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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 07:42

Tu t'en vas...

 

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A l'instar d'Alain Barrière, c'est ce que pourrait chanter Edouard en cette veille de Noël. Seulement le narrateur n'a pas le cœur à chanter. Son amie Caroline vient de le quitter, subitement, sur un coup de tête, après un ultime coup de rein, et l'avoir gratifié de sa gâterie quotidienne et matinale.

Et notre ami, si on peut le considérer ainsi car quelqu'un de paumé est à ranger dans la catégorie des amis à moins d'être indifférent à la misère humaine, et notre ami donc tourne désemparé dans l'appartement en se demandant pourquoi.

D'autant que s'il est sans travail il aide aux tâches, et aux taches éventuellement, ménagères. L'appartement est au nom de Caroline, c'est elle qui paie le loyer, qui grâce à son salaire lui permet de manger, et de boire, à sa faim ou à sa soif. Or elle l'a quitté, comme ça, sans préavis, en abandonnant tout même ses meubles. L'abandonnant lui aussi comme un animal qui n'intéresse plus, qui est devenu trop encombrant.

Normalement elle aurait dû le virer. Si ça n'allait plus entre eux, si un problème de coexistence s'était élevé entre eux, elle aurait dû prendre ses bagages et les mettre sur le paillasson. Mais non, elle a joué les filles de l'air. Et tout ça la veille de Noël !

Alors qu'il s'apprête à se servir un apéritif, quelqu'un frappe à la porte. Une jeune femme un peu perdue se tient devant lui, chargée de paquets. Elle avait soi-disant rendez-vous avec les voisins de palier d'Edouard.

 

Croyez-vous encore au Père Noël ? Pourquoi pas, il faut toujours garder son âme d'enfant, même si les ennuis vous tombent sur la tête. Comme le protagoniste de l'histoire sensée être drôle que se remémore Edouard, alors qu'il regarde par la fenêtre les chalands procéder aux dernières emplettes pour le réveillon. Cette pochade, je ne vous la raconte pas, elle est incluse dans cette nouvelle, mais Edouard se sent un peu dans la peau du type qui veut se suicider parce que sa femme l'a quitté.

Tout en finesse mais avec moult détails, Gilles Vidal nous invite à partager une journée dans la vie d'un homme, mais également à participer à ses ébats érotiques, des souvenirs pour le moins réjouissants et qui sont explicités avec réalisme, ce qui pour l'éditeur est un bienfait car il n'a pas besoin d'insérer des images pour appuyer le texte.

 

Le lecteur curieux pourra également consulter mes chroniques dédiées à :  Mémoire morte;  Histoires vraies à Paris;  Revival;  Chaude alerte et  

Le sang des morts.

Ainsi qu'un entretien avec l'auteur.

 

 

Ouvrage à commander à la  librairie Ska.

 

Gilles VIDAL : Tu m’envahis quand tu t’en vas. Nouvelle. Collection Culissime. Editions SKA. 0,99€.

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 07:51

Hommage à Pierre-Alain Mesplède qui nous a quittés le 26 mai 2011.

 

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Quoi que puissent en penser ses détracteurs, mais en existent-ils vraiment, le tango n'est pas une danse morte. Les aficionados se donnent rendez-vous dans des salles où ils peuvent sacrifier à satiété à leur loisir favori et écouter de vieilles rengaines dont Carlos Gardel fut le chantre. Le tango qui est pour les Argentins ce que le blues est pour les Noirs des Etats-Unis.

Maurice le narrateur aime à se retremper de temps à autre dans cette ambiance même si ses "dons chorégraphiques en la matière demeurent à l'état larvaire". Son quartier général, c'est "Les trottoirs de Belgrano", cabaret où se produisent chanteurs, musiciens et danseurs.

Et lorsque Hermina est retrouvée morte sur le trottoir ce n'est pas à cause d'un accident provoqué par une figure mal négociée, mais bien par une balle fichée dans son sein gauche. Une publicité gratuite mais tapageuse dont se serait bien passé Hector, le patron de la boîte de nuit et ami de Maurice. Faut croire que les coups durs, ces deux là les collectionnent. Ils découvrent Virulano, le partenaire d'Hermina, la gorge tranchée dans son appartement. Comme il travaille au ministère de l'Intérieur, et plus spécialement au service des cartes de séjour, Maurice peut accompagner le commissaire Lancret dans son enquête, ce dont il ne se prive pas. Il devance même parfois le policier dans la rencontre de témoins supposés avoir quelque chose à dire. Les cadavres s'accumulent, et une sombre histoire de drogue se profile à l'horizon.

Encore une histoire de came, penserez-vous. Non. En fait, l'héroïne n'est pas celle qu'on pense. La drogue ne sert que de prétexte à l'auteur pour nous faire découvrir et partager une ambiance, une passion. Nous entrons dans un univers particulier. Pas d'exotisme mais une atmosphère.

belgrano.gifPour qui connaît Pierre-Alain Mesplède, l'homme prolixe a laissé place à un auteur aux phrases courtes, incisives. Comme si deux entités, l'orateur et l'écrivain habitaient la même enveloppe. Et comme dirait l'Argentin, je reprendrais bien un petit Volver. Le lecteur comprendra, à moins que sous l'emprise du whisky il ne tangue haut.

Ce roman a été adapté au Cinéma par Jean-Pierre Mocky en 2005, scénario de Mocky et André Ruellan (Kurt Steiner au Fleuve Noir), musique de Vladimir Cosma, avec dans les rôles principaux : Michel Serrault, Charles Berling, Micheline Presle, Dominique Zardi, sous le titre inspiré (et peu inspiré) des années 50 : Grabuge.

 

 

A lire également de Pierre-Alain Mesplède :  Les Caïmans du Marais.

Voir également mon hommage.

 

Pierre-Alain MESPLEDE : Les trottoirs de Belgrano. Série Noire N°2393. Parution septembre 1995. 224 pages.

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 12:36

Que d'os, que d'os...

