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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 08:09

Le 26 mai 2011 Pierre-Alain Mesplède nous quittait. Un entretien en forme d'hommage.

PAM-Cognac-2007-copie-1.jpg

 

Les amateurs de littérature policière, qui comme moi ont fréquenté les salons et festivals comme Reims, Grenoble, Saint-Nazaire, Le Mans, se souviendront de Pierre-Alain comme de quelqu’un de charmant, jovial, convivial, consensuel (mais c’est une marque de fabrique des Mesplède), fin conteur, disert dans la narration d’anecdotes, de son rire, de ses interprétations musicales comme sa chanson fétiche Volver, de ses imitations de Jacques Dufilho. Pierre-Alain, né le 12 octobre 1943 à Rochefort-sur-Mer, s’est éteint le 26 mai, d’un cancer. Nous avions toujours plaisir à nous rencontrer, même si ces dernières années, nous ne nous voyons plus guère, mais nous communiquions toutefois par téléphone de temps à autre. En modeste hommage je vous propose un entretien réalisé au Mans en 1995 lors de la parution de son premier roman : Les trottoirs de Belgrano, qui fut adapté au cinéma par Jean-Pierre Mocky en 2005 sous le titre de Grabuge. D’autres titres suivirent que je vous présente ici, mais nos conversations, nos confidences, notre amitié, je me les réserves, par pudeur et en mémoire de Pierre-Alain. Je me permets juste de vous proposer un entretien qu’il m’avait accordé au Mans en 1995, publié dans la Tête en Noire en n°58 et que je vous propose ci-dessous.

 

trottoirs-Belgrano.jpgPierre-Alain nous entraîne dans des lieux inusités pour un roman noir, celui du tango. Le titre de son livre "Les trottoirs de Belgrano" (Série Noire N° 2393).


- Comme tout entretien qui se respecte nous débuterons par une petite biographie, du genre qui est Pierre-Alain Mesplède, où va-t-il, que fait-il, etc ...:

- Je suis né le 12 octobre 1943. J'insiste sur la date du 12 octobre parce que, pour ceux qui ne le savent pas, il y a quelques 500 ans c'était la découverte de l'Amérique. C'est un jour férié dans tous les pays de langue espagnole, aussi j'étais prédestiné à m'intéresser à tout ce qui a trait à l'Amérique du sud, à la langue espagnole, etc. Je pense que c'est important dans une vie. Je ne me suis pas intéressé qu'à l'Espagne. J'ai fait un parcours classique et je suis inspecteur des impôts.

- Ton héros travaille au ministère de l'Intérieur et plus principalement dans le service des cartes de séjour. As-tu eu des contacts avec ce service ou est-ce inopiné ?

- Non, je n'ai pas eu de contact. En fait je voulais écrire, ce que j'ai donc fait, mais je me sentais mal à l'aise pour décrire un flic. Et si un flic intervient, c'est incidemment et pas du tout dans le cadre de son fonctionnement technique, parce que je ne sais pas comment cela se passe. J'ai donc créé un personnage qui n'a rien à voir mais qui possède assez de liens avec le ministère de l'Intérieur pour que le flic le considère comme un collègue et lui fasse confiance. C'est donc un petit plaisir que je me suis fait mais également une nécessité parce que je ne me voyais pas raconter des bêtises sur la procédure et des choses comme ça.

- C'est un faux flic mais il reste le personnage principal. Il devient enquêteur, en marge peut-être, mais il est l'enquêteur primordial ?

