Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 06:38

paris-la-nuit.jpg

Les avis, parfois dithyrambiques, concernant ce premier roman lus chez quelques amis blogueurs m’ont incité à acheter ce petit livre lors de sa réédition chez J’ai Lu. Mais je ne vous délivrerai mon verdict qu’après vous l’avoir présenté.

Abraham, qui préfère qu’on l’appelle tout simplement Abe, vit avec son père, cohabite plutôt. Ses parents sont nés en Afrique du Nord, mais lui est venu au monde à Paris, après de longues années d’efforts de la part de ses géniteurs. Et comme cela avait marché une fois, pourquoi ne pas recommencer. Abe avait cinq ans quand sa mère a accouché d’une petite fille, mais les deux éléments féminins de la famille sont décédés. Son père se contente de regarder la télévision, quelques mots parfois à son fils, et c’est tout.

Abe possède quelques amis qu’il a connu à l’école : Goran, Nathan, Trésor et Karim. Ils boivent des bières ou des boissons plus fortes, pas forcément toujours ensemble, et s’adonnent aux drogues, douces et dures. Et puis il y a Julia, étudiante à la Sorbonne, qu’il aime retrouver à la sortie des cours. Et plus si affinité, ce qui arrive souvent. Mais Abe ne se contente pas de se rendre dans le quartier de la Sorbonne pour rencontrer sa copine, il revend également de la drogue auprès d’étudiants qui ne demandent qu’à connaître le grand frisson.

C’est alors que Goran et Abe, prenant un rafraichissement dans un bar, remarquent un curieux manège. Un client entre et au lieu de consommer se dirige vers le fond de l’établissement gardé par une espèce de garde du corps et entre dans une pièce marquée Privé. Il s’avère que dans cette arrière-salle quelques hommes se retrouvent régulièrement pour jouer au Poker. Et qui dit Poker dit mise en jeu et gains à la clé pour les petits débrouillards.

Et les petits débrouillards, si c’étaient eux ? Aussitôt l’idée a germé dans la petite tête d’Abe, rafler l’argent et cela grâce aux copains. Il en parle à Goran et une expédition est envisagée. Juste quelques détails à régler, voler une voiture, se procurer des armes, des cagoules et le grand jour est arrivé. Enfin, le grand jour c’est excessif, c’est plutôt au petit matin qu’ils s’introduisent dans le bar et mènent à bien l’opération Pognon. Ils se montrent violents envers les joueurs, mais l’un d’eux leur promet des jours difficiles et des nuits d’insomnies.

Et c’est bien ce qui se produit. La petite bande s’éparpille, Abe se fâche avec Julia pour ce qu’il considère comme une traitrise de la part de son amie, il déménage et plonge dans la drogue. Il déambule aussi dans Paris.

Verdict, en mon âme et conscience, délivré dès les premières pages et même avant. Une petite rengaine me trottinait dans la tête. Il ne s’agissait pas d’une chanson mais d’un titre de livre : C’est beau une ville la nuit de Richard Bohringer, paru à la fin des années 1980 chez Denoël. Mais peu à peu, en tournant les pages, l’impression d’avoir déjà lu des dizaines de fois ce genre d’histoire était de plus en plus prégnante. De jeunes marlous organisant un braquage minable, et la drogue comme personnage principal, une descente aux enfers, l’alcool, autant de thèmes utilisés jusqu’à plus soif. On croit relire des romans écrits pas des auteurs comme Pierre Léon, Laurent Fétis, José-Louis Bocquet dans lesquels la drogue est presque comme un produit de consommation courante et obligée, objet d’une certaine complaisance.

Nous sommes loin du Paris de Léo Malet ou surtout d’Auguste Lebreton, dont les petites frappes adolescentes sont des personnages principaux. Par exemple dans Les Hauts murs, La loi des rues ou Les jeunes voyous. Paris est à peine esquissé, des quartiers nommés par leurs stations de métro : Belleville, Barbès, Jules Joffrin, Château Rouge, Château d’eau, Charonne…. Par exemple, en face du square Jules Joffrin, pourquoi ne pas avoir décrit en une ou deux lignes l’imposante mairie du XVIIIème arrondissement, l’ambiance de Barbès ou de Château rouge avec son monde cosmopolite. Une carence de description, un décor effacé, un manque d’âme. Les personnages ne sont même pas tant soit peu sympathiques, et il est à noter qu’Abe alterne les périodes de toxicomane dépendant à celles de revendeur presque normal. Bref, un roman banal qui à aucun moment ne m’a ému ou fait vibrer.

