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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 13:07

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« Il commençait à en avoir marre de ces conversations où il ne parvenait à suivre que des murmures de sens ». Une phrase qui nous plonge dans l’univers de l’écriture de ce roman. Du moins dans les premières pages car les dialogues sont souvent décalés, comme si les personnages poursuivent leur idée sans écouter la réponse de leur vis-à-vis. En 1949 une jeune actrice, Jean Spangler, sort de chez elle après avoir embrassé sa jeune fille pour se rendre théoriquement sur un tournage nocturne. Elle ne donnera plus jamais signe de vie. Son sac à main sera retrouvé dans un parc non loin de son domicile. Une disparition incompréhensible. Et il semble qu’Hollywood soit sujet à ce genre de disparitions inexpliquées seulement la police se casse les dents, n’ayant aucun piste fiable lui permettant de s’orienter. Un billet a bien été retrouvé dans le réticule de Jean Spangler et l’énoncé énigmatique et quelque peu obscur « Kirk, je ne peux pas attendre davantage, je vais voir le docteur Scott. Ce sera bien mieux comme ça, pendant que ma mère est absente ». Le nom de Kirk Douglas est évoqué, vaguement annoncé, mais cela ne va pas plus loin.

Deux ans plus tard, Gil Hopkins, familièrement surnommé Hop, est amené à rouvrir le dossier. Hop, à l’époque de la disparition était journaliste pour le magazine Cinestar et était employé par une compagnie cinématographique, chargé de s’occuper de tout ce qui pourrait éventuellement nuire à la réputation des studios et de résoudre les problèmes dans l’intérêt de ses employeurs. Chargé depuis des relations presses, il reçoit dans son bureau une ancienne connaissance, Iolène, qui semble quelque peu apeurée et lui demande s’il se souvient de la disparition de Jean Spangler. Une nuit qu’il n’est pas prêt d’oublier, d’autant que lui-même était aux premières loges, ayant bourlingué en compagnie de Iolène, Jean et quelques autres dans différents bars de la ville. Avant que Jean s’éclipse pour ne plus jamais réapparaître. L’intrusion de Iolène, qui ne cesse de se remémorer cette nuit tragique, dans sa vie professionnelle va amener Hop à se replonger dans son passé, dans les coulisses du cinéma, à fréquenter de drôles de personnages, des acteurs qui ne sont pas si comiques que cela, du moins hors des studios, à ingurgiter force boissons alcoolisées, et à se poser moult questions qui restent sans réponses.

L’affaire Jean Spangler, tout comme celle du Dahlia Noir en 1947, a été évoquée par Steve Hodel dans un ouvrage publié en France en 2004. C’est donc à partir d’un fait divers réel que Megan Abbott a construit son roman mais en mettant en scène des personnages fictifs. Les duettistes Sutton et Merrell n’ont heureusement pas existé, dont on ne soit pas sûr qu’ils ne soient pas la transposition d’acteurs qui eux ont réellement sévi à Hollywood, les jeunes filles naïves qui débarquaient avec des étoiles pleins les yeux et se retrouvaient à végéter comme serveuses et plus si affinité, les malfrats, les bas fonds d’une cité qui rayonnait d’une aura magique, les coups bas et les coups durs enregistrés par une flopée de grossiums et de minables, représentent l’envers du décor, un envers sulfureux, un décor de pacotille enveloppé de dorures.

Et Megan Abbott délivre un épilogue convaincant à une affaire qui est restée en point de suspension. On aimerait y croire, et puis après tout, ce n’est qu’un roman. Mais un roman puissant, plus fiable que certaines résolutions d’affaires criminelles relatées dans les faits divers journalistiques. Après l’appréhension ressentie à la lecture des déclarations et appréciations de ses confrères, je confirme que Megan Abbott est un écrivain dont l’avenir semble bien engagé. Quant à la qualifier de nouvelle Reine du roman noir, on attendra ses prochains ouvrages pour en juger.

Mégan Abbott : Absente. Traduction de l’américain par Benjamin Legrand. Le Livre de Poche. (réédition des Editions Sonatine). Collection Policier/Thriller. 320 pages. 6,60€.

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commentaires

P
Bonjour Paul, je n'ai pas encore lu Absente ni son dernier que je viens d'acheter. Mais avec Adieu Gloria et Red room Lounge, je suis déjà un fan ... du genre à acheter ses livres dès la mise en<br /> vente en librairie. J'adore ses personnages (féminins) et la subtilité de son écriture. Amitiés
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O
<br /> <br /> Bonjour Pierre<br /> <br /> <br /> J'ai mis Absente en première partie de programme et Adieu Gloria va passer incessamment sous peu en vedette américaine.<br /> <br /> <br /> Sinon je suis d'accord avec toi concernant cette romancière dont les intrigues sans être alambiquées sont très prenantes. Un peu comme un film en noir et blanc.<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />

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  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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