 

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Dur de trouver un sujet de thèse, surtout lorsque le tuteur rechigne à vous faciliter le travail. Corrie Swanson, est étudiante à l'Institut John Jay de justice criminelle. Après avoir essuyé deux refus, pour des raisons fallacieuses de la part de son tuteur, elle trouve enfin un sujet grâce à l'archiviste de l'établissement.

John_Jay_College_of_Criminal_Justice.jpgCelui-ci extirpe d'une pile poussiéreuse une photocopie du journal de Conan Doyle dans lequel le médecin romancier narre une rencontre avec Oscar Wilde. Au cours du repas, l'auteur du Portrait de Dorian Gray lui fait part d'une histoire incroyable dont il a eu connaissance lors de sa tournée de conférences américaine et plus particulièrement à Roaring Fork dans le Colorado. Onze prospecteurs auraient été tués et dévorés dans un campement par un grizzli. Or le matin même l'archiviste a lu un article dans le Times qui annonce le déplacement des cercueils du cimetière historique de la station de ski dans un hangar, en attendant de trouver un autre lieu plus éloigné, la nécropole ayant été déclarée comme terrain constructible.

L'étude des lésions animales comparativement à celles provoquées par un être humain sur des cadavres pourrait faire avancer de façon significative la recherche en matière de police scientifique. Un sujet en or qui est aussitôt accepté par le tuteur qui ne peut refuser une telle démarche, et Corrie en informe son protecteur Aloysius Pendergast, inspecteur du FBI, actuellement en congé sabbatique sur la Côte d'Azur.

Dans quelques semaines ce sera Noël et Corrie se rend immédiatement à Roaring Fork qui s'épanouit sous la neige. Les riches touristes sont arrivés en nombre afin de profiter des joies du ski ou tout simplement de leurs somptueuses résidences secondaires, voire tertiaires. Elle obtient un entretien avec Stanley Morris, le chef de la police. Il écoute avec intérêt sa demande, l'emmène au hangar où sont rangés les quelques cent-trente cadavres placés dans des boites plastiques et lui en indique une contenant le cadavre de l'un des prospecteurs d'argent. Corrie est emballée, commence à examiner les os et remarque quelques traces suspectes. Elle doit entamer ses travaux proprement dits dès le lendemain, mais déception, Stanley Morris lui refuse l'accès. Madame Kermode, la responsable de l'agence qui doit aménager le terrain en futures constructions, agrandissant le territoire des Heights, une immense propriété privée, a signifié son refus. Un coup dur pour Corrie qui décide de s'infiltrer clandestinement et de nuit dans le hangar. En attendant elle se rend à la bibliothèque municipale, un endroit de rêve qui n'est guère fréquenté, tenu par un jeune homme, Ted Roman, qui lui fait quelques avances.

Corrie s'infiltre donc dans le hangar et procède à ses relevés. roaring-fork.JPGElle remarque des éraflures probablement provoquées par un couteau et sur la chair qui reste, des morsures. Mais ce n'est pas la denture d'un grizzli qui en serait responsable, plutôt des mâchoires humaines. Elle est surprise par des policiers et enfermée dans une geôle, confortable certes, en attendant son procès qui ne laisse aucun doute sur son issue. Pour profanation de cadavres, un comble alors que ce n'est pas elle qui les a exhumés dans le but d'agrandir le domaine, elle encourt dix ans de prison. Le pauvre Stanley Morris n'y peut rien, c'est madame Kermode qui dirige la cité.

Lors du procès, un homme mystérieux, pour l'assemblée mais le lecteur reconnaitra aisément Pendergast qui est revenu de son séjour français, démoli tous les arguments avancés par le procureur qui ne fait qu'abonder dans le sens de madame Kermode. Et pour faire bon poids bonne mesure, il fait venir à la barre un témoin de dernière minute, la capitaine Stacy Bowdree de l'US Air Force, une lointaine descendante de l'un des cadavres. Madame Kermode est prise à son propre piège car si elle affirme avoir recherché, en vain, des descendants des prospecteurs, elle n'avait pas vraiment fouillé les actes généalogiques. Non seulement Corrie est libérée mais elle peut continuer ses relevés auprès du cadavre d'Emett Bowdree sans être importunée.

D'autre événements perturbent la richissime petite station de Roaring Fork. Un chalet est incendié, et quatre cadavres sont trouvés à l'intérieur. Dont celui de Jenny, la jeune stagiaire de Stanley Morris. Un expert en incendie est dépêché sur place, mais ses conclusions ne satisfont pas Pendergast qui procède à ses propres investigations, muni du précieux sésame du badge d'enquêteur du FBI. Et ses conclusions le mènent à affirmer qu'il s'agit bien d'un incendie criminel. D'autres incendies se déclarent un peu plus tard, mais les habitations sont toujours éloignées et à l'opposé des Heights.

Tandis que Pendergast se rend à Londres pour vérifier auprès d'un ami holmésien une hypothèse, Corrie se sent suivie, et un individu tire même sur sa voiture, étoilant le pare-brise. Ce n'est que le début de ses tracas qui vont aller en augmentant.

 

roaring-fork-golf-club.jpgSi toute l'histoire actuelle tourne autour de Corrie, Pendergast tient néanmoins un rôle prépondérant dans cette énigme qui prend son origine dans le passé, avec l'assassinat des prospecteurs cent-cinquante ans environ auparavant. Les recherches effectuées par Pendergast l'amènent à retrouver un manuscrit inédit de Conan Doyle qui délivre une partie de la solution et lui fait entrevoir la vérité. Mais ce sont bien plusieurs affaires qui s'imbriquent dans ce roman qui oscille entre avant-hier et aujourd'hui. Preston & Child nous proposent même une nouvelle apocryphe mettant en scène Sherlock Holmes.

D'ailleurs il existe de nombreuses similitudes entre Pendergast et le célèbre détective. Grand, d'une pâleur extrême, les cheveux d'un blond presque blanc, des yeux couleur de glace, vêtu d'un costume noir d'excellente coupe, Pendergast mène ses investigations tout comme Sherlock Holmes. Il possède dans les nombreuses poches de son long manteau toutes sortes d'objets, dont une pince à épiler, qui lui permettent de prélever de menus débris, de les analyser, de les examiner avec une loupe.

