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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 14:34

Laissez faire les enfants, ils sont plus matures que vous le pensez...

 

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Veuf depuis quelques années, élevant seul, ou presque, sa fille Buddug âgée de douze ans, Ianto Morgan est comptable dans la petite ville de Brecon, au pied des Brecon Valleys du Pays de Galle. Il est fort apprécié de ses patrons ainsi que d'une grande partie de la population. Mrs Gwaldus Jenkins, la femme du constable, s'occupe du ménage et accessoirement de Buddug.

Tout irait donc pour le mieux pour Morgan, à part qu'il pense souvent à sa femme disparue, ce qui est normal, mais Buddug est inquiète. Mature et candide à la fois, la gamine s'est aperçue que son père perd ses esprits et ses moyens lorsqu'il est au contact d'une femme blonde. Elle ne voit pas d'inconvénient à ce qu'il se remarie, mas elle a déjà choisi l'heureuse élue. Ce sera la mère de son jeune fiancé Caradog, veuve elle aussi. D'ailleurs selon certains signes non trompeurs, Meredid Price serait amoureuse de Morgan.

Morgan annonce à sa fille qu'il doit se rendre à Cardiff pour affaires mais elle se doute d'un coup fourré. La semaine précédente il s'était déjà rendu dans cette ville et là il l'informe qu'il va peut-être y passer la nuit, et ne rentrer que le lendemain samedi. Il aurait mieux fait de s'abstenir car en effet il a rendez-vous avec une blonde qu'il a rencontré près des docks. Elle semblait triste et probablement prête à se jeter à l'eau. Il l'avait réconfortée puis ils s'étaient promis de se revoir.

Catrin Hughes avait affirmé attendre un homme qui n'est pas venu. Elle est mariée mais son ménage est fragile. Son mari, banquier, est parti comme souvent le week-end à une partie de golf, et elle est seule. Morgan est donc tout guilleret de la retrouver et elle l'invite chez elle. Ils prennent un verre ensemble, ils discutent, puis Catrin s'active dans la cuisine. Elle demande à Morgan d'aller lui chercher quelque chose dans l'entrée et c'est le drame. Elle se demande pourquoi Ianto ne revient pas. et se rend dans le hall.

Ianto contemple un cadavre allongé à ses pieds, un chandelier à la main. Le cadavre est le mari de Catrin rentré à l'improviste. Naturellement Ianto est suspecté de meurtre malgré ses dénégations et c'est le capitaine Griffiths, aidé plus ou moins volontiers du sergent Andreas Pantrych, qui est chargé de résoudre l'enquête. Aussitôt prévenue, Buddug en informe son ami Caradog. Ils décident de se rendre à Cardiff et de solliciter l'aide de tante Sioned, célibataire, sœur de Meredid. Peut-être est-ce parce qu'elle ne s'est jamais mariée que tante Sioned possède autant de vitalité car c'est le double d'Imogène McCarthery, autre personnage haut en couleurs de Charles Exbrayat. Tante Sioned n'hésite pas à prêter main forte aux deux gamins. Et quand j'écris main forte, il ne s'agit pas d'une simple image de rhétorique.

Véritable force de la nature, Sioned mesure un mètre quatre-vingts pour près de cent-dix kilos. Elle ne passe pas inaperçue, et comme son ramage est aussi conséquent que son plumage, tout policier qu'il soit Griffith est obligé de l'écouter argumenter et même vitupérer. Mais ce n'est pas le tout de déclarer Ianto Morgan innocent, il faut en apporter la preuve en découvrant l'identité du véritable coupable.

Plus que l'intrigue, pourtant rondement menée et qui ne souffre d'aucun défaut, par exemple un coupable sorti d'un chapeau d'illusionniste, ce sont les à-côté et les personnages qui donnent du relief à cette histoire.

Ianto Morgan, un homme quelque peu déboussolé depuis la mort de sa femme et qui se laisse mener par le bout du nez par les blondes; Meredid, la jolie veuve brune qui n'ose déclarer sa flamme à Ianto; Pantrych qui ne compte plus ses succès féminins, qui ne veut pas se marier mais s'est entiché de Mably Donkey. Il lui donne rendez-vous qu'il ne peut honorer, son supérieur Griffith l'envoyant toujours rendre quelque visite à un suspect ou témoin, poursuivre une piste, et Mably pour se venger n'hésite pas à pratiquer le chantage de la jalousie. Griffith balance entre sa satisfaction d'avoir un présumé coupable sous la main tout en se posant quelques questions, notamment comment il se fait que le chandelier incriminé ne porte que les empreintes digitales de Ianto. Et quand il n'avance pas dans une affaire, il a recours à sa bouteille de whisky qu'il garde précieusement sous clé dans un tiroir.

exbrayat2.jpgMais les trois piliers de cette histoire sont naturellement tante Sioned, qui outre sa force n'hésite pas à se servir de sa lange, démontant toutes les arguties des uns et des autres. Caradog et Buddug, malgré leur jeune âge s'aiment et se comportent presque comme des adultes, se fâchant pour une peccadille et se rabibochant immédiatement. Matures et à la fois naïfs et candides ils apportent leur fraîcheur à ce récit. Buddug regrette que l'on ne sache pas de quelle couleur étaient les cheveux d'Eve "parce que si elle était blonde cela expliquerait bien des choses". D'ailleurs Charles Exbrayat mettra souvent en scène des enfants dans ses romans. Quant aux autres protagonistes, je vous laisse les découvrir par vous-même.

Ce roman humoristique, tout autant par les scènes d'action que par les dialogues, semble défier le temps. Une écriture plaisante, fine, dénuée de vulgarité, ce qui explique le succès jamais démenti des romans de Charles Exbrayat tout autant par les amateurs de romans policiers que par les tenants de littérature dite généraliste.


Yv a aussi beaucoup aimé Les Blondes et papa et l'a chroniqué sur son blog intitulé tout simplement  Le Blog de Yv.


Charles EXBRAYAT : Les blondes et papa. Le Masque Poche N°36 (Première édition Le Masque N° 727. Librairie des Champs Elysées - 1961). Parution 14 janvier 2014. 288 pages. 6,60€.

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 11:10

Si c'était un enfant du Diable, qu'est-ce que cela serait !

 

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Expulsé de sa ferme, Lester Ballard est obli de rôder dans le pays, avec tous ses souvenirs et sa rancœur accrochés à lui comme une casserole à la queue d'un chien. Quelque chose est mort en lui depuis son enfance. Sa mère est partie en cavale et son père s'est suicidé. Lester était présent lorsque les hommes ont tranché la corde qui avait servi à son paternel pour quitter le monde ingrat. Et Lester est resté là, sans mot dire, à regarder les hommes s'activer autour du corps mort. Il entame un périple qui le conduit chez un fermier dont les trois filles ne sont pas avares de leurs charmes à condition de posséder du bon argent sonnant et trébuchant. Il n'y a que le père qui ne paie pas. Le droit de cuissage familial, c'est gratuit.  

Une femme ivre et à moitié nue qui dormait sous un arbre l'accuse de l'avoir violée. Action qu'il n'a pas commise et qu'elle regrette peut-être.

Lester est conduit en prison, et c'est le seul moment où il peut vraiment manger à sa faim, et trouver bonne la nourriture qu'on lui sert. De même pour le café. La fragile barrière qui le retenait tant bien que mal du bon côté de la loi s'effondre le jour où il découvre par un froid matin d'hiver deux cadavres dans une voiture. La radio continue à égrener sa musique. Les vitres sont embuées. Lorsqu'il ouvre la porte arrière du véhicule, Lester voit un homme, le pénis surmonté d'un caoutchouc jaunâtre. Sa compagne est à moitié dénudée, ses parties intimes offertes au premier venu. Lester en profite pour assouvir un exutoire génital puis il repart dans la montage, le cadavre de la femme sur le dos. Il va l'installer dans la cabane où il vit et cette morte va lui tenir compagnie telle un fétiche. Ce jour là, un Sérial Killer est né.  

Ce solitaire, être primitif et frustré, va collectionner les cadavres de femme dans la groEnfantdedieu.jpgtte où il a dû emménager après l'incendie de sa cabane.

Dans un long processus d'enchainement irréversible, Cormac Mac Carthy nous montre la déchéance d'un homme condamné dès l'enfance à être différent et rejeté. Car c'est bien le rejet de la société allié à ses frustrations qui l'entraine sur la pente du meurtre. Plus que de nourriture Lester a besoin de réconfort, de présence amicale, mais il est balloté au gré de l'indifférence générale. Cormac McCarthy s'instaure comme le chantre des petites gens, de la ruralité, à l'instar de ses grands prédécesseurs tels Erskine Caldwell, Hemingway ou Steinbeck.

 

 

Cormac McCARTHY : Un enfant de Dieu. Traduit de l'américain par Guillemette Belleteste. Editions Actes Sud. Parution novembre 1992. Réédition Points Roman Noir. 18 septembre 2008. 192 pages. 6,30€.

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 06:44

Ne le reste pas longtemps avec un romancier !

 

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Après avoir connu l'opulence, la richesse, Miss Cynthia Summer a dû se résoudre pour survivre de louer pratiquement toutes les chambres de sa maison à des étudiants pour un prix modique. La vieille dame, handicapée, perdant un peu la notion du temps, s'étonne qu'une de ses jeunes pensionnaires ne se soit pas manifestée depuis près d'une semaine.  

Le commissaire Balzic est mandé par la vieille dame qui s'inquiète de cette disparition pour le moins imprévue. Baizic n'a pas de grandes recherches à effectuer. La jeune fille git, nue ou presque, dans sa chambre. Elle est morte. Autour de son cou est entortillé un sous-vêtement et son corps est marqué de traces de contusions. Détail insolite, une feuille de papier blanc repose sur son ventre. Aussitôt Balzic se renseigne auprès des voisins de la victime ainsi qu'auprès de ses professeurs ou des étudiants ayant eu l'occasion de la côtoyer. Mais, alors que l'année scolaire se termine, personne ne connait véritablement Janet Pisula.  

Elle n'avait pas d'amie, de copain, elle ne parlait à personne, ne se confiait à personne. Par timidité ? Par réserve ? Par dédain ? Nul n'est capable de discerner la véritable personnalité de la jeune morte. Les professeurs la classaient dans la catégorie des élèves moyens. Cependant de petites divergences émaillent les dépositions. Avec un prof, elle était nulle, pour un autre, elle montrait de grandes qualités dans son travail. En épluchant 1a correspondance de Janet, Balzic va essayer de reconstituer le parcours de cette orpheline traumatisée par un accident dans sa tendre enfance

Une jeune fille renfermée sur elle-même, tentant de timides approches auprès de ses condisciples estudiantins, dans un petit monde intérieur entouré de murs et cherchant peureusement une sortie sur un avenir tranquille et serein.

