boris Vian qu’il m’arrivait d’accompagner dans des soirées ou chez lui. Avec Jean Marais, la relation était différente. J’aimais le regard qu’il posait sur la faune du Tabou, cette distance ironique de celui auquel le milieu en a fait baver. On était au bar, comme deux voyeurs et on commentait… Et puis, il y eu cette inoubliable visite chez madame Colette… Cette époque de la Libération s’est traduite, durant ces quatre années si particulières, par une… liberté retrouvée, sans vraies limites, sans hiérarchie, sans souci du lendemain. On dit qu’on ne vit pas de l’air du temps, je crois que durant ces années-là, on a vraiment vécu de l’air du temps de cette liberté reconquise au quotidien… L’heure était à la fête, à la fiesta, comme disait Sartre, peu présent au Tabou mais assez amateur de ces soirées où la fiesta précisément était de rigueur… Au Tabou nous étions au coude à coude, dans une familiarité de copains et chacun pouvait parler à chacun, quel que soit l’âge, quelle que soit la notoriété… Cocteau, habitué à surfer sur les générations, n’avait-il pas dit : une génération, ce sont des gens qui s’aiment et qui n’ont pas le même âge. Les filles se voulaient nos égales, l’amour aussi se voulait libre… Il y avait beaucoup d’insouciance, de la folie et une espèce de créativité latente pas toujours bien canalisée. Il fallait absolument effacer cinq années de peur, cinq années de silence… Revivre, quoi. Nous nous y sommes appliqués.

N’êtes vous pas agacé par le fait que, à chaque fois que l’on cite le nom d’Alain Page, références sont faites à La Piscine et à Tchao Pantin, ou est-ce un argumentaire de vente ?

C’est très, très, très énervant. Gonflant même. La France quialainpage2.jpg adore se subdiviser en provinces, régions, départements, communes, va jusqu’au bout de sa logique et enferme aussi les individus dans un tas de petites boîtes étiquetées dont il leur est interdit de sortir sous peine de subir la haine des autres étiquetés. Je n’ai pas écrit de polar depuis près de trente ans, à l’exception de Tchao Pantin et de Sang d’Enfer, que je considère plutôt comme des romans assez noirs. Il n’en reste pas moins que lorsque je sors un livre, Je suis rien ou L’Ecume des nuits, on me pose l’éternelle question : c’est un polar ? Très agaçant. Alors, je ne veux surtout pas que l’on s’en serve comme argumentaire de vente. Il y aurait d’ailleurs tromperie dans la mesure où L’Écume n’est pas un polar. J’assume tout ce que j’ai écrit mais je ne veux surtout pas en être prisonnier. J’ai d’ailleurs refusé une bande qui le mentionnerait.

Ces deux romans, scénarisés et ayant eu un énorme succès au cinéma tendent à occulter toute votre production au Fleuve Noir. Des regrets, un passé qui n’est plus que souvenir ?

Je ne suis pas un nostalgique et l’Ecume des nuits a été écrit sans nostalgie car, comme je m’en explique dans ce roman, j’ai découvert très tôt l’importance du moment, de l’instant. Survivre à des bombardements donne une autre notion du temps. Une bombe est toujours susceptible de vous rattraper. Alors vivons pleinement l’instant qui précède sa chute éventuelle. Je m’y emploie depuis cette époque. Je n’ai donc pas non plus de nostalgie par rapport à mon passé Fleuve Noir. Quelques pages dans un album photo. C’est bien un album photo, c’est une mémoire mais je ne vois pas l’utilité de l’ouvrir régulièrement. En tant qu’ancien photographe, seule m’intéresse la photo que je vais prendre… J’ai aussi fait beaucoup d’autres choses, radio, café-théâtre, scénarios de cinéma ou de télé, mise en scène. C’est bien de savoir remettre les compteurs à zéro, non ?

