Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
Ce deuxième volume d’Ishango constitue la suite de La Nuit des métamorphoses, paru l’an dernier chez le même éditeur.
Le jeune Martin Kantor peut grâce à un os magique se transformer en guépard le soir venu. Cet os lui a été fournit par un chien, Dalak, et il lui permet de pouvoir s’échapper à ceux qui convoitent ce morceau de squelette d’origine inconnue. Martin a échappé à la vigilance de son père et de ses ennemis en se métamorphosant, en s’enfuyant dans la forêt proche de l’hôtel où il est en résidence, et il recherche son amie Lina, qui est aux mains du sergent Bassari. Bassari émarge à la ContinentalCorps, un organisme qui exploite les ressources naturelles du pays des Mbutis, plus connus sous le nom de Pygmées. Alors qu’il est traqué par Bassari, Martin trouve sur son chemin un oiseau immense, un marabout, qui lui signifie qu’il doit subir trois épreuves. Et s’il réussit Martin pourra chasser les Molosses, les Blancs, du territoire des Mbutis. L’archéologue Constance Hamilton est chargée par le fils de l’un des pontes de l’organisme pour lequel elle travaille, la Fondation Ballmer, de récupérer des plantes qui selon l’envoyé seraient susceptibles de provoquer des avancées significatives dans la recherche sur les neurosciences. S’ensuivent moult aventures et mésaventures qui ponctuent les jours et les nuits de Martin, car les cicatrices sur l’os diminuent très rapidement ce qui est synonyme d’une mort prochaine de l’adolescent. Or il doit mener à bien ses missions. Celle de retrouver Lina, de la sortir des griffes de Bassari, et éventuellement réussir les trois épreuves imposées. Il sera en butte à bien des vicissitudes, trouvera sur son chemin des embûches, rencontrera une bande de morts-vivants, manquera se noyer, retrouvera son père pour le perdre aussitôt, sa sœur, parviendra à échapper à des pièges multiples, mais trouvera en Lina l’amour qui pourrait l’aider dans sa quête. Et toujours en ange gardien qui arrive à point nommé, son ami le chien Dalak et accessoirement le marabout. La jungle est traitresse mais pas autant que les hommes qui y vivent, soit autochtones qui désirent garder leur bout de territoire, soit ceux qui souhaitent s’emparer des richesses contenues dans le sol.
Dans cet univers fantastique imaginé par Patrick Delperdange, chaque chapitre recèle un événement tragique, un retournement de situation, un espoir qui peut être annihilé dans le chapitre suivant, ce qui procure une intensité de lecture à laquelle même un adulte ne peut échapper. Et sous l’intrigue se cachent quelques idées écologiques, issues d’un bon sens que tout un chacun devrait respecter mais que les financiers, les profiteurs bafouent sans vergogne. Ainsi la Ballentrea Spirofolia, cette plante rare utilisée depuis des siècles par les Pygmées pour soigner certaines maladies, convoitée par des laboratoires pharmaceutiques uniquement dans le but de retombées financières importantes représente l’exemple de l’agriculture intensive et de l’exploitation des végétaux, quel que soit leur origine, cultivés à base d’engrais fournis à outrance dans un climat et des sols qui ne sont pas adaptés pour leur culture. Et c’est ainsi que l’on arrive à une uniformisation de l’agronomie, le maïs, le tournesol, et autres denrées étant exploitées partout en dépit du bon sens et dont le rendement est provoqué par des produits chimiques et des transformations génétiques. Ce n’est pas le seul exemple car la population autochtone elle aussi est en danger. « Mais les Pygmées, qui donc s’en préoccupait ? Ils auraient dû disparaitre depuis des siècles. Ils étaient inutiles, ils refusaient de travailler dans les mines, ils n’acceptaient pas de s’en aller gentiment pour aller habiter dans les camps qu’on leur avait construits ». C’est ce que pense l’un des protagonistes de cette histoire, mais dans la vie réelle, cette pratique est mise en œuvre, insidieusement, toujours dans le cadre d’un mercantilisme forcené. Le profit au service d’une poignée d’individus au détriment d’une majorité de pauvres hères sans défense.
Patrick DELPERDANGE : La voix du marabout (Ishango 2). Nathan Poche Fantastique n° 216. Editions Nathan.