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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 16:46

Un inédit de Charles Dickens, cela mérite d'être signalé !

 

humphrey1.jpg


Ce curieux roman gigogne n'en était pas un à l'origine mais un hebdomadaire, Master Humphrey's Clock, publié d'avril 1840 à avril 1841 et dont Charles Dickens était le rédacteur unique.

Personnage principal, Maître Humphrey est un vieux monsieur difforme qui a eu du mal à se faire accepter dans ce quartier de Londres. Il est solitaire et non misanthrope. Il n'est pas grincheux non plus, mais il n'a pas satisfait à la curiosité émanant de ses voisins, et bien entendu au début on fit circuler toutes sortes de rumeurs, à mon détriment. J'étais un espion, un infidèle, un magicien, un ravisseur d'enfants, un réfugié, un prêtre, un monstre. Puis ses détracteurs se sont habitués à lui et depuis, tout le monde se côtoie en bonne intelligence. Maître Humphrey vit entouré de vieux meubles, auxquels il n'est pas profondément attaché mais qu'il aime car ce sont des objets inanimés. Mais surtout il professe à l'encontre de son horloge une affection particulière. Outre égrener le temps elle possède une fonction originale. Dans sa gaine, elle renferme les écrits de Maître Humphrey et de ses trois compagnons, des souvenirs ou des fictions, peu importe.

humphrey.jpgDans la première livraison de la revue L'Horloge de Maître Humphrey, le vieux monsieur se présente, décrit son lieu de vie, puis comment, lors de ses pérégrinations nocturnes il fit la connaissance une nuit de Noël d'un gentleman sourd. S'adjoindront par la suite Jack Redburn et M. Miles. Car dans la salle de réunion sont disposées six chaises et comme il n'y en avait que deux d'occupées, il fallait bien trouver deux autres personnes pour compléter, presque, la tablée. Maître Humphrey procède le soir à un rituel, retirer de la gaine de l'horloge un manuscrit et lire une histoire écrite par lui-même ou ses commensaux. Souvent d'inspiration fantastique et historique.

Puis arrive un personnage que les lecteurs de la revue connaissent bien, puisqu'il s'agit du jovial, timide, affable, aimable monsieur Pickwick accompagné de Sam Weller et de son père. Et tandis que les Weller père et fils tiendront table dans la cuisine avec la gouvernante de Maître Humphrey et de son barbier, monsieur Pickwick se verra offrir une chaise. Et lui aussi aura des histoires à raconter.

Les nouvelles ou contes s'insèrent, s'imbriquent sans que pour autant le lecteur soit perdu et perde de vue Maître Humphrey et ses acolytes. Charles Dickens alterne la narration empruntant tour à tour un humour léger ou un ton grave. Et cela devient franchement hilarant lorsque Sam Weller et son père s'expriment en forgeant de nombreux barbarismes, confondant célibataire avec célèbre, compartiment avec comportement, florilège avec privilège, rognant, rabotant, déformant les mots, devenant à eux seuls des acteurs de premier plan.


Ces textes qui défilent semaine après semaine sont aujourd'herhumphreyscmast02dickrich_0008.jpgui réunit en un volume, mais il y manque deux récits majeurs car publiés par ailleurs. Il s'agit du Magasin des curiosités, plus connu sous le titre du Magasin d'antiquités, qui lors de sa parution en feuilleton dans la revue fut tronçonné en quatre ou cinq parties, et surtout de Barnabé Rudge lequel eut droit à être publié en un seul tenant, livraison après livraison, sans qu'il soit scindé par des appréciations, des dissertations ou autres aventures de Maître Humphrey et consorts. Deux romans qui ont été largement édités et réédités par la suite, et qui sont réunis dans le volume 163 de La Pléiade chez Gallimard, ce qui explique leur absence ici.

Dans son essai critique, publié dans cet ouvrage, Gilbert Keith Chersterton le créateur du Père Brown, et auteur d'une biographie de Dickens, écrit :

L'ouvrage est écrit par un Dickens paresseux, un Dickens semi-automatique, un Dickens qui rêvasse, flottant à la dérive ; mais qui n'en reste pas moins le Dickens qui perdure.


A mon avis ce jugement est un peu sévère. Il est vrai qu'il s'agit plus d'un assemblage d'histoires qui se raccrochent à un fil conducteur flexible mais c'est un peu en réduction tout le talent de Dickens qui explose, en explorant diverses pistes, divers thèmes qui plus tard deviendront les atouts majeurs de sa production littéraire. Ne serait-ce que, par exemple, la rencontre entre le gentleman sourd et Maître Humphrey un soir de Noël, préfiguration des fameux contes qui enchanteront durant de longues années - de 1843 à 1867 - des générations d'enfants et d'adultes. Mais par la suite Chesterton corrige quelque peu son jugement puisqu'il estime indispensable de faire figurer cette œuvre dans le canon Dickensien. Voici donc un oubli réparé.

