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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 09:10

 paradoxe

Vingt-sept ans, toutes ses dents, mais les yeux tuméfiés, les muscles endoloris, le corps meurtri, Pierre Couture vient d’encaisser une flopée de coups et une nouvelle défaite. Un combat de boxe qui a tourné à son désavantage, une leçon donnée par un adversaire, plus jeune il est vrai, mais surtout mieux préparé.

Pourtant Pierre lors de ses débuts pugilistiques était promis à un fort bel avenir, mais les aléas de la vie et du cœur en ont décidé autrement. Son amie, son amour, Sarah est partie, et Pierre est orphelin. Son père diplomate est décédé dans un accident et sa mère s’est suicidée peu après. Du moins c’est ce qu’il affirme, et il en est persuadé. Il a vécu dans des familles d’accueil. Arrivé aux portes de la gloire, il a négligé les entraînements et l’entretien de sa forme physique. Et ce soir-là Emile, son entraîneur, pense que Pierre vient de livrer son dernier combat.

Il ne lui reste plus qu’un métier qu’il exerce à mi-temps, serveur dans le bar de Josy et René. Son ami Sergueï, plus âgé que Pierre, d’origine croate et chauffeur de taxi, lui propose un petit boulot dans ses cordes : devenir l’un des gros bras de Lazlo, lequel prête de l’argent, à un taux usuraire, à des personnes en difficultés passagères et qui oublient parfois de rembourser l’avance largement augmentée des intérêts. Il pratique également le racket. Accompagnant un dénommé La Fouine, Pierre se rend donc chez un certain monsieur Arnoult lequel rechigne à débourser, et ose même vouloir s’emparer d’une arme dans un tiroir. Mal lui en prend, Pierre plus vif se sert de ses deux mains, l’une pour asséner un coup de poing, l’autre pour subtiliser l’arme par le canon, et la donner à La Fouine qui la prend délicatement avec un mouchoir.

Mais Pierre n’est pas satisfait de la tournure des événements, ce n’est pas un emploi pour lui, et il commence à faire la tournée des troquets. Il termine sa soirée sur un banc du parc des Buttes-Chaumont et se réveille pas très frais le lendemain matin. Deux inspecteurs de la Criminelle lui rendent une petite visite dans le café où il travaille, mais ce n’est pas pour consommer. Lazlo a été découvert assassiné, après avoir été torturé, et évidemment comme les empreintes de Pierre figurent sur l’arme du crime, il devient le principal suspect. Mis en garde à vue, notre boxeur barman nie l’évidence et affirme ne pas connaître Lazlo. De la fierté de sa part, car il regrette son acte chez Arnoult, mais aussi parce qu’il a, durant son adolescence, eu maille à partir avec la justice. Normalement ses incartades auraient dû être effacées de son casier judiciaire, seulement les services de police sont en possession de ses antécédents et surtout de ses empreintes.

Ses souvenirs sont confus, malgré tout dans son cerveau embrouillé surgit une image. Il possède un alibi, tout ce qu’il y a de plus officiel. Durant l’heure présumée du meurtre il a arraché des mains d’une Pervenche, ex-Aubergine, son carnet à souches de procès-verbaux et l’a balancé dans le caniveau. D’ailleurs la policière reconnait cet incident et celui qui l’a provoqué. Les flics de la Criminelle ne peuvent qu’encaisser cet affront, mais en vérité ils se doutaient qu’ils faisaient fausse route et que la procédure n’avait pas été respectée. Remis en liberté, Pierre se rend compte qu’il est filé par deux individus qui pourraient être originaires d’ex-Yougoslavie. La Fouine est retrouvé égorgé et un commissaire, Cyril Lefèvre du service de coopération internationale, apprend à Pierre qu’il enquête à l’instigation de la police croate.

