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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 08:43

Moi aussi, je lis !

 

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Chercheur infatigable, découvreur de trésors anciens, Jean-Daniel Brèque nous fait partager son amour de la littérature populaire ancienne anglo-saxonne grâce à ses découvertes, ou redécouvertes, dans la collection Baskerville, la bien nommée.

Dernière découverte en date et recueil inédit, ce petit bijou sympathique.

 

Judith Lee qui possède un talent, un don peu commun. Certains qualifient même cette faculté naturelle de magie. En effet Judith Lee a la capacité de lire sur les lèvres et cela la conduira non seulement à obtenir un emploi comme professeur dans des instituts spécialisés pour sourds-muets ou chez des particuliers, mais à résoudre des énigmes dont elle est l'héroïne sans en tirer profit. Elle est une détective amateur qui se trouve confrontée à des problèmes concernant des personnes dont elle ignore tout, et malgré son souhait de ne pas s'immiscer dans les affaires personnelles de parfaits (parfaits n'est pas le mot qui convient dans certaines situations) inconnus, elle se sent obligée de mettre son grain de sel.

Judith Lee possède donc la particularité de lire sur les lèvres et sa première enquête date de l'âge de ses treize ans. Elle est née dans un milieu propice à l'éclosion de ce talent puisque son père enseignait aux sourds-muets et que sa mère souffrait d'une déficience de la parole. Alors que ses parents séjournent à l'étranger, elle vit dans un cottage sous la houlette de vieux serviteurs. Et dans le train qui la ramène chez elle après avoir rendu visite à des amies, elle surprend fortuitement la conversation entre deux voyageurs. Tout comme il nous arrive d'entendre des entretiens échangés par deux personnes malgré nous. Comme elle est encore un peu naïve, simplette même c'est elle qui l'avoue, ce qui est normal à cet âge, elle ne comprend pas trop ce qu'elle "entend". Mais cela la travaille et lorsqu'elle aperçoit les deux hommes dans une maison qui selon les dires de sa gouvernante est inoccupée, elle se retrouve dans une position précaire. Elle en perdra ses beaux cheveux, mais je vous rassure tout de suite pas la vie. Heureusement car sinon nous n'aurions pas droit à la suite de ses aventures. Ceci est décrit dans L'homme qui coupa mes cheveux, titre énigmatique au départ mais qui prend toute sa signification par la suite.

Quelques années plus tard, alors qu'elle a dix-sept ans, Judith, dont la mère est malade et son père resté à son chevet, un couple d'amis fréquentant ses parents lui proposent de résider un certain temps avec eux en Suisse. Seulement, invités à participer à une excursion, ils laissent Judith à l'hôtel. Restée seule la jeune fille s'occupe en lisant dans le salon. Or elle surprend la conversation entre un frère et sa sœur qui parlent de bijoux. Dont un en particulier qu'ils auraient caché dans un coffret dont la description correspond au sien. Et en vérifiant plus tard dans sa chambre, elle constate qu'effectivement un pendentif y a été placé à son insu. Son attitude empruntée la désigne immédiatement comme coupable. Elle est mise au ban de la société en attendant que les amis de ses parents reviennent mais d'autres vols sont constatés. Il lui faut prouver son innocence. Dans Indiscrétions à Interlaken Judith est donc la victime de deux malandrins de haut "vol". Mais la plupart du temps ce sont d'autres victimes qui feront l'objet de ses facultés de lectrice sans pour autant qu'elles soient au courant de ses aptitudes et des efforts qu'elle mettra en œuvre pour que justice soit faite.

 

Elle ne veut en aucun cas se montrer indiscrète, pourtant c'est à ses yeux "défendant" qu'elle est à même de s'occuper de chantages, de faciliter ou non des mariages, de dénouer des affaires de vols, de captations d'héritage, de meurtres mêmes. Car elle ne peut s'empêcher vouloir de rétablir une certaine justice. Elle voyage beaucoup, dans le cadre de ses activités mais aussi pour le plaisir. Ainsi dans La chasseresse, alors qu'elle participe à une croisière au large du Maroc, elle se retrouve les mains liées, dans un canot en pleine mer. Elle a reconnu une femme avec laquelle elle a eu affaire de loin dix-huit mois auparavant. Celle-ci, alors qu'elle venait de se marier, était descendue précipitamment d'un train qui devait les emmener elle et son riche mari en voyage de noces, emportant avec elle une partie de la fortune de l'époux dépité. Car en effet certaines de ces histoires ne sont pas résolues en un tour de main, mais au bout de longs mois, voire de nombreuses années, le hasard mettant sur son chemin une prédatrice ou une victime entrevue précédemment, comme dans Etait-ce par hasard?. Toujours son désir de ne pas s'immiscer dans l'intimité des personnes qu'elle rencontre mais également parce qu'elle ne possède pas assez de preuves pour alerter les policiers. D'ailleurs elle n'a recours aux forces de l'ordre que dans de rares cas, possédant assez de force de persuasion pour annihiler les méfaits auxquels elle assiste de loin ou de près.

C'est frais, simple, limpide, délicieusement désuet et innovant. Car dans ces nouvelles, parues dans le Strand entre août 1911 et août 1912, les micros, les capteurs et autres merveilles de la technologie moderne n'ont pas cours et cette faculté de pouvoir lire sur les lèvres est assez rare. Judith Lee pourrait donc faire partie de ces détectives de l'impossible qui firent florès mais sans qu'à aucun moment la magie et autres tours de passe-passe interfèrent dans le déroulement du récit même si un chiromancien s'avère être le personnage principal dans Isolda.

Les lecteurs qui sont habitués à se plonger dans des romans, ou nouvelles, violentes, politiques, sanglantes, seront peut-être déçus, mais un peu de tendresse dans un monde de brutes, cela rassérène.


Richard MARSH : Les enquêtes de Judith Lee. Traduction de Jean-Daniel Brèque. Collection Baskerville N°18, éditions Rivière Blanche. parution Mars 2014. 324 pages. 20,00€.

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