Le commissaire Mario Balzic, qui ressemble un peu au Maigret de Simenon, évolue dans la petite ville de Rocksburg, cherchant à capter 1a psychologie de la victime el de ceux susceptibles de l'avoir approchée, heureux de retrouver un de ses anciens collègues et ami nouvellement muté dans la région, et en proie à une petite crise de conscience familiale.


K-C-Constantine.jpgK. C. Constantine, pseudonyme d'un auteur américain qui tenait à garder l'anonymat mais depuis l'écriture de cette chronique en juin 1992 son patronyme a été dévoilé. Il s'agit de Carl Constantine Kosak, qui désirait protéger sa famille et n'a fait sa première apparition publique qu'en mai 2011 lors du 16ème festival annuel de Mystère, en l'église orthodoxe grecque de Oakmont en Pennsylvanie. L'auteur joue tout en finesse et subtilité avec ses personnages, alliant suspense et procédure policière, dans un monde de violence feutrée.


A lire également  Meurtre au soleil.


K. C. CONSTANTINE : La page blanche. Une enquête de Mario Balzic. Coll. Polar Sud, Editions Actes Sud. Parution juin 1992. 192 Pages. 15,50€.

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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 16:26

Dans la tente d'un espoir...

 

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Âgé de vingt cinq ans environ, Lechien a installé sa tente dans un renfoncement du tunnel des Halles. Il a quitté le domicile familial depuis longtemps, plusieurs années, ne supportant plus le commerce de son père dans le Faubourg Saint-Antoine, allant de dérive en dérive depuis qu'il s'est fait planter sa première piqûre en 2008. Lechien, ce n'est pas son vrai nom. Il a été surnommé ainsi à cause du collier pour chien qu'il porte autour du cou.

Il vit avec Zina, sensiblement plus jeune, une paumée elle aussi, et qui dort encore. Car Lechien a rendez-vous avec un policier. Pour se faire quelque argent, il dénonce des camés, parfois des dealers. Il touche quatre-vingts euros par tête de seringue et cela l'embête bien un peu mais il sait que de toute façon les toxicos seront relâchés peu après.

Zina est horticultrice : elle soigne quelques plants de cannabis nichés dans un bout de terrain au milieu des arbustes élégamment disposés par les jardiniers de la capitale. Elle se rend souvent dans la libraire-disquaire des Halles, écoute les morceaux de blues mis gratuitement à disposition des éventuels chalands, puis elle s'installe pour faire la manche, reproduisant avec son harmonica les airs de Jean-Jacques Milteau ou Sonny Boy Williamson. Et comme il faut que la marmite qui est posée sur un petit réchaud à gaz soit emplie de nourritures roboratives, elle propose son corps à des personnes en manque de rapports charnels par l'intermédiaire d'une amie qui est coiffeuse et pourvoyeuse de chair fraîche.

tunnel-halles.jpgUne voiture, qui n'est pas celle d'un prolétaire moyen, roule en contresens dans le tunnel et s'encastre dans un pilier. Le conducteur est mal en point, très mal en point, le véhicule aussi. Zina réfléchit vite et se dit que dans cette bagnole de riche, il peut y avoir des choses intéressantes à grappiller. Avec Lechien elle explore l'habitacle et ils s'emparent d'un DVD sans étiquette et d'un dossier en carton.

Ils viennent de mettre la main sur des photos très compromettantes pour un acteur de cinéma en vue qui copule avec un individu plus vieux que lui. Alors ils pensent qu'ils tiennent entre leurs mains un filon juteux. Mais qui dit clichés préjudiciables dit aussi ennuis à venir.

 

Marc Villard revient inlassablement sur les lieux de ses amours littéraires. Le quartier des Halles, le Xème arrondissement, la Goutte d'or. Une épine dorsale qu'il explore livre après livre et qui s'avère inépuisable.

Il s'intéresse surtout aux marginaux, aux paumés de la vie, aux exclus de la société, leur vouant une inclination, un attachement, une affection singulière. Il pointe du doigt les désordres d'un système mais va plus loin. Dans son entretien avec l'éditeur, il explique cette attirance, née d'une expérience personnelle. Mais il précise également la différence entre Clochards de notre enfance et SDF d'aujourd'hui. Il revient également sur les propositions, les promesses électorales des gouvernements successifs dans un but démagogique sans que la moindre avancée pour "l'éradication" de ce problème qui perdure depuis des années et pas uniquement en France.


Marc VILLARD : Zina et Lechien. Oslo éditions, Collection Osaka, Les romans de la colère. Parution 4 mars 2014. 64 pages. 9,00€.

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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 07:37

Ce n'est pas parce que l'on a une carrure d'ours qu'on en est un !

 

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Tout là haut, au-delà de 79 degrés de latitude nord, dans un territoire lapon, survivent les reclus. Ils sont disséminés, parqués dans une espèce de réserve, regroupés en communautés par affinités ou par leurs origines. Des Norvégiens, des Finlandais, des Ukrainiens, des Russes, des Lapons. Ils travaillaient, il y a plus de trente ans, au bord de la mer. Mais l’explosion de l’ancienne URSS a explosé en même temps leur vie. Ils sont confinés dans la Zone, répartis en Block, Trust, Comptoir, Verodvinsk, Gronika, anciennes appellations de cette usine rayée de la carte. Ils n’ont pas le droit de franchir la frontière, des gardes veillent. Dès qu’ils s’approchent des limites, des militaires leur tirent dessus. Des snipers qu’ile ne voient pas mais sont bien présents. Pour preuve les tirs, les détonations qu’ils entendent et auxquelles ils échappent en chaloupant dans la neige.