Les deux individus louches, les Dupont-Dupond comme les a surnommés Pierre, sont dans le collimateur des services de police, mais plus surprenant, Lefèvre reprend l’enquête concernant la mort soi-disant accidentelle du père et de la jeune sœur de Pierre. Diplomate, en poste longtemps en Amérique latine, il avait terminé précocement sa carrière dans les Balkans en 1993. Et cette piste qui conduit aux pays éclatés de la Yougoslavie, les dissensions, et plus, entre la Croatie et la Serbie, touche apparemment de près Pierre, puisque son ami Sergueï a disparu dans la nature.

Pierre Couture, après un mauvais passage à vide a décidé de reprendre la boxe avec sérieux, détermination et conscience, justement pour s’en redonner une bonne, d’autant qu’il retrouve la fliquette aux P.V., Julie, courant dans le parc des Buttes-Chaumont. Débute entre les deux jeunes gens un sentiment d’amitié, mais cela ne fait pas oublier à Pierre ses devoirs. Découvrir ce qui se cache dans ce sac de nœuds dans lequel son père semble impliqué, le meurtre de Lazlo et celui de La Fouine, la disparition de Lazlo, et autres événements et personnages, auxquels il doit faire face alors qu’il est complètement paumé dans cet imbroglio. Il doit penser au passé, mais également à son avenir pugilistique, un promoteur de combats de boxe ayant décidé d’organiser un combat entre lui et l’étoile montante de ce noble sport.

Entre le passé et l’avenir s’immisce le quotidien, c’est-à-dire gérer ses relations avec Julie et échapper à des gros bras issus de la légion étrangère qui tourbillonnent autour de lui. Dans un panachage comprenant passé historique, action, émotion, humour sobre, plus quelques autres ingrédients utiles à la rédaction du roman passionnant en tout point, cette histoire se décline en trois rencontres de douze rounds chacun. Le personnage de Pierre Couture, essayant de surmonter ses problèmes familiaux, affectifs, professionnels, est attachant et le lecteur, s’il ne peut s’identifier à lui, vibre en même temps que lui au cours des différents obstacles qu’il doit surmonter. Et chantonner les chansons françaises que Pierre apprécie, un héritage parental, des interprètes comme Ferré, Lavilliers, Brel, Michel Berger, Piaf, et bien d’autres. Hors le contexte géopolitique, des exactions entre Serbes et Croates, des conflits interethniques, des rivalités religieuses, des ravages, des haines et des antagonismes de toutes sortes et de toutes origines qui forment la trame de l’histoire, la déchéance et la résurrection possible du boxeur entretiennent également le suspense et font penser à ces vieux films en noir et blanc qui mettaient en scène des boxeurs sur le déclin en proie à l’alcoolisme et aux mafieux.

C’était beau, mais c’était triste ! Un boxeur pleurait dans ses gants.

Du même auteur lire : L'été tous les chats s'ennuient. Et n'oubliez pas de découvir mon entretien avec Jimmy Gallier, le créateur des éditions Jigal.

Philippe GEORGET : Le paradoxe du cerf-volant. Collection Polar, éditions Jigal. 320 pages. 18,25€.

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commentaires

Pyrausta 20/07/2012 20:22

Alors là, cher Paul, je vais te gronder!! Thilliez et Chattam n'ont rien à voir avec Marc Levy ou Guillaume Musso!Mais alors rien du tout!Autant les 1ers sont des auteurs à part entière autant les
autres....je ne vais pas forcément me faire des amis en disant cela mais ces deux là ne sont que des écrivaillons.
Grangé lui est entre les deux, selon ses livres.Il est très inégal et c'est dommage.J'avais bien aimé ses "rivières pourpres" mais préféré "Le vol des cigognes" et "l'Empire des loups"."La ligne
noire" , pas finie..La Forêt des Mânes, pas lue du tout.
C'est vrai que tu déniches les auteurs moins connus , c'est ce que j'apprécie chez toi.Et je ne sais pas comment tu fais d'ailleurs...
Mais s'il te plait, ne mets pas tous les auteurs que tu as cités dans le même panier(Oublies en même deux!)Essaye Thilliez.Tu ne le regretteras pas.Tout est documenté, travaillé, bien écrit,
construit.J'ai une vraie admiration pour lui.Chattam me laisse plus perplexe.Sa trilogie était remarquable mais les autres sont plus sujets à discussion.

