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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 07:22

Ma grand-mère avait coutume d’affirmer d’un ton docte : La vengeance est un vilain défaut, mais pas les pruneaux ! 


bouin.jpg

Le soi-disant rabbin qui prend régulièrement le train de Lyon à Mâcon depuis quelque temps agit-il en se référant à cette maxime ? Selon toute vraisemblance. Il abat Bonnelli, un parrain corse basé à Lyon et effectuant régulièrement des voyages afin de récupérer l’argent de ses différents clubs de jeux, dans un esprit de vengeance. Il tue d’abord le garde du corps de Bonelli puis loge dans les rotules et les coudes de Bonnelli des pruneaux non dénoyautés à l’aide d’une arme à feu. Et comme si cela ne suffisait pas il arrose d’essence l’homme encore vivant puis il met le feu. Pour la commissaire Antonia Arsanc, patronne pour le moins atypique de la Brigade de Recherche et d’Intervention lyonnaise, ce n’est qu’un règlement de compte entre mafieux et ses soupçons se portent sur deux hommes : le Turc Refik, commerçant hallal doublé d’un trafiquant de drogue, d’armes et d’êtres humains, et Weinstein, qui bosse dans l’immobilier et le proxénétisme. Des façades sérieuses qui cachent des activités illégales, des malfrats notoires jamais inquiétés.

Tandis qu’en compagnie de son adjoint Milos, d’origine croate et qui rêve d’intégrer la prestigieuse école de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, elle se rend chez la veuve de Bonnelli, une amie de longue date et rencontre son fils Tino, puis se confronte à Weinstein dans ses bureaux, le rabbin continue ses méfaits à Nice. Le même procédé est perpétré envers Bribal, un ancien magistrat ayant exercé en Bourgogne. Théoriquement la première enquête est confiée à la Police Judiciaire de Mâcon, mais à cause probablement des implications nébuleuses qu’elle présuppose, Antonia Arsanc, afin d’arriver à ses fins, joue le jeu dangereux de la manipulation, aussi bien dans son service qu’auprès des divers protagonistes évoluant dans le milieu lyonnais. Des dommages collatéraux sont recensés, des dossiers sont exhumés, dont l’un qui date de dix ans, l’incendie d’une boîte de nuit dans les Dombes provoquant une quinzaine de victimes. Un autre dossier traite d’un camion affrété en sous-main par Refik et contenant des clandestins. Refik s’en était sorti les mains blanches mais pas les clandestins, morts de froid dans les Alpes.


Les journalistes, et plus particulièrement Camille Gouttevent, s’en donnent à cœur joie. Les informations n’ont pas filtré et les échotiers s’en prennent volontiers aux policiers, dénonçant leur incurie supposée. Sur la toile, des membres d’un forum de discussion échangent leurs points de vue, et certains ont assisté en partie aux événements. Tous ont remarqué la présence d’un rabbin sur les lieux. Pour le juge Romaneuf qui suit les échanges entre internautes et parfois y met son grain de sel, nul doute que Gouttevent puise ses infos à des sources plus ou moins fiables.


Antonia Arsenc, personnage atypique écrivais-je, se distingue par quelques particularités dont la moindre est de fumer la pipe. Son mari Jacques est décédé dans un accident de la circulation quelques années auparavant, mais pour elle il est toujours vivant. Elle s’adresse en pensée à l’homme de sa vie, sous forme de comptine. Jacques a dit… Elle a aussi la propension de tout ramener aux insectes, à leur utilité dans la biodiversité, dans leurs mœurs, dans leur comportement. C’est ainsi qu’elle surnomme tous ceux qu’elle est à même de côtoyer de tique, de taon, de cancrelat, de bousier, de mille-pattes, de doryphore, et autres appellations entomologiques.

Elle s’adjoint Milos avec peut-être une arrière-pensée, se heurte souvent à l’un de ses subalternes, Pascal Carchoz, n’hésite pas à provoquer Gouttevent. Sous couvert d’exercer sa profession de fouille-merde en exhibant un pseudo code de déontologie vis-à-vis des lecteurs lambdas, il s’exprime en termes racistes plus ou moins tranchés, soufflant sur les braises. Heureusement d’autres combattent ce genre de prise de position pour le moins nauséeuse.

