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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 13:38

Pour un drôle de Carnaval...

 

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La valeur n'attend pas le nombre des années et en cet après-midi d'hiver 1900, le jeune Michael Lanyard ne pensait certes pas que cette déclaration du Cid de Corneille allait s'appliquer dans un sens financier. C'est un habitué des salles des ventes et il est reconnu, malgré son jeune âge, pour être un spécialiste et un collectionneur averti. S'il feuillette distraitement le catalogue de vente, il n'en est pas moins attentif aux entrées des visiteurs, dont un individu à la mise distinguée, probablement riche et imbu de sa personne, dont le visage trahi une origine asiatique mais donne une impression d'ensemble que Lanyard juge maléfique.

Deux jeunes femmes font leur apparition. S'il connait la première de vue, l'autre lui est totalement inconnue. Grâce à un brocanteur bavard Lanyard apprend que cette inconnue se nomme Sofia Vassilievski, dite la Beauté russe, qu'elle est mariée mais séparée de Victor Vassilievski, prince russe ayant des origines maternelles mandchoues. Et Lanyard assiste amusé à une véritable passe d'arme entre le Russe et Sofia qui consiste à faire monter les enchères afin d'acquérir un tableau attribué à Corot. Pris par l'ambiance et un peu intrigué par ces enchères qui atteignent une somme conséquente, Lanyard a le dernier mot et remporte le tableau.

Cette peinture attribuée à Corot mais qui ne s'avère être qu'un faux, ce qui n'échappe pas à la sagacité du Loup Solitaire, les lecteurs qui ont lu les précédentes aventures de notre héros l'avaient deviné, mais un faux intéressant car sous la toile sont cachées des lettres qui si Victor Vassilievski les avaient eues en sa possession auraient porter préjudice à son épouse dont il est séparé. S'ensuit un véritable vaudeville mélodramatique entre Lanyard, Sofia et Victor dont l'enjeu n'est autre que les missives.

Vingt ans plus tard, à Londres, dans le quartier français de Soho, une jeune fille prénommée Sofia s'ennuie derrière la caisse du Café des Exilés. Elle a été élevée par Maman Thérèse et Papa Dupont, mais elle ne les apprécie guère. Elle voudrait bien ressentir de l'affection pour eux, mais elle ne le peut pas et se considère un peu comme la Cendrillon du couple. Elle regarde les passants qui déambulent dans la rue, lorgne les clients attablés, et elle rêve à une autre vie, plus passionnante et moins stricte. Elle a remarqué un habitué, mais fait-il vraiment attention à elle. Il se nomme Karslake, elle l'apprend en écoutant les conversations qui s'échangent, grâce à un phénomène d'acoustique qui conduit les bruits des conversations jusqu'à elle. D'autres personnes viennent dans ce café, discutant avec Karslake, dont un homme qui pose sur elle un regard étonné et inquisiteur. Malgré l'interdiction qui lui est faite par Maman Thérèse, elle parvient parfois à lire le journal. Or ce jour là, elle tombe en arrêt devant une petite annonce dont le contenu lui remue l'esprit et le cœur. Cette annonce est ainsi rédigée:

Si Michael Lanyard veut se présenter en personne, il aura des nouvelles de sa fille Sofia. S'adresser à Secretan & Sypher, Sollicitors...

Or au courrier elle repère une lettre à l'entête du cabinet mais plus prompte Maman Thérèse la lui arrache des mains. Lorsque Maman Thérèse rejoint Papa Dupont dans leurs appartements, Sofia les suit à pas de loup et elle entend Papa Dupont lire à haute voix la missive. Et ce qu'elle apprend alors la met hors de ses gonds. Elle s'enfuit, prenant au passage une poignée d'argent dans la caisse et est arrêtée par la main de Papa Dupont juste au moment de franchir l'huis. Karslake s'interpose et l'entraîne jusqu'à une voiture, une Rolls ! et lui apprend qu'il la conduit chez son père. Arrivés devant une riche et belle demeure - le rêve de Sofia va-t-il se réaliser ? elle est présentée à un homme qui affirme être son géniteur. Il se nomme Victor et prétend s'être appelé, dans une autre vie Lanyard.

De nouveau Lanyard et Victor Vassilevski vont s'affronter, l'un cherchant à récupérer sa fille saine et sauve, l'autre désirant exercer une vengeance qui le taraude depuis des années.

On assiste à la confrontation entre le Bien, personnifié par Michael Lanyard alias Le Loup Solitaire même si celui-ci traîne avec lui une réputation de gentleman-voleur et est devenu un agent des Services Secrets Britanniques, et le Mal incarné par Victor Vassilevski dont les origines sino-russes ne plaident pas en sa faveur. En effet en cette période qui se situe juste après la Première Guerre Mondiale, les préjugés envers les Bolchéviques et les Asiatiques sont très prégnants et les romanciers se délectent de ce mal Jaune qui veut étendre son emprise sur le monde. On ne peut s'empêcher de penser aux romans de Sax Rohmer et à sa créature Fu-Manchu.

En effet Victor est le maître d'œuvre d'une organisation qui veut étendre son influence maléfique sur le monde et l'Angleterre est choisie comme première victime expiatoire. Les multiples scènes d'action, riches en rebondissements, sont mouvementées, périlleuses, propres à alimenter l'imaginaire du lecteur qui ne demande qu'à vibrer. Vivement la suite...

De Louis-Joseph Vance lire également Le Loup Solitaire et Faux visages.

 

 

Louis-Joseph VANCE : Masques rouges, Le Loup Solitaire N° 3 (Red Masquerade - 1921. Traduction de Théo Varlet et Louis Postif révisée par Jean-Daniel Brèque). Première édition Le Masque 1931. Collection Baskerville N° 17. Editions Rivière Blanche. Janvier 2014. 244 pages. 17,00€.

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commentaires

A
Un roman qui a l'air très visuel avec toutes ces scènes d'action.
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O


C'est vrai ALex, d'ailleurs à l'origine c'était un film en noir et blanc, et muet datant de 1919. L'auteur déçu par l'adaptation qui avait été faite de son scénario a décidé d'en faire un livre
qui ne respecte pas le film tout comme le film ne respectait pas le scénario... Et voilà pour la petite histoire.



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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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