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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 19:22

 

Qui sont ces deux jeunes gens qui s’attablent tous les matins ou presque avion.JPGau même endroit, en prenant leur café ? Mariam qui officie derrière le comptoir hésite entre deux possibilités. Sont-ils amants ou tout simplement frère et sœur ? Il existe un air de ressemblance entre Marc et Lylie mais une sorte d’intimité amoureuse semble les propulser l’un vers l’autre. Ce matin-là du 2 octobre 1998, alors que l’horloge affiche 08h27, un conciliabule s’établit entre eux. Marc offre à Lylie une croix touarègue, pour son anniversaire, pour ses dix-huit ans. Lylie, c’est nouveau, arbore au doigt une bague de grande valeur, et son cadeau est insignifiant à côté. Mais Lylie ne peut assister à ses cours ce jour-là. Ils sont tous deux étudiants à la Fac de Paris VIII Vincennes Saint-Denis, et avant de le quitter elle remet à Marc une enveloppe que Crédule Grand-Duc a déposé sa boîte aux lettres. Puis elle part signifiant que ce jour là elle sèchera les cours.
Marc se plonge dans le cahier que contenait l’enveloppe tout en essayant de retrouver Lylie. Mais d’abord il doit se rendre chez Crédule Grand-Duc, un détective privé qui s’occupe de l’affaire relatée dans ce qui pourrait bien être son dernier message, son témoignage et son testament. Suivons donc pas à pas Marc dans sa lecture édifiante et dont il connait une grande partie mais pas les aboutissants.
Le 23 décembre 1980, un Airbus s’écrase sur le mont Terrible, dans le Jura, non loin de la frontière suisse. Sont recensés cent-quarante-six morts. Seule un poupon de sexe féminin a eu la vie sauve, elle a été éjectée de la carlingue qui était en flammes. Elle reposait assez loin de l’épave pour ne pas être brûlée, mais assez proche pour bénéficier de la chaleur dégagée afin de ne pas périr de froid dans la neige. Une aubaine pour la journaliste du journal local qui peut griller la politesse à ses collègues, annoncer le drame en exclusivité, photos à l’appui. Là où le bât blesse, c’est que deux gamines du même âge, trois mois environ, figuraient comme passagères et il est impossible aux grands-parents, les parents sont décédés dans l’accident, de prouver la parentèle qui les lie à la survivante. Est-ce Lyse-Rose, petite-fille de Léonce de Carville et de sa femme Mathilde d’origine noble dont il a pris le nom à cause de la particule, gros et riche industriel résidant en Seine-et-Marne, ou Emilie, petite-fille de Pierre et Nicole Vitral, modestes commerçants forains à Dieppe en Seine-Maritime. Les deux familles ont perdu leurs fils et leurs brus dans le crash et ils se déchirent la petite rescapée. Seule Malvina, six ans, sœur présumée de Lyse-Rose, pourrait apporter son témoignage, mais instrumentalisée par son grand-père elle affirme reconnaître le poupon sans convaincre. Un juge désigné par la Chancellerie a la lourde charge de trancher, de rendre un jugement de Salomon. A qui attribuer la survivante qui fut appelée Lylie, contraction de Lyse-Rose et Emilie ? La science ne peut à cette époque se reposer sur les traces d’ADN, et seuls les moyens mis à la disposition des médecins et des enquêteurs sont utilisés. Rien de probant ne sort des différentes analyses. Léonce de Carville tente d’user de ses influences mais le bébé est confié aux grands-parents Vitral.
avionC’est tout cela que Marc Vitral découvre dans le cahier de Crédule Grand-Duc, détective embauché par Léonce de Carville pour établir, démontrer la filiation. Durant dix-huit ans Grand-Duc va rechercher la faille, enquêter, effectuer de nombreux voyages en Turquie, sur le mont Terrible, en Seine-et-Marne, à Dieppe, cela en pure perte, ou presque. Ses rémunérations sont à la hauteur de la tache qui lui est confiée et il se consacre à temps plein à sa mission. Seulement lorsque Marc arrive chez Grand-Duc rue la Butte aux Cailles, c’est pour découvrir un cadavre dans un placard, et ce n’est pas une métaphore.
Fidèle à sa marque de fabrique, Michel Bussi nous entraîne dans une histoire à multiples facettes, un jeu de miroirs, entremêlant le passé et le présent, dans une intrigue foisonnante et riche en rebondissements jusqu’au dénouement final. La quête de Marc, qui se déroule entre le 2 et les 3 octobre 1998, est chronométrée avec rigueur, entrecoupée par la lecture du cahier de Grand-Duc qui elle se déroule depuis le drame sur le mont Terrible jusqu’au 29 septembre 1998, date à laquelle est fixée l’anniversaire de Lylie, date à laquelle elle doit fêter ses dix-huit ans. Et même s’il place ici et là des indices, il parvient à les camoufler avec dextérité, suggérant à peine, ne laissant rien au hasard, jouant avec le lecteur, l’emmenant par la main sur des chemins de traverse. Et le lecteur subjugué se trouve dans une clairière, face à quelques sentiers qu’il peut emprunter comme bon lui semble, mais berné il revient insensiblement à son point de départ. Pas de résolution de l’énigme par un tour de passe empruntant au fantastique comme dans certains romans de John Dickson Carr, mais des évidences, du concret, du solide, du logique. Mais jusqu’où ira Michel Bussi ?

Et c'est tout naturellement que ce roman est placé sous l'aile tutélaire de Charlélie Couture.

Vous pouvez retrouver mes chroniques concernant ses précédents romans : Omaha crimes, Sang famille, le très beau Nymphéas noirs ainsi qu'un entretien avec l'auteur.

Retrouvez également l'avis de Bibliofractale
Michel BUSSI : Un avion sans elle. Collection Terres de France, éditions Presses de la Cité. 544 pages. 22€.

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commentaires

P
moi qui ai peur de l'avion, ce n'est pas pour m'encourager...
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O


Essaie par le navion dans une fête foraine !



P
je le démarre
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O


Et tu sers en même temps d'hôtesse de  l'air ?



P
ta chronique me seduit.je note.
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O


le style de Michel Bussi devrait te séduire effectivement. Un univers qui empreinte beaucoup à l'énigme et au suspense sans le lapin du chapeau du prestidigateur. Tout y est, parfois effleuré,
mais le lecteur doit participer et réfléchir (pas trop quand même) ce qui nous change des romans actuels dans lesquels la violence, la dorgue, la politique priment.


Amitiés



U
Je me le note pour une prochaine lecture polar.
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O


Celui-là et aussi Nymphéas noirs qui joue avec les effets de miroir dans l'étang du jardin de Monet à Giverny


Amicalement



A
C'est pas juste, je vais encore devoir augmenter ma PAL. J'en salive d'avance...
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O


Tu as raison de saliver, mais attention de ne pas salir les pages... Sétieusement, Michel Bussi s'affirme de roman en roman comme un auteur singulier, et il n'a pas besoin de surenchérir dans le
sanglant, la violence, le vulgaire, pour que le lecteur soit absorbé par sa lecture.Il écrit tout simplement des romans d'énigme avec justesse et force.


Amicalement



L
brrrrrr, cela donne envie...
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O


Très envie même et si tu as eu l'occasion de lire Nymphéas Noirs, tu ne seras pas déçue


Amitiés



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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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