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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 07:13

Hommage à Samuel Fuller né le 12 août 1912

 

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Quelques paroles échangées sur un trottoir avec des hippies, au coin d'une rue londonienne, et Charley va vivre la semaine la plus mémorable de sa carrière de cinéaste et de journaliste.

Robert et ses compagnons, hommes et femmes, décident de squatter une immense propriété abandonnée dans Mayfair, sise au 144 Piccadilly. Soixante chambres, dix salles de bains, une salle de cinéma, de quoi accueillir en toute tranquillité une communauté. Robert se réfugie derrière une loi de 1381, modifiée 1623, qui malgré ses six cents ans d'existence n'est pas caduque. C'est un pacifiste convaincu, militant, répondant à la violence par la dialectique.

Charley, cinéaste et journaliste, décide de se joindre à ces hippies bien sympathiques et qui en définitive ne font rien de mal. Ils occupent une maison ? Et alors ! Le propriétaire légitime n'avait pas à la laisser à l'abandon alors que dans Londres tant de gens cherchent à se loger. Des policiers tentent bien de s’interposer mais Robert, qui joue avec la loi en juriste éminent, annihile toute velléité de leur part. Au dehors, la foule s’amasse, alléchée par ce divertissement pour le moins inhabituel, de cette résistance et la télévision couvre l’événement.

Robert édicte ses principes à sa petite communauté : la drogue sous toutes ses formes est prohibée, de même l’exhibitionnisme et les orgies sont fortement déconseillés. Charley assiste en spectateur amusé à l’installation de cette communauté, se laissant draguer par quelques-unes des jeunes femmes. Le deuxième jour, il part en compagnie de Zyx, un Noir dont l’ambition est de fonder les Tigres — en référence aux Panthères Noires — sillonner le quartier en camion afin de récolter des subsides et d’assurer le ravitaillement. En cours de route ils sont agressés par des Skinheads — qui avaient été chassés par la communauté, — mais Charley a le dessus. Les vivres commencent à manquer et la drogue couve.

Robert, la mort dans l’âme, se résout à faire appel aux Angels. C’est introduire le loup dans la bergerie, un loup nommé Lover Boy qui investit le 144 Picadilly avec ses motos, ses compagnons, ses femmes et de la drogue. Au dehors le nombre des badauds grossit et à l’intérieur, la tension monte. Robert et sa copine Molly sont enlevés par des Skinheads qui ont réussi à s’infiltrer dans ce fort Chabrol, mais Lover Boy, Charley et quelques Angels parviennent à les délivrer. Cependant, le comportement de Lover Boy et de ses séides est de plus en plus provocateur et la drogue passe de mains en mains. Charley tente bien de raisonner Robert, mais celui-ci est toujours hostile à tout acte de violence. Et, le sixième jour, le 144 Picadilly, tel un chaudron sous un feu ardent, se met à déborder. Lover Boy, complètement dément, fait une piqûre d’héroïne à Europa, une avocate acquise à la cause des hippies, ainsi qu’à Charley, puis les unit dans un simulacre de mariage façon Angels.

 

Sam-Fuller.jpg144, Picadillyest un livre dur, sauvage, parfois à la limite de la pornographie et de la scatologie. Quelques scènes seront taxées de complaisance, principalement celles liées au sexe et à la drogue, mais ce n’est là qu’un reflet de la réalité, même si elle dépeint son paroxysme. En même temps, tout est tendresse et amour ; à l’érotisme brûlant succède la pudeur et la coexistence pacifique cède la place à un bellicisme effréné. Un véritable combat des chefs où le Bien et le Mal s’affrontent dans la ruse, la brutalité, l’excès. Mais l’espoir est toujours permis et l’altruisme forcera les portes, même si l’être humain doit se dédoubler et parfois agir comme un double honni.

Dans cette dualité constante, l’on sent également la transposition de l’écrivain dans son héros, devenu son double. D’abord détaché, Charley se trouve peu à peu impliqué dans cette revendication des squatters, les aidant à maintes reprises. Charley, cinéaste, a dix sept films à son actif et fume des cigares Castro 1 ou Cabanas — comme Fuller bien sûr. Ce roman est en fait la novélisation du scénario d’un film que Fuller ne put jamais réaliser. Mais qu’en est-il du texte original puisqu’il s’agit d’une « adaptation » et non d’une traduction intégrale ?

 

 

Sam FULLER : 144 Piccadilly. (144 Picadilly - 1971. Texte français d'après Jean-Yves Prates). Editions Ramsay. Parution janvier 1991. 300 pages.

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