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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 13:59

20 ans

Episode 3 de l'opération Les 20 ans de la collection Chemins Nocturnes.

 

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Maria Concepción n'est pas sortie de chez elle depuis des lustres. Depuis qu'elle a perdu son mari en Argentine suite à un accident de cheval et qu'elle est arrivée à Paris pour oublier, ou pour mieux alimenter ses souvenirs.

Depuis vingt ans elle vit cloîtrée. Pourtant ce soir, son regard attiré par une forme blanche dans un terrain vague en face de chez elle l'incite à aller voir de plus près. Elle découvre un corps inanimé, celui d'un adolescent de seize ans qu'elle va soigner, retaper. Ange, c'est son nom, vient de vivre une aventure qui l'a marqué dans sa chair, dans son esprit. Jusqu'au jour où Ange s'en va lui laissant un petit mot. Il est reparti chez lui, rechercher Dara-Soledad, sa compagne de jeux, sa compagne de misère. Entre Maria Concepción et Dara-Soledad, va s'interposer Béatrice. Une jeune fille banale, mais qu'il saura aimer, à sa manière, comme il appris, un métier qu'il professe depuis des années sous la houlette de Weiss, le proxénète. Béatrice sera son alliée dans cette recherche d'amour, d'identité, de liberté, de revanche.

 

demonio2.jpgCe sujet aurait pu être scabreux, placé sous les feux de l'actualité depuis quelques mois, la pédophilie. Laurence Démonio - c'est son vrai nom, ça ne s'invente pas - Laurence Démonio écrit une histoire qui prend sa force dans la suggestion. Pas besoin de s'étendre avec complaisance, quelques mots suffisent pour que le lecteur entre dans la vie de ce gamin et souffre avec lui d'une enfance qu'il n'aura pas connu, plus vieux que son âge.

Les trois femmes qu'il va côtoyer, aimer avec le cœur, ces trois femmes vont former la Trinité de la Rédemption. Même si cette rédemption doit passer par le meurtre.

Laurence Démonio nous livre un roman fort, comme Ange qui s'est forgé une volonté d'acier parmi les vicissitudes qui l'ont suivies depuis sa petite enfance. Il n'est qu'à lire les premières pages dans lesquelles un rat tient la vedette pour se rendre compte que Laurence Démonio joue avec une force impressionnante la palette de la subtilité de la noirceur.


Laurence DEMONIO : Une sorte d'ange. Collection Chemins Nocturnes. Editions Viviane Hamy. Parution le 19 mars 1997. 192 pages.

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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 10:29

Dans les arcanes du pouvoir.

 

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De 1942 à 1978, les gouvernements ont maintes fois changé, en hommes et en couleurs politiques, mais les méthodes de l'ombre, souvent controversées, n'ont jamais cessé d'exister, sous une forme ou une autre. Les technologies s'améliorent, et les résultats s'affinent.

delteil5.jpgEn mai 1942, le Maréchal Pétain accompagné de quelques conseillers dont René Bousquet, secrétaire général de la police, et Jean Dides (voir photo), commissaire aux Renseignements généraux, visite le centre de la Compagnie des machines Bull. Un nouveau modèle de trieuse de cartes perforées vient d'être mis au point, permettant d'affiner grâce aux perforations les recherches concernant des individus grâce à leur appartenance professionnelles, religieuses, raciales ou politiques.

Trois personnages, dont le parcours politique et professionnel va les amener à se croiser à intervalles irréguliers, synthétisent ce qui composait ce que l'on peut appeler la divergence française en matière d'opinions et ses ambigüités.

Anne Laborde est malgré son jeune âge membre du BCRA (Bureau Central de Renseignement et d'action) à Londres sous les ordres du Colonel Passy et elle est amenée à effectuer des missions en France, notamment à Paris. Fille d'une riche famille de parfumeurs installés à Grâce, elle a milité un certaindelteil4.jpg temps à Action Française mais s'en est vite détournée s'engageant dans la Résistance. Lors d'une mission à Paris, elle est invitée, alors qu'elle pensait être suivie, à rencontrer Aimé Bacchelli. Bacchelli est un proche conseiller de Marcel Déat (voir photo), et est considéré comme la tête pensante et le numéro 2 du Rassemblement national populaire. Comme beaucoup d'autres il a viré sa cuti, ayant été un intellectuel de gauche avant-guerre pour ensuite servir Vichy. Il est informé que le frère d'Anne a des convictions tout à fait différentes des siennes, qu'il s'est engagé aux côtés des Allemands et que son unité est actuellement près de Minsk. Mais ce qui préoccupe Bacchelli, c'est de lutter contre les communistes, or il sait que le Général n'apprécie pas vraiment ces alliés de la Résistance.

Quelques mois plus tard, elle participe à une mission avec Jean Véron, membre d'un réseau communiste. Le jeune homme sera assassiné quelques semaines plus tard par des individus qui pourraient appartenir à la milice alors qu'il participait à l'enlèvement dans la Préfecture à des cartons contenant des fiches. Ce meurtre réveille quelque peu la conscience de son jeune frère Alain qui fréquente les Zazous et traine dans des boites de nuit en compagnie de collabos. En novembre 1944, Alain assiste à la pose d'une plaque en mémoire de son frère et des trois autres FFI-FTPF abattus, et il aperçoit Anne venue elle aussi rendre un hommage. Il saura par la suite qu'il s'agit d'Anne Laborde car dans les affaires appartenant à son frère qui lui ont été remises, figurait une fiche à son nom.

Muni d'un CAP d'ajusteur, il décide de travailler afin de faire bouillir la marmite familiale qui ne sert plus qu'à sa mère et à lui-même. Un ami surnommé Petit-Louis lui propose de lui faciliter son embauche aux usines Renault. Petit-Louis émarge au parti communiste mais Alain a le temps de s'engager en politique. La seule contrainte est de professer les idées du syndicat, c'est-à-dire la CGT, la puissante confédération qui fait la pluie et le beau temps pour les embauches. Au début Alain est suspecté d'avoir été un privilégié mais il démontre ses compétences et est accepté par ses collègues. Toutefois il rechigne à prendre une carte au PCF.

