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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 17:19

Réglez vos montres...

 

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Tels trois bubons qui surgiraient inopportunément à la surface d'un corps humain, trois affaires vont concomitamment agiter le monde policier et les médias français. Mais cette éruption apparemment spontanée a mûri avant d'éclater.

D'abord à Miranshah, capitale du Waziristan au nord-ouest du Pakistan. Kamel, originaire de Marseille effectue un stage chez les djihadistes, apprenant à se servir d'une arme dans le but de perpétrer quelques forfaits en France.

A Valenciennes, Sabrina Tison, tout feu, tout flamme, attise le foyer de sa haine. Par la radio, elle a appris que Jean-Marc Ducroix, le tueur de gamines belges va bénéficier d'une liberté conditionnelle. Et cette information la révulse.

A Pleucadeuc, dans le Morbihan, Grégor Morvan est effondré. Trente ans qu'il a travaillé dans une usine du groupe Foux à éviscérer des poulets, et à cause de la mondialisation, des actionnaires voraces plument les ouvriers. Ceux-ci se retrouvent à poil à cause de volatiles d'importation brésilienne et l'usine va être fermée. Grégor est abattu mais sa femme Maëlis lui remonte les tripes et il prend sa décision.

Le 4 décembre c'est l'explosion, et le début de l'ouverture des plaies.

Dans les toilettes de la gare Saint-Charles, un militaire est sauvagement égorgé et la commissaire Aïcha Sadia se doute de l'identité du meurtrier, mais elle espère se tromper. Le soir un car de touristes israéliens est pris pour cible par un tireur qui laisse sur le carreau des femmes et des enfants. Malgré que ce soit un acte terroriste Aïcha est sur place. Ce n'est pas son affaire, les autorités le précisent bien, mais la policière n'en a cure. En compagnie de ses hommes, et de son compagnon Sébastien, un détective qui l'aide dans ses enquêtes, elle va tenter de remonter la piste et avoir confirmation de ses doutes.

Le jour même en Belgique, le corps de Nadine Richard est retrouvé, la gorge transpercée de coups de couteaux. Or Nadine Richard était la compagne de Jean-Marc Ducroix et vivait non loin, internée dans un couvent, qu'elle pouvait quitter le soir pour prendre l'air. Le lieutenant Fred Pichon, de Valenciennes, est convoqué à participer à l'enquête car près du corps, à moitié enfouie dans la boue, une petite boîte d'allumettes avec le logo du club de foot valenciennois a été découverte par les policiers Belges.

A Vannes, le lieutenant Fanny Delmonte apprend à son supérieur le capitaine Le Cam qu'une certaine dame Foux veut lui parler. Son mari, le roi de la volaille, a disparu. Le Cam a déjà rencontré cette famille deux ou trois ans auparavant pour une autre affaire.

Mais il ne faut pas oublier que les furoncles possèdent des racines, des radicelles, des ramifications qui s'étendent sournoisement et bientôt toutes ces radicules vont se rejoindre, se concentrer, bouillonner, former un nouvel abcès dont le pus va jaillir en un geyser qui éclaboussera sans regarder où atterrira cette sanie.

Le lecteur assiste alors à cette triple enquête, tant du côté des policiers dont Pichon, qui attend sa nomination à Marseille et se montre un émule de Sherlock Holmes, autant dans ses facultés de déduction que d'analyse, de Le Cam qui vient de perdre sa mère et de Aïcha Sadia, qui est atteinte dans ses sentiments familiaux.

Si on suit l'évolution de l'enquête, qui se déroulera sur trois jours, on assiste également aux tribulations de Kamel, accompagné de sa copine Dounia, anciennement Camille; de Sabrina Tison, qui n'a pas réussi à étendre le feu qui couve en elle, car Ducroix, malgré l'avertissement prodigué en la personne de Nadine, est bien décidé à bénéficier de la sortie en bracelets électroniques; de Grégor qui ne pense pas uniquement à lui mais s'érige en Robin des Bois à l'insu de ses qui travaillaient avec lui comme ouvriers d'abattage-dépouilleurs.

