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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 14:02

Un plan Q mal géré qui tourne en catastrophe !

 

dame-de-feu.jpg


Un homme habillé à la mode, c'est à dire en noir, capuche rabattue sur la tête afin qu'on ne lui voit pas le visage, s'est installé à l'arrière d'un bus parisien de la ligne 86. Arrivé à la station Bastille, il descend, laissant derrière lui des cadavres, des passagers qui étaient installés juste devant lui. Huit personnes viennent d'être abattues froidement.

Au 36 quai des Orfèvres, une cellule de crise visionne l'enregistrement effectué grâce à la caméra vidéo placée dans le bus. Le directeur de la PJPP et huit collaborateurs découvrent avec stupéfaction la façon de procédé du tireur qui a agit avec calme, précision, efficacité. Les douilles ont été récupérées dans un sac plastic entourant l'arme, un modèle employé dans les années 70 par des unités antiterroristes. Un travail de professionnel. Parmi les cadavres dont l'identité est relevée figure Marion, la compagne du commandant Martin, qui n'est pas de service. Jeannette, l'adjoint du policier se propose d'aller lui annoncer la mauvaise nouvelle. Martin est effondré et demande à Jeannette de garder Rodolphe, le gamin qu'il a eu avec Marion. Le double effet qui s'coule est provoqué lorsque Marion frappe à la porte. Eh oui, ce n'est pas elle qui était dans le bus mais une amie à qui elle avait prêté sa carte de journaliste tandis qu'elle batifolait dans les bras d'un amant de passage. Un confrère auquel elle ne tient même pas.

L'affaire du bus est confiée à trois groupes, des collègues de Martin, mais celui-ci est écarté provisoirement car considéré comme trop proche et virtuellement impliqué. Heureusement il possède en Bélier une alliée, ainsi qu'avec Laurette, la psy qui émarge aux services de police. Et par les deux femmes il glane quelques indiscrétions dont il ne tire pas immédiatement profit mais qu'il emmagasine dans sa mémoire. De même Tureau, une des chefs de groupe, qui se déclare lesbienne, au moins une femme qu'il ne draguera pas, lui délivre quelques renseignements. Une lettre adressée au Directeur de cabinet du ministre de la Défense, dont la teneur ne peut pas être mise en doute, revendique l'attentat. Non pas l'identité de l'expéditeur puisque celui-ci signe anonyme, mais bien parce que la description du carnage est le même que sur la bande vidéo. Une deuxième bafouille exigeant une rançon et en précisant les modalités de la remise la suit de peu, puis une autre. Et ces missives sont écrites dans un style qui sent son militaire ou son gendarme à plein nez.

Martin est empêtré dans sa relation distendue avec Marion, donc il doit improviser la garde de son fils Rodolphe, poursuivre ses recherches et aider Juliette à se sortir du pétrin dans lequel elle est fourrée. En effet son adjointe qui vit depuis peu une relation avec un psychiatre, est harcelée téléphoniquement par une femme. Il se pourrait que cette personne soit une proche de son amant mais leurs cogitations ne donnent rien. Au contraire, Juliette va se trouver avec une accusation de meurtre sur les bras.

Pendant ce temps, dans un petit village du Vexin, Aurélien, un lycéen de seize ans, travaillant bien à l'école, apparemment sans histoire, possède une double vie à l'insu de ses parents. En effet depuis quelques mois il a une liaison avec la mère de son meilleur ami Cyprien. Entre Louise et lui, c'est jeux interdits et le blé en herbe. Et lorsque le mari de Louise est en déplacement, ce qui lui arrive fréquemment à cause de son travail, les deux amants se retrouvent en catimini. Et puis cela change Aurélien de sa vie monotone dans ce village dortoir, avec un père vigile dans une usine de fabrication de pain industriel. Entre sa mère et son père, les éclats fusent parfois, faute à la bière, et faute aussi à il ne sait quoi. Il se souvient que dix ans auparavant la famille vivait à Paris, et qu'ils ont dû déménager pour une raison dont il n'a pas à connaître la teneur.

 

damefeu2.jpgOn retrouve dans ce roman quelques uns des personnages habituels à cette série des Dames entamée avec Dame de Cœur et qui poursuit allègrement son chemin littéraire et depuis quelque temps à la télévision. La liaison de Martin avec Marion, leurs incartades et leurs disputes, leur attachement, alimentent l'histoire, non pas afin d'épaissir artificiellement le roman mais pour donner de la consistance aux personnages et à la structure de l'intrigue. De l'humanisme également et l'on s'attache autant aux protagonistes qu'à l'intrigue foisonnante.

Alexis Lecaye ne se contente pas d'imaginer une intrigue mais il joue à en entremêler deux et même trois, car au début du roman Juliette enquête sur le meurtre d'une jeune femme, enquête qui se poursuivra malgré l'attentat du bus, puis le harcèlement dont elle est victime. Le rythme est soutenu, et le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer dans cette histoire à rebondissements multiples et divers. Peut-être est-ce dû à son expérience de scénariste, de dialoguiste, réalisateur et producteur de nombreux téléfilms dont en particulier la série Julie Lescaut, qui compte pas moins de cent-un épisodes.


Alexis Lecaye qui œuvre depuis le début des années 1980 et possède à son actif plusieurs succès littéraires et télévisés, n'avait pas besoin d'un bandeau apposé sur ce roman dont le texte est signé Jean-Christophe Grangé : Un sommet dans le paysage actuel du polar.

Ceci, à mon avis, est presque irrévérencieux et indécent envers Alexis Lecaye qui pourrait en remontrer à Jean-Christophe Grangé en matière d'écriture et de maîtrise d'intrigues.

 

A lire également d'Alexis Lecaye : Dame de Carreau; Dame de Trèfle; Dame d'Atout.


Alexis LECAYE : Dame de feu. Editions du Masque. Parution le 12 mars 2014. 398 pages. 19,00€.

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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 13:22

Pour que lumière soit faite !

