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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 09:06

Avant de dresser le portrait d'Agnès Laurent, auteur de quelques romans dans la collection Angoisse du Fleuve Noir, permettez-moi d'émettre quelques considérations intempestives.

 

agnes-laurent.jpg


Certaines personnes, dont les raisons m'échappent sauf peut-être dans un but lucratif, ont tendance à parer Frédéric Dard de toutes sortes de pseudonymes. C'est ainsi qu'ils lui octroient les noms, au Fleuve Noir, de ceux de Jean Murelli, de Frédéric Valmain/James Carter, Marcel G. Prêtre, de Virginia Lord, Patrick Sven, Jean Redon pour tout ou partie de leurs romans, ou encore chez d'autres éditeurs pour certains titres Georges Langelaan, Michael Maltravers.

Ce "quelqu'un", moi je le soupçonne de trouver des pseudos de Dard un peu partout pour vendre sa marchandise à des prix prohibitifs !

C'est ainsi que s'exclame l'un des intervenants dans une liste laurent3de discussion (Forum BDFI voir également Littérature Populaire). Et personnellement j'ai pu le constater lors de quelques incursions chez les bouquinistes du Square Georges Brassens, situé sur l'emplacement des anciens abattoirs de Vaugirard dans le XVème arrondissement parisien, où des ouvrages côtés 1€ étaient vendus dix ou vingt fois plus avec la mention Pseudo de Frédéric Dard. Pour appuyer leurs affirmations, ces individus signalent qu'entre les romans d'Agnès Laurent et ceux d'Hélène Simart, les différences sont trop importantes pour que la production puisse être imputée à la même personne. Comme s'il n'existait pas de divergence fondamentale entre les romans signés Frédéric Dard et ceux de San Antonio. Et si l'on calcule l'ensemble de cette production attribuée de manière éhontée à Frédéric Dard, il aurait fallu que l'auteur berjallien écrive 36 heures sur 24, à moins de bénéficier de la plume de quelques nègres.

 

Revenons donc à Agnès Laurent qui fait l'objet de cet article.

L'alias Agnès Laurent est non seulement indiqué dans le Dilipo mais il avait déjà été signalé dans Le Vrai visage du Masque de Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret (Futuropolis - 1984) et une recherche sur le site de la BNF le confirme. Il est bien attribué à Hélène Simart, célèbre auteur de romans à l'eau de rose, comme il est convenu d'appeler la production romanesque destinée aux jeunes femmes depuis la nuit des temps, c'est à dire depuis les petits fascicules Ferenczi jusqu'à nos jours chez Harlequin. Or, dans cette production abondante se cachaient et se cachent encore d'autres romancières, et romanciers, qui ont fait leurs preuves par ailleurs, mais je m'éloigne du sujet.

Je confirme également qu'Agnès Laurent est bien l'un des pseudonymes d'Hélène Simart puisant mon affirmation dans un document dont je vous livre ci-dessous et in-extenso la teneur.

 

AGNES LAURENT, héritière de Bizet, est fermée à la grande musique, mais aime inventer les intrigues.

Je suis née à Paris, le 15 octobre 1918, sous le signe de la Balance. Mes parents divorcèrent quand j'avais trois ans. Tout prend sa source dans l'enfance...

Je n'aurais certainement pas eu le même caractère ni la même destinée si j'étais restée dans un foyer uni. Elevée avec tendresse par mes grands-parents, mais séparée de mon frère et de mes parents, je fus une petite fille triste. Ma mère, chanteuse (petite fille de Georges Bizet), ne venait me voir qu'épisodiquement. Quant à mon père, il dirigeait une imprimerie et était écrivain. Remarié, il mourut jeune, à la suite du décès tragique de sa nouvelle femme. Comme les derniers romantiques, il est mort d'amour. J'ai hérité de son âme.

La nostalgie du foyer perdu

A sept ans, je publiais fièrement un poème intitulé L'Anguille dans le journal de Jaboune : Benjamin. Puis bien d'autres, au fil d'une adolescence timide et mélancolique. Mais les poèmes ne sont qu'un exutoire et n'intéressent que ceux qui les écrivent. J'en possède plein une malle qui ne seront jamais publiés !

J'ai continué mes études jusqu'au bac, au lycée Racine, où je disputais les premières places de dissertations à Françoise Parturier qui est devenue "une grande".

Quelques années de pension achevèrent de me donner la nostalgie de foyer perdu. A dix-huit ans, un mariage-éclair, sur un coup de tête, sans amour vrai et vite dissous. C'est alors que j'ai été "catapultée" dans la vie. Divers métiers : vendeuse, secrétaire, figurante, barmaid, ouvrière.

Une anecdote : ayant travaillé pendant quatre mois dans une usine de chocolat, à Bobigny, j'ai été ouvreuse et, à l'entracte, vendait ces mêmes chocolats qu'aujourd'hui je déguste, confortablement installée dans une loge de théâtre. Trois étapes...

Pendant toute cette période, je n'ai jamais cessé d'écrire. C'est un besoin qui n'a rien à voir avec l'argent. Tout d'abord des contes courts dans l'Aurore, puis des nouvelles et des romans complets dans divers hebdomadaires féminins, enfin des romans.

J'aime camper un climat, alterner les genres. Romans roses et romans noirs. Avant d'écrire une histoire, j'y pense pendant de longs mois. Mais je l'écris très vite. Quinze jours ou trois semaines.

Il y a quelques années, j'ai connu la plus grande aventure qui puisse arriver à une femme, son plus grand bonheur aussi. Un grand amour : mon mari. Deux fils... Enfin un foyer heureux, bien à moi. J'essaie de concilier ma vie familiale et mon travail. Ce n'est pas toujours facile, mais heureusement pour moi, j'ai bon caractère et ne suis pas maniaque. Je m'arrange, je triche, car mon appartement est petit. Ma machine change souvent de place. Parfois, je fuis le jerk qui jaillit de l'électrophone de mon plus jeune fils pour me réfugier dans la cuisine ou la salle de bain !

Les plus beaux voyages sont immobiles

simart2.jpgEn 1965 je reçois le Prix du Roman Populaire. Le nom me plaît. Je n'ai jamais pensé lancer un message à l'humanité ! Distraire certains me suffit. En 1967, le Prix Max-du-Veuzit, qui récompense le roman le plus reproduit.

J'ai peur de ne pas avoir assez d'une existence pour réaliser tous mes projets; écrire tous les sujets qui me passent par la tête. Mais je n'ai pas peur de la mort. Ma santé a été toujours fragile. Je ne m'en soucie pas. Une seule angoisse : qu'il arrive malheur à ceux que j'aime. C'est ça, la fin du monde.

J'aime inventer des intrigues, imaginer des héros ou les prendre sur le vif, à l'occasion d'un fait divers ou en "regardant l'humanité sous le nez".