De plus Charles Dickens, qui n'avait pas encore trente ans, supportait seul la rédaction de la revue, après avoir collaboré au Bentley's Miscellany dont il fut un temps le premier rédacteur en chef, fournissant par la même occasion Oliver Twist.

Ce volume, à prendre comme une récréation dans l'œuvre de Dickens, est destiné tous les curieux, les amateurs, les passionnés, les inconditionnels de Charles Dickens, mais aussi ceux qui ne connaissent pas encore ce romancier populaire, s'il y en a, et qui découvriront les multiples facettes de son talent de conteur indémodable et éternel.

Les illustrations, originales, sont signées George Cattermole et Hablot Browne.


Charles DICKENS : L'horloge de Maître Humphrey. Traduction de Béatrice Vierne. Editions de l'Herne. Parution le 21 mai 2014. 336 pages. 17,00€.

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 08:32

Bon anniversaire à Maurice G. Dantec, né le 13 juin 1959.

 

sirene.jpg


Il est dur de s'apercevoir à douze ans que sa mère n'est qu'une meurtrière.

Alice, une enfant intelligente, éveillée, n'est pas vraiment heureuse auprès de sa génitrice et de son beau-père. Du point de vue éducation, elle ne peut se plaindre mais ce qui lui manque c'est l'affection que ne sait lui prodiguer sa mère, trop occupée par ses affaires.

La coupe déborde le jour où par hasard elle découvre une cassette sur laquelle elle voit sa préceptrice jouer à son corps défendant dans un snuffmovies.

Elle s'échappe de la maison maternelle et narre son aventure à l'inspecteur Anita Van Dyke. Mais elle est traquée par les tueurs de sa mère et ne doit son salut qu'à sa présence d'esprit. Elle se réfugie dans une voiture appartenant à Hugo.

Curieux homme que ce Hugo, qui vient de participer en ex-Yougoslavie à une opération militaire organisée par les Colonnes Liberty Bell, fournissant des armes aux belligérants. Hugo n'a rien de spécial à faire, sauf de tromper son ennui alors il accède au désir d'Alice; l'emmener jusque dans le sud du Portugal, rejoindre un père dont elle n'a pas eu de nouvelles depuis des années.

Une cavale qui conduit l'homme et l'enfant d'Amsterdam jusqu'à Porto, et qui se révèle riche en rebondissements, dangers de toutes sortes, courses poursuites. Frissons garantis.


sirene-rouge.jpgMaurice G. Dantec réussit un double pari avec ce premier roman: se faire publier à la S‚rie Noire avec un pavé de 478 pages, évènement rarissime côté américains reconnus, et du jamais vu côté français. Ensuite de tenir le lecteur en haleine tout au long de cette road story qui sent bon le roman feuilleton. Dantec évite le piège des longueurs et mène son histoire tambour battant, même si parfois l'on a l'impression de scènes à rallonges ou répétitives. La gamine délurée possède indéniablement un avenir dans le roman policier, et ce n'est ni Delacorta ou Dick Lochte qui me démentiront. Elle y apporte une certaine fraîcheur, un état d'esprit qui mettent souvent les adultes en défaut ou les culpabilisent. Le prénom de l'héroïne, Alice, est-il fortuit, ou est-ce un hommage indirect à Lewis Carrol ? Je serais tenté de croire en la seconde hypothèse.


Maurice G. DANTEC : La Sirène Rouge. Série Noire N°2326. 1993. Réédition Folio Policier. Parution 29 août 2002. 592 pages. 8,90€.

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 15:59

Mais ils sont pardonnés...

 

mensonges.jpg


Les nouvelles sont comme les pétales d'une marguerite : on les lit et on les décline en Je t'aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, mais bizarrement l'impasse est faite sur le pétale pas du tout.

Les romanciers sont souvent sollicités lors de salons du livre, de festival, ou par des éditeurs, afin d'offrir une nouvelle qui sera publiée dans un recueil, une anthologie, un hommage. Max Obione ne faillit pas à la règle et c'est ainsi que bon nombre de ses textes sont éparpillés au gré du vent et des saisons : deux recueils finalisant le festival Mauves en Noir, des anthologies destinées à rendre hommage à des groupes de rock comme La Souris déglinguée, Les Béruriers noirs ou encore Little Bob, ou dans des maisons d'édition dont le seul tort est de ne pas avoir pignon sur rue et être diffusées de façon confidentielles.

