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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 08:51

Descente à la cave ou aux enfers ?

 

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Alors que depuis cinq jours et nuits des attentats créent la frayeur parmi la populace, le narrateur écoute de la musique classique chez lui. Il ne se sent pas concerné par cette guerre car il pense à sa femme et ses enfants qui se sont mystérieusement volatilisés quelques mois auparavant, tandis qu'ils étaient sensés effectuer des courses en centre-ville.

Tous les soirs les sirènes rugissent et il regarde par la fenêtre l'avenue déserte et les quelques carcasses de voitures qui gisent. C'est alors qu'il entend un bruit dans l'escalier. Il pense à un squatter, regarde par le judas et stupéfait aperçoit un talon aiguille. Une femme !

Sa libido depuis la disparition de sa femme est en berne mais il ne peut s'empêcher d'être intrigué. Il enfile une veste et suit l'inconnue jusque dans les caves. Il a eu beau essayer de ne faire aucun bruit, elle sait qu'il est là. Elle l'interpelle et...

 

Comme le titre de la collection le suggère, Gilles Vidal nous offre une nouvelle érotique dans une atmosphère de chaos. Tout va mal et la rédemption se trouve peut-être dans l'accomplissement de l'acte d'amour. Pour le narrateur, c'est le retour à la vie mais cette renaissance s'effectue dans des conditions hasardeuses et morbides. La possession de la chair d'une inconnue consentante n'efface pas le souvenir de sa femme. Pourtant il profite de cette bonne aubaine jusqu'au moment où...

Le fantasme de l'inconnue qui monte les escaliers en vous proposant un sourire plein de promesses est propre à la gent masculine, jeune ou moins jeune. Un rêve ou un cauchemar, qui est une forme de substitution de l'être cher (l'être-chair ?) manquant, parti, disparu.

Gilles Vidal, à sa décharge (je ne sais pas si c'est le bon mot, mais tant pis) ne joue pas dans cet érotisme trop explicite dont certains romans, souvent dus à des femmes (réelles ou supposées) sont truffés de nos jours ou dans les collections dites spécialisées qu'ont connues les lecteurs dans les années 1970, mais lorgne plutôt vers le style des grands anciens comme Boyer d'Argens dans Thérèse philosophe ou la Comtesse de Manoury dans le Roman de Violette qui est parfois attribué à Alexandre Dumas et autres célébrités littéraires du XIXème siècle.

Je ne vais pas plus loin, désirant ménager le suspense, mais si vous désirez lire en entier cette nouvelle, rien ne vous est plus facile. Il suffit de la télécharger sur le site des éditions SKA pour le prix de 0,99€.

Avis aux amateurs !

 

De Gilles Vidal, vous pouvez également lire : Mémoire morte; Histoires vraies à Paris et Revival.


Gilles VIDAL : Chaude alerte. Collection Culissime. Editions Ska.

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 14:42

Une enquête sur la recherche de l'identité de Jack l'Eventreur avec une thèse ni farfelue ni hasardeuse.

 

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 Le mythe, ou plutôt la véritable histoire qui n’a jamais connu de dénouement, de Jack L’Eventreur, alimente depuis plus d’un siècle l’imaginaire des romanciers, et les histoires confrontent leurs conjectures sans véritablement apporter de solution satisfaisante.

Du 31 aout 1888 au 9 novembre de la même année, cinq prostituées, ou cataloguées comme tel car elles ne recherchent souvent que quelque menue monnaie afin de se payer boisson alcoolisée, nourriture et endroit pour dormir, ont été égorgées, éviscérées, découpées, dans l’East-End de Londres, les quartiers de Whitechapel et de Spitalfields. Dont deux la même nuit, comme si leur agresseur n’avait pas réussi ce qu’il voulait entreprendre sur la première.

En septembre 1941 Londres ploie mais résiste sous les bombes lâchées par les bombardiers allemands survolant la capitale depuis des mois. C’est le Blitz. Les nombreux blessés sont dirigés vers les hôpitaux, dont le London Hospital situé dans l’East-End. Mary Amelia Pritlowe, infirmière-chef dans l’établissement vient de recevoir une lettre de son père décédé récemment. Une lettre testament dans laquelle il explique que Mary Amelia est la fille de Mary Jane Kelly, la dernière des cinq victimes de l’Eventreur.

Robert Pritlowe avait quitté Mary Kelly peu après la naissance de leur fille dont la garde était confiée à la mère, ou à une amie de celle-ci ou au père, selon les circonstances. Mary Kelly vivait avec Joe Barnett, fréquentait Maria Harvey, sa meilleure amie, devait plus d’un mois de loyer à John McCarthy, propriétaire de nombreux taudis, l’équivalent des propriétaires qui louent à prix d’or des pièces insalubres actuellement en France, les marchands de sommeil. Mary Jane Kelly n’avait que vingt-trois ans, était encore jolie et insouciante.

Robert Pritlowe avait récupéré définitivement la gamine âgée de deux ans après l’assassinat de Mary Kelly, et la petiote avait suivi son père en France, placée dans une institution près de Dieppe puis dans un établissement où elle a appris le métier d’infirmière. Durant la première guerre mondiale elle avait exercé dans l’Argonne puis était rentrée en Angleterre. Cette lettre émanant de son père la plonge dans le désarroi. Elle veut en connaître davantage sur sa mère dont elle ne se souvient pas, savoir réellement ce qu’il s’est passé en ces semaines tragiques, remonter la piste de l’agresseur. Venger sa mère en découvrant l’identité de son meurtrier. De nombreuses hypothèses ont été énoncées, notamment celle selon que le fameux Jack l’Eventreur serait issu de la Haute, mais cela ne lui suffit pas, et comporte un certain nombre d’aberrations.