Les voyages ? Si je m'écoutais, je resterais chez moi ! Les plussimart3.JPG beaux voyages sont immobiles, les plus grandes aventures sont intérieures... Mais mon mari me force à voyager. Il n'a pas tort, car on ne décrit bien que ce qu'on a vu.

Malgré ma peur-panique de l'avion, j'y suis montée, car un de mes personnages était pilote. Conscience professionnelle ! La peur subsiste.

Mes goûts ? Simples. Je n'aime ni la violence ni l'injustice. Je ne juge jamais personne, car les défauts sont des maladies de l'âme et il n'y a pas de coupables, seulement des victimes. Il faut aider et plaindre et non blâmer. Mon frère, qui est président de Tribunal, ajoute en souriant, quand nous discutons sur ce sujet : punir. "Pour moi, la bonté passe avant l'intelligence"., jamais du chasseur. Pourtant, mon mari est un haut fonctionnaire de la police ! A mon avis, l'indulgence est la plus grande qualité. Il n'y a qu'une chose que je n'admets ni ne pardonne : la guerre. Non seulement elle est cruelle, mais si inutile ! L'orgueil aussi est un défaut stupide.

L'amitié ? Un sentiment d'homme que je n'ai pas rencontré.

Après la littérature, c'est la peinture que je préfère. Mais je suis "fermée" à la grande musique. Je ne lis pas autant que je le voudrais. Question de temps, ce temps qui ne nous donne jamais celui de réaliser tous nos rêves.

On me croit gaie, parce que je suis vive, souriante. Mais, "à l'intérieur" je suis mélancolique.

La joie, comme la foi, question de grâce

Quand j'avais vingt ans, je pensais : "on ne peut pas être à la fois gai et intelligent". Bien sûr, depuis, j'ai révisé ce jugement, mais il m'en reste des traces. Comme disait Chateaubriand : ... ma mère m'infligea la vie... Le courage, c'est quand même d'essayer de vaincre la tristesse. La joie, c'est comme la foi. Question de grâce. Ne l'a pas qui veut, malgré ce qu'en disait Pascal.

De même qu'il n'y a pas d'athées à part entière, je ne crois pas qu'il existe un chrétien sans doute, il m'arrive de murmurer : "Mon Dieu, faites que vous existiez..." A mon avis, l'existence de Dieu est le plus grand problème. Nul ne l'a résolu. Mais si le Christ n'est qu'une histoire, du moins elle était belle.

Revenons à l'inspiration. Certes, ce n'est pas un mythe et l'on écrit ses meilleures pages sous son impulsion. Pourtant, elle ne vient pas toujours, cette inspiration ! Et il faut bien "s'y mettre", car on n'écrirait pas assez. Ecrire n'est sans doute pas un travail comme les autres, mais c'est un travail quand même. Les paresseux ne font rien.

Un jour, une brave femme qui venait de lire un des mes romans m'a dit : "Vous avez de la chance, c'est quand même moins fatigant que de bêcher son jardin ! Et puis, ça vous vient tout seul".

Elle avait à la fois tort et raison.

Pour résumer, une maxime que j'aime et dont je fais ma règle de vie : "Le bonheur est fait de tous les malheurs qu'on n'a pas".

 

Source : Fleuve Noir Informations. Numéro 68 d'octobre 1970. (merci à Alain de la Bilipo qui m'a transmis la photocopie de couverture ainsi que celle de l'article.

 

Evidemment, ceux qui affirment toujours qu'Agnès Laurent n'est qu'un avatar de Frédéric Dard objecteront que celui-ci a très bien pu écrire ces lignes pour noyer le poisson. Une assertion à laquelle je rétorquerai que s'il a obtenu le Prix du Roman Populaire 1965 pour La fille aux yeux dorés (Bibliothèque de la Famille, Editions Tallandier) ainsi que le Prix Max-du-Veuzit 1967 pour Le prix du Silence (collection Floralies, éditions Tallandier), il faudrait le créditer également du pseudonyme d'Hélène Simart puisque ces deux romans sont signés de ce nom. Il faut être sérieux et ne pas affirmer sur uniquement des présomptions ou de vagues ressemblances dans les textes des romans édités. Les argumentations avancées ne tiennent pas la route.

 

Bibliographie d'Agnès Laurent :

 

Collection Angoisse au Fleuve Noir :laurent2.jpg

182 - Au cœur de ma nuit

188 - L'Ultime rendez-vous

194 - Le Justicier

206 - L'Ennemi dans l'ombre

228 - Le Sang des étoiles

237 - Requiem pour un fantôme

 

Aux éditions du Masque

1520 - L'assassin qui aimait les rousses.

 

Aux éditions Del Duca, dans l'hebdomadaire Nous Deux :laurent1.jpg 46 nouvelles policières de fin 1974 (numéro 1429) à juin 1982 (numéro 1823) dont :

1550 (23 mars 1977) : Il se prenait pour Sherlock Holmes

1614 (14 juin 1978) : L'innocent assassin

1712 (30 avril 1980) : Enquête pour un défunt.

Si l'on prend pour argent comptant la thèse qu'Agnès Laurent et Frédéric Dard ne sont qu'une seule et même personne, il faudrait donc ajouter à la production de l'écrivain berjallien des nouvelles parues dans le magazine Nous deux, ce qui serait pour le moins surprenant. Et je pense que cet hebdomadaire se serait enorgueilli de l'avoir comme nouvelliste.

 

Sous le pseudonyme d'Hélène Simart :

 simart1.jpg

Editions Ferenczi : Six romans dans la collection Petit Livre de 1957 à 1958.

Editions Del Duca : Huit romans dans la collection Delphine de 1958 à 1969 et vingt nouvelles pour le magazine Nous Deux de 1975 à 1984.

Editions Tallandier : Environ cinquante romans dans les collection Pervenche; Sept Couleurs; Bibliothèque de la famille; Arc-en-ciel; Floralies; Quatre couleurs.

 

Sous le pseudonyme d'Emily Smith :

4 romans dans la collection Colombine chez Harlequin de 1981 à 1983 plus 3 nouvelles dans Nous Deux en 1977 et 1978.

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 12:21

Hommage à Pascal Garnier né le 4 juillet 1949.

 

grand-loin.jpg


Marc n’est pas un homme contrariant, au contraire, il laisse parler les autres et ne les interrompt pas, ne les contredit pas et lorsque la conversation pourrait s’envenimer, pas par sa faute, il s’arrange pour changer d’aiguillage. C’est un sexagénaire impassible aussi bien dans la vie courante qu’à la maison. Bref, quelqu’un de calme, de pondéré, presque d’insignifiant.

Jusqu’au jour où il sort de son hibernation. Ça commence par une phrase lancée au cours d’un dîner, juste une phrase, puis Marc se replie dans sa coquille. Ensuite il achète un chat, pas de toute fraîcheur mais qui lui a tapé dans l’œil à cause de sa nonchalance. Il rend visite à sa fille qui végète dans un hôpital psychiatrique, avant la date du rendez-vous annuel, le jour anniversaire d’Anne, issue d’un premier mariage.

S’il a divorcé des années auparavant, ce n’était pas de son fait mais celui d’Edith sa femme volage. Depuis, il s’est remarié avec Chloé et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il retourne rendre visite à Anne le bon jour cette fois, et cela se passe comme les autres fois, ou presque. Il a apporté des friandises, sa fille fume une cigarette, ils se promènent dans le parc, malgré le temps maussade.

Alors que Chloé envisageait un voyage d’une semaine en amoureux, et qu’il était d’accord, comme d’habitude, Marc est pris d’une envie subite. Emmener Anne à la mer, au Touquet. Muni de la bénédiction du responsable de la clinique, les voilà tous les trois passant quelques jours sur une plage déserte, la saison n’étant pas favorable à la transhumance touristique. Tous les trois ? Oui car Boudu, le chat, fait partie de l’expédition.

Mais cette escapade ne lui suffit pas et Marc propose à Anne de l’emmener plus loin, dans le Sud, peut-être en Espagne. Un chemin balisé d’embuches, de cadavres, mais Marc, en aveugle, ne se rend compte de rien. A moins qu’une fois de plus il se retranche derrière une impossible placidité, ayant oublié d’ôter ses œillères.

Comment un homme rangé peut-il changer du jour au lendemain, découvrir dans sa tête un grain de folie qui germait peut-être depuis des années et dont l’éclosion a été favorisée par un petit rien ? Pourquoi quitter la quiétude d’un foyer et partir sur les routes, à l’aventure, sans que rien ne soit préparé avec la minutie coutumière ? Quelle est la cause de cette fracture mentale ?

Pascal Garnier nous entraîne une nouvelle fois dans la dérive de personnages qui vont au fil du récit muter, se transformer, mettre au grand jour leur besoin de s’affranchir, prendre des initiatives même si elles se révèlent malheureuses. Des personnages que l’on croise avec indifférence dans la rue, sans se rendre compte qu’ils ont en eux une vie intérieure totalement dissemblable de leur apparence et dont ils ignorent l’existence. Des personnages falots que de petits riens accumulés au fil du temps convertissent en aventuriers à la recherche d’une autre vie. Une envie, un besoin qui peuvent rapidement être jugulés, car ce n’est pas dans leurs habitudes de se conduire en rebelles de leur destin. Une nouvelle fois une histoire sensible, humaniste, dérangeante, qui peut nous arriver à vous, à moi, à tout un chacun installé confortablement dans son train-train quotidien.

Pascal Garnier nous a quitté le 5 mars 2010. C'était un grand monsieur !


Pascal GARNIER : Le Grand Loin. Editions Zulma. Parution 7 janvier 2010. 158 pages. 16,80€.

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 12:17

Bon anniversaire à Viviane Moore, née le 3 juillet 1960.

 

moore.JPG


Si elle n'a pas été le précurseur du roman policier historique, Ellis Peters a, en créant le personnage du moine Cadfael, insufflé une nouvelle dynamique à un genre exigeant puisque, au delà de l'énigme proposée, doit se greffer la description véridique d'une époque.

Ce qui suppose une recherche et une connaissance approfondie des mœurs, des lieux géographiques, des personnages qui composent le support de la narration.

Viviane Moore, une Française comme son nom ne l'indique pas, situe l'action de ses romans au XIIème siècle. Avec le personnage de Galeran de Lesneven, un chevalier errant breton qui enquête dans la France médiévale, elle nous plonge dans l'atmosphère de cette période, plus complexe et moins retardée qu'on pourrait le croire. Les énigmes servent de support à décrire une société brutale, violente, mais possédant le goût de la fête, régie par la religion toute puissante.

Dans Rouge Sombre l'évêque de Lisieux mande au chevalier errant de convoyer un prélat jusqu'en l'abbaye de Jumièges et de veiller à sa sécurité jusqu'à ce que la mission confiée au moine soit menée à bon terme. En effet d'étranges événements perturbent la tranquillité du lieu saint : le sceau de l'abbé et une relique du Saint Patron de l'abbaye ont disparu tandis qu'un scripteur anonyme se plaint du manque d'autorité du père abbé.

Lorsque GaleraVivianne-Moore.JPGn et Odon, sorte de missi-dominici religieux, arrivent sur place, les habitants du hameau dépècent une baleine harponnée par Ruriok le Danois et qui remontait le cours du fleuve. Seulement des pêcheurs sont morts à cause d'une maladresse du Danois. Un moine est retrouvé noyé dans les marécages et cet incident est mis sur le compte du Garou lou, ou Loup Vert.

De plus une algarade oppose le Danois à l'un des palefreniers de l'abbaye, Roderick. Tous deux sont épris d'Edel, une jeune villageoise qui joue avec les cœurs des hommes. L'invasion danoise date de quelques générations, pourtant le ressentiment existe toujours.

C'est dans cette ambiance de meurtre, de sacrilège, de sorcellerie, d'amour et de phénomènes naturels tels que la remontée du fleuve par les souffleurs (grandes baleines) et la marée d'équinoxe qui ravage tout sur son passage que Viviane Moore plante le décor dans lequel évoluent Galeran et son compagnon Odon. Un roman fort bien document‚ agrémenté de petits plus : une bibliographie, un lexique médiéval et quelques recettes de cuisine.

 

A lire également de Viviane Moore : Jaune sable et La couleur de l'Archange.

 

Viviane MOORE : Rouge Sombre. Collection Labyrinthe N° 17. Editions du Masque. Parution octobre 1997. 286 pages. 6,10€.

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 09:34

Le roman policier américain à la sauce française !

 

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Parodie du roman policier américain, on retrouve dans C'est eau mais c'est triste le personnage de Sam Murchison, lequel évoluait déjà dans C'est bon mais c'est chaud (même éditeur, en 1990). On sent comme une influence de San Antonio et le style narratif est plaisant même si cela ne confine pas au chef d'œuvre. Cela se lit comme une récréation, histoire de se changer les idées et de prendre du bon temps.

Sam Murchison, détective privé à New-York, sorte de Mike Hammer antifasciste (non, c'est une mauvaise image), plutôt de Philip Marlowe sentimental, découvre son ami Joe dans un bien triste état. Mort, pendu comme une vulgaire carcasse de viande chez le boucher, pieds et mains coupés. Dans la consigne de Grand Central Station qui servait de coffre-fort à Joe, Sam trouve, outre les affaires habituelles, un billet d'avion aller-retour New-York/Paris, un carnet d'adresse, et une bouteille de vin datant de 1942 à l'étiquette un peu spéciale, rédigé moitié en français moiti‚ en allemand.


Caunes2.jpgA Paris Sam retrouve son copain Antoine de Caunes lui-même, présentateur vedette et bouffon d'une émission télévisée culinaire, sorte de Jean-Pierre Coffe.