Les années passent. De Gaulle est au pouvoir et les communistes, appelés aussi Moscoutaires ou Bolchéviques ne bénéficient pas d'une aura politique à cause de leurs accointances avec Moscou. Anne travaille dans un service chargé de vérifier les dossiers des personnes ayant collaboré avec l'ennemi mais elle ne possède qu'ubout_de_l_an_francis.jpgn avis consultatif, la décision judiciaire ne dépendant pas d'elle. De toutes façons bon nombre de policiers et de magistrats ayant collaboré sous le régime vichyste ou nazi sont encore en place. L'épuration fait de nombreuses victimes mais beaucoup passent à travers les mailles du filet. Elle sera mutée ensuite à Matignon, pour d'autres tâches, mais sa rigueur, sa pugnacité, son engagement seront toujours reconnus à leur juste valeur. Toutefois elle possède une épine dans le pied, son frère qui est emprisonné dans un goulag en Russie. Il sera libéré mais si en apparence il reprend une vie normale auprès de ses parents parfumeurs, il magouille ici et là avec d'anciennes connaissances dont Francis Bout de l'An (voir photo).

Ainsi Bacchelli est sur la sellette comme ayant été numéro deux du RNP mais bénéficie néanmoins d'une clémence relative. Il est emprisonné à Fresnes durant deux mois mais arguant avoir servi la Résistance en fournissant des informations puisées auprès des Nazis, il est libéré. Il délaisse la politique, en apparence, et monte un cabinet d'études géopolitiques, qui deviendra une référence indispensable auprès des nombreux gouvernements qui s'échelonnent au cours de la quatrième république.

Alain Véron, s'il prend part, en dilettante, à la grève qui secoue les ateliers Renault à la fin des années 40, grève fomentée sans l'accord de la CGT qui ensuite la récupérera, Alain n'adhère toujours pas au PCF malgré les nombreuses sollicitations. Il préfère sortir en fin de semaine, fréquentant les clubs de jazz à la mode, se montrant fin danseur. Il ressent vers les hommes une certaine attirance mais ne pousse pas les avantages dont il pourrait bénéficier. Les homosexuels sont encore dans le collimateur d'une grande partie de la population, principalement auprès des ouvriers et des communistes. Les fins de semaine sont chargées mais il gère son emploi du temps. Il fréquente Luter, Sidney Bechet et autres musiciens de renom au Lorientais ou au Tabou. Il a aussi des copains arabes, quoique ceux-ci soient mal vu d'autant que la guerre d'Algérie se profile. Déjà on leur reproche de travailler à la place des Français. Il décide alors de quitter Renault et de posséder son propre garage. Pourtant il a aussi une autre envie qui le tenaille de temps à autre, surtout lorsqu'il lui arrive de rencontrer Anne Laborde. Celle de connaître les noms de ceux qui ont tué son frère.

Plus de trente ans de la vie politique et sociale sont ainsi exploréesdelteil1.jpg par Gérard Delteil qui signe là son livre, un document fiction, le plus ambitieux et le plus abouti. Il porte un regard sans complaisance sur trois décennies, en historien honnête, ne favorisant aucune des forces politiques ou syndicales en présence. Le lecteur qui n'a pas connu cette époque, ou l'a survolée comme on peut s'attendre d'un gamin (moi-même) qui se souvient vaguement de quelques épisodes qui se sont déroulés lors de sa jeunesse, sera édifié. Les tractations, les reconversions, les emplois dévolus à d'anciens collaborateurs absous à cause ou grâce à leurs connaissances et leur entregent, les différents conflits qui ont émaillé les gouvernements successifs, l'antagonisme entre gauche et droite, entre communistes et trotskistes, vrais fausses alliances, le retour au pouvoir du Général De Gaulle, avec là encore des retours en grâce incompris aujourd'hui, des responsables de la police notamment, delteil2.jpgla création du Service d'Action Civique avec Pasqua et Debizet, la création des syndicats ouvriers liés au patronat, la grève de 1961 chez Simca compromettant la sortie de la Simca 1000 et les magouilles patronales, et bien d'autres affaires véreuses, sont narrées, expliquées, démontrées, disséquées. Le coin du tapis sous lequel la poussière nauséabonde était balayée, est soulevé et on s'aperçoit que cette poussière est composée de gros moutons atteints de maladie et qui ont proliféré étant tenus bien au chaud, et qui encore aujourd'hui n'a pas fini de nous procurer des allergies. Malversations, connivence et magouilles, telle était le lot de la politique d'alors, telle est la politique encore aujourd'hui.

Entre les pages, le lecteur pourra croiser des hommes de plume qui ont pour nom Aragon ou Sartre, mais aussi des politiques, le collabo Francis Bout de l'An condamné à mort par contumace, Dewavrin alias le Colonel Passy, Albin Chalandon, Debizet ou encore Pasqua ou des syndicalistes et des patrons d'usines dont les intérêts convergent ou divergent selon les situations. Le genre d'ouvrage mi-fiction, mi-réalité qui ne plaira pas à tout le monde, mais il y en a toujours qui préfèrent ignorer la réalité, occulter la vérité derrière des œillères obligeamment fournies, et surtout faire preuve de mauvaise foi.

Au fait, les fameuses fiches perforées qui réapparaissent au cours de ce roman, c'est du domaine du passé. Aujourd'hui, avec les ordinateurs de plus en plus performants, tout le monde peut être fiché sans le savoir et l'Etat par le truchement de la police se servir des renseignements à des fins pas toujours avouables.


A lire également de Gérard Delteil : Spéculator


Gérard DELTEIL : Les années rouge et noir. Roman Noir. Editions du Seuil. Parution le 13 février 2014. 510 pages. 22,00€.

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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 12:22

 

Hommage à Léo Malet, né le 7 mars 1909.

 

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La réédition de la Trilogie Noire, la publication de son Journal secret, la remise en vente des Nouveaux mystères de Paris avec une couverture de Tardi, le tout aux éditions Fleuve Noir, remettaient une fois de plus au goût du jour Léo Malet qui fut l'un des chantres de la capitale et le promoteur avec André Héléna du roman noir à la française.

Il est de bon ton aujourd'hui de la part de certains de crier haro sur celui qui influença bon nombre de romanciers de polars, pour des idées racistes provenant d'un homme devenu aigri à la fin de son existence, alors qu'ils avouent lire Céline avec plaisir.

Des idées pro-anarchistes, libertaires, contestées aujourd'hui, des obsessions sexuelles qui firent le bonheur de quelques journalistes, des sentiments parfois exacerbés à l'encontre des Arabes ou des Gitans, ce qui dans les années cinquante n'était pas perçu de la même façon que maintenant, ont déstabilisé quelque peu le socle sur lequel était édifiée sa statue.

Alfu, dans cet ouvrage fort bien documenté, essaie de percer le personnage au travers de ses œuvres, superposant Léo Malet à Nestor Burma. En disséquant l'emploi quasi systématique par Léo Malet du Je dans la narration, Alfu établit le parallèle existant entre le héros et son créateur.

Sans être un fanatique de Léo Malet, quoi que, ayant dévoré cette saga Burmassienne il y a plus d'une trentaine d'années à en attraper une indigestion, il est agréable de se replonger dans une atmosphère aujourd'hui estompée.

Fièvre au Marais, le premier ouvrage que j'ai lu de Léo Malet, dans lequel je retrouvais ce quartier où j'ai habité avant la construction de l'usine à gaz pompidolienne, me permettait de me retremper dans une ambiance quelque peu surannée. Si l'on peut être d'accord avec Léo Malet sur l'aspect inesthétique des constructions modernes érigées ça et là, on ne peut déplorer la démolition d'immeubles vétustes et laids, comme celui où je résidais.

Alfu a réalisé un ouvrage qui, pour m'exprimer comme certains critiques, se lit comme un roman, pour ne pas dire un polar. Ce parcours d'une œuvre, loin d'être complaisant, redonne, par les citations nombreuses extraites pour étayer les propos d'Alfu, envie de relire ces Nouveaux mystères de Paris un brin nostalgiques.


ALFU : Léo Malet, parcours d'une œuvre. Collection références N°8. Editions Encrage. Parution septembre 1998. 160 pages. 15,00€.

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 08:29

Ô rage, Ô des espoirs !

 

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Lors d’une séance de psychothérapie, Mingus déclare qu’il y a trois hommes en lui. L’homme qui observe et attend, celui qui attaque par peur, et celui qui veut donner sa confiance et son amour, mais qui se retire en lui-même chaque fois qu’il se voit trahi. Mingus n° 1, n° 2, n° 3. Laquelle de ses images voulez-vous offrir au monde ? résume et demande le docteur à son patient qui refuse de s’allonger sur le divan, et s’irrite facilement aux propos émis. Mingus se montre désagréable, irritable, irascible, hâbleur, vantard, s’étendant volontiers sur des prouesses sexuelles qu’il aurait eu auprès de prostituées pour mieux les dénigrer et les abaisser plus bas que terre après sa séance de copulation. Mais pourquoi une telle acrimonie ?

Peut-être en réaction aux humiliations diverses subies au cours de son enfance, de la part de ses parents, de ses « camarades » d’école, des parents de ses petites amies. Son père le corrige avec sa ceinture parce qu’il urine au lit, ses camarades se moquent de ses jambes arquées et de ses pieds en dedans, les parents de ses jeunes conquêtes féminines parce qu’il n’est ni Blanc, ni franchement Noir. Café au lait, un handicap qui le fait rejeter d’un peu partout. Dès sa prime jeunesse Charlie Mingus fut confronté à un sérieux problème. C’était le 22 avril 1924, il fêtait son anniversaire. En courant il se cogne violemment contre un meuble et est considéré comme mort par ses parents. Une drôle d’entame dans la vie. A l’hôpital, aucun des médecins ne lui donne vraiment une chance de survie, mais dans sa petite tête il reçoit la visite de son double, de son ange gardien, un esprit qui ne le quittera plus jamais. Il grandit parmi les coups et est en butte aux sarcasmes, l’un de ses enseignants allant même jusqu’à affirmer qu’il regarde sous les jupes des petites filles. Le père démontre que Charlie, de la position où il se trouvait au moment des faits, ne pouvait se permettre de telles privautés. C’est l’une des premières vexations qu’il aura à encaisser.

mingus-2.jpgMais son double est toujours présent près de lui, dans sa tête, lui prodiguant des conseils, témoin de ses frasques, l’accompagnant dans les bons et mauvais moments, devenant même un protagoniste à part entière dans la rédaction de son autobiographie. Très jeune Charlie reçoit les faveurs de jeunes filles énamourée : Mary Lee, Manuela, Rita, Barbara qui deviendra sa femme et lui donnera deux enfants mais qui le quittera puis reviendra, le quittera à nouveau, Nesa, Donna… qu’il aimera et rejettera, devenant même un maquereau, les jeunes femmes étant consentantes selon lui. Il a besoin d’argent. Il exerce de petits boulots, se verra refuser des emplois malgré ses capacités, comme lorsqu’il veut se faire embaucher sur un chantier en tant qu’ouvrier spécialisé.

Il a beau arguer qu’il a étudié pendant quatre ans le dessin industriel, le patron se moque de lui. Une nouvelle brimade qu’il encaisse, pensant « Quand on me dit Blanc, je prends le mors aux dents. Parfois, je me dis que si tous les Noirs étaient comme moi, il n’y aurait jamais eu d’esclaves parce qu’ils auraient du nous tuer tous ». Pourtant son avenir comme musicien semble bien parti. Après avoir essayé du trombone il se tourne vers le violoncelle qu’il troquera plus tard pour la contrebasse et prend des cours de musique. Au départ il joue d’oreille, sans vraiment connaitre le solfège, ce qui selon son professeur ne peut que lui être profitable et se révèlera un excellent entraînement pour l’improvisation. Il compose et joue avec des musiciens de passage, engrangeant les conseils.

Le premier à reconnaître son talent se nomme Art Tatum. Puis il joue dans des clubs avec des amis, dont Buddy Collette, et participe à des sessions avec Charlie Parker, Miles Davis, est engagé pour une tournée avec Lionel Hampton, dont le groupe comporte un trompettiste de talent Fats Navarro qui décèdera peu après. Jouer de la musique ne s’apparente pas à un long fleuve tranquille, comme le lui explique Fats Navarro qui dénonce les agents, les producteurs, tous Blancs et qui ne laissent aux musiciens Noirs que des broutilles sur l’argent qu’ils génèrent. Les patrons de clubs blancs ne les invitent guère à venir jouer, sauf pour des sessions gratuites.

