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Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !

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Ron RASH : Un pied au Paradis.

Et deux dans l’Enfer. Le compte est bon !


rash.jpg

Dans cette partie nord de la Caroline du Sud, non loin de sa petite sœur la Caroline du Nord et de la Géorgie, les paysans cultivaient dans les années 50 le maïs, le tabac, les haricots et les choux. C’étaient de petites parcelles travaillées à la main et à l’aide d’un cheval de labour, le terrain en pente ne se prêtant guère aux engins motorisés et les cultivateurs n’ayant pas les moyens de s’en acheter.

Et en ce mois d’août 1952, à Jocassee, la sécheresse guette les récoltes, sauf celle du tabac et des choux car les plantations jouxtent la rivière et sont donc irriguées. Billy Holcombe entretient ses parcelles malgré un léger handicap dû à une poliomyélite contractée alors qu’il était tout jeune. Il sarcle ses plants de tabac, un travail pénible à être à longueur de journées le dos plié, à surveiller l’apparition de maladies et d’insectes nuisibles. Le shérif Alexander le surprend dans cette tâche harassante mais Billy n’a pas l’air étonné de recevoir cette visite impromptue.

La veuve Winchester s’est plainte de la disparition de son fils Holland jeune homme bagarreur, de retour de Corée, obtenant la Golden Star, et elle a accusé Billy de l’avoir tué. Holland avait enfilé ses affaires militaires, laissant son pick-up dans la cour. Elle assure avoir entendu un coup de fusil. Trois raisons pour affirmer que son gars a été assassiné et que Billy en est le meurtrier.

Le shérif Alexander demande donc à Billy s’il a aperçu Holland, lui posant des questions pièges, mais à chaque fois Billy s’en sort avec une pirouette. Alexander est persuadé que Billy a perpétré un meurtre, mais il n’a rien sous la main pour étayer son intime conviction. Des buses dans le ciel ? Ah oui, c’est à cause de mon cheval que j’ai dû abattre. Peux-tu m’emmener sur place ? Oui, pas de problème. Ton cheval blessé à la patte, il a traversé quand même la rivière ? Oui, le l’ai aidé.

Le lendemain, accompagné de son adjoint et de quelques gars, Alexander participe aux recherches mais pas de corps. Il traîne bien le cadavre du cheval sur quelques mètres, mais pas la moindre trace de terre fraîchement remuée. Une intime conviction, pas de preuves, pas de cadavre, rien, il ne possède rien de tangible, de concret.

Un roman qui se décline comme un quintet, cinq voix pour narrer ce qu’il s’est véritablement passé, et la suite vingt ans plus tard. Après le récit du shérif, c’est Billy qui donne sa version, plus complète, incluant le passé, le présent et l’avenir, sa version, celle qu’il peut raconter car il ne connait pas tout. Ensuite sa jeune femme prend la parole, approfondit cette version, l’enrichit d’éléments nouveaux, mais l’histoire ne s’arrête pas en si bon chemin. Le fils lui aussi apporte sa pierre à l’édifice vingt ans plus tard, enfin l’adjoint du shérif Alexander offre sa touche finale.

rash2.jpgDans une ambiance profondément rurale, ce roman se démarque profondément de ce que l’on peut lire actuellement. Pas de violence et de scènes de sexe gratuites. Tout est dans le suggéré, parfois dans le non dit, avec une forme de tendresse envers les personnages. Billy Holcombe et Amy sa femme, mariés jeune, surtout elle, qui sont confrontés aux difficultés de la terre et de la semence, Holland Winchester, un gars hâbleur qui jouit de sa participation à la guerre de Corée, sa mère persuadée, sûrement à raison, du meurtre de son fils mais ne pouvant qu’évoquer des suspicions, la veuve Glendower, pratiquant la médecine phytothérapique.

Et par-dessus tout ça plane le spectre de la Carolina Power, une compagnie qui met tout en œuvre pour édifier un barrage. Car en ce coin d’Amérique profonde, les Holcombe par exemple ne sont pas reliés à l’électricité. Et s’il fallait placer un parallèle, comme en quatrième de couverture est évoqué Giono, je pencherai aussi en gardant le contexte français pour Jean-Pierre Chabrol. Un roman dur et tendre à la fois, dans lequel l’enquête policière ne sert que de support, chacun des protagonistes se dévoilant peu à peu telle une strip-teaseuse pudique. A signaler que Jocasssee est devenu un lac dans les années 70, situé non loin de Salem et fut un ancien territoire Cherokee, comme le précise dans son livre Ron Rash qui part donc d’un élément concret pour écrire son histoire.


Ron RASH : Un pied au Paradis. (One foot in Eden – 2002, traduit de l’anglo-américain par Isabelle Reinharez. Réédition Editions du Masque). Le Livre de Poche Policier 32043. 320 pages. 6,60€.

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M
Bonjour Oncle Paul,<br /> <br /> Je connais Ron Rash simplement de réputation, à te lire, il pourrait être édité chez Gallmeister dans la collection natural writing ... Personnellement, c'est cette Amérique-là qui me plaît, qui<br /> m'interesse : ce fameux midwest. Personnellement, je trouve que les éditions Le Masque font un travail intéressant, même si ces dernières années, ils ont perdu certaines grandes plumes. J'ai très<br /> envie de lire au moins une fois Ron Rash, mais déjà en lisant ton commentaire je pense savoir à quoi m'attendre. Un écrivain de terroir, plus facile à lire j'espère que Gide et peut-être un peu<br /> moins "chronique paysanne" que Jean-Pierre Chabrol. En tout cas, ce billet m'a beaucoup intéressé. Amitiés, MIC.
Répondre
O
<br /> <br /> Bonjour Mic<br /> <br /> <br /> J'ai entendu parler des éditions Gallmeister mais je n'ai jamais encore lu un de leurs ouvrages. Oui, le fameux midwest qui lui aussi me plait, ce qui nous change agréablement des romains urbains<br /> avec tous les problèmes qui y sont liés. Un côté plus authentique qui est à rapprocher de certains romans de Erskine Caldwell, Steinbeck (les raisins de la colère par exemple) et quelques autres.<br /> Mais Ron rash est passé au Seuil avec le changement d'éditeur de Marie Caroline Aubert qui a quitté le Masque.<br /> <br /> <br /> J'aurais plus pensé à Giono et à ses relations provençales. Quant à Jean-Pierre Chabrol, je m'ai pas toujours été convaincu mais il me reste l'image de la construction des lignes électriques à<br /> l'aide d'explosifs, explosifs qui servaient aussi aux ouvriers pour pêcher le poisson.<br /> <br /> <br /> Merci Mic et à bientôt<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />
G
décidément, il faut que je prenne le temps de lire cet écrivain !
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O
<br /> <br /> Bonjour<br /> <br /> <br /> C'était le premier Ron Rash que je lisais et j'ai été conquis. J'ai rapatrié cette chronique de mon ancien blog car bientôt j'entame Serena qui vient vient d'être réédité au Livre de Poche donc<br /> j'aurai confirmation de mon engouement ou pas après cette lecture. A suivre donc !<br /> <br /> <br /> <br />