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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 09:33

Le livre du jour !

 

omaha.jpg


S'inspirant de faits historiques réels et de personnages ayant véritablement existés, Patrick Amand revisite à sa façon des épisodes du Débarquement, leur donnant une profondeur et une âme qui n'existent pas toujours dans les documentaires consacrés à cette période.

La plupart d'entre nous ont en tête le film Le jour le plus long, dans lequel la fiction dépasse parfois la réalité, forgeant certaines légendes qui perdurent. Mais Patrick Amand nous entraîne au cœur du conflit pour certains épisodes ou narre des événements qui se greffent dessus quelques décennies plus tard.


C47Merville.jpgAinsi dans La malédiction du Dakota, il raconte comment un vieux Douglas C47, ayant participé à la Seconde Guerre Mondiale, larguant dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 deux sticks de parachutistes, soit 36 hommes, afin de guider à distance les tirs de la marine au dessus de Merville, a été retrouvé en Tchécoslovaquie et rapatrié en France en 2007 par une équipe de bénévoles. Aujourd'hui l'appareil fait la fierté du musée de la batterie de Merville. Mais Patrick Amand forge autour de ce rapatriement une histoire dans laquelle certains des membres de l'expédition vont trouver une mort violente et apparemment accidentelle. Comme si la malédiction du Douglas C47, qui a été de nombreuses fois touché au cours des raids qu'il a effectué, ne se serait pas éteinte. Evidemment Patrick Amand a pris soin de changer les noms de la commune et des personnages figurant dans son récit.

Dans Nos deux vies pour une liberté, un vétéran britannique est adulé par tout un village pour avoir participé au Débarquement comme parachutiste de la 6ème Airborne et pour s'être installé définitivement dans la petite commune de Canteville en 1986 après le décès de sa femme. Karl Montag qui a épousé une Française s'est installé lui aussi dans ce petit village et les deux hommes sont devenus inséparables. Seulement l'un des deux est un imposteur.

Ces deux anecdotes ont connu un retentissement médiatique il y a quelques années en Basse-Normandie et plus particulièrement dans les départements de la Manche et du Calvados. Les journaux locaux et régionaux se sont emparés de ces deux histoires, leur consacrant de nombreuses manchettes et pages. Mais bien évidement Patrick Amand s'il s'en est inspiré les a personnalisées en inventant des épilogues crédibles mais fictifs.

Dans la nouvelle éponyme de ce recueil (en réalité il y a en deux, herisson.jpgl'une qui débute la série, l'autre qui la clôt) Jim O'Gara en est à son troisième débarquement. La première fois c'était en Afrique du Nord, en 1942, puis en Sicile en 1943, mais là, sur cette plage d'Omaha, il en a marre de voir ses compagnons tomber autour de lui comme des quilles. Il décide alors de déserter et se cache derrière un tas de rochers ou derrière un "hérisson tchèque", un obstacle anti-char planté dans le sable. Le sergent Johnson arpente les lieux prodiguant ses encouragements, mais il tape sur les nerfs d'O'Gara. Cette désertion il veut la réussir par tous les moyens.


colleville.jpgDans le seconde nouvelle intitulée elle aussi Omaba Blues, il s'agit de rendre hommage à un vétéran du Débarquement à l'occasion du 70ème anniversaire. Le président Obama va visiter le cimetière de Colleville, se recueillir devant la croix d'un célèbre inconnu, et pour cela, le conseiller spécial du président doit dénicher le nom d'un disparu en suivant des règles strictes. Seulement, l'identité du vétéran va poser quelques problèmes. Là encore ce récit prend sa genèse dans une réalité qui hante encore les Noirs américains, car ceux-ci n'étaient affectés qu'à des tâches subalternes. Le racisme, toujours le racisme. Et l'hommage à Jean Amila et la référence à son roman La Lune d'Omaha sont explicitement revendiqués par Patrick Amand

Je passe rapidement sur d'autres faits évoqués dans ce volume, tatihou.jpgme contentant de mettre l'accent sur Retour à Tatihou, île qui se dresse en face de Saint-Vaast la Hougue et qui recueillit plusieurs centaines de réfugiés espagnols fuyant le franquisme en 1939 et d'un Allemand, né en 1918. Contrairement à son père qui adhéra aux idées nazies d'Hitler, Hans Gärtner s'est engagé dès 1936 dans les Brigades Internationales. Son séjour à Tatihou lui procurera ses premiers émois, seulement la guerre et quelques vrais collaborateurs, faux résistants xénophobes convaincus l'empêcheront de jouir de ce qui aurait pu être une belle histoire d'amour. Le grand-père de l'auteur, René Amand, résistant à Poitiers, y est évoqué ainsi que sa femme Denise, pour des faits avérés.

Quatre historiettes intitulées toutes C'est le pied s'insèrent comme de courts-métrages, ayant toutes pour point commun un même personnage, Léon Karadoc, et bien évidemment un membre inférieur.

Enfin Patrick Amand ne pouvait pas s'empêcher d'extrapoler et d'offrir une uchronie satirique dont le titre est : Hans Falckenbarch (1919-2010) en partant de la thèse suivante : Et si le Débarquement avait échoué !.

 

jean_quellien.jpgLa préface de ce recueil est signée Jean Quellien, professeur émérite d'histoire contemporaine à Caen, peut-être le plus fin connaisseur de l'histoire et des histoires du Débarquement.

Ce livre est indubitablement l'un des plus beaux hommages qui puissent être rendus à cette époque et aux alliés, Américains, Britanniques, Canadiens et Français ayant combattus sur le sol normand. L'envers du décor, souvent mis sous le boisseau, ne manque pas d'humanisme, et si l'auteur laisse libre court à son imagination, il puise dans des faits réels, souvent occultés, car peu reluisants.


Sur cette époque on pourra s'intéresser également à La lune d'Omaha de Jean Amila, Omaha crimes de Michel Bussi (livre qui devrait être réédité aux Presses de la Cité) ainsi qu'au Débarquement au cinéma, ouvrage collectif publié par les éditions Ouest-France.