Les références littéraires sont nombreuses, tournant toujours autour de la période de la seconde partie du XIXème siècle. Et les auteurs fournissent même une explication logique, à défaut d'être véritable, au comportement du Chapelier fou, personnage d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

Un roman foisonnant qui oscille entre classicisme et modernité dans lequel angoisse et frissons sont garantis. Ce qui m'incite à lire les précédentes oeuvres de ce duo, que j'ai négligé, peut-être par préjugé.


 

PRESTON & CHILD : Tempête blanche (White fire - 2013. Traduction de Sebastian Danchin). Edition L'Archipel. Parution le 14 mai 2014. 432 pages. 23,95€.

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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 09:17

Portes ouvertes pour soirée privée.

 

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Dormez en paix braves gens, Fessebouc s’occupe de tout ! Vous lancez une invitation à quatre ou cinq amis afin de participer à une petite fête, plus de cent individus se pressent au portillon. Et comme il fallait s’en douter - les jeunes sont indisciplinés ma brave dame, pensez donc, y’en avait même qui n’avaient pas quatorze ans, et puis l’alcool et la drogue qui circulaient ! – cette petite sauterie dégénère en poudrière.

Profitant d’un voyage de ses parents à bord d’un voilier dans les mers du Sud, Rachel, la fille du juge Ault, a donc convié quelques amis, plus les amis des amis, plus ceux qui ont cru qu’ils étaient invités. En guise de remerciements ceux-ci ont tout saccagé et les voisins ont dû se résoudre à demander à la police de rétablir l’ordre. D’habitude Craneswater, le quartier huppé de Portsmouth, est si tranquille !

Lorsque l’inspecteur Faraday arrive sur place vers 2h30 le dimanche matin, tout semble être rentré dans l’ordre. La plupart des participants sont arrêtés puis convoyés dans différentes geôles de la région, Portsmouth ne pouvant recueillir malgré la bonne volonté des autorités locales tout ce petit monde, et leurs téléphones portables confisqués. Seulement le couac réside en la découverte du corps de Rachel allongé près de la piscine du voisin. A ses côtés gît aussi Gareth Hughes, le petit ami de la jeune fille. Et il ne s’agit pas d’un accident ou d’un suicide. Gareth a le crâne éclaté comme un melon trop mûr et Rachel a été labourée à coups de couteau, l’arme blanche n’étant pas retrouvée sur place.

Le voisin des Ault n’est pas un inconnu des services de police, au contraire. Il s’agit de Bazza Mackenzie, qui après avoir été un baron de la drogue s’est reconverti comme un grand brasseur d’affaires ayant pignon sur rue. Revenant d’une soirée en compagnie de sa femme, il a voulu mettre fin, seul, à la pagaille, car il avait promis au juge de surveiller sa fille. Bazza récolte un coup de bouteille sur la tête, distribue avec générosité quelques horions et est poussé vers la sortie par Matt Berriman, l’ancien petit ami de Rachel, qui le protège. Bazza, vu ses antécédents et son crâne ensanglanté, est mené au commissariat de police. Mais il démontre, preuves à l’appui, à Faraday et ses hommes, qu’il n’est en rien en cause dans le meurtre de Rachel et de Gareth.

Matt Berriman et Rachel se connaissaient depuis de longues années, depuis l’école. Ils étaient tous deux nageurs émérites, ayant le même entraîneur, frappant à la porte de la sélection nationale de natation du bout des palmes, et ils s’aimaient. Seulement cette belle histoire a coulé du jour au lendemain et depuis Rachel s’affichait avec Gareth.

Les portables confisqués aux adolescents en goguette, du moins ceux qui ont pu être alpagués, révèlent des photos et des vidéos intéressantes sur le déroulement de cette soirée. La cave du juge a été pillée, un gamin fourguait de la drogue à moitié prix, une ado gothique au crâne rasé taguait les murs à l’aide d’une bombe de peinture noire et lacérait les tableaux de maître à l’aide d’un couteau, et autres joyeusetés propices à entretenir l’ambiance. Et encore, Faraday n’a pas tout vu. Les policiers visionnent les jours suivants des scènes torrides avec pour actrice principale Rachel dans des positions qui ne sont que mises en bouche préparatoires à d’autres relations. Et si cela ne suffisait pas, ceux qui ont réussi à s’échapper comme la gamine anonyme, mettent en ligne sur Internet des images édifiantes de cette soirée.

Bazza ne reste pas les deux pieds dans le même sabot. Après tout c’est chez lui que les deux corps ont été retrouvés et cela nuit fortement à son image de marque et à sa virginité toute neuve de truand reconverti. Aussi il demande à Paul Winter, ancien policier collègue de Faraday mis sur la touche et devenu homme de main de l’ancien malfrat, d’enquêter de son côté.

Entre Faraday, qui ne reste pas en cage, et Winter commence une sorte de course à qui trouvera le premier le coupable de ce double meurtre. Les moyens engagés ne sont pas les mêmes, leurs approches non plus. Ils tirent chacun un fil de l’écheveau sans connaître les résultats obtenus par l’autre partie, la main droite ignorant les avancées de la main gauche et inversement non proportionnel.


hurley2.jpgCette enquête dure une semaine et nous propose rebondissements sur rebondissements. Le lecteur suit les tâtonnements et les avancées des deux protagonistes principaux délégués à la résolution de l’affaire, les points positifs se recoupant parfois, et les échanges de renseignements entre les deux hommes via des témoins ou de simples policiers collègues ou anciens collègues de l’un et de l’autre. S’instaure également un jeu du chat et de la souris entre deux conceptions, deux façons de procéder légales ou non, et surtout les ressentiments avoués ou non des uns envers les autres.

Le genre dit de procédure policière, dont les chantres furent Hillary Waugh et Ed McBain, est un genre aujourd’hui quelque peu désuet de la littérature policière et Graham Hurley le remet habilement et avec maestria au goût du jour. Mais en même temps il met en avant le rôle joué par les techniques modernes et les nouvelles façons de communiquer que ce soit les téléphones portables et leurs applications ou Internet, ainsi que les réseaux asociaux. L’auteur dénonce également le laxisme parental et la liberté trop grande accordée aux enfants, l’un découlant de l’autre.


Graham HURLEY : Une si jolie mort (No lovelier death – 2009. Traduit de l’anglais par Valérie Bourgeois). Première édition Le Masque 2012. Réédition Collection Folio Policiers N°731. Parution le 20 mai 2014. 624 pages. 8,90€.

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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 13:04

Bon sang ne saurait mentir ?

 

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Retrouver sa famille vingt ans après l'avoir quittée, pour Eric c'est comme un espoir de repartir d'un bon pied à défaut d'une bonne main.

Vingt-cinq ans, une prothèse à la place d'une main perdue dans un accident, informaticien au chômage, marié avec Elise, une orpheline de la DDASS, et bientôt père, Eric revient à la scierie familiale où il est né.

Ce coin des Vosges, près de Saint-Dié, est perdu dans la nature et la scierie ne tourne qu'au ralenti.

Il retrouve la tribu avec appréhension. Et il faut avouer qu'il arrive un peu comme un chien dans un jeu de quilles. Eléonore, sa mère lui affirme qu'il a fait un mauvais choix en revenant, mais de toute façon s'il ne l'a pas vue depuis l'âge de ses cinq ans et son accident à la scierie, c'est un peu sa faute. Elle l'a confiée à une tante qui habite Annecy et c'est comme ça qu'il a connu Elise qui était en famille d'accueil.

Il retrouve Léo, son frère aîné, dix ans de plus que lui, marié avec Rose-Marie et quatre enfants dont Bernard, qui est un peu le chef de bande des gamins. Michel, son autre frère, qui fait ce que Léo commande. C'est un être frustre marié avec Annabelle, et ils ont trois gamins dont Ludovic et Solange. Enfin Marcel, son oncle qui ne sait pas parler. Il couine, il glapit, il végète et est considéré comme le simplet de la famille. Pourtant il en aurait des choses à dire, Marcel, qui s'accroche à la grille d'entrée, pour voir au-delà, mais rien ni personne ne passe.

Léo s'érige en maître incontesté de la scierie. Il décide pour tout le monde, impose sa loi et éventuellement exerce le droit de cuissage. Comme les tyranneaux du temps jadis. A croire que le temps s'est arrêté à la scierie. D'ailleurs la scie ne tourne plus guère, juste pour faire du bruit. Pourtant la famille ne manque de rien, et Léo possède même une Peugeot 607 qu'il remise dans l'un des bâtiments. Parfois ils sortent ensemble le soir, Michel et lui, pour aller Dieu, ou le Diable sait où. Eric se rend à Saint-Dié, effectue une petite visite à madame Paule Emploi, il rédige des CV, des lettres, mais rien n'y fait, il ne reçoit aucune proposition d'emploi.

L'ambiance dans la scierie est lourde, délétère, et Elise souhaite repartir, mais sans argent comment survivre. Et puis l'enfant frappe à la porte et c'est Eléonore qui procède à l'accouchement, comme pour les autres femmes de la famille. Heureusement Elise trouve en Annabelle une complice ainsi qu'avec Ludovic. Mais Annabelle possède elle aussi un fil à la patte. Quant à Ludovic, contrairement à son cousin Bernard, c'est un enfant calme, qui aime lire, souhaite pourvoir prolonger ses études. Léo l'oblige à manquer parfois l'école, pour aider à la scierie, mais il se demande bien pourquoi, car il n'y a que peu de travail. C'est le dédain et la jalousie qui guident Léo.

Chaque famille possède son habitation, en bois, et les dépendances se dressent tout autour d'une cour centrale, donnant l'impression d'un village de western. Afin de justifier son appartenance à la famille Eric est sollicité, avec autorité, par Léo à participer à une des virées nocturnes. Le côté obscur des rentrées financières.

 

Le lecteur entre de plain pied dans une ambiance qui ne sera pas sans lui rappeler quelques romans de Pierre Pelot. Le décor, les forêts vosgiennes, un lieu quasi abandonné en pleine nature; les personnages, des hommes âpres, durs, avec un chef de famille qui s'érige en dictateur sans scrupule, imposant sa loi par tous les moyens, une véritable brute qui aime broyer ceux qui sont sous sa coupe. Mais peu à peu, l'histoire bifurque, et le lecteur se lance sur la route, à pleine vitesse, s'arrête à une aire de parking et assiste à des actes illégaux. Puis c'est le début d'une lente décomposition familiale qui explose dans un cataclysme que l'on pouvait pressentir tout en le redoutant. Pourtant un jour à Saint-Dié, une sorcière l'avait lu dans les lignes de la main d'Elise, mais peut-on croire une vieille femme un peu folle.

Véritable roman noir, violent parfois, qui malgré la nature environnante ne joue pas dans le thème bucolique (ce serait plutôt Bu, alcoolique) Liés par le sang conte l'histoire d'un homme qui abandonné recherche avec espoir une famille à laquelle se raccrocher. Petit à petit on apprend dans quelles conditions il a perdu une main remplacée par une prothèse plastique, même si au cours du prologue certains éléments sont dévoilés. Liés par le sang se décompose comme un jeu de construction, il faut assembler les membres, puis en changer l'ordonnancement pour enfin arriver à un résultat qui s'éparpille sous la colère. Car des pièces sont en trop, elles s'intègrent difficilement dans l'édifice, et pourtant elles possèdent leur utilité.

Un roman qui s'articule autour de la famille, l'explore, la dissèque, l'analyse, les parts d'ombres étant mises au jour avec subtilité et sans concession. Pourtant il existe quelques scènes où l'humour se fraie une petite place, mais un humour pathétique comme la scène au cours de laquelle Marcel, qui ne se lave jamais, est nettoyé à l'aide d'un jet d'eau dans la cour devant la tribu réunie.


A lire de Gilbert Gallerne : Je suis le gardien de mon frère, Le prix de l'angoisse, L'ombre de Claudia et Le patient 127. Voir également son essai : Je suis un écrivain.


Gilbert GALLERNE : Liés par le sang. Editions Objectif Noir. En vente sur Amazon. Parution 24 janvier 2014. Version papier : actuellement indisponible. Egalement en version Kindle pour 4,99€.

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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 08:07

Après les lettres anonymes accompagnées de photographies, viennent les appels téléphoniques.

 

corbeau.jpg


Vous avez un nouveau message...

L'entame est banale mais ce qui suit l'est moins. Une femme l'apostrophe et lui tient un discours ésotérique auquel il ne comprend pas grand chose mais ce n'est pas grave. Elle lui donne même rendez-vous au pied de son immeuble afin d'assister à une soirée.

Mais pour Pierre Besombes, tout ceci est relégué au second plan. Il est thanatopracteur, sa femme Edwige l'a quitté depuis peu, pas de son plein gré car elle est morte, et puis c'est un joueur et un bibliophile. D'ailleurs il prend son, ses plutôt, whisky quotidien qu'il s'octroie généreusement et il réfléchit. Avant c'était un homme méticuleux, profession oblige, mais depuis quelque temps il se relâche. L'anxiété sans aucun doute.

La première des lettres portait cette simple phrase : voulez-vous jouer avec moi ?

La photo qui était jointe représente une oie tirant par le col une chemise bleue accrochée à un fil.

Ensuite les plis se sont succédés, les photos aussi, avec un personnage récurrent, un homme habillé de la chemise bleue, dans des postures différentes. D'abord sur un vieux pont enjambant un torrent, puis flottant dans une rivière.

En comparant les dates de réception des enveloppes il se rend compte qu'elles correspondent aux cases du jeu de l'oie et que les photos se réfèrent justement aux images figurant sur ces cases. Le quatrième envoi est nettement plus conséquent : il contient la photocopie d'une brochure datant de 1675 et intitulée Le Très Noble et Ancien Jeu de l'Oye de son Origine et de l'Ordre... Un titre à rallonge pour un ouvrage que Besombes connait bien puisqu'il en possède un exemplaire original.

Puis Pierre Besombes monte se coucher, laissant à l'abandon vaisselle sale et araignées en goguette. Un médicament vite fait afin de lui caler l'estomac et demain il fera jour.

 

Un jeu innocent que ce jeu de l'Oie qui occupait nos après-midi d'étés pluvieux ou d'hivers rigoureux. Nous n'allions pas chercher plus loin, trop occupés à lancer les dés, à compter les points, à avancer cahin-caha, pressés d'arriver à la case arrivée et en essayant d'échapper aux pièges disposés de-ci de-là afin d'être le premier au but. De temps en temps des chamailleries nous opposaient en cours de partie, des invectives étaient lancées, à tort ou à travers, des bouderies s'installaient, mais cela n'allait jamais bien loin. Romain Slocombe nous invite à une relecture des règles de ce jeu qui devient macabre.

Romain Slocombe et Jean-Claude Denis avaient déjà collaboré l'an dernier à un autre Petit Polar de Monde intitulé Hématomes.

Le livret est accompagné d'une présentation de l'auteur et du dessinateur. Juste une petite rectification à apporter. Si Jean-Claude Denis est bien à l'origine de groupe Dennis' Twist, avec notamment Margerin et Vuillemin et dont on a encore tous dans les oreilles cette rengaine Tu dis que tu l'M, ce n'était pas en 2006 mais en 1986.

 

De Romain Slocombe vous pouvez également lire : Première station avant l'abattoir ainsi que La Japonaise de St John's Wood.

 

Romain SLOCOMBE & Jean-Claude DENIS : Le Corbeau. Petits Polars du Monde. Saison 3, N° 4. Parution 15 mai 2014. 64 pages. 2,50€.

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 15:26

L'idée fixe de Milou !

 

cerdan


Milou n'est pas cabot, même si certains de ses voisins et amis du Fayet le trouvent quelque peu dérangé. D'ailleurs ils l'ont surnommé le fada, dénomination néanmoins affective. Ancien gendarme en retraite, Milou, à quatre-vingt cinq ans, possède une condition physique bien entretenue. Mais ce seraient les neurones qui ne tourneraient plus dans le sens des aiguilles d'une montre. Tous les matins il prend le car qui le conduit de Saint-Gervais au pied du glacier des Bossons à Chamonix. Un rite immuable. Cela fait plus de dix ans qu'il effectue cette sorte de pèlerinage.

Car Milou entretient une idée, la cultive depuis des années, celle de retrouver l'appareil qui se serait craché le 27 octobre 1949 sur le Mont-Blanc puis englouti dans le glacier. Ce n'était pas n'importe quel avion, sinon Milou ne serait pas aussi obsédé par ses recherches. Marcel Cerdan était à bord et devait rejoindre l'Italie pour récupérer son titre de champion du Monde face à Jack La Motta.

Car contrairement à ce que tout le monde pense et croit, Marcel Cerdan, son idole, n'était pas dans le vol qui se serait écrasé sur les Açores. D'ailleurs Milou avait fait partie des secours qui s'étaient élancés à l'assaut de la montagne dans la nuit du 27 au 28 octobre. Nul ne peut mettre en doute son histoire car effectivement cette nuit là un accident s'était produit. Et pour Milou c'est un coup de la Mafia.

Et s'il est persuadé d'avoir raison, c'est qu'il a vu lors des recherches entreprises les gants de Cerdan : deux belles grosses boules rouges, deux fruits écarlates, comme une paire, bégayait-il d'émotion, de griottes toutes fringantes.

Mais alors qu'il allait s'en saisir les deux boules rouges avaient glissé dans un précipice. Et en bon alpiniste qui sait que la montagne rend toujours ce qu'elle a avalé, il a attendu que le glacier s'achemine lentement vers la vallée et il a calculé le temps que cela prendrait et maintenant il est persuadé être proche du but.