Coups tordus, échanges de pruneaux indigestes, jolies filles pas farouches, réparties caustiques, tout les poncifs sont accumulés et pourtant ça se lit avec jubilation. D'autant qu'Antoine de Caunes n'est pas toujours très tendre avec les personnages réels évoqués dans ce roman narré par Sam, lui-même étant une sorte de faire-valoir.

 

A noter que ce roman est également disponible en version Kindle à 6,99€. Vraiment pas de quoi négliger la version papier qui elle est à 6,75€ en tenant compte de la remise des 5% !


Antoine de CAUNES : C'est beau mais c'est triste. (Première édition Editions Fleuve Noir. Octobre 1998). Réédition J'ai Lu Policier. Parution 28 mai 2014. 286 pages. 7,10€.

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 11:10

Les douceurs provinciales !

 

morvan1.jpg


En général, un bandeau rouge tenant serré entre ses petits bras musclés, ou non, la couverture d'un livre, et sur lequel est apposée une inscription louangeuse émanant d'un confrère de l'auteur, d'un libraire médiatique ou conseillé par un critique en vue, me fait fuir. Nonobstant, ayant reçu ce roman en service de presse, oui je l'avoue, je ne pouvais me défiler.

Policier, depuis une petite dizaine d'années, et dont le rôle n'est pas d'enquêter mais de prendre en photo des scènes de crimes de sang, Franck Bostik est attaché au commissariat du Xème arrondissement de Paris. Il est membre de la police scientifique. Auparavant il était affecté en Seine-Saint-Denis. Originaire de Nevers, il vit en concubinage avec Cécile, une intermittente du spectacle qui a prêté son physique pour incarner Rohna, l'héroïne de Princess of War, un jeu de rôle très en vogue auprès des amateurs de jeux en ligne et auquel il s'adonne volontiers. Mais leur couple commence à tomber en déliquescence.

nevers.jpgBostik revient d'une enquête sur le terrain, une jeune femme lardée de coups de couteau, dont le principal suspect, son amant, aurait avoué le forfait. C'est alors que sa mère, qui vit toujours à Nevers l'appelle par téléphone au commissariat. Et ce n'est pas pour lui débiter les banalités habituelles mais parce que Pattes-de-Poulet a disparu. Il s'en souvient bien du gamin ainsi surnommé à cause de ses frêles guiboles. Matthieu Lechartier, un môme de la cité ouvrière où sa mère habite toujours. En ce temps là Bostik était éducateur au club de foot et il avait eu le gamin durant trois ans. Matthieu n'avait à l'époque qu'une dizaine d'années, ne savait pas parler et était taciturne, jusqu'à ce qu'un orthophoniste lui débloque les mâchoires. Bostik a eu les genoux bousillés par des blessures de foot et comme il a refusé de se faire opérer, au grand désarroi de son père, depuis il s'en ressent.

Madame Lechartier contacte également Bostik, et comme celui-ci vient de se faire remonter les bretelles par Cécile, sous le prétexte qu'il coucherait avec leur Laure leur voisine, il décide de prendre quelques jours pour aller enquêter sur place. Cela lui changera les idées pense-t-il, mais son supérieur n'est pas chaud pour lui octroyer les jours auxquels il a droit. Après tergiversation, le voilà qui rejoint la cité morvandelle accompagné de son chien Paf dans sa vieille super5.


Aviatrice 02

Arrivé à la cité ouvrière où habite la mère de Pattes-de-Poulet, à Varennes-Vauzelles, non loin de la statue de l'Aviatrice érigée en la mémoire d'Evelyn Frost, Bostik entame ses premières démarches. Alors qu'il repère les lieux, il se fait alpaguer par un voisin, Simon, qui s'adoucit lorsque Bostik lui apprend qu'il s'inquiète du sort de Matthieu. Simon est un bon bougre qui a eu des ennuis lorsque, étant maître-nageur, une scène avec des enfants a été mal interprétée. Puis Bostik a recours à un gamin qui ouvre sa portière, les clés étaient restées à l'intérieur en compagnie de Paf, vous devinez la suite, qui lui fournit quelques renseignements en échange de billets en euros. Matthieu avait un copine, chanteuse dans un groupe, ainsi qu'une adolescente au look gothique.

Des pistes que Bostik va explorer et auxquelles d'autres viennent se greffer lorsqu'il rencontre enfin la mère de Matthieu puis les gendarmes sensés rechercher le fugueur, car l'hypothèse d'un enlèvement n'est pas encore retenu. Puis il est à la recherche d'un SDF surnommé le Sanglier qui vit dans une église et aurait été vu portant au poignet une montre ressemblant à celle de Matthieu. Ses pas le portent dans une boîte de nuit spécialisée échangiste et dont le patron serait l'amant de la mère de Pattes de Poulet, sur les plages du bord de Loire puis dans la forêt des Bardiaux, en un lieu nommé Bibracte, un parc archéologique datant des Gaulois et possédant des ruines romaines. Et le portable de Matthieu reste obstinément muet.

Plus que l'enquête de Bostik, effectuée malgré ses collègues et les gendarmes morvandiaux, en compagnie de Simon, de la Gothique et du Sanglier, c'est le regard jeté par l'auteur, Laurent Rivière, sur cette région et ses habitants, ainsi que sur les paysages traversés de Nevers à Château-Chinon. Les douceurs provinciales n'ont plus cours et les ruraux rivalisent avec les banlieusards parisiens dans les petits délits et la consommation de drogue. Ainsi l'ado boutonneux qui a dépanné Bostik, déverrouillant la portière de sa voiture à l'aide d'un cintre, cultive dans un placard du cannabis. Agnès, la gothique, qui consomme malgré son jeune âge et plus que de raison boissons alcoolisées et drogue, rêve d'intégrer le monde du spectacle. Le Sanglier, la mère de Matthieu, agréable quadragénaire et quelques autres complètent la galerie. Sans oublier ce restaurant qui sert des plats régionaux proposés à la carte déclinés en patois local.

Mais Franck Bostik, malgré son statut de policier, se montre parfois naïf ou négligent, un peu léger dans son travail. Ainsi il oublie de refermer une fenêtre, alors qu'il pleut, sur une scène de crime; il met à la poubelle une photo sur laquelle un mégot apparait et qui n'a pas été repéré par ses collègues, afin d'éviter à ceux-ci une sanction; ou encore lorsqu'il laisse les clés sur le contact de sa voiture en pleine forêt, la fermeture de sa portière par son chien ne lui ayant pas suffit de leçon.

Ce n'est pas un robot, il pense et ce qu'il sait de lui ne le réjouit guère : Je n'étais pas saisi de l'affaire, je n'étais pas en service et je n'étais pas territorialement compétent. Bref je n'étais rien... ça m'a foutu un coup de blues de comprendre ce que je savais déjà : j'étais un type paumé qui avait joué les détectives pour redresser une conscience écornée par mille trahisons envers son amie, envers les femmes, sa famille... envers un adolescent qui lui avait offert sa confiance. Un homme normal empêtré dans un état d'esprit en butte à ses contradictions et ses incertitudes.

