Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
Roger Valuet, plus connu sous le pseudonyme de Roger Vilard, est né à Coupelle-Vieille, près d’Arras, le 4 juin 1921 et est décédé le 24 octobre 2004 à Nice. Si la plus grande partie de sa production a été publiée par le Fleuve Noir, il est l’auteur également de quelques ouvrages sous les pseudonymes de Richard Valet pour la collection Un Mystère aux Presses de la Cité et sous celui de René Vaire pour la collection Top Secret chez Atlantic, selon les maisons d’éditions qui acceptaient ses manuscrits, ainsi que sous son propre nom pour des ouvrages spécialisés.
Il fréquente le lycée à Arras, ville qu’il a habité pendant quarante cinq ans, se montrant un élève turbulent. Ce qui lui vaut d’être expulsé mais sera réintégré à la demande de l’un de ses professeurs du nom de Guy Mollet (Guy Mollet fut président du conseil, ancienne appellation du Premier ministre, du 1er février 1956 au 13 juin 1957). Comme beaucoup d’écrivains il débute par écrire des poèmes, dont une plaquette préfacée par Pierre MacOrlan puis deux recueils édités par l’Imprimerie centrale de l’Artois : D’amour et d’ombre en 1947 et Embruns en 1949.
Ses premiers romans dits populaires sont édités aux éditions
de la Porte Saint-Martin et bizarrement ce seront des romans d’espionnage, genre qu’il ne reprendra pas lorsqu’il intégrera le Fleuve Noir. Il écrit donc sous son nom de Roger Valuet six ouvrages qui seront publiés de 1952 à 1954 dans la collection Guerre Secrète. Une collection qui sera alimentée par deux auteurs seulement, lui et Jean-Pierre Conty. Deux de ces titres seront piratés et réédités chez Thill : Traqué à Berlin qui deviendra Brelan de morts en 1956 sous le pseudo de Sam Donovan alias utilisé par Jacques Dubessy chez le même auteur, lequel Dubessy est plus connu sous l’alias de Slim Harrisson. Le second ouvrage, La mort à l’affût sera rebaptisé Les morts sont discrets en 1956 signé Kenneth Milardy et connaitra une nouvelle publication aux éditions Baudelaire en 1963 sous le titre de Le voyageur invisible signé Mark Halbran, des éditions pirates dont il ignorait l’existence avant de l’apprendre incidemment par les ethnologues de la littérature populaire que sont Jean-Paul Gomel, Paul J. Hauswald et Claude Herbulot de la revue Rocambole.
Il écrit également Pilotes de la mort et Evadés de l’enfer (Prix Charles Valois en 1954, décerné par la Société des gens de lettres) aux éditions André Martel pour la collection Reportages et récits en 1954. Parallèlement il publie aux Presses de la Cité Coup d’œil sur la philatélie en deux volumes et intégrera la collection Un Mystère sous le nom de Richard Valet pour trois titres entre 1957 et 1959 et fournira sous le pseudo de René Vaire trois romans aux éditions Atlantic, collection Top Secret durant les mêmes années.
Retiré à Nice il sacrifiait à sa passion tenant une boutique proposant timbres lithographie, miniatures et expertises de collection ainsi que… ses propres romans qu’il dédicaçait volontiers. A l’un de nos trois mousquetaires du Rocambole il déclarait en août 2003 que pour lui l’écriture c’était bien fini : Celui-ci sera mon dernier et le dernier a bien fini par arriver. A Claude Herbulot il avait jadis confié : Si j’ai cessé un temps d’écrire, c’est surtout par lassitude ; j’avais le sentiment de devenir un fonctionnaire de la plume et c’est mauvais. L’article continue par cette réflexion pertinente :
On se rendit compte qu’un romancier, tirant à une moyenne de plus de cinquante mille exemplaires pendant trois décennies, traduit en plusieurs langues et produisant plusieurs romans remarquables, pouvait cependant facilement être noyé dans la masse et glisser rapidement dans l’oubli. Et dans la solitude. Car aux temps épiques du Fleuve Noir naissaient et se cimentaient aussi de solides amitiés, comme celle qui liait Roger Valuet à Jean Libert, Frédéric Dard, André Boulay, André Carpouzis et André Duquesne. Et notre romancier de narrer quelques anecdotes, souvent drôles, parfois poignantes, qu’il serait trop long d’expliquer ici. Eloges pour les œuvres de ses confrères (Dard, Libert, Duquesne), pour la direction littéraire de François Richard ; des éclaircissements sur le fonctionnement du Fleuve Noir. Et lui là-dedans ? Oh, moi, vous savez, au Fleuve Noir je n’étais qu’un petit. Modestie ou lucidité ? On lui cita quelques titres particulièrement appréciés comme Echec et Meurtre, Le bateau des nuits blanches, Au second temps de la mort… lui faisant remarquer que ses romans couvraient tous les genres de récits policiers, dans des tons allant de l’intimisme à la truculence la plus féroce, et parfois dans des styles d’écriture différents. Au point qu’on avait même l’impression que, par exemple, « N’allez pas chez Barclay » avait été écrit par André Lay, ou tel autre par Peter Randa. Vous ne croyez pas si bien dire, fit-il en manifestant un plaisir évident et un peu espiègle. S’il ne se souvenait pas forcément de quoi retournaient certains de ses romans, il avait davantage gardé en mémoire ses personnages, souvent extrapolés de personnes réelles dont le physique ou le comportement l’avaient inspirés. Quand Carla chantait serait donc quand même un roman à clés, contrairement à ce qu’en disait l’avertissement aux lecteurs ? Le romancier plissa les paupières, sourire entendu. Roger Valuet n’avait pas oublié le montant de ses tirages. Le total dépasse les quatre millions d’exemplaires vendus. « Journal d’un tueur » a fait le meilleur score, et de loin ; il y eut des retirages et même des rééditions. Pourquoi celui-ci a-t-il crevé le plafond et pas un autre ? Je n’en sais rien. C’est un mystère. Pourquoi n’a-t-il pas persisté dans le roman d’espionnage, genre fétiche de ses débuts ? Au Fleuve Noir, je n’aurais pas pu rivaliser avec les ténors du genre.