Faut-il remettre en cause la version officielle ou suivre Milou dans ses errements ? L'auteur nous donne une explication satisfaisante à défaut d'être véridique, mais qui sait, Milou est peut-être dans le vrai. Et puis Cerdan est encore un mythe dans l'esprit des anciens, même pour ceux qui ne l'ont connu que plus tard, par des documentaires sportifs ou musicaux. Une nouvelle délicieuse qui ne laisse pas de glace et à lire sans prendre de gants...

Retrouvez le catalogue des éditions SKA sur le site SKA librairie et éventuellement commandez. Conseil adressé évidemment à tous ceux qui possèdent une tablette, une liseuse, un machin électronique, et si vous n'en avez pas, suggérez à vos proches que c'est bientôt la Fête des Mères et des Pères.

 

A lire également de Gérard Streiff :  Rouge/Blanc;  Le trésor de Staline;  Ben Bella, la libération de l'Algérie;  L'espion qui a vaincu Hitler, RIchard Sorge.


 Gérard STREIFF : Les gants de Cerdan. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 0,99€.

 

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 08:09

La réédition de ce roman coïncide avec la parution du nouveau livre inédit de Michel Bussi aux Presses de la Cité : N'oublier jamais (non, il n'y a pas de faute d'orthographe !) et dont la chronique sera disponible dans quelques jours. En attendant, savourez Ne lâche pas ma main !

 

 

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Et ne me lâche pas des yeux !


L’île de la Réunion, l’ancienne appellation de l’île Bourbon, qui a servi de décor au roman Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre. Et qui aujourd’hui justifie plus ou moins son nouveau nom, attribué quand même depuis 1793, ses habitants, les Zoreilles, les Zarabes, les Câfres et les Malbar, cohabitant en plus ou moins bonne intelligence.

Dans ce décor de rêve, vanté par les guides touristiques, la petite famille Bellion passe quelques jours de vacances. Liane, la jeune mère, Martial le père et Sopha, pour Josapha, la gamine âgée de six ans. Liane est belle et attire insensiblement les regards, surtout de leur voisin Jacques. La question n’est pas là mais dans ce qui va suivre.

 

Vendredi 26 mars 2013.

15h01.

Liane sort de la piscine de l’hôtel et annonce qu’elle s’absente une seconde dans sa chambre.

16h02.

Liane n’est pas revenue et Martial s’inquiète. Il demande à Naivo, l’un des employés de l’hôtel, de lui ouvrir la porte car c’est sa femme qui a la clé. Il n’y a personne dans la chambre, ni dans la salle de bain. Mais tout a été bouleversé, les vêtements de Liane ont disparu, et des traces rouges suspectes sont disséminées un peu partout. Martial entonne une litanie. Je ne comprends pas, ma femme devrait être là… Alors il demande à Naivo d’appeler la police.

La capitaine Aja Purvi de la gendarmerie de Saint-Paul, seulement à quelques kilomètres de Saint-Gilles où s’est déroulée la mystérieuse disparition, est en charge de cette enquête. Et c’est bien parce que c’est un touriste qui est concerné, car s’il s’était agi d’un natif, nul doute que les langues auraient déblatéré ironiquement sur l’infortune du mari. Comme pour toute enquête qui se mène avec rigueur, Aja interroge le personnel hôtelier. Naivo, surnommé le Lémurien, confirme qu’il n’existe plus trace vestimentaire de Liane et que les taches suspectes ressemblent à de petites éclaboussures de sang. Eve-Marie, qui lavait le couloir menant aux chambres de l’étage apporte des précisions supplémentaires. Alors qu’elle tempêtait auprès des résidents qui risquaient de salir le plancher encore mouillé, elle confirme qu’elle n’a pas vu Liane ressortir. Par contre elle a croisé Martial environ un quart d’heure après que Liane se soit engouffrée dans la pièce. Celui-ci lui a emprunté un chariot servant à mettre le linge sale, il est entré dans la chambre puis en est ressorti quelques minutes après en poussant le dit chariot, et est parti par l’ascenseur jusqu’au sous-sol du parking.

Pour l’instant il ne s’agit que d’une disparition, et il faut attendre le relevé des analyses ADN du sang recueilli dans la chambre du drame, si drame il y a. Martial et Sopha passent la nuit dans une autre chambre, mais le jeune homme est emprunt au doute. Il pense, pense beaucoup. Rien ne se déroule comme prévu. Il n’aurait jamais dû remettre les pieds sur cette île. Et parfois il se souvient d’un gamin, Alex.

 

Samedi 30 mars 2013.

Aja est aidée par Christos, son adjoint qui est resté sous-lieutenant, un grade qui lui convient bien. Christos ne recherche pas la promotion, seulement les bras d’Imelda, une plantureuse femme affublée de quatre gamins, tous issus de pères différents. Christos habitait La Courneuve, il avait vingt-cinq ans, et lorsqu’on lui a offert une mutation il a signé aussitôt, sans réfléchir. Saint-Denis. Une aubaine. Sauf que ce n’était pas le Saint-Denis auquel il pensait. Ce n’était plus à quinze kilomètres de chez lui, mais aux antipodes. Et depuis trente ans il vit sur l’île. En perquisitionnant la chambre fatale, il trouve un kit de barbecue, avec tous les éléments indispensables pour préparer à manger. Sauf qu’il manque un ustensile, le couteau.

15h13.

Martial revient sur ses déclarations de la veille. Il reconnait avoir emprunté le chariot, mais juste pour se débarrasser des vêtements de Liane. Un des policiers doit lui faire une prise de sang afin de comparer avec les résultats de l’analyse ADN des traces de sang retrouvées dans la chambre. Martial porte une estafilade sous les aisselles.

Dimanche 31 mars 2013.

12h05.

Un cadavre est découvert sur la plage de Saint-Gilles. Déjà à moitié mangé par les crabes qui pullulent sur le sable et entre les rochers. Toutefois Christos n’a aucun mal à reconnaitre Rodin, dit le Philosophe, qui passait son temps à observer les vagues. Planté dans le cœur un couteau. Celui provenant de la mallette appartenant à Martial.

16h03.