Alors elle consigne dans des carnets, achetés spécialement à cette intention, ses différentes démarches effectuées notamment auprès de la Filebox society, qui conserve précieusement toutes les archives, articles de journaux, témoignages divers, photographies d’époque des victimes, des lieux. Elle s’inscrit à cette association qui ne comprend que des hommes, des ripperologues passionnés, et compulse tous les documents mis à leur disposition, parfois aidée par les membres eux-mêmes touchés par sa détresse et sa pugnacité.

Enserrés entre les différentes relations des recherches, des démarches, de ses relations avec les membres de la Filebox society, de ses réflexions, consignées au jour le jour ou presque, car les blessés et les malades n’attendent pas, d’Amelia Pritlowe, l’auteur effectue une véritable reconstitution historique des drames enregistrés. C’est ainsi que nous voyons évoluer tour à tour Mary Ann Nichols dite Polly, Annie Chapman, Elisabeth Stride, Catherine Eddowes et enfin Mary Jane Kelly ainsi que les voisins, les amies, les commerçants, les policiers, l’ombre du tueur lui-même. Mais les scènes de meurtres et ce qui précède ou suit, ne vaudraient guère si des événements extérieurs n’étaient pas retracés, placés dans un contexte de misère. Les ouvriers dépensent leur argent dans des pichets de gin aussitôt le maigre salaire encaissé, afin d’échapper à la réalité désastreuse.

Par exemple le défilé revendicatif des allumettières, les ouvrières des usines Bryant & May, le visage rongé, ravagé, par les projections de phosphore durant la fabrication des allumettes et qui réclament de l’argent à la place des denrées avariées fournies en guise de salaire. Un épisode émouvant de la détresse de ces ouvrières exploitées et qui sont confrontées aux gros bras, les contremaitres de la fabrique, armés de gourdins sous les yeux furieux de la direction et ceux impavides des policiers.

D’autres évocations sont plus amusantes, et utilisées par certains romanciers de la littérature policière à ces débuts. Par exemple le recours à l’optographie, phénomène qui consiste à prélever l’iris d’un œil afin de trouver l’image de l’assassin, image qui se serait plaquée sur la rétine au moment du décès de la victime. Ou encore le recours à l’induction hypnotique qui permettrait à Amelia de recouvrer la mémoire et retrouver certains souvenirs de sa vive enfance, alors qu’elle avait tout juste deux ans. Souvenirs qui devraient être enfouis mais pourraient remonter à la surface en procédant à une forme d’hypnose.

Ces encarts ne sont pas écrits selon la sécheresse des minutes des procès-verbaux rédigés par les greffiers lors des retranscriptions des différents témoignages des policiers, des voisins, des supposés témoins ou autres, mais possèdent une force d’évocation narrative vivante (?!).


moatti2.jpgUne fiction fort documentée qui amène l’auteur à proposer sa version concernant l’identité du meurtrier, identité évidente car tous les arguments développés se tiennent. Michel Moatti a été hanté par cette affaire et durant trois ans, il a arpenté les rues de Whitechapel, compulsant les dossiers de la Metropolitan Police de Londres, les archives de la presse britanniques de l’époque. Et les documents consultés sont réunis dans un carnet d’enquête, avec de nombreux ajouts, des notes prises sur le vif ( !), carnet qui est joint en annexe en ouvrage.

Un roman fort documenté qui repose sur des bases historiques solides et indéniables dans lequel la fiction s’interfère dans l’authenticité de faits réels et d’une déduction que l’on ne peut guère prendre en défaut. Un roman qui fera date dans le cercle des ripperologues et que tout amateur de littérature policière devrait lire.


Michel MOATTI : Retour à Whitechapel. (Première édition : HC éditions). Réédition éditions Pocket. Parution le 9 janvier 2014. 416 pages. 7,80€.

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 08:40

Munissez-vous d'une lampe torche...

 

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En Bretagne, une inscription intrigante a été gravée au dessus de la pierre qui surmonte l'entrée de la petite chapelle de Tréhorenteuc : La porte est en dedans. Le 14 juillet 1979, un gamin découvre le corps de l'abbé Gillard, agenouillé, les bras levés au ciel, souriant.

En août 2010, Galion, ancien policier de la Criminelle qui pour diverses raisons s'est retrouvé dans un obscur poste de la police rurale de Saint Lary Soulan dans les Pyrénées, se prélasse au soleil en Egypte en compagnie de son amie Maria. Ils se remettent peu à peu des blessures contractées lors de leur précédente affaire et espèrent bien profiter de leur séjour. Une excursion touristique est envisagée à bord d'un canot pour se rendre près d'un groupe de petites îles sur le Nil. Galion, qui a peur des requins, s'est muni de son poignard et les voilà en apnée dans l'eau à la recherche de poissons multicolores, d'un poulpe et peut-être de mérous. Mais deux gros requins les attaquent, deux hommes munis de matériel de plongée. Galion qui commence à prendre goût à la pêche ne se laisse pas étrangler, au contraire. Grâce à son poignard il coupe le tube d'air de son adversaire et va à la rescousse de Maria. Il balafre l'autre agresseur. Des sueurs froides dans l'eau chaude du Nil.

Qui peut donc peut leur en vouloir ? S'ils ne connaissent pas pourquoi, ils se rendent compte toutefois qu'ils sont suivis, traqués, par les deux hommes. Ils vont même se retrouver attachés dans le désert, un endroit pourtant pas forcément attachant, leurs assaillants les abandonnant lâchement aux dents de chacals affamés et belliqueux. La pauvre Maria succombe sous les dents des canidés, Galion s'en sort, mal en point, grâce à une troupe de bédouins en balade. Il s'en souviendra de son séjour en Egypte !

