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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 08:35

Et la nuit des vivants... ?

 

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Halloween, ce n'est pas que pour les jeunes, pour preuve les deux adultes, l'un poussant l'autre, assis dans un fauteuil roulant, attifé d'un drap et brandissant une béquille ornée d'un croissant de papier blanc. Faut bien s'amuser lorsqu'on a le moral en berne.

Jacques, le malade, est gravement atteint, soumis à des séances de chimiothérapie, et selon les prévisions il n'a plus que quelques jours à vivre. Aussi, malgré les interdictions du toubib de l'hôpital Saint-Antoine dans les couloirs duquel ils déambulent ainsi, son ami Mehrlicht lui offre cigarettes et bouteilles de vin rouge qu'ils fument et dégustent ensemble. Le capitaine Mehrlicht est officier de police, attaché au commissariat du XIIème arrondissement parisien.

D'esprit taquin, Mehrlicht n'aime pas avoir des stagiaires dans son équipe, et évidemment son premier acte est de les bizuter, ce qui a pour effet de tester leurs capacités, leur caractère, et d'imposer sa volonté. Mais cela ne se passe pas toujours bien. Comme en ce 1er novembre où un stagiaire lui est présenté par Matiblout, son supérieur. Guillaume Lagnac est un jeune inspecteur imbu de lui-même persuadé que son charme est irrésistible. Et Mehrlicht ne trouve rien d'autre que de lui confier la mission d'infiltrer une bande de casseurs déguisés en adeptes d'Halloween actuellement en garde à vue. L'un des membres de ce petit groupe enfermé dans une geôle se prend pour un loup-garou, et effectivement cela se passe mal. Guillaume est mordu, mais ce que ne savait pas Mehrlicht c'est que Guillaume est le fils de Monsieur le Haut Fonctionnaire de Défense adjoint au Ministère de l'Intérieur. Une bavure que Mehrlicht ne regrette pas. D'autant qu'un meurtre vient de leur être signalé à l'hôpital Saint-Antoine et il a autre chose à penser que s'apitoyer sur le sort du stagiaire.

Entree_hopital_saint-Antoine.jpgMalauron, le défunt aurait été, selon les premières constatations, empoisonné par injection, il était là en observation et devait sortir sous peu. Mehrlicht et ses deux adjoints, Didier Dossantos et Sophie Latour, procèdent aux premières vérifications. Ils visionnent les enregistrements de vidéosurveillance, pardon vidéo-protection, et remarquent le manège d'une jeune femme qui ne fait pas partie de l'établissement. Une femme brune habillée en noir repérée par trois fois, d'abord mêlée aux visiteurs puis vêtue d'une blouse blanche lorsqu'elle s'introduit dans la chambre funèbre. Mais l'un des patients a vu la femme, l'Ange de la mort comme il l'appelle, et aussitôt Mehrlicht et ses adjoints retournent à l'hosto, pensant qu'elle va s'en prendre au témoin. Excellente décision, car effectivement elle est là, mais parvient à s'échapper, en ayant soin de planter sa seringue dans la main de Dossantos. Heureusement pour l'inspecteur, elle n'a pu que diffuser partiellement le poison, qui s'avère être de composition artisanale.

Le lendemain un couple et leurs deux enfants sont retrouvés empoisonnés dans leur appartement et Mehrlicht et sa brigade sont chargés de l'affaire, malgré que ce ne soit pas théoriquement de leur ressort. Mais les ordres viennent d'en haut alors il faut savoir et devoir obéir. Puis c'est la découverte d'un couple de retraités ayant subi le même sort peu auparavant qui sont découverts à Courbevoie. Les journaux s'emparent de l'affaire dont un site web, mystérieusement bien informé. Et bien évidemment la panique s'empare de la population qui se demande si elle est à l'abri de la tueuse. Des personnes la signalent ici ou là, quelques personnes sont arrêtées, mais en vain.