Oncle Paul 21/07/2012 15:03



Mais tu as le droit d'écrire ce que tu penses et si tu ne te fais pas des amis (tout comme moi) c'est que ceux-ci sont obtus et veulent imposer leurs idées.


Pour pénitence je lirai Deux Thilliez et un Chattam, quand j'aurai le temps.


Avec ta bénédiction



Pyrausta 20/07/2012 16:40

C'est en cela que ça m'interesse.Parfois les auteurs ne savent pas se renouveler. Un qui me surprend toujours c'est Franck Thilliez...Je ne sais pas comment il fait.C'est toujours au meme niveau
que le précédent voire meilleur.Qu'en penses tu?

Oncle Paul 20/07/2012 17:08



Je vais t'avouer que je n'ai jamais lu Franck Thilliez et les chroniques laudatives le concernant ne m'inspirent guère. Il en va de même pour Chattam (dont j'ai lu le premier roman qu'il avait
signé Maxime Williams), Marc Lévy, Guillaume Musso, Jean-Baptiste Grangé (dont j'ai lu Les Rivières pourpres qui m'avaient déçu à cause de ses invraisemblances) et quel autres. En réalité je
préfère lire des auteurs peu connus, méconnus, mais qui écrivent de bons romans qui font la part belle aux rêves.


Un jour peut-être...


 



Pyrausta 20/07/2012 16:24

quand on vient juste de faire sa connaissance, c'est parfois difficile....:(

Oncle Paul 20/07/2012 16:34



Je comprend fort bien et malgré le diction Loin des yeux loin du coeur, je crois que tu garderas un petit faible pour Gilles Sebag. Mais Le paradoxe du Cerf-volant permet de se rendre compte que
l'auteur possède plusieurs flèches à son arc.


Amitiés



Pyrausta 20/07/2012 12:04

je le lirai aussi mais si je comprends bien pas de Gilles Sebag dans ce roman?

Oncle Paul 20/07/2012 15:08



Non, il faut savoir parfois couper les ponts avec ceux que l'on aime...



Pierre faverolle 10/05/2012 21:13

Salut Paul, Un superbe livre, un super personnage, une superbe intrigue, une fin magnifique. Tu l'auras compris, j'ai adoré ! Amitiés

Oncle Paul 11/05/2012 07:42



Bpnjour Pierre


Voila, tu as tout dit, tout compris et petite info, le prochain Georget sortira la semaine prochaine
Amitiés



gridou 10/05/2012 14:05

Il me semblait bien que tu l'avais déjà lu! tu recycles...c'est dans l'air du temps,tu as raison...

Oncle Paul 10/05/2012 14:19



Oui, je recycle car comme c'était sur mon ancien blog cette chronique n'apparaissait pas sur celui-ci. De plus, on ne feuillette pas un blog comme on feuillette des chroniques papier. Il fut un
temps, j'achetais les journaux genre Monde des livres et autres, découpais les articles et les classais par ordre alphabétique d'auteurs. Aujourd'hui je ne le fais plus, désirant privilégier ma
propre vision et ne pas faire du copier/coller, même inconsciemment. Voilà le pourquoi du comment.


Amitiés



gridou 10/05/2012 12:05

excellent polar hein??? Un an que je harcèle Bruno pour qu'il le lise...J'attends avec impatience le prochain Georget!!

Oncle Paul 10/05/2012 13:15



Tout à fait Gridou


Un excellent polar et n'arrête pas de harceler Bruno. Il fera une très belle découverte. En attendant le prochain Georget, je ai remis celui-ci en ligne avant de remettre ma chronique sur son
précédent qui est réédité aujourd'hui chez Pocket.


Bonnes lectures Gridou



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