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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 15:57

Allez hop, tout le monde à la campagne !

 

bentroad.jpg 

Après vingt ans passés à Détroit, Arthur Scott revient dans le Kansas, accompagné de sa femme Celia et de leurs trois enfants, Elaine, l'aînée, Daniel et Evie la petite dernière qui l'est aussi physiquement. Ce n'était plus possible pour Arthur de vivre à Détroit car les émeutes raciales de cette année 1967, ainsi que les appels téléphoniques déplacés destinés à Elaine, l'ont incité à revenir au pays. Pourtant s'il avait quitté le Kansas deux décennies auparavant, c'était bien pour échapper à un secret entourant le décès de sa sœur Eve.

Alors que la petite famille entassée dans deux voitures arrive près de chez la mère d'Arthur, un incident se produit. Des rouleaux d'herbe sèche emportés par le vent franchissent la route sans regarder et sans prévenir. Celia fait une embardée et Daniel est persuadé qu'un homme a traversé la voie, mais il est bien le seul à l'avoir vu. Enfin tout le petit monde arrive chez Reesa, la mère d'Arthur, où ils s'installent provisoirement.

L'ombre d'Eve plane toujours sur la maison familiale. Evie trouve des robes neuves, jamais portées et elle aimerait les essayer. Puis des photos aussi et la ressemblance entre elle et sa tante est frappante. Si Eve est évoquée, Arthur et Celia ne lui disent pas qu'elle est morte et Evie pense qu'un jour elle fera sa connaissance. Mais ses parents sont loin de penser à ça. Les habitants de la région non plus d'ailleurs. Un détenu, Jack Mayer, s'est évadé de l'hôpital fédéral de Clark City. Or une jeune fille, Julianne Robison n'est pas rentrée chez elle. Nul doute qu'il s'agit d'un enlèvement et le coupable est tout désigné. Encore faudrait-il le retrouver.

D'autres personnes, dont le shérif Floyd Bigler, pensent que Ray, dont un œil est vitreux et regarde dans le sens opposé du bon ce qui ajoute à sa déchéance physique, serait à l'origine de cette disparition, pour ne pas dire enlèvement. Car Ray, le beau-frère d'Arthur, possède une série de casseroles derrière lui. En effet il devait se marier avec Eve. Or après le décès de celle-ci, dans des circonstances mal définies, il a épousé sa sœur Ruth.

Ce ne serait pas grave en soi. Une promise disparue, que l'homme se marie avec la sœur d'icelle, personne n'y trouverait quoi que ce soit à dire, sauf que Ray est souvent ivre, pour ne pas dire en permanence dans un état éthylique, et il bat Ruth. Arthur et Celia s'en rendent compte alors ils décident d'héberger Ruth au grand dam de Ray qui va jusqu'à la relancer à l'église. Or Ruth, elle s'en aperçoit bientôt, est enceinte. Parturiente elle l'a déjà été à deux ou trois reprises, mais les bébés ne sont jamais parvenus à terme. Probablement les mauvais traitements que Ray lui a infligé.

Daniel, le fils d'Arthur et de Celia, s'il ne réussit pas à se faire des copains à l'école, tout comme Evie d'ailleurs rejetée à cause de sa petite taille, Daniel fréquente Ian, un handicapé dont les jambes sont toutes déglinguées. Ils baguenaudent souvent ensemble dans la campagne, accompagnés parfois des frères de Ian, et c'est ainsi que Daniel apprend à tirer à la carabine. Point n'est besoin de lui montrer longtemps, c'est comme s'il avait un don.

Les semaines passent, Julianne n'est toujours pas retrouvée. John Mayer non plus. Et les incidents se multiplient chez Arthur. Olivia, la vache qu'ils ont eue à leur arrivée a des velléités de liberté, et Ray multiplie les coups de colère, venant les narguer jusque chez eux ou chez Reesa, la grand-mère, tentant de récupérer sa femme. Quand à Elaine elle s'est trouvé un ami en la personne de Jonathan, lequel rend de grands services à Arthur, et ils pensent au mariage. Ruth prépare des repas qu'elle offre à Mary et Orville les parents de Julianne. Car Mary, Eve et elle étaient amies dans leur jeunesse, cousant les robes, préparant le mariage d'Eve avec Ray. Tout semblait simple à l'époque.