De retour à Paris il est contacté par des agents de la DGSE, dont le patron surnommé le Bouledogue porte bien l'alias dont il a été affublé par ses hommes, hommes auxquels il ne faut pas oublier une femme tout aussi vindicative. Nervion, le boss, en veut à Galion, car il lui reproche d'avoir pris des initiatives lors de sa précédente affaire qui ont nuit à l'opération qui s'est déroulée dans les Pyrénées. Toutefois il l'embauche, mais Galion peut-il refuser, et le fait participer à une opération commando au cours de laquelle l'ancien policier retrouve en face de lui le Balafré et quelques-uns de ses comparses. Galion est révulsé par la sauvagerie avec laquelle les hommes de la DGSE se conduisent. Mais est-ce vraiment un groupe de la DGSE ? Galion en doute.

Intercalé dans ce récit, une épître de Léonard de Vinci destinée à son ami Erasme, dans laquelle il lui raconte comment un jeune compatriote qui désire devenir son élève vient le voir au Clos Lucé. Mais Léonard de Vinci avait posé une condition pour accéder à cette demande. Le jeune homme devait lui trouver un présent exceptionnel, défiant les lois du monde et remettant en question [ses] convictions les plus profondes. Or il prétend avoir découvert quelque chose qui risque d'intéresser le Maître et lui remet un coffre dans lequel est calée une sphère noire qui n'accroche pas la lumière. Et Vince de narrer à Erasme ses difficultés pour ouvrir la sphère, et la découverte prodigieuse qui en ressort.

 

Le lecteur doit oublier le cartésianisme qui lui a été inculqué et se laisser prendre par la main par l'auteur. Il doit se laisser envoûter par la narration. L'histoire proposée contient tous les ingrédients nécessaires à l'écriture d'un véritable Thriller. Une alliance de Suspense, d'Histoire, un soupçon de Mythologie égyptienne et d'ésotérisme, plus des projections pas forcément affabulatoires des procédures de construction des pyramides et des résultats des recherches d'égyptologues. Si la première partie est plaisante mais classique, assortie du thème de l'Aventure et de la Manipulation, la seconde nous entraîne dans une fascinante extrapolation fantastique, d'une technologie sophistiquée et l'interprétation d'un mythe revu et corrigé qui passionne toujours, celui de Faust. L'auteur laisse son imagination débridée envahir l'esprit du lecteur qui attend haletant la fin du roman.

Au fur et à mesure que l'on avance dans le roman le lecteur apprend ce que fut la fameuse affaire de Saint Lary Soulan qui valu à Galion ainsi qu'à Maria sa compagne, d'être blessés et en vacances quelque peu forcées. Ce qui évite à l'auteur de placer au début du livre un résumé de l'épisode précédent intitulé Apoptose (publié chez Les Nouveaux Auteurs) pour ceux qui ne l'auraient pas lu (moi par exemple) tout en intensifiant la part de mystère.

moitet1.jpgSelon Gérard Collard, le libraire médiatique dont on se demande s'il a le temps de lire tous les livres dont il parle ici et là, Il y a du Franck Thilliez chez David Moitet. N'ayant lu à ce jour aucun livre de cet auteur dont on dit tant de bien, je ne veux pas m'aventurer dans une comparaison hasardeuse. Mais David Moitet possède un style, de l'imagination, de l'inspiration, et des références car il explique en fin de volume quelques faits réels qui l'ont amené à écrire cette histoire en tout point prenante.

Juste un petit reproche même si je ne suis pas concerné. A un certain moment il décrit une randonneuse qui doit avoir la cinquantaine. Un peu plus loin il écrit: La vieille femme éclata de rire. Je pense personnellement qu'une quinquagénaire n'est pas si vieille que ça.


Enfin, pour clore en beauté cette notule, je vous incite à réfléchir à cette citation extraite de la correspondance de Léonard de Vinci à Erasme :

N'oublie jamais de garder un esprit critique face à un texte. Le nom de son auteur et ce que tu penses de lui ne doivent jamais te priver de ton sens de l'analyse.


Retrouvez l'auteur sur son site.


David MOITET : Le passage des ombres. City Editions. Parution Septembre 2013. 320 pages. 18,90€.

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 09:14

Quai du départ ou de l'arrivée ?

 

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Avec les trois mini-romans composant ce recueil, Dominique Rocher nous démontre l'étendue de sa palette empruntant à la psychologie et au fantastique, dans des histoires qui sortent de son registre habituel auquel elle nous avait habitué depuis quelques romans mettant en scène Olga Vincent, infirmière, dite la Rouquine. Il s'agissait principalement de romans policiers mais Dominique Rocher renoue avec le genre qui l'avait fait connaître alors qu'auteure au Fleuve Noir, elle était édité principalement dans la collection Angoisse.

 

Quai des âmes nous plonge dans l'univers feutré, flou, d'un hôpital psychiatrique accueillant des femmes, jeunes et vieilles, pour un séjour qui peut s'avérer plus ou moins court.

En attente d'une possible délivrance, sortie ou autre, Violette, Sœur Marie-Josèphe, Mademoiselle Bonneau, Alice, Hélène et quelques femmes dont Laurence dite la Muette, la narratrice, végètent dans le Service libre, séparé par une haute grille du Service fermé. Mais libre ou fermé, c'est quasiment du pareil au même. Le docteur règne sur ce territoire et ses patientes échangent entre elles confidences et espoir, entre deux rangs de tricot, quelques notes de piano. La Valse de l'Adieu de Chopin, joué par Violette, constitue une incitation au départ mais également un regret. Et quel départ? Et pourtant il s'en passe des choses, même si elles semblent insignifiantes. Et comme l'affirme Hélène, un trou dans le vide ça ne fait pas de dégâts.

 

Ned jeune chirurgien en cardiologie, vient de recevoir un message signé Vénus accompagné d'une vidéo sur son cellulaire. Il balance immédiatement la vidéo sur son ordinateur et découvre une image saisissante : un homme apparemment en état de cryogénisation est allongé dans un cercueil de verre. Rien de spécial sauf que l'individu, il s'en aperçoit avec stupéfaction, c'est lui. Un message est joint à l'envoi lui signifiant de surveiller ses mails et de se tenir prêt. Prêt à quoi, puisqu'il est mort. Non, il s'en assure, il est encore vivant et pense que tout ceci n'est qu'une farce de ces amis carabins. D'autres messages lui parviennent, qui le rassurent. Il s'agit de Valérie, son amante du moment qui lui écrit que, étant atteinte d'un virus, elle ne pourra pas le voir. Il est soulagé car elle prend les joutes sexuelles pour des combats de lutte gréco-romaine et il en sort épuisé à chaque fois.