Tout ce petit monde va se retrouver sans s'être concerté, et si le lecteur pense que les coïncidences sont par trop parfaites, Gilles Vincent a machiavéliquement disposé ses personnages pour que justement ceux-ci soient obligés de se rendre en ce point précis.


vincent1Gilles Vincent dissèque en quelques courtes phrases pourquoi Kamel est parti s'entraîner à la guérilla au Pakistan, et les hommes politiques, ainsi que certains journalistes, devraient réfléchir à ce pourquoi du comment avant d'asséner des phrases toutes faites, et surtout comprendre pour mieux éviter les drames. Les motivations de Sabrina tiennent en peu de choses, en apparence, mais il explore sa sensibilité. Quant à Grégor, il ne faut pas chercher plus loin que la révolte, dispensée par sa femme qui l'oblige à réagir, contre cette forme de mondialisation même s'il sait qu'il ne pourra faire renoncer à des actionnaires planqués au bout du monde à l'augmentation de leurs dividendes.

Le mot de la fin revient à Grenier, l'adjoint aux dreadlocks de la commissaire Aïcha Sadia et qui lui demande si elle sait pourquoi il n'a pas eu de gosses :

- Ce qui me fait peur chez les gosses, c'est qu'on croit qu'ils nous ressemblent, mais en fait, on a tout faux.

- Et à qui ils ressemblent, alors ?

- A leurs blessures, patronne. Les gamins, c'est rien que des cicatrices maintenues en vie. Rien d'autre. Et ça, on a du mal à se le dire, parce que les blessures, c'est nous, les grands, qu'on en est responsables.

Ce nouvel opus qui met en scène Aïcha Sadia mais également d'autres enquêteurs, prend de l'ampleur par rapport aux autres ouvrages concoctés par Gilles Vincent. Le côté humaniste prend le pas sur la résolution des enquêtes et à mon avis, que je partage avec moi-même c'est le roman le plus abouti de l'auteur, par sa force, sa description psychologique des personnages, par ce tir croisé qui nous révèle bien des surprises alors que l'on pensait déjà tout était résolu dès le départ. Et il n'est point besoin d'ajouter que le lecteur reconnaîtra certains épisodes qui ont défrayé la chronique de la France ouvrière bretonne et de la Belgique.

 

A lire du même auteur : Parjures; Beso de la muerte.


Gilles VINCENT : Trois heures avant l'aube. Polar Jigal, éditions Jigal. Parution 15 février 2014. 224 pages. 18,50€.

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commentaires

Yv 11/03/2014 15:46

Bonjour Paul, je partage ton avis (avec toi on est au moins deux) même si je ne connais ps toute la production de l'auteur, je trouve cet opus encore meilleur que Beso de la muerte. Une enquête qui
va vite sans oublier l'humain.
Amitiés

Oncle Paul 11/03/2014 17:33



Oui, Gilles Vincent se bonifie, contrairement à certains auteurs qui se contentent de voguer sur la vague du succès de leur premier roman.


Amitiés



Pierre FAVEROLLE 10/03/2014 21:38

Salut Paul, qu'il me tarde de le lire tant j'en entends du bien ! Amitiés

Oncle Paul 11/03/2014 11:15



C'est vrai Pierre et ce bien est justifié. Gilles Vincent prend de l'ampleur et ce ne sera pas pour te déplaire !


Amitiés



La Petite Souris 10/03/2014 19:10

bien sûr que je vais le lire ce roman ! tout simplement parce que depuis que j'ai découvert Aïcha, j'en suis amoureux !!!! Mais bon, l'amour d'une petite souris et d'une belle fille comme Aïcha
c'est un amour impossible ;)
blague çà part, j'ai bien hâte de découvrir ses nouvelles aventures. Gilles Vincent n'a pas son pareil pour entrainer son lecteur dans des histoires passionnantes !

Oncle Paul 11/03/2014 11:14



Bien sûr que je vais lire ta chronique ! Et c'est un Gilles Vincent en forme, qui prend de l'assurance et du mordant...


Amitiés



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