Les empreintes sur le couteau ont permis d’identifier son propriétaire. Martial. Alors que la fourgonnette de la gendarmerie arrive sur le parking de l’hôtel, Martial s’enfuit avec sa gamine.

Débute alors une chasse à l’homme. Sopha réclame sa maman, Martial essaie de la convaincre qu’ils vont la rejoindre. Sopha rechigne mais suit quand même son père qui sait où il va. Du moins il le croit. Il tente de divertir Sopha, de la rassurer.


bussi2.jpgDans cette course poursuite effrénée, le lecteur navigue entre les recherches d’Aja et de Christos, et suit en même temps le parcours de Martial qui console comme il peut Sopha. Et presque jusqu’au bout de l’intrigue le lecteur est partagé entre deux sentiments contraires. Martial est-il coupable ou non ? Car Michel Bussi ne délivre qu’au compte-gouttes les éléments indispensables pour se faire une opinion, et même lorsqu’il le fait, c’est insidieusement, pour mieux embrouiller son lecteur.

C’est comme un écran de fumée au travers duquel on assiste à cette course poursuite, d’abord des silhouettes, puis peu à peu les fumerolles s’évanouissent pour laisser entrevoir une solution, mais Michel Bussi possède d’autres éléments qu’il délivre peu à peu pour que tout enfin prenne consistance.

S’il fallait comparer Michel Bussi à un ouvrier du bois, normal puisque le papier est fabriqué à partir de cette matière, il ne faudrait pas lorgner du côté d’une marque de meubles suédois, tout en préfabriqué, uniforme, sans âme, ni même d’un artisan menuisier qui scie, rabote, assemble à façon, mais auprès d’un ébéniste qui édifie avec amour et patience un meuble unique en son genre, comportant de multiples tiroirs à secrets, qu’il entrouvre d’une pichenette. Michel Bussi cisèle, peaufine, et une fois entièrement terminé ce meuble s’expose comme une œuvre d’art.


De Michel Bussi à lire également : Nymphéas Noirs (mon préféré), Un avion sans elle ainsi que Omaha crimes (dont la réédition aux Presses de la Cité est prévue en automne 2014) ainsi que Sang famille (qui lui aussi mériterait un coup de projecteur). Voir également mon entretien avec Michel Bussi.


Michel BUSSI : Ne lâche pas ma main. (Première édition Presses de la Cité mars 2013). Réédition Pocket. Collection Romans français. Parution 7 Mai 2014. 448 pages. 7,30€.

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 06:32

Il y a ceux qui ont une double casquette et ceux qui retournent leur veste...

 

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Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Elena Piancentini, voici une possibilité de découvrir cette romancière via le truchement d'une nouvelle poignante.

Revenir au village natal quinze ans après l'avoir quitté, ce pourrait être une fête, le plaisir de retrouver la famille et les amis. Pour la narratrice, il en va autrement. Elle assiste à l'enterrement de sa mère, et se console dans les bras de sa grand-mère Mina. Mais le temps presse, car elle n'a que trois jours à consacrer à ce retour à l'enfance, à se replonger dans les senteurs et les visions d'un passé déjà loin, d'une nature sauvage. Puis c'est la remontée vers la capitale. Au revoir le petit bourg corse d'Obisu

La narratrice est directrice commerciale et marketing (ce qui est presque pareil à la différence près que le marketing équivaut quasiment à de la vente forcée mais comme c'est dit en anglais, cela choque moins) dans un laboratoire pharmaceutique. Son esprit est ailleurs, encore plongé dans ses souvenirs d'enfance, et elle écoute plus ou moins distraitement en compagnie de ses collègues le Directeur Général énoncer chiffres, historiques, produits nouveaux, le blabla habituel énoncé lors des réunions de travail.

Elle est assise à côté de Paul, son supérieur hiérarchique et celui l'entend proférer une remarque désobligeante. Le D.G. n'avait pas à affirmer non plus que l’innovation est dans notre ADN. Elle n'a pu s'empêcher de penser jamais rien entendu d’aussi con. Seulement elle l'a pensé un peu trop fort. Et pendant que le D.G. continue à débiter ces lieux communs et autres âneries du genre : Nous offrons du bonheur... Les enfants et les adolescents AUSSI ont droit à du mieux-être... Notre société ne doit plus tolérer que quiconque soit malheureux ce qui bien entendu relève de la pure démagogie. Elle prend un cachet, puis deux ou trois afin d'évacuer son stress. Et bien entendu Paul la convoque dans son bureau à la fin de la réunion. Un entretien qui oscille entre remontage de bretelles et ton paternaliste faussement apitoyé.

 

C'est tout en douceur qu'Elena Piacentini débute son récit qui conjugue nostalgie et chagrin. Mais bien vite on entre dans un autre domaine qui s'érige comme une cage aux fauves. La narratrice n'a pas eu le temps de se remettre de ses émotions que déjà elle doit affronter la dure réalité des réunions de travail tenues par un patron pontifiant. Elle n'est plus dans le système du Tout le monde il est beau, il est gentil, elle s'est déconnecté de ce séminaire lénifiant et elle prend conscience de l'aberration de son travail et surtout des conditions d'exploitation des produits qu'elle est chargée de promotionner. Le rythme va crescendo, et le lecteur arrivé à l'épilogue ne peut que se poser moult questions sur l'efficacité et la légitimité de certains médicaments. De toute façon l'actualité est là pour nous le rappeler.


A lire également :  Carrières noires.


Et n'oubliez pas de visiter le catalogue des éditions SKA.


Elena PIACENTINI : Double casquette. Editions SKA, collection Noire Sœur. 0,99€.

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 09:09

Les vers à soie ne sont pas automatiquement à soi.