A l'hôpital où il doit officier, il fait la connaissance d'une infirmière volante, Olga Vincent, qui semble intéressée par son prestance. Elle l'avoue elle-même, c'est une croqueuse d'hommes. Mais foin de la bagatelle, il faut se dépêcher et se concentrer. Un patient doit être opéré et recevoir un cœur tout neuf. Tout irait bien si, lorsque l'hélicoptère arrive apportant l'organe destiné à être greffé, les toubibs pouvaient réceptionner la valise de congélation pleine. Mais, le temps semble se figer une deux secondes, et le bac ouvert ils ne peuvent que constater qu'il est vide. Le malade attendra. Le père de Ned, médecin lui aussi, c'est héréditaire, est abattu, au sens figuré. Sa femme est dans le coma. Seulement Ned a des doutes sur sa filiation, et il va de surprise en surprise dans ce roman fantastico-médical qui entraîne le lecteur dans un jeu de miroir avec en prime une histoire de trafic d'organes.

Jeu de miroir, thème également exploité dans Olga, le dernier texte où l'on retrouve la sympathique Rouquine dans un rôle à sa mesure alors que dans le précédent elle n'était qu'un personnage de second plan. Olga doit remplacer une infirmière partie en congés de maternité. Mais dans les couloirs de l'hôpital, elle est abordée par une vieille femme qui affirme que Claudine, l'infirmière absente est morte, pour la bonne raison qu'on l'a tuée. Propos démenti par le directeur de la clinique, mais allez donc savoir où se niche la vérité ! La référence au miroir prend tout son sens puisque sont évoqués, rapidement, au détour de quelques dialogues entre Olga et une autre protagoniste, le Chapelier fou et le Lapin Blanc, personnages excentriques d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

 

Trois romans inédits qui permettent à Dominique Rocher d'élargir sa palette de conteuse tout en restant fidèle à elle-même, le fantastique, l'humour et l'univers médical, univers qu'elle connait bien puisqu'elle a effectué des études d'infirmière. Des romans plus aboutis et moins légers dans leur forme, leur construction, leur propos, leur psychologie que certains romans précédemment publiés chez Manuscrit et Lulu, qui jouaient sur la trame policière avec Olga en vedette, ce qui ne veut pas dire que ceux-ci étaient mauvais. Mais dans ce recueil, Dominique Rocher monte d'un cran, et il faut en avoir !


A lire également de Dominique Rocher : L'Ambassadeur des âmes et La Rouquine tranche dans le vif.


Dominique ROCHER : Quai des âmes. Recueil contenant : Quai des âmes, Ned; Olga. Collection Noire N° 58. Editions Rivière Blanche. Parution décembre 2013. 308 pages. 20,00€.

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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 09:55

Un tigre dans le moteur !

 

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Les scènes de meurtres perpétrées avec violence, Alex Cross, l’inspecteur et psychologue du FBI y est habitué. Pourtant lorsqu’il découvre l’horreur dans une maison de Georgetown près de Washington, il ne peut refréner ses sentiments. Une famille a été décimée, le père, la mère, les enfants, mais ce qui bouleverse le plus Alex Cross, c’est qu’il reconnait en l’une des victimes une ancienne petite amie, lorsqu’ils fréquentaient ensemble les bancs de l’Université de Georgetown. Son premier amour. Les premières constatations sur les lieux du drame démontrent que plusieurs personnes ont participé au massacre, principalement des enfants.

D’autres meurtres similaires se produisent peu après et Cross décide de s’investir personnellement dans cette affaire. Bree, sa compagne, inspectrice elle aussi, participe aux enquêtes et aux premières constatations sur le terrain. Grâce à un ami, il apprend que le responsable de ces tueries serait un personnage surnommé le Tigre. Mais Eric Dana, l’un des patrons de la CIA lui interdit de participer à l’enquête qui est du ressort de la célèbre agence.

Le fils d’un ambassadeur nigérian est abattu dans une discothèque. Il recueille quelques renseignements primordiaux auprès des témoins qui ont assistés au meurtre. Malgré les instructions aussitôt transmises afin de les avertir, ses parents qui assistent à une réunion à Abuja, la capitale fédérale du Nigéria, sont eux aussi tués. Cross participe à une opération montée par le FBI dans l’état de Virginie, près d’une station service. Malgré la souricière, les tueurs repérés parviennent à s’enfuir. Laissant sur le carreau quelques policiers. Cross a le temps d’apercevoir le meneur, un homme imposant commandant à des gamins.

Bravant les interdits émanant de Bree et de sa grand-mère Mama Nana qui élève chez lui les trois enfants d’Alex nés d’un précédent mariage, malgré les représentants de la CIA, Alex Cross décide de s’impliquer davantage. Selon certaines sources, le Tigre serait reparti au Nigeria et Cross, sur ces deniers personnels, prend un avion pour Lagos.

Dans l’avion qui le mène à Lagos, il est contacté par un prêtre, le père Bombata, qui lui signifie que parvenu sur place il risque d’avoir besoin de son aide. Mais tout d’abord Cross doit contacter Flaherty, le représentant local de la CIA. Dès son arrivée à l’aéroport il est en butte aux tracasseries douanières et policières. Les pots-de-vin et le graissage de pattes est monnaie courante. Cela ne suffit pas. Il est arrêté et conduit dans une prison où il végète près de trois jours. Il est molesté, a le nez cassé, recueille auprès d’autres prisonniers quelques informations puis il est libéré en piteux état.

