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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 14:55

Et dire qu’il y en a qui se ruinent en cures de rajeunissement onéreuses !

 

roi-soleil.jpg


Le roman de cape et d’épée, fort prisé dans la seconde moitié du XIXème siècle et au début du XXème, a connu quelques sursaut dans les années 1950-1970. Passé de mode pensions-nous. En réalité ce genre littéraire est toujours vivace, car parmi les romans policiers historiques, bon nombre de romans de cape et d’épée pourraient y être apparentés.

Ce genre que l’on pensait moribond vit de beaux jours, après avoir changé de peau, avoir mué, sous la plume de quelques auteurs qui savent transmettre la fougue des Dumas et consorts, se montrant leurs dignes fils spirituels tout en adoptant la rigueur historique.

Jean Contrucci abandonnant (momentanément ?) son journaliste marseillais émule de Rouletabille, campe un nouveau personnage que l’on aimerait retrouver dans d’autres aventures. Cela est-il prévu, je n’en sais rien pour le moment, mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs et procédons à la présentation de ce héros.

Guillaume de Montmirail est venu à Marseille assister au départ de son frère aîné à bord d’une galère pour une traversée inaugurale qui doit l’emmener jusqu’en Syrie, à Tripoli. Pas comme galérien mais comme capitaine en second. Guillaume est âgé d’à peine vingt ans, et après bien des aléas, il envisage la vie avec sérénité. Dans les petites ruelles malfamées de la cité phocéenne, il avance tranquillement, imperturbable. Il ne connait pas la ville et est un peu perdu dans le dédale des venelles alors qu’il veut rejoindre sa chambre de location. Soudain il est agressé par quatre malandrins guidés par un chef portant masque d’Arlequin. Il se trouve en mauvaise posture, malgré ses qualités de bretteurs, lorsque surgit opportunément un marin qui se range à ses côtés. Les spadassins n’ont plus qu’à déserter l’arène. Toutefois Guillaume a été touché dans l’algarade.

Lou Rousset, de son vrai nom Jean-Baptiste Amourdedieu, patronyme à lui donné car c’est un enfant abandonné, lui propose de l’emmener chez son mentor Philippe d’Orseul. Celui-ci est négociant mais surtout il est dans les étoiles. Il passe ses nuits à contempler les astres, en astronome amateur mais avisé qu’il est. Lou Rousset et Guillaume sont accueillis par la fille de la maison, Constance, dix-sept printemps. Lou Rousset est inquiet, et demande à Constance si elle est réveillée. Au grand étonnement de Guillaume qui apprend bientôt que la jeune fille possède la particularité d’être somnambule. Après quelques soins, Guillaume fait la connaissance de l’astronome. Un lien de sympathie relie peu après toutes ces personnes. Toutes ? Pas tout à fait car entre Constance et Guillaume nait un autre sentiment, plus profond. Guillaume, s’il connait les choses de l’amour, il a eu les faveurs de quelques maitresses lors de son séjour à la cour, dont celles de Diane de Cabrières, une jeune courtisane et favorite intermédiaire du roi Louis XIV n’a point encore été transporté par ce noble sentiment.

Lou Rousset lui présente Piero Orsini, un corailleur, et tous deux lui font visiter le port et la ville. Seulement la cité est en effervescence. Les bourgeois et les simples citoyens sont mécontents. Un consul nommé par le roi doit remplacer l’actuel, un parachutage (le mot n’existait pas à l’époque, mais la façon de procéder était la même) ce qui énerve le bon peuple à la tête duquel s’élève Gaspard de Glandevès, sieur de Nozielles. Ce gentilhomme provençal, véritable hercule, devient rapidement le meneur de ce qui a été appelé la Fronde marseillaise. Lors des manifestations de rues, Guillaume et ses nouveaux amis participent activement à l’insurrection, surtout Lou Rousset et son compère. Pendant une de ces émeutes, alors qu’ils sont coincés dans la foule, Constance est enlevée. Commence alors pour Guillaume une course poursuite pour retrouver celle qu’il considère comme sa fiancée putative.

