Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
Ce volume contient deux romans inédits : L’autre côté des miroirs et Teratos suivis par un entretien entre l’auteur et Sébastien Cixous réalisé en 1995.
L’autre côté du miroir.
Un héritage inattendu va bouleverser la vie de la petite famille de Marek, Polonais installé en France depuis des décennies. Il a connu sa femme Pascale dans la région d’Avallon, alors qu’il travaillait chez un vigneron. Pascale vivait chez sa tante qui la considérait comme une souillon, une esclave, une Cendrillon. Ils se sont aimés et pour vivre pleinement leur amour ils se sont exilés en région parisienne et ils ont deux filles, Barbara et Monika, dix-sept et dix ans. Mais la vie n’est pas rose. Marek n’effectue que de petits boulots et les fins de mois sont difficiles. Toutefois l’idée d’hériter la maison de la tante de Pascale ne le réjouit guère. Pascale essaie de se montrer convaincante charnellement et verbalement, mais ce sont les gamines qui réussiront à infléchir ses réticences. Une simple réflexion de Barbara suffit : Et si tu retournais chez les Gardiol ? A l’époque, ils t’avaient dit qu’ils étaient contents de toi. Peut-être qu’ils te donneraient un nouvel emploi…
Marek est un peu étonné que Barbara puisse évoquer cette époque, car il ne lui semblait pas avoir parlé de son passé. Mais bon ! Et durant le trajet qui les emmène de la banlieue nord parisienne jusque dans l’Yonne, Pascale détaille la maison dans laquelle elle a vécu à partir de ses quinze ans, ayant été élevée auparavant dans un orphelinat religieux. Puis alors qu’ils arrivent à Avallon, Barbara énumère les curiosités locales, les monuments, comme si elle avait potassé un guide touristique. Même si des prémices de frayeur s’étaient manifestées un peu avant de quitter leur HLM, l’horreur va s’installer progressivement dans cette maison. La mère avait pourtant bien prévenu les deux filles de ne pas visiter la cave, elles n’en ont cure. D’autant que Barbara voit son apparence physique se transformer lorsqu’elle se regarde dans une glace, que des pensées malsaines traversent son esprit et que Monika sa petite sœur se conduit bizarrement avec elle, comme si elle était possédée par une entité incontrôlable. Et une poupée dont la tête est arrachée va engendrer des conflits et des inimitiés entre les deux sœurs, des haine aussi.
Teratos.
Nichée au cœur de la forêt cévenole, une masure est considérée par les habitants du village de Maurvejols comme habitée par le Drac, le Diable. Cela n’a pas empêché un couple de s’y installer. Josif Oarga, Catalina sa compagne et leurs deux enfants, Dimitri et Lavinia. De temps à autre des cris retentissent, s’élevant d’un hangar jouxtant la masure. Le couple et les deux adolescents ne se rendent jamais ensemble dans le village. Ils achètent quelques provisions, sans plus, pourtant les regards des villageois sont attirés par la robustesse de Dimitri et la beauté de Lavinia. Surtout les jeunes du village qui résistent aux superstitions. Pourtant, une vingtaine d’années auparavant, un chasseur n’était jamais revenu de cet endroit maudit. Le drame couve, alimenté par les rumeurs, attisé par les cris qui déchirent les environs, se répercutant jusqu’au village, engendrant la peur et déclenchant les hurlements des chiens. Jusqu’au jour où Hélène et Florent, deux jeunes du village, décident de se rejoindre non loin de la masure afin de procéder au simulacre de la reproduction. Mal leur en prend.
Ces deux romans étaient prévus pour être publiés dans l’éphémère collection Frayeurs du Fleuve Noir, dirigée par Jean Rollin, cinéaste spécialisé dans le fantastique. Cette collection était un compromis en les anciennes collections Angoisse et Gore, ce qui explique les scènes sanglantes qui s’imposent dans les deux ouvrages. L’angoisse est portée à son paroxysme, les scènes d’horreur se heurtent entre fantastique et superstitions, alimentées par la psychologie des personnages en proie à des délires et des accès d’alcoolisme jouent avec les nerfs du lecteur. Si Micky Papoz a lu enfant Poe, Wilde, Shelley et Seignolle, aujourd’hui ses deux romans seraient plutôt à considérer comme des histoires lorgnant du côté de Serge Brussolo, Jean Ray ou Clive Barker tout en y apportant une touche personnelle, poétique, bucolique. Malgré l’aura fantastique qui entoure les deux récits, ils peuvent prendre corps dans des fantasmes alliés à des phénomènes développés par des manifestations rationnelles issues d’un esprit confronté à des forces pas encore complètement expliquées par la science.
Et si vous faisiez un petit tour du côté d'Action Suspense ?
Micky PAPOZ : Au seuil de l’enfer. Collection Noire N° 27. Illustration de couverture Arnaud Demaegd. Editions Rivière Blanche.242 pages. 17€.