Patrick AMAND : Omaha blues. Editions du Caïman. Collection Nouvelles Noires. Parution le 23 mai 2014. 200 pages. 12,00€.

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 09:00

Une histoire en béton...

 

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Le blockhaus de Bihen, ou plutôt les trois blockhaus de Bihen, vestiges de la Seconde Guerre Mondiale, sont situés près du Crotoy, en baie de Somme. Et c’est là qu’est convié à se rendre Roland Mesclin, sans autre explication.

Roland Mesclin, surnommé à tort le Meurtrier des labours, a décidé de rester dans ce petit village de Bihen où il a connu une mésaventure qui lui colle à la peau. Pourquoi est-il resté là à se reposer loin de son entreprise de transports en cars ? Peut-être parce qu’il couche avec Chantal Lelièvre, la gendarme de la brigade, enceinte de cinq mois, et non de ses œuvres.

Bref il délaisse femme et enfants, ainsi que sa petite entreprise, sachant que sa secrétaire assurera le travail sans lui, et il se prélasse. Pour les habitants il est toujours le Meurtrier des labours et ils se chargent de le lui rappeler lorsqu’il se désaltère au café par exemple. Que les gens se gaussent de lui, ne le dérangerait qu’à moitié, mais qu’un individu lui enjoigne de partir, textuellement Fous le camp, on n’a pas besoin de toi par ici, dégage !, un libelle accompagné d’une oreille de cochon, ça c’est bien le genre de truc à l’inciter à s’incruster.

D’abord il a rendez-vous avec le notaire pour la succession de ceux que théoriquement il aurait assassinés. C’est qu’ils ne sont pas aimables les autochtones, particulièrement Saubot, le garagiste, et à un degré moindre Ubu le cafetier ou encore les deux Blues Brothers dénommés Zeff et Adamo qui démontrent leur antipathie à l’aide d’armes à feu.

Ils recherchent des diamants que Saubot convoie de Belgique en France bien cachés dans une boite de pralines et qui devrait être chez Désiré Floor, personnalité locale, et Germaine Guguposi, sa gouvernante et accessoirement maîtresse selon les rumeurs.

Les deux victimes de Mesclin, soit disant, mais comme il avait été retrouvé attaché sur une chaise chez eux ce ne peut être lui ont conclu les autorités. N’empêche que quelqu’un n’apprécie pas du tout qu’il vadrouille à vélo dans la région, qu’il s’invite chez les défunts, qu’il fouille partout. Il indispose jusqu’à son amie Chantal et met en péril son ménage.


La première aventure de Roland Mesclin a été narrée dans Vacances picardes, et l’épilogue suggère que tout n’est pas véritablement fini. C’est comme dans Plus belle la vie, on croit les ennuis enterrés et vlan, d’autres surgissent prolongeant le suspense.

Oscillant entre humour, parfois grinçant, et gravité, ce roman est agréable à lire mais il y manque un petit quelque chose. Comme un bon repas qui laisse sur sa faim. Pourtant il y a quelques phrases qui font mouche telle celle prononcée par Chantal à l’encontre de son amant : Pour moi un flic, policier ou gendarme, devrait être une personne au service des citoyens avec mission de protéger, aider, porter secours. Maintenant on nous fait jouer le rôle de justicier. On réprime plutôt qu’on ne prévient. Les responsables politiques bassinent le peuple avec l’insécurité. Faire peur permet d’anesthésier tout le reste.

Ou encore, un conducteur aimant déblatérer déclare à Mesclin qui faisait de l’autostop : Les gens se ferment, les maisons aussi, il n’y a plus de fraternité. C’est comme les tomates, elles n’ont plus de goût. Vous avez vu leur provenance, la Hollande ou la Bretagne, comme si on faisait venir le poisson de Clermont-Ferrand ! Si le produit n’est pas bon, comment voulez-vous que les gens le soient ?


Philippe STURBELLE : Rendez-vous au blockhaus de Bihen. Collection Polars en nord n°65. Editions Ravet-Anceau. Parution Juin 2010. 160 pages. 8,00€.

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 15:59

N'essayez pas d'en faire autant même si parfois l'envie vous démange...

 

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Sur la palette des crimes, certains attirent plus l'attention des romanciers, des cinéastes et des journalistes que d'autres. Il s'agit de ces fameux casses réalisés en souplesse, sans effusion de sang, sans victimes collatérales. Presque comme auraient pu en perpétrer des personnages de légendes ou de fictions, Robin des Bois ou Arsène Lupin par exemple.

L'homme de la rue prend plaisir à lire les exploits de ces truands qui opèrent au grand jour ou presque, à découvrir leur imagination pour s'approprier le bien d'une administration, d'une société, d'une banque, d'un riche particulier sans que cela influe sur sa vie quotidienne. Il applaudirait presque à ce défi réalisé avec virtuosité et audace car cela ne l'atteint pas dans sa vie privée et se pose même parfois comme une revanche inconsciente envers des établissements publics ou privés qu'il déteste cordialement.

D'ailleurs, Luciano Di Maria, du gang dit des Salopettes bleues, déclarera trente ans après le braquage d'une camionnette blindée à Milan en 1958 : J'ai commencé à voler parce que j'avais faim, et je volais n'importe quoi. Quand on braquait, on avait fait une question d'honneur de ne pas tirer sur les gens. Mais ce braquage a fait grand bruit parce qu'il a été commis comme une action de guerre. Et le peuple était content car dans sa grande majorité, il n'a jamais éprouvé de sympathie pour les banques.

C'est bien ce principe, éviter les effusions de sang, qui a prédominé dans la plupart de ces casses du siècle. Que ce soit pour des motivations personnelles, l'enrichissement rapide de quelques individus, ou plus rarement dans le but d'aider des compatriotes.

Neuvic_-24-_gare_-3-.JPGAinsi le 26 juillet 1944, en la gare de Neuvic, petite cité périgourdine, un tortillard transportant des milliards de francs encombrant les caves de la Banque de France de Périgueux et qui doit rejoindre Bordeaux est attaqué par des Résistants. L'information a été communiquée au préfet du maquis par un préfet... vichyssois. L'opération est menée rondement sans qu'une goutte de sang soit versée. Une partie de cet argent a été attribuée à des organisations de Résistance, servant aussi à la libération de Résistants emprisonnés dont André Malraux, un petit reliquat de ce butin reversé au Trésor Public, le reste s'est dissout dans la nature. Des hypothèses ont été avancées mais aucune preuve ne viendra les étayer.

Pour réaliser ces braquages, il faut du temps afin de les préparer soigneusement, reconnaître le terrain, attirer quelques complices fiables, soudoyer des ouvriers de l'entreprise visée, et une fois que le forfait est réalisé, il faut encore plus de patience afin de pouvoir jouir de l'argent dérobé.

Par exemple dans Mardi Gras à Boston : le 17 janvier 1950 exactement, c'est un entrepôt de la Brinks qui attire la convoitise. Sept silhouettes de Carnaval attifées de masques blancs, de casquettes de marins et de vareuses s'introduisent dans les locaux et les employés sont rapidement réduits dans l'impossibilité de réagir. Si tout se déroule sans encombre, des soupçons pèsent toutefois sur quelques individus mais leurs alibis sont en béton. Les membres du groupe ont passé un pacte, ne pas toucher à l'argent avant que le délai d'action pénal soit achevé. Six ans d'attente. Les années passent, les hommes du FBI enquêtent sans relâche, et il faudra que deux des cambrioleurs soient dans la dèche, sans qu'une aide financière leur soit prodiguée de la part de leurs compagnons qui va accélérer le processus. Et quelques semaines avant la date fatidique de prescription, l'un des malfrats craque et le 12 janvier 1956, soit cinq jours avant cette date limite, le FBI lance un vaste coup de filet. 2.700.000 $ avaient été dérobés, 58.000 $ seront récupérés, mais les frais d'enquête et de procédure s'élèvent pour l'Etat à 29.000.000 $. 29 millions de dollars !


Sadamichi Hirasawa

Certaines affaires malheureusement se déroulent dans le drame,comme celle de Teikoku Bank, dans laquelle un Japonais déguisé en médecin n'hésite pas à administrer dans des tasses de thé un poison fatal à une vingtaine d'employés de banque afin de rafler le magot. Ceci se passait en 1948. De même dans l'affaire dite des Sept mercenaires de la Lufthansa, l'un des membres préfère prendre du bon temps avant de conduire la camionnette qui a servi au braquage dans une casse pour y être compactée. Erreur funeste car le responsable du vol va décider de se débarrasser de ses comparses.


Vingt six casses sont ainsi recensés, de la forteresse de Fortaleza au Brésil jusqu'au Japon en passant par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Belgique et ses diamantaires, et naturellement en France. Certaines de ces histoires qui ont défrayé la chronique sont encore présentes dans toutes les mémoires, enfin je le suppose, comme celle de Toni Musulin, le convoyeur de fonds à Lyon qui a dérobiggs.jpgbé le contenu de sa fourgon en 2009, celle de la Poste centrale de Strasbourg en 1971, celle du vol des Picasso en 1975 lors d'une exposition au Palais des Papes à Avignon, celle du braquage du Carlton en 2013, celle de l'attaque du train postal Glasgow-Londres le 8 août 1963 avec comme vedettes principales Ronald Biggs et Bruce Reynolds. Bien d'autres sont tombées dans les oubliettes de nos souvenirs, soit parce que nous étions trop jeunes pour en avoir entendu parler soit parce qu'elles n'ont pas eu un retentissement médiatique.


Patrick Caujolle relate avec verve certaines de ces affaires, en seulement quelques pages, et certaines d'entre elles demanderaient un développement plus conséquent. Pour d'autres il s'attarde plus volontiers sur le devenir des braqueurs que sur le déroulement mais cela demandait bien un petit coup de projecteur. Il aurait peut-être mieux valu choisir moins d'exemples pour mieux les mettre en valeur et les présenter en deux volumes. Toutefois, malgré son statut de policier, il relate avec une certaine neutralité toutes ces histoires, en ne forçant pas le trait sur le comportement des criminels, ni sur l'action des enquêteurs.

A cela il faut ajouter une copieuse iconographie, ce qui est toujours le petit plus pour mettre en valeur un texte.

 

Du même auteur lire également Ennemis Publics N°1.

 
Patrick CAUJOLLE : Les cas$es du siècle. Le Papillon Rouge éditeur. Parution 23 avril 2014. 288 pages. 20,50€.

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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 14:35

La gêne éthique de la génétique...

 

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Après s'être fait remonter les bretelles par le président de la boîte où il travaille, William Jones, ingénieur informaticien, est en proie à une crise de migraine qui lui serre les tempes comme dans un étau. Alors qu'il fourgonne dans son véhicule, tout en roulant malgré la neige, à la recherche d'une boite d'analgésiques, il croit apercevoir au dernier moment une jeune femme au milieu de la route. Il dérape, emplafonne un arbre, sombre dans l'inconscience, puis il entreprend de dégager les roues de son véhicule. Une inconnue est installée tranquillement sur le siège passager. Comme elle reste obstinément mutique il l'emmène chez lui, lui offrant le gîte et le couvert, malgré le désordre qui règne dans les pièces. Will Jones est veuf, sa femme Helena est décédée quelques mois auparavant, victime d'un grizzli. Son invitée surprise se prénomme Gaby, c'est tout ce qu'il apprend.

Mount_Blue_Maine.jpgAndrew White, le jeune et nouveau shérif de Shortslive, dans le Mount Blue State Park, état du Maine, se prélasse en compagnie de son copain Stephen à regarder des téléfilms, lorsqu'il est appelé au téléphone par son voisin, Foregan. Celui-ci est inquiet car il n'a pas de nouvelles de sa femme, caissière dans un supermarché à Weld. Les deux hommes se rendent sur place pour apprendre par le veilleur de nuit que Katherine ne s'est pas présentée au travail depuis la veille. Sa voiture est recouverte de neige sur le parking.