Et par défi cette jeune femme qui paraît une trentaine d'années, se poste devant une caméra de vidéo protection et effectue un geste comme si elle disait bonjour à quelqu'un.

En recherchant dans les archives Sophie Latour se rend compte que de nombreux points communs relient ces affaires. D'abord, des années auparavant des décès suspects ont été enregistrés, au début des années 2000 ainsi qu'au début des années 1960. Si c'est la même personne, la tueuse devrait être octogénaire alors les questions se bousculent dans la tête des policiers. Toutefois un autre point commun se dégage : toutes les personnes décédées, ou leurs parents, leurs ascendants, sont originaires d'une petit village de la Creuse : Mélas-la-Noire.

Un point noir sur la carte de France et pour Mehrlicht et ses adjoints, c'est vraiment la mélasse...

Ce roman oscille entre gravité et burlesque, entre actualité et faits historiques. On n'échappe pas à son passé, mais en même temps l'auteur nous entraîne dans les arcanes aberrants de l'Administration. Celle qui gère les demandeurs d'asile par exemple, et le lecteur a l'impression de se trouver dans une situation courtelinesque.

Sophie Latour vit avec Jebril, un réfugié Tchétchène, et elle se rend à Créteil, la Préfecture du Val de Marne, en compagnie de Dossantos afin de déposer les factures de loyer, d'électricité et autres preuves de vie commune afin d'obtenir le précieux sésame. Mais cela ne suffit pas à l'employée qui demande s'ils possèdent un compte-joint. Pas de compte-joint, mais ils ont une fille. Réponse de la guichetière : un enfant, ça ne prouve pas que vous viviez ensemble. Mais apparemment le compte-joint serait donc susceptible de le prouver. Aberrant!

Dossantos est un hercule qui ne passe pas inaperçu. Il a effectué ses études de droit à la faculté d'Assas et il connait son Code Civil sur le bout de la langue, capable de donner articles, numéros et alinéas lorsqu'il est en présence d'une infraction, quelle qu'elle soit. Il a fréquenté dans sa jeunesse un groupuscule d'extrême-droite et l'un de ses anciens condisciples se rappelle à son mauvais souvenir.

Mehrlicht est un personnage un peu spécial. Des yeux globuleux, Nicolas-Lebel_9670.jpegle teint jaune verdâtre, il ressemble à un batracien. La conséquence peut-être des multiples cigarettes de tabac brun qu'il fume à longueur de journée. Taquin, malicieux, volontiers chambreur, fidèle en amitié, il n'aime pas sortir de Paris, alors l'envoyer à la campagne dans un bled paumé cela l'horripile mais il doit malgré tout respecter les décisions de la hiérarchie. Et il est toujours en possession d'un volume de l'encyclopédie Larousse. En ce moment il apprend les définition du volume 9, K à N. Son fils lui a mis en guise de sonneries téléphoniques sur son portable des chansons de Jacques Brel, ce qui a le don de faire sursauter ceux qui se trouvent près de lui.

Et comme j'évoque les livres, un personnage à tête de fouine parcourt ce roman. Il s'agit d'un dénicheur d'ouvrages rares, pour collectionneurs fortunés, comme le ministre Farejoux.

 

Nicolas Lebel a construit habilement son histoire, interférant la présence du chasseur de livres rares, dans celle de la tueuse empoisonneuse et l'on se demande ce que vient faire celui-ci jusqu'au dénouement. Il a une réaction finale qui prouve que les véritables amateurs de livres peuvent sacrifier sans état d'âme à leur passion. L'épilogue est émotionnel et Mehrlicht ressent le double effet qui secoue, sentiments entre espoir et tristesse.


Nicolas LEBEL : Le jour des morts. Editions Marabout.com. Collection Fiction-Marabooks. Parution le 21 mai 2014. 384 pages. 19,90€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 10/07/2014 11:18

Un double effet Kiss-c**l dans un roman ? Je demande à lire !

Oncle Paul 10/07/2014 17:41



C'est possible Alex !



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  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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