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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 13:23

Hommage à Thierry Jonquet né le 19 janvier 1954.

 

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La collection Folio a eu la bonne idée de regrouper en un seul volume quatre des romans majeurs de Thierry Jonquet dont La Bête et la Belle qui eut l’insigne privilège de porter le numéro 2000 de la Série Noire.

Je vous propose de découvrir trois de ces titres :

 

Les Orpailleurs  

Un cadavre, même abandonné dans un logement promis à la démolition, ça fait désordre. Surtout un cadavre qui gît depuis quelques semaines, se décomposant lentement mais sûrement, et dont la main droite a été tranchée. Les policiers en ont la nausée de même que Maryse Horvel, le substitut. Seul le médecin légiste trouve son compte et semble ravi d'avoir à disséquer ce corps de jeune fille qui ne sourira plus jamais. Les indices sont minces, pour ne pas dire inexistants et seul un pendentif représentant la main de la Fatma pourrait éventuellement délivrer l'identité de la jeune morte. Deux autres cadavres de jeunes femmes sont retrouvés peu de temps après, la main droite également sectionnée. Crimes de sadique, de maniaque ? Ou crimes rituels ?

Thierry Jonquet ne fait pas dans la dentelle, les lecteurs qui ont lu La Bête et la Belle ou encore Mygale le savent bien. Et à partir d'un fait divers, qui somme toute pourrait être banal, il nous entraîne plus de cinquante ans en arrière jusqu'en Pologne, sur les traces de chercheurs d'or peu ordinaires. Mais là n'est pas la seule force de ce roman. Thierry Jonquet nous propose de partager les misères et les malheurs de tout son petit monde, un peu comme Ed Mac Bain nous invitait à découvrir la vie familiale de la saga des flics du 87ème d'Isola. Les policiers et les juges ne sont pas mieux lotis que nous, et c'est justice. Au fil des pages on apprend ce qui se cache derrière la flasque de cognac que trimbale en permanence l'inspecteur Rovère et dont il abuse un peu trop parfois. Ou pourquoi Nadia Lintz, elle aussi magistrat, confrontée à des problèmes de logement parisien, a quitté Tours, sa famille et son mari. Une affaire peut en cacher une autre, c'est ce qu'apprendra à ces dépens le commissaire Sandoval. Pareils à des entractes, la parole est donnée à l'assassin, dont l'identité est préservée ainsi que ses motivations. Et l'on se demande quel peut être cet œil rouge qui le fixe tel l'œil de Caïn.

 

Mygale.

Chirurgien plasticien réputé, Richard Lafargue est un homme pervers. Il cloître dans sa maison de la banlieue parisienne une jeune femme, Eve, la soumettant au caprice d'hommes dépravés pour son seul plaisir même si cela l'incommode parfois. Lorsqu'ils se rendent dans des restaurants, dans des réceptions, ils se conduisent comme un couple normal.

Alex est une petite frappe qui après avoir réussi un braquage de banque au cours duquel un flic a été tué, s'est réfugié en Provence dans un mas prêté par un copain. Il n'a pas de nouvelles depuis quatre ans de son ami Vincent lequel lui aurait surement ‚vit‚ les bavures survenues au cours de son hold-up.

Vincent Moreau a été kidnappé sur une route de campagne par un homme qui le séquestre dans une cave. Après avoir l'avoir privé de nourritures liquides et solides son tortionnaire lui fournit peu à peu le minimum. Vincent devient sinon amoureux tout du moins reconnaissant envers cet homme qui lui apporte des vêtements, meuble son réduit, lui propose des divertissements sous forme de peinture et un piano. Puis tous les jours son kidnappeur, qu'il a surnommé Mygale, lui injecte un produit.

Obligé de quitter sa planque Alex remonte à Paris et se réfugie dans une villa. En regardant une émission à la télévision sur la chirurgie plastique, l'idée lui vient de changer de visage et d'identité et de quitter le pays. Il suit dans ses déplacements l'un des invités, le professeur Lafargue. C'est ainsi qu'il découvre que l'homme de l'art possède une fille enfermée dans un asile psychiatrique en Normandie.

La folie de sa fille Viviane est l'un des sujets de préoccupation de Lafargue. Et lorsqu'elle est en crise, il passe sa douleur en soumettant Eve à une séance de flagellation avec un des clients de sa compagne, prostituée sur rendez-vous.

Tout est ambigüité dans ce roman : ambigüité des situations, des personnages, des sentiments. En peu de pages, ce qui démontre que point n'ait besoin d'écrire un gros pavé pour construire une histoire, Thierry Jonquet nous entraîne dans un monde de folie et de vengeance. Il tisse sa trame avec une maestria digne d'un auteur aguerri, alors qu'il n'en est qu'à son cinquième roman. Ce qui lui vaudra d'être choisi pour porter les couleurs de la Série Noire avec le numéro 2000.

 

La Bête et la Belle.

Ce roman, construit à partir d’un fait divers, a eu les honneurs d’être le numéro 2000 de la Série Noire, ce qui mettait sous les projecteurs un jeune (à l’époque) auteur français débutant dans le redoutable métier d’écrivain engagé, humaniste et social. L’intrigue se révèle simple, mais pourtant efficace : L’association entre Léon, un vieux clochard, moche, sale, et le personnage principal, surnommé le Coupable, professeur dans un C.E.S., est mal vue par la femme de ce dernier. Un jour le Coupable annonce à son ami Léon qu’il s’est débarrassé de sa légitime prénommée Irène et a caché son cadavre dans le congélateur. Bientôt cet appartement, dont toutes les pièces sont envahies par un immense circuit de trains électriques et où vivent deux êtres dérangés mentalement, peu ou prou, cet appartement va devenir progressivement un entrepôt d’ordures ménagères, de sacs à poubelles en plastiques, pleins, que le Coupable entasse d’abord sur le congélateur, puis tout autour, condamnant peu à peu l’accès des pièces de l’appartement.

Cette histoire n’est pas misérabiliste, mais c’est une histoire de misérables, dans le sens hugolien, comme aimait à le déclarer Robert Soulat qui avait succédé à Marcel Duhamel à la tête de la Série Noire. Or si cette histoire, prenait sa substance dans un fait-divers, elle s’est répétée par la suite. Comme quoi, la réalité rejoint la fiction, et inversement.


Jonquet1

 

Thierry JONQUET : Les orpailleurs, Moloch, Mygale, La Bête et la Belle. Préface de Martine Laval et Patrick Bard. Collection Folio Policier N° 580. 1024 pages. 11,50€. Avril 2010.

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commentaires

P
Bonjour Claude
Je crois les avoir tous dans diverses collections...mais pas tous lu..
Oui un grand auteur..
Bonne journée.
Pat
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O


Bonjour Patrick


Moi c'est Paul, mais ce n'est pas grave, souvent on nous confond avec Claude car nous nageaons dans les mêmes eaux. Petite différence toutefois, la taille.


Pas tous lus, pas rédhibotoire, mais il va falloir se pencher quand même sur certains titres. Je suggère Le Bal des débirs, son premier roman publié dans la collection Spécial Police du Fleuve
Noir et qui a été réédité. Sans oublier ceux que Thierry Jonquet avait signé Ramon Mercader dans la collection Grands Succès.


Amitiés



L
Un très grand Monsieur qui nous manque beaucoup... Bel article.
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O


Il est vrai et il avait encore beaucoup à dire et à écrire. Bel article, je ne sais pas, mais ayant eu le plaisir de rencontrer à plusieurs reprises Thierry Jonquet, il m'était plus facile de
m'intégrer dans ses récits et de les analyser. Quoique j'ai parfois éludé. C'était quelqu'un de peu expansif mais terriblement efficace dans ces romans.


Amicalement



Z
Quand le polar devient un classique
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O


Il s'agit plus de romans noirs que de romans policiers et Thierry Jonquet écrivait des romans de société dont certains issus d'expériences personnelles comme Le Bal des débris


Amitiés



C
Des romans incontournables dans nos collections, mon cher Paul !
Amitiés.
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O


Tout à fait mon chercClaude et j'ajouterai des romans qui n'ont pas pris une ride



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