Donc réunir ces nouvelles éparpillées ici et là est donc œuvre pie, d'autant que pour faire bonne mesure Max Obione nous en propose des inédites, ce qui ne peut qu'ajouter à l'intérêt de l'ouvrage.

Max Obione explore tous les défauts de notre société, ses petits et ses gros travers, ou jette un œil attendri sur un passé récent fleurant bon la nostalgie. Ainsi dans Suspicius, un groupe rock auditionne des candidats afin de remplacer au pied et à la voix levés leur chanteur défaillant. Le dernier semble être le bon, et ce qui les étonne, c'est que pour eux c'est un parfait inconnu alors qu'il possède de nombreuses références. Las des haines met en scène un scientifique qui élève une bactérie et la chouchoute comme si c'était une compagne fréquentable. Orphans traite d'un orphelinat situé en Angleterre. Des gamines malades, handicapées, et la vie n'est vraiment pas rose pour celles qui sont déjà meurtries par la vie.

De toutes ces nouvelles, j'ai retenu plus particulièrement celle qui ouvre ce volume et donne son titre au recueil : Les gros mensonges. Non pas tant parce que le lecteur voyage entre fiction et réalité aux côtés d'un auteur de polars, plongé en plein trip et qui travaille à la chaîne, ou qu'un acteur y fait de la figuration intelligente, Vincent Lindon pour ne pas le nommer, mais parce que le protagoniste se pose la question essentielle qui tarabuste bon nombre d'amateurs de vieux papiers : dans quel néant est envoyé une phrase lorsqu'on l'envoie dans les limbes de la création d'un doigt rageur appuyé sur la touche Suppr ? Facile avec un ordinateur de construire, déplacer, supprimer des mots, des phrases, mais tout ceci n'est que virtuel. Dans le temps, eh oui ma bonne dame, dans le bon vieux temps, les romanciers suaient sur leurs rames de papiers, taillaient leurs plumes ou leurs crayons, remplissaient les réservoirs de leurs stylos plumes, disposaient devant eux une batterie de stylos baveurs, et biffaient, rayaient, déplaçaient à l'aide de flèches des phrases ou des paragraphes, ajoutaient des mots en les intercalant, et toutes autres actions qui donnent aujourd'hui de la valeur sentimentale et financière à des manuscrits ou des tapuscrits. Maintenant l'auteur est un prestidigitateur.

Avec une écriture rageuse, tendre, bourrue, provocatrice, imagée, poétique, Max Obione nous prend par la main et le cœur pour effectuer un voyage initiatique dans son univers parfois torturé, parfois colérique, tendrement érotique, souvent humain, jamais ennuyeux.

En tout dix neuf nouvelles dont six inédites.

 

A lire également de Max Obione : Daisybelle et Soeur Fouettard.


A commander sur le site de SKA librairie.


Max OBIONE : Les gros mensonges. Editions du Horsain. Parution le 14 mai 2014. 238 pages. 15,00€.

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 12:50

Ils sont foot, ces auteurs !

 

arbitre


Qui ne se souvient de "A mort l'arbitre" d'Alfred Draper, paru en Série Noire (N°1560) et adapté au cinéma en 1983 par Jean-Pierre Mocky sous le titre arbitre2.jpgéponyme avec Michel Serrault, Eddy Mitchell et Carole Laure dans les principaux rôles. Encore Kop de Dominique Manotti chez Rivages en 1999. Moins connu peut-être "Un tueur dans la foule" de George Lafountaine qui fut également adapté par Larry Peerce en 1977 avec Charlton Heston et John Cassavetes. Ou

En cette période où le ballon rond est promu hostie du supporter, où les stades sont les nouvelles chapelles édifiées en l'honneur du football, où les matchs seront les messes largement retransmises par la télévision entièrement vouée à ce culte, il fallait bien que quelques iconoclastes sacrifient à la mode tout en s'en gaussant. En lever de rideau Jean-Michel Riou avec "Le mille-pattes" édité dans la collection Sueurs froides chez Denoël.

