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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 15:59

Mais ils sont pardonnés...

 

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Les nouvelles sont comme les pétales d'une marguerite : on les lit et on les décline en Je t'aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, mais bizarrement l'impasse est faite sur le pétale pas du tout.

Les romanciers sont souvent sollicités lors de salons du livre, de festival, ou par des éditeurs, afin d'offrir une nouvelle qui sera publiée dans un recueil, une anthologie, un hommage. Max Obione ne faillit pas à la règle et c'est ainsi que bon nombre de ses textes sont éparpillés au gré du vent et des saisons : deux recueils finalisant le festival Mauves en Noir, des anthologies destinées à rendre hommage à des groupes de rock comme La Souris déglinguée, Les Béruriers noirs ou encore Little Bob, ou dans des maisons d'édition dont le seul tort est de ne pas avoir pignon sur rue et être diffusées de façon confidentielles.

Donc réunir ces nouvelles éparpillées ici et là est donc œuvre pie, d'autant que pour faire bonne mesure Max Obione nous en propose des inédites, ce qui ne peut qu'ajouter à l'intérêt de l'ouvrage.

Max Obione explore tous les défauts de notre société, ses petits et ses gros travers, ou jette un œil attendri sur un passé récent fleurant bon la nostalgie. Ainsi dans Suspicius, un groupe rock auditionne des candidats afin de remplacer au pied et à la voix levés leur chanteur défaillant. Le dernier semble être le bon, et ce qui les étonne, c'est que pour eux c'est un parfait inconnu alors qu'il possède de nombreuses références. Las des haines met en scène un scientifique qui élève une bactérie et la chouchoute comme si c'était une compagne fréquentable. Orphans traite d'un orphelinat situé en Angleterre. Des gamines malades, handicapées, et la vie n'est vraiment pas rose pour celles qui sont déjà meurtries par la vie.

De toutes ces nouvelles, j'ai retenu plus particulièrement celle qui ouvre ce volume et donne son titre au recueil : Les gros mensonges. Non pas tant parce que le lecteur voyage entre fiction et réalité aux côtés d'un auteur de polars, plongé en plein trip et qui travaille à la chaîne, ou qu'un acteur y fait de la figuration intelligente, Vincent Lindon pour ne pas le nommer, mais parce que le protagoniste se pose la question essentielle qui tarabuste bon nombre d'amateurs de vieux papiers : dans quel néant est envoyé une phrase lorsqu'on l'envoie dans les limbes de la création d'un doigt rageur appuyé sur la touche Suppr ? Facile avec un ordinateur de construire, déplacer, supprimer des mots, des phrases, mais tout ceci n'est que virtuel. Dans le temps, eh oui ma bonne dame, dans le bon vieux temps, les romanciers suaient sur leurs rames de papiers, taillaient leurs plumes ou leurs crayons, remplissaient les réservoirs de leurs stylos plumes, disposaient devant eux une batterie de stylos baveurs, et biffaient, rayaient, déplaçaient à l'aide de flèches des phrases ou des paragraphes, ajoutaient des mots en les intercalant, et toutes autres actions qui donnent aujourd'hui de la valeur sentimentale et financière à des manuscrits ou des tapuscrits. Maintenant l'auteur est un prestidigitateur.

Avec une écriture rageuse, tendre, bourrue, provocatrice, imagée, poétique, Max Obione nous prend par la main et le cœur pour effectuer un voyage initiatique dans son univers parfois torturé, parfois colérique, tendrement érotique, souvent humain, jamais ennuyeux.

En tout dix neuf nouvelles dont six inédites.

 

A lire également de Max Obione : Daisybelle et Soeur Fouettard.


A commander sur le site de SKA librairie.


Max OBIONE : Les gros mensonges. Editions du Horsain. Parution le 14 mai 2014. 238 pages. 15,00€.

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