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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 15:30

Un Loupo loupiot pas loupé passé à la loupe...

 

loupo.jpg


Vous prenez un quart d'Auguste Le Breton, cuvée Les Hauts-murs, un quart de Léo Malet période La vie est dégueulasse, un quart d'André Héléna façon Les compagnons du destin, un dernier quart de José Giovani, vous ajoutez quelques pépites d'argot des cités, vous agitez, vous laissez reposer, vous saupoudrez d'une pointe de Bobby Lapointe, et vous pouvez déguster en égoïste le nouveau JOB, tranquillement installé dans votre fauteuil.

Il ne faut pas s'étonner si Loupo vit renfermé dans un studio au dernier étage d'un immeuble parisien près de la Nation. S'il entasse ses affaires, des armes, des sacs bourrés de billets qu'il a aménagé pour s'en faire un fauteuil, dans un placard dont les deux portes sont continuellement ouvertes. S'il dort toujours habillé, un flingue à portée de la main. S'il rêve, ou plutôt cauchemarde les nuits. Tout petit il avait pris l'habitude de rester des heures enfermé dans un cagibi tandis que son père, mais était-ce vraiment son géniteur, répandait violemment son fiel courroucé sur sa mère, en ne ménageant pas sa voix, ses cris, ses éructations. A quatre ans il s'est échappé et retrouvé dans un commissariat. Comprenant ses déboires, l'administration l'a placé dans un orphelinat puis dans un centre de détention. Il s'y est fait des amis, des potes qu'il voit toujours, Kangoo, Le Chat et deux autres qui lui rendent service de temps à autre.

Loupo est devenu un petit braqueur, aidé en cela par Kangoo qui l'emmène sur les lieux du hold-up en moto, et qui surveille la rue tandis que Loupo ramasse l'argent. Une banque, une poste, un cinéma, Loupo ne se pique pas d'ostracisme, tout lui convient. Il arrive toujours avec une arme à la main, tire un coup en l'air, peut-être pour conjurer le sort, car il se souvient toujours d'un braquage qui s'est mal terminé, à ses débuts.

Ce jour là il est réveillé en sursaut par Kangoo, car ils doivent peaufiner le prochain hold-up, toujours proposé par Le Chat qui travaille dans les assurances et leur fournit une liste des coups possibles. La dernière fois, c'était au Gaumont Italie, un cinéma. La guichetière, une jeune femme fort avenante, lui avait souri, et sous une impulsion qu'il n'a pu contrôler, il y est retourné, il a pris un ticket pour voir Mauvais sang, la rouquine derrière sa vitre l'a reconnu, pourtant il n'avait plus son casque de motard, et elle lui a donné rendez-vous à la fin de la projection. Elle est belle. Il est timide, alors il n'a pas osé la raccompagner jusqu'au bout.

Le lendemain comme prévu départ pour la banque où le hold-up doit avoir lieu. Bizarrement un vigile est à l'entrée, ce qui n'était pas prévu. Tant pis. Tandis que Kangoo attend dehors, la moto prête à démarrer - chapeau les roues ! - Loupo se dirige vers le guichet et comme à son habitude, afin de bien montrer sa détermination, il tire un coup de feu vers un panneau. Erreur, un gamin jouait derrière, sérieusement blessé, peut-être mortellement atteint. Tout en ordonnant d'appeler une ambulance, il veut quand même récupérer l'argent escompté, mais le directeur de l'agence lui signifie que les coffres ne contiennent rien, ou presque, ayant été averti du hold-up. Double coup sur la tête pour Loupo qui s'enfuit en compagnie de Kangoo.

Il rentre chez lui complètement démantibulé, effondré, ne sachant que faire. Sur son palier la gamine, pas bête, l'attend. Elle l'a suivi la veille et elle sait où il habite, alors ils entrent dans le studio, puis... Permettez-moi de ne pas vous déflorer tous les détails mais de revenir à nos moutons, le braquage loupé. J'allais oublier, elle s'appelle Nora.

Loupo est furieux. D'abord un gamin sur la conscience, ensuite il est persuadé qu'il a été dénoncé, mais par qui c'est ce qu'il doit découvrir. Et puis normalement Le coup, celui qui est prévu prochainement, le dernier, il lui faut le réaliser. Pour cela il a besoin d'un lance-roquette. Une bande des cités pourrait éventuellement le lui fournir, mais ils ne sont pas clairs. Loupo s'y rend, quand même, avec Kangoo, et des armes de poing efficaces. Tellement efficaces qu'elles vont cracher la mort. Il ne faut pas s'en prendre à ses amis, et le meneur de la cité a froissé Le Chat dans sa vie privée. Loupo sait aussi qui l'a trahit, comment et pourquoi, et le voilà lancé sur la piste d'un vieux à l'oreille déchiquetée qui n'est pas sorti d'un roman d'Edmond About. C'est plutôt lui qui le serait à bout...