Avant existait un port en ruines, Voulkor mais ils ne peuvent l’aborder car il se trouve de l’autre côté de la frontière. Des sous-marins nucléaires ont été sabordés. Avant des mineurs travaillaient dans les mines, mais ils ont péri dans les explosions fomentées par les Autorités, et qui les ont ensevelis pour toujours. A l’horizon ils peuvent contempler l’îlot de Barentz, une terre hostile comme la leur mais qu’ils ne peuvent approcher ne possédant aucun moyen de navigation. En auraient-ils courage ?

Durant les premières années de réclusion, une épidémie étrange et meurtrière a sévi. Certains survécurent et ils parlèrent alors de malnutrition, de manque d’hygiène, mais c’est si loin tout ça. Pourtant les mémoires entretiennent cette époque sombre.

Parmi les membres de ces communautés qui se regardent en chiens de faïence, deux personnages émergent. Kolya, un Lapon qui vit seul. Il entretient une parcelle de terre, plantant des fleurs lorsque la belle saison revient. Son occupation consiste à sculpter des figurines d’ivoire et des plaquettes représentant des oies, puis de les enfouir dans son jardin secret. Il récupère des défenses de mammouth dans un endroit dont il tait jalousement l’emplacement. Lyouba est une jeune femme de vingt ans. Depuis ses dix-huit ans ne parle plus. Elle a été élevée par Misha, une vieille femme, car ses parents sont morts alors qu’elle était toute jeune. Sa mère de substitution de religion orthodoxe voue une adoration particulière à Marie Salomé. Le pope Basile règne sur ses ouailles, enfin ceux qui croient encore en la religion.

Kolya a pris Lyouba sous son aile protectrice, or un jour il s’inquiète. Lyouba a disparu. Il la retrouve dans les ruines d’un jardin d’enfant, de l’autre-côté de la frontière, endormie dans une sorte de tunnel, le corps recouvert d’une cape en peaux de loups.

La neige, le vent, le blizzard, la froidure balaient la Plaine. L’alimentation consiste en de vagues légumes récoltés aux beaux jours et en animaux attrapés difficilement. Les oies, lors de la migration, les lagopèdes, les lapins, les renards sont des proies estimées. Mais ils se passeraient bien des moustiques qui pullulent lorsque le soleil daigne apparaître après de longs mois d’hivers. Pour se réchauffer ils utilisent des briquettes de tourbe, un peu de bois. Mais surtout ils boivent du kvas, une boisson fermentée plus ou moins alcoolisée ainsi que des alcools plus forts et frelatés. Les esprits s’échauffent malgré le froid et le drame ne demande qu’à éclater, exploser dans une nature âpre, aride, sauvage, hostile.

Homme-ours.jpgUne fois de plus, mais personne ne s’en plaindra, Franck Pavloff nous offre une histoire dure, poignante, montrant les méfaits de la solitude imposée, du parcage d’êtres humains qui subissent les décisions des Autorités à cause de décisions politiques qui « oublient » les hommes au profit de contingences matérielles, politiques, économiques et scientifiques. Ni le lieu ni la date ne sont précisés mais le lecteur ne sera pas berné. Seule importe l’histoire qui, comme dans Matin Brun, est une parabole à décrypter selon ses sensibilités. Mais l’avenir que décrit Franck Pavloff au travers des vicissitudes de ces exclus n’est pas rose. Il est vrai que cela se passe dans un endroit reculé, loin de toute existence humaine, mais quand même, il n’est pas vain d’extrapoler.

L’ambiance du Grand Nord, les décors, les paysages, la rudesse des hommes, tout cela m’a fait penser à Jack London lorsqu’il décrit le Grand Nord Américain et Canadien, les orpailleurs, les trappeurs, les paysages, la faune, et bien évidemment les tensions qui s’exacerbent.


Franck PAVLOFF : L’homme à la carrure d’ours. (Première édition : éditions Albin Michel - Janvier 2012). Réédition Le Livre de Poche. Parution le 20 août 2014. 168 pages. 5,90€.

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 12:42

Hommage à Herbert Phillips Lovecraft né le 20 août 1890.

 

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Deux recueils de nouvelles dues à la plume de H.P. Lovecraft, ou plutôt de son disciple, ami et éditeur August Derleth, et dans lesquels on retrouve l'influence omniprésente du maître de l'horreur et de l'épouvante.

Il s'agit plus d'une continuité de l'oeuvre Lovecraftienne que de pastiches. lovecraft1D'ailleurs Lovecraft est cité à plusieurs reprises dans ces nouvelles en tant que référence. Ainsi dans Le sceau de R'lyeh le narrateur est amené à se poser certaines questions:

Qu'est-il arrivé à certains écrivains qui étaient censés écrire des ouvrages de fiction, Lovecraft, Howard, Barlow et aux soi-disant scientifiques comme Fort quand ils s'étaient trop avancés dans leurs recherches. Morts ou disparus avant l'heure pour la plupart. La fiction de Lovecraft avait, me semble t-il, la même relation avec la vérité que les faits inexplicables par la science. Même si elles paraissaient imaginaires, les histoires de Lovecratf s'appuyaient sur des faits réels. Une astuce littéraire afin de crédibiliser les textes et de leur donner une aura d'authenticité.