 Et les vexations s’enchainent, tant du côté des Blancs que des Noirs.mingus3.jpg Comme l’explique son ami esprit, qui prend souvent la parole « Par chance, il fit la connaissance d’un homme remarquable, un pianiste nommé Harry Zone, qui l’engagea dans un orchestre exclusivement blanc et le fit inscrire au syndicat. Ce qu’il ignorait, c’est qu’il y avait deux syndicats, le Local 12 pour les Blancs et le syndicat Jim Crow pour les Noirs et les Chinois. Harry Zone l’accompagna au Local 12, où l’on cru que mon copain était mexicain, donc Blanc, et où on l’inscrivit. Mais un délégué du syndicat noir se présenta au cabaret où jouait l’orchestre et déclara que Charlie n’y avait pas sa place. Celui-ci perdit le premier boulot qu’il eut décroché à Frisco. Pourtant, grâce à Harry Zone, sa foi en l’humanité de certains hommes à peau blanche s’était un peu accrue, proportionnellement à son mépris pour l’Oncle-Tomisme du délégué noir ». Un nouvel incident dans un parcours déjà bien encombré qui ne peut que souffler sur les braises de la colère, de la rancœur, du sentiment d’injustice.

Dans cet ouvrage, qui se lit non pas comme une autobiographie ou une biographie, mais comme un roman, le parcours de Charlie Mingus se décline entre musique et sexe, telles des obsessions, sur fond de colère, d’exacerbation parfois envers une profession de foi américaine dédiée au racisme, à la ségrégation, au rejet de l’autre, aux représentants du métissage. Charlie Mingus n’accepte pas de ne pas être considéré comme un homme à part entière, de n’être qu’une entité minoritaire ballotée, renvoyée dans les cordes comme une balle de flipper par des plots blancs et noirs. Une leçon de vie, édictée par quelqu’un qui souffre dans sa peau, une leçon de recherche de tolérance par un homme chez qui la colère prédomine.

Un ouvrage qu’il était bon de rééditer et il serait souhaitable que les autres titres de cette collection ou de la collection Mood Indigo chez le même éditeur connaissent une nouvelle vie. Pas tant pour le côté biographique mais pour mettre en avant les vicissitudes endurées par bon nombre de musiciens et d’interprètes de jazz : Miles Davis de Ian Carr, Charlie Mingus de Christian Béthune, Bessie Smith de Florence Martin et quelques autres.

 

 

Charlie MINGUS : Moins qu’un chien. Récit recueilli par Nel King. Collection Epistrophy, éditions Parenthèses. Réimpression. (Beneath the underdog – 1971. Traduction de Jacques B. Hess). 254 pages. 14,00€.

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 08:31

A lire bien installé dans son fauteuil... Voltaire !

 

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Le seul inconvénient, mais il est de taille, quand on est comme René de Launay, gouverneur de la Bastille, s'est de se trouver enfermé comme les pensionnaires de haut lignage qu'il reçoit à sa table le soir pour souper. Il se sent autant prisonnier que ceux dont il a la charge, mais comme ceux-ci le lui font remarquer, c'est volontairement qu'il est à l'abri des murs de la forteresse royale. De plus il est importuné pendant son repas par quelques représentants du guet et le procureur Duval qui veulent rendre une visite inopinée au pensionnaire de la chambre 12. Un individu dont il ne connait ni le nom, ni le visage, et qui va être libéré pour perpétré un forfait. Et monsieur de Launay a peur pour la vie de Voltaire, un client qu'il aimerait bien accueillir, surtout que quelques volumes de traités philosophiques viennent d'être saisis, la censure passant par là.

Monsieur Voltaire est loin de se douter de ce qu'il se trame, occupé qu'il est à traficoter des épices, de la laine et autres produits en provenance notamment du Pérou. Après transformation, cette laine de vigogne ou cette paille repartent sous forme de chapeau en échange d'or. Et surtout il est obnubilé par son envie d'être élu à l'Académie Française, mais s'il participe à ce jeu des chaises musicales, il est toujours perdant. Il est vrai que ses Lettres philosophiques ne plaident pas en sa faveur. D'ailleurs ce volume imprimé à Rouen, ainsi qu'en Angleterre, n'est pas encore distribué.

Lors d'un repas chez madame de Lixen, accompagné de son amie et maîtresse Emilie, marquise du Châtelet, Voltaire se montre à son avantage en résolvant le mystère de la disparition des boucles d'oreilles de son hôtesse. Il échappe à un attentat dont je ne vous en dirais pas plus mais sachez toutefois que cet épisode du pigeonnier n'est pas sans rappeler un épisode des aventures de Tintin, titre sur lequel je ne m'étendrai pas davantage afin de ne pas déflorer l'intrigue et vous en laisser goûter toute la saveur. A tout le moins je peux vous dévoiler quelque plat du menu qui est servi dont des tétines de chevreuil, blanchies à l'eau, coupées en rondelles, frites au citron, cuites en ragoût, hachées, mises en omelette, façon rognons. Bon appétit !

Il fait également la connaissance de mademoiselle de Guise, qui à vingt-deux ans n'est toujours pas mariée. Ses parents aimeraient la garder près d'elle mais en même temps lui trouver un beau parti. C'est ainsi que Voltaire va s'improviser entremetteur, et arranger une rencontre entre la jeune fille et Armand Vignerot du Plessis, duc de Richelieu, qui ne possède pas l'aura de son lointain aïeul le cardinal premier ministre et mentor de Louis XIII. Car de ce mariage dépendent les intérêts de notre philosophe qui outre les arts littéraires ne dédaigne point les arts de la table ainsi que son confort financier.

Voltaire va embaucher un mendiant, qu'il trouve sympathique malgré ses airs de truand, comme garde du corps. De même il fait enlever un cuistot sortant par la porte arrière de chez ses employeurs afin de le prendre à son service. Et c'est ainsi qu'à Chantilly la recette de la fameuse crème sera conçue, dessert qui sera loué par la suite. Mais les dangers cernent le philosophe qui ne se laissera pas tenter par des tartes au cyanure et autres ragoûts malveillants. Il échappera même, grâce à la Providence, à un lancer de couteau, puis assistera en Bourgogne au mariage de Mademoiselle de Guise avec Armand qui, s'il n'a pas de papa, n'a pas de maman, possède de nombreuses maîtresses, une mauvaise habitude dont il lui faudra se séparer, tout au moins un certain temps pour respecter les convenances.

