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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 10:29

 

Bon anniversaire à Noël Simsolo né le 31 aout 1944.

 

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Le lecteur découvre le Paris du milieu des années 1920, et au hasard des pages rencontre Cocteau, les Surréalistes, la bourgeoisie aimant s’encanailler, et les petits marlous désireux de se donner bonne conscience.

Edouard Moreau, jeune cinéphile qui côtoie dans la librairie de sa mère, L’Or des livres, des intellectuels ne dédaignant pas lire des ouvrages populaires dont les romans écrits par son oncle, s’entiche de Gloria Saphir, une veuve attirante, veuve noire nymphomane. Et si la belle déploie ses charmes pour mieux amener les hommes dans son lit, ce n’est pas toujours sans danger pour ceux qui l’approche. D’ailleurs il pressent que son ami Paul Albin courre des risques mais ce ne sont que des pressentiments.

Dans le Montmartre du Lapin Agile, du Sacré Cœur et des ruelles mal famées, dans lesquelles se croisent policiers, truands sur le retour, gigolos et prostituées, drogués et hommes de l’art, le tout sur fond de politique fascisante naissante, Edouard Moreau s’empêtre dans les rets de la belle.

Il n’est pas le seul et les cadavres de jeunes filles nues font désordre, aussi bien à la ville qu’à la campagne.

Noël Simsolo a écrit avec Images de chair l'un de ses meilleurs ouvrages, lequel s’inscrit dans la mouvance du polar historique proche avec en filigrane la passion de l’auteur pour le cinéma. Il reconstitue une période de transition entre la Première et la Seconde Guerre mondiale - personne n’osait y penser à l’époque - période dite de la Belle Epoque, où l’insouciance, la joie de vivre, s’accompagnaient de débauches dignes des orgies romaines.

Le commissaire qui enquête sur les ramifications d’une organisation, dont la moindre des occupations est la célébrations de messes noires, se nomme Brulls. Un hommage à Simenon, qui terminait alors son apprentissage et allait bientôt conquérir le monde via son fameux commissaire Maigret, Simenon qui entre autres a utilisé le pseudo de Christian Brulls.


Noël SIMSOLO : Images de chair. Points Seuil N°708. Parution 2 janvier 2000. 248pages.

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 15:15

Le jour où la Terre s'éveillera...

 

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Lorsque ce matin là Pablo, réveillé par les hurlements des chiens, sort de la hutte dans laquelle il a couché avec Mana, il est tout surpris de constater que quelque chose ne tourne pas rond sur l'Altiplano. D'abord ces gueulements inopportuns, puis les condors qui tournent dans le ciel d'une façon bizarre, et enfin les nombreux arcs-en-ciel qui zèbrent l'atmosphère.

orga1.jpgPablo est colporteur et propose ses marchandises transportées sur le dos de ses trois mules dans les villages entourant le Chimborazo, et à chaque étape il a toujours une place réservée par une jeune femme ou une jeune fille dans sa couche pour lui réchauffer les pieds. Avec ses dents blanches, sa fière allure, sa gentillesse, Pablo le métis attire la sympathie. Il ne gruge pas ses clients, disséminés un peu partout, sur les Hauts-Plateaux et est toujours bien accueilli. Mais malgré cette journée qui s'annonce particulière, il lui faut continuer son chemin.

Mana part avec lui et ils traversent le paysage désertique de l'Arenal. Ils aperçoivent l'hélicoptère du toubib Jeff Mason, un Gringo qui a tout laissé pour se consacrer à l'humanitaire. Il est accompagné d'Inès l'infirmière qui se refuse à Pablo, aussi la considère-t-il comme une pimbêche. Les condors tournoient toujours au-dessus de leur tête, piaillant comme si les volatiles étaient effrayés. Le ciel est de plus en plus irisé. Mana a peur. Lorsqu'ils arrivent au lieu dit le Carrefour des deux chemins, ils ne peuvent apercevoir la vallée, noyée par un brouillard dense. Les mules apeurées échappent à l'ancien péon et remontent jusqu'au village de Sandrinas. Pablo se requinque en tétant la bouteille de rhum qui ne le quitte jamais, sauf quand elle est vide et dans ce cas il la remplace par une autre. C'est son point faible. orga3.jpg

Ils sont englués dans le brouillard et leurs membres se raidissent. Dans un réflexe de défense, comme si cela allait changer quelque chose, Pablo tire quelques coups de fusil. La terre se métamorphose, comme si des coulées de lave s'étendaient sur les rochers, et une énorme bouche se dessine dans cette masse mouvante, des replis se forment, se solidifient. Ils échappent de peu à ce liquide visqueux, rougeâtre, qui veut les aspirer. Pablo entraînant Mana remonte au village mais bientôt d'autres cratères se forment, un pus s'écoule digérant tout sur son passage. Mais il semble que seuls des objets inorganiques soient digérés. Les animaux sont rejetés mais crèvent par manque d'air englués dans cette bave glutineuse, poisseuse.

Quelque part, Orga vient de se réveiller. La Structure Orga s'anime, la Cellule de Contrôle est illuminée de points lumineux, la Masse Centrale gère et le Bloc Mnémonique l'instruit. Les vingt-quatre éléments fournissent des informations mais lorsque Orga pose des questions précises concernant son avenir et les événements qui se produisent, la Mémoire répond ou non, selon que les réponses sont inscrites dans le Programme. Tout ce qu'elle peut affirmer, c'est que tout se déroule selon un Schéma précis. Les vingt-quatre éléments forment sur l'écran de la Masse Centrale une sorte de chrysalide globulaire.

