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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 09:45

Dans le port d’Ambernave, y’a des marins qui…

 

ambernave.jpg


Dans le port d'Ambernave la terreur règne. Un croquemitaine sévit la nuit, décimant au hasard hommes, femmes, enfants. Mais Patte Folle n'en a cure malgré les recommandations de deux policiers qui effectuent leur ronde sur les quais, parmi les entrepôts. Patte Folle doit son surnom à une claudication provoquée par un accident, lorsqu'il était docker et s'appelait encore Emile. Depuis il cuve son vin, vivant chichement d'une maigre pension, vivant dans une maison délabrée. Sa maison, seul vestige de son passé.

Des colleurs d'affiches d'une énième campagne électorale le prennent en chasse et il se réfugie dans un hangar où il découvre un géant amorphe, muet, probablement étranger, soldat ou déserteur américain. Seuls les jappements d'un chiot qu'il a adopté sortent le zombi de sa léthargie. Emile héberge l'inconnu, lui apprend les rudiments du quotidien. Ouvrir une boîte de lait, par exemple. Il cherche à percer l'identité de son invité et en désespoir de cause le baptise Jo. Il lui faut rogner sur sa pension, chouraver plus de boîtes de conserves dans les supermarchés de la ville, au risque de se retrouver en tôle.

Pourquoi Emile s'est-il entiché de ce géant ? Par humanisme devant une déchéance plus profonde que la sienne ? Par compassion ? Toutes bonnes raisons mais surtout parce qu'il retrouve dans ce couple qu'il forme avec Jo‚ les protagonistes d'un roman qu'il traîne à longueur de journées et de nuit dans les poches de son manteau. Il est Georges et Jo‚ devient Lennie. Deux échappés du chef d'œuvre de Steinbeck, Une souris et des hommes, un livre qu'il connaissait par cœur avant que l'alcool n'embrume son cerveau.

 

Avec Ambernave, Jean Hugues Oppel retrouve dans son prologue le lyrisme qu'il avait déployé dans Piranha Matador. Et ces pages, empreintes de la chanson de Jacques Brel Amsterdam, vaudraient à elles seules la lecture de ce livre. Un roman dans lequel l'ode à l'amitié est le véritable moteur de l'histoire. Une amitié offerte sans calcul, sans espoir de retour et de bénéfice quelconque, sans égoïsme. Emile prend sous sa coupe, lui qui est devenu un rebut de la société, un être tombé encore plus bas que lui. Mais il ne réclame rien. Juste une présence à qui il peut offrir un maigre réconfort. Un roman qui est édité dans le cadre d'une collection noire, donc pour beaucoup de lecteurs potentiels restrictive, mais qui mériterait une plus large diffusion.


Du même auteur lire : French tabloïd et Chaton : trilogie.


Jean Hugues OPPEL : Ambernave. Rivages Noir N° 204. Février 1995. 272 pages. 8,15€.

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commentaires

L
Roman noir ! Roman triste ! Comme les chansons de celui qui repose aux Marquises.<br /> Le Papou
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O
<br /> <br /> Il est vrai mais Jacques Brel avait aussi des chansons gaies ou plutôt douces-amères comme les Flamandes ou le Moribond<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />
A
Ca y est, maintenant j'ai la chanson dans la tête. Mais il y a pire, il est vrai.
Répondre
O
<br /> <br /> Laquelle Alex ?<br /> <br /> <br /> Dans le port ... ou l'autre que j'ai évoquée dans un commentaire ?<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
J
Peut-être un des meilleurs Oppel, si tant est qu'on puisse en détacher un de l'ensemble de l'oeuvre.<br /> Oppel est un auteur important dont il est indispensable de causer...<br /> Et Oncle Paul le fait si bien !<br /> Amicalement.
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O
<br /> <br /> Bonjour Jérôme<br /> <br /> <br /> Tout est bon en Oppel, il n'y a rien à jeter comme chantait approximativement Georges Brassens...<br /> <br /> <br /> Mais j'ai quand même de petites préférences comme les ouvrages que j'ai mis en ligne et Brocéliande sur Marne que je mettrai bientôt<br /> <br /> <br /> Merci<br /> <br /> <br /> Amicalement<br /> <br /> <br /> <br />

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