La police est immédiatement prévenue et en épluchant les vidéos, il apparait que quatre femmes ont été enlevées dans des conditions similaires. L'inspecteur Carver, devenu une célébrité locale depuis la résolution quelques mois plus tôt d'une affaire dite du Canadien, met tout son effectif à contribution. Andrew propose ses services, malgré la présence parmi les policiers d'un de ses condisciples qui n'a eu de cesse de l'importuner et de se moquer de lui lors de leurs études. White est un débutant dont les quatre neurones ont du mal à se connecter mais il est pétri de bonne volonté.

L'adjoint de Carver lui confie comme mission de prendre la déposition et de fouiller le domicile de Foregan, à toutes fins utiles. C'est ainsi qu'il se trouve nez à nez avec Will Jones, le voisin, qui se montre méprisant envers le jeune shérif depuis la disparition de sa femme et le père d'Andrew. Tous deux sont décédés sous les griffes d'un grizzli mais ce qui explique son acrimonie, c'est la suspicion concernant les relations que les deux défunts auraient entretenues. Will Jones se montre insolant envers Andrew, qu'il interpelle sous le nom de Junior, le rabaissant avec férocité et dédain devant tout le monde.

Andrew décide de s'installer en ville dans le bureau de son père, qui jouxte la mairie, ce qu'il n'avait encore jamais oser faire, par respect et par timidité. Il est encouragé par sa mère et son ami Stephen. Il découvre de nombreux livres rangés sur les étagères, et est étonné, car il connaissait pas cette passion paternelle pour la lecture. Ces ouvrages, qui proviennent de la bibliothèque municipale de Weld, ont en commun deux thèmes : la Seconde Guerre mondiale et la génétique. Il met en marche l'ordinateur poussif et découvre des fichiers nommés Helena ou Official Maine de 1984. Il rend immédiatement à la bibliothèque les ouvrages empruntés pour apprendre que son père en avait compulsés bien d'autres, toujours sur les même sujets, et qu'Helena Jones les avaient elle aussi consultés. Les fiches établies à leur nom en faisant foi. La bibliothécaire est jeune et jolie, et toute disposée à lui rendre service.

Petite parenthèse : si la lecture est un plaisir solitaire, il est paradoxal de constater que les livres servent parfois au rapprochement de deux êtres qui de prime abord n'étaient pas faits pour se rencontrer. Fin de la parenthèse.

Cette découverte, livres et articles de journaux, pourraient fournir un lien avec la disparition des jeunes femmes, trois décennies auparavant, et orienter les recherches vers un ou des individus nostalgiques des années et des procédés pseudos scientifiques nazis. D'autant que des cadavres de femmes qui ont été kidnappées sont déposées en tas dans une rue. Ces cadavres portent des nombres sous forme de tatouages sur les bras, et des stigmates sont relevés sur les corps et principalement les crânes.

Andrew prend l'enquête à son compte, mais il dérange et s'attire la foudre d'un individu qui lui en veut, jusqu'à lui tirer dessus alors que le jeune shérif grimpe péniblement à bord de son véhicule en pleine montagne sur les pistes verglacées avec Amy, la bibliothécaire.

Parallèlement, en filigrane, le lecteur assiste à l'enlèvement et à la détention de Julia, l'une des jeunes femmes. Il éprouve en même temps qu'elle les affres qu'elle subit, les frayeurs qu'elle ressent au contact des corps de ses codétenues dont quelques unes sont mortes dans d'atroces souffrances, l'angoisse qui l'étreint lors de son enfermement dans une pièce entièrement bétonnées ou de l'irruption de son bourreau.

 

Andrew peu à peu sort de sa gangue de gamin attiré par les films d'horreur, prend conscience qu'il n'est plus un adolescent, malgré son style grunge, et qu'il doit aborder enfin la vie en adulte et se conduire en tant que tel. Il devient en quelques jours plus mature, de même que son ami Stephen.

Si l'état du Maine, dans le nord des Etats-Unis, à la leban3limite de la frontière canadienne sert de décor à cette histoire, ce n'est pas par hasard. Cela pourrait se passer en Argentine, au Chili, ou quelque part en Europe notamment en Allemagne, mais la froidure de l'hiver, ceci se déroule peu avant et après la Saint-Valentin, et la résurgence nazie qui se profile peu à peu conjuguée à cette explosion de violence et le nombre exponentiel de meurtriers en série, donnent une crédibilité au déroulement de l'intrigue. Un pays qui concentre les pires excès.

Grand amateur de thrillers, Damien Leban en a compris toutes les ficelles et il les applique avec justesse. A croire qu'il est allé à l'école de Dean R. Koontz. Il dose ses effets, laissant la pression monter, parfois jusqu'à son paroxysme mais passant à une étape suivante en déplaçant l'intrigue dans un autre chapitre pour mieux reprendre l'action précédente afin de l'affiner dans l'angoisse. Un mariage réussi conclu entre Angoisse et Suspense, avec pour demoiselles d'honneur, Frayeur, Horreur et Terreur. Et l'épilogue fort bien venu offre une possibilité de retournement de situation alors que l'on pensait l'histoire terminée.


Damien LEBAN : Les Héritiers des Ténèbres. Editions City. Thriller. Parution le 7 mai 2014. 384 pages. 18,00€.

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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 07:33

La nouvelle, parait-il, est un genre peu prisé en France, exercice pourtant difficile à maitriser, exigeant, car en peu de pages l’auteur doit se montrer convaincant.

 

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Le style n’est pas tout et il lui faut démontrer une imagination foisonnante afin de proposer à chaque fois une historiette différente même s’il s’impose de traiter un thème bien défini.

Dans La cathédrale disparue, Max Genève ne sacrifie pas à un thème unique mais explore plusieurs domaines, poétiques, sensibles, à la limite du fantastique et de la rêverie. Comme notre esprit qui vagabonde, erre, déambule lorsque que nous sommes entre sommeil et réveil, revisitant des actes que nous avons été amenés à effectuer la veille, ou aurions aimés réaliser, les embellissant, reprenant des bribes de songes, extrapolant des paroles, des gestes que nous aurions souhaités pouvoir exprimer ou exécuter. Des fantasmes qui surgissent, des images qui s’accrochent, des envies qui s’effilochent, des nostalgies qui ramènent à l’enfance ou à l’adolescence, peut-être des visions qui se diluent après une soirée bien arrosée.

