Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
Qui faut-il croire alors ?
Alors qu’il est en communication téléphonique, de mauvaise qualité, avec sa fiancée Leoni, Yann May, psychologue berlinois, est dérangé par des coups frappés à sa porte. C’est un policier qui lui apprend le décès accidentel de Leoni. Yann ne peut y croire d’autant qu’au bout du fil elle a eu le temps de lui dire « Ne les crois pas ».
Huit mois plus tard, il prend en otage sept personnes dans un studio d’enregistrement d’une radio privée célèbre pour ses émissions débiles. Il a bien préparé son opération, se déguisant, se faisant passer pour un des invités du jour à visiter les locaux et surtout en étant armé jusqu’aux dents et bardé de dynamite. Du moins c’est ce qu’il affirme. Il détourne les règles d’un jeu téléphonique matinal, le Cash Call. Un auditeur tiré au sort doit répondre en prononçant une phrase dite magique et peut gagner un cadeau somptueux. Il a décidé d’appeler un auditeur, mais l’enjeu est différent : si la personne appelée ne réponds pas correctement, c’est un otage qui va en subir les conséquences.
Ira Samin, psychologue, est emmenée dans l’immeuble de la radio et doit converser avec le preneur d’otages. Depuis le suicide d’une de ses filles, elle est complètement en vrac et ce matin là elle avait décidé de prendre le même chemin en ingérant des pilules. Aussi elle accepte à contrecœur cette mission d’autant qu’un autre de ses collègues devait jouer les messieurs bons offices. Mais il avait été réfuté par le kidnappeur, au grand dam des officiers de la police dépêchés sur place. Elle tente donc de négocier par téléphone avec Yann, sentant que quelque chose coince dans la machine. Comme si elle était le jouet d’une manipulation, mais elle est incapable de démêler ce qu’il se passe. D’autant qu’elle apprend que la jeune femme qui devait accompagner les visiteurs n’est autre que Katarina, sa fille ainée qu’elle n’a pas vu depuis des mois. Katarina, dite Kitty lui en veut depuis le suicide de sa sœur.
Les tractations continuent car il faut sauver à tout prix la vie des otages mais les revendications de Yann ne sont pas simples. Il est persuadé que Leoni est toujours vivante et il lui faut plus que des preuves pour relâcher ses invités non consentants. Ses argumentations ne manquent pas de poids et les policiers semblent mettre des bâtons dans les roues des négociations.
Ce deuxième roman de Sébastian Fitzek traduit en France diffère totalement de son premier ouvrage, Thérapie, dans le fond et dans la forme, même si l’on peut relever au moins un point commun : si la trame de Thérapie tournait autour de la disparition d’une fillette, ici c’est celle d’une femme qui est considérée comme décédée accidentellement. Mais l’atmosphère angoissante et fantastique qui prévalait fait place à une histoire plus étouffante, inquiétante, reposant sur les motivations du kidnappeur et sur les conséquences éventuelles de ses gestes.
Il ne s’agit pas d’une banale opération de prise d’otages car plus l’histoire avance, plus les démêlés secondaires empiètent sur le récit. Les implications de membres influents de la mafia allemande et de dirigeants de la police berlinoise vont bouleverser la donne, et chacun des protagonistes garderont des cicatrices morales et physiques. Yann et Ira en étant les plus atteints vivant depuis des mois en plein désarroi, victimes de fractures du cœur et de l’esprit. On regrettera juste le titre français qui fait penser à un roman de Mary Higgins Clark.
Sébastian FITZEK : Ne les crois pas. Traduit de l’allemand par Pascal Rozat. (réédition des Editions de l’Archipel). Le Livre de Poche. Collection Policier/Thriller. 416 pages. 7,10€.