 

Résolument ancré dans un fantastique qui se rapproche d'un univers puisé dans celui de Lovecraft, Le cycle d'Orga au début déconcerte. Le premier chapitre étant consacré à cette naissance d'un être nommé Orga mais dont ne sait rien. Peu à peu tout se décante mais se sont les mésaventures et les affres ressentis par Pablo et les Quichuas qui prennent le pas. Des bouches qui peu à peu envahissent l'Arenal, progressant inexorablement malgré les efforts de Pablo, de Jeff Mason et de leurs compagnons tentant d'y échapper. Une gangue gloutonne à l'origine inconnue qu'ils combattent avec leurs faibles moyens.

Une aventure haletante, passionnante, stressante, palpitante, captivante dans laquelle toute l'imagination de Max-André Rayjean s'exprime avec fougue et maîtrise. Une créativité et une originalité sans faille et qui n'emprunte pas à la science-fiction ou l'anticipation, quoi que l'on puisse tout extrapoler, mais surtout à l'angoisse.

 

 

Ce recueil est complété par trois nouvelles : Le génie du fleuve paru pour la première fois dans le Journal des Voyages en 1948; Le mur de lumière dans Mercury N° 15 en 1967 et Le grand exode dans Fantascienza N° 2-3 en 1980, trois histoires, trois univers et trois thèmes différents. Une présentation de Max-André Rayjean par Richard D. Nolane complète l'ouvrage.


Max-André RAYJEAN : Le cycle d'Orga. Editions Rivière Blanche, Collection Blanche N°2018. 192 pages. 17,00€.

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 13:18

Et que fait-on du reste ?

 

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Les agents littéraires sont réputés pour être des personnages gloutons, surtout lorsqu'ils sont chargé de placer la production d'écrivains et scénaristes auprès des producteurs de films. Gaut-il pour cela les supprimer ?

Yensid Andress, l'un des agents littéraires les plus en vue d'Hollywood, est retrouvé suicidé mais cela ne fait pas la une des journaux. Sa mort est annoncée dans un entrefilet comme si quelqu'un avait intérêt à occulter cette disparition. Fouineur dans l'âme, Charles Morton, chroniqueur au Los Angeles Times, pense qu'il y a anguille sous roche et renifle matière à un papier explosif. Une rapide enquête confirme ses soupçons et il en fait part immédiatement à son ami Philip Marlowe, détective privé.

C'est le point de départ d'une enquête mouvementée qui permettra à Marlowe son créateur Raymond Chandler qui eut recours aux services de Yensid Andress, mais qui lui fournira également l'occasion de côtoyer des écrivains mis au ban de la création à cause de la chasse aux sorcières organisée par le sénateur Joseph McCarthy de sinistre mémoire.

10% de votre vie, titre d'un célèbre article de Raymond Chandler, est un hommage de Hiber Conteris, qui au travers d'une enquête politico-littéraire mêle habilement fiction et réalité, et dans lequel Chandler s'exprime parfois avec virulence sur la littérature, les écrivains, et de développer avec rancœur et vindicte ses points de vue. Personnages de romans et personnages réels se croisent, se lient d'amitié dans un roman qui honore Chandler et respecte sa mémoire et son œuvre.

Hiber Conteris ne nous livre pas un pensum ou une biographie mais une aimable récréation, détente dans le Jardin du polar, empruntant ses références, l'atmosphère, les protagonistes soit dans les romans dans lesquels Marlowe est le héros, soit dans la biographie consacrée à Chandler par Franck Mac Shane. Un hommage sérieux, teinté d'humour, et un ouvrage plaisant à lire autant par l'enquête que pour les diatribes proférées par Chandler. Un livre dans lequel le prétexte de l'enquête policière incite à une lecture entre les lignes. En fin de volume les amateurs de Marlowe pourront tester leurs connaissances dans un petit jeu amusant.


Hiber CONTERIS : 10% de votre vie. Hommage à Raymond Chandler et Philip Marlowe. Traduit de l'espagnol par François Maspéro. Hors collection. Actes Sud. Parution 8 janvier 1992. 300 pages. 19,80€.

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 14:24

Et dire que ce manuscrit dormait depuis des décennies dans un vieux dossier !

 

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Dans sa postface Charles Ardai narre le parcours de ce manuscrit, parcours qui à lui seul est un roman pour une œuvre qui a connu de nombreuses versions avant celle publiée et qui est considérée comme définitive et ultime.

A vingt et un ans, Joan Medford enterre son mari à Hyattsville dans le Maryland. Celui-ci s'est tué en embrassant un pilier de pont à bord de son véhicule. Depuis son mariage forcé avec Joan qui était enceinte, il s'était mis à boire et tapait aussi bien sur son gamin âgé de trois ans, Tad, que sur Joan. Alors on ne peut pas dire qu'elle le regrette. Toutefois la famille de Ron et sa soeur Ethel lui en veulent. Ils laisseraient même sous-entendre que cet accident a été provoqué. D'ailleurs Ethel, qui suite à une opération ne peut plus enfanter, a décidé de s'accaparer le gamin. Dans un sens cela arrange quelque peu Joan.