Seize nouvelles, je ne vous les disséquerai pas toutes, soyez rassurés sinon où se trouveraient les plaisirs de la découverte et de la lecture, seize nouvelles donc qui se déclinent sur une palette mi pastel, tendre, velouté, mi couleurs vives, pétillantes, agressives.

Ainsi dans Train de nuit, le narrateur aime se promener, le soir de préférence lorsque tout dort, longeant les rails d’uns ancienne voie de chemin de fer désaffectée. Dix ans qu’un train n’a pas emprunté la ligne et pourtant un soir, un roulement alerte notre promeneur solitaire. Issue de la nuit, cette locomotive semble narguer et inviter notre promeneur à monter à son bord.

Garde-robe joue sur la propension de certaines personnes à garder leurs vieilles affaires vestimentaires, peut-être par nostalgie, par conservatisme, par besoin de conserver tout ce qui ramène à l’enfance. Dans un pays imaginaire, le président est élu démocratiquement mais souvent un quidam dame le pion des candidats officiels. C’est ainsi, et ce n’est peut-être pas plus mal. Un personnage, choisi au hasard se trouve face à deux concurrents qui briguent le fauteuil présidentiel, est élu par ses concitoyens pour la simple et bonne raison qu’il ne veut pas de la place. Il devient Le président malgré lui. Un matin de décembre, alors que le brouillard efface les contours des immeubles de la ville, un peintre se rend compte que la cathédrale qui fait face à sa fenêtre, n’est plus là. Disparue comme par enchantement. Vision confirmée par un passant. Mais il ne peut y croire et rasant les murs il essaie de la repérer parmi l’étoupe qui règne sur la ville. Tel est le thème de La cathédrale disparue qui donne son titre au recueil.

Où vont les petits hommes de Marnay ? C’est ce qu’aimerait savoir un commissaire en retraite qui voit entrer dans les toilettes de son bar de prédilection des personnes qu’il ne voit pas ressortir. Ou alors c’est le contraire qui se produit, des hommes en sortent alors qu’il n’a vu entrer personne. Le col inconnu est destiné à un cycliste chevronné qui à la soixantaine monte encore allègrement le col de l’Aubisque, en se souvenant des duels entre Charlie Gaul et Federico Bahamontes.

Max Genève s’est vu proposer un séjour au Musée de l’Air à Bruxelles, expérience qu’il décrit dans Résidence aérienne, mais ce qu’il a vécu n’est-il qu’un fantasme, qu’une extrapolation ? Et a-t-il connu les affres du protagoniste face à l’écriture comme il est décrit dans L’impuissance au roman ? L’enfant qui jouait du violon pour les morts nous entraîne au Père-Lachaise.

Mais je l’ai déclaré, je ne vous dirai pas tout sur ces nouvelles, sauf le bien que j’en pense. Ce sont comme des bouffées de fraîcheur, mais attention, il n’y a pas place à la mièvrerie, encore moins au misérabilisme. Parfois quelques notes d’humour, d’ironie. Max Genève aime ses personnages envers lesquels il professe une certaine sympathie, pour ne pas dire une empathie certaine. Des nouvelles qui montrent qu’on l’on peut, si les circonstances s’y prêtent, et pourquoi ne pas les provoquer afin de réaliser ses rêves. Jusqu’à un certain point quand même, il ne faut pas exagérer. Ainsi dans Le salut par l’autoroute, le maire d’une petite ville allemande ne jure que par l’automobile, et tous les travaux qu’il envisage d’accomplir dans sa commune sont voués à encourager l’épanouissement du trafic routier, quelle qu’en soient les conséquences. Je n’ai pu résister à vous en présenter une autre !

Si bon nombre de ces nouvelles sont inédites, quelques unes ont été déjà publiées, éparpillées dans de petites revues ou dans des recueils collectifs comme My name is Albert Ayler à la Série Noire ou Le fossoyeur de Villefranche dans Villefranche, ville noire chez Zulma en 1997. Un recueil digne de figurer à côté des ouvrages de Guy de Maupassant et de Jacques Sternberg.


 Max GENEVE : La cathédrale disparue. Recueil de nouvelles. Collection L’Esprit de l’Escalier. Editions Jean-Paul Bayol. Parution 1er avril 2010. 176 pages. 14,90€.

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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 12:34

Bon anniversaire à Serge Brussolo né le 31 mai 1951.

 

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Cinq années interminables viennent de s'écouler dans ce pensionnat de la banlieue parisienne où Julien a été placé à l'aube de la Seconde Guerre Mondiale. Cinq longues années au cours desquelles il n'a reçu que de brèves et épisodiques lettres de sa mère Claire, ou de pesantes missives de son grand-père surnommé l'Amiral.

Aujourd'hui, alors que le débarquement est proche, Julien apprend que l'Amiral vient de décéder, victime d'une mine, et par testament l'a nommé seul héritier de sa propriété familiale sise sur la côte normande. Ce sont les retrouvailles avec sa mère, des retrouvailles teintées de défiance.

Elle n'est plus comme dans son souvenir, elle a changé physiquement et moralement. Ils sont obligés de vivre dans une cabane à la lisière de la propriété: une bombe anglaise non désamorcée est fichée dans le toit de la maison et le champ dit "Pré aux corbeaux" est truffé de mines allemandes.

Tandis qu'ils apprennent les rudiments du jardinage, Julien sent planer les ailes du mystère. Son père est mort dans d'étranges conditions, son grand-père aussi. Les révélations de Gorget, un adolescent qu'il a connu avant ses années d'internat, et de Bruze, le sculpteur alcoolique chronique, le troublent.

Est-il le fils de son père ou de son grand-père? Sa mère a-t-elle assassiné son père? D'ailleurs son père est-t-il vraiment mort? Et a qui appartient ce regard qu'il sent peser sur ses épaules, traversant les fourrés épais de la forêt?

 

moisson2.jpgSerge Brussolo est surtout connu pour ses romans fantastiques, ses thrillers angoissants, et ses romans policiers, ses premières amours qu'il retrouve aujourd'hui. Il a tâté également du roman historique mais avec La moisson d'hiver, cet étrange conteur de l'étrange nous propose un roman tout court. Bien sûr La moisson de l'hiver possède les ingrédients qui marquent l'œuvre de Serge Brussolo et en font son originalité, mais d'une manière plus feutrée, plus latente, plus insidieuse. Brussolo démontre que les supputations, les suppositions que l'on échafaude, ne sont bien souvent qu'un petit cinéma intérieur dont on est le metteur en scène et le seul spectateur. Brussolo est-il un compromis entre les adultes et les enfants? Ecrit-il pour les adultes ou pour les enfants?

Comme dans L'île au trésor de Stevenson, le héros est un enfant perdu dans un monde d'adultes, mature avant l'heure par bien des points. Et comme il écrit page 332 de l'édition originale : Avec les adultes on ne savait jamais si les mots étaient vraiment vides de sens, comme ils en avaient l'air, ou s'il sortaient d'un code secret interdit aux enfants.

 

A lire également de Serge Brussolo : Ceux d'en bas et Le Manoir des sortilèges.


Serge BRUSSOLO : La moisson d'hiver. Première édition Denoël novembre 1994. Réédition Folio N° 2861. Parution Août 1996. 400 pages.

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 07:42

Une pêche miraculeuse...

 

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Partir au gros et ramener dans son filet un morceau conséquent et inattendu, voilà qui pourrait faire plaisir à un couple de vacanciers. Seulement accroché à l'hameçon il s'agit d'un bras humain. Comble de l'humour, noir, un majeur est dressé comme un ultime défi à la mort.

florida_keys.gifAndrew Yancy, inspecteur à la police de Key West a été mis à pied pour une vilaine affaire. Il a sodomisé le mari de sa petite amie Bonnie, avec l'embout d'un aspirateur portable. De plus cet incident a été réalisé en public. Il a bien essayé de se défendre, d'argumenter, mais les témoins avaient pris des vidéos avec leur appareil photo. Depuis il est en congé forcé. Toutefois le Shérif Summer lui demande de convoyer le bras repêché jusqu'à Miami afin qu'il soit analysé par le médecin légiste Rosa Campesino. Mais celle-ci ne peut garder le membre dans son frigo et comme son retour est indésirable à Key West, il faut bien en faire quelque chose. Aussi Yancy décide de placer ce membre encombrant dans son congélateur avec accroché, comme une pancarte, un mystère à éclaircir. Une trace blanche sur le poignet, la partie non bronzée par le soleil, laisse à penser que l'individu possédait une montre de prestige. D'ailleurs la marque est rapidement identifiée. Mais s'il s'agissait d'un crime crapuleux, pourquoi l'indélicat n'a-t-il pas subtilisé l'alliance en platine ?

Yancy est mécontent. Son voisin a fait construire une maison Key-West-ariel-2.jpgqui dépasse les normes autorisées, occultant les couchers de soleil et empêchant les daims de s'ébattre dans le jardin contigu. Cette maison, qui n'est pas terminée, est destinée à la revente, son actuel propriétaire espérant voir tomber dans son escarcelle une plus-value conséquente. Alors, Yancy s'échine à contrecarrer les espoirs d'Evan Shook en sabotant les visites des éventuels acquéreurs par tous les moyens. Et Yancy n'en a pas fini avec Bonnie. Un inspecteur du FBI lui apprend qu'en réalité cette gente personne répond au nom de Plover Chase et qu'elle est recherchée pour avoir suborné un de ses étudiants lorsqu'elle enseignait dans l'Oklahoma.

Yancy est réaffecté à la brigade des Cafards, il faut bien qu'il justifie son salaire. Alors il visite les cuisines et relève les violations en tout genre concernant l'hygiène, et son carnet est vite rempli malgré les pots de vin proposés par les gérants en infraction. Mais cela a une incidence sur son appétit, car il croit voir de petits insectes grouillants dans les plats qui lui sont proposés par la suite. Et bien évidemment il maigrit.

Le bras orphelin possède maintenant un nom, et l'inhumation peut avoir lieu. La fille du défunt affirme que sa belle-mère est à l'origine de l'assassinat de son père, excluant catégoriquement le suicide. D'ailleurs elle a vu Eve échanger les anneaux, récupérant celui en platine et mettant une alliance de moindre valeur à la place. Yancy décide prendre l'enquête à son compte lorsque le matelot qui était sur le bateau de pêche des touriste est assassiné, son portefeuille dérobé, devant sa copine du moment. Le marin était en possession d'une somme d'argent conséquente et payait des tournées générales sans barguigner. Et Yancy est vraiment en colère lorsque lui-même échappe à un tueur, attifé de la même façon que celui qui a expédié le matelot au pays de ses ancêtres. Un poncho rouge, ce qui de la part d'un meurtrier est pour le moins voyant. Eve, la femme du défunt, si elle est éplorée, ce serait de la frime car elle a un ami, un amant, n'ayons pas peur des mots, et elle est partie aux Bahamas. Or son amant est un fieffé filou qui a grugé la sécurité sociale ainsi que ses clients, en leur vendant sur papier du matériel médical, dont des fauteuils roulants électriques haut de gamme.

 

Andros_Bahamas.jpgSur l'île d'Andros, aux Bahamas, Neville est lui aussi en pétard. Sa demi-sœur a cédé à un promoteur immobilier américain, un certain Christopher, le terrain sur lequel était la maison de son père. Lui aussi s'ingénie à récupérer son bien, refusant l'argent issu de la vente. Il demande à une prêtresse vaudou, Reine Dragon, de jeter un sort sur le spoliateur. Il sillonne l'île à vélo en compagnie de son singe qui lui fait bien des misères, lui griffant la patinoire à poux qui lui sert de crâne. Dring, le singe capucin, irritable, irascible que son nouveau maître, Neville, a affublé d'une couche-culotte afin d'éviter les envois spontanés de déjection envers les personnes qui ne lui plaisent pas. Juste retour des lancers de cacahouètes zoologiques ? Dring a joué comme suppléant dans Pirates des Caraïbes, mais son caractère frondeur lui a coûté sa place de vedette. Neville cumule les petits et gros malheurs. Reine Dragon, qui se déplace à l'aide d'un fauteuil roulant électrique échoue dans son entreprise de jeteuse de sorts.