César National, l'avant-centre de l'équipe de France reconverti dans le journalisme pour cause de blessure grave à la jambe, doit commenter le match inaugural en compagnie de son ami Thierry Zachs, le grand prêtre riou.jpgdes ondes de Channel A. C'est en rendant visite à ses ex-coéquipiers qu'il apprend que la France doit perdre ce match qui l'oppose à une sélection mondiale. Un chantage exercé à l'encontre de certains de ses amis, ce qui le révolte et le pousse à enquêter. En compagnie de Bill Rey, un jeune journaliste aux dents longues et à la caméra fouineuse, il se lance dans une course contre la montre car si les supporters apprennent cette défection, obligée, des joueurs français, cela risque d'entraîner une émeute susceptible de tourner en carnage. Ce n'est pas le ballon rond qui est au centre de ce roman telle l'hostie présentée en offrande mais les agissements nébuleux des officiants, hommes politiques, responsables de clubs de supporters créés à l'occasion de cette manifestation et course à l'audimat, qui sont la cible de Jean-Michel Riou. A propos, le mille-pattes évoqué par le titre n'est autre que les onze joueurs piétinant avant d'entrer sur le terrain. Vingt deux joueurs si l'on additionne les deux équipes.


pouy.jpg"Vingt deux abrutis, sélectionnés qui plus est, suffisamment si peu sûrs d'eux-mêmes qu'ils s'entourent de remplaçants pour pallier leurs béances, et d'arbitres pour éviter les fautes". C'est pas moi qui le dis, c'est J.-B. Pouy. Surenchère : "Ils n'étaient pas loin de penser que ce sport de dégénérés du bulbe était le pire marigot dans lequel le corps social pouvait être plongé." Afin de mieux enfoncer le crampon, Pouy fait appel à certaines connaissances, philosophes émérites dont l'opinion ne peut être mise en doute et ayant pour nom Keelt, Malebranche, Wittgenstein et consorts. D'accord, c'est pour la bonne cause. Spinoza, alias Julius Puech, se repose sur ses lauriers à Bombay. Mais lorsqu'il apprend qu'Hegel est de retour, il ne tergiverse pas et reprend du service. Là-bas à Paris et en province, la baston règne, surtout autour des stades. Commandos primaires fanatiques. On ne fera pas de dessins. Bottes mauves en lézard contre chaussures de foot. Balle au centre. Pouy se fait plaisir ou plutôt fait plaisir à ses fans qui attendaient la confrontation bis entre spinozistes et hégéliens. Plus qu'une histoire, mi-polar déglingué mi-SF allumée, avec le foot comme tête de Turc, ce roman joue finement le tacle, échappe au carton jaune et propose les prolongations. Mais nous attendons de Pouy qu'il nous propose un vrai roman. Il nous a tellement habitué au spectacle que ce "match" amical ne suffit pas et nous restons sur notre faim.


Le Mille-pattes de Jean-Michel RIOU, Collection Sueurs Froides, Denoël.

A sec ! de Jean-Bernard POUY, Collection Canaille/Revolver, Baleine.

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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 11:00

Bon anniversaire à Frédéric Tristan, né le 11 juin 1931, connu sous l'alias de Mary London.

 

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Sir Malcolm n’avait vraiment pas envie de résoudre une nouvelle énigme, pourtant Paul Gautin, attaché culturel à l’ambassade de Belgique à Londres a su trouver les arguments pour le faire changer d’avis.

Stéphanie, fille d’un riche industriel belge avait suivi les cours d’un Institut belge sis à Londres. Elle avait préféré rester à Londres ses études terminées et après quelques mois passés comme infirmière, elle s’était recyclée comme serveuse. Célibataire, elle vivait seule et ses mœurs n’étaient point dissolues, au contraire.

Elle a été retrouvée étranglée, et détail horrible, elle portait à la jambe une jarretière de mariée. Le directeur de l’école, fermée depuis quelques temps est soupçonné, mais il se suicide. L’affaire devrait donc être close, mais les meurtres se suivent et se ressemblent : à chaque fois il s’agit d’une jeune fille ayant suivi les cours de cet institut et son cadavre est affublé d’un détail vestimentaire ayant toujours une relation avec le mariage.

Se pose alors l’une des questions primordiales : pourquoi ce tueur s’en prend-il à chaque fois à une jeune fille belge vivant à Londres ?


Mary_London_160x192.jpgBon chic, bon genre, ce nouvel opus des enquêtes du Sir Malcolm Ivory paraît un peu désuet. Tant dans l’écriture que dans la conception même de l’enquête. Toutefois il possède un charme indéniable que ne renieront pas les amateurs de romans policiers à l’ancienne.

Quant à ceux qui ne jurent que par la production actuelle, plus axée sur le noir, ils seront évidemment déçus . Mais il en faut pour tous les goûts. Et il est bon parfois de changer de registre. Dernier point, qui peut sembler accessoire, il n’existe pas de copyright anglais, sauf une vague indication d’un titre anglais. Ce qui tendrait à laisser supposer, et qui s'est avérer par la suite, que le traducteur, Jean-Paul Baudricourt, n’est autre que le prête-nom d’une série française inspirée d’un modèle pseudo britannique qui a fait florès, telles que la série signée Margaret Ring ou précédemment celle de J.B. Livingstone. En fait, le lecteur bon enfant y trouve compte et l’auteur se fait plaisir tout en égratignant par ci par là, mais toujours avec le sourire.