Les étrangers sont le fond de commerce de politicards ambitieux. Leurs discours alarmistes ont réveillé la Bête. C’est leur faute si l’on ne parle plus que d’insécurité, comme si elle n’avait pas toujours existé.


Donc haro donc sur le racisme ordinaire, mais c’est aussi une véritable diatribe contre la peine de mort, que beaucoup de monde aimerait voir remettre au goût du jour. Un avocat s’insurge contre cette peine de mort, pourtant abolie mais que d’aucuns réclament en pensant que cela refroidirait les ardeurs des assassins : Trancher une tête est un acte doublement barbare. Primo, tuer un tueur, c’est être aussi tueur que lui. Secundo, puisque sa mort est préméditée, son exécution est un assassinat… En vérité, croyez-moi : condamner un homme à réfléchir sur ses crimes est nettement plus sévère que de l’envoyer à l’échafaud.

Mais cette prise de position, humaine, ne conduit-elle pas à exercer une vengeance soigneusement préparée ?


Le propre d’un écrivain, d’un romancier, est de savoir se renouveler dans son écriture, dans ses intrigues, ne serait-ce que par respect avec lui-même et envers ses lecteurs. Philippe Bouin dans son nouvel opus le réussit à merveille, transposant son histoire non plus dans l’univers feutré d’une province mais au cœur de la police lyonnaise. Tiens, ça vous rappelle quelque chose ? Outre l’intrigue débordante de créativité, machiavélique à souhait, dont les ramifications sont aussi obscures, ténébreuses que les traboules de la capitale des Gaules, Philippe Bouin ne rend pas compte d’une histoire intimiste et familiale mais se plonge dans les fondements d’une institution censée protéger le quidam mais qui, parfois pour arriver à un résultat, use de moyens peu scrupuleux.

 

A lire du même auteur :  La gaga des traboules,  Comptine en plomb et  Paraître à mort.


Philippe BOUIN : Va, brûle et me venge. Editions Archipoche N° 235. (Réédition de l’Archipel.-2011). 320 pages. 7,65€.

challenge régions

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commentaires

Pyrausta 11/10/2012 22:16

Rires!! Mais pour des gamins..normal!

Oncle Paul 12/10/2012 13:16



C'était une façon comme une autre de savoir garder les pieds sur terre !



Pyrausta 10/10/2012 20:18

oui j'avais aussi vu ces similitudes...Pour la citation, le Cid.."Va, cours, vole et nous venge."

Oncle Paul 11/10/2012 15:10



Je me souviens que dans la cour de l'école nous avions détourné cette tirade en : Je vais, je cours, je vole et me casse la gueule ! Pas très poétique !



Pyrausta 10/10/2012 18:56

non,non, je parlais du titre du roman...J'aime bien tes petites phrases , elles me font sourire

Oncle Paul 10/10/2012 19:54



D’ailleurs le titre me fait penser à un roman de Fred Vargas : Pars vite et reviens tard . Et celui que je vais chroniquer bientôt est : Pars et ne dis rien


Amitiés et bonne soirée



Pyrausta 10/10/2012 16:50

Titre accrocheur qui "chante" à mes oreilles meme si l'alexandrin n'est pas respecté..
tu as le don de me donner envie de lire ce bouquin qui ne m'aurait peut etre pas attirée plus que ça .

Oncle Paul 10/10/2012 18:46



Je me suis inspiré d'une réclame des années... qui vantait les pruneaux. Genre la paresse est un vialin défaut mais pas les pruneaux, la gourmandise est un vilain défaut mais pas les pruneaux...



Alex-Mot-à-Mots 08/10/2012 13:35

Voilà qui me donne envie de lire d'autres romans de cet auteur.

Oncle Paul 08/10/2012 16:03



Et bientôt sur ton écran l'article concernant son nouveau roman : Pars et ne dis rien


Amitiés



Lystig 08/10/2012 10:25

j'aime beaucoup la phrase de ta grand-mère !

Oncle Paul 08/10/2012 16:02



L'inspecteur Colombo avait pour habitude de se référer à sa femme. Moi c'est à ma grand-mère, imaginaire !



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