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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 08:47

Attention aux excès de vitesse !

 

escargot.jpg


Depuis quelques temps, la vie de Clément part en vrac. Son cabinet d’architecte bat de l’aile, sa femme a une liaison avec son associé, sa fille Anna, depuis son viol végète dans le mutisme et a tenté par deux reprises de se suicider. Il se déplace à bord d’un vieux camping-car qui bat des portières.

Un soir, sortant d’un bar miteux situé près du port de l’Embouchure, il se fait dérober sa sacoche par un jeune voyou. Alors qu’il roule à bord de son véhicule, il aperçoit son voleur, le poursuit et le blesse. Au lieu de le remettre à la police il s’en occupe et c’est ainsi qu’il conduit Floréal, le gamin, dans un ancien entrepôt de bus transformé en squat. Floréal y vit depuis quelque temps en compagnie d’autres abandonnés de la société, et les bagarres, les accrochages ne manquent pas entre les divers occupants du lieu.

Clément s’attache à ce jeune paumé, ainsi qu’à Sandrine, une jeune prostituée et va s’immiscer dans leur quotidien, comme si son destin en dépendait. Ce qui n’est pas faux d’ailleurs, car les meurtrissures qu’il trimbale comme des cicatrices qui ne veulent pas se refermer, l’obsèdent et bientôt se révèlent indissociables de ses compagnons de route. Il déserte son appartement et ne se terre plus qu’à bord de son véhicule déglingué. Ce qui lui a valu le surnom de L’Escargot, se déplaçant à bord de sa coquille comme le gastéropode. D’anciennes affaires de corruption, des scandales immobiliers, des déboires conjugaux, le viol de sa fille, qui par ailleurs n’a jamais voulu porter plainte, tout un faisceau d’épreuves auxquelles il est confronté sans en avoir été particulièrement l’initiateur. Tout au plus un acteur involontaire dont les relations ne sont que notables véreux qui ont pignon sur rue. Englué dans une sorte de toile qui se resserre autour de lui, il trouvera une porte de sortie grâce à Floréal, Sandrine, et quelques autres, des rejetés, des amis de hasard, qui lui apportent un soutien moral et matériel sans calcul, sans demander une contrepartie désobligeante. Juste par humanisme.

L’atmosphère de ce roman nous plonge dans l’univers des intrigues qui étaient la marque de fabrique de David Goodis. Une lente déchéance d’un personnage banal dans les bas-fonds de la ville, physiquement et mentalement, avec des sursauts d’orgueil, le héros désirant comprendre pourquoi cette plongée dans les tréfonds d’un désespoir, d’une errance qu’il subit au départ avec l’inconscience naïve d’un être manipulé. Une exploration de l’âme humaine, des vicissitudes de l’existence qui tombent sans crier gare, sans qu’aucuns prémices soient détectables de prime abord, et qui vous laisseraient sur le bord du trottoir si des regains de lucidité n’émergeaient de votre conscience.


Michel BAGLIN : La balade de l’escargot. Pascal Galodé éditeurs. Parution le 13 novembre 2009. 250 pages. 17,50€.

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 11:00

Bon anniversaire à Claire Legendre née le 21 avril 1979.

 

 

making of

 

Claire Legendre, c’est son nom, avait dix-neuf ans lorsqu'elle a publié ce roman. Le bel âge, celui de toutes les certitudes, celui des découvertes. Elle prend New-York pour planter le décor de la première partie de son histoire.

Bastien, un journaliste français, s’est proposé pour écrire un article sur Caïn Shoeshine, un cinéaste indépendant. Si Hollywood le méprise, il n’en va pas de même pour l’Europe qui lui voue une véritable admiration. De quoi faire un bon papier pense Bastien qui, fait rarissime, est accueilli dans le cénacle du réalisateur alors que tant d’autres se sont cassés les dents à vouloir l’interviewer.

Shoeshine crèche dans un immeuble cradingue, est obnubilé par les portes, se fâchant lorsque quelqu’un oublie de les fermer, et est entouré de femmes : Pamela, une jeunette de quatorze ans qu’il a recueilli alors qu’elle était sur le trottoir, Samantha sa monteuse (de films), sans compter sa femme Elena qui vit dans un hôtel, Annabella, son actrice fétiche ou encore Britta...

Le concierge de l’immeuble lui aussi est un artiste dans son genre, entreposant des statues dans son atelier.

De making-of1.jpgNew-York à Cannes en passant par Vienne et Paris, Claire Legendre nous entraîne à la suite de ce cinéaste qui irait jusqu’à n’importe quelle extrémité pour capter la justesse d’un regard sur la pellicule. Créateur inspiré, c’est également un perfectionniste. Bastien s’enthousiasme, tout comme la plus grande partie du public, pour les films qu’il tourne, le réalisme qui s’en dégage. Un réalisme morbide comme le découvrira Bastien en visionnant les rushes qu’il a « emprunté » à Caïn Shoeshine.


Ce roman à trois voix, narré à la première personne, estClaire Legendre troublant. Le ton, le style d’écriture, une forme de désabusement qui relèverait plus d’un auteur chevronné ayant galéré que de celui d’une jeune fille dont l’apprentissage de la vie est à peine entamé, classent Claire Legendre comme une romancière à part. Un poète qui aurait choisi le roman noir pour exprimer son regard incisif sur une certaine société en déséquilibre. « Il se prend pour un écrivain, il est drôle, quoi ». La jeunesse n’a plus le respect de ses aînés et c’est le rafraîchissement tant attendu, la relève d’un genre, le coup de balai.