Constance a été emmenée par ses ravisseurs jusqu’en Camargue, enfermée dans une vieille bâtisse. Elle parvient à s’échapper, tuant au passage l’un de ceux qui l’ont enlevée grâce à un objet qu’elle s’est fabriqué dans sa geôle. On notera au passage que les bustiers qui comprimaient le torse des jeunes femmes afin de les rendre plus minces et leur poitrine plus avenante peuvent se révéler fort utile dans certains cas. Au cours de son échappée, elle s’évanouit et est récupérée par une troupe de saltimbanques. Seulement elle a perdu l’usage de la parole.


Pourquoi ces malandrins ont-ils tentés d’assassiner Guillaume, le pourchassant impitoyablement, perpétrant un enlèvement le touchant dans son cœur ? Le motif est à chercher dans son enfance lorsqu’il a assisté, alors qu’il n’avait que dix ans, à un assassinat au cours d’un carnaval dans les rues d’Aix. Or l’un des meurtriers avait perdu son masque au cours de l’échauffourée et Guillaume avait aperçu son visage.


De juin 1659 jusqu’en mars 1660, la ville de Marseille a effectivement vécu les événements décrits dans le roman. Jean Contrucci a inséré une histoire de cape et d’épée et d’amour dans un contexte historique avec verve et rigueur. L’on retrouve certains des thèmes chers aux romanciers qui œuvraient dans ce genre littéraire, avec l’origine d’une vengeance remontant à quelques années avant le début de l’intrigue décrite, les chevauchées épiques, l’enlèvement d’une jeune fille, des femmes fatales, les spadassins masqués, les multiples rebondissements inhérents à ce genre d’histoire, des chassés-croisés et des personnages qui interfèrent pour le plus grand bonheur des lecteurs. On pourra par exemple mettre en parallèle le sauvetage de Constance (tiens, comme le prénom de madame Bonacieux dans les Trois Mousquetaires de Dumas) puis son adoption par des saltimbanques, ce qui lui permet de voyager incognito et de participer comme artiste de cirque, tout comme le fait Scaramouche dans le roman éponyme de Rafael Sabatini.


Cette Fronde marseillaise est un épisode de l’histoire de France aujourd’hui oublié, occulté des manuels scolaires. Pourtant, que d’enseignements les hommes politiques pourraient en tirer.

A Guillaume de Montmirail qui s’exclame : Mais enfin monsieur, m’expliquerez-vous ce qui se passe dans cette ville étrange pour mettre les gens en pareilles transes ? C’est à n’y rien comprendre ! Pourquoi le peuple de Marseille veut-il chasser les consuls que le Roi lui a donnés ? N’œuvrent-ils pas pour le plus grand bien de la cité ?

Philippe d’Orseul répond : Sans doute, mais là n’est pas la question. Vous avez dit le mot : ces consuls, le Roi les a donnés aux Marseillais. Autrement dit, imposés. Ils ne les ont pas choisis. C’est là leur moindre défaut. Cela est reçu comme une atteinte aux franchises dont Marseille bénéficie depuis des siècles. Cette ville entend s’administrer comme bon lui semble, avec des gens du cru, exclusivement. Cet échange pourrait alimenter de nombreux débats dans la vie politique actuelle, alors que des instances parisiennes veulent imposer aux électeurs des têtes de liste dont ils n’ont que faire. Mais ceci nous entraîne hors sujet.


C’est cet harmonieux mélange entre réalité et fiction qui prédomine et qui entraine le lecteur dans des aventures dont le peuple marseillais est le héros malheureux, volant presque la vedette aux personnages imaginés pour la bonne cause et aux protagonistes réels indélicats. Pas tous quand même. Ils ne sont pas tous à plonger dans le même sac à rebuts. La grandeur d’âme côtoie la noirceur d’esprit. A noter la figure ambivalente de Mazarin qui est bibliophile, une qualité à lui accorder.

Une lecture qui m’a ramené plus de cinquante ans en arrière, lorsque je lisais assidûment les romans signés Dumas, Féval père et fils, encore Zevaco et leurs épigones.


Jean CONTRUCCI : La vengeance du Roi-Soleil. Editions Jean-Claude Lattès. 448 pages. 17,50€.