Mary LONDON : La 7e victime. Une enquête de Sir Malcolm Ivory. Editions du Rocher. Juin 2003. 180 pages. 14,20€.

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 14:00

Un titre à double sens !

 

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Dans ce coin de Bretagne voué à la culture mais surtout à l’élevage des porcs et des poules, Michel se bat pour garder le lopin de terre que cultivaient ses parents. Mais face au maire, Raymond Cloarec, propriétaire de la plus grosse ferme de la région, possédant le plus gros élevage de porcs du canton, directeur de la Coopé, le plus gros employeur du secteur, et ses amis, éleveur de volaille, député ou dirigeant de la Fédé, le Syndicat officiel des agriculteurs, ce n’est qu’un fétu de paille qui ne demande qu’à s’embraser.

On ne va quand même pas lui confisquer impunément ses quelques lopins de terre pour engraisser le neveu du maire, surtout si des gros bras le tabasse. La guerre larvée va bientôt devenir guérilla avec l’aide de quelques amis réfractaires et de baba-cools nichés dans les marais. Le premier coup de pied dans la fourmilière sera donné lors du mariage entre les rejetons des deux éleveurs, le cochon et la poule roulés dans la farine (c'est une image mais elle était d'actualité à l'époque !). Le feu d’artifice éclatera lors d’un concert de rock ayant pour vedette une célèbre chanteuse canadienne.

 

patates2.jpgLes personnages de ce roman sont solidement plantés sans manichéisme, et les lecteurs pourront reconnaître quelques figures célèbres, évoluant en tant qu’invités d’honneur, dans un contexte où les magouilles, les corruptions, les prévarications font florès.

L’appropriation des parcelles de terre des petits pour continuer de prospérer à peu de frais n’est qu’une des faces de ce polar rural qui met aussi en évidence d’autres sujets d’actualité, tels que les farines animales, la douce fragrance du lisier, sans oublier le dur labeur des journalistes localiers qui ne peuvent enquêter sur les petites malversations cantonales sous prétexte que cela n’intéresse personne et qu’ils sont payés pour parler des repas du 3ème âge, des comices agricoles, des miss rurales, de la pluie et de beau temps, et surtout pas remuer le fumier.

Un polar rural qui nous change un peu de la banlieue, nous montre, peut-être grossi à la loupe, ce que la France profonde vit quotidiennement.


Claude Le Nocher vous propose une chronique plus approfondie de ce roman sur  Action-Suspense.

 
Gérard ALLE : Il faut buter les patates. (Première édition collection Ultimes N°3, éditions Baleine. 2001). Réédition éditions Locus Solus. Parution 20 mai 2014. 224 pages. 9,50€. Existe en version E. book à 3,99€.

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 16:13

Êtes-vous un Lendore qui s'ignore ?

 

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Il existe une frange de la population qui peut se recruter dans toutes les couches de la société, sans distinction de race, de religion, de physique. Il s'agit des Lendores, dont le nom proviendrait, mais ceci n'est nullement avéré, de cette réflexion : un rien l'endort !

Dans la rue vous reconnaissez le Lendore à cette particularité d'avancer lentement, sans précipitation, alors qu'autour de lui les affamés de la vitesse pestent contre sa lenteur, le dépassant sans respecter la ligne blanche, le bousculant, l'invectivant parfois.

Benoît, qui porte bien son prénom, est un jeune homme de vingt ans, calme, serein, tranquille, pondéré, qui prend la vie comme elle vient sans vouloir à tout prix accélérer le cours des choses. Et sans la connotation péjorative qui parfois entache ce prénom. Il est trop jeune pour connaître cette chanson des Charlots, ce qui ne l'empêche pas d'en appliquer les paroles :

Il y a tant de gens qui se dépêchent

Pour n'importe quoi n'importe comment

Moi je chante en attendant qu'ça sèche

Et je m'en trouve bien content.

 

Ce n'est qu'à l'âge de quatorze ans que Benoît a appris qu'il était un enfant adopté, originaire de Roumanie et que ces parents sont allés cherché alors qu'il avait un an. Mais pour Benoît, ce sont ses parents et il vit très bien comme ça. Benoît était un élève distrait dont les points forts résidaient dans la calligraphie et la rédaction. Après avoir obtenu son brevet, et sur l'avis de la conseillère d'orientation qui estimait qu'il avait assez fréquenté l'école, il est entré comme employé magasinier dans la quincaillerie de monsieur Fraysse. Monsieur Fraysse est d'un tempérament tranquille, placide, et ces deux points communs ont favorisé le rapprochement entre le patron et l'employé. Benoist tient également la comptabilité et durant ses moments libres, il se repose ou lit. Il voyage dans sa tête aussi, et vit des aventures mirifiques teintées de danger dont il se sort toujours à son avantage.