 

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Il me semble que, en premier lieu, je dois vous préciser ce qu’est une luciole. Contrairement à ce que vous pourriez penser, la luciole n’est pas un insecte, de son nom latin Lampyridae. Ce n’est pas non plus une chanteuse française, un personnage de manga ou encore le nom du service de transport circulant uniquement de nuit dans l’agglomération nantaise.

La luciole est une tuée-tuée, une katangaise, en parler imagé local gabonais. En France, on dirait, si l’on veut faire montre de courtoisie, une respectueuse, une hétaïre, une courtisane, une fille de joie, une belle-de-nuit ou une belle-de-jour, une péripatéticienne, et si on emprunte à la langue verte, une gagneuse, une tapineuse, une morue, une greluche, une pétasse, une horizontale, une catin, en un mot une prostituée. Le résultat est le même mais le prix diffère selon les appellations, c’est comme tout, le haut de gamme et le bas de gamme, le produit de marque, le produit distributeur et l’économique.

La découverte du corps d’une prostituée dans un motel de Libreville ne pourrait être qu’un incident mais la façon dont elle a été tuée pose de sérieux problèmes au capitaine Koumba et à son adjoint Owoula. La fille a été salement amochée et une bouteille sectionnée enfoncée dans son vagin. C’était, selon les informations recueillies auprès de ses consœurs, une free-lance, c’est-à-dire qu’elle n’avait aucun compte à rendre à un maquereau quelconque. Mais il est difficile de découvrir son identité car toutes se font appeler par des prénoms d’emprunt. Les deux hommes et les policiers affectés à l’enquête n’ont pas le bout d’un commencement de début de fragment d’embryon de petit peu de pas grand-chose de morceau de piste sur les motivations du tueur et par la même d’en définir le profil. D’autant que quelques jours plus tard, un deuxième meurtre est perpétré dans les mêmes conditions, dans un autre motel, puis un troisième. Ils établissent des recoupements et réussissent à mettre en évidence que toutes ces défuntes sont d’origine camerounaise. S’agirait-il d’une vengeance ethnique ? Ils ne sont pas loin d’envisager cette hypothèse. Toutefois cette avalanche de meurtres instille un début de panique, de psychose générale parmi la population locale.

Pendant ce temps, suite à la découverte d’un corps masculin sur la plage, la Direction Générale des Recherches est elle aussi confrontée à un autre problème. L’homme faisait partie de l’armée, il était en retraite, mais il trainait derrière lui une casserole, une affaire de vols d’armes dans laquelle il pourrait être impliqué. Un peu plus tard, un fourgon de transport de fonds est braqué, et une grosse somme d’argent est subtilisée. Boukinda et Envame, les enquêteurs, n’ont eux aussi guère de grain à moudre, sauf peut-être lorsque le corps d’un nommé Sisko est retrouvé quelques balles dans le corps, balles provenant d’une des armes volées. Il leur faut mettre quelques indics sur le coup, afin de retrouver les voleurs et surtout le butin.


lucioles2.jpgJanis Otsiemi se plonge avec délices dans cette double enquête qui nous renvoie aux bons vieux polars français qui maniaient l’argot avec bonheur, mais également dans certains romans noirs américains écrits par les petits maîtres du genre. Mais il apporte sa touche personnelle en incluant maximes et aphorismes imagés en tête de chapitre ou dans le corps même du récit. Ainsi Si des chèvres lient amitié avec une panthère, tant pis pour elles. Mais Otsiemi ne se contente pas de narrer une histoire. Il montre du doigt des problèmes qui ne sont pas réservés au Gabon, mais à une grande partie des pays africains et que l’on pourrait étendre à l’Europe. Le Sida (Syndrome inventé pour décourager les amoureux) est présent. Autre thème encore plus réaliste qui suinte dans tous les esprits et se trouve à l’origine de bien des homicides : les rivalités ethniques. Le tribalisme doublé du népotisme, du clientélisme et de l’allégeance politique est ici un sport national, tout comme le football l’est au Brésil. Plus qu’une chasse aux sorcières, l’épuration ethnique est légion dans toute l’administration gabonaise. Certains ministères étaient même réputés être la propriété d’une certaine ethnie. Vive la république tribaliste !

Comment voulez-vous qu’un pays qui connait des divisions internes à cause de l’appartenance de certains à des peuplades différentes connaisse la paix intérieure et extérieure ? Et on pourrait étendre ces réflexions à des partis politiques qui placent leurs hommes liges aux postes clés indépendamment de leurs qualités. Sans oublier les dissensions religieuses qui pourrissent les relations entre les hommes.


Janis OTSIEMI : Le chasseur de lucioles. (Première édition : Collection Polar ; éditions Jigal. février 2012). Réédition Pocket, collection Thriller. Parution le 10 avril 2014. 216 pages. 5,30€.

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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 07:58

Quand le numérique réveille les textes anciens !

 

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Un hold-up dans la rue, Julien qui passe par hasard, et c'est ce que l'on appelle communément dans les médias la bavure. Un petit garçon est mortellement touché par une balle dite perdue. Pas pour tout le monde. Julien est flic et ne porte quasiment jamais son revolver sur lui. Pourtant ce jour là, fut-ce une prémonition, il était en possession de son arme. L'un des cambrioleurs est blessé, l'autre s'enfuit, tandis que dans la foule un enfant gît.

Julien n'a de cesse de savoir s'il est responsable de la mort de l'enfant. Et il se fait un point d'honneur de retrouver le second bandit. L'enquête est confiée au commissaire divisionnaire Blasier, un ex-collègue de Julien qui a su monter les degrés de la hiérarchie en opportuniste. Divorcé, mal dans sa peau arrivé au tournant critique de la cinquantaine, Julien, macho, Don Juan, se découvre un but. Retrouver le cambrioleur et l'appréhender, malgré les réticences de son chef. Julien se transforme en enquêteur solitaire quoique accompagné de Malgar, un collègue, mais il risque de trébucher à cause de crocs en jambe professionnels.