 

Récapitulons sous forme d'inventaire... à la Prévert :

Un bras baladeur,

Une alliance transformiste,

Des cannes à pêche,

Un capucin à la fourrure mitée,

Un ouragan érotique,

Des blattes qui donnent le cafard,

Une vieille prêtresse vaudou lubrique,

Deux agents du FBI parodie des Blues Brothers,

Un agent immobilier mobile,

Un voisin qui ne participera pas à la fête du même nom,

Pas de raton laveur mais des rats culinaires...

 

Il existe un cousinage littéraire entre Carl Hiaasen et Donald Westlake dans le traitement de leurs intrigues et leur façon de les narrer.

Ce roman décalé est à ranger dans la catégorie humour loufoque, férocement drôle, joyeusement macabre, dans une débauche de situations improbables ou guère crédibles, mais qui aborde toutefois des problèmes de société qui ne sont pas l'apanage exclusif de la corruption, de l'affairisme et des problèmes liés à l'économie immobilière américaine. Certaines scènes hautes en couleurs ont un côté extravagant, décrites avec mordant. Elles m'ont fait penser, toutes proportions gardées à des dessins animés dans le style de Tex Avery mais également parfois à des avatars de bandes dessinées dans le genre Pieds Nickelés assaisonnées à la sauce super-héros. La cape rouge, portée par le meurtrier, voir ci-dessus, peut-être.

Et pour parodier la publicité d'un Grand Magasin parisien, à chaque instant il se passe quelque chose. Le lecteur ne s'ennuie à aucun moment, car cette intrigue luxuriante semble partir dans tous les sens, au gré de l'inspiration immédiate de l'auteur, alors qu'au contraire tout est millimétré.

 

A lire également du même auteur chez le même éditeur :  Cousu main.


Carl HIAASEN : Mauvais coucheur (Bad monkey - 2013- Traduction de Yves Sarda). Editions des Deux Terres. Parution le 14 mai 2014. 400 pages. 20,00€.

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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 14:36

Quelques mois dans la vie d'un étudiant.

 

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La résidence Condillac, édifiée à la fin des années soixante, n'est plus vingt-cinq ans plus tard qu'un ensemble de trois bâtiments cubiques de béton en décrépitude. Trois clapiers à étudiants, trois cent-quatre-dix cases de neuf mètres carrés chacune, transformés en dortoirs pour universitaires étrangers et grenoblois fauchés.

C'est dans ce contexte propice à étudier le droit que Vincent Coste débarque, sans réelle ambition. Propice ? Oui, car son voisin de banc, El Kebir, lui propose une association. Pas pour bosser ensemble, enfin si mais dans un autre domaine nettement plus lucratif. Et c'est ainsi que la case de Vincent devient un lieu privilégié de bureau de revente d'herbe avec dégustation de bières.

Peu à peu Vincent délaisse l'amphithéâtre pour la terrasse d'un café, recrutant les chalands qui le rejoindront le soir des billets à la main. Mais il est bien évident que cela ne peut durer qu'un certain temps.

 

La nouvelle mode littéraire consiste à placer en prologue un chapitre qui théoriquement devrait se trouver en fin de récit. Intéressant pour les lecteurs pressés qui en deux ou trois chapitres connaissent la fin de l'histoire sans passer par les étapes intermédiaires. Frustrant pour le lecteur exigeant qui n'a pas envie de savoir comment cela va se terminer avant même de commencer à entrer dans l'intrigue.

Je me réjouissais de découvrir un nouveau texte de Marin Ledun, n'ayant lu de cet auteur encensé par les chroniqueurs de romans noirs que deux ouvrages destinés à la jeunesse : Luz et Un cri dans la forêt.

Je suis ressorti de cette lecture déprimé, désabusé, mal dans ma peau et dans ma tête, avec cette impression tenace d'avoir déjà lu moult fois ce genre d'histoire. Les thème des paumés et de la drogue ne me font pas rêver, ne me transportent pas, ne m'offrent pas une ouverture sur des aventure débridées hautes en couleurs et en panache. Donc une déception qui ne m'incite pas à me plonger dans l'un de ses romans, car pour le moment je n'ai pas du tout envie de recommencer l'expérience, malgré tous les éloges que je peux lire ici ou là. Comme un crabe, de côté est presque comme la relation d'un souvenir d'école, le témoignage d'une histoire vécue.


Marin LEDUN & Charles BERBERIAN : Comme un crabe, de côté. Les Petits Polars du Monde. Saison 3, N°5. Parution le 29 mai 2014. 64 pages. 2,50€.

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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 06:18

Des coups et des douleurs...

 

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Avec une ironie grinçante et un réalisme pathétique, Jan Thirion nous invite à participer en dix rounds à dix tranches de vie, avec comme personnages dix champions, de leur quartier ou du monde.

Dix rounds, dix combats, dix défis à la vie, à la mort, à la déchéance, à l'adversité. L'espoir au bout des gants et à la fin de la reprise parfois la déception, le K.O., la dégringolade ou au contraire, la foule en délire, la gloire, l'argent dans l'escarcelle. Une renommée éphémère qui transporte et envoie le boxeur dans les étoiles. Quand il perd aussi, d'ailleurs, il en voit des étoiles, qui s'éteignent peu à peu comme les lumières de la salle. Et le vide s'installe, en lui, autour de lui.

Tout ne se règle pas sur le ring ou entre les cordes. En coulisses l'entraîneur, le soigneur, l'épouse sont les premiers supporters, servant même de partenaires d'échauffement.

Les coups pleuvent, uppercut, coup droit, gauche, coups bas aussi, de la part de l'adversaire ou tout simplement de la vie. Et dans ce cas c'est le mental qui doit être protégé.

