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Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !

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Paul GUTH : Le retour de Barbe Bleue.

Par l’auteur du Naïf qui en était un !

 

Barbe-bleue.jpg


« Dans le domaine de l’écrit, le genre policier, ce chancre, a dévoré la littérature pure… » Cette phrase, cette diatribe écrite par Paul Guth en 1972, un 22 janvier pour être précis, va coller à la peau de ce naïf et ce n’est certes pas Le retour de Barbe Bleue qui va rehausser le prestige de celui que les académiciens ont rejeté par plusieurs fois. En fait, Paul Guth a réussi un « crime parfait » : sa crédibilité est morte.

Bédar-sur-Gigonette, charmante petite cité du Vaucluse, est en proie à une émotion justifiée. Pour la première fois depuis sa création, le village connaît l’opprobre : un crime, un assassinat vient d’être perpétré sur la personne d’Olivier, un jeune employé de banque. Il a été étranglé avec une écharpe rouge. L’inspecteur Froidemont, surnommé le Columbo français, est dépêché sur place. « Quel rapport avec Columbo ? — Ton trench-coat miteux… Ton allure un peu voûtée. Ton geste en biseau, de la main droite… Ton œil qui dit merde à l’autre… » La parodie jusque dans le personnage. A se demander ce que peut bien lui trouver son épouse Isabelle, de trente ans sa cadette, belle, amoureuse, capricieuse et drôle.

Revenons à notre cadavre qui attend bien sagement sur son lit de mort la venue de l’inspecteur qui, lors de son examen, découvre un poil noir sur une lèvre du mort. Renseignement pris, il s’agit d’un poil de …barbe (on a eu chaud !) qui n’appartient ni à la victime, ni à son entourage. La légende de la Barbe-qui-tue enfièvre la région avignonnaise, d’autant que huit personnes décèdent, qui étranglée, qui empalée, avec toujours sur le cadavre ou à proximité, des poils de barbe. Tous similaires. Une publicité dans les journaux locaux attire l’attention de Froidemont. Une publicité insolite concernant un cirque, plus précisément un numéro de trapéziste.

Effectivement, cette attraction a de quoi fasciner : un géant cagoulé s’avance majestueusement sur la piste, commence son numéro, puis corse la difficulté. Enlevant son masque, il dévoile une barbe immense, d’un noir de jais. Il s’élance d’un trapèze à un autre, s’accrochant à l’aide de son système pileux. Délirant. Le numéro n’est pas terminé. Le personnage entame alors un strip-tease intégral qui révèle un corps féminin. Devant les yeux horrifiés des spectateurs et de Froidemont, elle commet son neuvième crime : elle jette le funambule dans la cage aux lions. Sans mal, Froidemont l’interpelle et elle lui avoue ses motifs, reconstitutions à l’appui. Repoussée par un garçon, elle l’a tué et ce meurtre lui a apporté la jouissance : c’est l’engrenage. Afin de parvenir à l’orgasme, il lui faut tuer, tuer, et toujours le même type de mâle. Tombée amoureuse de Froidement, elle lui déclare sa flamme à la prison de la Santé. Devant le refus du policier, elle tente de l’étrangler. Heureusement pour le Columbo français, Isabelle, son épouse, abat d’un coup de revolver cette amante poilue. Rideau.

Terminé. Ouf ! Ce roman n’est qu’une parodie, qu’une caricature, qu’un succédané, qu’une falsification, qu’une contrefaçon de roman policier. En un mot une supercherie. Afin de cacher le manque d’enquête véritable — le minimum pour un roman policier, — Paul Guth se réfugie dans la description d’un simili-érotisme médical. Je comprends maintenant pourquoi Paul Guth a tant vitupéré contre le roman policier : il est incapable d’en écrire un et se venge par dépit en effectuantdes déclarations qui se retournent contre lui. C’est au pied du mur qu’on voit le maçon. Paul Guth, ce cancre… Un qui a dû s’amuser, c’est Pierre Marie Valat, le dessinateur de la couverture de cette œuvre qui, espérons-le, j’espère restera unique : il dévoile la solution en première et quatrième de couverture !

 

Barbe-bleue2.jpg

 

A lire dans la même collection :  Meurtre à l'anglaise de Didier Decoin;  Le jardin des délices de Camille Bourniquel et sur  

Action-Suspense : L'angle mort.

 

Paul GUTH : Le retour de Barbe Bleue. Collection Crime Parfait. Editions Mercure de France. Février 1992. 192 pages. 12,96€.

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G
J'ai commencé ton article en me disant "encore un auteur que je ne connais pas". Je le termine en me disant que je n'ai rien raté mais appris un truc (et ri). cool! bonne journée :)
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O
<br /> <br /> Non Gridou, tu n'as rien raté et si cette chronique a pu te faire rire, cela au moins est positif. Le rire est la meilleure panacée contre le stress et la déprime !<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />
C
Salut Paul<br /> Oui, les couvertures suggèrent bien le nœud de l'intrigue, si on peut qualifier ça ainsi.<br /> Qu'ajouter sur Paul Guth ? Même Edmond About ou René Bazin (pas Hervé Bazin), resteront probablement plus connus que lui dans les décennies et les siècles à venir. Ce réactionnaire (plus agressif<br /> qu'il n'y paraissait) était déjà oublié de son vivant, je pense.<br /> Amitiés.
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O
<br /> <br /> Bonjour Claude<br /> <br /> <br /> En effet Edmont About (et non Edmond Tabou comme pourrait le suggérer la liaison) reste un auteur phare pour la jeunesse avec L'homme à l'oreille cassée ou Le roi des montagnes et quelques autres<br /> ouvrages qui étaient à l'origine destinés pour tout public.<br /> <br /> <br /> Quant à René Bazin, il reste pour moi l'auteur des Oberlé ou La terre qui meurt. Et il était le grand oncle d'Hervé Bazin, une famille très en vue : la mère d'Hervé Bazin était la fille de Jean<br /> Guilloteaux député puis sénateur du Morbihan. Je ne pense pas que tu l'ais connu vu ton jeune âge.<br /> <br /> <br /> Quant à Paul Guth, mon dieu, que dire : la saga du Naïf puis celle de Jeanne la mince ne m'ont guère marqué, pourtant j'ai étudié quelques textes de lui au collège. Mais c'était une obligation !<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />