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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 13:54

Le prix Alexandre Vialatte a été attribué à Jean-Paul Dubois pour son roman : Le cas Sneijder paru aux Editions de l’Olivier. Une reconnaissance qui m’a incité à lire son premier roman paru en 1984 dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir.

 dubois.jpg

Il suffit de peu de chose pour inviter un quidam qui lorgne sur les étals des libraires à repérer un roman et l’inciter à l’ouvrir avant de l’acheter afin de se forger une opinion. La couverture, qui doit être accrocheuse sans être aguicheuse. La quatrième de couverture qui doit donner une vue d’ensemble sans trop en dévoiler. Un titre qui se veut énigmatique sans pour autant amener une forme de rejet lié à une incompréhension stylistique. Et afin de confirmer une première bonne impression, se plonger dans les premières lignes du livre qui déjà vous fait de l’œil :

Il avait une faim à manger un pâté de maisons. L’angoisse le creusait. Il pénétra dans une boutique de candiseries. La serveuse cambrée sur les colonnes de ses escarpins regarda cet homme au visage lisse comme un revers de costume. Il avait des traits confortables et un regard reposant qui glissait sans coller sur les mouches et les sucreries. Dans l’arrière-salle, aménagée en salon de thé, clapotait la liqueur des banana-split. Un jus de musique enrobait la patronne qui avait toujours rêvé de faire du music-hall.

L’entame dégustée, galvanisé par ce premier paragraphe, le lecteur conquis ne peut que mettre la main au portefeuille, régler son achat à la caisse tenue pas une caissière blasée, et se rendre immédiatement chez lui afin prolonger le plaisir décoché par le démon de la lecture.

Pour parodier les Coco Girls, Roscoe Rasmussen pourrait chanter : Sénèque est too much ! Sauf que Rasmussen est inspecteur de police dans une ville des Etats-Unis, et que Sénèque est le surnom qu’un tueur, videur, éventreur, châtreur, découpeur de viande fraîche, s’est donné. Sénèque laisse un petit mot accroché à ses victimes, s’adressant personnellement et poliment à l’inspecteur, mais les cadavres eux ne sont pas beaux à voir. Rasmussen est donc impliqué dans cette enquête qui le déborde d’autant que sa vie familiale tombe en déliquescence. Sa femme Wanda a beau lui seriner quasiment tous les jours de réparer l’applique de la salle de bains, il oublie. Et l’odeur de ragoût de mouton qui flotte en permanence dans leur appartement l’indispose, de même que la moquette qui lui entortille les chevilles. Et… j’arrête là la liste de ses récriminations car tout autant que Rasmussen, cela me déprime.

Son supérieur le talonne, il veut des résultats. Et des résultats, il en a, grâce à deux flics abrutis (Je n’ai pas écrit qu’il s’agissait d’un pléonasme !) qui ont arrêté un individu se prenant pour le tueur. Et Fitzgerald, le patron, téléphone même à Rasmussen, le réveillant sans ménagement. La sonnerie du téléphone déchira le noir, les draps et la gueule de Rasmussen. Assis sur le rebord du lit, Roscoe n’en finissait pas de gratter ses dernières croûtes de sommeil. Désabusé par l’incompétence des agents et par leur suffisance, le soir même vers minuit, alors qu’il est encore sur son lieu de travail, il propose à la secrétaire chargée de taper les dépositions de sortir déguster une glace ensemble. Et ce qu’il n’avait jamais osé sauf en rêve, il soulage une libido défaillante en compagnie de sa compagne d’un soir sur les sièges arrières de sa De Soto, sans oublier d’étaler un plaid afin de ne pas tâcher le tissu. Dans un moment d’aberration il s’en vante auprès de sa femme qui s’en moque royalement (républicainement ?) car de son côté cela fait dix ans qu’elle profite des services d’un démarcheur d’encyclopédies. Elle le plaque sans préavis, mais cela ne change rien dans leurs habitudes : Ils faisaient chambre à part dans le même lit.

Jean-Paul Dubois délaisse peu à peu son personnage de Rasmussen pour se focaliser sur celui de Sénèque dont le lecteur apprendra incidemment au cours du récit la véritable identité. Nous entrons dans son intimité de tueur en série et découvrons pourquoi il s’acharne sur ses victimes et comment il les choisit. Cette pulsion meurtrière tire son origine d’une enfance chaotique. Un père indolent, entièrement sous la coupe de sa femme, une sœur malade, un autre frère insignifiant, une mère autoritaire, dictatrice, dominatrice, dénuée de sentiment maternel. Puis son placement dans un institut géré des religieux pervers.

Ce premier roman de Jean-Paul Dubois comporte quelques petites faiblesses et n’explique pas tout. L’auteur ne va pas au cœur du problème et il pèche légèrement par un manque d’explications. Par exemple comment Sénèque a-t-il été amené à connaître Rasmussen et pourquoi lui s’adresse-t-il à lui personnellement dans ses messages. Ainsi que d’autres éclaircissements qui auraient débroussaillé des zones d’ombre. L’épilogue pourrait se résumer par : Au bout de la vie, la mort, et la mort engendre la vie. Je n’en écris pas plus, pour comprendre cette phrase, il faut lire ce livre. Néanmoins il reste le plaisir de la lecture grâce à une écriture fantasque, vive, enjouée, malgré la cruauté du propos.

Jean-Paul DUBOIS : Compte-rendu analytique d’un sentiment désordonné. Collection Spécial Police N°1914. Editions Fleuve Noir. 192 pages. Décembre 1984.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 01/10/2019 16:26

Tu n'as donc pas récidivé avec l'auteur depuis.

Oncle Paul 01/10/2019 16:45

Non, pas encore eu l'occasion. Pas recherché non plus

Malika 28/04/2012 08:59

Je n'ai encore rien lu de cet auteur, j'ai pourtant "Une vie française" qui m'attend depuis un moment sur ma PAL !!

Oncle Paul 29/04/2012 18:51



Bonjouir Malika


C'était le premier que je lisais et si j'en trouve d'autres, je suis persuadé de me les procurer et les lire.


Merci pour de visite et à bientôt


 



Pierre FAVEROLLE 27/04/2012 21:38

Salut Paul, ça me fait énormément plaisir, ton article. Tu dis : il ne reste plus qu'à lire le livre, mais encore faut il le trouver ! Si seulement un éditeur pouvait ré-éditer ce roman ! Sinon,
son style semble être proche de son roman suivant (Tous les matins je me lève) que je te conseille pour les descriptions croustillantes (ce n'est pas un polar). D'ailleurs tu peux lire l'avis de
Gridou. Sinon, il y a Maria est morte, à l'ambiance kafaienne qui est très noir. Merci pour cet article. Amitiés

Oncle Paul 29/04/2012 18:50



Bonjour Pierre


Faudrait-il encore que Jean-Paul Dubois  souhaite cette réédition ! Maintenant que j'ai goûté à un Dubois, je sens que je vais m'en procurer un fagot


Amitiés



Claude LE NOCHER 27/04/2012 17:26

Salut Paul
J'avoue ne pas du tout me souvenir de ce roman, que je ne dois pas avouer dans ma collection.
Amitiés.

Oncle Paul 29/04/2012 18:48



Bonjour Claude


Pourtant c'est un bon petit roman. Il est vrai que dans les années 80, le tirage du Fleuve Noir n'était plus celui des années 60, et de loin. Donc on trouve moins facilement les ouvrages en
occasion. Dommage. J'espère que tu le dégottera un jour, ne serait-ce que pour compléter ta collection.


Amitiés



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  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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