L'analyse balistique est formelle, c'est l'arme du bandit qui est à l'origine de la mort du gamin. Julien reprend son enquête à l'endroit où il a perdu la trace du bandit, dans une librairie-bar. Les témoins du drame, dont Dupoing, un ancien journaliste, ne peuvent apporter de plus amples renseignements. Seul le regard les a impressionné : un regard de psychopathe. Revillier, le truand blessé, ne peut que donner le prénom de son acolyte: Jean. Une image de synthèse est réalisée d'après les divers témoignages, et le visage qui se reflète ne lui est pas inconnu.

Une algarade oppose Julien à Blasier qu'il accuse de ne pas être net sur ce coup. Revillier est découvert mort, son corps charcuté, déchiré comme par une bête sauvage. Lors de son enquête à la librairie-bar, Malgar enregistre les dépositions de Mag, la patronne et d'un client, des témoignages qui divergent. Quatre gros bras habillés en militaire essayent de lui prendre son magnéto mais Malgar se refugie chez l'ex-journaliste. Lorsque Julien vient récupérer son matériel, c'est pour découvrir le retraité, mutilé, baignant dans son sang. D'après le portrait robot et des indications fournies par Blasier, le tueur recherché serait Rocco Almédéria, ancien des Brigate Nere italiennes, néo-fasciste, auteur de nombreux attentats et de l'enlèvement de la femme du président, et officiellement mort, abattu par les Forces Spéciales. En épluchant les archives militaires Julien découvre que Revillier a fait partie des services spéciaux et qu'il habitait dans le même immeuble que la librairie-bar. Un membre de la brigade antiterroriste lui apprend que Revillier, lors du braquage de la banque, était en mission, et que le président en personne ordonne le classement de l'affaire.


cercle-argent2.png.jpgEmmanuel Errer, alias Jean Mazarin, revenait avec ce roman après quelques années de silence dans un registre plus grave qu'il y parait. La dérive du flic désabusé dans un environnement qui n'incite guère à l'éclatement dans le travail et sa prise de conscience dans un drame de la rue qui risque de se banaliser face à la recrudescence de la marginalité et de l'illégalité, sont transcendées par des approches science-fictionnesques et fantastiques.

Il met en scène des personnages peu commun, notamment celui de Mag, tenancière d'une librairie-bar, une échoppe peu banale, sorte de réconciliation des petits commerces conviviaux. A noter que sur la quatrième de couverture d'origine, Julien est baptisé Lucien. Peut-être une réminiscence de Lucien Poirel, autre personnage créé par Jean Mazarin, un inspecteur de la P.J. guère conformiste.


Des livres numériques que vous pouvez commander sur Feed Books


Emmanuel ERRER : Le Cercle d'argent. (Première parution Collection Crime-Fleuve Noir N°23. Editions Fleuve Noir. Avril 1992). Réédition en version numérique : French Pulp Editions. 4,99€.

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 09:47

La Roumanie, pays de toutes les convoitises !

 

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Le 6 janvier 1992, se déroule un entretien entre le responsable du KGB Mikhaïel Sergheevitch Tchervenko et le nouveau Président de la Russie, Arkadi Feodorovitch Matouchine. Matouchine, qui a remplacé l'homme arborant une tache sur le crâne, et qui s'enfile des verres de vodka plus facilement que s'il s'agissait d'eau minérale, est en colère. La chute du mur de Berlin deux ans et quelques mois auparavant puis l'éclatement de l'empire russe en autant de satellites indépendants sont comme une épine dans le pied de l'ours russe. Et pour l'heure sa vindicte s'adresse à l'encontre de la Roumanie dont la récente indépendance l'agace. Ceausescu est mort, il a été remplacé par Ion Ilescu, le fondateur du Front de salut national. Matouchine désire ardemment que la Roumanie réintègre le giron russe et pour cela il imagine une machination machiavélique.

Michael_I_of_Romania_by_Emanuel_Stoica.jpgAlors que le roi Michel 1er de Roumanie, destitué depuis 1947 et vit en Suisse, avait été interdit de séjour pour la Noël 1991, Matouchine désire l'inviter pour les célébrations de Pâques qui doivent se dérouler à la mi-avril. Il sait pertinemment que dans le cœur des Roumains, Michel 1er tient encore une grande place, et si le souverain décédait dans un attentat, cela provoquerait des troubles qui permettrait à la Russie d'annexer le pays. La mission doit être confiée à un tueur expérimenté qui opérera sur le sol roumain.

Fred Colter, surnommé l'homme aux mille visages, vit à Beverly Hills et il est considéré par ses voisins comme un homme tranquille. Il est vrai qu'il ne fréquente pas grand monde. Et lorsqu'il quitte son domicile il s'entoure d'un maximum de précautions, comme lors de son voyage à Las Vegas où il doit récupérer de nouvelles instructions. Un contrat cher payé mais son commanditaire a les reins solides. Il possède une solide réputation : consciencieux, méticuleux, fiable.

A Sharjah, près de Dubaï, Al Kerim se réveille, une jolie blonde à ses côtés. Elle l'avait abordé la veille au soir alors qu'il dînait. Ils avaient mangé à la même table et elle s'était présentée comme venant de Russie, désireuse de devenir riche. Au petit matin, il rétribue largement ses bons et loyaux services nocturnes puis la laisse dans le lit. Ce qu'il ignore, et en réalité ces services n'étaient pas si loyaux, c'est qu'elle émarge auprès des services secrets israéliens, le Mossad. Elle le suit, ayant changé d'apparence, et si elle n'a pas tout à fait réussi le travail pour lequel elle est rémunérée, ce dont l'un des ses chefs se plaindra par la suite, elle découvre toutefois un secret qui était bien gardé. En effet, Al Kerim, soupçonné d'être un terroriste sans qu'aucune preuve puisse établir ses participations dans des attentats, possède un frère jumeau Al Abhaz. Le mystère est levé, mais pas celui de leur nouvelle mission qui doit les conduire en Roumanie, des opérations de représailles dictées par leurs responsables islamistes. Ils doivent venger la mort de Ceausescu, le dictateur roumain de sinistre réputation.