En effet, si elle hérite de la maison de son mari, elle hérite également de l'hypothèque. Et il lui faut trouver un travail car les factures s'accumulent. Celles d'électricité, de gaz, de téléphone. Et si elle veut bénéficier des bienfaits du progrès il lui faut régler ce qu'elle doit aux différentes compagnies. Elle est en train de penser à cet avenir qui n'est guère réjouissant lorsque deux policiers frappent à sa porte. Le sergent Young et l'agent Church. La personnification du Bon et du Méchant. Church malgré qu'il ne soit que le subordonné de Young recherche la petite bête, déclarant que la mort de Ron est suspecte et qu'il veut dans le doute faire exhumer le cadavre à des fins d'autopsie. Young met de la graisse dans les rouages, compatit, et propose même à Joan de se présenter au Garden of Roses, un bar restaurant, la propriétaire recherchant une serveuse.

Malgré son manque d'expérience, Joan possède quelques atouts physiques qui plaident en sa faveur, une poitrine conséquente et des jambes longues et fines, et elle est embauchée immédiatement. Elle se lie rapidement d'amitié avec Liz, l'autre serveuse plus âgée qu'elle qui lui fournit les ficelles du métier. Deux boutons déboutonnés du corsage, le client est appâté. Les effets ne sont pas longs à se faire ressentir. Monsieur Earl K. White, troisième du nom, lui laisse un pourboire extravagant, et le lendemain elle peut procéder au règlement de quelques factures urgentes. Monsieur Earl K. White n'est plus du tout de première jeunesse et une angine de poitrine le tarabuste. Elle s'en rend compte lorsque se penchant un peu trop vers lui, trois boutons du corsage non attachés, il commence à rougir mais pas comme un adolescent boutonneux. Il suffoque et reprend sa respiration avec difficulté. Mais ils partagent quelques points communs. Monsieur Earl K. White est veuf depuis cinq ans, conseiller financier spécialisé en placements et investissements et malgré sa fortune il se sent seul.

Mais un autre client l'accapare également. Tom, qui lui servit de soutien lors de la cérémonie funèbre en remplacement d'un copain indisposé, lui fait comprendre qu'elle ne lui est pas indifférent. Seulement, il a le tort de l'emmener un soir dans une boite sélect et huppée qui pratique la fourniture de jeunes femmes pour âmes esseulées.

Joan est partagée par son attirance envers Tom et l'attirance de son portefeuille envers Monsieur Earl K. White III. C'est bien là tout le problème.

Le personnage de Joan, qui n'est âgée que de vingt et un ans, ayant eu sa première relation sexuelle à dix-sept ans avec pour résultat un gamin, est complexe. Elle ne connait pas grand-chose de la vie, et ne pense qu'à l'avenir de son enfant. Ce qui l'amène à se montrer naïve et roublarde à la fois. Mais ce n'est pas pour autant qu'elle aguiche les hommes dans un but lucratif, ou si elle le fait c'est presque inconsciemment. Elle ne veut pas se vendre et prodiguer ses charmes comme une simple fille de joie. Pourtant aux yeux de tous, elle agit comme une opportuniste qui accepte la demande en mariage de Earl K. White.


James_M._Cain.jpgLa couverture annonce la couleur : ce roman est très ancré années 50. Plutôt fin des années 1950 puisqu'à un certain moment la narratrice, Joan, regarde une émission en couleurs à la télévision. Un procédé révolutionnaire qui commença à envahir les foyers dès 1954, créé par Henri de France, mais rares étaient les foyers qui pouvaient en disposer. De même est évoqué un médicament très utilisé dans les années 50 et 60 destiné à lutter contre les états nauséeux et comme sédatif. Or il semblerait que si ce médicament fut mis sur le marché dans de nombreux pays dont l'Allemagne et la Grande Bretagne, il n'était pas commercialisé en France et aux Etats-Unis, mais fut distribué toutefois à vingt mille patients environs. Enfin certaines scènes sont narrées de façon nettement plus suggestives que de nos jours et cela peut faire sourire, mais en même temps cela relève d'une courtoisie envers la gent féminine, même si celle-ci n'hésite pas à employer des mots plus crus et directs.

Ainsi Joan et Liz portent en guise de tenue de travail des shorts en veloutine avec des collants et lorsqu'il fait chaud, cela provoque quelques inconvénients : Joanie, je ne veux pas te paraître indiscrète mais tu ne te sens pas un peu... moite ? Dans certaines parties intimes ? Qu'on ne mentionne jamais en public mais qu'entre filles on appelle l'entrejambe ?

Une petite erreur, mais cela arrive à tout le monde, s'est glissée dans la traduction : page 254 le sergent Young se présente à Joan mais à partir de la page 258 il devient l'agent Church.

Quarante, cinquante, soixante ans après ses grands succès, Le facteur sonne toujours deux fois, Assurance sur la mort ou encore Mildred Pierce, le charme vénéneux des romans de James M. Cain agit toujours sur l'esprit du lecteur.

 

 

James M. CAIN : Bloody Cocktail (The Cocktail Waitress - 2012. Traduction de Pierre Brévignon). Postface de Charles Ardai. Editions de l'Archipel. Parution 20 août 2014. 302 pages. 21,00€.

