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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 16:17

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Fils spirituel de Rouletabille, le personnage chéri (bibi) de Gaston Leroux, Raoul Signoret de Jean Contrucci honore la profession de journaliste-reporter au Petit Provençal de Marseille. Sa Bonne Mère à lui, ce pourrait être son oncle Baruteau, chef de la Sûreté phocéenne, qui, lorsqu’un événement criminel se produit, ne manque pas d’en informer son neveu unique et préféré afin de damner le pion aux autres pisse copies et confrères de Raoul, mais également de pouvoir compter sur ses facultés d’enquêteur, par maintes fois éprouvées. En ce début du mois d’avril 1907, Eugène Baruteau est d’une humeur de chien. Le président du conseil et ministre de l’Intérieur, Georges Clemenceau alias le Tigre, a promis d’augmenter les effectifs de police ainsi qu’une enveloppe supplémentaire à condition que les résultats soient probants, et que tous les planqués justifient leur rémunération. Ce qui n’est pas gagné d’avance, d’autant qu’une promesse, ce n’est qu’une promesse qui peut vite être enterrée. L’intrusion de Raoul Signoret dans son antre adoucit quelque peu ses propos d’autant qu’une affaire toute chaude vient d’être déposée sur son bureau.

Un jeune garçon, un peu benêt, se rendant de nuit au travail, a cru voir un fantôme acagnardé à un mur et deux hommes s’enfuir. Une version corroborée par des témoins mais il s’avère que le fantôme n’est que le cadavre d’un homme enveloppé dans une sorte de voile blanc. Mais ce n’est pas un cadavre normal. Son abdomen a été recousu, ses cheveux ont été rasés en partie et il porte des traces de scarifications. De plus l’autopsie décèle l’ablation d’une partie du foie. Une enquête rapide et quelques renseignements fournis par des prostituées permettent de mettre un nom sur cette dépouille. Il s’agirait d’un soi-disant guérisseur qui se fait appeler Cléophas, surnommé également l’Empirique. Il exerçait ses activités médicales selon un rite particulier, à l’aide de sang humain, le sien d’après les racontars, et des prélèvements pileux, et suivant ses patients il se montrait altruiste ou fortement intéressé par des dons de bijoux et autres babioles de valeur. Quelqu’un en définitive de guère recommandable ce qui n’empêche pas Raoul de s’interroger sur les motivations de l’assassin. D’autant que la mère maquerelle des prostituées en question et deux filles de joie se font trucider comme par hasard. Du pain sur la planche pour Raoul qui tombe de Charybde en Scylla ou plutôt de Massalia en Phrygie. Heureusement il trouve en Tino, un camarade d’enfance perdu de vue depuis des années devenu plombier-zingueur, ainsi qu’avec Néné le coiffeur, des assistants précieux pour mener à bien cette enquête.

Si l’histoire, inspirée d’un événement réel mais non élucidé, est prenante, ce sont les petits à-côtés qui en donnent la saveur. Si dans ses précédents ouvrages Jean Contrucci, par le biais de dialogues entre deux personnages d’opinions totalement différentes ce qui lui permet de rester en retrait tout en faisant un clin d’œil au lecteur, nous invitait à réfléchir sur les “ bienfaits ” de la colonisation ou la charité chrétienne, à savoir qui de l’athée, de l’agnostique ou du croyant limite bigot, du socialiste et de l’homme de droite, pratique le mieux la philanthropie.

Dans cet ouvrage Jean Contrucci aborde les thèmes de la ségrégation, de l’ostracisme, du racisme. Ainsi pages 164 et 165, Raoul dit à Thomas, jeune garçon d’origine allemande qu’il a recueilli et a été en butte aux malveillances notamment d’un enseignant : “ Si tu disais d’où tu viens, tu serais bientôt confronté à la malignité de ceux qui préfèrent rabaisser les autres  plutôt qu’avoir à prouver qu’ils sont meilleurs qu’eux. Il y aurait toujours quelqu’un pour te traiter de “ sale Boche ” en oubliant que son père, on lui disait peut-être “ sale Babi (Italien) ”, “ sale Bicot ” ou “ Arménien, tête de chien ”. Je ne veux pas que le garçon qui porte mon nom, et que je considère comme mon fils, soit malheureux à cause de ça. Il faut être plus intelligent qu’eux, mon Thomas. Ne pas entrer dans leur jeu, surtout, ils il ne demandent pas mieux. Tu leur donnerais des raisons de te haïr. Comme tu ne peux pas empêcher la sottise universelle de gangrener les têtes, il faut te protéger ”. Mais ce n’est pas le seul exemple que j’aurais pu extraire de ce roman qui se révèle humaniste sans tomber dans la leçon de morale exagérée et démagogique.

Jean CONTRUCCI : Le vampire de la rue des Pistoles. Le Livre de Poche, collection Policier/Thriller. 480 pages. 7,10€.

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commentaires

zazy 12/07/2012 13:53

Je ne connais pas du tout !!!! à découvrir

Oncle Paul 12/07/2012 17:01



A découvrir, surtout si tu aimes l'Histoire et les belles histoires !


Amitiés



Le Papou 10/07/2012 14:58

Marseille au début du 20ème siècle, ça peut être intéressant, même si je ne connais pas la cité phocéenne,
Noté et merci.

le Papou

Oncle Paul 10/07/2012 15:02



Moi non plus, juste un petit passage de quelques heures. Mais découvrir des villes, qui ont bien changé en cent ans et plus, c'est toujours un plaisir. Tout comme le Paris reconstitué de Claude
Izner aux éditions 10/18. Et on voit les changements effectués pour ceux qui connaissent plus ou moins la ville. C'est un peu comme relire Les Nouveaux mystères de Paris de Léo Malet


Amitiés



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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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