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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 09:30

Comme les petits soldats du même nom...


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A trois mois de la retraite, le commissaire Gallois qui a été parachuté à Calais, est devenu un homme aigri. Nous sommes en 1965 et comme il est d’origine pied noir il n’accepte pas d’avoir été rapatrié en métropole. Dans le Nord de la France qui plus est. Il aurait été muté dans le Sud, ses sentiments auraient été les mêmes mais il ne veut pas se l’avouer.

C’est dans ce contexte qu’une enquête va l’accaparer et lui permettre de mettre en avant son esprit calculateur, manipulateur, jouant avec ses interlocuteurs comme s’il participait à un tournoi de jeu d’échecs mental, des joutes verbales qui déstabilisent tous ceux auprès desquels il est amené à converser.

Dans une cour retirée d’un café, un gallodrome, où se déroule un combat de coq, Pigeon, un habitué, est retrouvé poignardé ainsi que son gallinacé, et la main du cadavre humain tient une figurine en plomb, réplique d’un poilu fabriqué par Mignot, un spécialiste dont les œuvres sont cotées auprès des collectionneurs. L’arme, de valeur elle aussi, est un couteau pour découper le gigot en argent. Pour Gallois, l’assassin n’est pas un simple péquin, mais il est à chercher du côté des notables de la ville. Il le démontre brillamment auprès du chargé de mission du sous-préfet.

P’tit Bosco, qui doit son surnom à sa bosse, déclenche un charivari monstre dans le bar. Sa Marinette vient de le quitter et, complètement ivre, il accuse le défunt, dont il ignore la mort, de le cocufier. Sa certitude, il la tient d’un soit disant ami qui aurait colporté un ragot. Alors en colère il aurait tabassé Marinette avant qu’elle s’enfuie et qu’il noie sa rage dans l’alcool. Il est embarqué au poste de police mais Gallois pressent que le coupable est ailleurs.

Une deuxième victime est découverte, la sœur de Pigeon, abattue par une arme à feu. Sur les lieux du massacre une autre figurine en plomb est retrouvée de même que l’arme du crime : un fusil Granger, arme de collectionneur. Les crimes de sang s’enchainent, Gallois persiste dans son idée. Julie Pilowski, journaliste pleine d’avenir, mène sa propre enquête, et les papiers qu’elle écrit n’ont pas forcément l’heur de plaire dont notamment à sa direction. Faut que le journal se vende, alors elle est obligée de se plier aux désidératas de Gallois et de sa hiérarchie. Si P’tit Bosco est dans la ligne de mire de Gallois, un autre personnage l’est aussi, Dalquin, brocanteur, qui aurait pu détenir dans le temps les objets incriminés et à qui on les aurait volés dix ans auparavant. Les notables regrettent tout ce tapage qui pourrait nuire à l’implantation d’une entreprise britannique dirigée par Harold Wyatt, dont la femme, Marie d’origine française, est atteinte d’une étrange maladie consécutive à un accouchement difficile. Entre Marie et Julie s’établit une amitié sans arrière pensée.

Dans le Calais de 1965 jusqu’à celui d’aujourd’hui, passant par 1954 et 1945, Philippe Bouin nous entraine dans les arcanes d’une ville mais surtout d’une société divisée entre les notables et le petit peuple sur fond vengeance. Prenant pour échafaudage une histoire machiavélique, l’auteur nous propose en toile de fond un retour arrière sur les événements de l’époque : l’arrivée des Pieds-Noirs en métropole, forme de migration forcée et mal vécue aussi bien par les rapatriés que par les autochtones, la période électorale de la première présidentielle au suffrage universel, Sangatte qui ne connaissait pas encore les turbulences subies ces dernières années, les souvenirs toujours prégnants des affrontements meurtriers de la dernière guerre mondiale, sans oublier ces démonstrations indécentes qui peuvent marquer les souvenirs d’un enfant confronté au cynisme des adultes.

L’épilogue en deux paliers nous propose la double version des procédés utilisés pour endormir la bonne conscience de tout un chacun avec un diabolisme que l’on peut qualifier d’amoral. Mais compréhensible. Enfin l’emploi de ce patois du Nord, le Chti popularisé par Dany Boon, et de métaphores peut-être utilisées dans le Calaisis, donnent une touche particulièrement savoureuse à ce roman. Par exemple : Blond comme du beurre frais… ce qui nous change des sempiternels épis de blé depuis longtemps glanés.

 

Lire du même auteur : La gaga des traboules.


Philippe BOUIN : Comptine en plomb. Archipoche N°100. 7,65€.

 

challenge régions

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commentaires

Marine 26/11/2012 08:35

Je reviens sur cette chronique Paul (je le lis actuellement). Je n'arrive toutefois pas à savoir à la lecture de ton avis si ce roman t'a plu. Est ce le cas ?

Oncle Paul 26/11/2012 09:25



Bonjour Marine


Oui j'ai bien aimé ce roman, d'ailleurs je ne me serais pas attardé autant sur cette intrigue. Mais je ne suis pas un spécialiste dans le décernement de coups de coeur, attribution toujours
subjective. Quand je n'aime pas, je le dis et surtout je m'en explique. Mais ce que j'aimé n'est pas apprécié de tous et inversement.


Le lecteur est seul juge de ce qu'il aime ou pas et je ne suis là que pour donner des pistes.


Amitiés



Alex-Mot-à-Mots 01/10/2012 17:06

Je me souviens l'avoir lu : la couverture et le titre sont inoubliables. Mais je ne me souviens plus de l'histoire racontée...

Oncle Paul 01/10/2012 19:57



Et mon article n'a pas fait bouger tes neurones de la mémoire ? Zut alors ! Ne t'inquiètes pas, moi aussi je ressens parfois des troubles de lecture, un roman, une histoire chassant l'autre...



lespolarsdemarine 01/10/2012 11:10

J'avais rencontré cet auteur lors d'un salon et ce roman attend aussi que je dispose de temps pour le chroniquer. Ravie de voir que tu l'as fait !
Amitiés

Oncle Paul 01/10/2012 13:08



Et le prochain est prêt à être lu : Pars et ne dis rien !


Amitiés



Lystig 29/09/2012 23:43

c'est fort différent du provençal !!!!

Oncle Paul 30/09/2012 11:03



Un petit changement de province ne fait pas mal de temps en temps !



Sharon 29/09/2012 11:56

Merci pour cet avis.
J'ai découvert l'auteur récemment, je pense que ce livre pourra me plaire.

Oncle Paul 29/09/2012 12:02



J'en ai d'autres en réserve que je vais remettre à l'honneur puisque le prochain Philippe Bouin sot à l'Archipel début octobre


Amitiés



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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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