 

Depuis ce premier roman, Claire Legendre ne s'est pas arrêtée en si bon chemin, publiant entre autres : Viandes, Le crépuscule de Barbe-Bleue, Matricule, Passerelle, L'écorchée vive et dernièrement Vérité et amour.

 

A retrouver un entretien avec Claire Legendre sur Art d'écrire

 

 


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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 09:20

Et le monstre est en nous.

 

papoz.jpg


S'il me fallait désigner des pères littéraires à Micky Papoz, j'opterai pour Jean Ray, Claude Seignolle, Shéridan leFanu et dans une moindre mesure à Alexandre Dumas, l'auteur des Mille et un fantômes et de La Femme au collier de velours et autres contes fantastiques dans le fond et non dans la forme. Car Micky Papoz joue avec le temps présent, même si certaines histoires peuvent prendre leur inspiration dans le passé, proche ou non.

 

Dans Damnés, court roman, une ambiance brumeuse nocturnetiffauges forme comme un mur dans les vieilles ruelles de Nantes. Anne et Robin sont de jeunes saltimbanques qui se produisaient en Normandie. Lors d'un spectacle ils ont été contacté par un nommé Henriet qui leur a proposé un engagement dans un cabaret nantais. C'est ainsi qu'ils déambulent dans la cité ligérienne à la recherche de cette taverne mais ils sont perdus. Heureusement au détour d'une ruelle Henriet est là et il les conduit jusqu'à place. Curieux nom pour un cabaret, que cette Taverne des Trois pendus. Le couple est accueilli par Gilles, le patron des lieux, et Poitou qui comme Henriet sert d'adjoint, d'homme à tout faire, et peut-être plus.

Sans même passer d'audition, ils sont embauchés et doivent se produire le soir même. Puis ils sont installés dans une chambre luxueuse. D'ailleurs tout est luxueux dans cet établissement. Les murs sont tendus de brocards, des tapis recouvrent le sol, des candélabres et des chandeliers diffusent une lumière tamisée et agréable. La seule note désagréable réside en la voix cassée des trois hommes.

vielle.jpgSur scène, Anne au chant et Robin à la vièle à archet recueillent un vif succès. Pourtant leur répertoire n'est pas franchement moderne. Il est issu d'un répertoire ancien, médiéval. Mais les habitués du cabaret semblent conquis. Gilles leur demande s'ils ne connaitraient pas d'autres artistes qui seraient à la recherche d'un engagement. Ils pensent à Lilas, un travesti masculin qui possède un corps de femme, et interprète, en playback, des romances empruntées à Damia, Fréhel, Lucienne Boyer... Il, ou elle, propose également un spectacle de déshabillage, ce qui ne laisse pas indifférent en général les consommateurs. Seulement Lilas disparait et lorsque Robin demande un acompte, celui-ci leur est refusé. Les deux amis commencent à se poser des questions et à s'inquiéter.

 

La vue d'un objet dans la nature, à la vitrine d'un magasin, une réminiscence enfantine, et le processus de mise en route de l'imagination s'effectue, insidieusement ou comme une image qui explose dans la tête. L'histoire commence à cheminer tout doucement dans l'esprit du romancier, lequel inconsciemment est toujours à l'affut du déclic.

Ainsi dans L'appel des sirènes, c'est la vue d'un navire en bouteille,papoz2.jpg ce genre d'objet que l'on trouve fréquemment dans les villes portuaires et touristiques, qui a titillé l'imaginaire de Micky Papoz. Philippe, jeune vendeur chez un antiquaire, est fort surpris par la tempête qui secoue un navire logé dans une bouteille. Puis tout s'apaise alors qu'une jeune femme entre dans la boutique. Elle désire un sablier mais lorsqu'elle frôle de ses mains fines la bouteille couchée, un frisson se forme sur la mer de pâte. Subjugué le vendeur lui demande son nom. Lorelei annonce-t-elle et elle avoue qu'elle n'est plus coutumière d'animer des objets inertes. Depuis qu'elle a été séparée enfant de ses sœurs ajoute-t-elle. Ce qui n'empêche pas le jeune homme de lui proposer de faire quelques pas en sa compagnie. D'ailleurs c'est l'heure de la fermeture.

De même dans La Maison des collines, c'est une ruine dans la campagne et la carcasse d'un lit en fer ainsi qu'un vieux poêle qui ont déclenché les rouages des neurones de Micky Papoz.

Des Pension Beauséjour, toutes les stations touristiques en possèdent au moins une, et celle que fréquente Albert Grousset, un vieux monsieur qui passe son temps à regarder les autres pensionnaires, ressemble à toutes les pensions de famille. Les pensionnaires sont tous attablés par affinité, par familles, par connaissances, ce sont des habitués. Albert Grousset, lui, c'est la première fois qu'il vient sur la Croisette, à cause d'une publicité. Il lit, toujours les mêmes romans, s'intéresse aux autres résidents mais ceux-ci l'ignorent, trop occupés à jouer à des jeux de sociétés ou à déguster les plats du jour.

Plus intime A chacun son monstre, qui donne son titre éponyme à ce recueil. Thomas n'a que cinq ans, mais sa mère n'hésite pas à sortir le soir, le laissant seul dans son petit lit. Le soir il a l'impression de subir un phénomène de décorporation, de quitter son corps sous la poussée d'un être invisible qui l'habiterait puis flottant au plafond, il se voit petit être chétif reposant dans son lit. Surtout il a peur, car il sait qu'un monstre est tapi non loin, dans un placard. La porte grince quand elle s'entrouvre. Existe-t-il ce monstre ou n'est-ce qu'affabulation d'Ana la bonne ? Le fantastique rôde dans cette historiette comme lorsqu'enfant un adulte frappait sous la table afin vous terminiez sans rechigner la soupe. Vous n'avez jamais vécu cette expérience ?