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Issus de l'imagination de Lovecraft, les combats des Dieux Ainés, les bons, et des Dieux Anciens, les chants, représentés par des entités monstrueuses qui ont pour nom Cthulhu, Hastur, Ithaqua, Lloigor, Nyarlatothep, Dieux relégués au fond de la mer, dans le vent, au fin fonds du Thibet, ou dans les astres, ce combat utilise des êtres humains. Et ce sont eux qui sont censés faire pencher la balance du côté des mauvais. Eternel combat entre le Bien et le Ma1, transposé d'une façon fictionnesque, romanesque et mythique, issu d'une rébellion d'origine biblique.  

Je cite : Depuis cette rébellion, qui est comparable à la révolte de Satan et de ses sujets contre le maître du paradis, les Dieux du mal se sont efforcés de reconquérir leur puissance pour vaincre à leur tour les Dieux du Bien.  

 

Des textes donc où une mythologie inventée, une démonologie particulièrement virulente sont toujours présentes, distillant une atmosphère insidieuse d'angoisse, d'horreur, d'épouvante. Des textes qui tiennent le lecteur sous le charme. Non, ce n'est pas exactement çâ. Des textes envoûtants qui tiennent le lecteur en haleine, serait une formule plus adéquate.


H.P. LOVECRAFT : Le masque de Cthulhu et La trace de Cthulhu. Editions Christian Bourgois. Parution le 1er décembre 1988. 302 et 276 pages.

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 06:12

Ce roman retrouve une nouvelle jeunesse, après avoir été publié en avant-première chez France-Loisirs sous ce titre actuel, puis réédité aux éditions de L'Archipel sous le titre Donne-moi ton cœur, qui fait penser à un roman de Mary Higgins Clark.

 

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Il parait que le sport, c’est bon pour la santé. Il parait ! Car James Hayman nous démontre le contraire. Suivez le guide !

Ce soir-là, tandis qu’il se rend dans un restaurant italien en compagnie de Kyra sa compagne, le chef de la brigade criminelle de Portland, dans le Maine, Michael McCabe ne pensait pas avoir à son menu du cœur. D’habitude il se régale d’un plat simple, un steak bleu à la new-yorkaise tandis que Kyra se délecte des spécialités du chef. Il est vrai que Kyra est artiste peintre et elle aime les couleurs tandis que McCabe est un intellectuel, détaché des nourritures terrestres. Intellectuel, c’est peut-être dire vite, mais il possède une mémoire d’éléphant, capable de réciter mot pour mot des passages d’un livre lu quelques mois auparavant. Tandis qu’il termine son apéritif, immuablement un whisky, il est appelé au téléphone par son adjointe Maggie. Le corps d’une adolescente a été découvert par un ivrogne dans une décharge de ferraille.

Arrivé sur place, il constate, et cela avant même que la médecin légiste Terri Mirabito soit arrivée, que l’adolescente est décédée et que plus rien ne pourra la ressusciter : son thorax a été ouvert proprement et longitudinalement et son cœur a été extirpé. A quelles fins (non, pas à quelle faim !) ? Il relève d’autres indices, d’absence d’une boucle d’oreille et des traces de brûlures sur la poitrine et les cuisses. Bientôt il a la confirmation que ce cadavre est celui de Katie, une adolescente de seize ans, sportive et joueuse de football, disparue depuis une semaine.

Et comme si cette affaire ne suffisait pas, une autre non moins inquiétante se profile. Lucinda, une jeune femme de vingt-sept ans, s’est fait enlever alors qu’elle effectuait son entrainement matinal, sur un chemin en bordure du fleuve, en compagnie de son chien Fritz, afin de participer sous peu à un dix kilomètres. Pas de témoins, car à cette heure matinale rares sont ceux qui courent dans le brouillard. Sur place McCabe procède, au péril de sa vie, aux premières inspections. Une casquette de base-ball appartenant à la joggeuse est retrouvée ainsi que le cadavre de son animal plusieurs mètres plus bas dans la pente qui rejoint la berge du fleuve.

Un lien pourrait être établi entre ces deux disparitions et McCabe et son équipe espèrent pouvoir retrouver son ravisseur afin que Lucinda ne connaisse pas le même sort que Katie. Opiniâtre McCabe suit plusieurs pistes à la fois. Celle du petit ami de Kate, avec lequel elle s’était disputée, n’est pas à écarter, mais il privilégie toutefois celle d’un spécialiste de la découpe. En premier Spencer, chirurgien spécialisé dans la transplantation cardiaque à l’hôpital de Portland. Il rencontre l’homme de l’art qui lui fait mauvaise impression et remarque accrochée dans son bureau une photo le représentant en compagnie de trois amis. L’attitude de Spencer sur ce cliché regardant l’un de ses compagnons est assez ambiguë. Spencer a du répondant et argue que si McCabe continue à l’importuner, il va en référer à son chef, le commandant Shockley. Tous deux font partie du même club mais cela n’impressionne guère le policier qui en a vu d’autres.

Un petit génie de l’informatique travaillant dans les services dehayman3 police parvient, en visionnant la vidéo qui surveillait la décharge, à discerner des éléments utilisables pour réduire le champ des possibilités en ce qui concerne la véhicule ayant servi à transporter le corps ainsi qu’à donner un signalement approximatif de l’homme qui a déposé le cadavre de Katie. Ce n’est pas grand-chose mais il faut faire avec. Lors de la conférence de presse organisée par Shockley, en présence de McCabe qui se serait bien passé de cet entracte, l’un des journalistes demande pourquoi le brillant policier qui officiait auparavant à New-York a été muté à Portland. Le genre de question qui fâche. McCabe aurait-il un secret ? La réponse fournie par Shockley semble assez convaincante pour faire taire les curieux. McCabe aperçoit dans la foule une jeune femme qui n’est pas journaliste et profite de la cohue pour s’éclipser. Il la revoit plus tard et elle affirme avoir des révélations à lui faire.

