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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 17:29

Y-a-t-il un traducteur dans la salle ?

 

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Doit-on chroniquer en bien un livre qu'un auteur vous a dédicacé ?

La courtoisie aidant, je serais tenté de dire oui. Mais si on réfléchit bien, la flatterie est un produit hypocrite et la notule s'en ressent. Ne pas en parler serait le plus simple. Oui mais, les goûts des uns n'étant pas forcément ceux des autres, et qui aime ou déteste un roman n'a pas forcément raison. Un roman est bon pour les uns et complètement nul pour les autres. Alors soyons réaliste, franc et avant de dire si j'ai pris du plaisir avec ce roman ancré dans notre époque, étudions l'histoire.

Le Narrateur possède un curriculum vitae plus impressionnant que celui d'un patron du CAC 40, et pourtant ceux-ci accumulent les satisfécits qu'ils se décernent sur le dos des petites gens. Consultons son palmarès :

Condamnations pour vandalisme, baston, vol avec violence, outrage à agent, baston, stup, encore stup, agression, rébellion, vandalisme, baston.

Après avoir purgé une peine de quatre mois de prison, il retrouve ses potos (l'on sent l'influence de l'écriture rapide liée à l'envoi de messages électroniques, car normalement l'on écrit Poteau, en référence à ce bout de bois qui sert à s'appuyer dessus, lequel est un copain sur lequel on peut compter. Théoriquement !), lesquels potos lui proposent de fêter l'événement. La sortie en boîte, ce qui est un non-sens parce que en général on y entre, est déclinée. Le narrateur préfère une petite virée au Bois de Boulogne. Il veut se refaire en proposant de la drogue, du foin amélioré et autres produits toxiques aux prostituées et éventuellement à leurs clients.

Aussitôt la virée s'élance, deux voitures occupées par Souleymane, Makita, Youssouf, Vamp, Miki, Ahmé ou encore Farid, une escapade sur les chapeaux de roues. Mais le coin du Bois que Le Narrateur et ses comparses ont élu comme base est envahi par des Brésiliennes. Enfin, plutôt des Brésiliens, des travestis, des transsexuels. Et le Brésil n'est pas la seule nation représentée. Bien éméchés par les diverses boissons alcoolisées qu'ils ont ingurgitées, et qu'ils continuent de boire en abondance, ils agressent verbalement et physiquement les résident(e)s. Leurs neurones sont atteints par l'éthylisme et la drogue et ils ne se contrôlent plus. Ségrégation, ostracisme, pointe de racisme, ils portent ces sentiments malsains comme un étendard. Pourtant ils se méfient de la maréchaussée qui rôde et à la moindre alerte se cachent dans les buissons et les chemins environnants. Pourtant ils arrivent à alpaguer quelques clients en manque, des prostituées aussi. Il faut être réaliste et pragmatique. Même s'ils se montrent comme des êtres abjects, ils pensent aussi à leurs portefeuilles. Et ils vont faire la connaissance de Paola...

J'ai arrêté à ce moment ma lecture, incapable de continuer, aussi je vous livre le reliquat de la quatrième de couverture : Le business fait florès jusqu'au jour où Paola, un trans brésilien, véritable star du Bois, est assassiné. La police quadrille tout le secteur. Mauvais pour les affaires. D'autant que ce meurtre n'est que le premier d'une longue série des plus violentes.

 

Verdict :

Sur le fond, nous lisons une banale histoire de drogue, de violence, de prostituées et de meurtres déjà surabondamment exploitée par le passé. Seule la forme est nouvelle dans l'emploi d'un langage issu de Nord, du Sud, de l'Ouest ou de l'Est, sans oublier l'argomuche parigot, dans un amalgame complexe d'idiomes, d'un pot-pourri de néologismes, de verlan, d'argot manouche le tout assaisonné par le rebeu (le beurre en verlan ?). Là encore l'argot fut une forme d'écriture dans les années cinquante qui mit en avant des auteurs comme Simonin et Bastiani. Mais ces deux romanciers, s'ils écrivaient en langue verte, sans emprunter à d'autres formes qui aujourd'hui sont l'apanage, parait-il, des marginaux des cités, ont eu l'élégance et la courtoisie de placer en fin de volume un lexique ou un glossaire.

En mon âme et conscience, je peux vous avouer que si je n'ai pas aimé, ce qui ne veut pas dire que ce roman est mauvais, car tout est subjectif, des lecteurs âgés entre vingt et cinquante ans s'en délecteront peut-être, retrouvant un quotidien et un vocabulaire auquel je ne suis pas habitué.

Mais si je vous proposais un petit exemple :

Souleymane à l'avant finit de rouler un djockoss. Il ne tise pas Souleymane, c'est haram. Mais il se rattrape comme il faut sur le bédo. Il éclate son splif et fait tomber une boulette sur le siège. Le Rabza le grille en force et s'énerve : "Putain mais fais belek, cousin ! T'es un bouffon ou quoi mon gars ? Elle est à mon daron, la gova, pas à moi !"