- Oui... Mais disons que les évènements qui lui arrivent ou les personnages qu'il rencontre ne sont pas forcément compatibles avec la vie d'un flic dans le cadre de son métier. Pour diverses raisons. Il se met en vacances, il se débrouille, il a des horaires fous et il peut se balader un peu partout. Alors qu'un flic dans le cadre de son enquête ... J'imagine comme tout le monde qu'il a un rythme d'enfer - d'ailleurs le mien fonctionne au café, il ne dort pas, il est toujours appelé parce qu'il n'a pas que cette affaire à régler. Donc cela me donnait la facilité de laisser mon héros se balader, de faire une sorte de quête. De plus il désire quitter l'administration car cela ne lui plaît plus du tout, il veut s'installer ailleurs, être dans un milieu plus convivial. Dans un restaurant par exemple car il aime les contacts. C'est donc une personne de contacts et de boissons, l'un n'étant pas étranger à l'autre, et ça permet, ce qui était mon envie, de décrire ce qui se passe dans la vie. Parce que dans un polar, ou dans la vie, un quidam ne débute pas son enquête un quart d'heure après s'être levé et ne la résout pas un quart d'heure avant de se coucher. Il a un trajet, il rencontre des gens, des familiers, la sœur ou la copine viennent le voir, etc., et c'est tout ça qui est intéressant. Il ne se consacre pas uniquement à l'enquête et mon idée de base était de le voir évoluer dans un décor normal.

 - Est-ce un livre intimiste ?

 - Hum ... Question délicate ... Intimiste, je ne sais pas. C'est à dire que,PAM2-copie-1.jpg si je comprends bien la question un livre intimiste fait appel à l'intimité de celui qui l'a écrit, effectivement c'est un livre qui peut se ranger dans cette catégorie. Les gens qui me connaissent savent évidemment que le personnage est très inspiré de moi. Les faits que j'ai racontés, sauf les meurtres qui sont totalement inventés de même que les trafics, sont des faits que j'ai rencontrés tous les jours à l'époque. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, je n'ai pas beaucoup d'imagination, mais pas mal de mémoire et de sens de l'observation. Donc j'ai décrit ou je me suis inspiré de ce que je connaissais. En ce sens on peut dire en effet que c'est un livre intimiste. Il sort vraiment de moi, ce n'est pas une invention totale.

 - En lisant ce livre, on ne peut s'empêcher de penser que ce roman est daté. Je m'explique. Un passage évoque une élection présidentielle et tu mets en scène Lajoinie. Cette histoire ne se passe donc pas en 95 mais en 88. Ce livre a-t-il traîné dans des tiroirs et n'aurait-il pas du être actualisé ?

  - Oui. En fait cela fait deux questions, même trois. La première, effectivement, ce livre est daté. Il est daté parce que je l'ai écrit en 88, au moment des présidentielles. Je voudrais ajouter qu'il existe d'autres références. A un certain moment quelqu'un parle des 20 ans du 13 mai. Tout le monde ne le sait pas, mais ceux qui ont vécu ces événements les situeront aisément. Donc je l'ai écrit à l'époque et en ce sens il est daté. Ensuite, c'est vrai qu'il a traîné dans un tiroir parce qu'au départ je n'ai pas écrit pour être publié mais pour me faire plaisir et pour quelques copains qui avaient vécu dans les mêmes milieux que moi. Je ne croyais pas du tout à la possibilité d'une publication et encore moins en Série Noire. Et puis un jour, grâce à la lecture chaleureuse et positive de Jean-Bernard Pouy, il faut le dire, je me suis posé la question s'il fallait le réactualiser. Or ça me paraissait totalement impossible, car sept ans après, les gens qui sortent tranquillement, prennent une mousse à la terrasse des cafés, se promènent, vivent, dépensent pas mal d'argent ... ce n'est plus le cas. Il y en a encore, mais l'époque a changé, pour des raisons que tout le monde connaît. Et cette espèce de convivialité, de joie de vivre, existe quand même encore, il ne faut pas le nier, mais ce n'est plus pareil. Et je ne me voyais pas refaire un autre bouquin ou le réécrire alors j'ai laissé tel quel.

 - Pourquoi avoir occulté la date en ce cas ?