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 08:25

Hommage à Frédéric Fajardie né le 28 août 1947

 

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Avec l'âge, Fajardie se serait-il assagi ? Ses envies d'hécatombes se seraient-elles diluées avec le temps ? On serait à même de le penser à la lecture de son dernier roman Frivolités d'un siècle d'or dans lequel les cadavres se comptent sur les doigts d'une main. Nous sommes loin des romans dans lesquels les cadavres s'échelonnaient au fil des pages comme des points de suspension. Mais Fajardie reste fidèle à ses principes, à ses thèmes. L'antifascisme, l'ambiguïté avec le parti communiste, la Seconde Guerre Mondiale, la haine des forces de l'ordre.  

Une haine viscérale, une appréhension du costume que l'on pourrait assimiler propre à celui qui a quelque chose à se reprocher. Il ne méprise pas, il tape à tons raccourcis, comme s'il devait assouvir une vengeance.  

Se réservant le beau rôle, Manuel, le narrateur, journaliste intègre (projection de Fajardie ?) est sélectionné par des membres obscurs d'une non moins obscure Centrale de réprouvés du communisme, afin d'écrire une biographie sur mesure. A tort ou à raison, Manuel peul se demander s'il est tombé dans un traquenard organisé par des espions en rupture de ban, dans un asile, une maison de retraite pour taupes vieillissantes, ou chez des paranos obsédés par les démons staliniens, marxistes léninistes. Faut-il en rire ou en pleurer ?

L'idéal n'est plus tout à fait ce qu'il était. La terre tourne mais les doctrines perdurent, inadaptées aux besoin du moment cette communauté internationale qui regroupe quelque part dans la banlieue nord de Paris, sous la bénédiction d'une vieille descendante d'industriel qui a mis à leur disposition maison fajard10.jpgbourgeoise, parc immense et manufacture en ruine, cette communauté d'anciens chefs de la police politique en provenance de Russie, d'Allemagne, de Grèce, d'Algérie, cette communauté se supporte depuis des décennies, jouant à troubler le contre-espionnage en émettant en plein champ des messages codés concentrés. La dissension existe dans ce groupe et les suicides organisés rythment la renaissance d'un Panzer échoué en 1944, rescapé de la bataille de Normandie.

Fait divers international et intemporel sur fond de tragi-comédie, Frivolités d'un siècle d'or confirme 1e démarquage, de plus en plus net, de Fajardie avec le roman policier. Une coupure profonde soulignée par la perte de l'H, initiale du deuxième prénom de Frédéric Fajardie. Une H qui passe à la trappe à cause de deux F faits. 

Chronique écrite en mars 1992.

 

A lire également du même auteur : Patte de velours.

 

Frédéric FAJARDIE : Frivolités d'un siècle d'or. Editions Julliard. Première parution Mars 1992. Réédition Julliard septembre 1999.

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 15:35

Toute jeune, telle une gamine timide sortant à peine sa tête de sous les draps dans lesquels ses géniteurs l'ont déposée, elle n'ose se montrer. Pourtant ce ne sont pas les curieux qui manquent et veulent découvrir sa frimousse.

 

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Ayant reçu un carton d'invitation via un réseau dit social, pour l'admirer et éventuellement l'acheter chez mon plus proche libraire ou point presse, j'ai peiné. Je suis passé par ici, je suis passé par là. Mais elle n'y était pas. Quoi t'est-ce ? m'ont demandé les libraires et kiosquiers auxquels j'ai rendu visite (6 en tout) pas plus intéressés que cela de vendre un nouveau produit. Ils ne l'avaient pas en devanture et aucun ne m'a proposé de la commander ! Personne sauf...

Et oui, vous vous demandez bien comment je me la suis procurée cette arlésienne. Fallait oser, car souvent on dit du mal de ce genre de commerce qui est plus attiré par le chiffre d'affaires que par une véritable politique culturelle. Et bien ce n'est pas vrai pour tout le monde.

En effet, prenant mon courage à deux mains, le jour même où j'avais décidé de franchir le Rubicon, en un seul mot, étant prêt à affronter un énième refus, j'ai abordé la responsable du service culture d'un hypermarché, avec mon plus beau sourire, mes yeux de velours cachés derrière mes lunettes, et ma voix longuement travaillée au miel de Normandie et d'abeilles réunies, et lui ai demandé si par hasard, un exemplaire de Polarama ne serait pas enfoui dans un rayon sous d'autres publications. Non, cette publication lui était inconnue mais... Elle m'a proposé de le commander au dépôt et quelques jours plus tard, m'attendaient impatiemment : la responsable du service magazine et mon exemplaire de Polarama. Et je n'ai pas eu besoin de lui quémander et réitérer ma question : elle m'avait mis de côté mon numéro 1 de Polarama et me l'a tendu alors que j'approchais de son bureau.

Mais qui c'est montrée aussi commerçante ? Une des employée de mon Hyper marché E. Leclerc ! Je ne fais pas de pub, mais je sais reconnaître les bonnes volontés !

Alors maintenant, confortablement installé devant mon magazine, je sens que je vais le déguster, page après page. Et je n'aurai plus de souci d'approvisionnement car elle va me le mettre de côté lors de chaque sortie de Polarama. Elle est pas belle la vie ?

Ayant maintenant l'objet de mes désirs, je suis obligé de débuter par une note négative concernant le format. Celui-ci ne me convient pas du tout. J'ai l'impression d'avoir entre les mains un tabloïd que l'on parcourt à défaut d'autre lecture dans le métro et l'envie de le jeter arrivé à place dans la première poubelle venue. Vous remarquerez toutefois mon sens du civisme puisque je ne le jette pas à terre comme le font des personnages manquant de courtoisie qui propulsent négligemment sur le bitume les prospectus qui fleurissent au bout des bras d'individus recommandant un restaurant ou autre. Mais je me demande bien comment je vais pouvoir ranger mon exemplaire dans ma bibliothèque alors qu'un format plus adéquat eut été de bon aloi. Ce n'est qu'un premier numéro, un galop d'essai, des perfections sont envisageables.