Avec ma plus profonde admiration est elle aussi issue d'une histoire vraie vécue par Micky Papoz dans un salon du livre. Un petit homme lui tend une plaquette à la couverture mauve, une autoédition car le poète présumé n'a jamais obtenu de réponse positive de la part des éditeurs contactés. Combien d'auteurs s'autoéditent de nos jours, un travail facilité par les nombreuses possibilités offertes par l'ordinateur et internet. Mais tous heureusement, ne connaissent pas les mésaventures du "héros" de Micky Papoz.

 

Certaines de ces nouvelles, dont certaines ont bénéficié de la participation de Sébastien Cixous, sont inédites, d'autres ont parues dans des fanzines qui aujourd'hui ont disparu et étaient diffusées quasi confidentiellement. Certaines nouvelles étaient même promises à publication dans les fameux Territoires de l'inquiétude dirigées par Alain Dorémieux. Mais celui-ci est parti pour ces fameux territoires avant que les projets puissent se concrétiser.

Des nouvelles et un roman composés d'angoisse, de frisson, de souvenirs d'enfance et d'images, de la tendresse, qui abritent en même temps, comme dans une coquille inversée, de la peur, de la frayeur, de l'horreur et de l'émotion. Entre passé et présent, tout semble se diluer dans les brumes éternelles de l'enfance et de l'histoire. Celles que l'on connait, celles que l'on imaginent, celles qui existent peut-être et celles qui se forgent dans l'imaginaire des magiciens de la littérature.


De Micky Papoz, lire également  Au Seuil de l'Enfer.


Micky PAPOZ : A chacun son monstre. Damnés suivi de douze nouvelles. Collection Noire N°61; éditions Rivière Blanche. 300 pages. 20,00€.

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 09:35

Schizo freine, motard à l'horizon !

 

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L'univers de Jan Thirion est alambiqué : Sous la noirceur se cache le rose, sous l'aspect sérieux se masque l'ironie mordante, voire coupante. L'humour et le drame se côtoient et font même bon ménage.

Dans un bar Diane reçoit un appel téléphonique et se rend compte que son correspondant n'est autre qu'un client assis à quelques tables d'elle. Tout en manipulant avec détachement une paire de ciseaux, comme elle le ferait avec un briquet, elle observe du coin de l'œil ce qui se trouve autour d'elle, mais elle évite le miroir, elle n'aime pas se retrouver en face d'elle le matin. Le client, chauve mais aux mains fines, porte un blouson de cuir, et Diane se sent attirée par la griserie de la vitesse. Comme s'il avait deviné les pensées de Diane l'homme se lève avec deux casques à la main. Il y en a un pour elle. Le voyage s'effectue dans la douceur.

Le conducteur, le moyen de locomotion ont changé, mais la destination est toujours la même. Un hôtel où elle a rendez-vous, toujours le même, toujours la même chambre, toujours le même client.

Jean-Claude, son ami, n'en sait rien, cela ne le regarde pas. Et puis il est tellement occupé avec ses motos miniatures de collection.

Dans la chambre, l'homme l'attend. Elle se déshabille, emportant avec elle ses ciseaux, puis le rejoint. Déjà allongé sur le lit, vêtu d'une combinaison de latex, quatre membres entravés, le cinquième, celui du milieu, attendant le bon vouloir des mains expertes de Diane. Il a le visage masqué. Seuls ses yeux bordés de latex noir sont apparents.

Seulement aujourd'hui Diane a prévu une autre occupation.

 

Tout en finesse et en subtilité Jan Thirion use d'un artifice qui a établi ses preuves efficaces depuis que la littérature existe ou presque. Mais ceci n'est qu'une mise en bouche, car le principe dévoilé, c'est une autre histoire qui nous est dévoilée tout en étant dans le prolongement de la première. Et comme dans toute nouvelle bien construite, la chute est renversante.

Juste une petite remarque en passant, qui vous est adressée Mesdames. Si votre conjoint ou compagnon se passionne soudain pour des voitures ou des motos miniatures, demandez vous pourquoi !

N'hésitez pas à compulser le catalogue des éditions SKA.


Jan THIRION : Schizo. Nouvelle. Editions Ska. 0,99€.

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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 14:16

Comment établir une estimation ?

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Après avoir signé quelques petits ouvrages (par la taille) dans les domaines du fantastique ou de la science-fiction sous le nom de Gilles Bergal ou encore de Milan, Gilbert Gallerne s’attache depuis quelques années à rédiger des romans plus ambitieux dont le thème se rapproche plus du suspense et de l’angoisse à la vie quotidienne. Après Teddy est revenu, paru chez Lefrancq en 1997 ont suivi La mort au soleil chez Flammarion en 2000 et Le prix de l’angoisse chez Belfond en 2002.