Ses démarches, d’abord en compagnie d’un homme amputé d’un bras et dont il fait la connaissance dans une mine de diamants, puis d’Adanne, une journaliste qui traque elle aussi le Tigre, le conduisent en différents points du Nigéria, de la Sierra Leone, du Libéria et jusqu’au Darfour, dans un camp de réfugiés. Il risque sa vie à plusieurs reprises, assiste impuissant à de nombreuses exactions, à des massacres, et se voit investi d’une mission : en tant qu’Américain, il doit raconter ce qu’il a vu afin d’en informer le monde entier. Avec l’espoir que les meurtres, les massacres, les génocides ethniques soient connus de tous afin qu’une éventuelle prise de conscience puisse remédier à tous ces homicides.


piste-tigre-copie-1.jpgSi certains des romans de James Patterson sont faciles à lire, simples dans les intrigues parfois convenues mais toujours distillées avec un métier certain, ici l’auteur nous entraîne dans une suite d’aventures poignantes, terribles, difficiles à supporter tant l’horreur décrite est prégnante, et il démontre un esprit humaniste. Il dénonce les horreurs qui se perpétuent dans cette partie du continent africain, où les membres des ONG, les soldats de l’ONU et autres pacificateurs ont du mal à assumer leurs missions. La prévarication balaie les bons sentiments, quant ils existent, les brutalités commises tout autant par des bandes organisées que par les policiers font froid dans le dos, et le lecteur ressort meurtri, affligé, ému, indigné, révolté devant l’étalage des sauvageries, des atrocités, du barbarisme qui suintent de ces pages. Sont également dénoncés la corruption, les trafics en tous genres, diamants et pétrole, les magouilles financières internationales et le double jeu de la CIA.

Un roman noir dans lequel l’auteur est tout autant impliqué que son héros, et si cela pouvait avoir un minimum d’impact dans les consciences, on pourra se dire que James Patterson a réussi dans son entreprise. Mais combien n’y verront là qu’un roman de fiction, d’aventures, dans un contexte où personne ou presque se sent concerné, puisque tout dépend du ressort des états et de leur implication, de leur bon vouloir à régler les problèmes en faisant abstraction des enjeux financiers ?

 

 

James PATTERSON : La piste du Tigre (Crosscountry – 2011. Traduction de l’anglais/Etats-Unis par Philippe Hupp). Première édition Jean-Claude Lattès, 2012. Réédition Le Livre de Poche. Parution 8 janvier 2014. 352 pages. 7,10€.

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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 08:07

Après le Dernier tango à Paris, film publicitaire pour le beurre, et le Tango corse, immortalisé par Fernandel, voici le Tango Ch'timi.

 

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Alors qu'il pensait avoir terminé sa journée avec son client habituel, Fabrice Chevalier, un homme qu'il suit depuis des années sans progrès notables, le psychanalyste Daniel Libbovitch est importuné par un coup de sonnette à la porte d'entrée. Pourtant il n'avait pas prévu d'autres clients d'autant que sa soirée est consacrée à sa passion du tango et qu'il n'a plus qu'à s'habiller en conséquence.

Car Daniel Libbovitch est un amoureux du tango et des femmes, l'un rapprochant les autres, le psychanalyste étant un consommateur effréné de la gent féminine. Malgré son mariage avec Nadine, mais cela fait si longtemps. Et à soixante-ans Libbovitch enchaine les conquêtes. Jeunes de préférence mais pourvu qu'elles soient belles, l'âge importe peu. La dernière en date, une quadragénaire, se prénomme Sonia.

Fabrice Chevalier parti, il va chercher son ultime patient qui l'attend de main ferme en tenant un couteau. Le lendemain la dépouille du psy est découverte par Fabrice Chevalier, qui avait réussi à obtenir un nouveau rendez-vous, non noté sur l'agenda du thérapeute

Le commissaire Boulard qui vient de clore en compagnie de ses deux adjoints une enquête difficile est chargé de découvrir l'assassin. Les trois hommes pensaient pouvoir bénéficier d'un peu de repos, d'autant qu'en cette fin de mois de juin, une chaleur caniculaire écrase l'agglomération lilloise. Il faut faire avec les événements, mais surtout tenter de résoudre l'énigme au plus vite, car ils ne veulent pas que l'enquête empiète sur leurs vacances prochaines.

Le commissaire Boulard, afin de mieux appréhender les données, dispose sur son bureau de petits santons censés représenter les différents suspects. D'abord Fabrice Chevalier, le seul homme, le seul et dernier témoin connu ayant vu la victime encore en vie le soir du meurtre. Puis Nadine sa femme discrète, atteinte d'un cancer et qui depuis des années ne pouvait plus assumer sa libido; Sonia, la maîtresse en titre, mais pas unique, et partenaire de danse; Lola, la fille de Sonia qui apprend avec stupeur que son amant folâtrait avec la mère et la fille; Barbara, jeune femme qui pratiquait le tango comme une danseuse étoile mais qui a disparu depuis quelques mois; Valérie, psychologue experte auprès de la cour d'appel de Douai et amoureuse de quelques-unes des maîtresses anciennes ou actuelles de Libbovitch et son ennemie notoire; enfin une jeune fille que Chevalier aurait prétendument croisée lorsqu'il se rendait au cabinet du psy. La mère de Libbovitch est écartée du lot car octogénaire. Mais bientôt l'un des santons regagne le tiroir d'où il avait été extirpé. Celui représentant Chevalier, lequel a abandonné le combat en se suicidant.

Très professionnel Boulard s'inscrit dans un cours de danse afin d'apprendre les rudiments de cette danse argentine, et ses progrès sont époustouflants. Pourtant il répugne à jouer le rôle d'une femme dans les bras d'un homme. On a sa fierté, mais comme lui fait remarquer Micelli le professeur qui est en même temps le président du club de danse des tangueros, à l'origine les hommes dansaient entre eux le tango. Boulard est assisté dans son enquête par la jeune docteur Callens, professeur en psychiatrie criminelle, dont il apprécie la justesse de raisonnement alors qu'il avait un à priori lors de leur première rencontre.