Mais je n'ai pas compris pourquoi Bostik, qui est rattaché au commissariat du Xème arrondissement se déplace sur une scène de crime rue d'Alésia, qui est dans le XIVème. Peut-être la pénurie d'effectifs !

 

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Morvan2.jpg

A noter, et cela n'est pas indiqué en copyright sur ce volume édité par les éditions de l'Escargot Savant, et je le déplore, que cet ouvrage a déjà profité de deux éditions. Sous le même titre en avril 2009 aux éditions Demeter, et sous le titre Morvan mauvais dans la collection Régiopolice aux éditions Sirius en mai 2012.

 

 

 

 

Laurent RIVIERE : Morvan de chien. (Première édition : éditions Demeter. Avril 2009). Editions de l'Escargot Savant. Préface de Claude Mesplède. Parution le 25 juin 2014. 200 pages. 15,00€.

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 08:12

Et ce ne sont pas des poissons carnivores, quoique... Bon appétit !

 

odessa.jpg


Franchement, Marco n'a pas de chance avec les femmes. D'abord il est assailli par les récriminations acrimonieuses et téléphoniques de sa mère qui lui reproche de l'avoir placée dans un mouroir dans le Sud de la France. Ce qui n'est pas vrai, mais pas faux non plus. Ensuite sa copine Kristel vient de le mettre à la porte de chez elle avec slips et guitare balancés sur le trottoir depuis son balcon pour d'obscures raisons dont celle de mettre son appartement dans un désordre indescriptible.

Alors il ne lui reste plus qu'à se consoler à visionner chez lui quelques nanars afin de s'endormir sans réfléchir.

Le lendemain il quitte son appartement de Malakoff pour se rendre au siège de la société TracFood, dont il est l'un des deux fondateurs avec son associé Camille Dupreux. TracFood est une société de conseil dont la fonction est de déterminer pour des compagnies agroalimentaires la traçabilité des produits contenus dans des plats cuisinés. La provenance des matières premières mais également les conditions d'hygiène et la culture des matières premières, poisson, viandes ou légumes et leur élaboration dans des plats cuisinés. Pour l'heure ils n'ont guère de clients mais ils espèrent bien pouvoir se développer, ayant obtenu une accréditation gouvernementale. Camille Dupreux est un ancien officier de marine marchande, teigneux, grognard grognon et qui ne fait pas dans la dentelle. Ils ont depuis deux ans un unique employé, Andréa, d'origine crétoise, qui s'attelle aux fonctions administratives de ces experts en sécurité alimentaire.

Alors que Marco se demande ce peut bien faire Camille dont il n'a pas de nouvelles, Andrea l'informe que l'ex-marin est parti depuis deux jours, qu'ils ont eu une engueulade, puis il part emmenant quelques dossiers avec lui afin de travailler chez lui. En fin de journée Marco regagne son appartement, Kristel devant passer le voir. Il prépare le champagne pour fêter une éventuelle réconciliation lorsque la sonnette retentit. Il est tout étonné de découvrir devant lui une jeune femme habillée dans une tenue plutôt légère. Elle se prénomme Léna, d'origine roumaine, et elle lui remet une enveloppe que lui aurait confiée Camille. Et c'est alors que Kristel déboule. Interloquée devant le duo ainsi formé, elle se méprend et claque la porte. C'est foutu pour la réconciliation.

odessa1.jpgL'enveloppe contient des documents écrits en chinois et seule la mention Kiev Import est lisible. Commence alors une randonnée qui va mener Marco chez Camille, une péniche sur les bords de la Seine et qui a été dévastée, puis chez un ami qui vit dans une espèce de mirador avec pour compagnons un couple de pigeons nommés Kate et William, et qui est un hacker surdoué et sait lire le chinois. Ensuite Marco se rend à Arromanches dans le Calvados, puis en Chine et en Ukraine à la recherche de son ami Camille, le tout ponctué de pièges dont il se sort péniblement avec l'aide de Lena. Et ce qu'il voit et apprend en matière de productions alimentaires n'est guère ragoûtant. Et surtout que Turenne, l'un de ses rares clients pour ne pas dire le seul, un ami de la famille qui lui a servi occasionnellement de père depuis que son géniteur est parti en Argentine, cela fait une ou deux décennies, que Turenne n'est pas blanc comme la viande de poulet qu'il produit dans ses usines bretonnes.

Et qu'est devenu Camille pendant ce temps, me demanderez-vous avec juste raison. Il ne joue pas à l'Arlésienne mais il est retenu dans un dépôt à Odessa, car il s'est fait épinglé par un nommé Zarov, le patron de Kiev Import alors qu'il tentait de s'introduire en catimini afin de procéder à des vérifications pour valider ou non les produits qui doivent être commercialisés en France.

 

Plus que les tribulations de Marco, c'est le sujet même du romantilapia.jpg qui interpelle le lecteur, surtout si celui-ci est soucieux de sa santé, des modalités d'hygiène des produits alimentaires ou même dans quelles conditions les animaux sont élevés avant de finir dans les assiettes. Et il ne sera pas déçu, mais il ne faut pas non plus devenir paranoïaque et devenir végétarien pour autant. D'autant qu'avec les OGM les risques ne sont pas exclus non plus. Donc ce roman est une introspection réaliste permettant de se méfier. Surtout des produits trop bon marché dont la provenance est aléatoire (et non aller à Thouars). Et il ne faut pas s'étonner si des Chinois préfèrent acheter des produits français que leurs produits locaux. Quoique les producteurs, les industriels et les importateurs peuvent nous retourner le compliment : Mes poissons n'ont jamais tué personne, s'emporta Vinesh. Pour qui vous prenez-vous ? Je n'en peux plus de ces occidentaux qui donnent des leçons à la terre entière, mais ne sont finalement pas mieux que les autres. Rappelez-moi d'où est partie la crise de la vache folle ?

 

Pour autant il ne faut pas oublier le côté humoristique et parfois burlesque de ce roman ancré dans une noirceur parfois violente. Des personnages presque caricaturaux hantent ce récit, mais il ne faut pas se fier non plus à une première impression car certains de ceux-ci existent même si vous ne les côtoyez pas dans la vie courante. Lim le Bidouilleur, hacker hors pair se méfie de la NSA, la fameuse Agence de Sécurité Américaine. Plus moyen d'aller pisser sans que le bruit des gouttes soit enregistré sur un disque dur à six milles kilomètres d'ici. Même les hackers en sont victimes. Alors je me suis dis qu'il n'y avait qu'un moyen d'envoyer des messages en toute sécurité : le pigeon voyageur. La présence de Lena donne une vision poignante de ces jeunes Roumaines qui débarquent en France à leur corps défendant, et au lieu de les traquer il vaudrait mieux les plaindre et trouver des solutions.

Et sans être justement un roman à messages, mais parfois s'inscrire comme un reportage ou la mise en lumière de pratiques délictueuses grossies par l'effet loupe, Les Fauves d'Odessa est fortement ancré dans l'actualité.