 - Parce qu'à l'époque où je l'ai écrit, je n'en sentais pas le besoin. Et je pensais que les références étaient assez nombreuses pour ne pas le dater ou cela ne m'a pas effleuré. J'aurais pu mettre en exergue "j'ai écrit ce livre un jour de ... " ou comme certains "écrit à Paris le ...". Je n'y ai pas pensé, tout simplement.

PAM3.jpg - Tu as parlé de Jean-Bernard Pouy. Je suis content d'ouvrir une parenthèse pour signaler tout le travail effectué par J.-B. Il pourrait se contenter de son statut d'auteur. Or il aide non seulement à la découverte de jeunes auteurs mais il apporte sa caution aux maisons d'éditions débutantes, en leur proposant des manuscrits. Les éditions de l'Atalante, Clô, Canaille, Baleine, la Loupiote, etc. C'est une certaine forme de courage, de désintéressement. Fermez la parenthèse. Revenons à toi. Le fait de s'appeler Mesplède a-t-il été un handicap, ou au contraire ...?

  - Question complexe ! Cela peut être un handicap à un moment donné parce que lorsqu'on a la chance comme je l'ai d'être le frère de Claude Mesplède, qui est assez connu dans le milieu du polar, je ne dis pas qu'on se sent sûr mais on se sent un peu à côté. Je n'ai pas de complexes vis à vis de lui.

- Quand tu dis on se sent sûr (censure). En un mot ou en deux ?

- En un seul mot (rires). Mais il vrai que lorsqu'on est le frère de Claude Mesplède, on a aussi la chance de participer depuis une dizaine d'années sous l'égide de 813, association de polar bien connue, à des festivals, à des rencontres, avec tout un tas d'auteurs, somptueux, sympathiques, pas grosses têtes, du genre Jean-Bernard Pouy, Tonino Benacquista, Didier Daeninckx, Robin Cook, etc... C'est à dire qu'on rencontre des gens qui sont comme vous et moi et qui ont le talent et qui publient. Et on se dit, dans le fond, peut-être que je peux écrire aussi. C'est comme ça que cela s'est passé. En fait on se dit que l'on peut écrire, mais ce n'est pas forcément valable. Et c'est pour ça que le bouquin est resté dans un tiroir jusqu'à ce que par un concours de circonstances, je sois amené à le faire lire.

- Ce roman aurait-il pu être publié dans une autre collection et possèdes-tu d'autres manuscrits ?

 - Je pense qu'en effet il aurait pu être publié ailleurs qu'à la Série Noire, parce qu'il a été montré à une maison d'édition, je ne dirai pas le nom ça n'a pas d'importance, qui l'a lu et qui était prêt à me le prendre. Seulement j'avais déjà l'accord de la Série Noire. Donc peut-être n'ai-je pas tapé aux bonnes portes... En plus naviguant tellement dans la Série Noire, admiratif des autres, je ne pensais pas être susceptible d'être publié à la fameuse SN. Donc je n'ai même pas osé, c'est aussi bête que ça. Par contre c'est vrai que depuis septembre 94, quand J.-B. m'a dit "ton bouquin est bon, je pense qu'il peut être publié", évidemment je me suis remis à écrire. Et j'en ai fait un autre qui est en lecture. On trouvera peut-être que j'ai refait le même, que j'ai pêché par facilité ou qu'il est meilleur, c'est à l'éditeur de le dire. Je n'en sais rien. J'avais écrit avant "Les trottoirs de Belgrano" un bouquin qui se passait à l'époque de Jeanne d'Arc avec toujours le même complexe de ne pas écrire dans l'époque contemporaine que je connaissais mal et on me l'a relu récemment après qu'il soit lui aussi resté dans le purgatoire de mes tiroirs pendant pas mal d'années et en pensant que Denoël cherchait ce genre de roman historique, de la guerre de Cent ans ou autre... Il est en lecture depuis un mois, je n'ai pas de réponse, et là aussi on me dira peut-être qu'il n'est pas bon. Mais je suis relancé, à nouveau je suis motivé.