 

Blandine Lejeune trifouille l'âme, farfouille les pensées, analyse les actes, décompose les actions et dissèque le passé de tous les intervenants de cette histoire, appliquant le principe de Valérie la psychologue : elle fouillait dans l'histoire personnelle de ces hommes et de ces femmes, dans leur psychologie intime, les motifs qui les avaient amené sur le chemin du crime. On pourrait croire à la lecture de ces quelques lignes, que ce roman est ennuyeux et rébarbatif, mais il n'en est rien.

Blandine Lejeune sait poser le décor, faire évoluer ses personnages, les examiner tel un entomologiste, tout en imprimant à son texte une dose d'humour qui apporte une distanciation bienvenue. Pas de termes barbares, pas de didactisme, pas de psychologie de comptoir ou par trop pédagogique, mais une étude fine au service d'une intrigue fort bien menée. Un drame familial, ce qui nous change des sempiternelles histoires de flics pourris, de guerre des gangs, de trafics de drogue, le tout enveloppé de l'atmosphère envoûtante, onirique et lancinante du tango.

Ce troisième roman, le second chez Ravet-Anceau, nous révèle une jeune auteure, avocate pénaliste dans le civil, qui maîtrise non seulement son sujet et son écriture mais devrait nous surprendre agréablement si elle continue dans cette voie.


Blandine LEJEUNE : Dernier tango à Lille. Collection Polars en nord N°146. Editions Ravet-Anceau. Parution 17 octobre 2013. 216 pages. 10,50€.

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 08:25

Le fil à couper le leurre ?

 

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Dans un bureau de la DGRI, le colonel Mignot attend avec impatience ses hommes du réseau Condor. Il doit leur confier une mission dite La Tarentule, dont il ne connait pas la signification, dans le but de protéger Un Puceau, ce qui dans leur jargon veut dire un personnage sensible qui n'appartient pas à la maison. Un citoyen français du nom de Mathew Bolinsky, d'origine tchèque, a, selon des sources bien informées, découvert une invention dont les implications seraient susceptibles d'intéresser les militaires mais également d'autres pays.

Des Tchèques et des Iraniens convoiteraient l'invention de Bolinsky; invention issue de l'observation du travail de la dentelle tissée par les arachnides. Et à partir de ses recherches sur les fils d'araignées, leur texture, leur solidité, Bolinsky a mis au point des filets capables de stopper des balles de 9mm tirées à bout portant, remplaçant ainsi le Kevlar, ou d'arrêter en plein vol un Boeing 747. Une invention qui intéresse fortement différents services et tous les moyens sont bons pour se l'approprier.

Pendant ce temps Mathew Bolinsky est en compagnie de son ami Sidney. Il lui a demandé son aide car deux jours auparavant il a reçu un ultimatum lui signifiant de télécharger l'ensemble de ses travaux sur une clé USB, sinon sa famille en pâtira. Et Bolinsky a pris cette menace très au sérieux. Alors qu'ils marchent tous deux dans la rue, une fusillade en provenance d'une voiture les oblige à se coucher à terre. Simple avertissement ou les auteurs du tir nourri ont mal calculé la trajectoire des balles ? Dans les deux cas l'hypothèse que des tueurs sont sur ses basques se confirme.

Sidney lui propose de se réfugier chez une tante qui vit à Neauphle-le-château dans les Yvelines. Mais malgré la protection rapprochée dont ils bénéficient, lui, sa femme Ariane qui reproche à son mari de lui avoir caché ses difficultés et ses ennuis, et leur fille Isa, les ennuis continuent. Les hommes de l'opération Condor sont même pris pour cible par des tireurs qui provoquent quelques dégâts.

Alors une autre solution est envisagée. Bolinsky et sa famille doivent trouver une autre cachette, à l'étranger si possible. Ariane possède une cousine par alliance qui vit en Thaïlande et aussitôt le voyage est programmé avec des points relais prévus à l'arrivée. C'est sans compter sur les adversaires qui s'accrochent à Bolinsky comme des morpions à une toison pubienne. Et le voyage en avion débute mal. Ce qui augure d'un vol mouvementé, mais l'espoir est là et la Thaïlande les accueille bras grands ouverts, comme pour mieux les absorber dans ses rets, ce qui est un comble pour un spécialiste des arachnides et de leurs fils de soie. Le voyage n'est pas terminé, il se poursuivra jusqu'en Afghanistan.

 

Avec quatre romans publiés entre 1986 (Le Destin Bousculé chez Robert Laffont, La charité du Diable au Fleuve Noir en1993 et La Meurtrissure aux éditions Le Sémaphore en 2006) et celui-ci en 2013, Claude Rodhain n'encombre pas les étals des libraires ni les étagères des bibliothèques des lecteurs. Mais entre La charité du Diable et Le Fil, le seul point commun existant s'avère être le suspense qui englue les deux romans.

Le Filallie roman d'espionnage et d'aventure trépidantes, sans tomber dans les poncifs du genre. Pas d'espions ou de contre-espions à proprement parler mais une situation que connaissent bien des pays qui possèdent une invention susceptible de révolutionner l'Art de la guerre et que veulent s'approprier d'autres contrées gratuitement. L'intérêt réside dans le filet dans lequel est enserré le héros, Mathew Bolinsky, qui pense d'abord à sa famille, aux réactions parfois contradictoires de sa femme Ariane, aux souffrances et aux interrogations de sa fille Isa, à son amitié avec Sidney, aux soupçons qui se portent sur les uns et les autres, et aux sautes d'humeur qu'il ressent alors qu'il est constamment accompagné d'une protection rapprochée, visible ou non, par des hommes du Colonel Mignot ou des autochtones thaïlandais et traqué par des envieux sans complaisance.