A lire les articles nettement plus élogieux de Pierre sur Black Novel ou de Bruno sur Passion Polar.

Jérémie GUEZ : Paris la nuit. Collection Policier N°9637, éditions J’ai Lu (réédition La Tengo – 2011). 128 pages. 4,70€.

Partager cet article
Repost0

commentaires

L
quel bonheur que d'échanger ainsi avec toi Paul ! je suis très loin d'avoir toute tes connaissances et j'aurai encore beaucoup à apprendre à ton contact ! j'ai vraiment beaucoup de respect pour<br /> toi, d'autant plus que tu as le soucis d'expliquer, d'argumenter toujours ton point de vue, là ou d'autres du haut de leurs bibliothèque et de leur expérience répondent avec condescendance. Tu m'as<br /> très bien expliqué ton point de vue, ton analyse .<br /> <br /> je comprends ton argumentation et la respecte. Après tout est une question de perception, de sensibilité.<br /> <br /> Ceci dit, je ne prétends pas non plus que Jeremie Guez touche à l'excellence ! Qu'il ait des défauts, grand bien lui fasse sinon comment pourrait il évoluer.<br /> <br /> Enfin concernant les coups de coeurs, tu l'auras remarqué je ne note jamais les romans que je lis. Un coup de coeur chez moi c'est un grand instant de plaisir rarement atteint, à un moment donné.<br /> Et puis il passe, jusqu'au suivant. Le nouveau ne remplace pas l'ancien. C'est un vrai coup de coeur, comme en amour. Comme pour une jolie fille. Et je ne doute pas que tu as du comme moi, tomber<br /> amoureux plus d'une fois ! ca reste toujours un moment unique et magique même s'il peut se produire plusieurs fois ^^<br /> <br /> je te souhaite une très bonne semaine mon ami !
Répondre
O
<br /> <br /> Bonjour Bruno<br /> <br /> <br /> C'est vrai qu'il est plaisant de pouvoir discuter sans acrimonie, d'échager nos points de vue avec courtoisie. Pas comme ces hommes politiques qui vitupèrent contre les discours jugés agressifs<br /> de leurs adversaires et se montrent plus virulents en tenant des propos injurieux. Soit ils font montre de mauvaise foi, ce qui est grave, soit ils ne se rendent pas compte de ce qu'ils disent,<br /> ce qui est encore plus grave. Entraînant derrière eux des moutons de Panurge qui gobent leurs déclarations mensongères avec délectaion.<br /> <br /> <br /> Je me sens mal à l'aise pour noter des romans : avec mon modeste BAC moins 3, je suis mal placé pour donner des mauvais points. Juste une opinion tout à fait personnelle selon mon plaisir de<br /> lecture.<br /> <br /> <br /> Quant à mes connaissances littéro-policières, disons que, avec cinquante ans de lecture intensive et quelques bribes de souvenirs, je possède quelques prémices. Mais loin de moi l'idée de me<br /> poser en spécialiste imbu de son savoir.  J'ai encore beaucoup à lire et à apprendre, mais j'ai plus d'années derrière moi que devant pour sacrifier à cette passion.<br /> <br /> <br /> Et puis nous aurons sûrement d'autres points de divergence, cela ne portera pas préjudice à cette amitiée blogueuse.<br /> <br /> <br /> A bientôt<br /> <br /> <br /> <br />
L
et ben ca y est c'est arrivé !!! Nous avons eu parfois, toi et moi, quelques approches différentes sur des bouquins que nous avions appréciés, mais là , pour la première fois il s'agit bel et bien<br /> d'un vrai désaccord ! et mille sabords il a fallu que ca tombe sur mon seul et unique coup de coeur de l'année dernière !! ^^<br /> <br /> bon tu t'en doute Paul, je respecte totalement ton point de vue que tu as largement argumenté. Je ne reprendrai pas ceux de mon pote Pierre que je partage totalement. Je dirai simplement que ta<br /> conclusion m'interpelle.<br /> Je ne pense pas que tu cherches à retrouver chez de jeunes auteurs, des auteurs plus anciens qui ont su décrire à leur façon les voyous d'il y a quelques années. Chaque auteur a sa propre<br /> sensibilité qui se nourrit de son expérience et surtout, surtout, de son époque. Et nous vivons la notre à cent à l'heure.Pour ma part je me demande si le fait d'esquisser la ville comme le fait<br /> Jéremie n'est pas un choix délibéré, qui lui permet ainsi de mettre en avant ses personnages dans tout ce que leur vie peut avoir de crue, la concentration du lecteur se faisant exclusivement sur<br /> leur parcours.Un roman brut.