Maintenant passons au contenu.

En couverture Serials killers au cinéma, Vernon Sullivan, Venantino Venantini, et l'annonce d'un concours de nouvelles noires. Bon le cinéma,Gordon_Zola.jpg n'en déplaise aux cinéphiles, ce n'est pas mon truc. Je préfère "perdre" mon temps à lire. Les trois pages qui suivent, outre l'éditorial, sont consacrées à des chroniques de romans que, pour la plupart j'ai lu. Donc je ne m'étendrai pas dessus sauf à souligner l'éclectisme des ouvrages puisque, par exemple Philippe Georget voisine ou presque avec Maxime Chattam. Le temps d'une page un interlude est consacré à Gordon Zola, l'auteur-éditeur-libraire étonnant et détonant. Puis nous revenons aux chroniques avec en tête de gondole Gilda Piersanti, quelques auteurs italiens et Pascal Thiriet, qui ne laisse pas de glace. Ensuite deux pages Livres-Sullivan-copie-1.jpgconsacrées au sulfureux Vernon Sullivan puis nous nous reposons durant une page dans l'antre de la librairie Terminus Polar. Et comme il ne faut pas oublier nos chers bambins, j'évite l'image surannée des "Chères Têtes Blondes", quatre ouvrages leurs sont décortiqués histoire de les amener à prendre conscience venantino.jpgque la lecture n'est pas forcément un pensum et qu'il est aussi facile, sinon plus, de lire et de tourner des pages que de s'escrimer sur une manette de jeu. Nous entrons ensuite dans l'univers du cinéma puis arrivons chez le dernier Tonton, Venantino Venantini. Enfin pour clôturer ce passage en revue une nouvelle signée Simon Dahm.

Et des feuillets éparpillés partout car l'imprimeur a omis de relier le tout avec une agrafe.

Il ne me reste plus qu'à attendre la parution du numéro 2 pour me faire une opinion positive ou non et définitive sur cette nouvelle publication.

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 16:02

Deux mystères en chambre close pour le prix d'un.

 

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Découvrir dans un manuscrit relatant des affaires criminelles célèbres la photographie de sa femme, cela engendre un choc dont Ted Stevens se remet immédiatement, ou presque. Chargé de relire le manuscrit d'un célèbre écrivain spécialisé la relation des crimes célèbres, Gaudan Cross, Stevens le parcourt dans le train qui l'emmène à Crispen près de Philadelphie. La photographie représente Marie d'Aubray, guillotinée pour meurtre en 1861. Or Marie d'Aubray est non seulement le nom de jeune fille de sa femme, mais également celui de la Marquise Marie de Brinvilliers.

chambre ardente1Ceci l'amène à penser à la mort du vieux Miles (qui n'avait que 56 ans !) quelques jours auparavant d'une gastro-entérite. Mais des bruits ont circulé suggérant plutôt un empoisonnement à l'arsenic. Mrs Henderson, la gouvernante-cuisinière aurait aperçu la veille au soir du décès, alors qu'elle était dans la véranda attenante à la chambre de Miles Despard afin d'écouter son émission favorite à la radio, aurait aperçu donc entre deux plis d'un rideau tiré sur la porte-fenêtre une femme tendant au malade une tasse. Cette femme était habillée d'un costume d'époque et serait partie par une porte dans le mur. Détail macabre la tête de cette femme dont elle n'a pu distinguer le visage semblait simplement posée sur son cou. Autre détail, un bout de corde sur lequel neuf nœuds avaient été confectionnés à égale distance l'un de l'autre a été retrouvé sous l'oreiller de Miles Despard.

Stevens possède un pavillon non loin de Despard Park et lors de ses chambre-ardente3.jpgséjours en fin de semaine il s'entretient régulièrement avec Mark, le neveu du défunt. Ils parlent bien entendu de cette mort qui n'aurait pas été consécutive à une gastro-entérite mais à un empoisonnement que le docteur n'aurait pas décelé. Et Mark Despard a demandé à un ami toubib exilé en Angleterre, suite à un incident de parcours, de pratiquer à une autopsie. Pour cela il leur faut procéder à l'exhumation du cadavre. Quelle n'est pas leur surprise en descellant la dalle de la crypte et en ouvrant le cercueil fermé par des verrous placés à l'extérieur de la bière de constater qu'il est vide.

Deux mystères se présentent donc aux trois hommes ainsi qu'à Henderson le mari de la gouvernante cuisinière qui les aide dans leur entreprise et aux autres membres de la famille, Lucy la femme de Mark, Edith, sa sœur, puis Ogden, son jeune frère qui vient perturber leur réunion ainsi que Mary la femme de Stevens. Plus un invité surprise.

 

Une histoire complexe et simple à la fois. Complexe car John Dickson Carr sait insuffler une aura de fantastique et de surnaturel tout au long du développement de son intrigue; simple lorsque l'auteur, par le truchement des protagonistes, dévoile les trucs et astuces qui ont alimenté cette fiction rigoureusement construite.