Monsieur, et madame, Fraysse ont une fille qui vient d'entrer en seconde, Pauline, dix-sept ans et qui a patiné deux ans en troisième. Pauline est délurée, et son professeur principal se plaint de ses absences répétées durant certains cours. Selon la rumeur, elle se serait vantée de vouloir déniaiser un de ses condisciples, qui a deux ans de moins qu'elle. Benoît est donc chargé par son patron de surveiller les déplacements de Pauline les après-midi où elle prend un autre chemin que le lycée. Se dissimulant sous les traits d'un jeune homme ordinaire, ce qui ne lui demande aucun effort, il suit donc Pauline, accompagnée d'un jeune homme retrouvé dans le hall de la Gare du Nord, et c'est ainsi qu'il se trouve devant une porte cochère sur laquelle est apposée une plaque : Studio d'art.

Monsieur Félix Belon, un ami du patron, inspecteur de police en retraite qui n'a pu gravir les échelons à cause de sa propension à tirer au clair les affaires dont il était chargé dans la lenteur, a observé le manège de Benoît. De fil en aiguille l'ex-inspecteur confie à Benoît qu'il est l'un des fondateurs du MPL, Mouvement pour la promotion de la Lenteur. Et Benoît va devenir un adhérent de cette association qu'il découvre. Belon va l'aider dans sa filature, prendre sur le fait Pauline qui pour disposer d'un peu plus d'argent de poche posait nue pour un photographe, puis c'est bientôt les vacances. Benoît doit, à la demande de monsieur Fraysse, accompagner Pauline et son amie Alice dans le sud de la France puis en Espagne. Il a bien du mal à canaliser les pulsions de sorties nocturnes de Pauline, et à Bilbao il va faire la connaissance dans un restaurant du marquis Heitor de Carjaval Benito Sousa.

Le marquis est un vieil homme charmant dont la passion réside dans la collection de cartes anciennes : marines, géographiques, planisphères, mappemondes, portulans... L'objet dont il est le plus fier est un immense globe-terrestre de trois mètres de diamètre, qui trône dans une pièce retirée et qui recèle en son sein un petit boudoir avec banquette. Un salon de musique, de lecture, de méditation, propice à voyager sans bouger.

Benoît rentre à Paris accompagné d'Alice, dont il a fait plus ample connaissance, et de Pauline qui s'est assagie. Quant à monsieur Belon il brigue la place de président du MLP mais à la surprise générale c'est Benoît qui est désigné alors qu'il n'était pas candidat.

 

Ce roman s'articule comme un conte philosophique, ode à la lenteur, mais surtout à l'incitation de profiter du moment présent, de ne pas précipiter les événements, de jouir du spectacle de la rue, de la campagne, de voyager dans sa tête et de connaitre de magnifiques aventures en chambre. Ce n'est pas pour autant que le narrateur, Benoît, reste immobile, il va connaître de nombreuses pérégrinations en songe ou dans la vie réelle, et certaines seront semées de danger. Ce n'est pas pour autant que ce roman traîne en langueur et en longueur, au contraire. On le lit avec la soif de connaître la suite, avec un sentiment de frustration arrivé à la dernière page. Celui que ce soit si rapide, et on en aurait bien lu une centaine de plus.

 

De Max Genève, à lire également : Vertiges, Noir Goncourt et La cathédrale disparue ainsi qu'un entretien avec l'auteur.

 

Max GENEVE : Le jeune homme qui voulait ralentir la vie. Editions Serge Safran. parution le 2 mai 2014. 224 pages. 14,50€.

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 07:43

Le temps des cerises... gâtées !

 

fanfare.jpg


Les temps changent, les jeux enfantins restent les mêmes. Le jeune Vicenç, bientôt quatre ans, s'amuse à suivre l'eau qui coule dans les rigoles du village de Céret. Il a plu en abondance ces dernières heures et l'eau tourbillonne pour la plus grande joie du gamin. Il saute, il court, il se penche selon les obstacles en suivant une petite balle blanche qui dévale, entraînée par les flots.

A un moment la petite balle blanche est coincée par un journal. Il récupère cette petite balle et la tend à sa mère. Celle-ci crie d'effroi et tombe dans les pommes, même si ce n'est pas la saison, en s'apercevant qu'il s'agit d'un œil.