Roger Vilard interrompt sa carrière d’écrivain entre 1973 et
1983, mais le plaisir d’écrire l’oblige à reprendre du service, et la collection Spécial Police l’accueille à nouveau, sans problème malgré le changement de direction, jusqu’en 1986. La collection Spécial Police sera sabordée et il offrira un dernier roman pour la collection Crime Fleuve Noir : Abattez vos dames en avril 1992. Concernant le roman écrit ou coécrit avec André Duquesne/Peter Randa il s’agit de Le ciel pour linceul (S.P. N°828). Mais il a également aidé Raymond Vanier, l’un des pionniers de l’aéropostale moins connu que Mermoz et Saint-Exupéry mais qui figure sur un timbre commémoratif en compagnie de Didier Daurat, à écrire ses mémoires Tout pour la ligne paru chez Loubatières. Autres particularités concernant Roger Vilard/Richard Valuet : il a été directeur de la société littéraire les Rosati d’Artois, succédant à Robespierre et Lazare Carnot et a touché à la chanson en compagnie de Paul Misraki, gagnant un concours à la télévision devant plus de mille concurrents. « L’assassin s’il vous plait » a été adapté dans la série télévisée Le triplé gagnant avec comme interprètes Raymond Pellegrin, Darry Cowl, en 1990 dans une réalisation de Bernard Villiot.
Cet article n’aurait pu être écrit sans une correspondance avec l’auteur, le bulletin Fleuve Noir information n°10 d’octobre 1965 et les révélations du Rocambole n° 42.
Spécial Police
219 : Colère noire
230 : La Mort qu'on voit danser
236 : Des Anges pour l'enfer
252 : Tout ce qui brille
261 : Ça se mange froid
266 : Touquet, impair et manque
283 : Fais ta valise, Fromer
294 : Un Cercueil de roche
306 : Ultimatum
315 : Echec et meurtre
322 : Mort à Malarija
331 : Dis-moi qui tuer
345 : Tel un aveugle
369 : Le Sorcier
380 : Pas le temps d'enterrer
394 : Léda et le pigeon
415 : Les Requins
425 : Le Troisième larron
436 : Celle qu'on n'attendait pas
451 : Quand Carla chantait
465 : En attendant l'aube
476 : Rayé des vivants
489 : Peau-rouge
506 : Chasse-neige
522 : Le Bout du monde
538 : La Mort en tubes
551 : Péril en la demeure
566 : Sous l'œil des vautours
586 : Le Bateau des nuits blanches
609 : Une Ile pour mourir
622 : La Dernière séquence
633 : N'allez pas chez Barlay
648 : J'ai vu mourir Fargo
666 : Piège pour un dahu
691 : Journal d'un tueur. Réédition collection Polar 50 N°17
715 : On mourait à Cacico
727 : Chantages en chaîne
752 : La Peau du personnage
777 : Quand saignent les pierres
802 : Du fric à l'Indienne
828 : Le Ciel pour linceul
837 : Sur un air de viol
944 : Des Truands et des mômes
1011 : Au second temps de la mort
1807 : On ne plume pas un ange
1827 : Ne tuez pas le pékinois
1856 : Prêtre-moi ton visage
1870 : Bosphore, mon ange
1898 : Dites-le avec des tueurs
1908 : Broie du noir, mon ange
1921 : L'Assassin, s'il vous plaît
1926 : Je vous le donne en sang
1963 : Requiem pour troisième âge
2014 : Meurtre en double face
Crime Fleuve Noir :
24 : Abattez vos dames.