A Bucarest, le sénateur Turicu fulmine, comme à son habitude. Surnommé la Colombe carnivore, à cause de son appétit et de sa voracité pour l'argent et le pouvoir, il s'est enrichi sous le régime dictatorial. Et depuis l'installation du nouveau régime, il se présente comme un défenseur intègre. Mais l'habit ne fait pas le moine, et en réalité il pratique à grande échelle la corruption et le chantage, devenant un chef de parti redoutable. Il est abordé par un homme qui lui propose de convaincre le président roumain d'inviter officiellement le roi déchu. Turicu renâcle puis accepte lorsque l'homme lui confie qu'en échange il aurait la possibilité de devenir président.

 

Après le KGB, le Mossad, le SRI, les services secrets roumains, entre bientôt la CIA dans la danse et tout cela donne un roman détonant et détonnant. Avec une logique et un machiavélisme implacable, George Arion, dont c'est le premier roman traduit en France, construit une intrigue à la John Le Carré. En quatrième de couverture il est précisé qu'il lorgne également du côté de Tom Clancy, mais n'ayant pas lu de roman de cet auteur américain, je ne m'engagerai pas dans cette voie.

Ce roman d'espionnage et de politique fiction date de 1997 et a été réédité en Roumanie en 2008 sous un autre titre. Il était donc ancré dans l'actualité lors de sa première édition, puisque, après une première visite en 1992, le roi Michel 1er recouvre sa citoyenneté roumaine en 1997, après l'arrivée du nouveau président Emil Constantinescu. Aujourd'hui cet aspect politique est bien loin de nos préoccupations, mais il n'en reste pas moins que ce roman se présente comme un témoignage d'une époque perturbée. Et les récents événements ukrainiens, et auparavant les manipulations et les tentatives de rapprochement ou d'annexion de la Tchétchénie et les turbulences subies par d'autres pays, anciens satellites de l'empire soviétique, prennent encore plus de reliefs.

 

 

George ARION : Cible royale (Nesfârşita zi de ieri, 1997 ; réédité sous le titre Sah la rege en 2008. Traduit du roumain par Sylvain Audet-Gӑinar). Editions Genèse. Parution le 13 février 2014. 256 pages. 22,50€.

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 07:48

Lorsque Pierre Dumarchey ne s'appelait pas encore Pierre Mac Orlan !

 

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et qu'il signait de petits livres érotico-pornographiques sous son nom et divers pseudonymes dont Chevalier de X, Pierre du Bourdel, Sadinet ou encore Sadie Blackeyes, tous alias à l'appellation évocatrice.

Mariée et veuve à dix-huit ans, Hermine de Cœur est une jeune femme encore vierge. Son époux impuissant et podagre n'a pu honorer son épouse. Toutefois si son membre reproducteur s'obstinait à rester au repos, il avait encore la langue agile, assez pour lui procurer quelques satisfactions clitoridiennes. La jeune femme qui aborde la trentaine est riche et elle désire créer un pensionnat réservé uniquement aux jeunes garçons dont elle va confier l'éducation amoureuse à son amie Sœur Sainte-Fanny, une quadragénaire qui sera assistée de Sœur Véronique et de la nonnette Louison. L'établissement de Kergoz, non loin de Quimper, convient parfaitement à ses projets.

Hermine a été dépucelée côté verso par l'abbé Gitar le jour de sa communion. Elle ne connut par la suite que des amours saphiques, prêtant volontiers sa croupe rebondie et épanouie à la langue de ses amantes dont l'aimable marquise de Bellerose, ou à des objet divers façonnés à dessein, pouvant même être portés à la taille pour faciliter leur intromission dans l'endroit choisi, mais toujours au même endroit qui est l'envers, car Hermine tient à sa virginité comme se doit de le faire une jeune fille de bonne famille.

Venue superviser les ébats, pardon l'éducation de ses jeunes protégés, Hermine s'occupe de l'intendance, c'est-à-dire du bon fonctionnement des relations entre éducatrices et pensionnaires. Elle jette son dévolu sur un chérubin de quinze ans à peine, Georges, qu'elle confie à Louison qui doit l'amener peu à peu à découvrir ce qu'une femme attend d'un homme, en plus des cours de latin et de grec et autres délices scolaires. Et lorsque Hermine ou Sœur Sainte-Fanny, ou autre éducatrice, décident que Georges ne s'est pas montré obéissant, il a droit à une fessée administrée à l'aide de verges sur son postérieur déculotté. Et comme ces braves pédagogues le tiennent sur leurs genoux, la tête penchée en avant, elles peuvent lorgner sur ce que le gamin appelle son trou mignon. Stop ! Je n'ose aller plus loin.

 

Ce court roman mettant en scène des femmes perverses, elles l'avouent elles-mêmes, est narré avec humour et une naïveté libidineuse. Si Pierre Mac Orlan fait référence à Thérèse philosophe, roman attribué à Boyer d'Argens et datant du XVIIIème siècle, il eut pu également citer Le roman de Violette de la Comtesse de Manoury. Parfois poétique, parfois cru, le texte n'envie en rien à ceux qui depuis s'échelonnent sur les étals des libraires et que tout un chacun peut acheter sans se sentir coupable d'être attiré par des livres dits licencieux.

Si Emmanuelle, dont l'auteur n'était autre que le mari d'Emmanuelle Arsan, a connu avec la libération des mœurs et de la censure, un énorme succès conforté par l'adaptation cinématographique, les romans d'aujourd'hui dont les fameuses 50 nuances de Grey et autre Tout ce qu'il voudra, ne sont que des resucées (oui, j'ai osé !) de ces œuvres libertines qui furent parfois publiées sous le manteau. Certains trouveront choquant de mettre en scène des enfants dont l'apprentissage est confié à des religieuses, et de considérer la sodomie comme un contraceptif naturel, mais tout ceci est aussi vieux que le monde et peut-être même plus. Et si ce roman est parfois gentiment scatologique, les jeunes femmes du roman appréciant le bruit et l'odeur de quelques flatulences lâchées dans des rires communicatifs, l'érotisme, ou la pornographie pour certains, n'atteint pas la force et la perversion qui se dégagent dans certains des romans précités. Ainsi dans Les Enfants d'Emmanuelle, la précocité des enfants est mise en avant, ainsi que l'inceste tandis que dans Tout ce qu'il voudra prône le sadisme et le masochisme chers au divin marquis de Sade ou à Sacher-Masoch dont les noms ont contribué à ces néologismes.

Ce roman a été publié pour la première fois en 1909 chez Jean Fort, trois ans avant le premier succès signé Pierre Mac Orlan : La maison du retour écœurant. Par la suite Pierre Mac Orlan écrira d'autres ouvrages érotiques, j'aurai l'occasion d'y revenir, tout en continuant sa carrière de romancier à succès, dont A bord de l'Etoile Matutine, Le Quai des brumes ou encore L'Ancre de miséricorde. Une œuvre de jeunesse sulfureuse, à découvrir, qui ne l'empêcha pas de devenir membre de la prestigieuse Académie Goncourt en Janvier 1950 et de recevoir la légion d'honneur en 1966 décernée par le Premier ministre de l'époque Georges Pompidou sur la proposition d'André Malraux, après une enquête de moralité effectuée par les renseignements généraux, à cause de ses écrits érotiques bien évidemment. Comme quoi la cul...ture n'est pas rédhibitoire !

L'introduction, pardon la préface, érudite, est signée Alexandre Dupouy.


Chevalier de X : Femmes du monde & Sang bleu. Collection Lectures amoureuses N°163. Editions de La Musardine. Parution 4 juillet 2013. 144 pages. 7,95€.

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 09:28

Alors que, vingt ans après, le génocide des Tutsis par les Hutus est commémoré aujourd'hui, retour sur ce carnage avec un petit livre édité en décembre 1995.

 

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Enclavé entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, le petit pays souverain d'Afrique Centrale du Sonrhaï subit la férule du président Ibrahima N'daye, Grand Médecin de la Patrie. Des luttes intestines opposent les Touroumés, de religion musulmane, minoritaires démographiquement mais soudés, aux autres ethnies. Les Touroumés détiennent la plupart des postes clés et ne se privent pas de brimer les Busumés qui ont conservé leurs traditions animistes, sous l'œil bienveillant, ou à tout le moins indifférent des officiers français chargés de maintenir l'ordre.

N'daye qui jouit d'une certaine popularité internationale ne fait pas dans la dentelle lorsqu'il s'agit de régler les affaires du pays et dilapide allègrement les fonds qui lui sont octroyés dans le cadre de la coopération.

Gérard Droz, chercheur au CNRS, débarque à Diankalé, la capitale, dans le but d'écrire une thèse sur les animistes. Il se rend chez ceux qui sont appelés avec mépris les Païens du Sud, les Busumés, et est reçu avec affabilité par le potentat local, Fakoli Fayiri, dont le fils, Kenda, médecin ophtalmologiste, est marié avec la belle Daha, ex top-modèle. Il s'éprend de Daha mais son amour reste platonique, par courtoisie envers ses hôtes. Fakoli Fayiri est convoqué par N'daye et tout ce petit monde part pour la capitale.

La fièvre monte, le carnage les guette et seuls Daha et Droz en réchappe. Ils s'enfuient vers le Tamalé, pays limitrophe, et sont rejoint en cours de route par Artigala, un aventurier qui connaît bien l'Afrique Centrale. L'homme s'est emparé de la mallette de Christophe Baugé, cousin du Président de la République Française, le Monsieur Afrique, dont les agissements sont plus ou moins louches. La route est longue jusqu'à la frontière et les incidents vont émailler leurs pérégrinations.

 

En lisant ce roman on ne peut s'empêcher de penser aux incidents qui se sont déroulés au Rwanda dernièrement et qui ont opposé deux communautés, deux ethnies rivales. Vladimir s'inspire d'un événement réel mais il y apporte sa touche personnelle. Quoique, à la réflexion, les personnages qui gravitent autour de ce fait divers dramatique existent peut-sûrement. Les crocodiles et les chacals pullulent, et pas seulement dans le Tiers-Monde.

Cette chronique a été écrite en décembre 1995. L'opinion publique à cette époque ne possédait pas tous les éléments réels concernant ce carnage, mais aujourd'hui encore de nombreux points restent dans l'ombre.

A noter que Vladimir dédie ce roman à Tonton l'Africain et Charlie le Busard.


VLADIMIR : Monsieur Afrique et le roi de brousse. Collection Aventures sans frontière N°7. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1995. 220 pages.

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 07:32

Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !

 

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Depuis la Guerre d’Extermination, qui s’est déroulée bien des siècles auparavant, les Survivants vivent dans des Abris, numérotés, toujours à la merci de Kérébron, une entité monstrueuse, un ordinateur super puissant qui lance ses tentacules à travers la terre afin d’anéantir le restant de la population.

Le jeune bioélectronicien More est persuadé avait découvert la parade susceptible d’anéantir ce monstre malgré les doutes du Commandeur des Guerriers. Mais il s’avère que certains Guerriers, dont leur chef, trahissent les Survivants.

More devient le point de mire du Docteur Benson qui enjoint au Commandeur de se défaire de ce trublion. Les Ordhommes, l’unité d’élite de Kérébron, s’infiltrent dans l’Abri et les victimes sont nombreuses. More, sans qu’il s’en doute, bénéficie de protection occulte et il est envoyé dans un autre abri dont le Commandeur des Guerriers, Germanus, œuvre lui aussi pour détruire Kérébron.

More va connaître de multiples avatars avant de pouvoir enfin s’infiltrer dans la cité qui abrite Kérébron. Il va notamment se rendre à Paris sous terre, une reconstitution souterraine de la capitale, rencontrer d’énigmatiques personnages, dont , un errant, traverser une forêt maléfique, traverser un marécage peuplé d’entités monstrueuses, combattre des oiseaux, affronter des ennemis vindicatifs et puissamment armés. Il sera aidé dans son entreprise par une jeune femme, Andréa, à laquelle il ne sera pas indifférent.

 

Placé sous le signe des quatre A, Anticipation, Action, Aventures et Amour (eh oui, un peu de romantisme ne nuit pas !) ce roman s’inscrit non seulement comme un hommage à la collection Anticipation mais également à quelques maîtres dont Pierre Barbet (d’ailleurs l’un des personnage s’appelle Dominique Mayne – David Maine étant l’un des pseudos utilisés par Pierre Barbet).

Mais ce roman ne se contente pas de témoigner respect et culte, c’est aussi une parabole sur l’avenir, sur la prépondérance de plus en plus omniprésente de la machine sur l’homme. L’homme a créé son propre malheur, à lui de réparer ses erreurs. D’un côté se trouveront les Don Quichotte, de l’autre les modernistes, les progressistes, les réformistes à tout va, quel que soit le prix à payer. Une vision qui évidemment ne sera pas partagée par tout le monde, à moins que le message n’existe pas, du moins dans l’esprit des auteurs.

 

Et n'hésitez pas à consulter le site des éditions  Rivière Blanche.


Jean-Marc et Randy LOFFICIER : Les survivants de l’humanité. Collection Blanche N° 2002. Editions Rivière Blanche. 248 pages. 17,00€. Existe en version E-Book à 6,00€.

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 16:05

Et j'ai fort à faire !

 

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Et Il n'était pas revenu dans la petite ville portuaire depuis trois lustres, mais son aversion, sa rancœur, sa haine même, envers son père ne s'est pas éteinte. Et si Jack Lestrade est présent en ce jour venteux, c'est tout simplement pour jeter une poignée de terre sur le cercueil qui vient d'être descendu dans la fosse. Un symbole. Et le curé peut prononcer les paroles habituelles, des éloges mensongers, Jack sait ce qu'il a enduré jusqu'à l'âge de quinze ans, jusqu'au jour où il est parti. Des années à se faire tabasser pour rien et même pas une mère pour le défendre. Car sa mère a déserté le foyer familial alors qu'il n'avait que cinq ans et son jeune frère Julien quelques mois. Il s'est engagé dans la Marine et il a bourlingué de par le monde. Alors ce n'est pas pour dire des prières sur le cadavre de son père mort accidentellement, mais bien pour régler les dettes. Et là-bas, dans un coin du cimetière la tombe de son frère, suicidé en prison, alors qu'il avait été condamné cinq ans auparavant pour le viol et le meurtre d'une adolescente. C'est ce qu'il a appris lors de ses voyages par de vieux journaux qui trainaient.

Dans le cimetière peu de personnes assistent à l'inhumation. Jack retrouve avec plaisir son ancienne maîtresse d'école, celle qui lui a tout appris et lui a offert son affection. Quoi qu'elle n'ait rien dit lorsque Jack et son frère arrivaient à l'école couverts de bleus. En ce temps là, il était de bon ton de ne rien dire, de ne rien remarquer. Elle a vieilli elle aussi et l'invite à venir la voir chez elle. Et peut-être qu'elle a envie de parler, ce dont Jack se moque, mais il ira, au moins par déférence. A la sortie un individu qui pointe dans la catégorie Clochard l'aborde. Il s'agit de Léon, le copain de Julien. Ils se rendent au Bar de la Marine, un lieu cradingue où les poivrots se donnent rendez-vous. Léon ne fait vraiment pas son âge. A vingt-cinq ans il en paraît plus du double. L'alcool, les petits boulots pour survivre. Les temps sont durs, surtout dans une bourgade qui s'enlise dans une monotonie déprimante. Léon, pour justifier les verres de bière que Jack lui paie parle de la ville, du maire qui est devenu député cinq ans auparavant, de son prochain remariage après un veuvage de deux ans. De son manoir sis en haut de la colline.

Un gandin qui détone dans ce bouge interpelle Jack, lui intimant l'ordre de repartir d'où il vient. Il n'a rien à faire dans le patelin le sermonne-t-il. Heureusement le patron du café s'interpose et de sa grosse voix ordonne à l'importun de déguerpir. Ce trublion n'est autre qu'Antoine Bresson, le fils du maire. Un individu prétentieux, et querelleur, surtout lorsqu'il a un verre de trop en travers de l'œsophage.

Honnête, Jack se rend chez le propriétaire de la maison dans laquelle vivait son père. Et il apprend avec surprise que son père, qui n'avait jamais eu un sou devant lui, ni derrière non plus, a acheté la bicoque. Et chez le notaire, nouvelle surprise. Son père a non seulement acheté la maison mais de plus il a payé en liquide. Jack le marin nage en pleine confusion.

Il se promet de mettre tout ça au clair, alors il prend une chambre d'hôtel. Il ne peut pas dormir dans la bicoque paternelle. Pas tant parce qu'elle est délabrée, n'ayant jamais été entretenue, mais parce qu'elle lui remémore trop de mauvais souvenirs.

Il se rend chez le maire, pour rien. Sauf à retrouver le fils de celui-ci qui se montre encore une fois désagréable. En repartant il est tabassé par deux policiers municipaux, une nouveauté pour la bourgade qui auparavant ne possédait qu'une gendarmerie. Afin de panser ses blessures, il consulte le médecin qui sait des choses, mais qui ne dit rien, se retranchant derrière le secret professionnel. Le soir alors qu'il se promène sur la port, Jack est agressé par trois inconnus. Ceux-ci ne savent pas qu'il est un spécialiste des sport de combat et ils repartent mal en point. Tous ces petits faits mettent la puce à l'oreille de Jack. Il gêne, sans aucun doute. Mais qui et surtout pourquoi. Alors Jack décide de prolonger son séjour et de tirer les choses au clair. Et Jack est un homme du genre : si tu ne veux pas de moi, je reste. L'esprit de contrariété.

 

Si le lecteur découvre au fil des pages, des chapitres, quelques secrets, quelques épisodes antérieurs, Jack lui n'est au courant de rien. Ses investigations ne sont donc pas des révélations pour celui qui le suit au travers de ses démarches. Mais Gilbert Gallerne est un vieux routier qui sait ménager ses effets, et lorsque l'on croit avoir tout compris, tout est remis en question et de nouvelles révélations proposent de nouvelles pistes.

Dans une ambiance et une atmosphère à la Georges Simenon, celles qui prévalaient dans ses romans noirs, Gilbert Gallerne développe une intrigue plus retorse qu'écrivait le célèbre romancier belge, créateur de Maigret. On y retrouve la pluie, le port, la décrépitude, les petites gens noyés dans l'alcool et la déche, les notables peu scrupuleux, les fils de famille dévoyés, les secrets enfouis derrière les rideaux ou dans une valise, mais avec un regard plus moderne, plus inquisiteur, le tout décrit en peu de pages, mais avec une force de persuasion et le goût du mystère que sait si bien mettre en avant Gilbert Gallerne qui signe ici son grand retour. Et l'épilogue est...renversant !  


Retrouvez Gilbert Gallerne avec : L'Ombre de Claudia.


Gilbert GALLERNE : Je suis le gardien de mon frère. Objectif Noir. Parution le janvier 2014. 190 pages. 18,19€ pour la version brochée. 4,99€ pour la version Kindle chez Amazon.

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 07:56

Sérum physiologique ou des Caraïbes ?

 

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Janvier 2012. Une jeune femme éperdue, angoissée, traquée tente d'échapper à ses poursuivants en se réfugiant dans le Brooklyn Museum. Les touristes sont nombreux et elle espère pouvoir se perdre dans la foule. Peine perdue. Des intrus se faufilent à sa suite et elle parvient à se cacher derrière une statue de Rodin. Elle adresse une supplique aux caméras de surveillance et trouvant un fil électrique derrière le socle elle tire dessus. L'alarme se déclenche provoquant la panique, d'autant que les individus n'hésitent pas à se servir de leurs armes. Elle réussit à fuir par une ouverture et fonce vers le parc. Les tueurs l'atteignent à la tête mais les policiers immédiatement prévenus par l'alarme convergent vers l'endroit où elle. Les meurtriers se fondent dans la nature.

Alors qu'elle termine son service, le détective Lola Gallagher est invitée impérativement par son supérieur à se rendre sur place. Une fois de plus elle ne sera pas à l'heure pour coucher son fils Adam qui est confié à une garde à domicile. En examinant la jeune femme elle décèle un souffle de vie et la victime est immédiatement transportée à l'hôpital. Par manque de pièces d'identité il est impossible de donner un nom à la patiente. Seule une alliance propose deux prénoms : Mike et Emily. C'est maigre comme indice, d'autant que le relevé d'empreintes ne donne rien. Aucune trace de dermatoglyphe apparait sur les feuilles encrées. Un mystère qui sera suivi par bien d'autres. De plus Emily, ce prénom lui étant donné par défaut, sortie de son coma ne se souvient de rien. Elle est amnésique. Et les événements récents ainsi que de son passé lui échappent.

Lola Gallagher vit seule avec son fils de dix ans, le père étant parti un beau jour sans donner d'explications, ce qu'Adam accepte mal. Mais Lola possède quand même quelques amis sur lesquels elle pense pouvoir compter. Son frère Chris, le docteur Draken ainsi que le policier informaticien Detroit. Et toutes ces personnes vont jouer un rôle plus ou moins important dans cette histoire.

Revenons à Emily qui se remet de sa blessure à la tête. Elle est transférée dans un appartement réservé à la protection des témoins et des papiers lui sont fournis au nom d'Emily Scott, quoique ce prénom ne ravive en elle aucun souvenir. Avec Detroit son collègue informaticien Lola cherche à comprendre ce que la jeune femme a pu vouloir dire en regardant les caméras de surveillance. Les bandes vidéo sont transmises à un service d'experts mais les mouvements de foule rendent cette lecture difficile. Seuls quelques mots parviennent à être décryptés. Et parmi les anonymes qui entrent et sortent du musée, un homme affublé d'un chapeau qui lui cache le visage. Le même que celui qui est repéré à la descente d'autobus emprunté auparavant par Emily. Mais Detroit est aussi un petit curieux qui ne se gêne pas pour fouiner dans les affaires de Lola lorsqu'elle est absente. Ce n'est pas par jalousie, même s'il leur arrive de coucher ensemble pour des raisons purement hygiéniques, mais il aime bien s'immiscer. C'est ainsi qu'il découvre qu'une lettre adressée à un certain Chris lui fait part qu'il est atteint d'un cancer à un stade très avancé. Or s'il s'agit du frère de Lola, il ne comprend pas pourquoi ils ne portent pas le même nom, Lola ayant repris son nom de jeune fille. Et d'autres petits secrets l'interpellent également.

 

serum1.jpgLe docteur Draken est un psychiatre que connait bien Lola. Il est parfois embauché par la police dans des affaires qui requièrent ses compétences. Il n'est pas chaud pour examiner Emily, se demandant s'il va être payé car il ne s'agit par d'une thérapie sollicitée officiellement. Le cas l'intéresse pourtant et il propose à Lola de tenter une expérience qu'il a déjà pratiquée auparavant. Et pour cela il est assisté du docteur Ben Mitchell un neurophysiologiste aveugle. Pour cela il injecte un sérum de sa composition afin de déclencher une hypnose qui devrait permettre de vaincre l'amnésie. Ce qu'Emily révèle sous l'influence de la drogue n'est pas un afflux de réminiscences mais plutôt des visions sous formes de cauchemars.

Dans l'ombre un mystérieux individu portant chapeau dirige ses hommes et lorsque ceux-ci, pour une raison ou une autre ne lui conviennent plus, il les abat froidement. Il est à la recherche active d'Emily et la chasse est ouverte. Sans oublier un couple fondateur du site Exodus2016 qui fournissent aux principaux journaux internationaux des informations qui devraient rester secrètes.

 

Et ce ne sont que les prémices de cette histoire qui se décline enserum2.jpg six épisodes, comme les feuilletons d'antan ou les séries télévisées de nos jours. Je plains les lecteurs qui ayant acheté les six volumes de cette saison 1, la parution s'échelonnant du 5 avril 2012 au 5 décembre 2012 soit un épisode environ tous les deux mois, devaient attendre pour connaître les suites des aventures de Lola, d'Emily, du docteur Draken et consorts. Heureux sont ceux qui ont su se montrer patients. Ils vont pouvoir découvrir en un seul volume ces épisodes qui s'enchaînent inéluctablement les uns aux autres, et le lecteur happé par cette intrigue fourmillante ne voit pas le temps passer.

Tous les ingrédients destinés à captiver le lecteur sont réunis : angoisse, suspense, enquête, expériences médicales ou paramédicales, incursion dans le fantastique, ingérence politique, personnages inquiétants, au comportement trouble, drames humains, familiaux, guerre des polices, le FBI désirant s'accaparer de cette affaire tandis que Lola s'y accroche comme à un os, péripéties foisonnantes et bouillonnantes, scènes d'anthologie et cinématographiques.

Un roman digne d'un Alexandre Dumas !


Henri LŒVENBRUCK & Fabrice MAZZA : Sérum. Saison 1, l'intégrale (épisodes 1 à 6). Editions J'Ai Lu. Parution le 22 Janvier 2014. 800 pages. 14,99€.

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 07:51

Œil pour œil ?

 

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Visiblement Roland Sadaune s’est amusé en écrivant ce roman un peu hors normes, mais il s’est imposé également un challenge : transposer son Val d’Oise et ses protagonistes aux Etats-Unis. Ce qui donne un mélange savoureux d’expressions américaines, de personnages issus du western, avec un décor de banlieue coincé entre urbanisme et ruralité. Le tout truffé de petits clins d’œil à la littérature et au cinéma d’outre atlantique.

Le capitaine Milos Seven du bureau Investigations d’Alphaville n’en croit pas ses yeux. La vague de meurtres qui entachent une partie du Vexin territory le ramène à une vieille affaire qui continue à le cauchemarder. Comme si le Zombie Nigth était de retour des flammes de l’enfer. Et d’ailleurs Seven en porte toujours des cicatrices qui l’obligent à s’affubler en permanence de lunettes lui cachant les yeux. Cameron Jaffes, un écrivain local de polars régionalistes est retrouvé dans une décharge, nu, propre sur lui, le regard vide. Normal, l’homme a été énucléé. Mais une deuxième (c’est bien une deuxième, car la liste n’est pas close !) victime, Angela Greer, est retrouvée dans les mêmes conditions, sous le pont d’Argenteuil.

Entre enquête et ressassements de souvenirs qui lui engendrent des moments de déprime, Seven joue au cow-boy solitaire, hargneux, ténébreux, façon Clint Eastwood dopé à l’ecstasy. D’ailleurs il n’apprécie guère sa hiérarchie, dont Shark surnommé le Requin, ses collègues comme Duncan, alias The Titanic car toutes les affaires qui lui passent entre les mains coulent, et quelques autres. Seul Travis, son coéquipier trouve grâce à ses yeux, et encore. Il lui faudra souffrir et posséder beaucoup d’abnégation pour mener à bien cette enquête qui le traumatise. Et la réception d’un DVD expédié par Nameless montrant Angela, la deuxième victime, vivante, attachée et torturée dans un lieu clos, ne lui remonte pas le moral. Le tueur lui ne perd pas de temps en tergiversations et un troisième écrivain, Ray Flint, est lui aussi soustrait à la vue et à la vindicte de Nameless.

Au-delà de l’histoire, on retiendra surtout deux points sur lesquels Roland Sadaune construit sa trame. D’abord, l’emploi de mots américains qui parsèment l’ouvrage l’est fait sciemment. Car je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais la publicité écrite ou télévisuelle est pratiquement dédiée à ce vocabulaire, même lorsqu’il s’agit de promouvoir des produits français. Sans parler des boutiques qui nous entraînent, via leurs enseignes, au plus profond des états américains, restauration ou autres. Je ne parle pas des protagonistes qui portent tous un nom anglo-saxon, souvent en référence à des auteurs ayant fait le bonheur de lecture de milliers d’amateurs de romans policiers et noirs, ou à des acteurs, puisque je l’ai déjà évoqué en préambule.

Ensuite, petit coups de griffes à ces éditeurs provinciaux, qui partant d’un bon principe éditent les poulains du cru, mais qui choisissent soigneusement les titres des romans publiés avec des sources plus ou moins locales en forme de jeux de mots, histoire d’appâter le chaland touriste ou autochtone. Genre A chats perchés au Perchay, On a volé la comtoise de Pontoise. Régionalisme oblige. Cela me ramène quelques décennies en arrière, avec des titres signé Jean Bruce, Tactique arctique, Gâchis à Karachi, Du lest à l’Est, Cinq gars pour Singapour, Cache-cache au Cachemire, Agonie en Patagonie…

A lire avec un œil amusé, malgré la noirceur de l’histoire et ce problème d’énucléation.


A lire de Roland Sadaune : Deauville entre les planches; Le Loup d'Abbeville; Game Auvers; La vie en ronces; Dernière séance et l'indispensable Facteurs d'ombres.


Roland SADAUNE : Alphaville 9-5. Route 66. Val d’Oise éditions. Parution avril 2010. Réimpression mars 2014. 306 pages. 13,80€.

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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