 - Cela incite-t-il vraiment à vouloir continuer ?

 - Ah oui ! Parce que, quel que soit l'éditeur, je pense qu'on est toujours PAM-copie-1.jpgtrès content d'être publié. Ce n'est pas simplement la joie de voir son nom sur une couverture, c'est le plaisir de voir que des personnes qui sont des professionnels font confiance à ce que vous avez écrit et risquent du pognon sur vous. Donc c'est un critère. Ce n'est pas payer soi-même pour être édité tout seul et le diffuser à sa famille. C'est un sentiment d'orgueil car être publié pour un premier bouquin à la Série Noire... Je suis fier... C'est un critère car en général ils ne publient pas n'importe quoi. Bien sûr il y a des bons, des moins bons... Mais je suis fier et je me sens conforté.

- Au début de notre entretien j'ai parlé de roman intimiste. Il me semble que dans un premier roman, comme "Les trottoirs de Belgrano" qui existe ou a existé aux Halles, on a tendance à inclure ce qu'on a vécu. Dans un deuxième, un troisième roman, s'implique-t-on autant ? Le démarquage entre l'écrivain et le narrateur devient-il plus net ?

 - "Les Trottoirs ..." en fait est le deuxième roman, avant j'avais écrit le Jeanne d'Arc. Juste pour le situer, comme le fait mon frère pour les "Années Série Noire", en fonction de son écriture et non de sa parution. Pour le deuxième polar qui est en lecture, c'est certainement encore plus intimiste parce que c'est l'histoire d'un inspecteur des impôts qui enquête dans une direction spécialisée et c'est ce que je vis tous les jours. Bien entendu romancé, et pas avec les vrais noms, parce que je me ferais descendre. Peut-être pas par les truands que je décris mais par l'administration, et je n'ai pas le droit. Mais c'est sans doute encore plus intimiste. Sur ma personnalité, j'en mets surement moins, c'est vrai parce que je ne suis pas le héros. Tandis que dans le premier, on peut se dire qu'il y a trop de moi, que l'on me retrouve dans la vie de tous les jours, avec ce que j'aime. C'est sans doute un défaut qui peut plaire en même temps, du moins de la part de mes intimes.

 -Il est plus facile de se transposer dans un livre et de donner une image de soi, mais par la suite, ne dévie-t-on pas ?

 - C'est bien pour cela que dans le deuxième polar je décris un milieu que je connais, où je travaille, car comme je l'ai déjà dit, je ne sais pas trop inventer. Je décris ce que je connais, et le personnage Pierre-Alain Mesplède n'est juste qu'en introduction, après il disparaît. C'est une autre personne, ce n'est plus moi. Je n'écris pas mes mémoires. Ou alors un jour j'écrirais un bouquin comme Picouly, mais je ne suis pas certain d'en posséder le talent.

 - Que représente pour toi le tango, qui est un peu suranné, et l'Amérique du Sud, puisque si tu te places au premier plan dans le roman, ce sont les points de départ de l'intrigue et qu'ils fournissent l'ambiance.