 

Daniel Berger et Nicole sa femme se font agresser un soir dans une rue mal éclairée et ils ne doivent leur survie que grâce à l’intervention miraculeuse d’un vigile qui patrouillait dans le quartier. Martin Lançois est un ex-policier reconverti dans le gardiennage. Daniel l’embauche pour servir de chauffeur à sa femme, artiste peintre qui tient avec Mireille une galerie de tableaux, et accessoirement servir de garde du corps. Martin est persuadé avoir connu et fréquenté Nicole quelques années auparavant, mais la jeune femme ne semble pas, ou ne veut pas s’en souvenir. De plus Martin prend à cœur son nouveau travail. Il fait changer la grille d'entrée, fait installer des caméras de surveillance, voudrait tout régenter dans le domaine situé à la lisière de la forêt. Ce qui déplaît souverainement à Nicole qui ressent une angoisse indicible près de cet homme qui lui fait peur. Un regard qui l’indispose, des façons de s’imposer qui la choquent, des décisions qui l’horripilent. Bébé, le doberman n’apprécie guère lui non plus cette intrusion. Seuls Matthieu, le garçon d’une douzaine d’année, qui prend plaisir à cette présence le valorisant, et Daniel qui croit bien faire en acceptant les volontés de ce garde du corps exigeant, voient en Martin quelqu’un susceptible de protéger la maisonnée si un coup dur se présentait. La tension monte...

Martin Lançois se prend pour le maître, décelant les défauts de la cuirasse partout, s’arrogeant les décisions, fantasmant aussi sur les comportements des uns et des autres. Imbu de sa personne et de sa fonction, il se conduit en petit dictateur prônant la violence, la sécurité à tout crin, allant jusqu’à provoquer les incidents pour parvenir à ses fins.

 

prix angoisse2Gilbert Gallerne démontre dans ce roman une maîtrise digne des grands maîtres américains ou britanniques dans le domaine du suspense et de l’angoisse, s’affirmant de plus en plus comme un auteur majeur mais peu édité. Il a atteint la maturité de l’écrivain en pleine possession de son art et dans ses derniers ouvrages dont Je suis le gardien de mon frère.


Gilbert GALLERNE : Le prix de l’angoisse (Première édition : éditions Belfond mars 2002.). Réédition Objectif Noir en format papier : 380 pages, 18,61€ et en version Kindle : 4,99€ chez Amazon.

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 15:52

Embrouilles dans le Brouilly !

 

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Alors que les vignerons s'activent dans le Beaujolais à tailler les ceps afin de les préparer à une nouvelle poussée de sève qui favorisera la pousse des branches supportant les lourdes grappes de raisin, lesquelles grappes seront ensuite coupées pour leur transformation en divin nectar, Archibald Sirauton, le bien-nommé, ancien juge et maire de Saint-Vincent-des-vignes, se rend sur les terres du vieux Martinien qui a toujours sur sa langue quelques rumeurs à colporter. Le vieux vigneron pense qu'Archi vient lui parler de sa morte retrouvée douze jours auparavant près d'un calvaire dans son vignoble. La femme gisait nue, le crâne fracassé et défigurée. Pour les recherches, va falloir que les gendarmes y mettent du leur, d'autant qu'aucune disparition n'a été signalée même si la morte était probablement de la région.


St-Amour001.jpgNon, ce n'est pas pour ça qu'Archi s'est déplacé mais bien du salon de l'agriculture qui va se tenir à Paris sous peu. Et il propose une place à Martinien car l'un des vignerons vient de se désister à cause sa femme qui est atteinte d'une maladie que des médicaments ne peuvent résorber : elle est jalouse. Pour finaliser ce projet, direction le Café de la Mairie, lieu de rassemblement incontournable des assoiffés quoique leur cave soit bien garnie. Mais Archi est surpris d'y retrouver Goma, le père Hyppolite, qui bien qu'originaire d'Afrique Noire a su s'adapter et se faire adopter. La conversation roule sur divers points qui n'entrent pas le secret du confessionnal, comme par exemple le cas Bougonne. Bougonne est la gouvernante et plus de la famille Sirauton depuis trente-deux ans et son péché mignon est de tirer les cartes. Elle a un sens divinatoire qui porte ombrage à la religion.

Autre fait abordé, le cas Pillorget. Eric Pillorget, le Duc du Beaujolais, gros propriétaire mais aussi exploitant avisé et commerçant mondialiste avant l'heure, il exporte notamment au Japon, Eric Pillorget a disparu depuis trois mois. Un soir il était là, le lendemain matin, plus personne. Et comme s'il n'attendait que ça, le mobile d'Archi le rappelle à l'ordre. Bougonne l'avertit qu'un individu l'attend au manoir. Ce visiteur n'est autre que Jarry, le directeur financier et comptable de la société Pillorget. Et Jarry s'inquiète, tout comme dans un autre domaine Bougonne qui a perdu son portefeuille. Jarry est dans une drôle d'impasse. La famille du disparu se déchire, les enfants désirant vendre le domaine à des Chinois, sa femme au contraire souhaitant tout garder et continuer comme si Pillorget était toujours là. Un conflit d'intérêt qui ne peut être résolu qu'en comptant les parts d'actions, content ou pas de chaque part.

Et c'est bien là que ça se complique. 

Le commissaire Poussin de Lyon, un personnage prétechaisambitieux1ntieux et incapable, et son adjoint Bordas, véritable dictionnaire des procédures policières, ont bien été prévenus par Edmonde Pillorget et par Jarry, mais rien n'y fait, aucune trace d'Eric et pendant ce temps les Chais risquent de prendre l'eau. 

Au cœur de la Dombes, un anachorète qui vit près d'un lac recueille un chemineau et lui propose de s'installer sous une tente.