<br /> <br /> Comparer le roman de Jérémie Guez avec les auteurs que tu évoques c'est aussi peut être mettre la barre un peu haute. N'oublions pas qu'il s'agit d'un premier roman, écrit par un gars de 23 ans à<br /> peine, et pour le coup, tu conviendra qu'ils sont peu nombreux ceux qui à cet age là sont en mesure de produire un tel roman, avec une telle écriture.<br /> <br /> Enfin, quand tu as lu ce roman, le Tam Tam de la brousse chantait dejà depuis un moment les louanges de ce jeune auteur. A trop en avoir entendu parlé,peut être en as tu aussi inconsciemment trop<br /> attendu. Quand j'ai lu ce livre, personne n'en avait encore parlé. J'ai pris un claque car je ne m'attendais pas du tout à ce que j'ai lu ! j'ai adoré ce bouquin et je l'adore toujours. J'ai par<br /> contre moins aimé le second, car je savais à quoi m'attendre. Il n'y avait plus la surprise ! Vieux baroudeur de polar que tu es je ne pense pas que ce soit la raison première de ton impression<br /> mitigé, mais peut être qu'une petite lichette de celui ci y a contribué.Je ne sais pas. En attendant intéressants échanges que ton billet provoque là, et c'est tout ce que j'aime que de pouvoir<br /> échanger avec courtoisie autour de point de vues divergeants, c'est toujours enrichissant. Amitiés
Répondre
O
<br /> <br /> Bonsoir Bruno<br /> <br /> <br /> Il arrive que nous ne soyons pas d'accord et c'est tant mieux car comme je le disais à Pierre, cela évite les copié-collé. Quant au coup de coeur, je n'en mets jamais car un roman peut en chasser<br /> un autre et si je donne un triple AAA à un roman et qu'un me plait encore plus, que ferais-je Un AAA+ ou je dégrade le précédent?<br /> <br /> <br /> La référence aux auteurs anciens ou modernes (Laurent Fétis et les autres) , c'était mon ressenti, et je suppose que toi aussi tu ne peux t"empêcher d'effectuer parfois des comparaisons.<br /> <br /> <br /> Il existait dans le temps (mon côté vieux grognard de la littérature) dans Mystère Magazine une chronique qui s'intitulait OK ou KO puis D'accord pas d'accord,  dans laquelle deux<br /> crhroniqueurs célèbres par exemple Michel et Georges Rieben donnaient leurs points de vue, sur un même livre. Et évidemment ils étaient rarement d'accord. Et cela donnait envie justement de<br /> découvrir le roman passé au crible.<br /> <br /> <br /> Je reviens sur le personnage principal : Abe. A un certain moment, il est en complète déliquescence, paumé, errant dans la ville. Puis d'un seul coup on le retrouve requinqué, par je ne sais<br /> quelle opération du Saint-Esprit. Enfin, quelques descriptions n'auraient pas alourdi le roman, une dizaine de pages tout au plus.<br /> <br /> <br /> la concentration du lecteur se faisant exclusivement sur leur parcours : justement on ne le voit guère ce parcours (dans la ville). <br /> <br /> <br /> Jérémie Guez a 23 ans : c'est bien, très bien, même de pouvoir écrire un tel roman, mais je ne pense pas qu'il faille lui tresser trop de louanges dès son entrée en littérature. J'ai relevé<br /> quelques défauts, du moins ce qui à mon avis sont des défauts, et j'estime qu'il est bon de les signaler. Mais évidemment ce n'est que mon avis.Et peut-être justement éviter que le deuxième<br /> déçoive. Je pense que si je l'avais lu à sa sortie mon avis aurait été le même. Par exemple, concernant Tonino Benacquista, lors de la sortie au Fleuve Noir de son roman Epinglé comme une<br /> pin-up... j'avais aimé, trouve que l'auteur avait de l'avenir, même si là aussi il y avait quelques scories. Tonino a bien évolué depuis, et il renie son premier roman. Comme quoi.<br /> <br /> <br /> Et puis il faut avouer que chaque critique peut être faillible. Des romans qui sont démolis dans des revues spécialisées ou non, des films qui subissent le même sort dans Télérama par exemple,<br /> trouvent souvent les faveurs du public. Alors ?<br /> <br /> <br /> Je pense avoir répondu à tes interrogations et surtout continue j'aurai toujours le plaisir de te lire<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
G
Je peux te prêter balancé dans les cordes si tu veux :)