 

Un titre en parfaite adéquation pour ce roman qui marie plaisirs du palais et l'art d'occire son prochain avec élégance, ou presque. On suit les tribulations de François-Marie Arouet avec au coin des lèvres ce petit sourire de contentement, lié à l'humour qui se dégage de ces pages et ce foisonnement d'aventures dans la reconstitution d'une époque où la censure n'admettait pas les dérapages philosophiques. Mais Voltaire n'est pas tendre non plus envers ses confrères, se montrant parfois acerbe, mais d'une humeur facétieuse.

Parmi les personnages qui gravitent autour de Voltaire, je n'aurai garde d'oublier l'abbé Linant, gastronome mais pas en culotte courte puisque c'est un homme de robe, gourmet et gourmand, goinfre même, qui avale plus qu'il déguste les plats qui se présentent à lui, et n'est jamais rassasié.

Déjà à cette époque s'opposaient cuisine traditionnelle et cuisine nouvelle. Les maîtres-queux n'hésitaient pas à mettre leur imagination au service de la créativité culinaire en confectionnant des recettes innovantes.

Un roman à dévorer sans craindre l'indigestion liée aux nourritures terrestres parfois lourdes à assimiler et qui fait la part belle aux nourritures spirituelles, spirituelles étant à prendre dans les deux sens. A déguster comme un chaud-froid sucré-salé.


Frédéric LENORMAND : Crimes et condiments. Série Voltaire mène l'enquête. Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 3 février 2014.340 pages. 17,00€.

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 13:16

Un grand cru, pas bourgeois.

 

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Léo Verdier, ancien parachutiste et accessoirement voleur de voitures à Bordeaux, est contacté par un détective privé qui lui demande, contre une forte somme d’argent, de lui remettre les archives de son père. Celui-ci était à la fin des années 60 commissaire politique d’une organisation gauchiste, l’Union Communiste aujourd’hui démantelée, et l’un des membres désire récupérer des documents compromettants.

Le commissaire Raynal, qui fut un membre de cette organisation, ami de son père et a couché avec sa mère, le met en garde contre le R.G. Alors qu’il roule en moto, Léo est accroché par une Porsche noire. Il s’en sort sans réel dommage. Il se réfugie au Cap-Ferret, chez Gaby, un vieil ami de son père, et propose à un ex-légionnaire devenu SDF de loger chez lui. Peu après l’homme est retrouvé assassiné. Deux individus s’introduisent chez Gaby. Léo les surprend et l’un des sbires est tué. L’autre est contraint d’avouer qu’il travaille pour l’avocat Delors.

Gaby lit les archives sans rien trouver de spécial, Léo les remet donc à Austin, le privé et expédie l’argent sous enveloppe en poste restante à Nice. Mis en garde à vue pour le meurtre sur le légionnaire, Léo engage Dominique Delaunay, une femme qui n’a pas froid aux yeux et qui se révèlera comme la fille de Delors. Raynal lui fournit la clé de quelques pseudos consignés dans les rapports. Beaucoup ont tourné leur veste, devenant juge d’instruction ou conseillère municipale à Bordeaux. Léo contacte l’un d’eux, Deville, journaliste antipathique. Gaby a disparu, sa cabane est dévastée et Léo est inquiet.

Il retrouve son cadavre et l’immerge. Léo est hébergé par Nathalie, une serveuse qui a subi pas mal d’avatars. Il devine qu’un second trublion désire s’approprier les documents. Béa, la conseillère municipale, contacte Léo et lui avoue qu’elle a été violée, dans le local où ils fabriquaient le bulletin de liaison, par Daubert, maintenant juge d’instruction. Arnaud, le père de Léo est intervenu et n’en a jamais parlé.

 

Roman noir, glauque même, qui explore les arcanes d’une organisation gauchiste disparue et dont les membres ont perdu la foi, devenant de petits bourgeois bien implantés dans leur cité et ayant pignon sur rue. Léo, un être marginal, se trouve embringué, à son corps défendant dans une histoire qui a bercé sa jeunesse mais dont il ne connaissait rien. C’est l’occasion pour lui de mieux comprendre son père, et leurs relations qui manquaient de signes extérieurs d’affection. Son père qui était resté le seul membre intègre et sincère dans un combat contre une société qu’il bannissait. Ce pourrait être le roman de quelques soixante-huitards qui ont oublié aujourd’hui leur engagement d’hier.


Tarrade Eric : Château Galère, cuvée soixante huitarte AOC. Atout éditions, collection Pique rouge. Parution Mars 2000. 202 pages.

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 15:38

Le printemps arrive, les jeunes pousses aussi !

 

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Quoi de plus gratifiant pour un lycéen que de voir sa nouvelle sélectionnée, primée et éditée ! Ils étaient 280 élèves de seconde en 2013 et 415 en 2014, à participer à ce qui au départ n'était qu'un jeu.

Celui de pouvoir démontrer, quoiqu'on en dise ou pense, que les jeunes de notre époque savent réfléchir, assembler des mots, canaliser leurs pensées, rédiger un texte et proposer une nouvelle de qualité. Sans l'enjeu frustrant de la note scolaire mais celui de se confronter librement à une difficulté.

Les lauréats de ces deux dernières années peuvent être fiers, et leurs parents aussi de voir leurs textes publiés, non pas en catimini, mais chez un éditeur ayant pignon sur rue, œuvrant avec pugnacité pour la reconnaissance de la fiction populaire. Bien sûr Philippe Ward n'est pas tout seul dans cette entreprise qu'il finalise. Sans le salon Polar'Encontre de Bon Encontre (tout près d'Agen, je précise pour ceux qui auraient la flemme de rechercher sur une carte routière) et ses responsables successifs Pierre Séguélas et Nicolas Le Flahec sans oublier tous leurs bénévoles, sans le journal Sud-Ouest et sans le lycée Jean-Baptiste Baudre d'Agen, cette belle aventure n'aurait pu se dérouler.

La contrainte, il en faut bien une, résidait à placer dans une nouvelle liée à l'univers du polar, comportant au maximum 5000 signes, intégrer les mots plume(s) et noir(e)s.

Pour 2013, 15 récipiendaires et pour 2014, 24, ont donc le privilège de se voir mettre à l'honneur dans un recueil ayant pour marraine Ingrid Astier qui signe la préface, pour parrain Romain Slocombe, avec les décors de Nicoby qui a signé l'affiche pour 2014 et par la même occasion la couverture de cet objet.

Mais je parle, je discute, je devise, je bavarde, je déblatère, et les lauréats me direz-vous ! Attendez, j'y viens. Vous comprendrez aisément que je ne peux dépouiller ici le résultat issu de leurs cogitations. Toutefois, je vais vous résumer brièvement quelques textes piochés au hasard et essayer de vous en restituer l'ambiance, l'atmosphère, sans les dénaturer et en tentant de rester objectif, ce qui m'est d'autant plus facile que je n'en connais aucun.

Et pignochant par ci par là, comme on piocherait dans un plateau de petits fours légers comme une plume et enveloppés d'un papier noir et blanc, on se rend compte que ces jeunes de quinze à dix-sept ans démontrent une maturité étonnante, un attrait indéniable pour l'actualité, un intérêt ou un besoin d'extérioriser leurs sentiments et leur colère vis à vis de drames extérieurs à leur quotidien. Ils s'inspirent de faits de société, de faits-divers, de tensions familiales, et se montrent parfois loin des préoccupations d'adolescents, se mettant dans la peau de leurs personnages et puisant peut-être dans la vie familiale de condisciples ou d'un voisinage apparemment sans histoire.

Par exemple dans Moi, c'est Malik, de Yannis El Houari, le narrateur, vingt ans, est un nouvel habitant d'une cité de la Seine-Saint-Denis. Il fricote avec quelques garçons dont il fait la connaissance alors qu'ils stationnent dans le hall de l'immeuble en fumant des produits illicites. Ils l'invitent même à participer à une tournante. Il ne sait pas ce que cela signifie mais il accepte. C'est le début d'un engrenage infernal. Manon Brun dans Âmes blessées nous invite à découvrir Babu, treize ans et enfant-soldat, n'hésitant pas à citer Graham Greene. Une triste réalité qui se déplace d'un pays africain à un autre, à cause d'ethnies maltraitées et pourchassées. Solenn Lamarche, qui intitule son texte Le Père Noël est une ordure, se montre assez cynique alors que ce devrait être jour de fête.

Thomas Serreno avec Un si beau couple ! nous fait découvrir la double facette d'un couple. Trois extraits d'un journal intime. Dans les deux premières Caroline s'épanche, crachant sa rage de femme frustrée, danseuse de cabaret attirant les yeux, et plus si affinités qu'elle refuse, lasse d'être la poupée que son mari exhibe. Plus intimiste encore et plus psychologique est Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain de Mathilda Freytet. Jusqu'où peut aller une femme possessive, c'est ce que nous raconte cette jeune fille, en espérant que dans sa vie conjugale elle ne se comportera pas de la même manière. Et de même il faut souhaiter que l'histoire Innocence rouge, courte mais poignante, signée Louise Camberlein ne soit qu'une fiction. De même pour Speciosissime, carnem pascam d'Ambre Girondier, où alors, si elle m'invite un jour à déjeuner chez elle, on peut rêver, je déclinerai de peur de servir de cobaye gastronomique. Quant à L'amant, l'ami, le patriote, de Geoffrey Escuraing, tout se résume ou presque dans le titre, avec toutefois une façon de procéder pour éliminer son prochain presque légale. Nadia Rentchler dans Un jeu d'enfant ne nous incite vraiment pas à aller travailler dans une banque. Mark travaille dans une banque et même si ses états de service sont très satisfaisants, l'antagonisme qui l'oppose à son chef lui joue un mauvais tour. Il n'a jamais été primé comme meilleur employé du mois, et évidemment cette non reconnaissance de ses compétences influe sur son caractère et sa vie familiale. Mais ceci n'est qu'une fiction, une situation à laquelle jamais personne n'a été confrontée, vous en conviendrez avec moi.

 

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Les textes que je vous ai présentés ne sont que le raccourci d'une palette intéressante, haute en couleurs, présentant le côté sombre de l'individu mais jouant parfois avec un humour, noir, mettant en scène des situations proches de nos préoccupations. Il serait difficile de tout décortiquer dans cette chronique, mais il serait aussi injuste de ne pas citer tous ces heureux lauréats, et peut-être parmi eux se nichent quelques futurs auteurs en devenir. Voici donc le sommaire sans oublier la préface d'Ingrid Astier.

 

PRIX « PLUMES NOIRES » 2013 :

Alice Basso : Elle est belle maintenant ta chemise...

Léa-Ana Bonidan : Une drôle de soirée

Manon Brun : Âmes blessées

Claire Dumur : Plume noire

Geoffrey Escuraing : L'amant, l'ami, le patriote

Bastien Fargues : Tuer pour revivre

Léna Farthouat : Réveil Mortel

Thomas Geay : La pauvre Huguette

Loïc Houradou : Le noir

Solenn Lamarche : Le Père Noël est une ordure

Romain Lemieux : C'est étrange...

Maël Narpon : Alone

Rémi Réchède : Je ne sais pas quelle heure il est...

Thomas Sereno : Un si beau couple !

Eloïse Varin : Le Miroir du passé

 

PRIX « PLUMES NOIRES » 2014

Maxime Alaarabiou : Le dévoreur de mondes

Louise Camberlein : Innocence rouge

Margot Coestier : Miroir

Mathis Descamps : Six pieds sous terre

Olivia Douzens : Colin

Yannis El Houari : Moi, c'est Malik...

Malorie Fargues : Happy Birthday

Manon Fournier : Cauchemar éphémère

Fiona Franchetto : Qui suis-je ?

Mathilda Freytet : Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain

Ambre Girondier : Speciosissime, carnem pascam

Eléa Jarrier : Les yeux pétrifiés

Alexis Lavallart : Sang dessus, dessous !

Astrid Loussert : Tu te souviens ? Tu n'étais plus là.

Clément Marlin : Le tireur d'élite

Samuel Mazzer : Le salon est vide et silencieux

Nadia Rentchler : Un jeu d'enfant

Paul Roulet : Un goût particulier

Marie Roux : Soirée surprise

Julie Sousa : J'étais essoufflée...

Alicia Ung : Un plafond blanc hôpital...

Adrien Welger : Noël en Famille

Coralyne Yvelin : Mortelle journée

Valentine Zaninetti : M.

 

Bonnes lectures car vous ne vous ennuierez pas en découvrant ces textes à la chute parfois inattendue.


Prix Plumes Noires de Bon Encontre 2013/2014. Recueil de nouvelles estudiantines et inédites publiées par Rivière Blanche. 144 pages. 10,00€.

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 08:56

20 ans

Episode 2 de l'opération Les 20 ans de la collection Chemins Nocturnes.

 

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L'on oppose, souvent à tort, les écrivains français aux américains. Un manque de maturité, de force, de noirceur dans l'écriture. Une espèce d'aura qui règne et que nos petits auteurs bien de chez nous n'acquièrent qu'avec parcimonie. Selon les critiques, bien évidemment.

Car si l'on daigne se pencher un tant soit peu sur la production actuelle, l'on peut découvrir des perles qui n'ont rien à envier à nos voisins d'Outre Atlantique. Ainsi Maud Tabachnik nous entraîne en compagnie de son héroïne Sandra Khan, une journaliste lesbienne et d'origine juive, dans le désert de Mojave, à Boulder City. Dans cette enclave, comédon sur le sable du Nevada, vivent des Américains moyens issus souvent de consanguinité, et qui n'apprécient pas du tout l'intrusion d'étrangers dans leur communauté.

Sandra, qui se languit de Boston, est envoyé par son rédac' chef dans ce trou perdu du Nevada afin d'enquêter sur la disparition suspecte de deux rescapés du mouvement hippie, puis sur celle de deux couples et de leurs enfants. La police locale puis le FBI se sont démenés mais ils n'ont réussi qu'à soulever un peu de poussière. Les affaires ont été classées sans suite.

Sandra se heurte aux flics locaux, ce qui ne la décourage nullement. Elle trouve en la personne d'un vétérinaire, échoué là parce qu'il n'a pas le courage d'aller ailleurs, et d'une espèce d'ivrogne qui vit en reclus dans une cabane en dehors de la ville, deux alliés qui s'avèrent précieux. Un chien blessé, qui erre sans maître, une poupée régurgitée par le désert, deux éléments qui semblent confirmer que les disparitions pourraient avoir une origine violente. D'autant que le brave canin de Rusty s'amuse un jour avec une vipère-tigre, une espèce particulièrement venimeuse. Le hic, c'est que ce genre de reptile ophidien n'a pas l'habitude de traîner en ville, dans la cour d'un vétérinaire. Une farce de fort mauvais goût.

Autre farce, la présence d'une araignée dans le lit de Sandra, une Atrax Robustus australienne, très venimeuse et très agressive. Que fait cette mygale loin de sa patrie d'origine ? C'est ce que se demande Sandra qui a bien du mal à s'accommoder, en plus de toutes ces bestioles, d'une sangsue du nom de Mauren, fille du maire de la localité, laquelle lui demande de l'aider à quitter ce sinistre patelin et d'un barman homosexuel en butte aux quolibets de ses clients.

 

Ce roman, ancré dans l'Amérique rurale, possède une puissance d'évocation, aussi bien dans la description des personnages que de celle des scènes d'action, qui n'est pas sans rappeler l'univers de Jim Thompson. Un compliment qui se trouve renforcé lorsque l'on sait que ce livre a été écrit par une plume féminine. Mais il est loin le temps où les femmes se cantonnaient dans la broderie littéraire.

Maud Tabachnik piétine le monde machiste du roman noir et prouve que la femme est l'avenir de l'homme comme le chante Ferrat. Un roman coup de poing dont la fin ouverte nous fait attendre avec une certaine impatience le prochain livre de Maud Tabachnik. Ce qui ne tardera pas.

 

 

Maud TABACHNIK : Le festin de l'araignée. Collection Chemins Nocturnes. Editions Viviane Hamy. Première parution le 12 avril 1996. 288 pages.

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 13:37

A compter d'aujourd'hui la collection Chemins Nocturnes vous propose des romans à 8,90€. Pourquoi et quels romans, mon article vous dit tout.

 

20 ans


Premier de cordée : Estelle Monbrun !

 

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A la veille d'un colloque sur l'œuvre de Marcel Proust, organisé dans la maison d'enfance de celui-ci près de Chartres, ne voilà-t-il point que la présidente de la Proust Association est retrouvée assassinée.

Bien connue pour sa force de caractère et pour avoir fait paraître un Guide du parfait proustien, Adeline Bertrand-Verdon assure par sa mort une publicité certaine à cette association qui n'en avait pas vraiment besoin.

Sa secrétaire qui voyage en compagnie d'un fervent proustien apprend la nouvelle en gare de Chartres, et stupeur, cet étonnant voyageur se révèle être commissaire de police.

Elle se sent mal à l'aise dans sa peau, mais elle n'est pas la seule à redouter les investigations policières. Un Américain, universitaire de son état, le directeur d'une maison d'édition et un professeur de français se trouvent également mis sur la sellette. Enjeu de cette affaire, des cahiers inédits qui pourraient bouleverser quelques thèses et éditions considérées comme définitives.

 

monbrun.jpgEcrit par une spécialiste de l'univers proustien, Meurtre chez tante Léonie inaugurait de très belle façon la collection Chemins Nocturnes des éditions Viviane Hamy.

Si Proust, ses manuscrits égarés et l'ardeur, la passion qui animent l'association créée en son nom alimentent le corps de ce roman, ce sont les traits psychologiques des personnages qui en fournissent l'esprit, par moment guilleret et pourtant chargé d'émotion.

Chacun des protagonistes, proustiens, policiers, et même policiers proustiens, possède un cadavre dissimulé dans un placard. Et l'exhumer n'est pas toujours charitable. Le suspense à la française existe, je l'ai rencontré, ce n'est pas pour autant que je vais pleurer comme une madeleine.


Estelle MONBRUN : Meurtre chez tante Léonie. Collection Chemins Nocturnes. Editions Viviane Hamy. 256 pages. 8,90€.

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 09:04

Il faut distinguer le vrai du faux du faux du vrai !

 

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Hiver 1979. Le corps qui dépasse de la poubelle d'une boîte de nuit des Champs Elysées n'est pas celui d'un fêtard nocturne aviné, mais celui de Fernand Legras, célèbre marchand de faux tableaux de maîtres. Même l'homicide semble faux, perpétré à l'aide d'un pic à glace comme dans les vieux romans policiers. Et pour faire bonne mesure dix-sept coups ont été assenés. Le commissaire Cabrillac est chargé de l'enquête.

Hiver 1978. Avec son manteau à poils noirs, de la peau de gorille, son chapeau à large bord et sa bimbeloterie autour du cou, Monsieur Fernand ne passe pas inaperçu dans le quartier de Pigalle en cette fin de décennie soixante-dix. Mais les habitants ne savent pas que ses babioles tintinnabulantes sont en or, et non point du toc.

S'il vit dans un hôtel, il possède ses habitudes au 11 boulevard de Clichy, au fond de la cour de l'immeuble, chez Jimmy Fallow un Américain qui a débarqué en 1944 puis a déserté, et sa femme Annie et le fils d'Annie. Elle aimerait bien que Fernand donne un coup de pouce à son rejeton, lui ouvrant les portes d'un studio d'enregistrement. Ils ne roulent pas sur l'or mais possèdent toujours une bouteille de whisky coûteux et goûteux à proposer. Dans la pièce où il est reçu il y a aussi Karl, son secrétaire garde du corps chauffeur et amant. Sans oublier sa petite chienne Jouvencelle qui lui fait la fête comme si elle ne l'avait pas vu depuis... la dernière fois. Parmi les autres locataires de l'immeuble il faut citer aussi Kowalski, un peintre et sa femme Irène qui enseigne le français dans un lycée proche. Elle a publié deux romans mais ce n'est pas ça qui fait vivre le ménage. Un autre peintre, mondain, du nom de Sicard vit également au fond de la cour et il ne faut pas oublier la Baronne, et le fils de la Baronne. Vieille noblesse mais riche de son passé et de meubles d'origine véritable ainsi que de tableaux de maitres, la Baronne est entourée de poussière et d'un fils drogué, dont le dernier amant en date est un travesti.

Monsieur Fernand n'a plus l'aura d'antan, lorsqu'il voyageait souvent hors des frontières, se rendait aux Etats-Unis, s'affichait au bras de Marilyn Monroe, mais il est encore sollicité parfois par des amateurs d'art. Ainsi il lui faut trouver un tableau de Dufy pour un truand corse, et il se retourne vers son fournisseur habituel, Bronstein, qui lui-même travaille avec des sous-traitants. Seulement les faussaires capables de pouvoir honorer la commande sont partis au Brésil ou sont cachés dans la nature ou en prison.

Monsieur Fernand est un homme charmant, aimable, onctueux, quand il le veut, mais il sait aussi se montrer exigeant, colérique et jaloux, surtout lorsqu'il a abusé du breuvage écossais, ce qui lui arrive souvent. Principalement envers Karl, qu'il n'aime pas voir tourner autour des femmes, ou envers ses amis, qu'il ponctionne sans vergogne. Pourtant lorsqu'il se rend au Favori, sa cantine, un club de strip-tease, il se fait conduire en Rolls Silver Shadow blanche.

Il fournit la Baronne en petits sachets de poudre, une friandise dont elle est gourmande tout comme son fils. Elle a beau les cacher mais il finit toujours par en trouver obligeant sa mère, septuagénaire, à pleurer dans le giron de Monsieur Fernand. Et c'est comme cela, alors qu'il l'entend se plaindre et pleurer parce que le rejeton a une fois de plus fait main basse sur son trésor en poudre, que Monsieur Fernand découvre qu'elle possède un véritable Dufy.

raoul_dufy-Tour-Eiffel.jpgPendant ce temps le commissaire Cabrillac, dont la femme est une ancienne prostituée qui exerçait ses talents en Dordogne, est chargé d'une enquête sur le meurtre d'une hôtesse qui se faisait payer pour s'envoyer en l'air. C'est un peu à cause de ce passé pesant et à cause de méthode expéditive qu'il a été muté au 36 quai des Orfèvres. Un certain Le Guen, des R.G., demande à le rencontrer. Ce n'est pas le passé de l'épouse de Cabrillac qui l'intéresse mais les relations entre Fernand Legras et le truand corse Albertini. Et surtout il veut découvrir l'identité du faussaire.

 

Le lecteur ne pourra s'empêcher d'établir une corrélation entre ce Fernand legrosFernand Legras à Fernand Legros, célèbre marchand d'art américain d'origine française qui fut traduit en justice à la fin des années 1970 pour vente de faux tableaux et qui mourut en 1983 d'un cancer. D'ailleurs il existe de nombreuses ressemblances entre les deux hommes. Et pas seulement patronymique ou presque. Monsieur Fernand a passé son enfance à Alexandrie, est un ancien danseur mondain, et est en attente d'un procès. Pour le reste tout est fiction, ou presque.

Amusant de lire aussi qu'une certain chanteur s'appelle Francis Claude, un petit clin d'œil, et qu'un avocat réputé du nom de Dejoint-Dancourt défend les intérêts de Fernand Legras. On pourrait remplacer Dejoint-Dancourt par Tixier-Vignancourt, célèbre avocat qui défendit des personnalités comme Raoul Salan ou Céline, qui se présenta aux élections présidentielles de 1965 et avait comme directeur de campagne un certain Jean-Marie Le Pen.

Le décor est important dans ce roman, tout autant que les personnages. Nous sommes dans une sorte de vase clos, trimballé entre Pigalle et les Champs Elysées. Les bars, les boîtes de nuit, les clubs de strip-tease avec hôtesses d'accueil parfois défraichies sont toujours présents, quant aux ateliers d'artistes, situés en haut des immeubles ou dans les arrière-cours d'immeubles ils sont transformés pour la plupart en loft pour bourgeois bohêmes. Louis Sanders met l'accent sur la déchéance d'un homme qui a connu la gloire, a beaucoup voyagé, a possédé des résidences un peu partout de par le monde, et jusqu'à six Rolls, et qui est obligé malgré les colifichets en or qu'il porte autour du cou, de quémander des billets de cent francs (environ quinze euros de nos jours) aux uns et aux autres, leur narrant en contrepartie ses mémoires. Fernand Legras fascine, surtout les femmes, hypnotise presque, déçoit parfois, mais ne laisse personne indifférent, pas même le lecteur.

 

 

Louis SANDERS : La chute de M. Fernand. Collection Policiers Seuil. Editions du Seuil. Parution le 6 février 2014. 240 pages. 18,50€.

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