Charles HAQUET : Les fauves d'Odessa. Le Masque poche N°48. Editions du Masque. Parution le 4 juin 2014. 288 pages. 6,90€.

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 09:29

Hommage à Frédéric Dard, né le 29 juin 1921.

 

Dard2.jpg


Il règne sur ce roman daté de 1951 comme une ambiance parodique du roman noir à l’américaine, jusqu’à l’épilogue qui est le retournement de situation indispensable pour contrebalancer tout ce qui a été écrit auparavant.

Cornel Milk est l’un des nombreux pseudonymes utilisés par Frédéric Dard/San Antonio lors de ses débuts en littérature. Il est à noter toutefois que San Antonio existait déjà puisque le numéro 11 (Laissez tomber la fille) de la collection Spécial Police du Fleuve Noir date de 1950.

Mais, soit Le tueur aux gants blancs est une œuvre de jeunesse rédigée avant la production du Fleuve Noir et publiée après pour une raison ou une autre, soit ce roman préfigure l’antagonisme qui va s’établir entre Dard/San Antonio, la frontière de définissant de façon imperceptible mais progressive. Le début ressemble à un pastiche, l’épilogue à une histoire psychologique dont Dard a su se faire le chantre.

La démarcation s’établit entre le passage du “ Je ”, permettant à l’auteur de converser avec le lecteur, de le prendre pour témoin, et même pour complice, au “ Il ” qui s’inscrit comme le rejet du personnage par son auteur. Mais quid de l’histoire ?


Après avoir passé la soirée dans une petite réception, Jerry, détective privé, trouve allongée sur le divan de son salon une jeune femme. Un rien l’habille : elle ne porte pour tous vêtements que soutien-gorge et slip. Emoustillé, Jerry lui accorde ce qu’elle demande, c’est à dore un baiser fougueux. Il procède à quelques ablutions dans la salle de bains, enfile son pyjama et lorsqu’il réintègre le salon, il retrouve sa partenaire inconnue dans la même position, mais la gorge tranchée ! Il appelle aussitôt Peter, son associé, qui prélève sous les ongles de la morte quelques fils blancs. Alors qu’ils se préparent à embarquer le cadavre, un télégraphiste leur remet un pli que Jerry empoche sans en lire le contenu. Les deux compères jettent le cadavre roulé dans la housse du divan dans l’Hudson. Le sac à main de la victime a disparu et le portier leur annonce qu’il a trouvé une chaussure.


dard.jpgLe roman continue ainsi à un rythme soutenu, truffé de coups d’éclats, de retournements de situation et de scènes hautes en couleur. On est frappé par le rôle de l’alcool, constamment présent et qui dégouline des pages. D’ailleurs Jerry reproche à son associé de boire un peu trop, même si sa propension à ingurgiter rye, bourbon et autre scotch est de nature à accélérer le mouvement des petites cellules grises de Peter. Ce qui permet à Frédéric Dard d’user de métaphores dans ce genre : “ Peter traversa toute la pièce et s’abattit sur ma bouteille de Canadian comme une volée de condors sur une charogne ”. Enfin, il ne faut pas oublier que nous sommes dans un roman policier et que l’hémoglobine en général joue un rôle prépondérant dans les descriptions de scènes tragiques : “ Le sang giclait de son corps comme l’eau d’un tuyau d’arrosage crevé ”.


Frédéric DARD, alias Cornel MILK : Le tueur aux gants blancs. Première édition La Loupe, collection policière. Editions du Puits Pelu. Réédition Fayard juin 2007. 160 pages 15,30€.

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 14:25

Dans chaque légende, il y a toujours une part de vérité.

 

goodbye-billy.jpg


Pendant dix-sept ans, Richard A. Benton a été agent spécial du F.B.I. puis il a été viré comme un malpropre. Et le voilà nommé comme chef de service à la Bibliothèque du Congrès de Washington, responsable d'une petite phalange de trois personnes et chargé de mener à bien les enquêtes diligentées par les sénateurs. Lui qui était habitué à côtoyer l'action, le voici devenu le chef des Rats de poussière.

Cette équipe est composée de Maureen McCornwall, à l'allure de punkette mâtinée rebelle gothique, d'Antonia Horowitz, fringuée limite loubard, bardée de diplômes et responsable informatique et technologies nouvelles, et de Andrew Kerouac, aucune parenté avec Jack, archiviste et doyen de la bande. Mais Dick (diminutif de Richard) Benton se rend vite compte qu'il n'est pas à la tête d'une équipe de bras cassés, de farfelus comme il le croyait au départ et que les résultats des enquêtes qui leurs sont confiées ne sont pas forcément transmis au FBI, à la CIA et autres services dits de sécurité comme la NSA, ou alors ils sont vidés d'une partie de leur contenu.

Le sénateur Allan Lloyd Ferguson est candidat à la primaire républicaine dans la course à la Maison Blanche. Digne descendant d'une lignée de Ferguson ayant tous gravité dans les arcanes de la politique il vise plus haut, et les Rats de poussière enquêtent sur son cas afin d'éviter que certaines affaires viennent par la suite entacher son éventuel succès. C'est Antonia qui s'est attelée à la tâche et elle a remonté le temps, jusqu'au grand-père Ferguson et à l'année 1925. Elle a déniché la photocopie d'une déclaration fiscale pour une société d'export de coton. Or théoriquement ce document ne devrait pas exister, caduc quelques cinquante ans avant sa rédaction. Un document qui fleure bon la fraude.

Billy_the_Kid_corrected.jpgKerouac, mis lui aussi à contribution, révèle qu'il s'agirait d'une vaste entreprise d'escroquerie immobilière d'un montant de trente-cinq-millions de dollars, ce qui représente une coquette somme surtout dans les années 1920. Et Maureen, en enquêtrice acharnée a établi une corrélation entre Ferguson et Al Capone. Cela sent de plus en plus mauvais, mais leur surprise va atteindre un sommet lorsqu'ils découvrent que quelqu'un a confié à Ferguson l'ancien trente millions en 1921 et ce donateur n'est pas anonyme, il s'agit d'un certain Ollie P. Roberts. Or il semblerait que sous cet alias se cache un célèbre bandit du nom de William Antrim ou Henry Mc Carthy plus connu sous celui de William H. Bonney surnommé Billy the Kid. Et selon la légende Billy the Kid est mort dans les années 1880, abattu par Pat Garrett le shérif qui fut son ami.

Deux agents du FBI, Jarvis et Kraube, les âmes damnées de Stevens, le patron de l'agence, s'introduisent dans le bureau de Dick lui enjoignant de laisser tomber l'affaire Ferguson. Mais Dick ne se laisse pas intimider et il est bien décidé à aller jusqu'au bout de ses recherches, ce qui évidemment ne peut que lui attirer des ennuis, à lui et aux autres membres de son équipe.

Dick et consorts suivent donc la piste Ollie Roberts-Billy the Kid et en s'infiltrant dans les ordinateurs de différents services, Antonia remonte jusqu'à un journaliste, aujourd'hui en retraite, qui aurait recueilli des informations en 1948. Coup dur, ce journaliste se serait suicidé quelques mois auparavant. Un suicide qui tombe à pic.

Dick est un amateur invétéré de vieux zincs, d'ailleurs il habite Beech18-N45CF-990.jpgsur un ancien terrain d'aviation et lorsqu'il rentre chez lui quelques jours plus tard, il se rend compte que son antre a été visitée. Les événements s'enchainent dans un rythme infernal. Il fait appel à un vieil ami, Jake, susceptible de l'aider. Son ex-femme Jessica disparait et il doit s'occuper de son gamin, Jeremy. Le journaliste aurait tenu un carnet secret et la solution à leurs problèmes y serait peut-être consignée. Mais pour cela il faut mettre la main dessus. Tout en essayant d'échapper à des tueurs qui en veulent à leur peau. Et si Jarvis et Kraube ne sont pas étrangers à leurs soucis et à leurs désagréments, il n'est pas exclu que d'autres personnages en coulisses tirent les ficelles.

Alors direction le Texas puis le Nouveau Mexique sur la piste du journaliste et de Billy the Kid, à bord d'un vieux Beechcraft 18S des années 1930.

 

De nombreuses scènes épiques attendent le lecteur dont celle d'une course poursuite entre le Beechcraft et un F16 au milieu d'un meeting aérien composé de vieilles gloires des airs, ce qui n'est pas sans rappeler d'anciennes lectures comme par exemple les aventures de Biggles du Captain W.E. Johns ; ou encore comment détourner l'attention d'un couple d'agents du FBI surveillant les abords d'une maison.

geronimo.jpgLaurent Whale s'empare de la légende de Billy the Kid, la réécrivant selon les suppositions d'historiens, tout en mettant en scène un personnage dont la présence est inattendue, celle de Guu Ji Ya plus connu sous le nom de Géronimo, et en offrant une version réaliste et plausible d'une affaire non encore résolue aujourd'hui et qui date de la fin de la guerre de Sécession.

De même le lecteur est en droit de se demander pourquoi un homme attend, dans le couloir de la mort du pénitencier d'état de Ridgeville en Caroline du Sud, son transfert vers le Texas afin d'y être exécuté. Quel peut-être le rapport entre son histoire et ce pour quoi il a été condamné vingt-quatre ans auparavant avec les recherches de Dick Benton et ses collègues ?

Dans la plus pure tradition du roman d'aventures avec incursion dans le passé et mettant en scène des personnages ayant réellement existés, Laurent Whale a écrit un roman ambitieux et composite puisqu'il interfère roman historique et western du plus bel effet, avec roman d'aviation, incursion dans le domaine politique et magouilles financières sur fond d'élection présidentielle, sans oublier le suspense incarné par les affres d'un prisonnier dans l'attente de son exécution et les souffrances endurées par une jeune femme enfermée dans une cave et subissant les maltraitances, et plus, de ses geôliers.

 

Un roman complexe, touffu, vivant, qui ne manque pas d'humour et joue sur les nerfs. Laurent Whale dont on avait déjà apprécié Le chant des psychomorphes et Les étoiles s'en balancent monte en puissance et n'a pas fini de faire parler de lui, en bien.

 

Laurent WHALE : Goodbye Billy. Editions Critic; Thriller. 608 pages. 20,00€.

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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 15:16

La durée d'un vinyle...

 

edugyan.jpg


Dans Paris que la soldatesque allemande commence à envahir, trois musiciens de jazz, plus un, gravent sur des galettes de récupération des morceaux instrumentaux, mais à chaque fois les disques partent à la poubelle. Hiero est mécontent du son de la prestation de l’ensemble. Pourtant ce sont des instrumentistes aguerris, mais cela ne fonctionne pas, ou mal. Le matériel peut-être, les conditions d’enregistrement dans un local qui ressemble plus à un placard qu’à un véritable studio, à la prestation de l’un d’entre eux. A moins que ce soit dû au caractère perfectionniste de Hiero, surnommé le môme, à sa mauvaise humeur peut-être, ou à la maladie. Bref, Hiero n’est pas content et jette systématiquement les galettes. Sid subtilise subrepticement la dernière et la glisse dans l’étui de sa grand-mère, sa contrebasse. Puis tout le monde se rend à l’appartement de Dalilah, la copine de Louis Armstrong qui leur a prêté des matelas. Tous sauf, le musicien supplémentaire, Bill Coleman qui rentre chez lui.

Bill_Coleman-_Cafe_Society_ca._1947.jpgA cette séance participaient outre Bill Coleman, à la trompette, Hieronymus Falk dit Hiero, lui aussi à la trompette, Charles C. Jones, qui préfère qu’on l’appelle Chip, à la batterie et Sidney Griffiths dit Sid à la contrebasse. Il ne faut pas parler de chant du cygne mais chacun y pense.

Cinquante deux ans plus tard, en 1992 à Baltimore, Sid est un vieux musicien de quatre-vingt-deux ans, qui vit dans son appartement parmi les déchets d’une vie. Chip passe le voir. Lui aussi est délabré, la vieillesse, la drogue aussi dont il a fait un usage immodéré pendant un certain temps. Si Sid a décroché de la musique de jazz, de la musique tout court d’ailleurs, ayant travaillé pendant une trentaine d’années comme secrétaire médical, Chip lui a continué à flageller ses peaux et à les brosser, à taper dessus, étant encore un batteur renommé et demandé. Chip lui propose de partir à Berlin, visionner un film sur leur ancien groupe, les Hot Time Swingers, puis il révèle que Hiero ne serait pas mort comme ils l’avaient supposé mais vivrait en Pologne.

A Berlin, la projection du film met mal à l’aise Sid. Comme à son habitude, Chip a raconté n’importe quoi et tous les spectateurs regardent Sid honteux décamper de la salle. Plus tard Chip, sans vraiment faire amende honorable, déclare qu’en réalité il a été piégé par le réalisateur, qu’il a été manipulé. Sid veut bien l’admettre une fois de plus, car entre Chip et lui, depuis qu’ils se connaissent, à l’âge de douze ans près d’un bac à sable, ils ont toujours été comme chien et chat. Lui Sid, le bon gros toutou désirant être ami avec le chat, lequel chat a toujours sorti ses griffes, sauf dans les quelques moments où il ronronnait.