 - Comme l'on dit classiquement, je vous remercie de m'avoir posé cette question. Effectivement le tango tient une grande place et c'était le but de mon bouquin. Et contrairement à quelques affirmations que je viens d'entendre et que j'ai relevées, premièrement ce n'est pas une question de mode. Concernant la motivation profonde, c'est qu'à un moment donné, j'étais pratiquement tous les soirs aux Trottoirs de Belgrano, qui s'appellent en réalité les Trottoirs de Buenos Aires - j'ai déformé le nom pour des questions juridiques. Je connaissais tous les chanteurs, les danseurs, on parlait argentin, on parle toujours, et à un moment donné c'était une véritable passion. Et le tango, affirmation erronée, et tu le sais bien, n'est pas suranné. Le tango c'est une musique que je comparerais au blues, au jazz, et qui est une musique très ancienne en perpétuelle création. Ce n'est pas archéologique... Evidemment on écoute avec plaisir les vieilles chansons de Gardel comme on écoute celles de Fréhel, mais contrairement à la chanson réaliste où il n'y pratiquement plus de créations et qui correspondait à une époque, le tango est très évolutif. Du temps de Péron, existait le tango politique. Lorsqu'il y a eu des grèves, on a écrit des tangos sur les grèves... Tu sais, on dit des Mexicains qu'ils descendent des Aztèques, des Péruviens qu'ils descendent des Incas et des Argentins qu'ils descendent du bateau. C'est à dire qu'ils venaient de tous les pays d'Europe. Une immigration en provenance de l'Europe Centrale, de l'Italie, de l'Espagne, de l'Aveyron, comme mon arrière grand-oncle. Et ces gens là, en arrivant en Argentine, ont été coupés de leurs racines. Et ils ont reconstruit un monde ensemble, très composite et basé pour beaucoup sur la nostalgie, sur le manque de travail, sur les amours faciles. Ils ont dansé d'abord le tango dans les bordels, entre hommes. Sans effets pervers, parce que c'était comme ça. Ils attendaient les nanas et il fallait bien s'occuper entre temps. Et donc le tango c'est une évolution complète, totale et qui dure depuis toujours. Il y a eu Gardel, Piazzola, et ça continue. Quand on commence à connaître, et quand on connaît on aime, le tango, on se vexe un petit peu de l'idée fausse que les gens se font du tango réduit à uniquement une danse de bals populaires, de fin de soirées de premières communions ou de mariages. Le vrai tango c'est tout de même autre chose et c'était une envie de dire ce qu'est réellement le tango. 

PAM4-copie-2-Justement dans ma chronique de la Tête en Noir N° 57, j'avais écris : le tango est aux Argentins ce que le blues est aux Noirs américains. Penses-tu que cette formule est exacte et s'applique aux Argentins ?

- A certains oui, car il n'y a pas que le tango en Argentine. Il existe plein de danses issues de l'Europe centrale qui sont des sortes de polkas et de mazurkas mitigées de rythmes indigènes. Mais le tango c'est effectivement Buenos Aires qui représente une grande partie de l'Argentine et puis comme a dit un grand écrivain argentin dont j'oublie toujours le nom "Le tango c'est une idée triste qui se danse". C'est une belle définition qui correspond bien, quoique le tango ne soit pas toujours triste. Certains sont pleins de dérision et d'humour, mais ce n'est pas la généralité. Pour revenir au blues, je pense à un blues des années 60 et principalement à une chanson qui dit "fait moi une paillasse dans ta maison et je coucherai là et quand tu reviendras je serais là". Dans le tango argentin, c'est le même genre de paroles. Exemple "je t'aimai, tu es partie, tu m'as trahie, mais je t'aime toujours". Ce sont des paroles écrites par des hommes mais depuis une vingtaine d'années des femmes écrivent des chansons et cela relativise un peu ce machisme des cinquante premières années du tango.

 - Bertolucci a évoqué dans "Un tango à Paris" le tango d'une façon dramatique. Le tango comme le blues est une source d'inspiration et une manifestation musicale populaire...

 - Oui mais ce qui me plaît dans le tango, comme dans le jazz et le blues, en dehors des rythmes qui sont fascinants, syncopés et des voix qui sont assez exceptionnelles, c'est une musique vivante. Populaire et vivante. En France, on a de très bonnes musiques, mais il n'y a pas de courant. C'est une musique qui existe toujours, au cœur des gens. Par exemple on se promène dans Buenos Aires - malheureusement je n'y suis jamais allé mais j'ai vu beaucoup de reportages - dans les rues les gens chantent le tango, il y a des boîtes spécialisées, que les Argentins ne fréquentent pas trop pour des raisons financières, mais bon c'est toujours très vivant.

