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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 07:13

Les jeux de la mort et du 7ème Art...

 

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Cela aurait pu être une mise en scène imaginée par les concepteurs de Paris-Plages ou des décorateurs employés par l'organisation des parcs Disney. Pour autant le cadavre qui gît au pied du château de sable trônant sur les quais de la Seine, sensé représenter celui de la Belle au bois dormant et parrainé par Disneyland, est bien réel. Et il faut se dépêcher de le dégager car même si les amoureux des succédanés de plages ne sont pas encore arrivés, à même pas neuf heures il fait déjà près de vingt degrés. La canicule pointe son nez. L'été sera chaud.

Le capitaine Jean-François Murray, plus communément surnommé Jeff, officier de police au 36 quai des Orfèvres est appelé par son adjoint, le lieutenant Leroux pour effectuer les premières constatations. Dans les poches du mort, seulement un bristol indiquant Bernard Kalers, Centre de l'image. C'est peu mais suffisant pour situer le bonhomme. Un bouquiniste qui se penchant par-dessus le parapet a aperçu le corps a averti aussitôt les forces de l'ordre. Rien à glaner de ce côté là.

Jeff est un mutilé de la vie, côté cœur. Il a perdu sa femme et sa fille dans un accident de voiture sous ses yeux et il en est toujours marqué. Depuis, il regarde tranquillement chez lui des films et écoute des CD de Steven Seegal dans son véhicule de service.

Kalers est connu au Centre de l'Images des Halles et après avoir obtenu l'adresse du défunt, Jeff se rend sur place. L'homme était un solitaire, vivant seul, veuf depuis déjà de nombreuses années, et il était quelqu'un de tranquille selon les voisins. Un peu bourru peut-être, mais ce n'est pas rédhibitoire. Sa journée terminée, Jeff rentre chez lui et écoute un message déposé sur son répondeur téléphonique : Bonne nuit capitaine, faites de beaux rêves.

Un nouveau client attend les policiers dans un magasin de fringues, plus spécialement dans la cabine d'essayage. Etranglé. Serait-ce le début d'une série ? Mais il ne faut pas oublier le premier mort qui avait été évincé d'une cinémathèque qu'il dirigeait, à cause de ses choix, et dont son successeur n'a pas su redresser la barre. Jeff remonte peu à peu la filière, rencontrant notamment un peintre qui avait bien connu Kalers, mais les morts continuent à fleurir et surtout, quelqu'un lui en veut. Gênerait-il ? Un individu s'est introduit chez lui enlevant toutes les photos de sa femme et de sa fille qui étaient affichées sur un mur, les déchirant, les pliant. D'autres messages lui parviennent, téléphoniques ou sous forme papier glissé sous le pare-brise de sa voiture.

Grâce à l'agenda de Kalers récupéré grâce à l'un de ses rares amis restants, Jeff et Leroux parviennent non seulement à obtenir l'identité des victimes, toutes étant retrouvées sans papier ou sac, mais également leur adresse et surtout en mettant le doigt sur un point crucial. Car outre le lieu et parfois la position incongrue dans lesquels elles ont été retrouvées, l'une d'elle par exemple sur un parking dans le chariot d'un supermarché, tous ces endroits correspondent à l'emplacement d'un ancien cinéma.

La piste d'une vengeance n'est pas à écarter, quelqu'un qui aurait eu maille à partir avec Jeff Murray, mais pour quelle raison, et surtout pourquoi s'attaquer à des personnes gravitant d'une façon ou d'une autre dans le 7ème Art.

 

Ce roman s'articule comme un jeu de piste ayant pour thème le cinéma, et auxquels divers acteurs, à prendre dans le sens large, participent (Un scénariste, une critique de cinéma, une affichiste par exemple) évoluant dans le Paris d'avant, lorsque les petites salles obscures étaient disséminées dans tous les quartiers de la capitale pour la plus grande joie des ouvriers, des cinéphiles et des cinéphages. Des petites salles aujourd'hui disparues, transformées en garage, salle de remise en forme, supermarché... et dont la cause peut être imputée à plusieurs facteurs. La télévision, bien sûr, mais également les DVD et tout récemment la vidéo à la demande, les suppressions de petites salles au profit des grands complexes qui n'offrent le plus souvent que l'artillerie américaine, et autres loisirs liés à l'informatique.

Le personnage meurtri de Jeff Murray est attachant, préservant le souvenir de sa femme et de sa fille par des photos collées sur le mur de sa chambre. Il s'est installé à Paris après le drame, quittant le pavillon de banlieue où il résidait en famille. Sa passion pour le cinéma est indéfectible et le duo qu'il forme avec Leroux est plus qu'une relation de travail. Il existe entre les deux hommes, qui sont sensiblement du même âge et qui se vouvoient, une forme d'amitié bourrue. Et s'il se rend quelquefois au restaurant avec Elodie, une psycho-criminologue, une profileuse, c'est toujours à l'initiative de celle-ci, et il ne sait pas trop comment se conduire avec elle.

Roland Sadaune est un cinéphile averti et il prend ici non pas la défense du cinéma, mais il fait partager ce que je pense être une forme de nostalgie. Le romancier est surtout artiste peintre, et l'on ne s'étonnera pas que l'un des personnages soit lui-même peintre, d'origine polonaise.

Les illustrations de couvertures sont de Roland Sadaune.

A lire également de Roand Sadaune : Deauville entre les planches; Le Loup d'Abbeville et  Game Auvers.


Roland SADAUNE : Dernière séance. Val d'Oise éditions. 212 pages. 13,80€

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commentaires

C
Salut Paul
Parmi mes prochaines lecture, bien sûr ! Et vive Roland Sadaune !
Amitiés.
Répondre
O


Bonjour Claude


COmme tu dis, Vive Roland Sadaune et bientôt son nouvel ouvrage dont nous aurons l'occasion de parler


Amitiés



P
ton résumé et ta chronique m'incitent à me pencher sur ce polar. Le personnage principal semble bien sympathique.
Répondre
O


Et, pour rester pragmatique, le prix du livre aussi est sympathique


Amitiés Pyrausta.



Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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