Selon Espionnage Magazine (N° 7 daté de 1960), il est précisé qu’à trente ans vous aviez déjà trente livres à votre actif. L’imagination est inépuisable ?

alainpage1.jpgSi je tiens compte des quatre romans que j’ai écrits à l’Arabesque sous le nom d’Alain Ray, ajoutés à ceux du Fleuve, j’arrive, en 1960, à 37 titres publiés. Plus deux ou trois autres, non publiés. Cela depuis la rentrée de 1956. Cela donne environ un roman par mois sur un peu moins de quatre ans. Après, je me suis calmé en passant à un rythme de 6 par an, trois Spécial-Police, trois Espionnage. Il faut dire, que depuis 1958, j’écrivais aussi, entre deux romans, des dramatiques pour la radio, Europe 1 ou France-Inter. Alors, l’imagination, elle, a intérêt à répondre : présent. Heureusement, il n’y a pas que l’imagination, il y a aussi la vie, sous toutes ses formes. Elle est inépuisable, la vie, elle offre le spectacle, sans cesse renouvelé, de la matière humaine qui s’agite, gesticule, se démène. Les différents métiers que j’ai faits avant d’être publié et de vivre de ma plume, m’ont emmené dans des milieux très divers et amené à faire des rencontres utiles sinon essentielles. La lecture est la base, le socle indispensable mais les universités d’un écrivain, c’est aussi la rue. La vie est une bizarre alchimie qui vous fait parfois cadeau, au petit matin, d’une belle histoire dont vous vous emparez, vous, l’éponge.

Vous avez collaboré dans les diverses collections du Fleuve Noir. Spécial Police, L’Aventurier et Espionnage. Espionnage est fort prisée à l’époque, et Calone un agent qui ne ressemblait pas vraiment à ceux décrits par vos confrères. Par volonté de vous démarquer, par volonté de casser un moule ?

Dans l’idéal, il faudrait, pour écrire des romans d’espionnage, alainpage4.jpgêtre un technicien apolitique. Le problème du roman d’espionnage est qu’il doit impérativement suivre l’actualité. Si votre héros est français, il est donc tributaire de la politique de son pays. Dans ces années-là, les auteurs de romans d’espionnage étaient plutôt à droite, ce qui ne leur posait pas de problème puisque les gouvernements de l’époque étaient de droite. Mais si on ne l’était pas, de droite ? Il fallait prendre des tangentes. J’ai voulu que mon héros, Nicolas Calone, soit quelque peu atypique, contestataire quelque part, ce qui l’amenait à prendre des initiatives pas toujours bien comprises de la hiérarchie. Heureusement, il appartenait à un service imaginaire (SDGE. Service de Documentation Géographique et Economique) dirigé par Georges-Henri Costes, Raminagrobis pervers qui avait mal accepté (comme l’auteur) que les différents services de renseignements soit rattachés, après 58, sous l’impulsion de Michel Debré, aux services du Premier Ministre. Je fais de la prospective active, je me projette, je travaille pour l’avenir (de la France) disait Costes. Il essayait de ne pas trop chausser les godillots d’un pouvoir dont il ne cautionnait pas forcément toutes les options. D’où des agents atypiques comme Calone, indépendant et séducteur, aux initiatives parfois limite. Il y avait donc bien pour moi une volonté de me démarquer de mes confrères et d’échapper à toute robotisation, toute complaisance.

Pour la collection Spécial Police vous aviez créé les personnages de Cordier, qui ont été repris pour une série de téléfilms avec notamment Pierre Mondy. Avez-vous collaboré à l’écriture des scénarios, y avait-il des aventures inédites ?