 

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commentaires

Lystig 18/03/2013 21:49

;)

Oncle Paul 19/03/2013 11:07



J'avais pensé aussi à Bouffon Tripatouilleur mais sûrement pas à Brave Type...



alain30 18/03/2013 10:17

Bonjour,
Cela me donne envie de le lire. J'ai lu avec plaisir toutes les aventures de Signoret qui nous fait découvrir un Marseille et une Provence oubliée. par contre d'aprés ses derniers entretiens j'ai
bien peur qu'il n'en écrive plus sur le journaliste,

Oncle Paul 18/03/2013 14:14



Bonjour


C'est dommage pour Signoret, je m'y étais habitué et j'ailais le retrouver. Mais il faut bien qu'un romancier change de personnage un jour et peut-être aurons-nous droit à quelques suites 
avec Guilaume de Montmirail


Bien à vous



Lystig 17/03/2013 17:51

je n'aurai jamais pensé beau ténébreux... tous les goûts sontdans la nature !
et en outre, il préfère un journal concurrent à celui qu'il a acheté !!!!!!!!!!

Oncle Paul 18/03/2013 08:31



Et bellâtre teigneux te convient mieux ?



Lystig 17/03/2013 17:31

mais qui est-ce donc ???!!!!!!!!!!!!!
;)

Lystig 17/03/2013 17:31

mais qui est-ce donc ???????!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
;)

Oncle Paul 17/03/2013 17:40



B. T. comme beau ténébreux...



Le Papou 17/03/2013 17:10

Ça ressemble à du Parot avec son Nicolas Le Floch.

Le Papou

Oncle Paul 17/03/2013 17:40



A ma grande honte je n'ai pas encore lu Parot....



Lystig 17/03/2013 10:43

un bon auteur
à propos, les rues Monte-Christo, Abbé Faria et Edmond Dantès existent à Marseille

Oncle Paul 17/03/2013 12:05



Bonjour Lystig. Que certaines rues empruntent leurs noms à des personnages de fiction évoluant dans la cité ou ayant un rapport direct avec Marseille me semble logique, normal et même respectueux
envers un auteur qui a su mettre cette ville en valeur. Pas comme certains personnages politiques ou guignols (ou les deux à la fois) qui en donnent une mauvaise image. Par exemple le chasseur
d'entreprises à 1 franc (c'était le prix à l'époque dans les années 80) qui se reconvertit sur les planches et patron de journal. Mais bon c'est hors sujet


Amitiés



renée BOnneau 16/03/2013 22:33

Ce roman est un régal! On apprend des tas de choses sur cette période du règne de LOuis XIV, la vie marseillaise, les galères( trois pages d'anthologie) sans que jamais ces informations ne
deviennent pesantes,( risque du roman historique) tant elle sont habilement intégrées au récit.ON souhaite évidemment de nouvelles aventures au héros..et quelle belle série télévisée ce serait!

Oncle Paul 17/03/2013 12:01



Bonjour Renée


Quel plaisir de vous retrouver


Effectivement on apprend un tas de choses sur cette période et les scènes que vous citez ne prennent que peu de place dans l'intrigue. Elles sont concises et n'alourdissent pas le récit et
montrent en quelques lignes la vie des galériens par exemple. J'aurais pu le signaler comme j'aurais pu signaler également que votre nom apparait furtivement dans ce roman (page 342). Mais je
trouvais mon article déjà assez copieux. J'ai du mal à écrire sur écran, et je pense qu'il en est de même pour tous. Et c'est pour cela que j'ai changé, agrandi  la police de caractère, car
bien souvent sur les blogs celle-ci est trop petite et j'ai du mal à lire les articles. C'est dommage !


A quand votre prochain ouvrage ?


Bien à vous



zazy 16/03/2013 20:05

En cherchant sur le site de la bibliothèque, j'ai pu voir que cet auteur a écrit plusieurs livres se déroulant fin 19 ou début 20ème siècle. Le roi-soleil n'est pas répertorié.

Oncle Paul 17/03/2013 11:54



Bonjour Zazy


Effectivement une dizaine de romans mettant en scène Raoul SIgnoret, journaliste à Marseille, dont l'oncle est commissaire de police. Les personnages évolent au fil des enquêtes, variées et
diverses et sont fort intéressantes. Je crois en avoir mis quelques titres sur le blog mais je vais vérifer et les remettre le cas échéant.


Amitiés



zazy 16/03/2013 18:15

Alors là, je note !!!! tu me donnes envie en tout bien tout honneur (voir message précédent)

Oncle Paul 16/03/2013 18:39



Un roman fort joliment troussé... cela dit sans rapport (hum) avec le message précédent



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