Tout réside dans le dénouement, que le lecteur un peu sagace peut prévoir, mais qui clôt ce récit avec force, tendresse, et pour celui qui l'a lu la satisfaction et le plaisir d'avoir passé un bon moment.


A lire du meême auteur : La charité du Diable.


Claude RODHAIN : Le fil. Collection Sang d'encre. Editions des 2 encres. Parution juin 2013. 216 pages. 18,00€.

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 09:03

Scalpel en main

 

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Dominique Rocher fut dans les années 70 l’un des auteurs phare de la collection Angoisse au Fleuve Noir. Même si ses romans n’ont pas toujours convaincu des critiques exigeants, ne sachant pas que sous la plume de Dominique Rocher se cachait une femme à la grande sensibilité, les critiques masculins se montrant à cette époque volontiers machos et surtout intransigeants lorsque les auteurs n’appartenaient pas à la même chapelle ou ne répondaient pas aux mêmes critères d’écriture et d’imaginaire. Donc Dominique Rocher nous revient en 2003, après une longue galère de silence ponctuée de la parution de quelques nouvelles dans des revues plus ou moins confidentielles, et continue depuis à écrire et éditer ses romans chez divers éditeurs d'abord chez Manuscrit.com ou Lulu.com et depuis quelque temps chez Rivière Blanche.

 

Olga a été engagée comme infirmière dans une clinique de chirurgie esthétique, grâce aux recommandations de son cousin Jérémie. Jusque là, rien que de très normal. Sauf qu’un soir, prenant son service de nuit, elle découvre le cadavre d’une de ses collègues gisant à terre et que le lendemain la dite collègue, prénommée Mélanie, est à son poste comme si de rien n’était.

Bon, d’accord, Olga, comme elle l’avoue ingénument à son cousin, est arrivée le soir avec une tête branlante, des cervicales franchissant la ligne droite, et qu’elle s’est couchée afin de se reposer. C’est en se réveillant d’une courte pose de relaxation qu’elle a découvert le corps de Mélanie. Elle a tenté de sortir la jeune femme de son coma, mais en vain. Et comme un incident en appelle un autre, Olga a reçu un coup sur la tête et en sortant de son évanouissement, le corps de Mélanie a disparu.

Jérémie, habitué à ce que Olga se trouve confrontée plus ou moins souvent à des événements singuliers, prend les confidences de sa cousine pour des affabulations. Olga que Jérémie écoute d’une oreille distraite, n’est pas habituée à se laisser assommer sans regimber. Alors n’écoutant que ses neurones qui lui insufflent l’esprit d’aventure et le désir de prouver sa bonne foi, elle se met en chasse, comme un bon toutou dressé à lever un lièvre. D’autant que Mélanie, qui était réapparue miraculeusement se volatilise à nouveau, et cette fois pour de bon semble-t-il. Pour cela Olga sera aidée par un policier italien dont les origines siciliennes ne plaident pas en sa faveur.

 

Charmant, distrayant, frais comme un roman policier des années 60-70 issu d’une production française n’ayant pas toujours eu bonne presse, les Américains étant salués comme des dieux et maintenant encore mais n’entrons pas dans une polémique stérile, ce roman est destiné à procurer au lecteur un moment d’évasion, sans le plonger dans les désagréables événements quotidiens de la banlieue, de la drogue, du chômage, et autres adversités de la vie.


Dominique Rocher : La rouquine tranche dans le vif. Editions Manuscrit.com. Parution 23 avril 2003. Version numérique 7,45€. Version papier 15,90€. 176 pages.

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 15:50

On voudrait bien le savoir !

 

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Philip Banter est incapable de se remémorer sa nuit. Tout ce qu'il sait c'est qu'il a dû découcher et, qu'une fois de plus, il a bu plus que de raison. Une habitude de plus en plus fréquente.

Pourtant ne plus se rappeler à ce point ses faits et gestes, c'est inquiétant. Inquiétante également cette confession qu'il trouve près de sa machine à écrire sur son bureau dans l'agence de publicité où il travaille et dont le directeur est son beau-père. Une confession d'autant plus bizarre puisque les faits décrits doivent se dérouler le soir même.

Comment a-t-il pu imaginer et écrire ce qui doit lui arriver dans quelques heures, si toutefois il est l'auteur de ces lignes ?

Il se promet que cette pseudo-confession restera lettre morte. Pourtant malgré toute sa bonne volonté une grande partie de ces prédictions vont se réaliser. le lendemain une nouvelle confession postdatée l'attend. Est-il réellement l'auteur de ces élucubrations ou est-il manipulé pour le conduire à sa perte ? Et dans ce cas qui lui en veut à ce point ? Dorothy, son épouse qu'il délaisse de plus en plus ? Foster, son beau-père, directeur de la boite de publicité à qui il vient de faire perdre quelques contrats juteux ? Jérémy Foulkes, son ami perdu de vue depuis un an et ex-amoureux de sa femme ? Ou lui-même, Philip Banter, dont l'abus de boissons alcoolisées l'a amené au bord de la dépression, à la limite de la névrose et de la schizophrénie ?

Philip Banter se rend compte de la déchéance dans laquelle il s'engloutit peu à peu et tente dans ses moments de lucidité de maintenir la tête hors de l'eau. Expression impropre lorsqu'elle est appliquée à un alcoolique, mais enfin…

Le docteur Matthews est le dernier recours de Philip mais pourra-t-il le sauver ?

Un excellent roman, maintes fois réédité, du peu prolifique John Franklin Bardin dont en France on connait déjà la mort en gros sabots et qui met en scène également le docteur George Matthews, ou encore Le diable prend la mouche. Des romans qui jouent sur onirisme, amnésie et dans lesquels fantasmes et réalités se confondent. Un roman qui est devenu un classique de la littérature policière psychologique et d'énigme.