 

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Dans la magnanerie, les chenilles s'en donnent à cœur et ventre joie. elles crissent en mangeant goulûment, elles déchiquètent, elle bâfrent et n'en ont jamais assez. Pour cela il faut aller au ravitaillement de feuilles de mûriers et des gamines sont chargées de récolter la provende dans des sacs et rapporter en courant leur butin.

biberfeld3.pngDans le petit village d'Asple, la magnanerie et la filature font la fierté de leur propriétaire et maire du village. Mais Lazare Volquès ne pourra plus profiter de son troupeau de cocons et de sa fortune. Il est redécouvert égorgé au bord du Coudoulous, la rivière qui longe la commune. Le vol n'était pas le mobile du meurtre car rien ne lui a été subtilisé. Alors les gendarmes du Vigan n'ont pas grand chose à se mettre sous les dents. Peut-être sa femme, Amélie, mais elle était absente à cause du décès de sa mère et était notoirement bafouée car Lazare possédait une maîtresse à Montpellier. Lazare était renommé pour fricoter également auprès des gamines qui travaillaient pour lui, des Cévenoles, mais également des Italiennes, des orphelines recrutées par Pierre Chicon, le contremaître. La piste de petits bagnards, les colons du Luc, qui se sont évadés d'une colonie pénitentiaire est également envisagée, mais ils se trouvaient trop loin du lieu du drame pour les appréhender.

Pierre Chicon est une brute qui aime martyriser et dérober leurs faveurs à ses jeunes ouvrières. Et parmi celles-ci, la Moustêlo, la Belette, ainsi surnommée à cause de ses cheveux roux, est la tête de turc des autres gamines. Il ne faisait pas bon être rousse à cette époque. De plus d'origine italienne, elle est de confession catholique, ce qui est une tare en pays huguenot. C'est le frère de Lazare qui reprend la magnanerie et la filature mais Pierre Chicon est maître à bord. Ceci se passait en 1906.

Un peu plus de cent ans plus tard, Gérard Volquès, le mairebiberfeld1.JPG d'Asple, un lointain descendant de Lazare est retrouvé lui aussi égorgé dans les mêmes conditions que son ancêtre. Cette fois les soupçons se tournent vers une tribu de squatteurs, garçons et filles, qui se sont installés dans les anciens bâtiments. Ils avaient été recrutés par une association et devaient restaurer la magnanerie et la filature, afin d'attirer les touristes. Mais alors qu'il leur restait quelques mois de travail, ils n'ont plus été payés. L'association a été dissoute et les subventions n'ont plus été versées. La mairie devait participer financièrement également mais le maire refuse de leur donner quoi que ce soit devant le refus d'Idelette et ses ami(e)s de continuer à s'échiner pour rien. Puis la petite tribu, renforcée par des artistes, des intermittents du spectacle qui comme les troupes de comédiens du temps passé, sillonnent la France, s'installe qui dans des tentes qui dans des roulettes. Au grand dam du maire et de son ami André Bresson, lequel le suit fidèlement dans ses avis et se montre pour le moins hargneux.

 

biberfeld2.jpgRoman social, on pense aussitôt à Emile Zola ainsi qu'à Dickens mais dans un registre beaucoup plus poétique, La meute des honnêtes gens suit en parallèle deux histoires qui semblent identiques, le crime de deux membres d'une même famille à un peu plus d'un siècle d'écart, et perpétré d'une façon équivalente. Mais les enquêtes ne sont que la frange de l'étoffe tissée par Laurence Biberfeld. Elle s'attache surtout à montrer, décrire la vie des gamines, souvent des orphelines, qui travaillaient dans les magnaneries et les filatures, des enfants qui n'étaient pas encore pubères mais que les patrons et les contremaîtres forçaient comme des soudards. Ces pauvres ouvrières se jalousaient et la plus malheureuse était bien cette Italienne mutique qui était obligée de se plier aux quatre volontés de Lazare Volquès et de Pierre Chicon, qui était torturée moralement et physiquement, même par la suite par Amélie la veuve.

Nous suivons également le parcours de Lobat, le louveteau, ce préadolescent qui trime comme bagnard dans une colonie pénitentiaire et est en butte aux exactions d'un gardien saoul dès la fin de la matinée. Ces forçats qui montent des murets, en transportant des pierres dans des sacs portés sur le dos et qui pour récompense reçoivent des coups de badine. Lobat s'est déjà enfui à plusieurs reprises, et si l'on suit son parcours, c'est parce qu'il y aura conjonction de parcours entre ce gamin vieux avant l'âge et la Moustêlo.

Des bannis de la vie, qui sauf de la part de certaines personnes compatissantes, sont rejetés de partout et sont la vindicte des honnêtes gens. Comme le chantait Georges Brassens, Les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux...

C'est l'occasion également pour Laurence Biberfeld de montrer biberfeld4.jpgl'hypocrisie qui règne au sein de certaines associations dites caritatives ou de réinsertion, et les détournements d'argent effectués par des notables. Cette histoire n'est qu'un exemple, mais elle pourrait être appliquée à d'autres associations. Idelette et ses compagnons, filles et garçons, sont mal perçus par la plupart des villageois, même si ceux-ci ont beaucoup à dire sur le maire. Ils détonnent dans le paysage. Pourtant leurs revendications sont simples et légitimes, percevoir ce qui leur est dû, et obtenir le papier rose qui leur permettrait de pouvoir toucher le chômage. Ils aimeraient que le travail qu'ils ont réalisé pendant des mois soit reconnu auprès des autorités compétentes. Ils sont placés au ban de la société alors que celle-ci devrait leur être reconnaissante. Mais l'ingratitude est une pratique courante.

Ce roman composé de deux histoires qui s'imbriquent avec harmonie est un peu à l'image des dessins de l'auteure. Car Laurence Biberfeld dessine, fort joliment, et au lieu que de vous décrire son style pictural, je vous invite à visiter son site et découvrir l'autre versant de son talent.

Elle esquisse sur un voile de soie, naturellement, deux cadavres, puis ensuite elle brode, charge, surcharge, accentue les faits et gestes de certains personnages, développe certaines actions, leur donnant du relief, s'éloignant peu à peu des images primaires, et le tout nous offre un tableau en trois dimensions.


Laurence BIBERFELD : La meute des honnêtes gens. Editions Au-delà du raisonnable. Parution le 17 mars 2014. 294 pages. 17,00€.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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