 

Bien installé sur le siège arrière de la moto, avec Loupo aux commandes, ou JOB, je ne sais plus trop car tout c'est déroulé si vite, je me suis payé une virée qui restera marquée dans mes annales de lecteur. A fond la caisse, limitation de vitesse bafouée; nous avons franchi allègrement la ligne jaune de la légalité, roulant à contresens, défiant les voitures de flics lancées à nos trousses, empruntant des chemins de traverse, nous baladant même sur des toits parisiens glissants, mais pas avec la moto, à pied, je précise au cas où, attention à la chute, et lorsque le voyage s'est terminé, je me suis demandé si je ne venais pas de vivre un rêve et avais vécu toutes ces tribulations par procuration. A peine remis de ces aventures, encore tremblotant, je vous livre les sensations ressenties et vous invite à les partager. Et encore, je ne vous ai pas tout dévoilé !

Au fait j'ai évoqué plus haut Bobby Lapointe. Vous vous demandez peut-être pourquoi. Tout simplement à cause de ce genre de phrase :

Mon premier coup, frac pour le fric, fric-frac et braque la banque. Un branque, ouais, à l'époque....


Jacques-Olivier BOSCO : Loupo. Jigal Polar, éditions Jigal. Parution septembre 2013. 200pages. 16,80€.

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commentaires

J
Oui tu as raison, ça ne coûte rien de rendre à Cesar ce qui est à Cesar, c'est ta faute aussi, tes formules sont tellement justes :-) encore un manque de valeur de la part du journaliste, et tu
sais que j'y tiens. A bientôt, bien sur, j'ai l'écriture dans le sang et encore plein de chose à raconter.
JOB
JOB
Répondre
O


Merci JOB, la prochaine fois, j'essaierai d'être plus sobre, quoique ce ne soit pas dansma nature !


Amicalement et à bientôt



J
Très heureux de t'avoir fait vibrer et merci pour les hommages, je te savais aussi fan d'Hélena et pour Auguste, j'aurai cité " La loi des rues", une belle histoire de "mistoufle" et d'amitié.
Quand à tes mots sur Et la mort..., tu remarqueras (sur le site JIGAL) que l'éditeur s'en est servi comme fer de lance de la promo et de la description du livre pour LOUPO,une fierté pour moi,
alors encore merci pour ta "vista", ta culture et ton amour du polar et du noir (notemment français)et ton ouverture en ce sens, tu permets au progrés et au plaisir de l'écriture d'essayer
d'avancer.
JOB
Répondre
O


Bonjour JOB, si je puis me permettre...


Effectivement j'aurais pu citer La loi des rues, qui est la suite, si mes souvenirs sont bons des Hauts murs.


Oui, j'ai vu en quatrième de couverture cette référence avec mon nom   mais ce que je regrettais et l'ai plus ou
moins écrit à un visiteur c'est qu'un journaliste emprunte quelque peu ma formule sans en indiquer l'auteur. Mais ce n'est pas grave, le principal étant que cette formulation fasse mouche et
permette de donner plus de visibilité à un roman.


Oui, j'aime le polar et principalement français, et comme je suis un grand lecteur je suis comblé. Alors, à la prochaine ?



A
Il m'attend dans ma PAL. Sagement, pour le moment.
Répondre
O


Et il ne commence pas à piaffer d'impatience ?


 



P
Salut Paul, je me permets de te féliciter pour m'avoir donné envie de le lire tout de suite ... je le lis ce week end ! Amitiés
Répondre
O


Merci Pierre


C'est vrai, je me suis amusé à écrire mon article tout comme je me suis bien amusé aussi pour Sacré Noël... Et à bientôt


Amitiés



Y
Bonjour Paul
Du rapide, de l'efficace, du langage à l'avenant. Du Bosco quoi ! Un polar qui ne nous prend pas trop le chou et qui fonce. Excellent.
Amicalement,
Répondre
O


C'est vrai Yv et je me suis régalé à écrire cette chronique. Je ne sais pas si certains reprendons queques extraits de cette chronique pour s'en accaparer, comme je l'ai vu pour ce roman et qui
ont été pioché dans Et la mort se lèvera. D'ailleur Jimmy Gallier a mis en quatrième de couverture de Loupo un extrait... Merci à lui !


Amitiés



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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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