 

Une enquête de plus pour Archibald Sirauton, dont le lecteur a pu lire une précédente aventure dans Le Vignoble du Diable (Si ce n'est fait, n'hésitez pas à le commander chez votre libraire à défaut de pouvoir le trouver chez votre caviste), aventure qui ne manque pas de piquant. Ou plutôt de perlant comme ces fines bulles du Beaujolais nouveau qui titillent vos papilles. Archi est un personnage atypique, vêtu de bric et de broc, des vêtements que l'on trouve qu'au Pérou et autres contrées incas et des colifichets en provenance directe d'Asie. Ancien Juge, il est devenu maire à la demande générale, personne ne désirant briguer le fauteuil de l'édile ce qui permet à tout un chacun de récriminer sans cesse. Il est assisté de Bougonne, déjà présentée, de Filoche, un jeune homme qui aurait pu mal tourner si Archi ne s'était pas intéressé à lui lors d'un procès, et enfin de Tirebouchon, un aimable canin à qui il ne manque que la parole. Et pourtant parfois, il en aurait des choses à dire, mais en vieux sage il préfère se taire.

Archi va donc rencontrer la famille Pillorget en leur Chais, surnommé le Chais des Ambitieux, mais qui dit ambition ne signifie pas forcément union, et Archi sera à même de s'en rendre compte. Seuls Jarry, de par ses fonctions et son honnêteté affichée, et Maxime le filleul de Pillorget, lui semblent loyaux et peu intéressés. L'intrigue comporte plusieurs entrées, et Archi sera aidé efficacement dans certaines démarches par le capitaine de gendarmerie Fernandez, qui emploie volontiers des néologismes issus de la contraction de deux mots, tel que mervéfique, et surtout de Xa, sa compagne qui est obligée de se rendre souvent à Paris, son métier de comédienne intermittente du spectacle la réclamant souvent.

Les cadavres ne manquent pas à l'appel et à la pelle, et je vous rassure tout de suite Archi résoudra ce rébus compliqué. Mais les affaires de famille sont toujours embrouillées. L'humour, que n'aurait pas renié Charles Exbrayat, plane sur cette intrigue fort bien menée et apporte au lecteur une douce euphorie comme peut le faire une fillette, ou deux, de Beaujolais.


Philippe BOUIN : Les Chais des ambitieux. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution le 13 mars 2014. 324 pages. 20,50€.

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 14:29

Le retour aux fondamentaux !

 

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Agé de soixante-trois ans et jeune retraité de la police new-yorkaise, l'inspecteur Richard Queen a décidé de passer quelques semaines chez le couple Pearl, son ami et policier lui-même Abe et sa femme Beck. Queen est veuf depuis plus de trente ans, son fils Ellery est en voyage en Europe à la recherche d'idées pour ses prochains romans, alors il profite des beaux jours pour se reposer près d'un lac du Connecticut. Face à l'endroit où il réside se dresse Nair Island, surnommée Million-Nair Island, que six propriétaires se partagent.

Au cours de l'une de ses promenades à bord d'un canot à moteur Queen fait la connaissance de Jessie Sherwood. Il redoute de ne pas avoir assez d'essence pour effectuer le trajet retour et il demande à la jeune femme s'il peut se servir à la pompe de ses patrons. Miss Sherwood est la nurse de Michael Humffrey, un bambin âgé de quelques mois. Elle -même n'a que cinquante ans à peine et Richard Queen lui en donne quarante. Ce n'est pas flatterie de sa part car il est vrai que Jessie ne parait pas son âge. Peut-être parce qu'elle n'a jamais été mariée, son fiancée médecin étant décédé durant la guerre. Et elle a trouvé cet emploi car madame Humffrey ne souhaitait pas confier le bébé à n'importe qui. Jessie est infirmière diplômée mais surmenée à cause de son travail à l'hôpital. Ces présentations faites ils se quittent bons amis et se proposent de se revoir. Ce sera plus vite qu'ils le pensent.

Ronald Frost, le neveu d'Humffrey vient passer le week-end d'Independance Day, un 4 juillet, mais c'est un jeune homme qui tète volontiers la bouteille et se montre jaloux envers Michael. Il a un besoin urgent de liquidités mais son oncle refuse de le dépanner. Il part en colère et le soir même quelqu'un tente d'enlever le gamin en s'introduisant dans la chambre à l'étage à l'aide d'une échelle. Jessie entend du bruit et s'élance rapidement dans la pièce. Mais c'est juste pour apercevoir une vague silhouette qui s'enfuit. La police est alertée et Abe Pearl est chargé de l'affaire. Comme Queen n'a rien de spécial à faire et que le travail d'enquêteur lui manque, il décide d'aider son ami. Les soupçons se portent immédiatement sur Ronald, mais celui-ci a disparu.

Quelques jours plus tard, Michael est retrouvé mort dans son lit. Selon les premières constations il serait mort étouffé par un oreiller que sa mère aurait disposé contre le bois du lit afin qu'il ne se cogne pas la tête. Funeste mesure. Seulement Michael est un enfant adopté par les Humffrey. Et selon Jessie, quelque chose ne colle pas, entre ce qu'elle a aperçu dans la pénombre au moment de la découverte du petit corps, puis quelques heures après lorsque les constatations sont effectuées par le docteur. L'affaire est grave et l'inspecteur Queen se retrouve dans son élément.


queen2.jpgPour mener son enquête non officielle à bien, Queen de retour à New-York tout comme la famille Humffrey, est obligé de faire appel à d'anciens collègues à la retraite pour l'aider dans des recherches et les filatures qui s'ensuivent. Dans quelles conditions le petit Michael a-t-il été adopté ? Qui est sa mère utérine ? Qui a servi d'entremetteur entre la parturiente et les parents adoptifs ? Autant de questions plus quelques autres auxquelles il faut absolument fournir une réponse s'il veut découvrir le coupable.