John Dickson Carr mêle à sa fiction des épisodes historiques qui accréditent et compliquent à la fois l'intrigue. Car en manipulateur rigoureux, l'auteur se joue du lecteur en accumulant les événement qui empruntent au surnaturel tout en se montrant logique dans ses explications.

chambre-ardente2.jpgLe lecteur cartésien peut arrêter de lire ce roman, s'il le désire, au chapitre clôturant la quatrième partie : Explication tandis que celui qui aime frissonner continuera son périple littéraire jusqu'à l'épilogue qui est également l'unique chapitre de la cinquième et dernière partie intitulée Verdict. Un roman donc qui propose deux épilogues à savourer selon les sensibilités de tout un chacun. Et pour parodier un autre titre de John Dickson Carr, Le lecteur est prévenu !.

Ce roman publié pour la première fois en 1937, et dont l'intrigue se déroule en 1929 (du moins pour la version qui est en ma possession), n'a aucunement souffert des rides du temps et se lit toujours avec autant de plaisir.

 

 

John Dickson CARR : La chambre ardente (The Burning Court - 1937. Traduction de Maurice-Bernard Endrèbe). Le Masque Poche N° 35. Parution Janvier 2014. 320 pages. 6,60€.

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 09:57

Vous en connaissez vous des hommes exaspérants ?

 

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Depuis des mois Albert Castelucci traque le commissaire Mario Balzic.

Son fils Joey a été abattu par Collier, l'amant de sa femme. Légitime défense a plaidé le meurtrier qui s'est rendu spontanément aux flics. Joey n'était qu'une petite frappe et sa mort n'a pas été regrettée. Sauf par son père qui depuis tanne Balzic, lui demandant de rouvrir le dossier qui selon fui a été bâclé. Balzic d'abord refuse, arguant le fait que le drame s'est déroulé en dehors de sa circonscription, puis accepte officieusement, se rendant aux arguments du père en quête de justice. 

Il convoque Helfrick, le flic ayant procédé à l'arrestation et aux premières constatations. Celui-ci, borné, brouillon, incapable, médiocre, étourdi, maladroit, ne doit son grade de brigadier qu'à l'ancienneté. Relevant quelques maladresses, omissions et bévues dans le rapport du dit Helfrick, Balzic décide de poursuivre ses investigations auprès des principaux témoins: La femme de Joey, qui était sa seconde épouse tout en étant sa première. Une complexité qui révèle le caractère ambigu de Joey: marié à Rose, il a divorcé pour se remarier avec peu de temps après puis entamait une nouvelle procédure de divorce. Blazic interroge également les habitants de la grande maison divisée en appartements : le frère de Rose et sa femme, Gioia ancien condisciple de Joey sur les bancs de l'école, Miss Cooper prof rébarbative qui a une liaison avec John Itri, présent ce soir là. Itri, marié jure n'avoir rien vu de la scène, mais Balzic sent que l'amant de Miss Cooper lui cache quelques éléments importants. D'ailleurs le commissaire peut déjà se faire une opinion.

Sept coups de feu ont été tiré, seulement entre le premier et les autres une vingtaine de seconde s'est écoulée. Balzic s'entretient avec l'adjoint du district attorney juste avant le passage en jugement de Collier et lui confie ses doutes. Mais cette enquête mai  n'est qu'officieuse et Balzic doit s'occuper entre temps des affaires courantes. Notamment de cette femme qui héberge toute une ribambelle de chiens et dont se plaignent les voisins.

Les hôtes canins de cette vieille un peu dérangée hurlent à la mort, crèvent de faim et vivent dans leurs déjections qui atteignent une couche impressionnante.

La vieille dame placée à l'asile, le fils importune le commissaire, l'insulte ne pensant qu'à récupérer l'argenterie, les bijoux et un clébard de race dont il tire profit des saillies. Enervé, exaspéré, Balzic qui de plus est confronté à des problèmes familiaux et métaboliques, menace l'énergumène de son arme puis lors d'une nouvelle séance au cours de laquelle le fils rapace s'est montré particulièrement odieux, le policier en colère empoigne l'homme et l'étrangle à moitié. Un geste qui le fait réfléchir et trouver la solution de son enquête sur l'homicide de Joey.  

Le ressort de ce roman joue plus sur la connaissance par un inculpé de la loi et des moyens de la détourner que sur l'enquête policière proprement dite. C'est également le roman de l'obsession, car en chacun des personnages, Balzic le premier, se nichent des rêves inexaucés, des secrets, des peurs, des hantises, des phobies, issus de l'enfance, de la rigueur éducative ou de défiences provoquées par l'âge. Balzic déserte la maison conjugale, évite sa femme et sa mère, rentre à des heures indues, découche même, allant finir sa nuit dans une cellule du commissariat. il est traumatisé par une impuissance latente, par un manque de communication avec Ruth,sa femme, par tout un ensemble de faits mineurs qui réunis empoisonnent son existence. Roman de l'homme mis à nu englué dans une enquête, Un homme exaspérant permet à Balzic de faire le point sur lui-même et sur sa vie de couple.


Du même auteur voir également  :  Meurtre au soleil et La page blanche.

 

K C CONSTANTINE : Un homme exaspérant (Joeyrs case - 1990) Traduit de l'américain par Fabienne Poloni. Coll. Fenêtres sur Noir. Editions du Rocher. Parution 3 mai 1991. 326 pages.

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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 08:16

L'amour mènera toujours le monde par le bout... du cœur !