 

 

John Franklin BARDIN : Qui veut la peau de Philip Banter ? (Traduction Richard Matas). Préface de Julian Symons. Editions Terrain Vague/ Losfeld. Réédition collection Arcanes Joëlle Losfeld. Janvier 2002. 258 pages. 5,10€.

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 06:53

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En ce début du mois de septembre 1920, à Lyon, alors que le commissaire Kolvair se prélasse dans la maison de ses parents à Villedieu, rêvant de Bianca la belle aliéniste, il est dérangé par un appel téléphonique émanant de son adjoint Durieux. Le cadavre de Firmin Dutard vient d’être découvert l’après-midi dans la cour située à l’arrière du Grand Hôtel.

Firmin Dutard est, ou plutôt était, un riche industriel lyonnais régnant sur l’industrie automobile de la région et président de la SLIM, Société lyonnaise d’industrie mécanique. L’inspecteur Legone de la Brigade des Tigres pensait hériter de l’enquête mais le juge Puzin en a décidé autrement. Ce sera la Scientifique qui s’en chargera, Kolvair n’ayant qu’à abréger ses vacances.

La première chose qu’entreprend Kolvair, c’est de rendre visite à Damien Badou, le légiste qui autopsie les cadavres qui lui sont confiés en chantonnant. Une habitude. En inspectant le corps de Dutard, Kolvair se rend compte que celui-ci porte sur le torse de petites taches roses, synonymes de syphilis, et que les plis du coude recèlent des cicatrices de psoriasis. C’est peu de chose, mais rien n’est à négliger.

Evidemment, quelques journalistes font échos dans leur organe de presse de ce meurtre. Mais Kolvair est intrigué par l’article d’Armand Letoureur, lequel établit un parallèle entre cet assassinat et la venue d’Anatole Deibler, profession bourreau de père en fils, afin de procéder à une exécution capitale. Le chroniqueur en profite pour relancer le débat de la peine de mort.

L’une des premières remarques effectuées par Badou lors de son autopsie est que le meurtrier a plongé son couteau dans le corps de Dutard de bas en haut et que selon son estimation le coupable ne mesure guère plus d’un mètre vingt-huit. Kolvair doit procéder à l’enquête dans un ordre préétabli. D’abord rencontrer la famille du défunt. La femme du Dutard n’est pas franchement sympathique et apparemment ne regrette pas la mort de son mari. Quant au fils, c’est un nabot, qui est obligé de monter sur un petit escabeau pour embrasser sa mère. Il s’intéresse aussi sérieusement aux domestiques de la maisonnée. Une piste possible pour Kolvair mais une autre se profile rapidement.

En effet, Letoureur a fixé sur une pellicule la scène du meurtre et sur la photo apparait un personnage inconnu. Celui d’un enfant dont la présence est plus qu’intriguante. Grâce aux travaux d’Alphonse Bertillon, qui a inventé les fichiers anthropométriques, un rapprochement peut être établi avec un gamin qui a déjà eut maille à partir avec la police. Mais celui-ci possède un alibi. Au moment du meurtre il était dans les environs de Saint-Etienne. Mais pour le procureur Rocher, le coupable est trouvé et rien ne pourra le faire changer d’avis. Le gamin est envoyé dans une colonie pénitentiaire à Mettray près de Tours.


Le lecteur retrouvera avec plaisir les principaux personnages qui évoluent dans bistanclaques.jpgLe Sang des Bistanclaques, le précédent roman de l’auteur : Kolvair, un rescapé des tranchées de la guerre de 14/18 et qui depuis est unijambiste. Il déambule avec une canne et sa prothèse lui sert de réserve de cocaïne qu’il mélange à du tabac lorsque sa blessure l’importune par trop ; Le professeur Salacan, à la tête du premier laboratoire de police scientifique, organisme créé par le Lyonnais Edmond Locard, et qui, en tant que criminologue réputé, participe à des conférences à Cambridge lors du début de l’affaire ; Durieux, l’adjoint de Kolvair, sportif accompli et dont les talents ne sont pas négligés par son supérieur ; Le procureur Rocher, une vieille connaissance de Kolvair puisqu’ils se sont connus tout jeunes ; Legone, policier attaché à la Brigade Mobile dite aussi Brigade du Tigre en référence à son créateur Clémenceau, et adepte des films érotiques ; enfin la belle Bianca, aliéniste de son état, et dont les liens avec Kolvair demandent à s’élargir et ne pas rester dans le domaine du professionnel.

Ce roman aborde d’autres éléments non négligeables et qui permettent d’humaniser, façon de parler, l’intrigue. En effet la guillotine fonctionne allègrement et la peine de mort fait débat. Tandis que des voyeurs s’agglutinent afin de voir la sentence exécutée, tout comme le malheureux condamné à mort, des voix s’élèvent afin d’abroger cette peine capitale et radicale. L’accent est également mis sur les conditions d’enfermement des gamins dans les maisons dites de correction, de redressement, ces fameuses colonies pénitentiaires qui se révélaient des véritables enfers pour les gamins qui y étaient enfermés et servaient de défouloirs pour les surveillants sadiques et affamés sexuels. Enfin, l’on suit avec intérêt les recherches de Salacan sur le génome, le matériel génétique qui plus tard débouchera sur la mise en valeur de l’ADN, aujourd’hui indispensable pour établir les preuves concernant un présumé coupable, preuve plus scientifique et plus fiable que les aveux extorqués à coups d’annuaires.

J’ai apprécié la construction de roman en chapitres courts qui donnent l’impression d’une enquête menée tambour battant, tout en gardant un rythme égal sans longueurs, sans langueurs.


Odile BOUHIER : De mal à personne. (Première édition Collection Terres de France, éditions Presses de la Cité - Mars 2012). Réédition Collection Grands Détectives N°4778. Editions 10/18. Parution 2 janvier 2014. 7,10€.

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