 - En effet ce roman est une ode au tango et tout ce qui peut se passer, sans vouloir déflorer l'intrigue, le trafic de cartes de séjour et la drogue, ne sont que prétextes ?

 - Oui, très franchement oui. Mon idée au départ était de me faire plaisir et de faire plaisir à quelques personnes et j'ai décrit un milieu que j'aimais. Et puis à un moment donné, je me suis dit c'est facile mais il faudrait trouver un lien entre tout ça, expliquer pourquoi le gars se balade. Donc j'ai inventé ces histoires policières et il est vrai que selon la lecture que l'on en a, on y croit ou on n'y croit pas. On se mélange dans les meurtres et les motivations, parce qu’il y a divers meurtres - il faut quand même ça dans un polar -. Mais les motivations ne sont pas toujours les mêmes, ce ne sont pas les mêmes personnes, mais en effet sans aller au-delà, c'est un prétexte que j'ai essayé de rendre le plus vraisemblable possible. Avec les conseils aussi, il faut l'avouer, de Patrick Raynal. J'avais mis une histoire de drogue pas possible et Raynal m'a dit " sur la dope si tu n'apportes rien, ce n'est pas la peine de continuer là-dessus, tout le monde a écrit. Par contre tu as une idée originale, continue-la." Donc j'ai essayé, évidemment, d'avoir une histoire la plus logique possible, et je crois qu'elle se tient, mais il est vrai que c'est un prétexte pour parler de cette lente pérégrination du héros autour d'un tas de personnages dans Paris, dans le 17ème que j'habite et que j'aime, et qui est un petit village.

 - Le personnage tel qu'il est présenté est sympathique mais il ne pourra pas être récurrent.

 - Non. Cela me parait assez difficile. J'ai un grand ami, un grand écrivain de polar, Martin Brett. Quand je lui ai annoncé que ce bouquin allait être publié, il m'a dit " Tu sais, les lecteurs aiment beaucoup retrouver un héros". Malheureusement, on ne sait pourquoi, le lecteur tout du moins, le héros on ne le retrouve pas. Mais on retrouvera l'inspecteur Lancret, peut-être.

 - Quels sont tes projets ?

 - J'ai un roman en cours de lecture, et il est vrai que quand on est dans l'enthousiasme comme moi d'avoir eu une publication, on n'est pas très sûr du deuxième. On est très sûr de vouloir l'écrire, de pouvoir l'écrire, mais on se laisse peut-être guider par la facilité, se dire j'ai un style qui a plu. Mon idée était, non pas de faire une série pour ça il faudrait que ce soit publié, mais comme mon premier personnage ne peut pas être réutilisé pour diverses raisons, de mettre en avant l'inspecteur qui avait un rôle secondaire. Il devient un petit peu le héros du deuxième bouquin, pas totalement. Et dans le troisième, qui est à peine pensé, l'inspecteur vient en première place, tant dans son actualité de 95 que dans sa jeunesse des années 60. C'est en gestation ...

 - Pourquoi ne pas avoir choisi un pseudonyme ?

 - Ah, ah. C'est gentil comme question. D'abord parce que, lorsqu'on écrit... non quand on écrit on s'en fout, on ne met pas son nom sur son ordinateur... mais à partir du moment où on donne son manuscrit à une maison d'édition, la plus grande joie c'est d'être publié et connu. Nous avons rencontré, il y a quelques mois, au festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, Paco Ignacio Taïbo Secundo. Quand son père lui a dit : "Tu ne vas pas écrire sous ton nom !" il a dit "Si, c'est mon nom, je le garde !" Et avec mon frère il nous a surnommé Mesplède 1er et Mesplède 2ème. C'est mon nom et j'en suis fier. Le nom de Mesplède est connu, pourquoi ne pas le faire connaître davantage. Et puis mon frère n'est pas jaloux, au contraire, il est très content.

 

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