Aussitôt un garde municipal, alerté par les cris, s'inquiète de la mère, de l'enfant, et remonte le courant finissant par dénicher sous un petit tunnel aménagé sous un bateau d'accès dans lequel l'eau devrait s'engouffrer, un obstacle qui dévie le flot. Il s'agit d'un corps et des liasses de tracts socialistes.

Cet événement suscite de nombreux commentaires parmi les Cérétans qui observent la scène. Des invectives fusent, alimentées par l'aspect politique de ce meurtre.

Le lendemain, jour du second tour des élections présidentielles, le commissaire principal Fernand Coste, en poste à Perpignan, est chargé de l'enquête. Il a rendez-vous avec son ami Henri Ceris, le député PS de la circonscription, qui lui promet un cageot de cerises Burlat, et qui se confie au cours du déjeuner. Ceris est amer, inquiet et en colère au sujet de la tournure des événements. Au loin, sur la place, une fanfare interprète des airs empruntés au répertoire musical de Léo Ferré.

 

ceret.jpgCet œil qui se complait dans le caniveau représente la double symbolique d'un futur pouvoir, à moins que les Français se ressaisissent lors des prochaines échéances électorales, qui gardera un œil sur les agissements de ses compatriotes ainsi que celui d'un célèbre borgne à l'affront national.

Gildas Girodeau livre une nouvelle sous forme de parabole, avec en toile de fond des élections présidentielles. Une politique-fiction, qui peut se réaliser un jour, peut-être pas si lointain, et qui fait froid dans le dos. La pieuvre commence à étendre ses tentacules un peu partout, s'infiltrant dans les appareils politiques, même si certains hommes politiques s'en défendent arguant de la sécurité publique et refusent toute obédience aux idées d'une organisation extrémiste alors qu'ils mettent en place les mêmes décisions que ceux qu'ils décrient s'apprêtent à appliquer. La parole politique n'est qu'une dialectique destinée à endormir la population.

 

A lire également de Gildas Girodeau : La paix plus que la vérité et  Tempête sur la Belle Maria.

 

A commander sur le site de Ska-Librairie.

Gildas GIRODEAU : La dernière fanfare. Nouvelle. Collection Noire sœur. Editions SKA. 0,99€

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 15:03

Comme disait ma grand-mère, Si ma tante en avait...

 

svastika.jpg


En l'an 799 du Reich, Arno von Hagen semble avoir son avenir tracé droit devant lui. Son père Ulrich est l'un des conseillers du Protektorat d'Ukraine; sa fiancée, Irène von Largo, est la fille du Reichsprotector d'Ukraine et en ce qui concerne sa vie matérielle, il n'y a rien à craindre de ce côté.

Quant aux loisirs et occupations principales, son temps se partage entre la chasse aux ours et aux loups, ainsi qu'à son éducation. Pour compagnie, il possède Orso, un esclave qui lui est tout dévoué. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes mais...

Oui, il y a un Mais. Asbod, la maîtresse d'Ulrich son père, tente de coucher avec lui et de l'initier aux joies de l'amour. Arno ne l'entend pas de cette oreille et juge déshonorante et même infamante l'action de copuler avec sa belle-mère. Frustrée et vexée Asbod décide de se venger et sa vengeance sera terrible.

Mais ne dévoilons pas trop l'histoire et le suspense offert au lecteur n'en sera que plus attrayant.

Alain Paris propose une histoire uchronique mêlée de fantastique et d'héroïc-fantasy. Uchronique par l'extrapolation envisagée par Alain Paris dans le cas où l'Allemagne aurait gagné la Seconde Guerre Mondiale, un Allemagne qui couvrant pratiquement toute l'Europe serait revenue à une civilisation quasi médiévale. Seuls quelques empires se partagent la Terre qui, version officielle, serait une sphère creuse dans laquelle vivrait l'humanité. Je sais que cela prête à rire, mais souvenez-vous de Galilée et sa théorie selon laquelle la Terre serait une boule alors que pour tous notre vieille planète n'était qu'une espèce d'assiette.


svastika2.jpgAlors suivons les tribulations d'Arno von Hagen qui de jeune seigneur presque béni des dieux deviendra esclave et qui par force de sa volonté, par son courage redeviendra un guerrier et peut-être, qui sait, un haut personnage. L'empire germanique, s'il est dirigé par un empereur, normal me direz-vous, est en fait tenu en laisse par la Sainte-Vehme, qui correspond à l'Inquisition espagnole, tandis qu'une autre organisation, plus ou moins secrète et occulte elle aussi et composée d'astrologues, essaie de tirer les ficelles en coulisses, contrecarrant les projets, les agissements de la Sainte-Vehme.

Svastika, suivi de Seigneur des runes (Fleuve Noir Anticipation N° 1635; juillet 1988) à paraître bientôt chez L'ivre Books, composent le début du cycle dit du Monde de la Terre creuse, cycle qui comporte six titres. Grâce à une écriture flamboyante, épique, adressant des clins d'yeux à certaines époques de notre histoire, ces histoires m'ont réconcilié avec Alain Paris, lequel m'avait quelque peu déçu lors de sa précédente incursion dans la collection Anticipation du Fleuve Noir avec Soldat Chien 2.


Alain PARIS : Svastika. Le Monde de la Terre Creuse 1. Première édition Fleuve Noir Anticipation N° 1629. Juin 1988. Réédition L'ivres-Book. 12 Mai 2014. 0,99€.

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 09:08

Bon anniversaire à Jean Contrucci né le 7 juin 1939

 

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Jeune journaliste et chroniqueur judiciaire, Raoul Signoret est convié par son rédacteur en chef de relater l’exécution par la guillotine de l’anarchiste Bérano, accusé d’avoir tiré sur un commissaire de police. Raoul est opposé à la peine de mort. C’est donc contraint et forcé qu’il assiste en ce 24 avril 1899, à cet événement qui attire les foules.

Les compagnons du défunt manifestent et la garde charge aveuglément. Raoul prend la défense d’un des ouvriers pourchassés et apprend que l’homme, du nom de Bouillot et surnommé La Bouille, typographe de son état, a bien connu son père. Une affaire chasse l’autre et Raoul doit assister au procès du docteur Danglars, accusé d’avoir provoqué la mort d’une jeune fille mineure en la faisant avorter. La gamine de dix-huit ans était femme de chambre chez une chanteuse légère. Quant au docteur, il a bonne réputation parmi les petites gens.

Bouillot lui propose de rencontrer un certain Le Tonkinois, un invalide de guerre, qui connaît bien Danglars. D’après Baruteau, l’oncle de Raoul qui lui a servi de père et est l’adjoint du chef de la police de Marseille, non seulement Danglars est médecin mais également chimiste réputé et ancien chef des hôpitaux militaires au Tonkin. Il habite dans le quartier du Rouet, un quartier de pauvres. Lors du procès du bon docteur, les médecins légistes infirment la thèse d’un décès par avortement. La parturiente (primipare) serait morte d’une crise hydatique du foie. Et comme si cela ne suffisait pas à perturber l’audience, le toubib est atteint d’un étrange malaise.

Raoul est convaincu que le docteur dissimule un secret d’importance. Il flaire l’entourloupe, mais d’autres affaires l’attendent. Par exemple un flagrant délit de débarquement sauvage de ballots de drogue dans le port de Marseille, puis une initiation dans une fumerie d’opium et quelques autres avatars dont des démêlés avec les forces de l’ordre à cause de tracts anarchistes et une fâcherie avec son oncle pour avoir mis son nez là où il ne fallait pas.

 

danglars1En général, je me méfie des chroniques dithyrambiques et malgré l’aspect alléchant de la couverture je me suis plongé dans ce roman avec disons une certaine réserve, réserve qui a fondu dès les premières lignes de ce récit en tout point remarquable. Par son côté vieillot ou désuet, mais également par son modernisme. Outre les ingrédients chers aux auteurs des romans policiers des années 30, l’exotisme, les méchants asiatiques, les étranges manœuvres la nuit dans le port de Marseille, l’héroïne (la drogue), l’héroïne (la chanteuse populaire au répertoire grivois), les anarchistes, Jean Contrucci nous délivre un pamphlet contre la condition misérable du petit peuple, l’esprit de libéralisme qui s’instaure afin d’instaurer un système de production et de rendement maximum, même si cela s’effectue au détriment des ouvriers et de leur santé.

Le tout écrit avec élégance et sans forcer le trait. Les préoccupations de la fin du XIXème siècle sont toujours d’actualité. Une réussite qui donne envie de lire les précédents volume consacrés à ce journaliste qui nous fait penser à Rouletabille.

 

A lire également de Jean Contrucci : L'inconnu du Grand Hôtel; Le Vampire de la rue des Pistoles; La somnambule de la rue aux Loups; L'énigme de la Blancarde; Rendez-vous au Moulin du Diable et La vengeance du Roi Soleil.


Et découvrez l'entretien que Jean Contrucci m'avait accordé.


Jean CONTRUCCI : Le secret du docteur Danglars. Les nouveaux mystères de Marseille. Editions Jean-Claude Lattès. Parution Novembre 2004. Réédition Le Livre de Poche octobre 2006. 350 pages. 6,10€.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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