 

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Contemporaine de George Sand, Louise Colet est née le 15 août 1810 à Aix-en-Provence et est décédée à Paris le 8 mars 1876 quelques mois avant son illustre consœur. Mais ce n'est pas la seule coïncidence qui réunit les deux femmes de lettres. En effet, toute comme George Sand, elle eut pour amant Alfred de Musset. Mais ce ne fut pas le seul, puisque Louise Colet telle une veuve noire, célèbre araignée, attira dans les toiles de son lit Gustave Flaubert et quelques autres.

Sa renommée littéraire ne résistera pas au temps et les éditions Archipoche nous permettent de découvrir deux textes dus à cette femme de lettres qui avait compris, comme les starlettes, qu'il fallait coucher pour exister.

colet1.pngDans Un drame rue de Rivoli, Louise Colet développe le thème éternel de l'amour et de la jalousie. Eudoxie, la jeune fille d'un militaire en retraite concierge dans un immeuble appartenant à un général d'empire, Eudoxie s'est éprise d'un locataire allemand, Frédéric Halsener, lui-même fils d'un général prussien qui par sa bravoure obtint l'estime de ses adversaires. Frédérik vit au sixième étage dans un deux pièces contigu à celui d'Eudoxie, et la jeune fille l'aperçoit de temps à autre par la séparation grillagée de son balcon. Il semble toujours perdu dans ses pensées et elle met le compte de ses rêveries sur son statut de poète. C'est en partie vrai, mais Frédérik s'est également épris d'une jeune femme qu'il a remarquée assise sur un banc près de la rue de Rivoli. Elle est accompagnée d'une vieille dame, dont il apprend qu'elle est sa grand-mère, et lui lit des livres. Elles restent pendant des heures sur ce banc et bientôt cette jeune femme constate son manège. Elle est mariée à un industriel, un parvenu qui a manigancé de se marier avec elle, ce qu'il a réussi, devenant par ce fait un gros propriétaire terrien en même temps qu'il s'accaparait le titre de noblesse de Diane de Valcy, en Normandie. Jusqu'au jour où la vieille dame décède, qu'enfin Frédérik ose aborder Diane et qu'Eudoxie toujours à l'affût révèle sa nature d'envieuse et de jalouse. Et comme l'on sait, ce sont les histoires d'amours contrariées qui fournissent les plus beaux textes.

Une histoire qui traîne un peu en longueur car Louise Colet se complait à disséquer la psychologie des personnages, les montrant sous toutes leurs coutures, et qui inconsciemment se met quelque peu dans la peau de ses personnages. Ou le contraire. Frédérik aimait la gloire, non cette gloire qui serait bien mieux nommée en s'appelant vanité et qui n'attire qu'une admiration stérile. Frédérik était épris d'une autre gloire : il voulait que les enfants de sa pensée exerçassent un pouvoir plus direct et plus vivant dans les cœurs. Ce que auquel Louise Colet aspirait. A noter cette réflexion lancée lors d'une discussion : Mais qui est-ce qui croit aux journaux ? L'on serait tenté de dire déjà ? et cela n'a pas changé.

 

Une histoire de soldat, qui suit ce texte, a paru sensiblement à la même période, au milieu des années 1850. Un roman gigogne qui débute dans un salon littéraire auquel participe l'auteur, puis qui continue son petit chemin par déclinaisons. L'histoire principale, qui elle-même en enchâsse une autre, est celle narrée à deux amis qui se sustentent par une serveuse de l'auberge.

Madeleine, originaire de Saint-Julien près de Lons-le-Saunier, est partie de son village pour suivre son fiancé Pierre qui est soldat. A l'origine, elle fréquente Joseph, un être un peu mièvre et qui se montre avaricieux comme son père. Elle pense l'aimer et ils doivent convoler ensemble. Seulement la conscription passe par là et il est tiré au sort. Jour de malchance pensent-ils. Pierre qui aime en secret Madeleine se propose de le remplacer et de rejoindre l'armée. Joseph se montre sous son mauvais jour et Madeleine se rend bientôt compte qu'elle est attirée par Pierre. Alors n'écoutant que son cœur elle décide de le suivre dans ses différents casernements, jusqu'en Algérie, trouvant toujours un emploi près de l'élu de son cœur. C'est ainsi qu'elle s'occupe à des travaux de couture ou garde des enfants chez des dames de la bourgeoisie et devient même cantinière sur le front algérien. Elle doit se marier avec Pierre mais il faut attendre six ans pour qu'il soit libéré de ses obligations militaires. C'est ainsi qu'après l'Algérie elle continue de suivre Pierre dans ses déplacements et se retrouve dans une grande ville de province. C'est alors que nait un récit dans le récit, une histoire d'amour contrariée à laquelle elle assiste impuissante.

Dans ce mini-roman, Louise Colet évoque Rouget de l'Isle et comment il en vint à composer la Marseillaise. Elle met également en contre-point les différences entre gens de la bourgeoisie et les paysans dont les priorités sont divergentes. Ainsi, lorsque l'un des deux amis qui se reposent dans l'auberge demande à Madeleine si elle a déjà entendu parler de Rouget de l'Isle, originaire de Lons-le-Saunier, elle rétorque : Jamais. Nous autres travailleurs nous n'avons pas le temps de nous occuper des choses d'agrément. Et par extension Louise Colet ajoute : Les choses d'agrément, pour le peuple, surtout pour le paysan, sont la musique, la poésie, l'art tout entier dans ses détails ou son ensemble, dans ses ébauches ou sa grandeur. Deux mondes qui se côtoient mais n'ont pas les mêmes préoccupations. Louise Colet souligne les différences de comportement de deux mondes. Tandis que dans les salons littéraires, hommes et femmes parlent, conversent, bavardent, bavassent, accessoirement philosophent, tout en dégustant sucreries et liqueurs, en deux petites touches, en deux phrases Louise Colet montre Madeleine relater son expérience sans rester inactive. Elle tricote !