 

Catalogué roman policier, Bent Road est beaucoup plus que cette appellation. Il s'agit d'une chronique rurale et l'on peut suivre à travers quelques personnages, la vie presque quotidienne d'une communauté mais surtout le retour au pays d'Arthur et de sa femme, les démêlés avec Ray, le beau-frère, ainsi que la découverte pour Elaine, Daniel et Evie de la vie à la campagne. Nés dans une ville mais en butte aux événements raciaux, ils s'immergent dans un environnement auquel ils n'ont pas été habitués. Mais le racisme est aussi présent sous une forme latente dans le Kansas et cela influe sur le comportement des habitants.

Par souci des convenances, il vaut mieux que certaines choses soient murmurées. Le mensonge, la dissimulation, les non-dits règlent la vie quotidienne des habitants qui vivent souvent en circuit fermé, habitués à se côtoyer mais à se retrancher derrière leurs petits secrets. Le prêtre est un élément important de cette communauté, édictant ses lois, la religion passant avant toute chose. C'est ainsi que le père Flannery se retranche derrière le sacrement du mariage afin d'inciter Ruth à retourner vivre avec Ray, sachant malgré tout qu'en guise de cadeau d'accueil Ruth recevra une volée.

lori.jpgUn roman naturaliste à rapprocher des œuvres de George Sand, Emile Zola, John Steinbeck, Ron Rash et quelques autres qui démontrent que la campagne sous des dehors bucoliques peut parfois s'avérer cruelle. Lori Roy est née et a été élevée au Kansas, et donc décrit ce qu'elle connait, soit pour l'avoir vécu elle-même, soit en se remémorant les discussions familiales. L'ambiance des petites bourgades, l'atmosphère feutrée ponctuée de coups de gueule, les ressentiments, les suspicions, les jalousies, la rudesse physique et morale des petits exploitants agricoles.

Ce roman a reçu le prix du meilleur roman policier (l'Edgar Award 2012) aux USA, et à mon humble avis c'est amplement mérité et justifié. Les lecteurs qui la plupart du temps sont hostiles à ce genre littéraire et qui par inadvertance ouvriront ce roman réviseront leur jugement au bout de quelques pages et ne lâcheront plus le livre avant la dernière page. Maintenant il ne reste plus à Lori Roy qu'à confirmer.

 

 

Lori ROY : Bent Road (Bent Road - 2011. Traduction de Valérie Bourgeois). Editions du Masque. 350 pages. 19,50€.

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commentaires

L
C'est fort possible oui. Et il y en aura d'autres
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O


Le démon de la lecture ....



L
C'est un nom qui me parle. Il se pourrait que je l'ai déjà lu. A vérifier.
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O


Peut-être est-ce L'Assassinat du Père Noël ?



L
Je le note celui-ci. La comparaison que tu fais avec d'autres auteurs y est pour quelque chose.
Répondre
O


Bonjour


Et comme je l'ai dit à Claude dans un commentaire, il ne faut pas non plus oublier comme auteurs Pierre Véry.


Amicalement



P
Ma foi, Paul, sur ce coup là (façon de parler bien sur) tu m'as convaincu. Je vais de ce pas partir à la recherche de ce roman. Merci du conseil. Amitiés
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O


Bonjour Pierre


Je reprends peu à peu mes activités après des problèmes informatiques. Ce qui n'est pas pour m'encourager à lire des livresnumériques...


Pour revenir à Lori Roy, j'ai beaucoup aimé pour les raisons citées (voir également ma réponse à Claude) et je pense que tu aimeras aussi même si parfois nous avonsquelques petites divergences
sur tel ou tel titre. Ce qui d'ailleurs est positif je pense, nous ne sommes pas les moutons de Panurge de la littérature.


Amitiés



C
Salut Paul
Dans les années 1970-80, le polar se devait d'être en priorité "urbain" selon des préceptes discutables. La jungle des villes, c'était quand même plus actuel que la cambrousse. Sauf que, même aux
Etats-Unis, on a fini par comprendre que la ruralité et les petites villes peuvent s'avérer bien plus mortifères que les villes. Ce que nous autres savions déjà, puisque beaucoup de nos auteurs
d'antan campèrent des situations "provinciales".
Amitiés.
Répondre
O


Bonjour Claude


Le premier auteur qui me vient à l'esprit et que j'aurais pu évoquer est Exbrayat et ses Douceurs provinciales. Mais la France profonde, la France d'en bas pour parodier Raffarin, est riche en
sujets de romans noirs et policiers, et il ne faut pas aller bien loin pour trouver souvent une source d'inspiration. Tiens il me viens aussi à l'esprit un auteur quelque peu délaissé : Pierre
Véry et son Goupi mains rouges...


Amitiés



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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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