Le flux de souvenirs lui remontent à la tête comme un alcool, dontarmstrong.jpg ils abusaient à cette époque, remonte dans l’œsophage, se niche au fond de la gorge, brûlant tout sur son passage. Dans les années soixante, par un improbable concours de circonstances, la galette a été retrouvée cachée dans un coffre niché dans un mur et que des ouvriers ont mis au jour en démolissant des cloisons. Mais surtout l’année 1939, alors qu’ils jouaient à Berlin, Chip, Hiero, Sid et trois autres musiciens, Paul un Juif blond au piano, Ernst à la clarinette et Fritz au saxo, au club Le Molosse. L’arrivée de Dalilah Brown, la chanteuse de Louis Armstrong, le jeu de la séduction qu’elle a entamé avec Hiero et Sid, Chip n’étant qu’un spectateur caustique. L’algarade avec des gestapistes, à cause de leur couleur de peau. Car si Hiero est Allemand, il est aussi Noir, fils d’une Allemande et d’un Camerounais. Un Sang-mêlé tout comme Chip et Sid. La bagarre et le mort du côté SS, l’obligation de se terrer dans les caves du Molosse, l’arrestation de Paul et son enfermement à Sachsenhausen, la défection de Fritz, puis la recherche de papiers, la fuite vers le château du père de Ernst qui doit leur fournir des visas, le trajet vers Paris où ils doivent graver un disque en compagnie de Louis Armstrong, les nombreux déboires qu’ils subissent, l’arrivée des troupes allemandes et la panique qui s’ensuit.

 

Le narrateur, Sid, raconte son histoire comme un tromboniste joue de son instrument. Il coulisse son histoire d’avant en arrière, par de longs glissements en franchissant allègrement les années ou par petites glissades dans le temps, tirant de son trombone des accents pathétiques, enlevés, des fulgurances, des Joe_King_Oliver.jpgglissandos. Parmi les musiciens qui gravitent, Louis Armstrong, bien évidemment, en chair et en os, avec son éternel mouchoir essuyant la sueur coulant de son front, mais aussi la figure tutélaire de King Oliver, le père des trompettistes et des cornettistes. Pourtant il manque un autre musicien qui ne deviendra célèbre qu’un peu plus tard, mais dont le jeu musical ressemble à celui de Hiero, ou inversement. Son style était mélancolique, lent, il maintenait les notes plus longtemps que de raison. La musique aurait dû retentir comme une sirène de navire qui sonne au large – dure, brillante, claire. Le môme, putain, il la rendait trouble, en faisant passer les notes pas seulement par-dessus les mers, mais aussi à travers la terre.

Si le jazz est présent, prégnant, comme une composition écoutée en sourdine tout en vaquant à autre chose, l’auteur s’attache à décrire non seulement ses personnages, leurs réactions, leur investissement, leurs différents, il décrit cette période trouble du Berlin de l’année 1939 puis du Paris 1940, les bouleversements vécus de l’intérieur par des musiciens de jazz, musique honnie par Goebbels, le racisme qui se propage dans toute l’Allemagne. A Hambourg, lorsque Sid découvre avec stupéfaction que le parc zoologique dédié théoriquement aux animaux a été transformé en parc zoologique humain. Mais également à Paris, déclarée Ville ouverte, lorsque les habitants de la capitale commencent à paniquer, à vouloir rejoindre Bordeaux via la Gare d’Austerlitz, la panique, les cris d’orfraies venant de toute part, les insultes qui pleuvent sur Sid et ses compagnons (ils se font traiter de Sénégalais comme si c’était l’injure suprême engendrant en même temps une peur inconsidérée).

Esi Edugyan écrit comme certains romanciers Noirs américains, empruntant leurs tics, alternant les images poétiques à la réalité la plus dure, oubliant sciemment une partie de la négation, comme nous le faisons la plupart du temps dans nos dialogues oraux. Un roman âpre, éloge de la musique, de l’amitié, mais également la description sans complaisance d’une époque que l’on aimerait savoir révolue. 


Esi EDUGYAN : 3 minutes 33 secondes. (Half Blood Blues. Traduit par Michelle Herpe-Voslinsky).) Première édition Editions Liana Levi 7 mars 2013. Réédition Collection Piccolo N°107. Parution le 5 mai 2014. 368 pages. 12,50€.

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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 09:37

Une façon comme une autre d'être à la Noce !

 

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Grâce à un héritage fort bien venu, une magnifique villa dans l’île Ustica, non loin de la Sicile, le commissaire en retraite Raymond Garcia Lopez, et sa femme Claudine, journaliste internationale s’installent dans un lieu paradisiaque, loin de tout. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que des importuns viendraient troubler leur repos. Qu’à cela ne tienne !

Grâce à Pépé, la figure locale, aussi connu comme trublion que comme artiste, propriétaire d’un chien léonin et d’un âne dont la tessiture du braiment dépasse de loin le nombre de décibels autorisés, ils vont détourner les inconvénients des visites surprises. Le vieil homme complaisant leur prête un pré sur lequel subsistent des reliquats de bâtisse issue du fin fond des temps et des grottes pouvant servir de chambres d’hôtes. Les hôtes qui se sont imposés déguerpissent rapidement, leurs carcasses et entendements ne résistant pas à l’inconfort proposé. Mais il faut croire que cette primo invasion n’était que le premier grain de sable d’une plage s’étendant à l’infini.

Deux nouveaux indésirables débarquent et là, ce n’est pas de la pacotille. Saintonge et Maève, deux anciennes connaissances mais pas forcément amicales, arrivent à leur tour. C’est du sérieux, du solide, des ennuis en perspective. Pourtant Raymond croyait bien en avoir fini avec le Rincon, organisation dont il était le créateur, plusieurs dizaines d’années auparavant, avec quelques amis écolo-anarchistes (non ce n’est pas un pléonasme !).

Depuis l’organisation avait fait tâche d’huile, essaimant ses membres un peu partout dans le monde tandis que Raymond se recyclait policier, affecté à un service spécial. C’est surtout Maève qui pose problème, puisqu’elle fut son amante, alors que Claudine batifolait parfois dans d’autres draps. Période révolue, pensait Claudine. Mais faut croire que la villa héritée possède un pouvoir d’attraction dont les anciens propriétaires n’auraient pas connu la capacité car un troisième flot d’antipathiques personnages fait irruption. Pour Raymond, et ses amis îliens, il va falloir jouer serrer et sortir la grosse artillerie.


noce1.jpgIl y a quelques années, Didier Decoin, de l’Académie Goncourt , déclarait “ si au bout de quarante pages, il ne se passe rien, je passe au suivant ”, en parlant des ouvrages sélectionnés pour le fameux prix de l’hôtel Drouant. Moi je déclare qu’il faut parfois persévérer, ainsi avec Villa Confusione, dont le début est vraiment confus, desservi par une écriture tarabiscotée, alambiquée, qui se veut humoristique mais tombe à plat dans ce délire verbal. Ensuite cela se décante, et l’histoire prend son envol avec une mise en scène de personnages limite déjantés, animaux compris. Bref un bon roman qui aurait demandé à être légèrement dégraissé.


José NOCE : Villa Confusione. (Première édition : Editions Krakoën. Parution 27 mai 2009). Réédition version numérique Editions SKA. Collection Noire Sœur. 3,99€ ou 2,00€ sur le site SKA librairie.

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