Une intrigue simple et efficace, toutefois assez tarabiscotée pour dérouter le lecteur, car les prétendants au meurtre ne manquent pas. Le tout en à peine deux-cents pages, dans un rythme enlevé, qui ne manque pas d'émotion et de sentimentalisme bon enfant. Et il est bon de retrouver une enquête classique dans laquelle le côté fleur bleu apporte une note sensible. Entre Jessie Sherwood et Richard Queen s'établit une forme d'amitié qui devient bientôt un sentiment amoureux. Pourtant tous deux possèdent, malgré leur âge, beaucoup de pudeur, et ils n'osent se déclarer. Peut-être justement à cause de leur âge et de leurs antécédents conjugaux perturbés par la disparition d'un être aimé alors qu'ils étaient encore jeunes. Et il est de bon goût de ne pas assister à une coucherie dès le premier jour de la rencontre, ce que n'hésitent à provoquer les romanciers de nos jours qui mettent la charrue avant les bœufs, les taureaux devrais-je plutôt écrire dans ce cas de figure.


Ellery QUEEN : Le cas de l'inspecteur Queen (Inspector Queen's Own Case - 1956. Traduction révisée de S. LECHEVREL; Première parution Collection Un Mystère N°336 - 1957). Collection Polar Bibliomnibus, éditions Omnibus. Parution le 10 avril 2014. 198 pages. 9,00€.

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 15:52

bastards


Le vertige de la page blanche est un phénomène bien connu des écrivains, et lorsqu'ils y sont confrontés, ils tombent dans le gouffre du manque d'inspiration. Le succès est peut-être arrivé trop vite, à moins qu'il soit atteint du syndrome du Prix Pulitzer, qu'il a obtenu avec mention très bien mais Alexander Byrd n'arrive plus à aligner plus de deux ou trois chapitres.

Natif du comté de Missoula dans le Montana, véritable vivier d'artistes en tout genre et de prosateurs mondialement connus, Alexander Byrd, Xander, a préféré poursuivre ses études, sans s'essouffler, à l'université de Columbia située dans la Grosse Pomme. Il aurait pu, par exemple devenir journaliste, il a même suivi un stage dans un journal. Non, il préfère recueillir des impressions et les consigner sous forme d'articles qui lui serviront pour ses romans. Et depuis qu'il est lauréat du fameux Prix Pulitzer, il continue d'emmagasiner sur son ordinateur des débuts de chapitre, mais cela ne veut pas se mettre en forme.

bastards1.jpgIl a rendez-vous dans Central Park avec Colum McCann, car il a décidé de s'inscrire au cours d'écriture créative. Mais le romancier qui connait les possibilités de Xander le dissuade d'y participer. Au contraire, il lui conseille plutôt de rechercher sur le terrain l'inspiration, l'idée majeure. Il lui suggère de s'intéresser à un fait-divers auquel des gamins ont assisté comme spectateurs impuissants et qui suscite de nombreuses réactions. Une vieille dame attaquée dans un quartier délabré de New-York, s'est débarrassée de ses agresseurs à l'aide de ses bras, ses jambes, d'un outil de jardin et d'un chat qu'elle promène dans un cabas.

Maria, qui travaille dans le service relations publiques de la police de New-York, et Xander sont amis depuis près de vingt ans. Ils se sont connus à l'université de Columbia, mais ont eu un parcours différent tout en étant similaire. Ils sont veufs tous les deux, ayant perdus leurs conjoints peu après leur mariage. Depuis leurs relations sont en pointillés, mais leur amitié n'est pas entamée. Xander lui demande donc de lui fournir tout renseignement susceptible de le mettre sur la piste de celle qui a été surnommée Cat-Oldie. Maria ne tarde pas à le mettre en contact avec Kyle Kentrick, fils du célèbre juge du même nom, assistant du procureur fédéral, lequel lui présente Laurence McNair, agent spécial masculin du FBI, qui vit chez lui. Les deux hommes possèdent de maigres informations sur Cat-Oldie, même si personne n'a jamais essayé de relier certaines affaires auxquelles elle a été mêlée. Ils savent qu'elle pratique les sports de combat, qu'elle entre soixante et quatre-vingt-dix ans et qu'elle se promène avec un maine coon.

Muni de ces quelques renseignements, et avec l'aval des deuxHarryHoudini1899.jpg hommes, Xander arpente les rues de New-York, avec sur les épaules ou dans la capuche de son blouson un stray cat pur race cent pour cent gouttière. C'est ainsi que dans le cimetière où est inhumé le magicien prestidigitateur et spécialiste de l'évasion Harry Houdini, décédé en 1926, il remarque une vieille femme qui porte un cabas avec un chat à l'intérieur et décide de la suivre. Elle emprunte un bus et il effectue le parcours à l'aide de rollers qu'il garde toujours à portée de mains dans un sac à dos. Jusqu'au moment où dans une ruelle mal famée il est agressé lui-même par quelques voyous. Téméraires, les jeunes gens, qui ignorent que Folksy, c'est le nom du matou, n'aime pas être dérangé et surtout qu'un individu quelconque puisse molester son maître. Un coup de griffe au passage, aidé par Xander qui lui non plus n'a pas les mains dans ses poches, et la venue impromptue de la vieille dame mettent rapidement fin au combat. Cat-Oldie l'emmène chez elle, à travers un dédale de rues, puis elle lui avoue qu'elle s'était rendue compte qu'il était sur ses traces. Elle lui raconte une partie de sa vie, du moins ce qu'elle veut bien en dire, peut-être en affabulant puisqu'elle prétend avoir connu Houdini, et enfin elle se présente : Bond, Janet Bond.

ian_fleming_page_pic_resize.jpgCeci ne vous rappelle rien ? Eh oui, elle a aussi connu Ian Fleming, et d'ailleurs c'est sa façon de se présenter qui aurait inspiré le romancier qui avait aussi calqué son personnage sur celui d'un ami. Mais ce n'est pas tout, elle parle aussi de son ami Steinbeck et de quelques autres artistes qu'elle aurait bien connu. Alors mensonge ? Probablement, car dans ce cas il faudrait évaluer son âge à cent ans, voire plus. Racontars, affabulations ? Probablement aussi, il faut se méfier des vieilles dames, même si elles ne sont pas indignes. Xander en parle à ses nouveaux amis, mais un événement va perturber cette recherche. Maria est victime d'un accident de voiture. Accident, vraiment ? Et madame Janet Bond qui communique avec lui par messages électroniques. Vraiment bizarre...

Personnages d'écrivains vivants et morts se côtoient par bastard4le biais des connaissances et celui des souvenirs. Alexander va rencontrer outre Calum McCann, des romanciers comme Norman Spinrad ou Jérôme Charyn tandis que Janet Bond en réfère à Steinbeck et Ian Fleming. Et au détour des pages Ayerdhal ne manque pas d'évoquer Roland C. Wagner qui venait de disparaître tragiquement.

Les passages mettant en scène les chats, Szif de madame Janet et Folksy d'Alexander sont particulièrement savoureux, mais l'on sait que les chats et les écrivains ont toujours fait bon ménage, sauf peut-être depuis l'apparition des claviers d'ordinateurs.

 

L'attention d'Alexander est train de s'effriter. Toute proportion gardée, s'il adore déduire le cheminement qui mène à un raisonnement, il supporte mal qu'on lui détaille l'histoire de l'univers depuis le big-bang pour lui raconter une anecdote datant de la veille.

Au risque de décevoir l'auteur et l'éditeur, je réagis de la même façon. Et cette histoire, par trop délayée, entrelardée de graisse, même si c'est de la bonne graisse, du bon cholestérol comme affirmeraient les médecins qui désirent protéger votre santé, m'a parfois occasionné quelques moments de somnolence. C'est dommage ! Je préfère nettement les bons vieux romans des années cinquante à quatre-vingt durant lesquelles l'éditeur et l'auteur, à de rares exceptions près, privilégiaient les ouvrages ne dépassant pas deux-cent-cinquante pages. Le style était rapide, l'action présente à tout moment et les textes n'étaient pas englués dans des descriptions ou des digressions trop littéraires. Et le lecteur pouvait à loisir s'empiffrer de bouquins ce qui évidemment avait une grande répercussion sur les ventes.


AYERDHAL : Bastards. Editions Au Diable Vauvert. Parution le 20 février 2014. 528 pages. 20,00€.

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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 08:19

Comme si vous y étiez !

 

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Dans quelques semaines se dérouleront les commémorations du 70ème anniversaire du Débarquement des troupes alliées sur les plages de la Manche et du Calvados. Cet épisode de la Seconde guerre mondiale, qui signifiait pour le régime nazi le début de la défaite, a été abondamment décrit dans des documentaires, des essais et des romans de fiction, certaines scènes étant plus marquantes que d'autres. Dont notamment lors du parachutage sur Sainte Mère l'Eglise, la fin de nuit passée par John Steele accroché par son parachute au debarquement-1.jpgclocher de l'église alors que les cloches sonnaient à toute volée. Cet épisode fait l'objet d'une scène mémorable dans le film Le Jour le plus long tiré d'un livre de Cornélius Ryan. Or, l'histoire du parachutiste, en réalité ils furent deux, ne tient qu'en quelques lignes dans l'ouvrage de Cornélius Ryan. Jean Quellien, professeur d'histoire à Caen et spécialiste de la Bataille de Normandie, précise même que dans son témoignage, le maire de l'époque ne fait pas mention des paras accrochés au clocher, qui d'ailleurs sont tombés de l'autre côté de la place, dans une petite rue.

Le cinéma s'empara rapidement de ces faits de guerre décrivant des péripéties remarquables mais en prenant souvent quelques libertés avec la vérité et ce ne sont pas forcément ceux qui entrent dans la catégorie Humour et Comédie, tels La 7ème compagnie ou encore La Grande Vadrouille, prétextes à gags comiques, qui firent les plus grandes entorses à l'histoire. Sous l'humour, parfois potache, se dissimule le désarroi, la désespérance, la consternation, la démoralisation, la naïveté et l'héroïsme inconscient des troupes françaises, les incohérences des états-majors et l'arrogance teintée vulgarité de l'envahisseur le tout porté à son maximum.

Mais ces films ont été précédés par des reconstitutions historiques, presque des docu-fictions qui ont plus ou moins marqué les esprits des spectateurs, qu'ils soient cinéphiles ou non. En août 1944 le cinéaste bayeusain Jean Grémillon revient sur ses terres d'origine et il réalise Le 6 juin à l'aube qui ne sera achevé qu'en 1946. Les décors sont naturels et il n'aura besoin d'aucun artifice pour montrer la désolation des ruines et du ravage des bombardements. La sortie commerciale en 1949 sera amputée de quinze minutes, la version originale de soixante-quinze minutes ayant été jugée trop longue par les distributeurs. Il n'existe plus que de rares copies préservées aux Archives françaises du film à Bois d'Arcy dans les Yvelines.

A la même époque ou presque René Clément réalise le premier vrai film, c'est à dire une fiction dont l'histoire emprunte à la réalité pour mieux la détourner. La Bataille du rail est censée se dérouler dans la région de Chalon sur Saône mais la plupart des scènes seront tournées en Bretagne dans les Côtes du Nord, aujourd'hui les Côtes d'Armor. Et ce tournage fut une véritable curiosité car, alors que la Bretagne était privée de train depuis juin 1944, des trains roulaient pour les besoins de la réalisation. Et la SNCF accepta de sacrifier une locomotive et ses wagons pour la scène du déraillement (et non du déraillage comme il est écrit dans le texte, ce mot servant à définir l'opération consistant à remettre les fils de trame d'un tissu à leur place).

D'autres films à grand spectacle et à grand budget vont marquer les esprits : Il faut sauver le soldat Ryan, Band of Brothers ou encore Les douze salopards. Plus intimistes, Un singe en hiver d'Henri Verneuil ou encore Mariage de Claude Lelouch mettent en scène des personnages pris dans la tourmente du 6 juin, puis les années passant, leurs déboires, leurs mésaventures amoureuses ou non, leurs péripéties alcooliques.

Vingt-sept films sont ainsi analysés de fond en comble, avec des témoignages, des précisions sur les tournages, des entretiens, des rectificatifs historiques. Trente trois autres sont déclinés rapidement avec un court résumé et le générique. Et ceux qui connaissent déjà ces films ainsi que les véritables cinéphiles découvriront l'envers du décor. Car pour réaliser un grand film qui marque les esprits, il faut prendre des libertés avec l'Histoire, libertés qui entretiennent parfois des confusions dans la mémoire. Et Jean Quellien, qui affirme non sans raison que Ce film [Le jour le plus long] a fabriqué une mémoire de pacotille, narre cette anecdote : un père de famille explique l'histoire du parachutiste à ses enfants. Il sait tout. En fait il raconte le film. Ses enfants raconteront la même chose demain à leurs enfants. Et c'est ainsi que se perpétuent les entorses à la vérité. Mais la fiction n'en est-elle pas plus belle, plus poignante !

Si j'ai cité le livre de Cornélius Ryan, on revient toujours à lui et au film du Jour le plus long, d'autres romans ont servi de support aux scénarii comme un Singe en Hiver, ou encore dans un domaine qui nous intéresse plus particulièrement, le roman noir, La Lune d'Omaha tiré du roman éponyme de Jean Amila, adapté en téléfilm en 1985 par Jean Marboeuf, lequel répond à quelques questions posées par Jean-Noël Levavasseur sur les conditions de tournage.

Un bel ouvrage à mettre entre toutes les mains, afin de découvrir quelques images fortes du cinéma ou de peaufiner ses connaissances cinématographiques. Le tout est richement illustré de photos extraites des films, des lieux de tournage, de portraits d'acteurs et de réalisateurs, sous une couverture cartonnée. Nul doute que cet ouvrage trouvera sa place dans votre bibliothèque afin d'être compulsé à la demande.


Collectif : Le débarquement au cinéma. Editions Ouest-France. Parution mars 2014. 96 pages. 6,90€.

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 09:40

Bon anniversaire à Bill Pronzini né le 13 avril 1943.

 

john-faith.jpg


Les personnages de ce roman évoluent dans le petit comté de Pomo, en Californie. Et les habitants de ce comté n’apprécient guère les Indiens qui y vivent pourtant depuis des décennies, et donc à fortiori ils se méfient des étrangers.

John Faith, lorsqu’il demande un bungalow pour la nuit, est vite catalogué par le propriétaire du motel. D’autant que son physique ne plaide guère en sa faveur. Il n’est pas à vraiment parler un bel homme et possède physiquement tout de la brute.

Ce qui ne laisse pas indifférent quelques femmes, qu'elles soient seules, délaissées, battues par un conjoint jaloux ou veuves nymphomanes. Et l'attirance qu'il suscite auprès de ces gentes dames ne joue pas en sa faveur. De suite il devient l'homme sur qui se focalisent toutes les détestations des mâles. Et lorsque le chef de la police l’aperçoit sortant précipitamment de chez Storm Carey, l’insatiable, qui gît le crane défoncé, John Faith devient le coupable idéal.


john-faith1.jpgAutour du chef de la police gravitent des personnages dont le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils ne sont guère reluisants : Douglas Kent l’éditorialiste alcoolique du journal local, Zenna Wilson qui interprète à sa façon les péripéties qu’elle lorgne avec voyeurisme, Harry Richmond l’hôtelier, Tracy la jeunette enceinte d’un petit voyou, Audrey Sixkiller, l’institutrice indienne souvent en butte au rejet de la population, George Petrie, le banquier, Lori, la barmaid, et quelques autres.

Bill Pronzini met l’accent sur les travers de tout ce petit monde, ou sur leurs qualités, sur le sectarisme et l’intolérance qui règnent insidieusement ou ouvertement. L’histoire est narrée tour à tour par les différents protagonistes qui se dévoilent ainsi au lecteur sans pudeur. Un admirable tour de force de ce maître du roman noir américain.

 

A lire également de Bill Pronzini : Mercredi des Cendres.

 

Bill PRONZINI : Le crime de John Faith. (Première édition : Editions du Rocher. Mars 2001) Réédition Folio Policier n° 277. décembre 2002. 432 pages. 8,90€.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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