McCabe s’entretient avec l’entraineur de football de Katie qui est aussi son professeur de biologie. Mais il oriente son enquête vers tous les chirurgiens de l’état susceptible de pouvoir extraire un cœur proprement de son enveloppe. Et en compulsant son ordinateur, il dégotte qu’une affaire similaire s’est produite trois ans environ auparavant en Floride. Il téléphone à l’un des policiers qui était en charge de l’enquête et apprend que Lucas Kane, le fameux ami figurant sur la photo était en Floride aussi mais qu’il est mort, assassiné.

Les heures défilent et le temps presse car McCabe espère retrouver saine et sauve Lucinda avant que le chirurgien, ou présumé tel s’occupe de son cœur. Et d’autres affaires semblables refont jour. Or à chaque fois ce sont des femmes blondes, jeunes, sportives qui ont disparu sans qu’on les retrouve.


hayman1.jpgDémarrant comme un bon roman policier de suspense classique, L'écorcheur de Portland bascule peu à peu dans le frileur (thriller pour les anglophiles). L’angoisse devient de plus en plus oppressante et le lecteur participe à cette course contre la montre tournant fébrilement les pages jusqu’à l’épilogue. Bientôt il possède une petite idée de l’identité du coupable, mais l’auteur, en marionnettiste adroit, a su garder quelques ficelles invisibles dans ses mains, jouant à faire évoluer ses personnages avec dextérité et instillant l’angoisse progressivement. Peu à peu il donne de l’épaisseur justement à ceux-ci, s’attardant sur McCabe, ses antécédents, mais également sur sa vie privée. Le policier est inquiet lorsqu’il laisse Casey, sa fille de treize ans, seule, car sa femme l’a quitté pour plus riche que lui. Les goûts de luxe ont été plus forts que l’amour. D’ailleurs elle se manifeste pour revoir Casey, alors qu’elle n’avait pas donné de signe de vie depuis trois ans. Alors oui, McCabe se demande si c’est pour récupérer Casey ou simplement une tocade. Kyra, sa compagne du moment, effacée dans le récit est toujours présente au bon moment, tandis que Maggie sa coéquipière, il apprend à la connaître et à l’apprécier.

D’autres faits sont également révélés, qu’ils fassent partie du récit ou non, mais qui ne l’alourdissent pas, tout juste un répit dans la progression montante de l’intrigue et de l’angoisse qui la nimbe.

 

 

James HAYMAN : L’écorcheur de Portland (The Cutting – 2009. Traduit par Frédéric Brument). Pré-publié chez France-Loisirs sous le titre L’écorcheur de Portland. Réédité chez L'Archipel sous le titre de Donne-moi ton cœur le 12 juin 2013. Réédition Editions Archipoche N° 317. Parution le 20 août 2014. 480 pages. 7,65€.

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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 15:14

N'avez-vous jamais ressenti avoir déjà vécu une situation ?

 

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Reporter photographe, Peter Mc Coy est en 1984 au Nicaragua, plongé au cœur des affrontements entre les Gouvernementaux Sandinistes et la Résistance Nationale surnommée les Contras. Malgré leur brassard, les reporters de guerre ne sont pas à l'abri de bavures, d'exactions, de coups de feux de la part des Gouvernementaux. C'est ainsi qu'impuissant Mc Coy assiste à l'exécution de son ami Jorge, un Brésilien, et de Flaherty l'Américain. Des meurtres perpétrés froidement et qu'il fixe sur des clichés, pensant être caché par les broussailles. Puis il s'enfuit dans la végétation en décomposition, est blessé à l'œil mais continue son chemin jusqu'au moment où une sorte d'énorme éclair le jette à terre.

Lorsqu'il reprend ses esprits, McCoy pense être mort, mais une voix féminine lui parle doucement. Il a les yeux bandés. L'infirmière lui ôte doucement le pansement et un médecin militaire lui sourit, affirmant que ses yeux n'ont pas été touché. Rassuré Mc Coy est toutefois interloqué lorsque le toubib lui affirme avoir eu de la chance dans la déflagration du réservoir de kérosène. En quittant l'hôpital à bord d'un camion, il est étonné de ne pas rencontrer en cours de route de convoi militaire, de tank ou véhicule blindé. De plus, en farfouillant dans son sac il découvre à tâtons un appareil photo 645 Pentax, bel objet qu'il n'a jamais possédé. Puis il prend place dans un petit avion de ligne, appartenant une compagnie dont il n'a jamais entendu parler, direction Mexico via Guatemala City. Il survole une région où le crash d'un DC-8 s'est produit. Il ressent comme une impression de déjà vu, mais ne s'y attarde pas. D'autant que lorsqu'il demande à un ami de développer les pellicules, les photos ne représentent pas ce à quoi il était en droit de s'attendre. Pas trace des militaires, de l'exécution de Jorge, mais à la place, l'intérieur d'une boîte de nuit, El Paradisio, rasé par un tremblement de terre en 1972. Faux rétorque son interlocuteur, en 1972 aucun séisme n'a été à déplorer.