La boxe ne commence pas sur le ring, il y a un avant et un après combat, peut-être parfois les moments les plus difficiles à gérer.

Jan Thirion en dix tableaux et dix personnages nous offre une palette colorée d'incidents vécus, de traumatismes physiques et mentaux, alors que tout ne se passe pas forcément sur le ring. Mais le noble art est toujours au cœur du combat, contre soi-même, contre les autres, contre le destin.

Dix petites nouvelles déclinées comme des vignettes, un chemin de croix subi par des hommes qui souffrent dans leur chair, dans leur cœur, dans leur tête et au bout le Golgotha qui leur est promis n'est pas forcément une montée au Paradis mais une descente aux Enfers. Souvent.

La force de ces textes réside dans la concision, dans le minimalisme. Peu de mots, peu de lignes suffisent pour dresser le décor, le personnage, l'histoire, et contrairement à ce que l'on pourrait penser ce n'est pas si facile. Jan Thirion s'en sort admirablement, et l'on pourrait comparer son art de la brièveté à celui qu'affichaient Jacques Sternberg et Fredric Brown, ces maîtres de la nouvelle choc.

Chroniques consacrée à l'oeuvre de Jan Thirion :  Caresser les chiens morts;  Sextoy made in China;  Du côté des abattoirs;  Inconsolables sorcières;  Nuoc Mâm Baby et Schizo.

 

Disponible sur SKA librairie.

 

Jan THIRION : Dix rounds. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 0,99€.

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 12:13

Hommage à Ian Fleming né le 28 mai 1908.

 

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En réalité autant de fois qu'on le veut...

Au moment où sort sur les écrans (cette chronique date de la sortie du livre), Quantum of Solace, le nouveau James Bond interprété par Daniel Craig, Le moins était de rendre hommage au créateur de ce mythe littéraire qui connut véritablement la gloire et la renommée grâce à la prestation magistrale de Sean Connery dans les premières adaptations cinématographiques.

L’ouvrage de Jacques Layani permet de mieux découvrir le personnage de James Bond à travers la vie de son créateur. En effet, Ian Fleming, né le 28 mai 1908, outre ses nombreux succès féminins dès sa prime jeunesse, a travaillé comme journaliste, profession qui fut un temps une couverture. Il émergea en effet en tant qu’agent secret au Foreign Office puis à la Naval Intelligence Division. Il parle français et allemand, possède des notions de russe, voyage énormément. En 1946 il achète un bout de terrain en Jamaïque et fait construire une maison, dont il dessine les plans, qu’il appellera Goldeneye.

Il est chargé par le groupe de presse qui l’emploie de créer et d’organiser le service étranger. Près de quatre-vingt correspondants sous sa coupe, dont certains sont également des espions. Il obtient de ses employeurs le bénéfice d’un congé annuel de deux mois consécutifs, un temps libre qu’il passe à Goldeneye et le mardi 15 janvier 1952, il crée le personnage de James Bond. Le 18 mars de la même année le manuscrit est achevé. Il s’intitule Casino Royale et est publié en 1953. Le succès n’est pas immédiatement au rendez-vous et il faudra attendre l’adaptation cinématographique pour que le personnage de James Bond devienne une référence mondiale, cannibalisant presque son auteur, comme le firent certains de ses prédécesseurs tels que Arsène Lupin, Sherlock Holmes ou encore Rouletabille.

Ian Fleming s’est fixé une règle à laquelle il ne dérogera pas, sauf lors de ses dernières années. Il écrit deux mille mots quotidiennement, de 9h30 à 12h30 et ne corrige son texte que lorsqu’il a en terminé la rédaction. Et le livre paraît au moment où il entame une nouvelle histoire. Son train de vie altère sa santé. Il est hospitalisé en avril 1961, suite à une première attaque cardiaque mais il ne veut pas changer de rythme de vie. Quotidiennement il fumerait la bagatelle de soixante dix cigarettes et avalerait une bouteille de gin. Un régime qui lui est funeste puisqu’il décède le 12 août 1964. Mais James Bond n’est pas mort, pour preuve l’actualité cinématographique.

Jacques Layani aborde également l’œuvre et l’art de Fleming ainsi que les diverses traductions françaises. Ainsi les deux premiers romans publiés en France le furent par Gallimard, dans la Série Noire avec des titres complètement farfelus comme c’était la mode à l’époque. “ Entourloupe dans l’azimut ” et “ Chauds les glaçons ”. Il dénonce aussi les coupes sombres effectuées par les Presses Internationales pour la collection Inter-Espion dont Echec à l’Orient Express rebaptisé Bons baisers de Russie (titre original) ou Requins et services secrets alias Vivre et laisser mourir (là encore titre original). Ces titres feront l’objet d’une nouvelle traduction chez Plon qui publiera l’intégrale des James Bond dans les années 60. Actuellement, et il ne tarit pas d’éloges sur cette initiative même s’il conteste certains points de détails, la série des James Bond a été republiée chez Bragelonne avec une nouvelle traduction de Pierre Pevel, auteur lui-même de romans fantastique.

Enfin il s’insurge contre Francis Lacassin et sa soit disant intégrale chez Bouquins avec une préface laissant plus ou moins à désirer. Il analyse l’art de Fleming dans la transposition de son personnage, sa façon de travailler, ses références littéraires comme Chandler et Hammett en particulier sans oublier Simenon, mais ne tombe pas dans l’apologie à outrance de l’auteur. Il sait reconnaître les erreurs de l’écrivain, ses défauts comme les idées reçues, les clichés xénophobes qui existent dans ses romans. Bien sûr il explique que ces façons de penser, d’écrire étaient dans l’air du temps mais il ne les excuse pas pour autant. Un livre qui permet de mieux découvrir Ian Fleming et son œuvre, même si de nombreux ouvrages ont déjà été consacrés au père de James Bond, mais hélas non traduits en France.


Jacques  LAYANI : On ne lit que deux fois. Ian Fleming, vie et œuvre du créateur de James Bond 007. Editions Ecriture. Parution le 18 octobre 2008. 188 pages. Existe en version Kindle.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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