Répondre
O
<br /> <br /> Je te remercie Gridou<br /> <br /> <br />  mais comme je suis déjà en retatd dans les lectures, je ne peux accepter. Mais si tu peux me prêter du temps, alors là j'accepte<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />
G
Pour rebondir sur ta réponse à Pierre:<br /> <br /> Je connais aussi pas mal les quartiers évoqués et je me suis sentie comme à la maison en lisant ce roman. Je n'ai eu aucun mal à situer l'action. J'y étais carrément. Mais peut-être que quand on ne<br /> connait pas, tout ça semble un peu froid et qu'il est difficile de rentrer dans l'histoire...<br /> <br /> En tout cas, tu as bien raison d'aller à contre courant si tu le sens comme ça...La déception est souvent proportionnelle aux attentes n'est ce pas??
Répondre
O
<br /> <br /> Oui, moi aussi j'ai retrouvé les endroits, parce que j'y ai vécu ou travaillé. Les images étaient dans mes souvenirs. Par exemple Jules Joffrin, le square, la mairie du XVIIIème en face, la rue<br /> du Ruisseau, le marché de la rue du Poteau... Château d'eau, entre Strasbourg Saint-denis et la Garde de l'Est. A signaler que derrière, ce n'est pas la rue Saint-Denis mais la rue du Faubourg<br /> Saint-Denis, Château rouge ou je me suis souvent rendu lors des réunions de l'association 813 lorsque je faisais partie du bureau...<br /> <br /> <br /> Or c'est justement le manque de décor et d'ambiance qui m'a frustré... Quant à l'histoire, comme je l'ai expliqué j'en ai beaucoup lu du même tonneau. Mais il est vrai que j'ai cinquante ans d<br /> littérature policière derrière moi.<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />
G
Je comprends ton point de vue...J'espère que ça ne va pas te décourager de lire son 2ème roman qui est, à mon avis, meilleur...
Répondre
O
<br /> <br /> Si l'occasion m'en est donnée, je ne refuserai pas, j'ai horreur de rester sur une impression mitigée<br /> <br /> <br /> <br />
P
Salut Paul, on ne pourra pas dire que la communauté des blogueurs est une mafia qui s'entend pour encenser les romans. Ton article est (presque) à l'opposé de mien, et je te remercie de nous citer<br /> Bruno et moi. J'y ai vu un style, une poésie, une efficacité et une maitrise du sujet (certes classique) qui en font un auteur à suivre. Comme quoi tous les avis sont bons à prendre et que chacun<br /> doit faire sa propre opinion. Pour finir, je dirai, lisez le pour vous faire votre idée ! Amitiés
Répondre
O
<br /> <br /> Bonjour Pierre<br /> <br /> <br /> Tu as raison, chacun de nous possède sa sensibilité et nous devons être honnêtes envers nos visiteurs. Si j'avais dit que j'aimais ce roman, alors que ce n'est pas vrai, j'aurais eu du mal à<br /> écrire mon billet, sauf en me laissant aller à du copié collé chez toi ou Bruno. Nous ne ressentons pas de la même façon nos lectures et c'est tant mieux.<br /> <br /> <br /> En outre, j'ai vécu ou travaillé dans certains des lieux évoqués par Jérémie Guez dans son roman, et s'il avait un tant soit peu parlé de l'ambiance, de l'atmosphère, du décor, cela aurait été<br /> plus vivant. J'avais les images du souvenir dans ma tête mais pas sous les yeux. L'impression que l'auteur a écrit ce livre avec un plan du métro parisien près de lui.<br /> <br /> <br /> Mais cela ne veut pas dire que ce roman est mauvais, car je l'ai trouvé mieux écrit que ceux de certains des auteurs que j'ai cité.<br /> <br /> <br /> Amitiés et à bientôt<br /> <br /> <br /> <br />
L
j'ai lu un livre qui se passait à Paris et qui me semblait être écrit par une parisienne et pour des parisiens !<br /> je ne connais pas le square X, la rue Y, etc. et que l'héroïne passe par telle rue plutôt que par telle autre, ah, la belle affaire !!!
Répondre
O
<br /> <br /> C'est bien pour cela qu'une petite description des lieux serait utile. Le nom de la rue en lui-même ne veut rien pour qui ne connait pas la ville, Paris, Marseille ou autre, mais décrire<br /> l'atmosphère, l'ambiance, les immeubles ou monuments donneraient une idée du quartier.<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />

Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables