Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
Avec L’amour sans le faire publié chez Flammarion, Serge Joncour tient une place prépondérante dans l’actualité littéraire. Mais il ne faut pas oublier ses précédents romans, dont celui que je vous propose et qui n’est même pas répertorié chez Wikipédia, ce qui prouve qu’il existe de grosses lacunes, chez un éditeur qui semble avoir disparu de la scène éditoriale.
Libraire en livres (eh oui !) dans une grande surface, le narrateur se décarcasse pour mettre en valeur son rayon. Et ce n’est pas facile, car étant donné le nombre de marques différentes, de calibrage, de format, de prix, il faut un véritable savoir-faire pour allécher le chaland. Ce n’est pas comme dans les autres rayons où tout s’empile de façon parfaite et homogène.
Ce n’est pas une sinécure malgré le jovial Martino, et sa devise en béton, enfin en carton : “ Martino des éditions générales ; plus le carton se livre et plus on fait un carton ”.
Et voilà notre libraire qui peu à peu se transmute en effigie de carton pour appâter les clients. Il n’est plus un vendeur mais un pantin figé et pensant, devenant une véritable coqueluche. On dirait un vrai, remarquent des enfants accrochés aux basques de leurs mères poussant les chariots de provisions. De toute façon il y a toujours un peu de place pour caser un livre entre les bottes de poireaux et les côtes de porc du déjeuner.
Fable ou parabole, sur la société de consommation, sur le rôle du vendeur de livres et non plus du conseiller en lecture, Carton de Serge Joncour est plus qu’un roman, un constat. Une peinture acerbe de l’ambiguïté entre les nourritures terrestres et les nourritures spirituelles. Le livre et à travers lui son vendeur, toute une profession régie par la loi du marché et incidemment du rapport financier. A noter que Serge Joncour a obtenu le Prix France Télévision 2003 pour U.V.paru aux éditions du Dilettante.