Arrivé à Londres, Mc Coy n'a qu'une envie, retrouver son amie de cœur Lizbeth qu'il n'a pas vu depuis trop longtemps. Et il n'est pas près de la voir car celle-ci n'est plus caissière dans le magasin où elle officiait. De plus le directeur du personnel affirme ne l'avoir jamais eue comme employée. Chez elle c'est une vieille dame qui habite son logement, depuis cinq ans. Enfin il retrouve sa trace... dans un cimetière. Elle est décédée en 1969, à l'âge de neuf ans. Quelque chose ne tourne vraiment pas rond. D'autant qu'il est attaqué par deux individus, un Rouquin et un Noir, et à nouveau un gigantesque éclair le propulse dans l'inconscience. Comme dans le marécage nicaraguayen. Et lorsqu'il émerge, un rat le dévisage, une femme qui l'appelle Petah le traîne et il prononce son prénom comme s'il l'avait toujours connue : Dwina... Il est à Edimbourg, à une période qu'il lui est difficile de dater.

 

Reprenant le bon vieux principe des mondes parallèles, Claude J. Legrand nous entraîne dans une course échevelée à la suite de Peter Mc Coy, lequel peu à peu apprendra ce qui lui arrive. Il est lui tout en étant un autre, ce qui explique les impressions de déjà vu qu'il ressent en permanence. Et les scènes d'actions se suivent comme autant d'épisodes qui auraient pu être adaptés en bandes dessinées, le héros vivant plusieurs vies en des endroits et des périodes différents. En incrustation des personnages qu'il apprendra à connaître, à apprécier même pour certains, décident du sort de l'humanité, terrienne ou autre. Peter Mc Coy en est le jouet, le pantin.


Claude J. Legrand ironise sur la profession de raconteur d'histoires dites de science-fiction : Certains manipulateurs de l'imaginaire se spécialisent dans une littérature pseudo-scientifique généralement insipide mais qui s'est beaucoup popularisée. Curieusement, la notion de Réalités Multiples, de ce qu'ils appellent les mondes parallèles, est fréquemment utilisée par les inventeurs des ces fictions. Ils ignorent naturellement à quel point leurs hypothèses sont proches de la vérité.

Mais Claude J. Legrand n'a pas écrit une histoire insipide, au contraire. Un véritable maelström de scènes fortes, dangereuses, humoristiques, attendrissantes.

Les psychiatres et les psychologues devraient lire ce roman, non point durant leurs moments de loisirs, mais bien dans un cadre professionnel, et ils trouveraient peut-être dans le comportement de certains de leurs patients une explication à leur bipolarité.

 

De CLaude J. Legrand, lire également Projet Nouvelle Venus.


Claude J. LEGRAND : Les créateurs de futur. Collection Blanche. Editions Rivière Blanche N° 2007. Parution février 2005. 216 pages. 17,00€.

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 12:27

L'intérêt d'un roman ne dépend pas de son nombre de pages, mais de ce qu'il y a dedans !

 

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Les Parisiens, comparativement aux Moscovites, peuvent s'estimer heureux même aux heures de pointe.

Vlad, la quarantaine légèrement délabrée, peut en témoigner, lui qui fait la manche régulièrement à l'entrée du couloir de la station Kiyevskaya du Métropolitain de Moscou. Malgré les sept millions quotidiens de passagers, sa sébile reste désespérément vide ou presque. Il est SDF et n'a pour seule compagne que sa guitare. Ce soir là il a rendez-vous, un rendez-vous qui peut bouleverser sa vie. Il arrive légèrement en retard, mais on l'attend. Et si tout marche bien, si le destin est avec lui, sa vie peut basculer. De toute façon elle va basculer, dans un sens ou dans un autre, cela dépend du jeu de la vie et du hasard.

metromoscou.jpgDepuis sa prime jeunesse, Vlad est obsédé par la mort. Cela a commencé à se manifester le jour où l'institutrice a tué trois araignées dans la salle de classe à l'aide d'une règle. Mais Vlad justement ne connaissait pas les règles. Il n'encourage pas, contrairement à ses condisciples, la maîtresse qui s'acharne sur les pauvres arachnides. En représailles celle-ci l'enjoint d'aller porter les cadavres à la poubelle, ce qu'il fait afin de ne pas envenimer des relations déjà tendues. Un peu plus tard, il enterre dans la cour les artistes, car les araignées sont des artistes dans leur genre en tissant des toiles magnifiques. Vald est devenu croquemort le jour de ses huit ans.

Depuis Vlad a connu bien des morts, parfois par procuration. Ses rêves se transforment en cauchemars avec toujours la mort pour invitée. Car il la côtoie sans cesse, la nuit, le jour. Une présence indésirable qui s'accroche à son esprit comme une toile d'araignée aux cheveux, et il s'y est habitué.

En incrustation une petite voix mêle son propos à la description du parcours de Vlad. Et la première phrase prononcée par cette petite voix alliée au titre du roman ne doit pas vous mettre martel en tête mais vous aider à discerner son identité.

Antoine Léger se conduit comme un boxeur pressé sur le ring. Il frappe fort, ne laissant pas à son lecteur le temps de récupérer. Ses coups droits font mouche, atteignent leur cible avec maestria. Et s'il a placé l'action de son histoire en Russie, ce n'est pas uniquement pour un exotisme de façade. La raison en est plus profonde, plus en conformité avec le texte. Car il est évident que les SDF, le métro bondé, les musiciens subsistant grâce à la manche, cela existe partout dans les grandes métropoles, et donc cette intrigue intrigante aurait tout aussi bien pu se dérouler à Paris. Mais la logique voulait, exigeait que cela se passe à Moscou, tout simplement.


Antoine LEGER : Le 6 coups de minuit. Préface de Claude Mesplède. Editions Paul & Mike. Parution le 3 juin 2014. 136 pages. 12,00€.

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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 06:30

A vérifier ...

 

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Lorsque l'on a bien aimé un roman d'un auteur britannique qu'on découvre depuis peu mais qui possède déjà à son actif de nombreux ouvrages traduits en France, on se fait une joie en ouvrant son petit dernier. Hélas, le plaisir ne fut pas au rendez-vous. Aussi j'ai entamé ce Paradis qui n'est pas pour nous, lu quelques chapitres, reposé pour un autre roman, le temps que cela se décante, puis je l'ai repris, lu à nouveau quelques chapitres, et ceci à quatre ou cinq reprises. Mais la magie n'a pas opéré. Trop long, trop verbeux, trop... A moins qu'il ne s'agisse de ma part qu'une forme de lassitude, de saturation, d'un besoin d'aller voir ailleurs, de faire d'autres découvertes plus enjouées, plus réjouissantes, plus aventureuses où l'action prédomine tout en étant enrobée d'humour.

Mais comme je suis opiniâtre, obstiné, persévérant, que je n'abdique jamais, sauf devant les femmes, j'ai continué cahin-caha ma lecture. Mais le mieux c'est peut-être de parler de l'intrigue.

hurley1.jpgAncien policier ayant connu quelques déboires, Winter est devenu secrétaire, responsable de la sécurité et éventuellement garde du corps de Bazza Mackenzie, truand local ayant touché un peu à tout et qui désire se refaire une virginité, malgré son âge. Winter, qui a gardé quelques contacts parmi ses anciens collègues, s'est mis en tête d'aider les gamins de la rue en créant une association, la fondation Tide Turn Trust, dont Marie, la femme de son patron, est présidente. Mais depuis un certain moment il a décidé de passer la main et il lui faut trouver un successeur. De plus Mackenzie est inquiet car sa fille Esme, surnommée Ezzie, a un amant. Ce n'est pas tant le fait qu'elle trompe son mari qui agace et énerve Mackenzie, mais c'est parce qu'elle couche avec un policier. Et Mackenzie a peur que sur l'oreiller certaines confidences mettent en danger sa sécurité et son honneur.

L'inspecteur Jo Faraday, dont la dernière conquête s'est envolée pour le Canada, vit seul. Il rend visite à son fils de temps à autre, mais il se sent délaissé. Un accident de la route ayant fait Kyle Munday comme victime va peut-être relancer l'affaire Melody qui est en sommeil depuis quelques mois. Kyle Munday, une petite frappe bien connue des services de police, chef d'un gang de petits loubards, était soupçonné fortement d'être à l'origine du meurtre de Morrissey, un adolescent calme et tranquille tué à coups de couteau durant la fête annuelle célébrant Guy Fawkes. Afin de vous éviter de rechercher qui était ce personnage, et de perdre du temps, Guy Fawkes fut le protagoniste d'une conspiration, dite des poudres, destinée à tuer le roi James (ou Jacques) 1er en 1605. Et c'est l'échec de ce complot qui est célébré le 5 novembre de chaque année.

Kyle Munday, une véritable terreur, a donc été victime d'un accident de la route mortel. Il est passé sous les roues d'un véhicule dont le conducteur a omis de s'arrêter pour établir un constat. Toutefois quelques débris épars sur le bitume vont permettre à Faraday et ses adjoints, grâce également à la police scientifique, de remonter jusqu'au véhicule incriminé. Et au conducteur, mais pour Faraday commence un cas de conscience.

Winter a réussi à découvrir l'identité de l'amant d'Ezzie, et hurley2.jpgeffectivement il s'agit bien d'un ancien collègue, Madison. Mais celui-ci est-il sincère ou possède-t-il une arrière-pensée, c'est ce qui reste à démontrer. D'autant qu'Ezzie s'est incontestablement laissée aller à quelques confidences interdites sous la couette, compromettant ainsi une réalisation immobilière envisagée par son père en Espagne et susceptible de le mettre sur la paille. Et Winter est chargé de récupérer un document auprès d'associés près de Vigo.

L'histoire se traîne et moi aussi, j'ai tourné les pages en automate, ne prenant pas vraiment de plaisir à cette histoire dont Portsmouth, familièrement appelée Pompey, sert de décor, à part une courte incursion ibérique. Frustré de ne pas retrouver la maîtrise dont Graham Hurley a fait preuve dans Une si jolie mort avec les mêmes personnages principaux. Pourtant Graham Hurley fait preuve d'humour, témoin cette réplique de Winter : J'ai été flic autrefois, jusqu'à ce que j'aie un peu plus de jugeote. Si on m'avait donné une livre pour chaque jour où j'ai dû supporter les foutaises de ma hiérarchie, je serais un homme riche à l'heure actuelle.

Une déception peut-être due uniquement à une forme de lassitude, comme écrit ci-dessus, mais qui ne m'empêchera pas de continuer de lire des romans du Masque, mais en me tournant vers des romans et des auteurs qui m'inspirent plus, comme Charles Exbrayat et John Dickson Carr par exemple et qui ne m'ont jamais déçu. Et comme des titres de ces deux romanciers viennent d'être réédités, autant en profiter.


Graham HURLEY : Le Paradis n'est pas pour nous (Beyond Reach - 2010. Traduction de Valérie Bourgeois). Editions du Masque. Parution le 4 juin 2014. 462 pages. 22,00€.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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