Cela changera par la suite avec la diffusion plus intense des Louise Coletjournaux, des magazines, l'invention de la radio puis de la télévision. Mais à cette époque, le petit peuple n'avait pas accès à la culture, et le roman populaire dit roman de gare fit beaucoup pour réduire les barrières. Réduire seulement car lorsque l'on voit la politique culturelle actuelle, on peut se poser des questions sur l'édification d'un nouveau mur. Mais ceci est une autre histoire comme aurait écrit Rudyard Kipling.

Louise Colet était tombée dans l'oubli, et il est bon de retrouver quelques-uns de ses textes, ne serait-ce que pour mieux appréhender la conception de l'amour, du point de vue féminin au XIXème siècle.

Joseph Vebret signe une préface très intéressante, riche d'enseignement, et qui nous montre Louise Colet en femme forte qui ne se laisse pas marcher sur les pieds par les hommes, au contraire et qui sait arriver à ses fins, autant par la grâce de son physique que par son talent qui sera reconnu à plusieurs reprises.

 

Un autre avis ? Voir l'article consacré à ce recueil par Claude Le Nocher sur  Action-Suspense.


Louise COLET : Un drame dans la rue de Rivoli suivi de Une histoire de soldat. Editions Archipoche N°315. Parution le 20 août 2014. 320 pages. 7,65€.

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 07:40

A la découverte du Paris de la fin du XIXème siècle.

 

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Claude Izner, qui est le pseudonyme de deux sœurs, Liliane Korb et Laurence Lefèvre, bouquinistes sur les quais à Paris, invente un personnage nouveau, libraire et bouquiniste de son état, évoluant dans le Paris de la fin du XIXème siècle.

izner1Eté 1889. Victor Legris, qui officie rue des Saints-Pères en compagnie de Kenji Mori, son associé, ami et tuteur, et Joseph, l’apprenti débrouillard, est attiré comme bon nombre de curieux par cette charpente métallique érigée place du Champs de Mars au milieu de l’exposition universelle qui rend un singulier hommage aux conquêtes coloniales françaises et à l’évolution de l’homme depuis des milliers de siècles. Alors que Marius Bonnet, qui vient de créer un nouveau journal, le Passe-partout, lui propose de rédiger des articles littéraires, une femme décède, victime semble-t-il d’une piqûre d’abeille. D’autres cas similaires succèdent et l’hypothèse de l’abeille tueuse est peu à peu écartée du cerveau de notre libraire qui se sent une âme de détective, émule du monsieur Lecoq de Gaboriau, lequel fait les choux gras des midinettes et déjà les heures délicieuses de bourgeoises qui n’osent avouer leur intérêt pour ce nouveau genre littéraire. Victor Legris a pour maîtresse Odette de Valois, dont le mari participe à la construction du canal de Panama. Mais il ressent un faible envers Tasha, réfugiée russe et caricaturiste au Passe-partout et peintre en devenir selon certains. Comme notre détective amateur s’aperçoit qu’à chaque fois qu’un meurtre est perpétré Kenji et Tasha ne sont guère loin, les soupçons naissent dans son esprit.

 

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Dans le second roman Victor apprend par Denise, la petite bonne d’Odette de Valois, que sa maîtresse a disparu dans le cimetière du Père-Lachaise alors qu’elle se recueillait sur la stèle de son mari, décédé d’une fièvre maligne lors de la construction du fameux canal de Panama. Une réalisation grandiose qui a laissé sur la paille bon nombre de petits actionnaires qui avaient placé dans cette entreprise toutes leurs économies. Odette était devenue adepte du spiritisme, une science en vogue à l’époque. Victor est d’abord sceptique mais peu à peu il se prend au jeu et le voilà lancé dans une nouvelle aventure qui le conduira dans les quartiers miséreux de la capitale.

Ces deux romans empruntent beaucoup aux feuilletons du XIXème siècle, mais ils possèdent également le charme de la reconstitution d’une époque et d’une ville en pleine mutation. Le modernisme dans la construction du suppositoire comme avait été surnommée la Tour Eiffel, l’urbanisme des grandes artères qui côtoie les quartiers miséreux, les arts et lettres qui évoluent avec l’apparition des nouvelles écoles picturales et la littérature policière, l’atmosphère de l’exposition universelle qui permet aux Parisiens, la plupart jamais sortis de leur quartier de découvrir d’autres civilisations, et bien d’autres évocations encore comme le train de William Cody, alias Buffalo Bill, et ses Peaux-Rouges. Une lecture enrichissante et distrayante, avec des enquêtes mystérieuses à souhait. Un nouvel auteur bicéphale à suivre.

A noter qu'il existe une version numérique Kindle à 10,99€ chaque. Une aberration ?


Claude IZNER : Mystère rue des Saints-Pères et La disparue du Père-Lachaise. Editions 10/18. Collection Grands Détectives N° 3505 et 3506. Parution mars 2003. 7,50€ chaque volume.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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