 

Et oui, il faut s'adapter, lire et relire et enfin assimiler ce dont il s'agit. On comprend, avec un petit effort, ce que l'auteur veut écrire. Mais s'il ne s'agissait que d'un paragraphe, ce serait un moindre mal. Non, le lecteur déboussolé (moi) n'a pas réussi à garder son attention durant cent-quatre-vingts pages. Et s'il ne s'agissait que de l'écriture, cela pourrait encore passer, quoique, mais je n'adhère pas à ces énergumènes qui se conduisent en voyous arrogants et malsains.

Nous n'avons pas les mêmes valeurs !

Ce qui ne m'empêche pas de vous signaler que Johann Zarca possède un site que vous pouvez consulter gratuitement :

Le mec de l'underground.


Johann ZARCA : Le Boss de Boulogne. Editions Don Quichotte. Parution le 16 janvier 2014. 180 pages. 16,00€.

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commentaires

A
Reconnaissons toutefois à ce livre le mérite de susciter de remarquables notules... merci, l'ami pour le plaisir de la lecture.
Répondre
O


Bonsoir


Je ne sais pas si ma notule est remarquable, mais je sais que d'autre blogueurs, d'autres chroniqueurs ou critiques professionnels ont accueilli favorablement ce roman.


Comme me dit souvent un ami écrivain, il vaut mieux parler en mal d'un roman que de ne pas en parler du tout. Au moins il n'est pas transparent...


Bien à vous



Y
Salut Paul, je suis encore dans la tranche d'âge dont tu parles (bon, d'accord vers le haut)et je dois dire que si j'ai été un peu surpris par le ton, je m'y suis laissé prendre. En fait, j'ai
réussi sans effort à passer outre mes goûts habituels et outre mes réticences vis-à-vis des voyous qui se comportent mal et le rapportent comme des faits d'armes dont ils s'enorgueillissent.
Globalement, j'ai aimé ce bouquin mais je comprends qu'on puisse ne pas aimer, passer à côté, détester (rayer les mentions inutiles), c'est quand même très atypique !
Amicalement
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O


Bonjour Yv


Avec les ans les goûts changent. Je me souviens que tout jeune j'avais été emballé et dérouté à la fois par Jésus la Caille de Francis Carco. Dans ce roman, l'écriture faisait la part belle à
l'innovation, mais il possèdait en plus un côté poétique auquel je ne suis pas resté insensible.


Les plaisirs de l'esprit sont comme les plaisirs de la table. On va au restaurant découvrir un plat sortant de l'ordinaire car il faut goûter avant de dire  je n'aime pas. Et quand le
cuisinier vous demande comment vous avez trouvé ce plat vous pouvez lui avouer qu'il était trop fade, trop salé, trop épicé. Ce n'est pas pour autant que les autres consommateurs n'apprécieront
pas ce plat et devront se conformer àvotre avis...


Amitiés



P
Merci Paul. L'extrait du roman parle plus surement que vos louables précautions. Un talent eut fait son rebeu (?) de la différences d'écriture des dialogues et de la narration.
Mais si des lecteurs prennent deux heures pour lire le livre, c'est déjà une victoire d'un peu d'esprit sur l'abrutissement sur canapé.
Répondre
O


Binjour


Je ne suis olus en âge de lire des énigmes lexicales mais les jeunes, sûrement pas tous, y trouveront peut-être leur compte, s'ils sont habitués à ces formulations de langage. Il existe une
grosse différence entre la langue parlée et la langue écrite, mais après si l'auteur s'est fait plaisir...


Amicalement



C
Salut Paul
J'ai la nostalgie de Darry Cowl. Un type capable de raconter n'importe quoi, avec un festival simagrées et de bafouillis, ça avait du charme et même il fallait un certain talent. Car Darry Cowl
"inventait" son langage. Ce que tu écris, et ce que j'ai lu sur son blog", me semble manquer d'inventivité (même si J.Z. peut être sincère, c'est une autre question).
Amitiés.
Répondre
O


Bonjour Claude


Les bafouillages, les faux bégaiements de Darry Cowl avaient au moins l'intérêt d'être humorisitques. Voyez-vous ça  petit canaillou ! et du coup, ce qui n'était pas prévu, je remets
aujourd'hui à l'office une lecture plaisante, histoire de se désembuer le cerveau.


Amitiés


 



P
Salut Paul, pareil que toi, je n'ai pas aimé, et pour ma part, je préfère ne pas en parler ... surtout parce que je ne sais pas quoi en dire. Comme tu le dis, il aurait pu garder ce langage
"particulier" pour les dialogues uniquement. Un roman à part. Amitiés
Répondre
O


Bonjour Pierre


Ceux qui laissent penser sur Internet que nous sommes les valets des maisons d'édition, se trompent. Pour preuve.


Amitiés



Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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