Cordier et sa famille ne sortent pas de la collection policière du alainpage3Fleuve mais sont une création purement télévisuelle à la suite de la demande d’une chaîne, en l’occurrence TF1, qui cherchait une nouvelle idée de série de polar. J’ai écrit ce qu’on appelle une bible, proposant les personnages que l’on connaît, défini la “ philosophie ” de la série, ses caractéristiques principales et donné de brefs aperçus de quelques thèmes. Mon propos, à l’origine, était d’opposer à travers leurs fonctions, un père et un fils, le père, commissaire de police, ayant le pouvoir d’un père sur un fils et le fils, jeune juge d’instruction, le pouvoir d’un juge sur un flic. Opposer l’expérience parfois limite du flic de terrain à celle, psychorigide, d’un jeune juge, frais émoulu de l’Ecole de la Magistrature. J’ai lu, à cette occasion, tout le code de Procédure pénale pour étayer techniquement les éventuels affrontements père-fils. Mais TF1 est une chaîne consensuelle qui aime la famille… J’ai écrit les trois premiers épisodes pour mettre la série sur les rails. J’ai signé l’un d’entre eux, Alain Ray, car j’avais trouvé la réalisation nulle… J’avais, par contrat, la possibilité d’écrire tous les épisodes, je m’en suis tenu à trois après des affrontements musclés avec TF1 à propos de la fameuse “ philosophie ” de la série. Il y a eu près de 70 épisodes, écrits par différents auteurs. Cette série, bien consensuelle, a eu un succès incroyable avec, certains soirs, plus de 10 millions de téléspectateurs et des parts de marché qui dépassaient les 40%. La famille Cordier était très appréciée. Comment renier des enfants qui vous ont permis d’écrire les romans que vous vouliez en toute quiétude financière…

Vous avez également réalisé des films dont Taxi Boy ? Un travail totalement différent de celui d’écrivain. Est-ce toujours compatible ?

alainpage6.jpgMes rapports à l’image, c’est une vieille histoire d’amour et de haine. Je suis d’une génération qui est née sous le cinéma parlant et sous le signe de la BD. Il était donc normal que les deux me fascinent. Malheureusement, à l’inverse de Jacques Demy, Nantais comme moi, je n’ai pas eu la chance de posséder, enfant, la moindre caméra, 8 ou 9,5 et je n’ai pu faire des courts-métrages que plus tard. J’ai donc commencé par dessiner. Croquis pris sur le vif, essais de BD, tentatives hasardeuses de la maîtrise de l’espace et de la couleur (maudite aquarelle) il m’a fallu finir par convenir que mon avenir se trouvait ailleurs. La photo est venue pour combler en partie ma frustration mais le cinéma restait ma cible. Malheureusement, les producteurs n’aiment pas que les gens qui écrivent s’emparent d’une caméra. Je préfère, a même dit l’un d’eux, très connu, un mauvais metteur en scène à un metteur en scène que je ne connais pas. C’est un choix. Avec le mauvais metteur en scène, il est certain d’avoir un mauvais film, avec l’autre il avait une chance sur deux d’en avoir un bon… La Piscine, malgré son succès phénoménal, ne m’a pas permis de passer à l’acte. Il a fallu un autre succès phénoménal, Tchao Pantin, pour que puisse me retrouver dans la galère du tournage d’un film. Et encore galère est un mot aimable, l’expression d’une pensée très édulcorée. Je ne revendique pas ce film, je ne m’y suis pas reconnu. Ont suivi quelques années de forcing pour monter un autre film mais les producteurs avaient le pouce pointé vers le bas. De toute manière, le pouvoir réel était dans les chaînes de télévision qui, avec leur logique télévisuelle, privilégient les scénars consensuels pour ménagères de moins de cinquante ans, version France profonde, de préférence rurale. Aussi est-ce avec une joie sans nom que je suis revenu à l’écriture romanesque en écrivant d’abord Je suis rien avant d’en arriver à L’écume des Nuits. L’écriture d’un scénario peut se révéler frustrante dans la mesure où elle n’est qu’un stade intermédiaire avant l’écriture définitive que sont la mise en scène et le montage (important, le montage) D’où le désir, voire le besoin, d’aller parfois jusqu’au bout de cette forme d’écriture. Le roman est une écriture aboutie où, en outre, l’auteur peut maîtriser les différentes composantes, même si parfois les personnages se rebellent. C’est d’ailleurs à ça qu’on reconnaît qu’ils existent vraiment. Et si l’on cesse d’être le deus ex machina, on n’en reste pas moins maître de son œuvre, sans souci des contingences financières et du regard de médiocres décideurs, émasculateurs de projets. Il n’en reste pas moins qu’un auteur qui adapte son roman doit savoir le violer (dans le sens ouvrir, pénétrer pour l’aménager) s’il veut en faire une belle œuvre. Mais tous les écrivains ne savent pas se faire mal pour faire bien…

Votre premier ouvrage publié était un recueil de poèmes : Fumées. Besoin d’adolescent ?

Besoin d’écrire, de s’exprimer, besoin de se tester, de savoir aussi si ce qu’on a écrit est tarte voire débile. Alors on cherche d’abord à se rassurer en montrant la chose à son entourage, copines, potes, avant de se lancer dans le vide en faisant lire l’œuvre par un pro. Le plus dur ? Faire la part de la gentillesse, de la complaisance, de l’hypocrisie dans l’encens de la critique. Après ? Il faut cesser de se prendre pour un poète. Ça vient le jour où on cesse de s’écouter écrire. Mais il ne faut pas jeter l’ado avec l’eau des rimes afin de garder le même plaisir d’écrire, de chercher une saveur nouvelle aux mots, une musique différente au phrases, cesser, quoi, de se faire plaisir avec la phrase qu’on trouve géniale chaque fois qu’on la relit : c’est justement celle-là qu’il faut couper.

Vos premiers romans ont été publié chez L’Arabesque collection Espionnage sous le nom d’Alain Ray. Certains avancent que vous avez utilisé le pseudonyme d’Henri Dalbret. Qu’en est-il exactement ?

Je n’ai jamais signé Henri Dalbret. En dehors d’Henri d’Albret, roi de Navarre au XVIe siècle, j’ignore tout d’Henri Dalbret. Le seul autre pseudonyme que j’ai utilisé est bien celui d’Alain Ray. Un premier roman d’espionnage, Punch au Pétrole, m’avait été refusé par le Fleuve car être publié dans la collection Espionnage du Fleuve, aux tirages déjà conséquents, exigeait une certaine ancienneté chez l’éditeur, ancienneté que je n’avais pas. Aussi ai-je fait publier ce roman à l’Arabesque à laquelle j’ai fourni, dans la foulée, trois autres romans. Les autres titres à l’Arabesque, sous le même pseudo, ne sont pas de moi mais de Michel CARNAL, un vieil ami auquel j’ai “ prêté ” ce pseudo à l’époque. Pour la petite histoire, j’ai écrit la série de l’Ombre, collection l’Aventurier, à la suite d’un deal avec mon éditeur. Je lui écrivais cette série et, en échange, il me prenait des romans d’espionnage. D’où les 37, écrits en moins de quatre ans…

Pensez-vous écrire une suite à L’écume des nuits ?

La chose est prévue. Il s’agirait de couvrir les années 50 jusqu’en alainpage5.jpg1958. Années charnière qui voient la fin d’une civilisation rurale en France bien que la civilisation industrielle ait commencé dès le XIXe siècle. En fait, ce qui commence à apparaître peu à peu dans ces années-là, c’est cette société de consommation qui, dans le cadre des Trente Glorieuses, débouchera 10 ans plus tard sur sa contestation en mai 68. Ces années cinquante où la consommation était encore timide, où les Français profitaient de l’expansion économique sans en subir la pression, étaient encore des années aimables. On pouvait trouver du travail sans aucune difficulté, je l’ai expérimenté à travers les différents métiers que j’ai pu faire alors. Un confort nécessaire se développait. On pouvait l’espérer suffisant. C’était compter sans les industriels qui surent, à travers la pub, transformer le désir en besoin. On en subit encore les conséquences en vendant des mots, des slogans, en lieu et place de produits dont certains ne sauraient d’ailleurs se vendre autrement tant ils sont superflus voire inutiles. Et ne pas oublier que ces années ont été aussi celles de la guerre d’Indochine et de la guerre d’Algérie, celles de la fin de la IVe République (séquelle de la civilisation rurale) celles du début de l’émancipation des femmes, de la banalisation du divorce et de bien d’autres choses encore. Vieilleries pour les générations d’aujourd’hui dont la mémoire se refuse à intégrer ce qui a fait ce qu’ils sont.

 

Lire également mon article sur la collection L'Aventurier.

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